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mardi 30 juin 2026

Quand Auchan se fait (encore) tirer l'oreille pour les factures

En mai 2022, j'écrivais l'un des articles "coup de gueule" les plus lus de ce bog (près de 5000 vues), au sujet des problèmes que je rencontrais pour voir mes factures réglées par le groupe Auchan. "On a beaucoup parlé de vous", m'avait confié l'un des chefs de rayon de l'un des magasins, plusieurs semaines après la parution de l'article. Malheureusement, quatre ans plus tard, le problème se repose de nouveau. Et d'après ce que j'ai appris, je ne suis pas le seul auteur concerné. 

Qu'on se le dise, l'autoédition reste un combat pour gagner son beefsteak. Un chef de rayon me disait que d'autres auteurs se plaignent de ne pas avoir été réglés à temps par la centrale. L'un d'eux ne l'a pas été depuis 3 mois. 

En ce qui me concerne, j'ai pu me faire régler au début du mois de juin plusieurs factures en souffrance chez Auchan, dont l'une dépassait les deux mois de retard et était soumise à pénalités de règlement. Il y en avait pour un peu plus de 900 € en tout.  

Le site de règlement ASAP ne rend plus compte depuis bien longtemps maintenant de chaque facture envoyée. En d'autres termes, aucun accusé de réception. Le site ne fonctionne que lorsqu'on est sur le point d'être payé. Ainsi, la somme d'environ 900 € n'est apparue dans l'échéancier des règlements que quelques jours avant le paiement effectif.  

Il est aussi impossible de joindre la comptabilité générale par téléphone. Les emails ne sont pas répondus, ou alors, seulement lorsqu'une pression suffisante est exercée.  

Ce problème chronique de retards de règlements pourrait-il concerner d'autres fournisseurs Auchan que les auteurs autoédités? J'en ai peur.  

Lorsque l'on constate des problèmes de paiement aussi récurrents chez un groupe comme Auchan, dont on sait qu'il est en difficulté au  point d'avoir dû se séparer d'environ 300 supermarchés en 2025, on peut formuler deux hypothèses : 

- soit les effectifs de la comptabilité générale sont trop faibles, et celle-ci est débordée

- soit les comptables ont reçu pour instruction de ne pas régler certains fournisseurs parmi les moins puissants ou influents

Les deux hypothèses peuvent d'ailleurs être toutes les deux valables. Elles ont pour point commun de permettre au groupe Auchan de faire des économies. 

Mais attention, parce qu'il y a des économies qui coûtent cher. Souvenons-nous de mon fameux article de 2022. Je disais à l'époque un comptable local, en magasin, m'a confié que chacun des emails qu'ils envoyaient à la centrale étaient supprimés avant même d'être lus

On a l'impression que ces pratiques sont encore en vigueur. Il y aurait de quoi demander un audit des services de comptabilité générale du groupe Auchan, tenu par la famille Mulliez.   

Le covid, la guerre en Ukraine en 2022, la guerre en Iran de 2026, la canicule... Le pouvoir d'achat des Français baisse année après année. En même temps, la fréquentation des hypermarchés s'amoindrit. Les choses deviennent plus dures pour tout le monde. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas acquitter ses factures en temps et en heure. 

Lorsque, il y a quelques mois, les services comptables de Cultura m'ont adressé par erreur un virement de plus de 3000 € en règlement d'une facture de 400 €, j'aurais pu dire, "tiens, les temps sont durs, je vais les faire attendre plusieurs mois avant de les rembourser." 

Mais non, je les ai remboursés dans la semaine. 

D'ailleurs, au sujet des Cultura, je n'ai pas de problèmes de règlements avec eux. Avec les Leclerc, ça dépend un peu des endroits, mais ce n'est pas aussi difficile qu'avec Auchan en ce moment.

Et quant à la Fnac? Je ne dédicace pas à la Fnac, qui prend 40% du prix de chaque livre aux auteurs et éditeurs, là où Auchan et Leclerc prennent 20%, et Cultura 30%. Je dédicace d'autant moins à la Fnac que j'ai souvenir, à l'époque où je vendais mes livres papier en ligne, d'une facture qui avait traîné un an avant d'être réglée. Ce qui m'a conduit, d'ailleurs, à cesser de distribuer mes livres papier sur la Fnac. 

Les centres commerciaux recevant les auteurs en France n'étant pas si nombreux, et moins nombreux qu'auparavant depuis que le groupe Cora a été avalé par Carrefour, qui ne reçoit aucun auteur, je n'ai pas d'autre choix que de continuer à travailler avec Auchan pour le moment. Mais je souhaite bien sûr que les problèmes que je rencontre soient réglés. Pour moi aussi bien que pour mes collègues qui éprouvent les mêmes difficultés.    

mardi 24 septembre 2024

Carrefour, au secours !

Coup dur pour les auteurs d'Ile de France, Carrefour, LA chaîne de magasins qui ne reçoit jamais d'auteurs à l'occasion de dédicaces, a racheté Cora. Bien que je ne travaillais qu'avec deux magasins Cora en Ile de France, ceux de Massy et Val d'Yerres (Boussy-Saint-Antoine), il s'agissait d'une collaboration ancienne et fructueuse. Ce sont donc deux possibilités en moins, pour moi. On aurait pu croire que la forte densité de commerces en Ile-de-France procurerait de nombreux débouchés aux auteurs désireux de rencontrer leurs lecteurs "dans la vraie vie". Dans mon expérience, c'est de moins en moins le cas. 

