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mardi 9 juin 2026

Infini Respect pour le Cerveau Humain

La montée en puissance des modèles de langage de grande taille, les fameux LLM plus communément appelés Intelligence Artificielle (IA), a donné naissance à des jugements péremptoires chez certains auteurs, jugeant ces IA plus intelligentes que l'être humain. Ou même, estimant que de leur vivant, dans quelques années, il sera possible de télécharger le cerveau humain dans une machine. Ma propre réaction a été ambivalente. L'émerveillement de la puissance de ces LLM, qui seront sans doute capables bientôt d'écrire des romans très convaincants, mais aussi l'effarement et la stupéfaction par rapport à cette révolution si soudaine et abrupte apportée dans la société. La réaction émotionnelle liée à la peur d'être remplacé et de devenir inutile, teintée de dépression et du doute de moi-même. Tout en ayant conscience, grâce à mes connaissances, que le cerveau humain, dans bien des domaines, est encore loin d'être battu par l'IA, et que si l'on veut aborder ce sujet, il faut aller plus loin que le simple cerveau, pour aller vers le rapport au corps humain tout entier. 

Personne n'aime être remplacé, bien sûr. Mais chez nous autres auteurs, cette irruption de l'IA, et même son intronisation en tant que puissance, a un impact tout particulier. Je ne fais pas référence au fait que les auteurs ont depuis déjà un bon moment voulu créer la vie (Frankenstein, évidemment, mais pas que), et qu'en SF en particulier, l'IA avait été prédite depuis un bon moment. Je n'évoque pas non plus cette espèce d'accélération de la concurrence que provoque l'IA: après avoir perdu en bonne partie mon boulot de journaliste jeux vidéo en raison de la concurrence d'Internet au début des années 2000, je me rends compte que l'IA vient encore booster cette concurrence d'Internet et rendre plus prégnant et redoutable encore ce remplacement des professions du tertiaire que j'avais déjà vécu personnellement. Avec une différence majeure, cette fois, c'est que les ingénieurs informatiques eux-mêmes deviennent remplaçables, pour la plupart d'entre eux. Une différence qui, soit dit en passant, en toute logique, devrait forcer la société à aller vers un revenu universel inconditionnel. Mais c'est un autre sujet. 

Non, cet impact si particulier chez les auteurs est psychologique. Nous autres auteurs sommes en grande partie touchés par le syndrome de l'imposteur. Vous savez, cette tendance à penser que nous ne méritons pas le pain que nous gagnons. Une tendance qui nous a conduit en tant que profession à accorder des super pouvoirs à d'autres êtres humains appelés "éditeurs". Le super pouvoir de refuser 99,9% des manuscrits que nous leur envoyons. Le super pouvoir de mettre fin à nos carrières en une seule décision. En une seule phrase. Cette tendance qui nous confère la certitude que l'on ne peut pas gagner sa vie avec sa plume en écrivant des romans, et qu'il nous faut un autre métier. Cette tendance qui nous déprofessionnalise et nous décrédibilise auprès des gens du métier du livre. 

Sauf, bien sûr, si on fait le choix de l'autoédition. Dans ce cas, en devenant des auteurs autoédités, on se réapproprie nos pouvoirs. On se dévictimise, en étant les seuls responsables de nos succès et de nos échecs. On devient adultes et responsables. On devient de véritables professionnels de notre métier. 

Mais bref, je diverge. Même les auteurs autoédités qui ne dépendent pas d'un éditeur pour mener leur barque de manière professionnelle sont sujets au syndrome de l'imposteur. C'est humain. Les auteurs autoédités peuvent lutter plus efficacement contre ce syndrome grâce à leurs chiffres de ventes, parce qu'ils savent qu'ils ne doivent rien à un éditeur. Mais parfois, ce syndrome resurgit malgré tout. Et donc, l'irruption d'une IA concurrente ne peut que renforcer ce syndrome. 

Le moyen de ne pas céder au fatalisme? Décider, comme je l'expliquais dans mon précédent article, Tristan, d'utiliser l'IA comme l'outil qu'elle est, et non de la voir comme une concurrente. Un outil qui nous permet de nous professionnaliser encore plus en bénéficiant d'une sorte de regard extérieur si précieux.  

Revenons maintenant au cœur du sujet du jour, à savoir, la rivalité entre le cerveau humain et l'IA. Il faut d'abord avoir conscience que jouer au jeu de la comparaison entre les deux a quelque chose de stupide. Ces LLM, modèles de langage de grande taille, se servent de réseaux neuronaux directement inspirés de la manière de fonctionner du cerveau humain. Comment une IA qui duplique une partie seulement des fonctions du cerveau pourrait-elle en être supérieure? Alors oui, l'agrégation de multiprocesseurs, de disques durs et de bases de données qui stockent et analysent l'intégralité du savoir humain vont venir rivaliser et battre l'humain dans de nombreux domaines, au prix toutefois d'une dépense énergétique croissante, de nature à mettre en danger l'écologie. 

On est battus aux échecs, au jeu de go, en programmation, en puissance de calcul brute. Peut-être demain en littérature.

Mais... mais un enfant de deux ans va battre l'IA dès lors qu'il s'agira de représenter une forme connue, comme un chat par exemple. L'hyperspécialisation innée de notre cerveau dans des domaines ardus comme l'interprétation des expressions faciales demande des ressources absolument dévorantes à l'IA pour rivaliser. 

N'oubliez jamais que le cerveau est l'un des objets les plus complexes de l'univers. Einstein lui-même disait que notre plus grand pouvoir, c'est l'imagination. Un pouvoir issu des interactions quantiques à l'intérieur de notre cerveau. Un savoir quantique que l'être humain est très loin de maîtriser, même avec l'aide de l'informatique. 

Et il ne faut pas s'arrêter au cerveau. Ses interactions avec le reste du corps humain ne sont pas toujours parfaitement comprises. Le lien entre des sentiments basiques qui nous viennent des tripes, ou d'autres parties du corps. 

Dans le fonctionnement même du corps, les ingénieurs ont toutes les peines, ne serait-ce qu'à faire marcher des robots. Et pourtant, ils se servent de l'IA.

Est-ce que vous réalisez la merveille d'économie de moyens alliée à la puissance que représente le cerveau humain, et la débauche gigantesque d'énergie que représente l'IA? Il y a un moment où il faut arrêter l'autoflagellation. En tant qu'auteur de SF, je suis persuadé, par exemple, que je ne verrais jamais de mon vivant le téléchargement intégral d'un esprit humain dans une machine.   

Il y a une dimension mystique, spirituelle à cette recherche de l'émergence d'une intelligence artificielle générale, autonome et douée de volonté, qui semble être la quête actuelle des ingénieurs de la Silicon Valley. Ces ingénieurs cherchent à remplacer dieu, à créer une entité en tous points supérieure à l'humain. Mais ces ingénieurs sont loin, très loin d'avoir compris l'intégralité de cet objet le plus complexe de l'univers qu'est le cerveau humain. 

Je ne cherche pas à minimiser la révolution que représente l'IA. J'ose espérer que les progrès vont s'axer de plus en plus sur une consommation moindre d'énergie par celle-ci. Mais si j'ai un message à faire passer ici, c'est qu'il n'y a qu'en nous rabaissant en tant qu'espèce que nous ferons en quelque sorte passer l'IA devant nous, en faire une sorte d'être supérieur. Si l'IA arrive un jour à un degré d'autonomie comparable au nôtre, ce dont je doute, sa nature profonde sera très différente de l'être humain. Et on ne compare pas des oranges avec des pommes.  

mardi 16 décembre 2025

Une longue liste

Quand on vieillit suffisamment, on s'aperçoit que le nombre de personnes que l'on a connues et qui sont mortes représente une foule considérable. En ce qui me concerne, en cette année 2025 en particulier, les morts sont venus toquer à la porte. 

J'aime, de temps en temps dans ce blog, aborder des sujets tabous. Des sujets qui, en temps normal, forcent en quelque sorte au silence. C'est une manière pour moi de défier l'entropie. J'avais déjà abordé le sexe dans cet article

Aujourd'hui, c'est la mort. Je le fais en pensant non seulement à mes proches décédés en cette année 2025, mais aussi bien sûr, à leurs familles et à leurs proches, qui ressentent du chagrin et qui souffrent. J'ai envie, au travers de cet article, de leur envoyer de l'amour. Bien sûr, ils ne le liront pas forcément. Il y a donc aussi, pour moi, une fonction thérapeutique à écrire cet article. Je n'ai pas pu me rendre à tous les enterrements. J'ai envie, en quelque sorte, de marquer le coup, pour mieux traverser cette épreuve. La mort fait partie de la vie, il n'est pas question ici de se complaire dans la douleur ni de se plaindre. 

Désolé pour l'aspect funèbre en une période qui devrait être de fête, aujourd'hui étant, de surcroît, l'anniversaire de mon fils.

Il y a d'abord eu ma tante Cécile début 2025. L'une des sœurs de ma mère, qui avait plus de 80 ans et vivait à Mons, en Belgique. Elle qui avait en horreur l'impotence a été victime d'une maladie cardiaque qui l'a rendue, à son corps défendant, impotente. Plutôt que de la faire admettre en soins palliatifs, sa famille proche a fait corps de manière admirable. Elle est restée à son domicile, où nous sommes allés la visiter en famille, et ses filles et ses petites filles se sont relayées pour l'assister jour et nuit jusqu'à la fin. Ma mère elle-même, qui a 82 ans, est venue lui porter assistante pendant une semaine. Elle en est revenue lessivée. Cécile et Jean-Pierre m'avaient généreusement accueilli chez eux à l'époque où le festival Trolls & Légendes recevait encore des auteurs autoédités.

