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dimanche 2 avril 2023

Ursula montre la voie

Il faut toujours suivre la Grande Ourse pour trouver son chemin. En 1974 dans son roman The Dispossessed, bien avant que l'autoédition ne devienne aussi populaire, la romancière de Science-Fiction Ursula Le Guin a montré la voie à tous les auteurs autoédités. 

He was therefore certain, by now, that his radical and unqualified will to create was, in Odonian terms, its own justification. His sense of primary responsibility towards his work did not cut him off from his fellows, from his society, as he had thought. It engaged him with them absolutely. -- Ursula Le Guin, The Dispossessed, 1974

Il était par conséquent certain, à présent, que sa volonté radicale et sans réserves de créer était, en termes Odoniens, sa propre justification. Son sens de la responsabilité première envers son œuvre ne le coupait pas de ses semblables, de la société, comme il l'avait cru. Il l'engageait absolument avec eux. -- Ursula Le Guin, Les Dépossédés, 1974

Tel est donc le magistral coup de pied qu'Ursula Le Guin envoya au syndrome de l'imposteur dans son roman du cycle de Hainish Les Dépossédés, en 1974. Bien sûr, la phrase est prise en dehors de son contexte: elle s'applique ici au théoricien scientifique Shevek et non à un auteur. Néanmoins, on peut facilement l'étendre à tous les auteurs autoédités, ce que je m'empresse ici de faire. 

C'est peut-être parce que mon frère aîné est chercheur en astrophysique, mais j'ai toujours assimilé notre travail d'auteur à un travail de recherche. Depuis que je connais l'existence des expériences de pensée d'Einstein, j'ai tendance à rapprocher fortement ce processus de notre processus créatif, à nous autres auteurs. 

Shevek se rapproche pour moi par certains côtés d'un auteur autoédité: il s'agit d'un scientifique de haut vol dont la science ne sert à rien à la société, car le niveau technologique de son monde ne lui permet pas de mettre en pratique ses découvertes théoriques par le truchement de l’ingénierie. Et du coup, sa société a tendance à l'employer à des tâches bassement matérielles, sans exploiter son véritable potentiel. C'est pourquoi Shevek va devoir s'exiler pour se réaliser.

Nous autres auteurs autoédités sommes reconnus pour notre travail et notre vaillance par une grande majorité de lecteurs. Ce n'est donc pas tant au niveau de la société que le bât blesse qu'au niveau de nos pairs qui font le choix de l'édition traditionnelle. Et bien sûr de l'édition traditionnelle elle-même et par extension, d'une bonne partie des professionnels de la chaîne du livre.

La société est en effet bâtie de telle manière que ce sont les branches professionnelles qui se structurent afin de filtrer les membres de chaque profession par la sélection, de manière à légitimer auprès de la société ceux qui sont censés être les plus doués.

C'est cette fonction de légitimation, de gardien du portail, que l'autoédition enjambe allègrement pour rapprocher les auteurs de leur public. 

Ce que ne nous dit pas Ursula Le Guin est en l'occurrence aussi important que ce qu'elle nous dit. Elle ne nous dit pas que la justification de la volonté de créer de Shevek est le fait que Shevek soit doué, qu'il soit un chercheur talentueux. Elle ne nous dit pas, en d'autres termes, que Shevek a le droit de créer parce qu'il est doué ou compétent. Non. Elle nous dit que la volonté de création emporte sa propre justification.

Et ça, chers amis victimes du complexe de l'imposteur, doutant de votre propre talent ou bien de la reconnaissance par vos pairs, ou par la société, de votre talent et de vos compétences, c'est la clé. Et j'ajouterais personnellement que cette justification, pour interne qu'elle puisse paraître, devra bien un jour ou l'autre être reconnue officiellement par la société.

mercredi 23 novembre 2022

Isaac Asimov : mes divergences

Excellent documentaire d'Arte sur Isaac Asimov et le message qu'il laisse au monde. Moi qui pensais le connaître au travers de ses écrits l'ai découvert différemment. Et je me suis rendu compte que mon opinion est différente de la sienne sur certains points.

Je recommande de regarder cette vidéo au sujet d'Isaac Asimov sur YouTube pour mieux comprendre ce dont il va être question dans l'article.

Faut-il être un saint pour être en mesure de délivrer un message relatif au futur de l'humanité? Sans doute que non. Pour l'anecdote, Asimov n'en était pas un. Je connais une romancière de SF qui l'a côtoyé à plusieurs reprises à l'occasion de salons littéraires de son vivant, et m'a révélé qu'il était un "serial groper". Il aimait palper, mais pas seulement l'argent, et pas toujours avec consentement mutuel, loin de là.

En dédicace, il cherchait à mettre à profit sa célébrité pour obtenir certaines faveurs de la gent féminine.

A l'époque, ça passait encore. De nos jours, Asimov serait accusé de harcèlement sexuel, et sa parole aurait sans doute moins de poids. 

Il n'empêche que les romans d'Asimov sont géniaux, excellents. J'ai adoré Fondation, notamment. Le reportage sur Arte met bien en valeur l'impressionnante bibliographie de l'auteur. 

J'ai toujours eu le sentiment qu'Asimov était un optimiste. Presque un positiviste. De ce fait, il a été une grande inspiration pour moi, et l'est toujours. J'adorais dans ses romans le fait qu'ils ne soient que rarement post-apocalyptiques, mais qu'ils mettent en scène un futur de l'humanité en prenant souvent l'option du développement, voire du rayonnement de celle-ci dans l'univers. 

C'est pourtant sur un passage en particulier de la vidéo que je voudrais revenir. Une interview dans laquelle Asimov dit qu'il est certain que des robots pourront un jour éprouver des émotions. Pour lui, notre cerveau est constitué d'atomes et de molécules, et toutes les fonctions de ces atomes et molécules pourront non seulement être copiées mais améliorées à l'avenir. 

Asimov voit d'autant plus volontiers un avenir où l'homme sera supplanté par sa création qu'il exprime dans cette interview son aversion pour une humanité qui pollue, détruit son environnement et massacre les espèces animales. Cette version future, améliorée de l'homme, ne pourrait finalement être qu'un bienfait selon lui.

Asimov est tout à fait conscient du rôle ambivalent des scientifiques au sujet de la pollution et du bien-être animal, même si dans son œuvre, il s'est écarté de l'image de docteurs Frankenstein ou Mabuse, de scientifiques déments et inconscients qui menacent le futur de l'humanité souvent utilisée dans les pulps des années 40. Néanmoins, il estime en définitive qu'il faut écouter les scientifiques. Il n'est pas sûr que le côté lumineux de la force l'emportera, mais il l'espère. 

Difficile d'avoir une réflexion sur le futur scientifique et technologique de l'humanité sans se remémorer deux citations qui sonnent comme des mise en garde :

- science sans conscience n'est que ruine de l'âme (Rabelais)

- le progrès technique est comme une hache dans les mains d'un psychopathe (Einstein)

L'un de mes points de divergence avec Asimov vient de l'idée selon laquelle l'homme sera un jour capable de créer technologiquement des êtres aussi évolués émotionnellement et psychiquement que lui-même.

Vous allez me dire, moi-même en tant qu'auteur, ou en tout cas des confrères plus doués que moi, sont capables de créer des personnages plus vrais que nature, qui évoluent au fil des romans, ressentent des émotions, réagissent de manière autonome, vont même jusqu'à suggérer à l'auteur leurs prochaines actions. Qui sait si après ma mort, des réseaux neuronaux ne seront pas capables de reprendre en charge le développement de mes personnages? Qui sait si l'on ne sera pas capable de prolonger la vie d'une personne disparue en enregistrant de son vivant toutes ses réactions et actions, en les faisant interpréter par des réseaux neuronaux, et en simulant leurs actes futurs? 

Peut-être. Mais on ne saura jamais si ces réseaux neuronaux sont réellement fidèles aux personnages vivants ou fictifs, on pourra juste indiquer un niveau de vraisemblance. 

Asimov parle de molécules et d'atomes au sujet du cerveau humain. On sait que c'est plus complexe que ça. On sait, en fait que la complexité du cerveau est effarante, à tel point qu'on ne peut être sûr dans pénétrer un jour tous les mystères. Il y a probablement des réactions quantiques à l'œuvre dans le cerveau humain, et on sait à quel point le domaine du quantique pose des difficultés, des défis incroyables à la science.

On sait aussi que ce n'est pas seulement une question d'atomes et de molécules, et de neurones, ou même de réactions chimiques. On sait qu'il y a des interactions entre le cerveau et les organes humains, et qu'en ne voulant que récupérer un cerveau flottant à l'image du professeur Simon dans Capitaine Future, adapté en dessin animé sous le nom de Capitaine Flam en France (porté par Grag dans la version d'origine d'Edmond Hamilton), on priverait ledit cerveau d'une partie sans doute essentielle de son humanité. 