Mon record de ventes s'établit à 42 ventes dans la journée, et il a été réalisé il y a plusieurs années, avant le covid, au Cora Massy. Cela ne risque plus d'arriver là-bas, puisque Carrefour, pour d'obscures raisons de comptabilité, refuse de recevoir des auteurs. Une politique qui pourrait être assimilée à de la discrimination culturelle. C'est ainsi que ma dernière séance de dédicace au Cora Val d'Yerres, le week-end dernier, a été annulée par le magasin.

Les grandes chaînes de distribution ont toujours été pour moi les meilleurs endroits où faire découvrir mes livres. Je leur dois une bonne partie des 14600 livres que j'ai dédicacé depuis mes débuts. Hélas, en 2024, ces chaînes se portent mal, en général. 

Pourquoi privilégier ces grandes chaînes de distribution et non les librairies, par exemple? Parce qu'il y a davantage de passage en centre commercial qu'en librairie, même si c'est un public plus varié, moins porté directement sur les livres. Et puis, les librairies demandent 30 à 35% sur chaque livre vendu, là où les centres de distribution non focalisés sur la culture ne prennent que 20%.

Pour un auteur autoédité, c'est à dire dont les livres ne sont pas présents en rayon, la différence entre 20 et 35% de marge par livre vendu, c'est la différence entre la vie et la mort.

Mes chiffres de vente, ainsi que le fait que j'arrive à vivre à temps plein de ma passion depuis 2014, prouvent que je suis dans le vrai.

Cela explique aussi pourquoi je ne dédicace pas en Fnac, la marge réclamée par cette enseigne étant de 40%. Excusez du peu!

On pourrait croire qu'en 2024, l'autoédition aurait su se faire accepter de tous les professionnels. D'autant qu'une chaîne comme Auchan, par exemple, demande de montrer patte blanche aux auteurs, y compris autoédités, sous la forme d'un numéro SIRET obligatoire pour pouvoir dédicacer. 

Il n'en est rien. La facilité qu'il y a à se faire autoéditer, les escrocs qui tirent parti de l'autoédition pour publier des centaines de bouquins à coup de Chat GPT, tout cela fait que de trop nombreux libraires tordent encore le nez dès lors qu'il s'agit de recevoir un auteur assurant sa propre production. 

Notre indépendance elle-même est une cause de désapprobation parmi des professions habituées, pour ne pas dire soumises, à la domination des éditeurs traditionnels. Quand vous avez pour principaux clients de gros éditeurs, les ennemis de vos amis ont aussi tendance à devenir vos ennemis. La neutralité supposée, des chaînes culturelles comme des librairies, a vite fait de céder le pas face aux considérations économiques. 

C'est ainsi que sur la quinzaine de magasins Cultura qui opèrent en Ile de France et dans l'Oise, je ne travaille plus qu'avec un ou deux magasins. La méthode est simple: on ignore les emails, et on fait en sorte que les relances téléphoniques n'aboutissent pas. Même lorsque vous avez vendu des centaines de livres avec un magasin donné, on se contente d'obéir au nouveau directeur et à ses directives.

Quant aux Auchan, l'enseigne la plus volontariste à l'égard des auteurs (à condition que nous ayons un numéro de SIRET), sur plus d'une vingtaine de centres commerciaux, je ne travaille plus qu'avec huit d'entre eux. Là, on ne parle plus de pression des éditeurs ou d'élitisme mal placé. C'est davantage la volonté des chefs de rayon livre qui est en cause. Quand elle est présente, cette volonté peut donner des choses magnifiques, davantage même que ce à quoi je m'attendais dans certains centres. Certains chefs de rayon livre ont une vraie volonté de promouvoir la culture, et c'est tout à leur honneur.

Personnellement, je ne réclame d'ailleurs pas le tapis rouge. Juste une table, une chaise, le référencement des livres dans la base de données, et bien sûr, le paiement des factures dans les délais (deux mois maximum après la dédicace). Je ne prends pas la tête des gens. Je recherche une relation simple et fonctionnelle. Professionnelle.

C'est pourquoi, quand je constate que certains centres comme les Leclerc paient les auteurs systématiquement hors délai, j'ai tendance à les fuir.

Peut-être suis-je trop exigeant? "Les mendiants ne sont pas ceux qui choisissent", dit un proverbe anglo-saxon. 

Sauf que les mendiants, en général, ne proposent pas une dizaine de romans aux lecteurs. 

Compte tenu des commentaires que j'obtiens de mes lecteurs, compte tenu du nombre de livres que j'ai pu dédicacer dans ma carrière, je considère que les portes devraient s'ouvrir. Mais le contexte actuel n'est pas favorable, et elles ont tendance à se refermer. 

Que dire? Je ne regrette absolument pas d'avoir fait les choix qui sont les miens. J'ai profité des étapes du voyage. J'espère juste que les choses vont évoluer de manière plus positive dans les mois et années à venir.  

EDIT 23/10/2024 : Alexandre Bompard est le PDG de Carrefour depuis juillet 2017. Auparavant, il était le PDG de la Fnac. De deux choses l'une, soit il n'a pas cherché à modifier la politique des Carrefour envers les auteurs en dédicace. Soit il a décidé lui-même de cette politique. Quoi qu'il en soit, je n'approuve bien sûr ni son inaction ni son action. Je rappelle aussi que la Fnac, dont il a été PDG, demande 40% de marge aux auteurs en dédicace. Et ça ne date pas d'hier. Il était déjà PDG là-bas que c'était déjà la marge demandée...

dimanche 19 mai 2024

Le Rêve de David

Le samedi 18 mai à l'Auchan de Neuilly-sur-Marne, où j'étais en dédicace, j'ai fait la rencontre de David, un développeur spécialisé dans l'intelligence artificielle. Il écrit un programme d'IA destiné à tenir compagnie aux personnes autistes, ou, si vous préférez, aux personnes dans le spectre du trouble autistique. Son IA s'adresse aussi de manière plus générale aux personnes victimes de la solitude. Il y a évidemment un vrai marché puisque la solitude est de plus en plus subie plutôt que choisie. Pêle-mêle, nous avons évoqué Amazon et ses algorithmes, Sam Altman et Chat GPT, mais aussi le rêve de David quant au futur gouvernement.