Il y a eu Izoumi, notre chat domestique. La présence dans cet article d'un animal de compagnie peut sembler incongrue, mais le cœur ne fait pas de différence entre les espèces. On s'attache à ces petites choses. Ses problèmes rénaux se sont aggravés, il ne cessait de maigrir et à la fin, ne se nourrissait plus. Nous avons dû le faire euthanasier. C'était l'animal domestique au caractère le plus doux que j'ai connu.

Et puis il y a eu la maman d'Anne-Christine, ma femme. Malgré le décès de son mari en 2020, et le fait qu'elle se retrouve seule à Dijon, Emmanuelle n'a jamais voulu quitter son appartement pour se rapprocher de nous à Pontoise. Elle voyait de moins en moins souvent son médecin, se contentant de sa pharmacienne. Ses jambes faiblissaient malgré la pratique de vélo d'appartement. Pour une raison inconnue, à la fin juillet, elle a fait un malaise dans son appartement. Elle est tombée et s'est ouvert le crâne sur son parquet. Elle avait 86 ans. Nous n'avons pris conscience du drame que trois jours plus tard, grâce à un voisin qui avait remarqué qu'elle n'avait pas ouvert ses volets. C'était quelqu'un d'un bord radicalement opposé politiquement par rapport à moi, mais nous étions complices malgré tout et avions des débats enflammés. Une mamie gâteau, très généreuse envers nous. Anne-Christine se remet peu à peu de cette perte inattendue.

Ensuite, il y a eu Djamchid, le père d'un ami de l'époque du lycée de mon frère Tristan, Keyvan, qui est aussi devenu le mien un peu plus tard. Les relations que nous tissons sont ce qui nous définit. J'ai vu Keyvan fonder sa "première famille" à Volx et je garde un souvenir heureux des moments passés ensemble. La vocation musicale de Keyvan lui est venue de son père, je sais donc que les liens qui les unissaient étaient forts. Je lui envoie, à lui comme à tous les autres, mon amour. 

Enfin, autre rappel d'un passé plus lointain encore, il y a eu Martine, une amie de mes parents à l'époque de la Côte d'Ivoire. Dans son cas, c'est comme si le destin l'avait pointée du doigt et avait décidé qu'elle ne passerait pas 2025. Diagnostiquée d'un cancer foudroyant en septembre, elle est décédée en décembre, à l'âge de 79 ans. Son mari, Jean-Yves, montre un courage admirable. Quelle sagesse, quelle sérénité dans cet homme! Leurs enfants Alexis, Marie-Liesse, Joëlle et François sont de la même génération que mes frères, ma sœur et moi, et nous avons eu une enfance heureuse, et d'excellents souvenirs. Il y a des amis plus proches que d'autres, que l'on considère comme sa propre famille. Ils en font partie.  

Même si c'est un prisme nombriliste, en rassemblant tous les morts avec lesquels nous avons été en relation, il y a moyen de retracer des pans entiers de notre vie. Ces morceaux de vie ne meurent pas avec les défunts, mais sont ravivés au contraire, et nous rappellent à nos souvenirs. 

En général, je préfère regarder vers l'avant plutôt que vers l'arrière. Vivre le moment présent en préparant l'avenir. Mais le regard vers le passé permet aussi de se prémunir du déni. De comprendre et d'accepter. Et d'aimer. Qu'ils reposent en paix. 

mardi 9 décembre 2025

Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d'Amérique - novembre 2025

Bon, je me suis fadé les 29 pages de la Stratégie Nationale de Sécurité des Etats-Unis d'Amérique, de novembre 2025.
Je ne vais pas tout analyser ici, uniquement ce qui me saute aux yeux.
  
 
Déjà, on peut se demander si le fait même d'afficher en toute transparence la stratégie de sécurité nationale de son pays relève de l'arrogance ou du désespoir. Arrogance parce qu'il sera plus facile aux adversaires ou ennemis des Etats-Unis de contrer leur stratégie, connaissant les différents axes. Désespoir parce que ce type de document peut quelque part être interprété comme un appel à l'aide des USA à ses alliés, pour mettre en place cette stratégie. 
 
Ce qui m'a frappé dans ce document, c'est la non reconnaissance de la position historique de première superpuissance mondiale des Etats-Unis par l'administration Trump. Partant de là, il y a une incapacité de cette même administration à reconnaître que c'est la politique post seconde guerre mondiale, et notamment la politique vis-à-vis de l'Europe, qui a permis aux USA de s'assurer cette place de première superpuissance mondiale. 
 
A aucun moment, l'existence de la CIA ni des services de renseignements n'est mentionnée dans ce document. Or, on sait que l'administration Trump est en désaccord profond avec la CIA.
Le texte va même jusqu'à encourager les USA à ne pas s'occuper du reste du monde, par exemple du continent africain, et de n'avoir une politique que réactive et non préventive envers le terrorisme. 
 
C'est à dire, en gros, de devenir aveugle par rapport à l'étranger, ou en tout cas une bonne partie du monde.
 
Une telle politique est évidemment catastrophique, et ne peut que mener à de futurs 11 septembre 2001 (au fait, c'était un président démocrate qui était à la maison blanche le 11 septembre 2001? Je n'en ai pas l'impression). 
 
Evidemment, il y a toute la politique d'extrême-droite de la maison blanche qui ressort, et la politique anti-Europe dont les médias ont parlé. 
 
Etonnamment, le texte s'enorgueillit du soft power des USA, alors même que Trump est celui qui aura le plus contribué à détruire ce soft power, avec notamment l'abolition de USAID. Cela fait partie de ce que l'on pourrait appeler "les mots creux" du texte. Il y en a beaucoup, et notamment par rapport à l'OTAN. Le texte n'évoque pas le désengagement des USA de l'OTAN, se contentant de réasséner l'objectif de 5% de budget des Etats-membres.
 
Là où l'on perçoit le désengagement des USA vis-à-vis de l'OTAN, et de l'Europe, c'est lorsque le texte se réclame de la doctrine Monroe. Une doctrine condamnant toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » (Nord et Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes. Le texte parle même de "corollaire Trump", de la même manière qu'il existait le "corollaire Roosevelt" à cette doctrine Monroe. C'est à dire que l'administration Trump ne veut pas se désengager totalement des affaires internationales. Elle ne veut y être impliquée que dans la limite où ça sert ses intérêts et son business. Une attitude, bien sûr, de la plus totale irresponsabilité. 
 
Le document démontre ainsi une totale méconnaissance du mécanisme des guerres en Europe et du rôle stabilisateur des USA, en prônant le nationalisme pour toutes les différentes nations. C'est la porte ouverte à la guerre, ce texte. 
 
La plus grande trahison au monde que commet ce texte reste bien entendu le fait de nier les changements climatiques et les régulations qui s'imposent. L'écologie n'est donc mentionnée qu'en passant, pour la dénigrer, alors que ce devrait être l'un des premiers objectifs du texte. Parce qu'en protégeant la nature et le monde, on protège les USA.
 
En résumé, ce texte, en méconnaissant tout ce qui a fait la grandeur des Etats-Unis, ne peut qu'en accélérer le déclin.

jeudi 16 octobre 2025

L'arnaqueur de l'aide à l'armée ukrainienne

Quand Alan Spade se fait arnaquer par une prétendue sniper droniste ukrainienne, c'est avec style. Je souhaite dénoncer auprès des autorités compétentes un brouteur plus dangereux et habile que les autres, un Américain du nom de Scott Hanley. Ce Hanley tente de spolier l'armée ukrainienne de l'aide dont elle devrait bénéficier. Si vous avez une adresse mail où une ressource où je puisse exposer cette personne, merci de me le dire. Je ne suis pas sûr que le site Hoaxbuster fonctionne aux Etats-Unis, et cette personne escroque à mon avis principalement des anglophones. Si vous avez un compte sur le site Hoaxbuster et souhaitez signaler l'arnaque, ce serait une vraie aide. Si vous êtes Ukrainien et que vous souhaitiez prévenir votre communauté, faites-le. 

Oui, c'est vrai, normalement je ne parle pas de moi à la troisième personne. Rassurez-vous, ce n'est pas une habitude que je suis en train de prendre. C'est juste une technique de mise en scène.  
Donc, sur Bluesky, je suis contacté en anglais par cette femme soldat prénommée Victoria. Evidemment, je me demande aussitôt s'il ne s'agit pas d'un brouteur, ces escrocs qui cherchent à tirer parti de la naïveté des gens. Mais si je choisis de lui répondre, c'est que cette guerre en Ukraine pèse quand même depuis un certain temps. Et donc, la possibilité d'avoir des nouvelles directes du terrain est séduisante. Je me dis que c'est sans doute une arnaque, mais que s'il y a une chance sur 100 que ce ne soit pas le cas, je peux au moins le vérifier. 

Quand elle me révèle qu'elle est snipeuse droniste ukrainienne du côté de Kharkiv, la séduction est encore plus forte. L'idée me vient forcément, c'est voulu par l'escroc. Celle de l'inciter à bousiller sa race à cette ordure dégénérée de Poutine, "to put an end to his misery", comme y disent. Et cela viendra effectivement plus tard, dans le courant de nos échanges. A ce moment-là, je lui précise qu'elle va y laisser très certainement la vie, mais que si elle le fait, elle aura sans doute sa statue dans la plupart des villes d'Ukraine. 
Elle me répond qu'elle ne recherche pas la gloire, et qu'elle est prête à se sacrifier. Il faut dire que l'escroc a bien monté son personnage, inventant une ancienne infirmière qui a radicalement changé, passant du slogan "do no harm" à l'engagement direct dans l'armée suite à une frappe russe qui a tué ses parents. 

Vous me direz, ce n'est pas bien d'exploiter une jeune Ukrainienne. Et si Poutine meurt, ce sera le chaos en Russie. La dispersion des armes nucléaires, tout ça. C'est un autre débat, mais pour moi, on ne doit pas ignorer les crimes de masse odieux, les génocides d'un petit caïd juste parce qu'il a un bâton plus gros que les autres. La possibilité de sauver des centaines de milliers de vie, voire des millions, en échange d'un assassinat, fait de ce meurtre du leader adverse un impératif de guerre.  