Je suis, par choix, agnostique. Il en va de même de mon agnosticisme envers la science qu'il en va de mon agnosticisme envers Dieu: j'attends que la science me démontre qu'elle est capable de recréer la vie sans la dénaturer, de la même manière que je ne me prononcerai pas sur l'existence de Dieu avant d'en avoir eu la preuve. Peut-être que la science poussée à son paroxysme est l'équivalent de Dieu. Mais dans ce cas, est-ce que ça ne veut pas dire que la créature capable de pousser la science à son paroxysme est elle-même au moins l'équivalent de Dieu? J'ai des doutes à ce sujet. 

Autre point de divergence, l'idée selon laquelle l'homme, finalement, est mauvais. J'ai été extrêmement surpris de découvrir ça dans l'interview d'un Asimov sans doute vieillissant et désenchanté, qui estime qu'un robot ne pourra finalement qu'être meilleur que l'être humain. 

C'est vrai que ça ressortait notamment dans la série des Robots d'Asimov. Mais j'avais sans doute fait une projection, en me disant qu'Asimov était optimiste par rapport à l'homme, puisqu'après tout, c'est l'homme qui créé ces robots supérieurs. Et j'étais jeune quand j'ai lu la série.

Il apparaît en fait que chez Asimov, les robots sont une version sublimée de l'homme. Et là, franchement, j'ai des doutes. N'est-ce pas reporter un idéal quasiment religieux sur les robots? 

Les hommes, d'ailleurs, sont-ils foncièrement mauvais? Si on donnait l'intelligence à des lions, est-ce que pour autant, les lions seraient capables d'éliminer beaucoup plus vite que nous nos instincts de prédateur et d'agression? Des instincts qui rappelons-le, sont indispensables à la survie dans une nature sauvage, mais qui peuvent se retourner contre chaque espèce en cas de surpopulation, de déséquilibre écologique. 

Des instincts agressifs qui sont sans doute indispensables à la naissance de la science, car celle-ci ne viole-t-elle pas souvent les lois de la nature pour en percer les secrets? L'accès à la connaissance n'est pas toujours tendre. Il est souvent violent en fait, comme l'ont démontré les progrès liés aux guerres. 

S'il y avait des lions plus intelligents, dotés de membres préhensiles, qu'ils aient causé un déséquilibre écologique en raison de leur ingéniosité, qu'ils se voient au bord de l'extinction, il y a fort à parier qu'ils se mettraient eux-mêmes à se détester pour ne pas avoir eu la sagesse d'éviter leur propre anéantissement. Rien ne dit que les lions dotés d'une intelligence équivalente aux humains évolueraient différemment par rapport à ces derniers.

Quand l'homme déteste l'homme, pour moi, il remet en cause ce don d'intelligence et de connaissance qui lui a été fait, puisque c'est par ce don qu'il a créé les déséquilibres écologiques. Il fait alors le choix, en se détestant lui-même, de régresser pour revenir vers un état de sauvagerie lui permettant de se réinsérer en tant qu'acteur aveugle de l'écologie. Ou bien, comme Asimov, il s'en remet à des robots plus intelligents que lui-même, parce qu'il trouve que nous avons trop de défauts. Asimov donne là l'impression d'essayer d'évoluer vers le transhumanisme. Il estime que cette évolution fait partie de l'évolution naturelle.

Pour moi, ni l'une ni l'autre des solutions n'est la bonne. Ces dons qui nous ont été faits ne sont sans doute pas là par hasard. Il faut donc les embrasser et en tirer le meilleur parti. Oui, il y a différents stades. Il y a un stade où nous sommes des borgnes ayant réussi à percer certains secrets de la nature sans découvrir immédiatement les nouveaux secrets qui permettront de contrebalancer l'impact des premiers. 

Il y a de nombreuses périodes où l'impact des technologies fait naître l'idée qu'on ne cesse de se créer de nouveaux problèmes avec ces nouvelles technologies, qui vont nous obliger à en découvrir d'autres pour compenser, qui vont à leur tour déclencher des problèmes, etc. Tout cela peut nous donner l'impression d'être des Shadoks poursuivant une fuite en avant sans fin. Il y a des moments où la recherche de repères et de stabilité, y compris en réaction à des progrès sociétaux comme le wokisme, peut donner envie de se raccrocher aux traditions, de ne surtout pas évoluer. De dire stop.

Action-réaction. Barack Obama, président noir est élu, le président suivant est Donald Trump. Le mur de Berlin tombe et la Russie devient (ou fait semblant de devenir) démocratique, le président russe suivant est un dictateur sanglant nommé Poutine.

Mais pour moi, il y a au moins un but à tout cela, un sens, qui est petit à petit de mieux connaître l'univers, et de mieux se connaître soi-même. Un sens sans doute pas si éloigné de la psychohistoire inventée dans Fondation. Au travers de ce documentaire, j'ai donc été surpris de me découvrir plus optimiste et plus humaniste qu'Asimov, finalement.

vendredi 18 février 2022

L'école est-elle trop laïque ?

Parfois, il peut être bon de bousculer ce que l'on tient pour acquis, et de remettre en cause le système. L'école, qu'elle soit primaire ou secondaire, est traditionnellement le domaine de la connaissance. Cependant, en refusant d'aborder le domaine de l'inconnaissable et de la métaphysique, en se voulant strictement laïque, l'école ne passe-t-elle pas à côté d'interrogations essentielles pour les jeunes esprits? Si l'un des buts de l'école est de développer l'esprit critique des enfants, pourquoi la philosophie intervient-elle si tard dans l'enseignement (en première)? Est-ce que l'une des entraves à l'éducation ne serait pas, dès le collège, l'insuffisance d'esprit critique à la fois par rapport aux parents et aux enseignants? Et ce, dans le but de discipliner suffisamment les jeunes esprits afin de faire des enfants, avant tout, des travailleurs?


D'où nous vient notre conscience, notre esprit ou notre âme, quelle que soit le vocable employé? Y a-t-il une vie après la mort? Y a-t-il des expériences de vie après la mort? Quel est le sens de la vie? Sa signification? La vie doit-elle avoir un but? Quel est le but de l'école? Quels sont les atouts et limites de la science? De la démarche scientifique? Qu'est-ce que la métaphysique? L'ésotérisme? Quels sont les atouts et limites de la religion? Les notions de bien et de mal sont-elles innées ou acquises? Qu'est-ce que l'empathie? Qu'est-ce que la morale? Quelles sont les principales différences entre les religions? Leurs points communs? Leur histoire, leurs racines? Qu'est-ce que le sacré et le profane? Qu'est-ce que le fanatisme? Le fanatisme peut-il être scientifique? Qu'est-ce que le scientisme? En quoi la science peut-elle s'opposer à la religion? Qu'est-ce que la superstition? La tradition? Le paganisme? L'athéisme? L'agnosticisme?

Voilà des questions importantes. Fondamentales, même. Des questions que peuvent se poser les enfants ou les ados avant d'avoir quinze ans, avant la seconde. Des questions qui peuvent générer de l'angoisse existentielle, en particulier si elles ne sont pas répondues. Des questions auxquelles les parents ou les proches des enfants vont tenter, ou non de répondre à leur manière. De la manière dont les enfants vont y répondre, leur vie sera structurée différemment. 

Un exemple tout bête. Un enfant se met en tête de ne jamais se lever du pied gauche le matin. Cet acte anodin le matin va être l'un des éléments qui va structurer sa vie. Si, en primaire, on ne lui a pas appris ce qu'était la superstition, ou s'il se contente de faire comme ses parents, sans esprit critique, l'enfant va ajouter foi à quelque chose de structurant sans jamais chercher à le remettre en cause. Il sera sans doute plus perméable, ensuite, à toute croyance superstitieuse. Si cette croyance est axée sur la crainte, son jeune esprit n'en sera que plus impressionné. Il sera plus facilement manipulable et endoctrinable.

Je conçois qu'il puisse être compliqué d'enseigner trop tôt l'esprit critique à des enfants, en particulier par rapport à ce que leur enseignent leurs parents. De la même manière, avec toutes les fausses informations qui circulent sur internet, développer l'esprit critique des enfants par rapport aux enseignants peut sembler risqué, voire contre-productif. 

Sans doute faut-il y aller progressivement, en leur montrant les avantages qu'il y a, par exemple, à tirer d'une expérience reproductible. 

A mon avis, il faudrait déjà parler de superstition aux enfants dès la primaire, sans d'ailleurs développer trop fortement la consonance religieuse dans un premier temps. Tout ce qui a trait à la religion, et le rapport de la religion à l'école, peut vite devenir compliqué dès lors que l'on se heurte à l'opinion des parents. L'exemple de Samuel Paty reste bien sûr dans toutes les mémoires.  

Néanmoins, cet exemple ne devrait pas être un frein, mais plutôt une incitation à aborder le problème sous des angles différents. Le but n'étant pas de les faire croire ou ne pas croire, mais de les inciter à réfléchir et à remettre en cause.  Par exemple, plutôt que de s'attaquer aux dessins du prophète, montrer quelles étaient les pratiques superstitieuses dans la religion catholique, pratiques tombées en désuétude. Racheter ses péchés contre monnaie sonnante et trébuchante, par exemple. Et préciser que si ces pratiques sont tombées en désuétude dans la religion catholique, il est possible que d'autres pratiques, ou interdits, finissent par tomber dans d'autres religions.