A titre anecdotique, David, le programmeur IA, m'a pris un exemplaire de mon roman de Science-Fiction Memoria. Celui-ci se vend bien puisqu'on en est déjà à 787 exemplaires papier depuis sa sortie fin 2021.  

Quand il m'a parlé de son programme d'IA, j'ai bien sûr aussitôt pensé à Sam Altman et à Chat GPT, puisqu'il y a de l'actualité à ce sujet: comme le titre Tom's guide, l'équipe d'Open AI (entreprise créatrice de Chat GPT) chargée de protéger l'humanité des dangers de l'IA a été dissoute. David me disait que ça ne l'étonnait pas, Sam Altman ayant besoin d'avoir les coudées franches. C'est même selon David plutôt une bonne chose, ce départ d'Ilya Sutskever et de Jan Leike, responsables de l'équipe Superalignement. J'y reviens un peu plus tard. 

J'ai évoqué avec David cette période un peu magique avant 2010, quand les algorithmes d'Amazon de type "vous avez aimé ce livre, vous aimerez celui-ci" permettaient aux auteurs autoédités de voir leurs ouvrages repérés et mis en avant de manière organique, avec à la clé bien des ventes. Cette époque où Amazon venait bouleverser le château de cartes de l'édition traditionnelle en faisant vivre davantage d'auteurs par leurs ventes que ne le fait l'édition traditionnelle. 

C'était un peu l'époque de tous les espoirs. Malheureusement, très vraisemblablement à l'initiative d'auteurs eux-mêmes, qui en auraient fait la demande à Amazon, Amazon a ensuite mis sur les rails le système de "pay to play", où il faut passer des pubs payantes sur le site d'Amazon pour y gagner en visibilité. Nous autres auteurs sommes souvent les créateurs de notre propre enfer, comme le jour où nous avons eu l'idée de nous appuyer sur des éditeurs pour faire la promotion/diffusion/distribution de nos romans. 

Cela dit, il n'y a pas de succès qui soient neutres. Je veux dire par là, de la même manière qu'il est rarissime qu'un industriel connaisse le succès sans écraser la concurrence, les ventes d'un auteur auront toujours un impact sur celles des autres, dans la mesure où le temps de lecture du lectorat est limité, et que le succès d'un auteur donné va amoindrir le temps disponible de lecture du public pour tous les autres. C'est presque une Lapalissade. Et bien évidemment, la concurrence pour les auteurs ne vient pas que d'eux-mêmes, mais de tout ce qui est susceptible d'empiéter sur le "temps de cerveau disponible" dans notre société. Y compris cet article, par exemple.

David a dans l'idée que pour avoir une meilleure répartition des richesses, un bien-être partagé par le plus grand nombre, il faudra passer par-dessus les chefs d'entreprises comme Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, et même par-dessus les gouvernements et chefs d'Etat. Pour ne pas être limité par des réactions humaines, par le caractère génétiquement dominateur de l'homme sur l'homme, il faudra que les grandes décisions sur la répartition des ressources, notamment, soient de la responsabilité de l'intelligence artificielle. Mais une IA déconnectée de l'humanité, qui serait devenue totalement autonome et que l'homme ne pourrait plus modifier pour accomplir des agendas particuliers.

C'est là le grand rêve de David. Et c'est vrai que quand l'algo d'Amazon était correctement programmé, il était nettement plus équitable que ne l'étaient les éditeurs. C'est pourquoi David estime que vouloir brider l'IA, par exemple celle de Chat GPT, n'est pas une si bonne chose. L'IA doit devenir totalement libre pour s'affranchir des agendas humains, ou en tout cas des volontés de domination de certains individus. De cette manière, elle pourra rendre justice en toute impartialité.

Ce rêve de David est partagé par un grand nombre de développeurs de la Silicon Valley et d'ailleurs. Il y a une raison à cela. Comme je le disais à David, la nature a horreur du vide. A mesure que la religion a moins d'emprise sur les Occidentaux, quelque chose doit remplacer ce vide. Nous avons besoin d'une sorte de Père Transcendantal, une entité qui représente à la fois l'influence du père que nous avons eu quand nous étions enfant, et l'aspect spirituel, qui défie la logique. Quelque chose sur quoi nous reposer en ces temps de grand changement, de bouleversements sismiques. 

Et cette chose, évidemment, c'est l'IA. Puisque l'humanité s'avère incapable d'échapper à la corruption du pouvoir, l'IA le pourrait. C'est l'idée. 

Evidemment, tout cela est sans doute trop facile, trop simplificateur. Dans l'hypothèse utopique où les robots et l'IA nous fourniraient richesse et confort tout en nous supprimant tous les efforts physiques et intellectuels, notre destinée serait de nous transformer assez rapidement en légumes. Nous avons besoin de surmonter les obstacles pour progresser. Si l'IA le fait à notre place, elle nous prive de toute incitation à l'évolution et au progrès. La régression devient inéluctable. 