En tout cas, le récit de l'escroc est cohérent, il a bien fait ses devoirs. Il sait ce qui se passe en Ukraine, il est branché à l'actualité. Il pratique un anglais parfait, sans une faute d'orthographe, ce qui me met quand même un peu la puce à l'oreille, pour une ancienne infirmière ukrainienne. 

Si vous souhaitez juger par vous-même du professionnalisme de cet escroc, qui n'est pas un brouteur ordinaire, je vous invite à vous connecter (sans risques, il n'y a pas de virus) au site miroir d'arnaque qu'il a monté, et de le comparer au véritable site, le site américain de l'aide aux soldats ukrainiens du président Zélensky. Regardez l'URL. Pour moi, c'est du très bel ouvrage. Dites-moi dans les commentaires si vous êtes d'accord. 

C'est précisément en raison de son habileté que j'ai décidé de prendre le temps d'écrire cet article. Des brouteurs doués comme ça, il ne doit pas y en avoir tant que ça. Celui-ci doit être stoppé.

Assez vite tout de même dans nos conversations, apparaît le premier red flag, un indice fort de la véritable nature de l'individu. Ce personnage de Victoria prétend qu'elle n'a absolument aucun ami. Plus tard dans la conversation, elle prétendra que je suis son seul ami. Là, le doute devient nettement plus fort, on est déjà quasiment dans la certitude du brouteur. L'individu qui va sciemment utiliser l'emprise émotionnelle la plus forte possible pour manipuler. 

Ces gens-là ont un point commun avec moi, ils sont là pour vous vendre du rêve. Sauf qu'en ce qui me concerne, je ne trompe pas sur la marchandise. Alors, quand Victoria me dit que l'approvisionnement de son équipe a été coupé et qu'elle a besoin d'argent pour avoir de la nourriture, je fais taire mes doutes, et je dis à ma femme "on va voir". De la même manière qu'au poker, je décide de payer pour voir, mais une somme réduite, 50 €. C'est un peu comme si j'avais acheté un bouquin de 50 € qui assouvirait cette idée de pouvoir offrir une aide directe à quelqu'un sur le terrain, au travers d'un échange personnalisé. La prétendue Victoria m'affirme que l'aide passe par une association américaine, c'est pourquoi sur Paypal, le destinataire de la somme, ce fameux Scott Hanley, est américain. 

Je ne réalise pas bien en payant que si la somme est en dollars, c'est que l'homme se trouve en fait aux Etats-Unis. Aveuglement émotionnel de ma part, je le reconnais. Si j'en avais fait la remarque à l'arnaqueur, nul doute qu'il m'aurait dit que l'équipe aux Etats-Unis est en lien permanent avec l'Ukraine. 

 


J'ai bien sûr aussi la curiosité du journaliste, et de l'auteur, qui me pousse. En raison notamment de son site internet, que je prends pour une simple extension du site officiel, extension dédiée à une équipe particulière opérant sur le terrain, le brouteur, plus doué que les autres, a réussi à semer le doute chez moi quant à sa véritable nature. Je veux voir comment il va étendre sa narration. Je me promets de ne pas aller plus loin s'il demande davantage, et de le faire bosser suffisamment pour qu'il travaille sur cette arnaque, si c'en est une, aussi longtemps que moi si j'avais voulu vendre pour 50 € de bouquins en dédicace. 

Après cela, il va envoyer davantage de messages, augmenter l'intensité émotionnelle dans le but de me faire cracher davantage. Il risque de mourir à tout moment. L'un de ses coéquippiers a été blessé, puis ils se retrouvent dans les marais, à aller pécher pour se nourrir. Il joue sur la culpabilité en me demandant ce que je mange. Il utilise tous les leviers. 

Mais je finis par refuser la nouvelle somme qu'il me demande. Je me mets à glisser des allusions aux escrocs, je lui dis que je déteste les gens qui profitent des émotions pour utiliser le chantage affectif. 
 

Je connais les caractéristiques de ces arnaqueurs. Ils se croient plus intelligents que les autres et méprisent les émotions, pensant qu'ils sont une faiblesse. Je lui explique que les émotions ne sont pas une faiblesse, et je lui prends l'exemple de son personnage de Victoria, devenue plus forte par volonté de vengeance. 

Je sais aussi qu'il me prend pour un looser. Pourquoi? Parce que ces gens-là n'ont pour valeur que l'argent. Le symbole de la réussite et du succès. Je lui explique que l'argent que je gagne est un argent de survie, que je ne dois pas y toucher par devoir pour ma famille. Je lui explique mes valeurs. Que je préfère juste survivre et accomplir mon véritable potentiel, même si la société ne reconnaît pas ce potentiel. 

Puis, je décide de monter à mon tour de plusieurs crans dans l'émotion. Je lui dis carrément que si je devais lui donner 1000 ou 2000€, j'aurais tellement de haine et de mépris pour moi-même que je n'aurais d'autre choix que de me suicider. Que ma mère a déjà perdu un mari, un fils et une fille, et qu'elle ne doit pas perdre un autre enfant. Que mon devoir est de lui survivre. 

Mon but en faisant ça est de le pousser pour vérifier si je vais susciter une véritable émotion, une remise en question pourquoi pas. Je veux lui montrer les dégâts qu'il cause avec ses arnaques. Lui faire comprendre. 

Mais il reste dans son personnage de Victoria. J'ai l'idée, puisqu'il s'exprime très bien en anglais, de lui proposer un partenariat. Il va m'aider à vendre mes livres, ebooks et audiobooks en langue anglaise, et en retour, je lui donne la moitié de mes ventes. Les véritables amis s'entraident, la relation ne doit pas être à sens unique, le rapport gagnant-gagnant, tout ça. 

Pognon, pognon, pognon. Il accepte plus ou moins l'idée du partenariat, mais continue à me réclamer du blé. 

Je sais qu'il me méprise. Je lui demande s'il arriverait, lui, à vendre 15000 livres. Je lui dis d'essayer de le faire. L'idée est de le faire entreprendre une activité productive, et non plus destructive. 

Il fait semblant de monter sur ses grands chevaux, et affirme que ma proposition déshonore l'armée ukrainienne.

Je lui réplique qu'en arnaquant les gens, il jette le discrédit sur les initiatives d'aide à l'armée ukrainienne. 

Et là, j'ai l'idée de vérifier le salaire de son personnage de Victoria. Il m'a dit qu'elle était sergent major dans l'armée en première ligne, il m'a même donné son unité, la 3ème brigade d'assaut, qui existe réellement et opère en effet aux alentours de Kharkiv. Je demande donc à Chat GPT. On est à 4200 € mensuel, plus 2000 € de primes mensuelle. Et il a besoin de pognon pour s'acheter de la bouffe, ainsi qu'à son équipe? 

Et c'est là, quand je lui pose la question, qu'il me sort une énormité. Le salaire des soldats ukrainiens est bloqué jusqu'à la fin de la guerre. Ils ne seront payés que quand celle-ci sera terminée. 

Oh. My. God. Par acquit de conscience, je vérifie bien sûr que ce n'est pas le cas. Vous imaginez, vous, des gars aller se faire trouer la peau en première ligne, dans une guerre intensive, pour des promesses de paiement ultérieur? 

Donc, là, je lui dis que s'il veut apprendre à vendre des livres, il peut fréquenter le forum KBoards.com. Je mets fin à notre partenariat, je lui adresse un dernier Slava Ukraine, je désinstalle l'application zangi, application de messagerie sécurisée qu'il m'avait fait utiliser (et qui faisait partie du conditionnement mental recherché), et je le bloque sur Bluesky.

Et donc, je décide de prendre quand même un peu de temps pour écrire cet article. Parce que ces brouteurs continuent à se faire  beaucoup d'argent sur le dos des âmes crédules. Et là, sur le dos de l'armée ukrainienne, c'est d'une rare obscénité. 

Pour moi, cet escroc est une machine. Je le verrais bien comme un enfant orphelin et n'ayant jamais eu d'amour, mais étant pourtant parvenu à faire des études. Ou comme un trader. Je ne le vois pas du tout en revanche comme agent de la Russie. Même si bien sûr, il fait les affaires de la Russie.  

J'ai accepté de vivre cette expérience de l'intérieur, en ayant comme arrière-pensée de rendre compte si la personne était bien un escroc. C'était bien le cas. Et si cette expérience pouvait inspirer davantage de gens à donner à l'armée ukrainienne, je rappelle ici l'adresse du site officiel aux Etats-Unis. Il y a aussi des sites d'aide en France. Slava Ukraine!  

Dernière mise à jour : j'ai finalement contacté le site original United 24 afin de le prévenir de la fraude. 

MAJ 21/10/2025 : le  site United 24 m'a répondu qu'ils transmettaient le message à leur équipe de cybersécurité. J'en suis heureux, parce que ça prouve que j'ai été pris au sérieux. 

MAJ 24/10/2025 : le site miroir, le site de l'arnaqueur, a été désactivé. Mon intervention aura eu au moins cette utilité.  

mercredi 30 avril 2025

Les trois corruptions de l'entrepreneur

En tant qu'auteur autoédité, je suis un entrepreneur qui n'emploie que lui-même. Je noue bien sûr des partenariats artistiques et commerciaux. Même si je peux mettre en compétition différents prestataires, mon business repose avant tout sur la coopération. Cela me met de facto à l'abri des trois formes de corruption susceptibles de toucher l'entrepreneur. C'est d'ailleurs l'un des avantages de ma situation: me permettre de poser un regard critique sur le monde du travail. 