C'est pourquoi dès la sixième, il faudrait selon moi une initiation à la philosophie et à la théologie. Mais à la théologie non pas pour enseigner des dogmes théologiques, mais pour en enseigner les différents ressorts. Même en littérature, on devrait pouvoir aborder, par exemple, la puissance des allégories ou métaphores bibliques pour impressionner les esprits et les mener vers la foi. 

Il faudrait pouvoir, en quelque sorte, désacraliser le sacré pour l'analyser. Mais par petites touches, et sans forcément poser à chaque fois un regard critique sur l'enseignement religieux. Avec respect, en considérant que cela fait partie de notre passé aussi bien que de notre présent. Comme un archéologue, en fait, ou un historien. 

Et il faudrait bien sûr aborder les limites de la science et de la démarche scientifique, afin de ne pas créer, en quelque sorte, une nouvelle religion où le dieu serait un "deus ex machina". 

Pointer du doigt les limites de la connaissance. Traiter les enfants, finalement, un peu plus tôt comme des personnes responsables, ou en tout cas, des personnes qu'on doit responsabiliser. 

Introduire, également, le féminisme dans l'enseignement. Montrer à quel point, dans la société, à tous les niveaux, aussi bien scientifique que religieux, la société a été calibrée de manière patriarcale. Et pourquoi pas avoir un cours sur le vêtement, qui aborderait les différents aspects du vêtement. L'aspect protecteur purement pratique, contre le froid. L'aspect protecteur par rapport au regard des hommes. Ou au contraire l'aspect révélateur, aguicheur, si l'on souhaite aborder dans son cours la question des pulsions sexuelles et la manière dont le sujet est traité par la société. Le rapport entre vêtement et rang social. Les vêtements de marque et leur influence dans la cour de récré. Je préfèrerais largement que les enfants comprennent les différents rôles du vêtement, plutôt que de leur voir attribuer un uniforme.

Essayer d'écarter ce qui, dans l'enseignement, relèverait du tabou. Car derrière le tabou se cache la peur, et les enfants et ados sont les premiers à la ressentir. Reconnaître les failles et limites de notre enseignement, c'est quelque part se montrer honnête, et sans doute, déclencher une démarche beaucoup plus participative de la part des enfants. 

On devrait bien sûr s'inspirer d'autres modèles éducatifs que le modèle proprement français, essayer de prendre ce qui fonctionne bien ailleurs.

Il est possible que si on s'y prend de la bonne manière, on se retrouve avec moins de jeunes qui soient paumés face à la vie, et donc ils seront moins facilement malléables et endoctrinables. Ils auront plus d'outils intellectuels pour faire face aux mensonges circulant sur les réseaux sociaux. Peut-être faudrait-il aller jusqu'à de l'enseignement psychologique à partir de la seconde, pour démontrer comment on peut se faire manipuler, à différents niveaux, aussi bien par la publicité que par des prédicateurs.

Autre article sur le même sujet : Clitoris et religion

mercredi 24 février 2021

Amertume, reconnaissance et gratitude

Il y a parfois un fond de vérité dans les clichés, et celui du Français râleur qui ne voit que le verre à moitié vide s'oppose, dans mon esprit, à celui de l'Américain qui consacre une journée, Thanksgiving, à remercier l'univers pour ce qu'il a. Je trouve ces temps de pandémie propices à l'introspection, et je me rends compte que je suis partagé entre ces deux tendances. Je réalise aussi que des facteurs non négligeables dans mon adolescence et dans mes choix professionnels m'ont fait prendre un chemin dont la pente naturelle est celle de l'amertume. 

Si nous étions des êtres rationnels, la gratitude devrait largement l'emporter sur l'envie de se plaindre au sujet du covid-19. En effet, le fait d'arriver à développer, autoriser et produire en un an au moins deux vaccins efficaces à plus de 90% contre le coronavirus, là où cela prend dix ans d'habitude, devrait nous conduire à éprouver de la gratitude tous les jours pendant au moins les dix prochaines années. Et pourtant, je reconnais que j'ai été le premier à dénoncer les lenteurs de l'Europe à produire et distribuer ces fameux vaccins. 

J'avais l'impression qu'en temps de guerre, il était plus facile de produire des armes que des vaccins en temps de paix. Et c'est vrai que le fait de voir le nombre de décès s'accumuler, quand on a l'impression que c'est évitable, est difficile à supporter. 

Notons toutefois que même les Américains, Joe Biden en tête, n'ont pas toujours été parfaitement satisfaits de la cadence de production des vaccins. 

Faut-il, alors, adopter la fameuse "pensée positive" ou bien conserver tout notre esprit critique? Le fait d'être capable de voir ce qui ne va pas autour de nous peut permettre de dénoncer les choses pour ensuite aboutir à quelque chose de constructif. 

En revanche, si l'aspect constructif n'est pas au rendez-vous, si on se laisse en quelque sorte déborder par le négatif comme l'intendant du Gondor qui, dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien, n'était soumis par Sauron qu'à des images de défaite, alors, il est possible que dans sa vie, on devienne un "loser" au sens propre du terme. 

C'est à dire qu'à force de s'attarder sur les pertes autour de nous, ou bien sur les pertes dans notre vie, on ne tiendra plus compte des gains, et on deviendra donc un perdant et non un gagnant, dans ce sens où ces pertes vont miner notre moral et nous empêcher d'agir de manière constructive. 

J'avais déjà écrit un article de blog sur le sujet, intitulé Une promesse que je me suis faite. Et récemment, je me suis interrogé. En écrivant La Lettre à moi-même, n'ai-je pas dérogé à cette promesse de ne jamais sombrer dans l'amertume? La lettre s'attarde en effet sur des épisodes traumatiques de mon adolescence, puis de ma vie d'adulte. L'un de mes relecteurs principaux m'avait d'ailleurs formellement déconseillé de la publier sous peine de détruire ma relation avec ma mère et mon frère. 

Et pourtant, j'estime que cette lettre, aussi courte soit-elle, m'a à elle seule permis de faire plus de chemin que je n'en avais accompli pendant de nombreuses années. C'est le danger, je crois, de la pensée positive: vouloir se concentrer tellement sur le positif que l'on va oblitérer tout le négatif dans sa vie, au risque de ne pas régler certains problèmes, et de se retrouver emporté par une lame de fond surgie du passé au moment où on s'y attend le moins. 

Cette lettre m'a procuré une sorte de recul, de vue d'ensemble sur ma vie qui me faisait défaut. C'est ce qui me fait dire à quel point certaines choses dans mon passé, mais aussi certains de mes choix professionnels, me conditionnent en quelque sorte à l'amertume, si je n'y prends garde. Le journalisme, par exemple. J'ai gardé la fibre de ce métier que j'ai pratiqué entre 1996 et 2004. C'est une profession où il est presque obligatoire de voir le verre à moitié vide, le train qui n'arrive pas à l'heure... ou les bugs ou défauts dans un jeu vidéo. 

Le métier d'auteur à temps plein, c'est encore un cran au-dessus dans le risque de sombrer dans l'amertume. L'investissement personnel est tel, et les retombées financières si légères que l'enrichissement est avant tout personnel. Et certainement, cet état de fait m'aurait fait basculer vers le côté amer de la Force, si je n'avais choisi l'autoédition, qui quant à elle, permet de se contenter de petites victoires, et de ne mesurer son succès qu'avec une aune faite maison, et non celle d'autrui. C'est fondamental au niveau du mental, comme dirait l'autre.

Dernièrement, une prof qui réalise une thèse sur l'édition et l'autoédition me demandait si je souhaitais continuer à autopublier mes propres ouvrages, ou au contraire si je cherchais à être publié par un éditeur traditionnel. A quoi j'ai répondu: Plus que jamais, je continue l'autopublication. Toujours pour les mêmes raisons d'indépendance, et parce que l'autoédition vient de me prouver que même dans des circonstances dégradées, elle me permettait de survivre.

Mais il est vrai que mon passé et les connaissances acquises peu à peu me font approcher le secteur artistique de manière ultra précautionneuse, comme si je souhaitais n'y tremper qu'un orteil. C'est ainsi que dans ce blog, j'ai écrit pas mal d'articles de mise en garde sur ce secteur, et d'indices sur la manière de se protéger: 

- Un rêve, cela peut coûter cher 

- Un rêve, cela peut coûter cher: démonstration

- Succès, gloire... et amour ? 

- Entre hauts sommets et abysses

- Mortelle célébrité  (article central sur le sujet)

- Une promesse que je me suis faite

- Cinéma

Et le présent article, et d'autres encore, que je n'ai pas cités. Le sous-titre de ce blog pourrait presque être: "je suis artiste, et je me soigne!" Ou en tout cas, je tente de mettre en garde contre les aspects pervers de la profession, tout en sachant bien sûr que sans artiste, on s'ennuierait ferme, et que ça englobe des métiers magnifiques. 