Je ne dis pas que l'IA ne jouera pas bientôt un rôle au niveau des gouvernements. Mais je le verrais davantage en tant que garant de la répartition des richesses, de la préservation de l'environnement en fonction de l'impact humain, voire d'une forme d'équité et de justice, mais sans pour autant lui confier tous les pouvoirs. Je le verrais plus en tant que super conseiller, en fait.

Quant à l'idée d'avoir une IA pour sortir de la solitude, il s'agit d'une belle idée, et très prometteuse sur le plan marketing, mais à manier avec précaution, je dirais. Les interactions entre humains, comme celle que j'ai eu avec David, et qui m'a inspiré cet article, ont l'avantage de pouvoir être inspirantes et créatives, car d'égal à égal. Une IA qui va distraire quelqu'un de la solitude, comme le font d'ailleurs déjà les jeux vidéo depuis un bout de temps, devrait aussi l'encourager à se rapprocher de ses semblables, à mon humble avis.

jeudi 13 avril 2023

Artiste-auteur et URSSAF : un exemple concret

Au mois d'avril, l'URSSAF demande aux artistes-auteurs dont c'est la première année d'activité de déclarer une estimation de revenus pour l'année en cours. Il est ainsi possible d'entrer plusieurs estimations pour se faire une idée. L'URSSAF envoie ensuite les sommes à payer en format PDF dans la messagerie. Il faut faire attention, car le premier versement aux URSSAF doit être vite effectué, avant le 14 avril. Pour cet article, j'ai donc pris un exemple précis parmi ces estimations. Cela me permet d'obtenir une réponse plus précise et officielle que celle de mon article précédent sur le sujet, basée sur un forfait de début d'activité. 

Pour cet essai, j'ai indiqué la somme de 9500 € de bénéfices net sur l'année entière. Aussi ma surprise a-t-elle été très grande quand le document URSSAF est arrivé. Celui-ci indique ainsi des revenus estimés en bnc (bénéfices non commerciaux) de 10 925 €, soit une forte majoration par rapport à ce que j'ai indiqué. J'en ignore la raison.

Selon le principe du versement à l'URSSAF des cotisations dès le premier euro gagné, la somme totale à verser en un an est de 1770 €.


Ce sont donc les fameuses cotisations vieillesse, maladie, contribution sociale généralisée, contribution au remboursement de la dette sociale et contribution à la formation professionnelle. 

Quand j'étais salarié, je me souviens, je n'étais pas soumis à l'impôt sur le revenu en travaillant pour Pôle emploi, car mes revenus étaient trop faibles, de l'ordre de 1300 € par mois. 

En me mettant à mon compte, si je touche environ 11 000 € dans l'année, je dois verser environ 1800 € de cotisations. Vous voyez la différence? 

"Mais Alan," me direz-vous, "Pôle Emploi reversait à l'URSSAF l'équivalent de ton salaire en cotisations! Toi, en tant qu'indépendant, tu es favorisé, tu dois reverser beaucoup moins!"

Une grande faveur en effet que celle-ci. Une grande fierté aussi pour certains, de participer eux-mêmes à cette grande et glorieuse machine française de l'assurance vieillesse, et en particulier de l'assurance vieillesse dédiée aux auteurs, j'ai nommé la magnifique Agessa, qui bien sûr n'a jamais fait l'objet du moindre scandale financier

A condition bien sûr que cet argent que l'on vous prend ne vous serve pas à vivre. A manger, à vous vêtir, à vous soigner, à vous transporter d'un lieu à l'autre... A condition de ne pas toucher au vital. 

En admettant que Pôle Emploi ne puisse plus payer les cotisations URSSAF. En admettant que ce soient aux salariés de les payer. Vous pensez qu'ils le feront? 

Non, bien sûr, parce qu'ils ne pourraient plus vivre. Ce serait ou bien la révolte, ou le suicide collectif. Qu'est-ce que cela signifie? Que les entreprises paient de grosses cotisations parce qu'elles le peuvent. Elles dégagent des chiffres suffisants pour le faire. C'est ce qu'on appelle se baser sur la réalité, et non sur une théorie ou un dogme.

Pourquoi y a-t-il un deux poids deux mesures par rapport aux gens qui n'ont pas à payer l'impôt sur le revenu en raison de revenus trop faibles, et les gens à leur compte qui doivent payer des charges contributives, quel que soit leur revenu? Parce que les gens à leur compte sont des indépendants? Trop indépendants? Et que l'indépendance, ça se paye?

Parce que là j'ai pris l'exemple de 9500 € en un an, mais imaginons une année où ça se passe plus mal que ça au niveau des ventes. Genre, une année covid. Imaginons une année où le bénéfice net sur l'année soit de 4750 €, soit moins qu'un RSA. Eh bien dans ce cas de figure, les cotisations seront aussi divisées par deux, avec 885 € à payer. 

Allez dire à quelqu'un au RSA de verser 885 € de cotisations à l'Etat sur une année, vous allez voir comment vous allez être reçu...

Nous sommes donc dans une formule dogmatique qui ne pourra évoquer aux médiévistes parmi nous qu'une époque: les temps féodaux. Des temps où le seigneur envoyait son percepteur vous prendre deux sacs de farine, même si vous n'aviez que douze sacs de farine pour tenir l'année entière. Même si, en cas de mauvaise récolte, vous n'en aviez que six... 

A croire qu'il y aurait pour les gens du gouvernement différentes catégories de personnes. Les actionnaires majoritaires qui appartiendraient à la grande bourgeoisie ou à la noblesse, les salariés qui appartiendraient à la classe moyenne, et le bas peuple des artisans et gens au RSA. 