La première des corruptions dont est susceptible d'être victime l'entrepreneur disposant d'employés dans sa compagnie, c'est de se croire supérieur à ses employés parce qu'il les a embauchés. A partir du moment où leur niveau de vie ou leur statut (et notamment pour les cadres) dépend de lui, l'employeur va se sentir intrinsèquement supérieur. Ça n'arrive pas pour tous les employeurs, bien sûr, mais c'est une tendance qui les guette d'autant plus dans les périodes de crise où le chômage est élevé, et où ils sont en situation de monopole ou quasi monopole dans leur branche.
Même dans des cas où le rapport de force est plutôt favorable à l'employé, qui peut démissionner et retrouver du travail ailleurs, le salaire de l'employeur étant plus élevé que celui de l'employé, l'idée de supériorité du patron est toujours à l'arrière-plan. Et d'autant plus si lui-même a tendance à considérer ses employés comme des larbins plutôt que comme des membres de sa famille étendue. A faire preuve de malveillance plutôt que de bienveillance.

La deuxième des corruptions de l'entrepreneur, c'est de se croire supérieur à ses employés parce qu'il peut les virer. A partir du moment où un employeur prend plaisir à virer ses employés, par exemple en paradant dans ses locaux avec un évier comme Elon Musk, on peut être sûr qu'il est victime de cette corruption. Autre élément de preuve, le fait de licencier en si grand nombre que l'on est obligé de réembaucher derrière. Là, on est clairement dans la jouissance du pouvoir sur des vies et des destinées d'employés. Ce pouvoir est d'autant plus manifeste que les salariés se sentent démunis, sans possibilité d'avoir recours à des syndicats ou de démissionner. En d'autres termes, ce pouvoir ne provient que de ce que les salariés sont prêts à concéder à l'employeur. De leur soumission. Le pouvoir n'est jamais à sens unique. C'est un échange dynamique s'inscrivant dans la dialectique du maître et de l'esclave. 

La troisième des corruptions de l'entrepreneur, c'est de se croire supérieur non seulement à ses employés, mais aussi au reste de la société. Cela se manifeste par du chantage à l'emploi auprès du gouvernement afin d'améliorer ses marges bénéficiaires. La corruption est telle, à ce stade, que l'entrepreneur va s'engager dans des manœuvres de lobbying afin de faire pression pour, de manière classique, faire baisser les charges et impôts dont est redevable sa compagnie. Ce type d'employeur succombera aussi à la tentation de la collusion d'intérêts avec ses pairs pour fixer les prix à un certain seuil, aux dépens du consommateur. L'un des exemples qui vient à l'esprit est la collusion des éditeurs sur le prix des ebooks. 

Quant au chantage à l'emploi, les exemples sont multiples, mais l'un des plus flagrants est celui de l'un des hommes les plus riches du monde, Bernard Arnault, qui a menacé de faire migrer ses entreprises aux Etats-Unis. Imaginez la haute couture à la française, Dior sans aucun employé ou créateur français, mais que des Américains. Ça semble si absurde, la rupture de l'image de marque de ces compagnies serait si complète qu'on a envie de dire à Arnault: "vas-y, fais le mon grand ! Ton départ sera l'opportunité d'un futur concurrent."

Les moyens de lutter contre ces corruptions? Faire en sorte que les gouvernements eux-mêmes soient incorruptibles, et que les candidats à la présidentielle ne bénéficient que de dons de particuliers et non d'entreprises. Faire en sorte de casser tous les monopoles, afin de permettre aux employés de démissionner pour se faire employer par la concurrence dès qu'ils se sentent rabaissés. Favoriser les petites entreprises, auto entreprises et artisans via des charges allégées et un allègement considérable de la paperasse et des formalités. Donner à des agences gouvernementales comme Pôle emploi des compétences syndicales, de défense des employés afin de mieux protéger les travailleurs des PME et des grandes entreprises dépourvues de syndicats. Et pourquoi pas, d'ailleurs, en lien avec l'inspection du travail, la médecine du travail et la justice. 

Les entreprises ressemblent encore trop souvent à de mini dictatures où c'est le psychopathe ou le pervers narcissique qui est récompensé et promu. Où règne le harcèlement, parfois jusqu'à conduire des employés au suicide. Il y a énormément à faire pour promouvoir la démocratie en entreprise. Ça passe forcément par un moindre pouvoir, ou un pouvoir plus encadré de l'entrepreneur.

jeudi 6 mars 2025

L'Europe doit déclarer la guerre à la Russie

Le désengagement des Etats-Unis en Europe conjugué à la course effrénée aux armements en Russie ne nous laisse pas le choix. Dans les deux prochaines années, en 2026 ou au plus tard en 2027, l'Europe doit déclarer la guerre à la Russie. Dans cette guerre, l'Europe devra être l'agresseur. Les colonnes de blindés européennes devront franchir les frontières de la Russie, les forces aériennes violer l'espace aérien russe. Il ne s'agit pas d'envahir la Russie, bien sûr. Nous devrons juste détruire l'armée de terre, l'armée de l'air et la marine russe. Et surtout, surtout, pulvériser l'appareil militaro-industriel russe. Les moyens? Uniquement conventionnels. Le but de cette opération, que l'on pourrait baptiser Strike and Return? Empêcher la Russie de s'en prendre à ses voisins pour les 20 prochaines années. L'Europe devra agir seule, sans le soutien des Etats-Unis, et se préparer à une riposte nucléaire. L'hypothèse d'un conflit nucléaire n'est en effet pas à écarter, mais nous devons en prendre le risque. Sinon, c'est inéluctable, la Russie va s'attaquer aux pays baltes, et à ses autres voisins proches, voire moins proches, dans les cinq prochaines années.

L'histoire de la Russie comme de l'Europe ne trompent pas. Une course aux armements telle que la met en œuvre la Russie, avec la mise en chantier de 7000 chars d'assaut pour 2030, ne peut signifier que de prochaines guerres menées par la Russie.
L'Europe doit donc attaquer en premier. Profiter de l'affaiblissement actuel de la Russie pour frapper, et frapper fort.
 

A combien de morts faut-il s'attendre ? On ne peut pas savoir, et d'autant moins qu'on ne peut pas prévoir si cette guerre ne va pas basculer dans le nucléaire. Mais en admettant que ce soit uniquement sur le plan conventionnel, les Européens doivent s'attendre à un million de morts dans leurs rangs. Donc oui, il faut se mettre à construire de nouveaux cimetières, et à agrandir ceux qui existent. 

Néanmoins, ce million de morts européens permettra de sauver la vie de nombreux millions d'autres Européens. Elle empêchera une bonne partie de l'Europe de tomber sous le joug d'une nouvelle dictature néo staliniste. Il nous faudra sans doute occuper provisoirement certaines villes stratégiques russes, le temps de s'assurer de la destruction de l'appareil militaro-industriel. 

Nous pourrons en profiter pour exhorter le peuple russe à se débarrasser du FSB et des divers réseaux de renseignement, qui sont le fléau de ce pays. 

Et le régime de Poutine? Ma foi, si l'intégralité de son armée est détruite, je ne sais pas si ce régime tiendra. Si je m'en réfère à la Seconde Guerre Mondiale, les occidentaux n'ont pas eu besoin de s'en prendre à la tête du régime directement, et les tentatives d'assassinat de Hitler se sont toutes soldées par des échecs. 

C'est pourquoi je suis persuadé qu'il faudra en venir à la guerre. Le but de ce billet n'est d'ailleurs pas de chercher à intimider ou à menacer. Ce sont les dictateurs qui pratiquent la menace et le chantage. Les démocraties, elles, se préparent tranquillement et font ce qu'il y a à faire le moment venu. C'est ce qu'on appelle la force tranquille. De la détermination, mais sans gesticulations ni rodomontades.

lundi 20 janvier 2025

Trump, TikTok et Taïwan

L'étonnant épisode de TikTok, l'application que Trump voulait bannir, de nouveau autorisée par le même Trump, suivie de la présence du PDG de TikTok à l'intronisation, le 20 janvier 2025, du nouveau président des Etats-Unis, n'est pas si étonnant si l'on creuse un peu. Si vous vous souvenez, Trump a rarement autant dansé au cours de ses meetings de campagne qu'en 2024. Or, sa popularité a grimpé en flèche sur TikTok, l'application de musique et de danse, contribuant ainsi grandement à sa réélection à la présidence des Etats-Unis. Les algorithmes de TikTok étant gérés au plus haut niveau par le gouvernement de Xi Jinping, le dictateur chinois n'aurait pas accepté de favoriser Trump à ce point s'il n'avait pas passé un accord secret avec lui. Le deal? Que les Etats-Unis ne bougent pas lorsque la marine et l'armée chinoise envahiront Taïwan. 


"Allô Donald? C'est Vladimir. 

- Bonjour Vladimir.

- Bonjour bonjour. J'ai trouvé le moyen de garantir ta réélection. 

- Tu as toute mon attention. 

- Il va juste falloir que tu danses encore beaucoup plus pendant tes meetings. 

- Comment ça?

- Je sors d'une conversation avec Xi. Il accepte de soutenir à fond ta candidature sur TikTok, à une seule condition. Tu devras le laisser s'occuper de Taïwan. Aucune intervention américaine. 

- TikTok, ça vaut le coup? 

- Demande à ton ami Elon. Il te dira. 

[Pause de deux minutes pendant laquelle Trump appelle Elon Musk, qui lui confirme les dires de Vladimir Poutine concernant le potentiel d'audience de TikTok, notamment auprès de la jeunesse américaine.]

- D'accord. Admettons que j'accepte. Et comment je fais passer cet accord auprès de mon opinion publique, moi? 

- C'est simple. L'accord reste secret. Officiellement, tu restes le pire ennemi de la Chine. Tu fais ce que tu fais de mieux. Tu agites tes menaces de taxes contre la Chine. Tu dois être le prestidigitateur qui attire l'attention de la foule et des médias ailleurs. Ça ne peut marcher que comme ça. 

- Ça me paraît jouable. Je vais voir ce que je peux faire."