Si vous ne devez lire qu'un de ces billets, que ce soit Mortelle célébrité, mais tous témoignent en quelque sorte de ces tiraillements entre le besoin d'une certaine notoriété artistique qui permette de vendre plus facilement et la réalité du terrain, dont j'essaie de rendre compte à ma manière.

Il ne faut pas y voir, je crois, que du négatif. Si malgré tous ces dangers que je décris, je continue d'avancer dans ce secteur, c'est bien que les récompenses immatérielles font plus que compenser la faiblesse des récompenses matérielles. 

A cet égard, j'éprouve une grande gratitude envers mes lecteurs, et toutes les personnes qui prennent sur leur temps pour lire mes livres, et me permettent de réaliser mon rêve. 

Cependant, le fait que les gens nous apprécient et apprécient la culture et la lecture ne doit nous conduire en aucun cas, nous autres auteurs autoédités, à oublier la manière dont le secteur des loisirs en général, et celui de la littérature en particulier, est dévalué par rapport à tout le reste. Tous ces articles que j'ai écrits décrivent les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes, ceux que nous tendent la société, mais le but est bien un développement sur les deux fronts: aussi bien dans la manière dont nous traite la société que dans la manière dont nous nous traitons nous-mêmes. Les deux aspects sont de toute façon profondément imbriqués, indissociables.


jeudi 5 décembre 2019

Une promesse que je me suis faite

Je me suis fait une promesse. Peut-être pas de manière formelle ni à un moment précis, mais c'est en tout cas la promesse, tout au long de ma vie, de ne sombrer ni dans la misanthropie, ni dans le pessimisme, ni dans l'amertume, ni dans aucune de ces philosophies qui vous font d'abord voir le verre à moitié vide. L'amertume, en particulier, est un écueil qui menace les auteurs. C'est d'ailleurs pourquoi une romancière comme Kris Rusch attache autant d'importance à Thanksgiving dans ce sens de "gratitude envers la vie". 

"Les Gaulois n'ont peur que d'une chose, c'est que le ciel leur tombe sur la tête", est une phrase qui revient souvent dans les albums de BD Astérix et Obélix. La BD étant parodique, "les Gaulois" désigne en fait les Français. Et si l'on y réfléchit deux secondes, ils ont beau n'avoir peur que d'une chose, cela ne fait pas moins d'eux de grands angoissés devant la vie. Avoir peur que le ciel vous tombe sur la tête, c'est une vraie angoisse métaphysique, une peur de tous les instants. Cela décrit un trait de caractère des Français.

C'est ce même type de peur, d'angoisse qui est relayée par les médias, et de manière si intense que je qualifie cela dans un autre article de terrorisme médiatique, en appelant même à la création d'un outil pour mesurer la toxicité des médias. Le genre de peur, en gros, qui fait de tous les Français des névrosés. 

Cette névrose, j'en suis aussi la victime. Moi aussi, je me fais le relais d'informations négatives. Parce que j'estime qu'un artiste doit aussi se confronter à la réalité, ce qui signifie ne pas s'enfoncer la tête dans le sable. Par exemple, avoir la capacité de réaliser qu'on a fait fausse route au sujet du réchauffement climatique depuis 30 ou 40 ans. Parce qu'il y a la peur, l'angoisse, mais il y a aussi la réalité. C'est pourquoi je m'efforce toujours d'envisager des solutions dans le champ du réel.

Je suis donc davantage un névrosé militant qu'un névrosé dépressif. Mais allons plus loin dans l'introspection. Le fait que mes deux derniers romans (et trois derniers si l'on estime que Le Vagabond tient plus du roman que du recueil de nouvelles) soient des Thrillers ne fait-il pas de moi quelqu'un de fondamentalement pessimiste?

Pour écrire des romans noirs, ne faut-il pas voir la vie en noir?

J'ai essayé d'apporter une réponse à cette question dans la quatrième de couverture de mon dernier Thriller, Les Nouveaux Gardiens: "En cette deuxième décennie du XXIe siècle, les médias ne cessent de déverser un flux d'informations catastrophiques. Plutôt que de sombrer dans l'indifférence, la morosité ou le cynisme, Vick Lempereur a décidé d'agir."

Cette réponse, c'est donc la résilience, la capacité de rebondir, de faire face. Cela ne veut pas dire pour autant que la fin du roman soit parfaitement optimiste. Et même si la fin devait être jugée pessimiste, cela ne voudrait pas dire pour autant que son auteur est un pessimiste.

Dans tous les Thrillers, les personnages principaux font preuve de résilience, ou en tout cas, se débattent, essayent de s'en sortir, ou de résoudre l'affaire. Sans cela, sans ces efforts, il n'y aurait tout simplement pas de roman. Ce serait terminé pour eux dès la fin du premier chapitre.

Récemment, le Thriller Effondrements, de Guy Morant, en me plaçant dans la peau d'un survivaliste, de quelqu'un qui pense l'effondrement de la société inévitable, et s'y prépare, m'a fait comprendre que ce n'était pas l'attitude à adopter. Pourquoi? Parce que c'est tout simplement l'attitude du charognard. De quelqu'un placé en position d'attente, et d'attente malsaine, de l'attente de quelque chose de très négatif. Je ne veux tout simplement pas vivre comme ça. 

Quels que soient les signaux négatif que je reçois, et même si je tiens compte de la réalité et m'y confronte, je vis donc au jour le jour, dans une attitude de gratitude par rapport à tout ce que je possède, attitude positive, bien sûr. 

Et qu'en est-il, me direz-vous, de la condition d'auteur vivant de sa plume à temps plein? Est-ce que je ne devrais pas me considérer comme un agriculteur travaillant toute l'année son lopin de terre, pour au bout du compte ne récolter qu'un simple épis de maïs? Est-ce que ce rapport si défavorable entre la quantité de travail fournie et le fruit de ce travail ne devrait pas inexorablement me conduire vers l'amertume, comme ça a déjà été le cas de tant d'auteurs? 

C'est en effet le danger de la condition d'auteur, et il faut y prendre garde. Le truc, c'est que personne ne m'a mis un couteau sous la gorge pour choisir ce métier. C'est mon choix, et je dois l'assumer. A moi de faire la preuve de ce dont je suis capable... même si ce ne devait être qu'à deux ou trois individus!

C'est un choix qui m'a permis de réaliser mon rêve en vivant de l'écriture. Oui, il y a un prix à payer. Mais il y a aussi des plaisirs transgressifs, comme le fait de rester au lit quand la plupart des gens sont assujettis au conformisme du métro-boulot-dodo. Il y a une certaine liberté de parole, de vision de la société qui peut s'exprimer.

Il y a aussi la satisfaction des rencontres avec les lecteurs et des échanges. Il y a enfin la réalisation de soi-même dans ses livres, bien plus importante que dans aucun autre métier que j'ai pu exercer. 

Il m'arrive parfois d'imaginer vendre 25 000 exemplaires de mon dernier roman en format ebook, et de m'en effrayer. Comment serait le retour sur terre, après un tel succès? Est-ce que ce genre de succès ne me placerait pas en position d'attente pour le restant de mes jours, là où je souhaite continuer à aller de l'avant? Est-ce que je ne considérerais pas que je "mérite" de vendre autant à chaque roman? Est-ce que je ne serais pas frustré à chaque fois comme un enfant gâté? Le succès serait pour moi une grande perturbation.

Plutôt qu'un agriculteur, je préfère à présent me considérer comme le possesseur et bénéficiaire d'un puits. Chaque seau que je remonte est un seau de satisfaction. En d'autres termes, c'est le voyage qui compte, pas la destination.

dimanche 28 avril 2019

Se concentrer sur les solutions, pas sur les problèmes

La plus grande leçon, à mon sens, du cycle de l'Epée de Vérité de Terry Goodkind ne concerne pas les différentes règles du sorcier, mais la philosophie de vie qui consiste à se concentrer sur les solutions et non sur les problèmes. La formule revient souvent dans le cycle, et à juste titre. Cette règle est une résultante de la loi de l'attraction, sujet principal de l'ouvrage de développement personnel Le Secret, de Rhonda Byrne.



Il y a des moments, dans la vie, où différentes informations de provenances variables convergent toutes vers le même point, et s'imbriquent telles les pièces d'un puzzle. Comme par hasard, ce moment survient dans ma vie dans une période où mes travers de journaliste m'ont conduit à surcharger mon profil Facebook d'informations négatives. Sans doute une question de Ying et de Yang. 

Je ne suis pas à fond sur l'astrologie, mais je le reconnais, je suis du signe de la Balance, et j'ai besoin d'équilibrer les deux plateaux. 

J'ai rencontré en dédicace une sophrologue qui ne s'intéressait pas du tout à mes romans, mais qui m'a conseillé de lire Le Secret, de Rhonda Byrne. Son instinct lui soufflait de me recommander ce livre. 

Moi aussi je fais confiance à mon instinct. Je respecte ces choses-là. 