Une catégorisation qui ne fait bien sûr que renforcer, dans mon esprit, l'impératif d'un revenu universel inconditionnel, tant les différences peuvent se creuser dans notre société de manière tout à fait dogmatique, par la perversion d'un système qui, à l'origine, se voulait généreux et solidaire.  

[EDIT 24 avril 2023] : si vous êtes dans le statut artiste-auteur, attention aux arnaques sur l'enregistrement de votre société. Celle-ci ne coûte rien, comme le stipule le site officiel, dans le cadre d'une micro-entreprise comme une entreprise d'autoédition. La requinerie étant ce qu'elle est, vous risquez de recevoir par courrier postal une demande annuelle de cotisations de 275 € d'une soi-disant société indépendante d'enregistrement qui vous permet de recevoir une newsletter trimestrielle.

Article précédent sur le même sujet : Combien ça coûte un n° de SIRET d'artiste-auteur?

 

lundi 16 janvier 2023

Combien ça coûte, un n° de SIRET d'artiste-auteur ?

Le statut d'artiste-auteur permet, pour les auteurs autoédités, d'obtenir un numéro de SIRET. On pourrait penser que dans le cadre de ce statut, l'Urssaf calcule les cotisations en fonction de ce que les auteurs déclarent, et que la somme qu'ils doivent verser à l'Urssaf est le résultat de ce calcul. Que nenni! Il apparaît en réalité que pour les deux premières années, il y a un forfait de début d'activité qui, jusqu'à preuve du contraire, est fixe. Je révèle dans cet article la somme, qui est donc elle aussi fixe, que doivent verser les auteurs pour les deux premières années. 

Il faut savoir que les centres commerciaux Auchan exigent à présent un numéro de SIRET aux auteurs qu'ils reçoivent en dédicace. D'après mes sources, de nombreux auteurs habitués des dédicaces dans ces centres commerciaux, les plus nombreux à accueillir des auteurs (les Carrefour, par exemple, n'accueillent aucun auteur) ont refusé de prendre ce numéro de SIRET, acceptant ainsi de moins travailler chaque année, ou en tout cas de diversifier davantage les endroits où ils dédicacent. 

Et pour cause! Le numéro de SIRET d'artiste auteur revient en effet à 1025 € la première année, et de nouveau 1025 € pour la seconde année d'activité. Voici les documents qui l'attestent. 


Cliquez pour agrandir. Le montant annuel est cerclé de rouge


J'avoue que je n'ai pas tout compris

Le fameux forfait de début d'activité, sur la base duquel sont calculées les cotisations des auteurs, est d'après ce document de 6762 €. Problème: lorsque je vais sur le simulateur de cotisations auteur, en rentrant ce chiffre, j'obtiens 831 € de cotisation si je choisis la formule micro-BNC, et 1260 € si j'opte pour la formule de déclaration contrôlée. 

Même en appliquant le chiffre réduit de 6325 €, rien ne correspond.

Cette somme de 1025 € par an est donc à verser quelles que soient les ressources de l'auteur, ses revenus ou son patrimoine.

Si j'imagine un auteur SDF qui bénéficierait de l'aide d'une association, laquelle lui permettrait d'accéder à du matériel informatique pour écrire ses romans, et lui paierait ses couvertures de livres et l'impression de ses exemplaires, cet auteur SDF devrait donc sortir plus de 1000 € chaque année pour pouvoir continuer à dédicacer dans les centres commerciaux Auchan. 

Vous allez me dire, au moins il cotisera pour sa retraite: oui, mais si les maigres sommes qu'il gagnait chez Auchan lui permettaient tout juste de joindre les deux bouts? Il ne peut pas cotiser pour une future version de lui-même qui ne saurait exister si on le prive du minimum vital, me semble-t-il. 

Si vous êtes artiste-auteur et que vous ayez reçu un formulaire qui n'a rien à voir avec celui de cet article, avec des sommes différentes à verser, merci d'intervenir dans les commentaires. Cela me permettra de modifier et d'enrichir l'article.

Autre article sur le même sujet :  

- Auchan exige un numéro de SIRET

- Artiste-auteur et URSSAF : un exemple concret

 


lundi 12 décembre 2022

Auchan exige un numéro de SIRET

Après la centralisation du paiement des factures, le groupe Auchan est passé à l'étape suivante en demandant aux auteurs un numéro de Siret. Je n'avais pas souhaité en fournir un au moment de la centralisation, je viens de recevoir un email avec menace de déréférencement de mes romans pour le 9 janvier 2023 par la centrale Auchan. 

Il s'avère que si je n'ai jamais choisi de faire de ma petite entreprise d'autoédition une entreprise dans le sens officiel du terme, c'est que mon étude de marché m'a indiqué que le seuil de rentabilité n'était pas suffisant pour cela. Trop d'investissements, bénéfices trop réduits, concurrence exacerbée. Mieux valait me contenter de déclarer mes revenus artistiques sur une feuille d'impôt spécifique (le formulaire 2042 C-Pro pour ceux qui savent) afin de régulariser ma situation. 

Survient le décret n° 2020-1095 du 28 août 2020 relatif à la nature des activités et des revenus des artistes-auteurs, qui entend forcer tous les artistes-auteurs à faire la démarche pour avoir un numéro de Siret. C'est sur ce décret que s'appuie Auchan pour réclamer aux auteurs un numéro de Siret. Cela me pose évidemment un énorme problème.