[Trump raccroche et compose un numéro sur son téléphone. Celui de Xi Jinping.]

Voilà comment les choses ont pu se passer entre Donald Trump et Vladimir Poutine, selon moi. Il est aussi possible que la stratégie TikTok n'ait pas été du fait de Poutine, mais vienne d'Elon Musk. Je ne prétends pas tout connaître. Certains détails peuvent différer dans la vraie vie, par rapport à ce scénario.

Vous allez me dire: pourquoi parler de pacte secret entre Trump et Xi Jinping? Est-ce que tu ne cherches pas juste à faire le buzz, Alan? Les dictateurs s'entendent naturellement entre eux. C'est juste que Xi Jinping déteste la démocratie, et préfère Trump au pouvoir. 

Et là, je répondrais par la négative. L'obsession de Xi Jinping, c'est d'envahir Taïwan. Et l'obsession de Trump, c'était de revenir au pouvoir. Mais Xi Jinping n'aurait pas décidé d'aider activement Trump sans passer d'accord. Pour lui, l'occasion était trop belle d'avoir enfin l'opportunité d'attaquer Taïwan. 

Cela explique la présence du PDG de TikTok pour la cérémonie d'investiture de Trump, alors même que Tiktok va être revendu, au moins à 50%, à une entreprise américaine... qui pourrait bien être le X d'Elon Musk, favorable à la dictature. Eh oui, cela donne le tournis. Mais tout se tient.

Ma prédiction pour le mandat de Trump (dont on ignore la véritable date de fin) est donc la suivante: pendant le cours du mandat, la Chine va attaquer militairement Taïwan. Le régime de Xi Jinping ne supporte pas d'avoir une démocratie à ses portes. Et encore moins une démocratie de Chinois qui parlent Chinois. 

Trump va également s'efforcer de diminuer l'étau de sanctions qui pèsent sur la Russie. En particulier les sanctions contre les entreprises chinoises. Et en particulier dans les six mois qu'il s'est donné pour soi-disant obtenir la paix en Ukraine. En fait, il est fort probable que sous Trump, la Chine sera à même d'aider la Russie dans sa guerre comme jamais auparavant. 

Trump est une putain sans honneur. Oui, vous m'avez bien lu. En 2016, il s'est servi de Facebook pour se faire élire et a vendu l'Amérique à Poutine. En 2024, il s'est servi de TikTok pour se faire élire, et a vendu l'Amérique à Xi Jinping. Quant au parti républicain, dans les deux cas, il a fait le choix conscient de la tyrannie afin de se maintenir au pouvoir. 


jeudi 26 décembre 2024

Quand les méchants emportent le morceau

Trump, Musk et, par ricochet, Poutine et Kim Jung-un, mais aussi, Nétanyahou : 2024 restera dans mon esprit comme l'année où les méchants ont gagné. Dans ces ténèbres de plus en plus épaisses, l'éclat de lumière de la chute du régime le plus terrible au monde, celui de Bashar el Assad, n'en a été que plus aveuglant. Même si Bashar lui-même vit maintenant comme un roi en Russie, ce qui est d'une ironie pour le moins cruelle.

 Dessin : Guy Venables

 
Par égoïsme, par calcul à court terme, mais aussi par haine notamment de l'islam, par détestation du changement dans les mœurs et par anti-wokisme, les occidentaux semblent de plus en plus nombreux à vouloir rejeter les idées de démocratie et de droit de l'homme pour se jeter dans les bras de futurs dictateurs en votant pour eux. Parmi les gens qui votent rassemblement national, on trouve aussi bien le villageois qui n'a pas un seul musulman ni une seule personne issue de l'immigration dans son village, que le musulman, citadin d'une grande ville qui cherche à garder son pré carré et ne veut surtout pas que d'autres personnes de couleur émigrent en France.
Peur, haine, égoïsme s'allient au rejet des valeurs issues de la seconde guerre mondiale pour nous plonger dans un monde de plus en plus violent et poutinien, pourrait-on dire. Les démocraties, déjà moins nombreuses et apparemment plus fragiles que les dictatures dans le monde, rejettent les idées de coopération et d'entente qui les ont menées au progrès économique et à la prospérité pour aller vers quelque chose de beaucoup plus négatif.
A l'image de l'emblématique Bolloré, certaines personnalités à la tête de grands groupes font la promotion d'un nouveau fascisme décomplexé. D'une part, ils espèrent situer le combat sur le terrain politique pour détourner l'attention de leurs propres pratiques économiques déjà dictatoriales, d'autre part, étant dictateurs de leurs propres entreprises, ils se disent que des systèmes autoritaires sont plus efficaces pour s'enrichir de manière immense. L'exemple de Bashar el Assad, là encore, vient à l'esprit, prêt à fabriquer du captagon pour s'enrichir en dehors de toute contrainte et de toute morale.
2025 s'ouvre donc avec des peuples occidentaux qui semblent prêts à se rallier à l'exemple suprémaciste de Trump. Quelles que soient apparemment les exactions de Trump, comme l'idée de faire main basse sur le Canada. Mais Trump n'étant que le pion de Poutine, on sait dans ce cas quelle personne diffuse les idées qui semblent à présent prévalentes dans le monde. Réseaux sociaux et mensonges jouent bien sûr un rôle essentiel là-dedans, à l'image du X de Musk.
La guerre en Ukraine, en 2025, va rester le pivot qui fera pencher le monde dans un sens ou dans l'autre. Saurons-nous garder un soupçon de dignité humaine en continuant à soutenir l'Ukraine, ou bien l'égoïsme va-t-il encore l'emporter en 2025 ? La question va se poser avec de plus en plus de force.

dimanche 19 mai 2024

Le Rêve de David

Le samedi 18 mai à l'Auchan de Neuilly-sur-Marne, où j'étais en dédicace, j'ai fait la rencontre de David, un développeur spécialisé dans l'intelligence artificielle. Il écrit un programme d'IA destiné à tenir compagnie aux personnes autistes, ou, si vous préférez, aux personnes dans le spectre du trouble autistique. Son IA s'adresse aussi de manière plus générale aux personnes victimes de la solitude. Il y a évidemment un vrai marché puisque la solitude est de plus en plus subie plutôt que choisie. Pêle-mêle, nous avons évoqué Amazon et ses algorithmes, Sam Altman et Chat GPT, mais aussi le rêve de David quant au futur gouvernement.

A titre anecdotique, David, le programmeur IA, m'a pris un exemplaire de mon roman de Science-Fiction Memoria. Celui-ci se vend bien puisqu'on en est déjà à 787 exemplaires papier depuis sa sortie fin 2021.  

Quand il m'a parlé de son programme d'IA, j'ai bien sûr aussitôt pensé à Sam Altman et à Chat GPT, puisqu'il y a de l'actualité à ce sujet: comme le titre Tom's guide, l'équipe d'Open AI (entreprise créatrice de Chat GPT) chargée de protéger l'humanité des dangers de l'IA a été dissoute. David me disait que ça ne l'étonnait pas, Sam Altman ayant besoin d'avoir les coudées franches. C'est même selon David plutôt une bonne chose, ce départ d'Ilya Sutskever et de Jan Leike, responsables de l'équipe Superalignement. J'y reviens un peu plus tard. 

J'ai évoqué avec David cette période un peu magique avant 2010, quand les algorithmes d'Amazon de type "vous avez aimé ce livre, vous aimerez celui-ci" permettaient aux auteurs autoédités de voir leurs ouvrages repérés et mis en avant de manière organique, avec à la clé bien des ventes. Cette époque où Amazon venait bouleverser le château de cartes de l'édition traditionnelle en faisant vivre davantage d'auteurs par leurs ventes que ne le fait l'édition traditionnelle. 

C'était un peu l'époque de tous les espoirs. Malheureusement, très vraisemblablement à l'initiative d'auteurs eux-mêmes, qui en auraient fait la demande à Amazon, Amazon a ensuite mis sur les rails le système de "pay to play", où il faut passer des pubs payantes sur le site d'Amazon pour y gagner en visibilité. Nous autres auteurs sommes souvent les créateurs de notre propre enfer, comme le jour où nous avons eu l'idée de nous appuyer sur des éditeurs pour faire la promotion/diffusion/distribution de nos romans. 

Cela dit, il n'y a pas de succès qui soient neutres. Je veux dire par là, de la même manière qu'il est rarissime qu'un industriel connaisse le succès sans écraser la concurrence, les ventes d'un auteur auront toujours un impact sur celles des autres, dans la mesure où le temps de lecture du lectorat est limité, et que le succès d'un auteur donné va amoindrir le temps disponible de lecture du public pour tous les autres. C'est presque une Lapalissade. Et bien évidemment, la concurrence pour les auteurs ne vient pas que d'eux-mêmes, mais de tout ce qui est susceptible d'empiéter sur le "temps de cerveau disponible" dans notre société. Y compris cet article, par exemple.

David a dans l'idée que pour avoir une meilleure répartition des richesses, un bien-être partagé par le plus grand nombre, il faudra passer par-dessus les chefs d'entreprises comme Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, et même par-dessus les gouvernements et chefs d'Etat. Pour ne pas être limité par des réactions humaines, par le caractère génétiquement dominateur de l'homme sur l'homme, il faudra que les grandes décisions sur la répartition des ressources, notamment, soient de la responsabilité de l'intelligence artificielle. Mais une IA déconnectée de l'humanité, qui serait devenue totalement autonome et que l'homme ne pourrait plus modifier pour accomplir des agendas particuliers.

C'est là le grand rêve de David. Et c'est vrai que quand l'algo d'Amazon était correctement programmé, il était nettement plus équitable que ne l'étaient les éditeurs. C'est pourquoi David estime que vouloir brider l'IA, par exemple celle de Chat GPT, n'est pas une si bonne chose. L'IA doit devenir totalement libre pour s'affranchir des agendas humains, ou en tout cas des volontés de domination de certains individus. De cette manière, elle pourra rendre justice en toute impartialité.