Je n'avais pas entendu parler de la loi de l'attraction auparavant. J'ai donc commencé à lire le livre, et je me suis mis à relier les points convergents. Selon la loi de l'attraction, vos pensées positives vont attirer des choses positives dans votre vie. Vos pensées négatives, quoique cent fois moins puissantes que les positives, vont aussi attirer des choses négatives dans votre vie. Même si ce sont des choses négatives que vous voulez éviter ("je ne veux pas choper le cancer"), le fait d'y penser en ces termes va attirer ces choses dans votre vie. 

Le docteur en physique quantique Fred Alan Wolf précise: "La physique quantique commence véritablement à pointer vers cette découverte. Elle dit que vous ne pouvez avoir d'Univers sans esprit pour entrer à l'intérieur, et que l'esprit, en réalité, façonne les choses elles-mêmes que vous percevez."

L'un des blogs qui a largement inspiré le blog que vous avez sous les yeux est A Newbie's Guide to Publishing, de Joe Konrath. Il s'agit du seul blog dont j'ai lu l'intégralité des articles. La leçon la plus importante, la plus libératrice pour l'esprit selon l'auteur de Thrillers Joe Konrath dans son chemin vers la publication et l'autopublication (il s'agit d'un auteur hybride) est: "to not give a damn". S'en Foutre. 

Dans son blog, Konrath ne dit pas explicitement d'aller vers les pensées positives. Il recommande de se construire une armure, et de laisser glisser les choses négatives en dehors de soi, sans que cela vous affecte. Il se réfère en particulier aux commentaires négatifs que l'on peut recevoir sur nos livres.

Cela revient à ne surtout pas faire preuve d'empathie envers les événements négatifs, ou même envers les personnes victimes d'événements négatifs. Ce que recommande aussi le livre Le Secret, de Rhonda Byrne. Donc, si vous pensiez que c'est un livre de bisounours, j'espère que vous commencez à réviser votre jugement. Après tout, ce sont les psychopathes qui n'ont pas d'empathie. 

Après avoir relié Goodkind et Konrath à Byrne et au Secret, j'ai relié Anne-Claire Coudray au même livre, et j'ai relié le tout à l'un des articles qui me tient le plus à cœur de ce blog, MédiasTox, un outil pour évaluer la toxicité des médias (MédiasTox est une invention personnelle tirée de mon expérience professionnelle et de consommateur d'informations), ainsi qu'aux articles Terrorisme médiatique et Interdépendance

Anne-Claire Coudray est l'une des présentatrices du journal télévisé de TF1. Une personnalité rayonnante, souvent souriante. Je me suis demandé comment elle pouvait garder ce côté rayonnant malgré le torrent d'informations désastreuses dont elle nous abreuve. La seule explication, c'est qu'elle ne se laisse toucher par aucune de ces informations. Elle ne fait pas preuve d'empathie. Cela glisse sur son armure, exactement comme les commentaires négatifs glissent sur celle de Joe Konrath. 

Et vous savez quoi? Elle a raison. Si elle se laissait toucher de manière répétée par ces infos, cela la détruirait. Elle a appris à ne pas se rendre malheureuse parce qu'elle raconte le malheur. Konrath aussi a raison. 

Et pourtant, je peux vous le dire, parce que j'en ai fait l'expérience, en école de journalisme, on vous demande bien au contraire de faire preuve d'empathie quand vous dites l'info. L'un des buts reste quand même de provoquer de l'émotion pour obtenir de l'audience. On ne vous dit jamais de ne jamais vous laisser toucher personnellement par ces informations. Je peux vous le dire à présent que j'en suis sorti, je trouve cet enseignement criminel pour les futurs journalistes. Je dis bien: criminel. Il faut impérativement se protéger. 

Et les journalistes qui ont survécu au-delà des premières années, ne vous y trompez pas, se protègent. Mais pour nombre d'entre eux, cette protection se transforme en cynisme. Ils se mettent à voir le monde au travers du prisme du verre à moitié vide, et bien entendu, tout naturellement, cela ternit leur vision. Ils se protègent, certes, mais ils restent concentrés avant tout sur les problèmes, parce que ce sont avant tout les problèmes qui sont leur gagne-pain. Ils ne recherchent les solutions que dans une moindre mesure, dans certains reportages qui ont tout de même le mérite d'exister.

De la même manière, ancienne déformation professionnelle, j'ai eu tendance à trop me concentrer sur les problèmes dans les derniers articles que j'ai relayés sur Facebook. Faut-il pour autant faire l'autruche? Bien sûr que non, ce n'est pas l'enseignement du livre Le Secret. Il est indispensable d'avoir conscience des problèmes, du moment que l'on n'en absorbe pas trop et qu'ils ne ternissent pas notre conscience, mais il faut se tourner vers les solutions. 

Si l'on n'avait en tête que les problèmes, si le monde entier ne voyait que le négatif, la solution inéluctable serait le suicide collectif. "Un homme sans espoir est un homme mort". C'est ce que me disait récemment une autre personne rencontrée en dédicace. Quand je vous disais que les lignes convergent, en ce moment, pour moi. 

J'ai déjà écrit des articles qui évoquent de nombreux problèmes, et en particulier l'article On a fait fausse route. Mais même dans cet article, l'un des plus négatifs de ce blog, j'évoque des solutions. J'essaie d'être constructif.

Bien qu'il utilise des jets privés pour ses déplacements, ce qui n'a rien d'écologique, l'une des personnalités que j'admire le plus est Elon Musk. Oui, lui, le richissime entrepreneur, créateur de Paypal, Tesla et Space X, qui fait une apparition dans Iron Man 2 - le personnage de Tony Stark a, pour le film, été en partie modelé sur celui de Musk. 

Voilà quelqu'un qui s'est concentré sur les solutions. On pourrait même dire qu'il considère les problèmes, n'ont pas sous un prisme négatif, mais comme des opportunités de futures solutions.

Les gouvernements font des gaspillages outranciers avec l'argent public, en sacrifiant les étages de fusées comme la fusée Ariane, qu'ils ne réutilisent jamais, ce qui rend l'envoi de matériel et d'hommes dans l'espace extrêmement coûteux? Il fonde Space X, qui permet de faire réatterrir les étages des fusées, et taille des croupières à l'industrie spatiale, s'enrichissant considérablement au passage. Il se donne l'objectif de coloniser Mars, projet remis aux calendes grecques par les gouvernements successifs depuis des années (les choses ont quelque peu changé avec l'administration Trump, dont vous comprendrez que je n'ai pas envie de tresser les louanges pour de nombreuses autres raisons). 

L'industrie du pétrole bénéficie de subventions colossales dans tous les pays occidentaux alors même qu'elle réchauffe de manière aberrante et destructrice le climat? Musk fonde Tesla, une société de véhicules électriques, et obtient des records de ventes (et de performances, et de sécurité) pour le Model 3, son dernier modèle. La société construit aussi des semi-remorques électriques et a racheté Solarcity. Elle prévoit de construire des tuiles solaires, projet malheureusement retardé parce qu'il est difficile de tout cumuler, pour une seule société. 

Oui mais vous allez me dire, terres rares, pollution minière, pollution liée à la voiture électrique. Justement, les véhicules électriques sont "zéro émission". Tous les processus industriels qui donnent lieu aux véhicules électriques, voilà ce qu'il faut remettre en cause. Pas le produit fini en lui-même. Mais si vous remettez en cause tous les processus industriels qui donnent lieu aux véhicules électriques, pourquoi n'en feriez-vous pas de même avec les industries qui produisent des véhicules à moteur thermique? 

Les véhicules électriques permettent à la société de mettre le doigt où ça fait mal. Sur nos industries. Est-ce que ces véhicules de nouvelle génération vont générer leurs propres problèmes? Je n'en doute pas un seul instant. Citez-moi une seule solution industrielle qui ne génère pas des problèmes. Même les barrages hydrauliques peuvent provoquer des problèmes politiques, en assoifant certaines régions du monde, et des problèmes de maintenance liée à la pression de l'eau, et de risques pour les populations. 

Je ne fais pas partie des gens qui pensent qu'il faudrait revenir à des stades primitifs pour être plus écologiques. Je pense que ce serait un effroyable gâchis de potentiel, par exemple, que de ne pas viser l'espace et la colonisation d'autres planètes. Nous sommes dotés d'un cerveau extraordinaire, cela doit bien signifier quelque chose. 

Pour reprendre le cas d'Elon Musk, si vous êtes vous-même entrepreneur dans la Silicon Valley, ou dans les nouvelles technologies, vous allez me dire: "oui, mais moi aussi je me concentre sur les solutions et non les problèmes. Pourtant, je n'ai pas du tout le même degré de réussite que Musk." Je répondrai que se concentrer sur les solutions et non les problèmes est l'un des éléments de la réussite. Il faut aussi arriver au bon moment avec sa technologie. Il faut avoir étudié le marché. Il faut que les concurrents ne soient pas meilleurs. Il faut trouver les financements, convaincre les investisseurs. Il faut bâtir un business plan qui tienne la route. Et il faut de la chance. De très nombreux paramètres entrent en compte, et parfois, une technologie inférieure se met à prédominer, parce que tous les autres bons éléments se sont mis en place.