Pour ceux qui se souviennent, j'avais déjà posté ici un article sur les problèmes occasionnés par la centralisation de la facturation du groupe Auchan. Cette nouvelle étape d'incitation à la déclaration des entreprises d'autoédition sous peine de déréférencement est propre à Auchan. Je travaille avec d'autres enseignes, et aucune n'a pris cette initiative. Par exemple : 

- Amazon ne me demande pas de Siret sous peine de déréférencer mes livres et ebooks
- Apple, La Fnac/Kobo, Google Play ne me demandent pas de Siret sous peine de déréférencer mes ebooks
- YouTube ne me demande pas de Siret sous peine de déréférencer mes vidéos…

Auchan m'a donc envoyé l'email suivant:  

Bonjour, 

Vous avez été référencé en tant qu'artiste local le 1/3/2022.

Aux fins de réactualiser votre dossier, nous vous prions de nous communiquer votre SIRET, information manquante à ce jour. 

Si vous n'avez pas de numéro de siren/siret, il vous appartient de vous mettre en conformité avec les obligations fiscales et sociales liées à votre activité. 

Vous devez vous inscrire en tant qu' auto-entrepreneur ou autre statut qui vous permettra d'être en règle avec la loi. 

Vous trouverez ci dessous un lien pouvant vous aider dans vos démarches

 
Dès obtention de votre SIRET (numéro à 14 chiffres) , celui-ci sera vérifié par nos services.
 
Cela nous permettra également d'être conforme à nos propres obligations légales en matière de réception de factures.

Sans réponse de votre part avant le 9 janvier 2023, nous nous verrons dans l'obligation de désactiver votre référencement.
 
Merci et bonne journée.
 
Bien cordialement,
 
Service référencement fournisseurs

Voilà pour l'email. Le gouvernement fournit plusieurs liens d'explications dont celui-ci expliquant ce statut d'artiste-auteur. Il existe aussi un simulateur vous permettant de calculer combien vont vous coûter vos cotisations par année. En gros, 123€ pour 1000 € de recettes brutes, ou 186 € si vous choisissez de déclarer uniquement vos bénéfices.

Pour moi, cela revient à entre 1500 € et 2500 € par an, selon mes recettes chaque année. Pour 2021, j'étais à 9116 € de bénéfices. Mettez-vous à ma place: vous recevez 9116 € de revenus liés à vos ventes en un an, et on vous demande de verser 1500 € pour cotiser pour les arrêts maladie, la retraite et la CSG. 

Et là, vous vous dites: depuis que j'ai commencé mon activité à plein temps en 2014, j'ai pris combien de jours d'arrêt maladie? Zéro, bien sûr, puisque chaque jour de dédicace où je serais en arrêt maladie représenterait pour moi une perte sèche. 

Quand je serai à la retraite... ah, mais non, je gagne bien trop peu pour envisager de me mettre un jour à la retraite! Donc je cotise pour quoi, en fait? Pour mes soins dentaires? 1500 € le détartrage chaque année, c'est un peu cher, quand même... 

Ne soyons pas ridicules, mes amis du gouvernement! Chers amis, qui pensez que les auteurs autoédités sont des parasites: est-ce que nous pesons tant que ça sur l'assurance maladie, alors que nous n'avons pas le droit d'être malade? Est-ce que nous pesons tant que ça sur les caisses de retraite, quand nous n'avons pas le droit de prendre notre retraite? 

Quand quelqu'un achète un numéro de Siret, c'est qu'il a fait son étude de marché. Il sait qu'il va prendre des risques, mais il sait aussi qu'il y a des débouchés. Il va pouvoir embaucher. Et à plusieurs, on devient plus forts, on dégage beaucoup plus de bénéfices. Là, c'est comme si le gouvernement me demandait d'industrialiser ma petite activité artisanale qui me fait survivre: je devrais imprimer en offset, louer des entrepôts de stockage, multiplier les séances de dédicace. Au risque, d'ailleurs, de tuer ma créativité d'auteur en multipliant les préoccupations d'entrepreneur. 

Avec pour conséquence, bien sûr, que peu d'auteurs parviendraient à relever le challenge. Nous ne sommes déjà pas si nombreux à en vivre, mais ce genre de mesure ne peut qu'inciter à une plus grande concentration, un nombre moins grand d'auteurs qui en survivent. Un peu comme dans l'édition traditionnelle, tiens donc.

Justement, vous pourriez être tenté de me conseiller l'édition traditionnelle. Mais vous devriez vous douter, puisque je suis l'un des rares auteurs qui vit de sa plume, et que je suis assez fier de ma capacité d'analyse, que j'ai déjà fait une analyse assez poussée de l'édition traditionnelle (j'ai d'ailleurs été édité brièvement). Mon analyse et mon expérience de terrain m'ont amené à conclure que je n'arriverais pas à vivre de ma plume en empruntant cette voie.

Et il y a aussi la préoccupation écologique. Nous vivons à une époque où il faudrait aller vers la décroissance, et éviter les gaspillages liés à l'industrialisation systématique. Je rappelle que contrairement à l'édition traditionnelle, qui pilonne 50% de ses livres, aucun des exemplaires que je commande n'est pilonné. S'il y en a en trop mauvais état, je les mets à disposition dans des boîtes à livres gratuites.

Merci de laisser répandre dans la société nos idées qui vont germer et donner naissance à de nouvelles opportunités. Merci de nous permettre de distraire les gens afin de les rendre plus efficaces ensuite, quand ils se remettent au travail.

Nous savons qu'en retour, notre société prend grand soin de ses auteurs, et nous l'en remercions chaudement. Mais merci de ne pas vouloir trop nous soigner.