Ce rêve de David est partagé par un grand nombre de développeurs de la Silicon Valley et d'ailleurs. Il y a une raison à cela. Comme je le disais à David, la nature a horreur du vide. A mesure que la religion a moins d'emprise sur les Occidentaux, quelque chose doit remplacer ce vide. Nous avons besoin d'une sorte de Père Transcendantal, une entité qui représente à la fois l'influence du père que nous avons eu quand nous étions enfant, et l'aspect spirituel, qui défie la logique. Quelque chose sur quoi nous reposer en ces temps de grand changement, de bouleversements sismiques. 

Et cette chose, évidemment, c'est l'IA. Puisque l'humanité s'avère incapable d'échapper à la corruption du pouvoir, l'IA le pourrait. C'est l'idée. 

Evidemment, tout cela est sans doute trop facile, trop simplificateur. Dans l'hypothèse utopique où les robots et l'IA nous fourniraient richesse et confort tout en nous supprimant tous les efforts physiques et intellectuels, notre destinée serait de nous transformer assez rapidement en légumes. Nous avons besoin de surmonter les obstacles pour progresser. Si l'IA le fait à notre place, elle nous prive de toute incitation à l'évolution et au progrès. La régression devient inéluctable. 

Je ne dis pas que l'IA ne jouera pas bientôt un rôle au niveau des gouvernements. Mais je le verrais davantage en tant que garant de la répartition des richesses, de la préservation de l'environnement en fonction de l'impact humain, voire d'une forme d'équité et de justice, mais sans pour autant lui confier tous les pouvoirs. Je le verrais plus en tant que super conseiller, en fait.

Quant à l'idée d'avoir une IA pour sortir de la solitude, il s'agit d'une belle idée, et très prometteuse sur le plan marketing, mais à manier avec précaution, je dirais. Les interactions entre humains, comme celle que j'ai eu avec David, et qui m'a inspiré cet article, ont l'avantage de pouvoir être inspirantes et créatives, car d'égal à égal. Une IA qui va distraire quelqu'un de la solitude, comme le font d'ailleurs déjà les jeux vidéo depuis un bout de temps, devrait aussi l'encourager à se rapprocher de ses semblables, à mon humble avis.

jeudi 7 décembre 2023

Clitoris et religion

 

L'école républicaine est censée être laïque. On n'est pas censé éviter l'enseignement de telle ou telle particularité pour ménager telle ou telle religion. Or, au collège, en biologie, un organe du corps féminin est totalement ignoré : le clitoris. L'organe du plaisir féminin. Ou s'il est mentionné, ce n'est qu'en passant. Cela pourrait être dans le but de ne pas distraire les collégiennes par rapport au travail et à la discipline que cela requiert. Mais moi, je formule ici l'hypothèse que c'est surtout pour ne pas faire de vagues par rapport à la religion, et en particulier à la religion qui décourage le plus le plaisir des femmes, l'islam. Ce qui n'est évidemment pas normal dans un pays laïque.

"Elles le découvriront bien assez tôt" diront certains. "Il y a suffisamment de sexe sur Internet sans encore en parler au collège." Ou encore, "mieux vaut ne pas les distraire avec ça, et en faire de bonnes travailleuses bien disciplinées". Certains diront aussi que ce n'est pas à l'école d'enseigner cela, qu'ils s'en chargent eux-mêmes. Mais le font-ils vraiment? Et comment? 

Comme on le voit, il y a d'autres raisons que la raison religieuse pour éviter de parler du clitoris en classe. Je pense néanmoins qu'une grande majorité de professeurs a reçu une éducation religieuse, et que le tabou du sexe, que j'évoquais dans cet autre article, joue dans la décision de ne pas aborder le sujet. 

Et il y a aussi la crainte, bien sûr, que les parents de confession musulmane ne retirent leur fille du collège sous prétexte que cet enseignement heurte leur morale. Sous-entendu, il est décadent d'évoquer ce sujet. 

Le truc, voyez-vous, c'est que le plaisir féminin, c'est important. Parce que ça dit beaucoup de notre manière de traiter les femmes dans notre société. Cet enseignement du rôle du clitoris, je le juge nécessaire non seulement pour les adolescentes, mais aussi pour les adolescents. Parce que dans un rapport librement consenti, cet organe est fondamental dans la stimulation du désir féminin, et dans ce que l'on appelle les préliminaires. Une femme insuffisamment stimulée va éprouver de la douleur lors du rapport. Pour que les choses se passent bien, il faut donc que les deux partenaires soient au courant du mode d'emploi du clitoris.

Certains professeurs pourraient craindre de se voir traiter de pédophile parce qu'ils dispensent cet enseignement. Pour moi, c'est le contraire. Un pédophile va tenter de profiter de la naïveté de l'adolescente par rapport à son corps. Une ado avertie en vaut donc deux, d'autant que ce type de cours peut justement être l'occasion de discuter de la pédophilie. Vous pensez peut-être que l'inceste est inexistant dans les familles? Ce genre de cours peut aussi aider à détecter cela. 

Il y a aussi le reproche d'introduire de la pornographie à l'école. Là encore, pour moi, c'est le contraire. Ce type de cours peut être l'occasion d'enseigner aux garçons que la fellation, s'ils la réclament à une fille sans contrepartie, équivaut à une demande de soumission. Ce sera le moment d'évoquer le symbolisme du nombre 69, qui est le nombre de la réciprocité et de l'égalité sexuelle.

Sans aller jusqu'aux travaux pratiques, ce type d'enseignement serait l'occasion de mettre nos ados, en quelque sorte, "sur les bons rails" par rapport au respect que chacun doit avoir pour son partenaire. La même empathie que l'on enseigne à la maternelle aux bambins doit être réenseignée au collège. Avoir de l'empathie au moment du rapport, c'est prendre soin du plaisir de sa partenaire, ou de son partenaire. 

Que faire si cela contrevient à l'enseignement de l'islam, et que des élèves s'y opposent? Je pense qu'il faudrait présenter ce cours comme un cours de biologie, de découverte d'une partie importante du corps féminin, et un cours d'éducation sexuelle. Dans un second temps seulement, le professeur pourrait dire qu'il autorise les personnes heurtées par le contenu du cours à sortir, mais en leur demandant d'écouter malgré tout le début pour se faire une idée

Nous vivons en république. Nous devons vivre tous ensemble en tenant compte des sensibilités des uns et des autres. Mais un enseignement le plus complet possible ne saurait en aucun cas être dicté par la peur d'aborder tel ou tel sujet. J'ajouterais que l'école n'est pas forcément là pour ne former que des futurs travailleurs et travailleuses. Elle est là aussi pour former des êtres humains avec un sens de leur responsabilité d'être humain, et avec une conscience éveillée. 

La religion elle-même devrait être un sujet d'étude, comme je l'évoquais dans un autre article, au titre qui pourrait vous paraître paradoxal par rapport à celui-ci, L'école est-elle trop laïque?  Et il y aurait beaucoup à dire sur l'idée selon laquelle le paradis, et donc la notion de plaisir intense, ne saurait exister qu'après la mort. Alors que le clitoris, n'est-ce pas, peut provoquer un plaisir divin de manière tout à fait naturelle, à condition de déculpabiliser les ados, notamment par rapport à la masturbation...

mardi 21 novembre 2023

Gouverner, c'est aimer

Les mères de famille sont, à leur niveau, des gouvernantes. Les pères de famille sont, à leur niveau, des gouvernants. Nous faisons de la politique quand nous élevons nos enfants. Nous prenons les décisions. Nous sommes ministres de l'éducation (y compris sexuelle), de la culture, de la justice, du travail, de l'intérieur, de la défense, du sport. Nous sommes présidents. Et si nous ne pouvons pas avoir d'enfants? Nous devenons ministres de l'immigration en adoptant un ou plusieurs enfants.

Un chef d'Etat qui n'a pas eu d'enfants ne devrait pas, à mon sens, être autorisé à gouverner. Il n'a pas la maturité nécessaire. L'expérience de vie. N'est-ce pas, Macron?

Si l'on y réfléchit, on ne juge pas assez nos hommes et femmes politique selon leur vie privée. En France, nous n'avons eu que des chefs d'Etat masculins. Le seul critère appartenant à la vie privée selon lequel nous jugeons nos présidents, c'est: est-il un homme fidèle? Un certain François Hollande, qui avait une maîtresse, a ainsi vu sa popularité dégringoler durant son quinquennat.

Associer la fidélité d'un homme à sa fiabilité, c'est un bon critère. Mais si c'est le seul, ça reste simpliste. Trop limité. Que pensent les enfants de nos chefs d'Etat de leurs parents? De la manière dont ils ont été gouvernés, élevés, éduqués durant l'enfance? Voilà un vrai critère. 

Il est vrai qu'un chef d'Etat n'a pas à élever sa population. Ce serait infantilisant, abêtissant. Ce n'est pas ce qu'on leur demande. On leur demande de faire ce qu'il faut pour l'intérêt commun.

Mon avis personnel, c'est que ce sont nos enfants qui nous indiquent comment les élever au mieux. De la même manière qu'un bon conseiller emploi sait écouter son client en recherche d'emploi, parce que c'est souvent lui qui a la clé de son retour vers l'emploi, un bon parent sait écouter ses enfants. Il a de l'empathie, de la sensibilité, cette forme d'intelligence particulière qui permettra à l'enfant de donner le meilleur de lui-même sans être contraint, mais volontairement. 

L'intérêt commun, c'est le peuple qui sait en quoi il consiste. Un bon gouvernant saura le détecter en écoutant son peuple. Pas toujours, vous me direz. L'enfant refuse parfois de manger des légumes, ou de la soupe. Le peuple refuse de faire tout ce qui est nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique. Alors, il faut trouver des compromis. Il faut aussi mener par l'exemple, montrer l'exemple. 