Je reviens à présent sur quelque chose qui doit vous trotter dans la tête. Est-ce que je préconise de ne plus faire preuve d'empathie ? L'empathie est ce qui nous rend humain, non? Eh bien oui, bien sûr. Sans empathie, pas d'humanité, pas de relations sociales possibles. La priorité numéro un de chaque être humain doit toutefois être de se protéger, de se garantir de pouvoir aller vers les solutions et non de rester coincé sur les problèmes. A partir du moment où votre empathie vous porte atteinte, vous devez la restreindre. 

C'est donc un équilibre à atteindre. Aucun livre ne vous fournira de solution miracle, la vie est histoire de compromis. Néanmoins, ce livre que je n'ai pas encore terminé, Le Secret, me semble aller dans la bonne voie. 

vendredi 5 avril 2019

Les radars en infraction

Les radars routiers contreviennent aux deux premières lois de la robotique d'Asimov. Ils nous font entrer dans une société plus proche d'une société dystopique, orwellienne.



En matière de sécurité routière, il y a eu un glissement progressif vers de plus en plus d'autoritarisme. Au début, il n'y avait pas de poteaux indicateurs de vitesse. Ensuite, il y en a eu, mais qui n'étaient là qu'à titre indicatif. Dans une troisième phase, ces signalisations de vitesse sont devenues impératives, et sanctionnées par la loi si on les dépassait. Première indication que l'on ne faisait plus confiance au jugement humain. 

Mais si l'on a basculé vers une société de type dystopique orwellienne, c'est parce que, en prenant ce raccourci dangereux des radars, en les investissant d'autant d'autorité sur l'homme, on a bafoué les deux premières lois de la robotique d'Asimov:

1) un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger 
2 ) un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi 


On a laissé les robots porter atteinte aux êtres humains, en jugeant les humains, en les sanctionnant, en leur retirant leur permis s'ils n'ont plus de points. En leur privant de leur métier si leur source de revenus est liée à leur voiture. En faisant d'eux des hors-la-loi s'ils n'ont pas les moyens de suivre des stages pour récupérer leurs points, et s'ils n'ont plus leur permis. 

Ces robots, ces radars, sont sous simple supervision humaine. Ce sont les machines qui décident, et les hommes n'interviennent que dans les rares cas où il y a contestation.

Comme dans tout système sur-répressif, l'effet à terme sera l'inverse de celui recherché: la déresponsabilisation de l'être humain. 

Les morts sur les routes sont liés à des gens qui n'ont pas été éduqués à respecter la vie. La véritable cause n'est pas la vitesse, mais le fait qu'ils ont été distraits à un moment crucial - souvent à cause des smartphones.

Donc, quand on va vers le répressif, on réduit l'aspect éducatif. Pour moi, la solution aux morts sur les routes, c'est une meilleure éducation, une meilleure responsabilisation des gens, un meilleur entretien des routes, et une meilleure sécurité des véhicules.


Si l'on enchaîne avec la répression, en mettant les gens en prison à tour de bras, en faisant en sorte de faire gérer les prisons par le privé pour les rentabiliser, on va en fait vers toujours plus de répression et d'infantilisation du peuple. 

C'est dangereux de se laisser priver de ses droits. Dangereux pour notre futur.


Lien: les nouveaux types de radars, toujours plus performants, arrivent

mardi 8 janvier 2019

Sujets bac philo 2019

Je ne suis pas prof, mais j'ai plusieurs sujets à l'esprit pour le bac 2019. Je les propose ci-dessous.

"La violence n'engendre que la violence". On connaît le dicton. On sait aussi ce que Thomas Hobbes disait par rapport à l'homme à l'état naturel, qui est un "loup pour l'homme". D'où la nécessité d'un contrat social, qui délègue les pouvoirs de justice et de police à un souverain (du temps de Hobbes) ou à une République (de nos jours). 

L'Etat français est imprégné de la philosophie de Hobbes. L'Etat est là pour protéger l'homme de ses mauvais instincts, pour régler les problèmes. 

Si l'on compare aux Etats-Unis, où au contraire, il y a une grande défiance vis-à-vis de l'Etat et du pouvoir qu'il peut exercer sur les citoyens, nous ne nous en portons pas plus mal: les citoyens français n'ont pas à posséder tout un arsenal, et nous n'avons pas, comme les Etats-Unis en 2015, plus de 36 000 morts par arme à feu en une année.

Mais Hobbes accorde aussi à tout citoyen menacé dans sa vie par le fonctionnement de l'Etat le droit de se défendre et de résister par tous les moyens. "Le roi est ce que je nomme le peuple", dit-il. Le souverain ne peut vouloir et accomplir que le bien de l'Etat. 

En réfléchissant à l'actualité, mais aussi à l'Histoire, je me suis demandé si la violence avait pu apporter des changements positifs dans la vie des hommes. J'ai alors eu l'idée de trois sujets pour le bac philosophie de 2019: 


  • Si l'Etat empêche l'usage de la violence par le peuple, l'Etat est-il castrateur ?
  • Aurait-on pu renverser la monarchie en 1789 de manière uniquement pacifique ?
  • La violence sociale est-elle légitime du fait que ce soit une violence d'Etat ?
Si vous trouvez ces sujets du bac révoltants, n'hésitez pas à me le dire en commentaire! ;)

lundi 17 décembre 2018

Terry Goodkind, l'Epée de Vérité et l'autoédition

C'est un paradoxe : au moment où je lisais le septième tome de l'Epée de Vérité, de Terry Goodkind, un auteur traditionnellement édité, je suis tombé sur un passage des Piliers de la Création qui correspond parfaitement à la philosophie que je mets derrière l'autoédition. Je n'irais pas jusqu'à en conclure que les auteurs autoédités sont eux-mêmes des piliers de la création, mais dans ce contexte, j'avoue que c'est assez amusant.

Oui, oui, oui, je sais. Vouloir détourner les paroles d'un auteur pour l'attribuer à une idéologie ou un dogme, c'est le Mal. Le philosophe Friedrich Nietzsche aurait-il apprécié de voir une partie de ses concepts détournés et repris à son compte par le parti Nazi, je ne crois pas. 

De la même manière, le romancier de Fantasy Terry Goodkind n'aimerait sans doute pas qu'on lui attribue des pensées liées au mouvement de l'autoédition. 

Donc, que les choses soient claires: l'analogie entre ce passage d'un roman de Terry Goodkind et la philosophie de l'autoédition n'est qu'une vision personnelle. Cela correspond à l'idée que je me fais de l'autoédition. 

Et moi, Alan Spade, ne prétend aucunement représenter l'autoédition. Ce mouvement, par ailleurs très ancien, puisque Denis Diderot lui-même s'autoéditait, ne peut être défini ou limité par les pensées ou élucubrations d'un seul. De nombreux auteurs autoédités vous diront sans doute en commentaire qu'ils ne sont pas d'accord avec ma vision, et c'est aussi toute la richesse de ce mouvement dans lequel je m'inscris.

Ceci posé, voici le passage en question (la traduction est de ma pomme, puisque je lis l'ouvrage directement en anglais): "Si vous voulez être un esclave dans la vie, alors continuez à aller de-ci de-là en demandant aux autres de faire les choses à votre place. Ils vous rendront service, mais vous vous apercevrez que le prix est vos choix, votre liberté, votre vie elle-même. Ils feront à votre place, et au final vous serez réduit en esclavage pour toujours, ayant fait don de votre identité à un prix dérisoire. Alors, et seulement alors, vous ne serez personne, un esclave, parce que vous-même et nul autre l'avez voulu ainsi."

Des paroles fortes. Si je bâtissais un temple à la gloire de l'autoédition, ce sont sans doute ces paroles que je graverais sur le frontispice. Je reconnais qu'elles peuvent aussi être valables, dans une certaine mesure, pour l'édition traditionnelle -- de nombreux auteurs traditionnellement édités ne seraient pas arrivés où ils en sont s'ils n'avaient pas su prendre en main leur destin.

Une traduction pouvant être détournée, voici les paroles originales: "If you want to be a slave in life, then continue going around asking for others to do for you. They will oblige, but you will find the price is your choices, your freedom, your life itself. They will do for you, and as a result you will be in bondage to them forever, having given your identity away for a paltry price. Then, and only then, you will be a nobody, a slave, because you yourself and nobody else made it so."

Comme je le disais, l'autoédition existe depuis toujours, mais ces paroles de Terry Goodkind, ont, pour moi, fait particulièrement écho à l'essor de l'autoédition sous format ebook depuis 2009, suite à la sortie de la liseuse Kindle en 2007. Une autoédition à l'américaine, où effectivement, on ne laisse plus faire à la place, et pour laquelle chaque livre représente en quelque sorte une parcelle à revendiquer, dans cette ruée vers l'Ouest sauvage des lettres. 

Et si vous me dites que les choses n'étaient pas d'emblée aussi pures, notamment parce qu'Amazon, l'inventeur du Kindle, n'a proposé 70% de droits sur les ebooks (royalties d'auteur) que pour s'aligner sur ce que proposait déjà Apple, je suis d'accord. 