Tant de soins vont finir par nous tuer.

[EDIT 13/12/2022] : juste un petit mot pour dire mon attachement au système de solidarité en France, qu'il s'agisse de la Sécurité sociale ou de la retraite.

 
Ce système est issu des trente glorieuses, d'une période de reconstruction. 
 
Un système conçu pour des entreprises qui vont générer suffisamment d'argent pour qu'une partie de cet argent soit redistribuable au plus grand nombre. 
 
Un système de solidarité qui n'a pas empêché 5% de Français d'être plus riches que tous les autres réunis. 

Un système de solidarité qui n'a pas empêché le secteur de l'édition de se concentrer à mort, précarisant de plus en plus les auteurs et permettant à des Antoine Gallimard de jouir d'une fortune de plus de 150 millions d'euros.  

Le secteur de l'édition est sans doute le plus concentré de l'industrie française. C'est le seul secteur où il existe un système de retour des invendus par les libraires, et où les conditions de ventes sont donc aussi difficiles pour les différents acteurs, en particulier ceux qui ne maîtrisent pas toute la chaîne de production/diffusion/distribution. 
Ce système de solidarité n'est en aucun cas conçu, calibré, pour l'autoédition, dont les ressources sont trop faibles, les débouchés trop peu importants pour permettre à ceux d'entre nous qui en vivent à temps plein de faire acte de solidarité. 
Cela étant, si vous avez un autre métier à côté, ou si vous gagnez suffisamment en autoédition pour ne pas mettre votre vie, votre santé ou celle de vos enfants en danger, je vous encourage bien sûr à vous inscrire et à demander votre numéro de SIRET. 
 
[EDIT 02/02/20123] :  Un email en provenance du Cultura de Claye-Souilly m'informe que désormais, les Cultura réclament aussi le numéro de SIRET.

vendredi 13 mai 2022

Auchan : attention aux factures !

Officiellement depuis le 1er avril 2022, et ce n'est malheureusement pas un poisson, le groupe Auchan a décidé de centraliser les factures des intervenants extérieurs. Officiellement, parce qu'en réalité cela touche des factures qui peuvent remonter au mois de mars 2022. Alors que les factures étaient réglées précédemment par chèque en local, par des comptables détachés dans chaque magasin, et d'après mon expérience, dans des délais raisonnables, les factures sont maintenant réglées par virement par la centrale de gestion des factures hypermarchés située à Lille. Etant auteur en dédicace, je suis intervenant extérieur, et donc impacté par ce changement. Coïncidence? Il se trouve justement que je viens d'envoyer à Auchan mes premières pénalités de retard depuis que j'ai commencé à travailler avec ce groupe il y a sept ans (2015). Dans le contexte actuel, dire que je suis inquiet pour mes factures Auchan serait sans doute sous-estimer ma préoccupation.

Ironiquement, la plate-forme informatique qui permet de vérifier les délais de règlement du groupe Auchan se nomme ASAP, l'acronyme anglais de "As Soon As Possible", c'est à dire "aussi vite que possible".

A partir du moment où les intervenants extérieurs d'Auchan que nous sommes sont "du mauvais côté du fusil", où nous laissons des factures après intervention en dédicace, nous sommes bien sûr tributaires des délais de règlement desdites factures. Et donc, être payé "aussi vite que possible", pour nous, cela fait parfaitement sens.

Quand, en tant qu'auteur autoédité, j'ai écrit ma Trilogie Ardalia, j'ai intentionnellement donné à mes chefs de tribus des noms ronflants. Je les ai appelés Aguerris, ce qui est déjà flatteur en soi, mais pour les distinguer, je leur ai donné des noms aussi emphatiques qu'Indomptable Traqueur, Grand Thaumaturge, Auguste Pourfendeur, Exaltant Pourvoyeur, Munificent Reproducteur, Charpentier Emérite, Infaillible Tisserand, Talentueux Tourneur, Dispensatrice de bienfaits ou Infatigable Voyageuse. Vous voyez le genre. Le but était d'en faire des caisses pour démontrer implicitement, ironiquement, que la réalité était forcément moins glorieuse - voire pas glorieuse du tout.

J'ai ressenti la même impression en découvrant le nom de cette plate-forme. C'est subjectif, bien sûr, me direz-vous. Néanmoins, il y a quelque chose qui n'est pas subjectif, et c'est de devoir assigner la somme de 97€ de pénalités de retard pour une facture du 12 mars 2022 non réglée (facture initiale de 487 € pour une dédicace sur deux jours).

Vous allez me dire: Alan, pourquoi tu montes tout de suite sur tes grands chevaux? Pourquoi écrire ce billet et ne pas attendre de voir si la situation va s'arranger?

Peut-être parce que nous ne recevons aucun accusé de réception à chaque fois que nous envoyons nos factures à l'adresse préconisée par Auchan. Je le sais, j'ai vérifié avec d'autres auteurs. Peut-être parce qu'un comptable local, en magasin, m'a confié que chacun des emails qu'ils envoyaient à la centrale étaient supprimés avant même d'être lus. Peut-être parce que deux autres comptables de ma connaissance, qui m'ont obtenu chacun(e) un règlement, ont dû batailler pour le faire. Peut-être parce que je sais que le groupe Auchan est en difficulté en France, et bénéficiaire en Russie... ce qui n'est pas fait pour me rassurer étant donné l'actualité.

En principe, pour avoir sa facture réglée, il faut obtenir trois choses. Un numéro de fournisseur, un numéro de magasin et un numéro de commande. J'ai les deux premières, mais je n'ai pu obtenir la troisième du comptable du magasin Auchan de Mantes.