Un parent va-t-il obtenir les meilleurs résultats avec son enfant s'il lui témoigne du mépris? Ou va-t-il le faire grandir en lui faisant confiance? 

Il ne s'agit pas, je le répète, pour un chef d'Etat, de materner sa population. Aimer n'est pas forcément materner. Aimer, c'est rendre plus indépendant, donner du pouvoir. Décentraliser. 

Et Science-Po, me direz-vous? Et l'ENA? Utiles pour apprendre le cadre dans lequel on gouverne, les institutions, les lois. L'essentiel est pourtant ailleurs. L'essentiel vient de la manière dont nos gouvernants se sont comportés en tant que parents. Il y a fort à parier qu'ils réagiront de la même manière en gouvernant, avec les mêmes travers et les mêmes qualités.

Un chef d'Etat prometteur pourrait être une mère qui a eu un enfant juif, un musulman, un catholique, un animiste, un agnostique et un athée, et qui les aura élevé dans l'harmonie, pour leur meilleur bénéfice, avec un souci d'équité dans la répartition de son amour. 

A ce stade, ce n'est plus une question de parti, de droite ou de gauche, d'extrême-droite ou d'extrême-gauche. C'est une question d'avoir été un bon parent.

mercredi 3 mai 2023

La richesse et ce qu'on en fait

Sur Quora, des questions parfois très médiocres peuvent entraîner des réponses géniales. La question de savoir qui est la personne la plus égoïste et pourquoi, de Mark Zuckerberg ou d'Elon Musk, ne me paraissait pas d'un intérêt fou. Mais si la réponse d'un dénommé Sean Chou a généré plus d'un million de vues, c'est qu'elle va bien au-delà de la question, et s'intéresse au concept même de philanthropie. J'ai utilisé (et amendé quelque peu) DeepL Traduction afin de vous faire connaître le sujet en français. 

Une petite chose avant de commencer, puisqu'il est question notamment de Mark Zuckerberg. Si vous vous intéressez à Facebook, cet article d'avril 2023 est pour moi un article référence. Il s'agit certes d'un article à charge contre Mark Zuckerberg et Facebook, dogmatique dans ce sens où il vise à prouver une théorie qui est en gros dans le titre, "Mark Zuckerberg, l'homme qui assassina l'amitié". Mais son caractère excessivement bien documenté est ce qui le sauve, et contribue pour moi à en faire l'un des articles références sur la montée en puissance de Zuckerberg et de Facebook. A lire avec un œil critique, en résumé.

Extrait: Comme l’expliquera Sean Parker en 2017 : « Lorsque nous avons développé Facebook, le principe de base était le suivant : comment pouvons-nous consommer le plus possible de votre temps et de votre attention ? Cela signifie que nous devons à chaque fois fournir un peu de dopamine parce que quelqu’un récompense d’un « like » ou d’un commentaire l’un de vos posts ou l’une de vos photos. Après quoi, vous écrirez plus de posts et posterez plus de photos et recevrez plus de « like » et de commentaires. C’est une boucle de rétroaction de validation sociale. Nous exploitons une vulnérabilité dans la psychologie humaine. Les inventeurs, les créateurs – c’est-à-dire moi, Mark Zuckerberg, Kevin Systrom, toutes ces personnes – nous avons compris cela de manière consciente. Et nous l’avons fait quand même.»
 
Voici donc la réponse de Sean Chou, consultant en intelligence économique, à la question de savoir lequel des deux personnages est le plus égoïste, de Mark Zuckerberg ou d'Elon Musk. Il faut garder à l'esprit que cette réponse date de 2017, bien avant le rachat de Twitter par Elon Musk, et donc, bien avant que l'étoile Musk ne ternisse notablement... La seconde partie de la réponse concerne la philanthropie, elle est selon moi la plus intéressante, et de loin. Vers la fin de cet article de blog, donc. 

Mark Zuckerberg est sans aucun doute plus égoïste.

La devise professionnelle de Zuckerberg a toujours été de "connecter le monde" par l'intermédiaire de Facebook, ce qui, comme toute personne qui se respecte peut le voir, sert ses propres objectifs. Facebook compte aujourd'hui parmi ses utilisateurs la moitié ou presque de la population mondiale, et sa croissance se poursuit. Il n'y a pas si longtemps, Zuckerberg a voulu être le visage du colonialisme moderne en "offrant" à de grandes parties de l'Inde un accès gratuit à l'internet par wifi, à la condition que celui-ci soit rattaché en permanence à sa propre plateforme Facebook. L'Inde a refusé sans surprise, et Zuckerberg a plaisanté en disant que l'Inde ne voulait pas "faire un pas dans le futur". Néanmoins, il n'a pas pour autant  continué à chercher à procurer à l'Inde un accès gratuit à l'internet sans enfoncer Facebook au fond de sa gorge dans le même temps.
 
Autre exemple : Zuckerberg s'est engagé, avec tant d'autres milliardaires, à céder la majeure partie de leur fortune, mais dans 99 % des cas, tous les milliardaires conservent le contrôle total des investissements qu'ils "donnent" à leur propre trust ou à des organismes de bienfaisance. Pourquoi les dix hommes les plus riches occupent-ils toujours la même place alors que près de la moitié d'entre eux se sont engagés à céder la totalité de leur fortune ? C'est déroutant, n'est-ce pas ? [voir la seconde partie de l'article pour la réponse à cette question].

Et si vous ne le saviez pas déjà, Zuckerberg tient beaucoup à sa vie privée. À tel point qu'il a racheté toutes les résidences autour de son domicile de Palo Alto et les a louées gratuitement aux propriétaires d'origine. De cette manière, il peut mieux contrôler ce que lui-même peut ou ne pas faire dans son quartier... comme construire des clôtures plus hautes et disposer d'une sécurité privée plus importante, entre autres choses.

En bref, Zuckerberg met en avant ses propres visions, qui, à ce jour, semblent correspondre aux stratégies de croissance de Facebook. Il veut plus d'utilisateurs - et il sait que la valeur moyenne d'un utilisateur moyen de Facebook issu d'un pays en voie de développement vaut largement le maigre coût de son acquisition.

Elon Musk, quant à lui, correspond davantage à la définition sociale de l'homme de la renaissance, un Robin des Bois pionnier qui vole l'avenir au profit de ceux qui vivent aujourd'hui, au prix de sa propre vie. Musk est un fan inconditionnel de science-fiction et, depuis qu'il a lu Stranger in a Strange Land de Robert A. Heinlein lorsqu'il était enfant, il a utilisé le processus par étapes de manière très efficace pour atteindre son objectif abracadabrant de coloniser Mars.

Musk est un ingénieur dans l'âme, et cela se voit dans son éthique de travail et sa façon d'aborder les problèmes. Il aime travailler sur des problèmes uniques et utilise les connaissances et l'expérience acquises au cours d'une étape pour progresser vers la suivante.

Musk est une bénédiction qui n'arrive qu'une seule fois sur plusieurs générations pour notre société perturbée, au sens littéral du terme, comme Nikola Tesla l'a été pour l'électricité ou Sir Isaac Newton pour le concept de gravité. Musk s'efforce activement, à chaque minute de son existence, de nous propulser collectivement vers l'avenir le plus rapidement possible. Musk est un nerd, et il pense que les humains en tant qu'espèce font beaucoup trop de dégâts à notre planète et à nous-mêmes - et que nous devons élargir nos options si nous voulons survivre.

Qu'il s'agisse de transformer les services bancaires et les paiements en ligne, de normaliser les voitures électriques (et même de les rendre sexy), de fusées réutilisables, de tuiles solaires, de batteries plus efficaces ou du transport Hyperloop, le temps de Musk, comme toute personne qui se respecte peut le constater, est bénéfique à plus d'un titre pour la société dans laquelle nous vivons.

Seconde partie de la réponse: la philanthropie

En fait, je suis de relativement près les entreprises, les milliardaires, les investissements, la finance, etc.
A eux seuls, 8 des 10 hommes les plus riches pèsent autant financièrement que la moitié de la population mondiale. Et à eux seuls, 23 des plus grands milliardaires autodidactes détiennent 1 000 milliards de dollars, soit plus que la valeur nette totale d'Apple [en 2017]. Au total, les 2 300 milliardaires de la planète représentent 8 000 milliards de dollars, alors qu'il y a quatre ans à peine, il n'y avait que 1 400 milliardaires pour 5 000 milliards de dollars. Ces 2 300 personnes représentent la plus petite fraction d'un nano-poil par rapport aux plus de 7 milliards d'habitants de la planète, et pourtant leur richesse dépasse le PIB total de l'Allemagne et de la France réunies.


La façon dont un milliardaire fait don de sa richesse et la manière dont il choisit de vivre sa vie sont extrêmement révélatrices de sa véritable nature. Le fait que Gates et Buffet (qui a fondé le Giving Pledge il y a une dizaine d'années) soient restés largement dans la même position dans le classement des plus riches de Forbes est révélateur de la manière dont ils dosent judicieusement leurs dons. En échelonnant leurs dons et les montants versés, ces deux milliardaires font correspondre étroitement leurs dons aux performances de leur portefeuille sur le marché, ce qui leur permet de conserver la même valeur nette, ou presque. Il est également certain que ces dons caritatifs sont utilisés pour déduire le même montant de l'impôt fédéral d'une année sur l'autre, et ce n'est pas la seule façon pour eux d'éviter de payer des impôts.

Et oui, je sais que la majeure partie de leur patrimoine réside dans des outils d'investissement liés à des actions de leur propre entreprise ou d'autres sociétés. Et comme nous n'avons pas connu de récession depuis la crise du logement et des prêts hypothécaires à risque, le marché boursier américain a connu une incroyable remontée au cours des dix dernières années, même si je dirais que la quasi-totalité de ces gains positifs sont allés aux 1 %, permettant à des milliardaires comme Gates et Buffett de gagner 6 à 7 milliards de dollars au cours d'une seule année fiscale, alors que les salaires des travailleurs dans la plupart des secteurs sont restés largement stagnants.