Si vous me dites  que les choses ne sont pas restées aussi pures depuis qu'Amazon s'efforce d'obtenir l'exclusivité de publication des auteurs autoédités sur sa plate-forme (programme Kindle Select), je suis également d'accord. 

Les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires.

Il n'empêche que pour moi, l'esprit de départ, ce qui a présidé à ce mouvement, se retrouve dans cette citation de Terry Goodkind. 

mercredi 11 mai 2016

Votons avec nos porte-monnaie

Il y a des moments où l'on a l'impression que la démocratie est confisquée. Par exemple, quand le 49.3 est utilisé. A d'autres moments, on se dit que quel que soit son vote, ce sera toujours la même politique qui sera mise en œuvre, celle inspirée par le lobby des entreprises les plus puissantes du CAC 40. On a l'impression de se voir retirer le peu de bribe de pouvoir qui était nôtre. Et pourtant, nous avons un autre pouvoir, beaucoup plus efficace et que nous pouvons appliquer beaucoup plus souvent qu'une fois tous les cinq ans: celui de nos porte-monnaie. 

Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.

C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.

Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister. 

Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides. 

Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.

J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins. 

Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.

Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.

Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.

Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier. 

Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques. 

Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.

Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions. 

Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.

Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.

Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.

On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser. 

Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.

Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres. 

On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.

Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.

Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.

Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?

C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.


Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs. 

Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir. 

Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant. 

Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.

On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.

mercredi 3 février 2016

Projection

A chaque fois que vous vous dites que vous n'êtes pas assez lu(e), demandez-vous si vous n'êtes pas en train de projeter votre propre manque de confiance en vous sur les lecteurs.

jeudi 19 novembre 2015

Les auteurs et écrivains : tous des "hobbyists" (amateurs)?

Si ce qu'on appelle les écrivains ou "grands écrivains" jouissent d'une forme d'estime parmi le grand public, leurs revenus d'écriture font plus souvent qu'à leur tour le grand écart avec cette considération. Lorsque l'on s'intéresse à la place qu'occupent ces auteurs et écrivains dans le marché du livre, on s'aperçoit avec étonnement qu'ils n'en sont que des satellites. Ma théorie personnelle est qu'au-delà des strass et paillettes, ils sont en réalité considérés par les "professionnels du livre" de tout acabit comme des "hobbyists", des personnes pratiquant un hobby. Bonne nouvelle, les choses sont en train de changer, en grande partie grâce à l'autoédition. 

Le terme "hobbyist" est un terme anglais qui peut être traduit par une périphrase, "personne pratiquant un hobby, un loisir", ou plus simplement par le terme "amateur". J'aime bien ce terme de "hobbyist", car il dit de manière très directe ce qui n'est décrit que de manière imparfaite en français.

Récemment, on a vu des articles (je pense notamment à un article de BFM) qualifier les auteurs autoédités "d'écrivains du dimanche", qui se rapproche également très fort de l'acception de "personne pratiquant un hobby", mais en y ajoutant une notion péjorative jouant sur le contraste entre "écrivain" et "du dimanche".

Avec un soupçon de malice, on pourrait renverser le sarcasme qui se cache derrière ce terme d'"écrivains du dimanche" pour affirmer que les amateurs, délivrés des soucis pécuniaires, sont les seuls véritables artistes, car les seuls à même de créer sans aucun souci de plaire, ni aucune considération pour le marché. 

Après tout, n'y a-t-il pas dans "amateur" le mot "amoureux"? Être amoureux de son art, je ne vois pas où est le problème là-dedans. Cela me paraîtrait même être un prérequis. 

De très nombreux auteurs se sont contentés d'être ces amoureux de leur art, produisant des œuvres de qualité en parallèle de leur métier alimentaire, un peu comme un dérivatif. Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault, que j'admire énormément, était dans ce cas. J.R.R. Tolkien lui-même était professeur d'anglais.

Robert E. Howard a quant à lui réussi à échapper à ce tropisme, cette tendance lourde, à force de travail et d'abnégation, en soumettant ses nouvelles à des pulps, célèbres magazines dont l'emblématique Weird Tales - concernant Robert E. Howard, si vous comprenez l'anglais, je ne peux que recommander de regarder le film The Whole Wide World.

Il est intéressant de constater que le travail de nouvelliste désirant se faire publier dans un magazine a pas mal de points communs avec celui de journaliste pigiste dans la presse écrite. Là encore, un autre satellite.

La société a beau mettre littéralement au Panthéon certains écrivains, il ne faut pas croire, elle garde les pieds sur terre, et nombreuses sont les personnes à considérer qu'écrivain n'est pas un métier. Ou alors, un métier de crève-la-faim. 

Les seuls vrais professionnels seraient les participants de la chaîne du livre, éditeurs, libraires, bibliothécaires, distributeurs, diffuseurs, publicistes, imprimeurs... plus les rarissimes auteurs qui se sont rendus indispensables à ce marché du livre, de par le nombre de lecteurs et fans qui les suivent. Comme avait su le faire R.E. Howard avec Weird Tales.

C'est pourquoi il me semble raisonnable de penser que par défaut, tous les auteurs sont considérés comme des amateurs. Ce qui explique, bien évidemment, les contrats extrêmement défavorables aux auteurs. Oui, pour un éditeur, il y a souvent "bonne poire" écrit en lettres invisibles sur votre front d'auteur.  

Et on peut penser que même les auteurs qui ont gagné en notoriété sont toujours considérés comme des bonnes poires par leur éditeur, dans la mesure où il n'ont pas montré une connaissance suffisamment intime du marché pour savoir où se situait leur meilleur intérêt. Pour gagner le respect de quelqu'un, il faut jouer le même jeu que lui, et non s'extraire du jeu en se disant qu'on est au-dessus de tout cela. Ce n'est pas pour rien si l'auteur qui vend le plus au monde, James Patterson, est aussi un expert en marketing.

Loin de moi l'idée de dire que l'on doit viser à devenir le prochain Patterson. Il en va souvent, tout simplement, de l'avenir de l'auteur: rares sont ceux qui arrivent à vivre à plein temps de leur plume, et s'ils y parviennent, ils ont intérêt, s'ils veulent maintenir cette activité d'écriture à temps plein, à se donner les armes pour y parvenir. 

Le bouleversement de l'autoédition par voie électronique

L'autoédition est une belle illustration du fait que la professionnalisation des auteurs découle d'un amateurisme de départ. Un journaliste qui voudrait parler d'écrivains du dimanche pourrait sélectionner des milliers d’œuvres autoéditées à titre d'exemple. Tout en oubliant, bien sûr, les auteurs qui ont une démarche vraiment pro. 

Si l'autoédition, en France, y compris par voie électronique, n'a pas vraiment changé le fait que très peu d'auteurs en vivent, le véritable chamboulement se situe en réalité dans la démarche: grâce à Internet, de plus en plus d'auteurs ont une démarche professionnelle, s'inscrivant dans un marché. Il n'y a que comme cela qu'ils s'attireront le véritable respect de la société, et qu'ils cesseront de se faire marcher dessus.

Le fait que la plupart des auteurs autoédités qui réussissent passent exclusivement par Amazon, lequel Amazon fonctionne presque en vase clos, est évidemment gênant.

Notez tout de même le "presque": Amélie Antoine, lauréate du prix de l'autoédition Amazon, va se faire publier par Michel Lafon, un éditeur traditionnel. Nul auteur n'est prisonnier d'Amazon. 

Le point le plus positif pour les auteurs et leur "viabilité financière" dans la société est bien que ce bouleversement dans la démarche - couvertures de plus en plus léchées, argumentaire percutant, liens tissés avec les lecteurs, notamment au travers de newsletters, des réseaux sociaux ou de blogs -  ait eu lieu. Bien que la concurrence ne soit pas pour l'instant à la hauteur d'Amazon, elle a le mérite d'exister, et d'avoir compris l'intérêt de soutenir les auteurs autoédités.

Si la tendance se poursuit, à la fois du côté des auteurs pour ce qui est de la professionnalisation, et des plates-formes pour la mise en valeur, il se pourrait bien qu'un beau jour, on se réveille en constatant que les auteurs ne sont plus considérés par les professionnels du livre comme des "hobbyists". 

jeudi 23 avril 2015

Non assistance à personne en danger

Je m'éloigne aujourd'hui des sujets que je traite habituellement sur ce blog pour évoquer la loi de non assistance à personne en danger. Je le fais à la fois parce que j'estime que trop de gens vivent dans un contexte de peur exacerbée (éteignez-moi ce poste de radio!), et parce qu'un souvenir m'est revenu à l'esprit la nuit dernière. 

C'était entre 1992 et 1995. J'étais jeune étudiant à l'Ecole de Journalisme (Paris Tolbiac) à l'époque. Je me trouvais sur le quai en courbe d'une station du RER B à Paris. Je crois bien que c'était Denfert-Rochereau. 

Je regardais sans rien voir comme souvent, jusqu'à ce que mes yeux se posent sur une jeune femme blonde étrangement proche du bord du quai. Beaucoup trop proche. 

Elle devait être à une quinzaine ou une vingtaine de mètres de moi. Il y avait d'autres voyageurs entre nous. Je la fixai, et c'est à ce moment que j'ai vu son corps osciller.

Personne ne semblait avoir conscience d'elle aux alentours. Le RER ne devait plus tarder à entrer en gare. Je n'en revenais pas de ce qui semblait sur le point de se passer à l'insu de tous sauf moi. La vie pouvait-elle être si stupide?

Je ne cessai de la dévisager, et enfin elle tourna vers moi son visage. Celui-ci était baigné de larmes.

Nos regards se sont croisés, et je lui ai fait un signe de tête négatif. Elle est restée comme accrochée à mon regard, et enfin elle a reculé. 

Aujourd'hui encore, je regrette de ne pas être allé la voir dans son compartiment pour lui demander ce qui n'allait pas dans sa vie. La cloche de verre dont s'entourent la plupart des Parisiens et banlieusards, et surtout, ma grande timidité d'alors. 

A tort ou à raison, j'ai eu, et j'ai encore aujourd'hui, le sentiment d'avoir interféré dans la vie de cette jeune femme. Je suis sorti de mon devoir de réserve et de ma cloche de verre l'espace d'un instant chargé d'une incroyable intensité. 

Je n'avais absolument pas conscience à ce moment de n'avoir fait que mon simple devoir de citoyen (mais peut-on vraiment parler d'action?). Si je m'étais contenté de la regarder d'un regard vide, ou de l'ignorer, j'aurais été sous le coup de la loi de non assistance à personne en danger. 

Peut-être d'ailleurs, le fait de n'avoir agi que par le regard et un mouvement de tête me fait-il malgré tout tomber sous le coup de cette loi.

Ce n'est pas cette loi qui a commandé mon action alors, mais je réalise à présent que l'on ne m'a jamais formé à prendre les transports en commun.

Eh oui, je pense qu'il devrait y avoir une formation pour les collégiens ou lycéens afin qu'ils sachent comment réagir en situation d'urgence, précisément dans les transports.

Que dit cette loi de non assistance à personne en danger? Selon Wikipédia:

La non-assistance à personne en danger est l'engagement de la responsabilité pénale d'une personne qui n'interviendrait pas face à une personne courant un danger.
L'engagement a lieu si :
  • la personne a connaissance du danger ;
  • elle est en mesure d'agir ;
  • l'action ne présente pas de danger pour la personne ni pour un tiers.
Je repense aussi à ces cas où j'ai assisté à des agressions verbales d'hommes ou de femmes dans les transports en commun, sans doute de manière trop passive. 

Evidemment, si l'agresseur est armé, intervenir présenterait du danger. Evidemment, on ne peut pas toujours savoir si un agresseur est armé. Il existe aussi des agresseurs tellement balèzes qu'ils n'ont pas besoin d'être armés pour présenter un danger.  Ils peuvent aussi agir en bandes.

Mais bon. Il y a toujours moyen d'actionner un signal d'alarme si on se sent dépassé. J'ai déjà vu plusieurs personnes réagissant de concert contre un ou plusieurs agresseurs, et dans l'écrasante majorité des cas, sauf situation vraiment extrême où les agresseurs sont armés, les voyous prennent la fuite sans même qu'il y ait besoin de tirer le signal d'alarme.

Mine de rien, malgré son appellation digne d'un Père Fouettard, cette loi de non assistance à personne en danger fait de chacun de nous l'ange-gardien de son prochain (le saviez-vous? Aux Etats-Unis et au Canada, il y a une loi dite du bon samaritain qui protège contre d'éventuelles poursuites les gens qui essaient de réanimer un blessé.).

Je crois que nous aurions intérêt d'avoir cette loi de non assistance à personne en danger à l'esprit en prenant les transports. Ainsi que les gestes de premiers secours. Non pour renforcer la psychose, mais au contraire pour la combattre, en sachant que même si nous abritons en temps normal notre intimité derrière des cloches de verre, nous ne sommes pas seuls face à l'adversité.

Et aussi, parce qu'un homme averti en vaut deux.

vendredi 13 mars 2015

Mériter son salaire

L'une des plus grandes absurdités de notre temps, sur laquelle il faudra bien se pencher un jour ou l'autre, est la notion de mérite associée à la production de contenus ou de directives dans des métiers intellectuels ou d'encadrement, dans le public (administration et sur-administrations) et dans le privé. Cela va du député qui doit mériter son salaire en produisant un certain nombre de lois, au cabinet privé (de type sur-administration) qui doit produire un certain nombre de recommandations ou de logiciels pour des administrations comme Pôle Emploi, en passant par le personnel d'encadrement d'une boîte privée ou semi-privée, petite ou grosse, qui ne peut justifier son salaire qu'en pressurant des employés soumis dès lors au harcèlement dans leur travail. Bienvenue dans le monde des Shadoks, dont la production est beaucoup plus mortifère que ne le laisserait supposer leur gentille appellation.

"Il faut mériter son salaire, sinon c'est le chômage." Telle est l'une des grandes obsessions de notre temps, notre djihad à nous, celui des sociétés occidentales. Une guerre, d'abord et avant tout, contre nous-mêmes.

Les médias parlent beaucoup en ce moment, et à juste raison, de la révolte des professions médicales contre la généralisation du tiers payant.

C'est toujours la même histoire qui se répète à l'infini: une mesure théoriquement généreuse, imposée d'en haut et sourde aux avis des principaux intéressés.

La verticalisation, en France, les mesures qui viennent d'en haut et qui ne tiennent pas compte, ni de la réalité, ni de l'expérience des hommes de terrain, on connaît. Cela va de pair avec la centralisation du pouvoir. Je pourrais évoquer l'Education nationale et ses programmes scolaires en cascade, bien sûr, mais je préfère parler d'une expérience plus personnelle, puisqu'à côté de mon travail d'auteur, j'ai travaillé pour l'ANPE, puis Pôle Emploi de 2006 à fin 2013.

J'ai été délégué du personnel pendant plusieurs années, et j'ai donc assisté aux réunions des délégués du personnel et de la direction régionale d'Ile de France.

J'ai pu constater l'efficacité des syndicats à remonter les doléances issues de la base, tous les dysfonctionnements susceptibles d'entraver la bonne marche des différentes agences. Ces dysfonctionnements sont innombrables.

Coïncidence ? L'un de nos interlocuteurs privilégiés, qui faisait office de tampon entre la Direction régionale de Pôle Emploi et les délégués du personnel, le directeur des relations sociales s'est donné la mort en 2013. Par égard pour sa famille, je tairai son nom ici.

On ignore évidemment les causes exactes de son suicide, mais je peux vous dire qu'il était entre le marteau et l'enclume de manière très récurrente, au cœur de la tempête.

Il y a eu d'autres suicides à Pôle Emploi, et pas seulement de cadres dirigeants. Comment avoir l'impression de travailler dans un cadre stable et sécurisant lorsque l'on vous modifie les logiciels que vous utilisez tous les quatre matins? Lorsqu'on se retrouve en permanence "fliqué" par des animateurs d'équipe? Comment ne pas se sentir infantilisé?

Je n'ai réalisé qu'au bout d'un certain temps que la plupart de ces changements délétères qui impactaient directement les salariés de Pôle Emploi venaient d'un cabinet privé employé par le gouvernement. Les syndicats, chargés de représenter les employés, n'étaient écoutés que dans les cas d'extrême urgence. La défense de l'établissement: "nous ne sommes pas en co-gestion."

Mais justement, la co-gestion, la prise de responsabilité d'hommes de terrain, serait certainement la meilleure solution à cet épouvantable mal-être. Le bien-être des employés n'est en effet jamais pris en compte dans les décisions qui viennent du sommet de l'échelle. C'est d'ailleurs exactement ce qui est en train de se passer avec les professions médicales.

En y réfléchissant, les hommes politiques doivent se sentir très proches de ces cabinets privés chargés de produire du contenu qui redescend en cascade parmi les employés des diverses administrations. On leur demande, à eux aussi, de produire en permanence du contenu pour justifier leur salaire. Ce contenu, malheureusement, n'est pas un contenu artistique: c'est un contenu qui va concrètement impacter la vie des gens au quotidien. En la rendant plus compliquée, en général.

D'où vient la racine du mal? Probablement, à mon humble avis, des grandes Ecoles de type Ena. On apprend à nos hommes politiques à contourner en permanence l'avis des principaux intéressés, par le biais de commissions théodules ou de cabinets privés.

Vous vous demandez d'où vient la désaffection des Français pour la classe politique? Cherchez du côté des grandes Ecoles, des grands réseaux d'influence, bref, de l'oligarchie qui nous gouverne.

La démocratie est un très joli mot. Mais si on voulait vraiment la rendre efficace, encore faudrait-il lui donner les moyens de s'exprimer, et d'agir concrètement en entreprise comme dans les administrations. Au quotidien, et pas seulement au moment de mettre les bulletins dans l'urne.


Autre article sur le même thème : "Je me sens piégé dans mon boulot"