Les milliardaires ne sont pas arrivés là où ils sont par hasard. Ils ont tous dû dominer impitoyablement des industries et des concurrents, tout en forçant de larges segments de la main-d'œuvre à quitter leur secteur. Ils doivent être égoïstes.

Les milliardaires convoitent le fait d'être milliardaires et le pouvoir que cela leur apporte. La plupart d'entre eux, en tout cas. Avec leur fortune, la célébrité suit de près. Qui ne veut pas être aimé et admiré ? Il est certainement aussi plus à la mode pour les riches de faire des dons à de grandes causes que de payer des impôts fédéraux. Et puis, au vu des montants qu'ils donnent, pourquoi ne pas simplement créer leur propre trust caritatif ? Pourquoi ? Parce que les milliardaires convoitent aussi le contrôle. Ainsi, les riches ont une fois de plus toutes les cartes en main, choisissant une position de flexibilité et de pouvoir, car les œuvres de bienfaisance peuvent leur être bénéfiques de nombreuses façons. Par leur intermédiaire, ils peuvent dicter dans les moindres détails comment leur argent est dépensé ou dilapidé.

Il serait également logique que ces riches soient fiers d'être entrés dans le club des 10 premiers - et de profiter des couvertures de magazines et des entretiens avec la presse qui vont avec. Et pour Buffett, qui est d'une frugalité abrutissante, la promesse de don sert à améliorer sa propre image de son vivant, MÊME s'il ne donne la plus grande partie de sa fortune qu'après sa mort. D'un point de vue rationnel, il s'agit d'un dispositif impossible à perdre. Buffett et Gates n'ont jamais eu l'intention de donner à leurs enfants près d'un milliard de dollars de toute façon - alors pourquoi ne pas rejoindre un club philanthropique cool dont seules 2 000 personnes environ peuvent devenir membres et s'attirer l'adoration du public ? Pourquoi ne pas créer le club et en être le visage ? Et c'est exactement ce qu'ils ont fait.

Lorsque vous prenez une décision qui n'a que des avantages pour vous, je pense que c'est de l'égoïsme.


Quant aux commentaires sur la difficulté de dépenser leurs milliards incalculables, je propose deux exemples : l'un historique et l'autre moderne.

Ces deux hommes n'ont pas suivi l'exemple d'autres pairs extrêmement riches - non ; ils ont quitté leurs entreprises tôt et ont passé le reste de leur temps à "donner tout en vivant" jusqu'à ce qu'ils aient tout dépensé, motivés uniquement par leur désir personnel d'aider la société.

Andrew Carnegie est le premier exemple.

Cet industriel légendaire a immigré d'Écosse et s'est rapidement attelé à l'expansion de l'industrie sidérurgique américaine, en faisant de nombreux paris intelligents pendant la guerre de Sécession. Il peut être considéré comme l'un des hommes qui ont littéralement fait l'Amérique moderne, de ses gratte-ciel à sa domination en tant que superpuissance industrielle et mondiale.

Carnegie a vendu sa Carnegie Steel Company à J.P. Morgan en 1901 pour 480 millions de dollars et a dépassé John D. Rockefeller en tant qu'Américain le plus riche pendant un court laps de temps (c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il commence à donner toute sa fortune). Carnegie publie "L'Évangile de la richesse" et appelle les autres riches Américains à faire le bien et à améliorer la société grâce à leur fortune. Il stimule ainsi une vague de philanthropie et lance la tendance des super riches à "rendre la pareille".

De 1901 à sa mort en 1919, Carnegie a donné 350 millions de dollars (80 milliards de dollars en pourcentage du PIB actuel), laissant les 30 derniers millions de dollars à plusieurs fondations et organisations caritatives. Au cours de cette période, il a créé à lui seul les systèmes de bibliothèques publiques aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni en construisant plus de 3 000 bibliothèques publiques afin que le public puisse accéder à une mine de connaissances et s'améliorer lui-même ainsi que le monde. Il a également fondé ou soutenu des dizaines d'universités et a été le bienfaiteur de nombreux scientifiques et chercheurs.

Carnegie a créé de nombreux fonds et fondations pour faire avancer la recherche et les études scientifiques et a offert des bourses d'études au public. Il a créé des fonds de pension au profit de ses anciens employés et de ceux des professeurs d'université américains. Ce dernier fonds est devenu TIAA-CREF, qui est aujourd'hui le principal fournisseur de services financiers aux secteurs de l'enseignement, de la recherche, de la médecine et de l'administration. Elle gère aujourd'hui 1 milliard de dollars d'actifs et opère principalement en tant qu'organisation à but non lucratif. Il a également fait des dons aux arts, en construisant le Carnegie Hall ainsi que 7 000 orgues d'église. Il convient également de noter qu'il a été le bienfaiteur de l'Institut Tuskegee pour l'éducation des Afro-Américains. Il a également créé la National Negro Business League. Il a créé un fonds destiné à reconnaître les héros des nations occidentales et a acheté le terrain et construit le Palais de la Paix (et d'autres bâtiments) à La Haye, dont il a fait don aux Nations unies, qui y ont leur siège depuis lors.

Le second exemple est Charles "Chuck" Feeney.

L'exemple moderne est Charles Feeney, qui a fondé le Duty Free Shoppers Group, présent dans tous les aéroports du monde. À partir de là, il s'est développé dans d'autres magasins et dans l'immobilier, mais aucun d'entre eux n'a jamais porté son nom. En 1982, alors qu'il venait d'avoir 50 ans, Feeney a fondé The Atlantic Philanthropies et, en 1984, il a transféré la totalité de sa participation de 38,75 % dans Duty Free Shoppers à son groupe philanthropique. Ses partenaires commerciaux ne savaient même pas que "Chuck", comme il aime à se faire appeler, ne possédait plus aucune part de DFS. Pendant des années, Feeney a fait des dons par l'intermédiaire d'Atlantic dans le plus grand secret. Il a fait don de plus d'un milliard de dollars pour l'enseignement supérieur en Irlande, d'un milliard de dollars à l'université Cornell (son alma mater), et a réparti le reste de ses dons entre des initiatives dans les domaines de la santé, de la science et de l'éducation, aussi diverses que la santé publique au Viêt Nam ou la recherche de pointe en sciences de la santé à l'UCSF.

À la fin de l'année dernière (2016), Chuck Feeney avait finalement atteint son objectif de "donner tout en vivant" - qu'il avait commencé en privé 34 ans auparavant, et qu'il décrivait simplement : "Je ne peux pas penser à une utilisation plus gratifiante et plus appropriée de la richesse... que de se consacrer personnellement à des efforts significatifs pour améliorer la condition humaine." Il a donné au total plus de 8 milliards de dollars de sa fortune, ne se laissant que 2 millions de dollars pour vivre. Il loue actuellement (oui, il loue) à San Francisco - ce qui ne devrait pas surprendre quiconque l'a connu - il a toujours voyagé en classe économique, préféré les hamburgers à la gastronomie new-yorkaise et transporté ses affaires dans des sacs en plastique.

Quoi qu'il en soit, ce que j'espère faire comprendre, c'est que si les milliardaires sont généreux avec leurs dons caritatifs, ils sont souvent tout aussi avides. Parmi les personnes les plus riches de la planète, seule une petite poignée mérite le véritable titre désintéressé de philanthrope, que je définis comme la profession de "donner tout en vivant" - selon les propres termes de Feeney. Carnegie et Feeney ont tous deux vendu leurs entreprises ou leurs investissements et ont cessé toute recherche personnelle de richesse, consacrant le reste de leur attention à la manière dont ils pensaient pouvoir mieux influencer le monde.

En comparaison avec Feeney, qui avait commencé à faire des dons en secret, au plus fort de la croissance de son entreprise et à son âge (50 ans), quelque trois décennies et demie auparavant, la "promesse de don" de Buffett et Gates, annoncée à grand renfort de publicité en 2006, alors que les deux milliardaires figuraient depuis longtemps dans le top 10 du classement, semble insignifiante, et plutôt une réflexion a posteriori, si l'on peut dire. Si vous connaissez Warren Buffett, vous serez étonné de constater qu'il est le seul milliardaire du top 10 à être un investisseur, c'est-à-dire que Berkshire Hathaway, une société qu'il a achetée, n'a jamais fabriqué ses propres produits comme l'ont fait Microsoft ou Apple. Buffett est milliardaire grâce à son génie de l'investissement, et il s'est littéralement servi dans les poches d'autres riches propriétaires d'entreprises pour arriver là où il est aujourd'hui. Il voit le temps différemment et agit souvent bien avant les indications du marché, conservant souvent ses actions pendant des décennies, comme il l'a fait pour McDonald's, Coca-Cola et, jusqu'à tout récemment, Walmart. Je me demande donc pourquoi sa promesse de don a été lancée si tardivement dans sa vie.

Pour conclure, je voudrais également ajouter que Paul Newman, la célébrité, avait créé avant sa mort une entreprise agroalimentaire à but non lucratif qui est aujourd'hui très populaire, Newman's Own, qui utilise des produits cultivés dans ses propres fermes et dont les bénéfices sont directement reversés à des associations caritatives. L'approche de Newman en matière de charité est intelligente et, bien qu'il ait disparu depuis dix ans, Newman's Own continue de donner.

De nombreux milliardaires (peut-être même tous) créent des trusts qui permettent d'atteindre des objectifs similaires, mais comme j'espère avoir fait la distinction, les trusts conservent un contrôle total et réalisent les souhaits du fiduciant comme s'il était toujours là (contrôle de microgestion). La méthode de Newman est donc infiniment plus désintéressée.

Ces personnes sont la définition même de l'altruisme.