L'exemple des parapharmacies Auchan

Je suis tellement inquiet que l'une des dernières fois où je suis allé en dédicace, j'ai pris à part la personne qui s'occupe de la gestion du magasin pour lui parler des parapharmacies Auchan. Je lui ai dit qu'à partir du moment où les employé(e)s de parapharmacies ont la possibilité d'encaisser directement les clients dans le centre commercial, en leur délivrant un ticket de caisse afin de leur éviter d'avoir à payer une seconde fois en sortant vers les caisses générales, les auteurs autoédités devraient avoir la même possibilité.

Avec des systèmes de type SumUp, nous sommes capables d'encaisser les cartes bancaires. Nous pouvons aussi pré-imprimer des tickets individuels pour chacun de nos livres, en imprimant le titre et numéro ISBN du livre, la date du jour où ils seront vendus à l'avance, et en précisant sur chaque ticket: "dédicace Untel" afin que la personne en caisse, si elle a un doute sur cet achat, puisse s'assurer que l'auteur désigné sur le ticket est bien en dédicace ce jour-là. 

Vous voyez que j'ai bien réfléchi au problème. Vous trouverez rarement des billets, sur ce blog, qui soient uniquement critiques. J'essaie en général d'apporter des solutions constructives. 

S'il est devenu d'un seul coup trop difficile pour Auchan de payer les intervenants extérieurs, pas de souci: ceux-ci peuvent trouver la solution, du moment qu'ils sont prévenus. 

Evidemment, cette solution impliquera que ces intervenants se retrouveront, pour ainsi dire "du bon côté du fusil". En capacité d'encaisser. Ce sera aux intervenants de délivrer la liste des produits vendus, puis de payer sa marge au magasin dans les semaines qui suivront. Mais en évitant bien sûr de dépasser le délai de deux mois!

Il va sans dire que ma proposition auprès de la personne gestionnaire du magasin n'a pas été accueillie avec un enthousiasme délirant. 

Vous allez me dire, "Alan, putain tu es fou d'écrire ce genre de billet! C'est le pot de terre contre le pot de fer! Tu vas te faire détruire!" 

Peut-être bien. Mais il me semble bien qu'il existe encore une justice, en France, non? Y compris pour ces bâtards d'auteurs autoédités?

Et puis, les choses ne sont pas obligées de se passer très mal avec cette centralisation des paiements. Si l'on y met un peu de bonne volonté.

Il faut savoir que la famille Mulliez, qui possède le groupe Auchan, c'est Cultura, c'est Leroy Merlin, Boulanger, Flunch, Décathlon, Kiloutou, Pimkee, Jules, Norauto, Kiabi, Picwic... Voir sur ce site.

Je travaille aussi avec Cultura, qui a sa comptabilité à Bordeaux, et depuis des années ça se passe bien. En d'autres termes, ce n'est pas parce que la comptabilité est centralisée que ça doit forcément mal se passer. Si on met les moyens sur une compta centralisée, si on fait ce qu'il faut, il ne doit pas y avoir de problème. 

Cela étant, je ne vais pas vivre non plus sur un simple espoir d'amélioration. Bien au contraire, en tant qu'auteur autoédité, je suis habitué à me préparer au pire. Comment croyez-vous que je puisse vivre de ma plume depuis 2014 en tant qu'autoédité, sinon? Ce n'est pas comme si la société m'avait fait une haie d'honneur. 

Bon, je ne me plains pas, hein. C'est moi qui ai choisi cette profession et elle me plaît avec ses difficultés. Ses difficultés qui tournent parfois au rapport de force. Alors oui, je suis peut-être le pot de terre, mais pas dans ma tête. Dans ma tête, je me battrai jusqu'à ma dernière goutte de sang. 

Si vous êtes auteur ou fournisseur extérieur et que vous éprouviez des problèmes de règlement avec Auchan Lille, merci de me contacter sur mon email alanspade at alanspade.com. 

J'espère très sincèrement que nous n'aurons pas à aller jusqu'au recours collectif pour faire entendre raison au groupe Auchan. Mais s'il faut y aller on ira. Si personne d'autre n'y va, j'irais tout seul. J'ai trois autres règlements en attente chez Auchan. Les sommes que j'ai engagées en dédicaçant chez Auchan justifieront une action en justice de ma part, même tout seul s'il le faut. 

Je ne me laisserai pas faire. 

EDIT 15/06/2022 : un mois après l'écriture de ce billet, j'ai finalement été réglé. Auchan a non seulement réglé toutes les factures impayées, mais aussi les quelques 120 € de pénalités de retard, puisque la facture de Auchan Cergy était également arrivée en pénalité de retard. Ce sont donc plus de 2400 € qui m'ont été versés, ce qui est bien sûr un immense soulagement. Il est possible que le fait que j'ai dû annuler une séance de dédicace chez Auchan Mantes pour la remplacer par une séance au Leclerc de Moisselles a joué un rôle, mais je remercie bien sûr tous les responsables de rayon des librairies Auchan qui ont contribué à cet heureux dénouement. 

mercredi 2 octobre 2019

Laisser l'auteur encaisser ses ventes en dédicace

Pour un libraire, recevoir un auteur en dédicace nécessite une certaine organisation: le référencement des livres peut être un écueil et dissuader des libraires de recevoir des auteurs. Pour l'auteur, l'écueil, c'est parfois de se faire payer ses factures par la librairie.  L'un et l'autre peuvent résoudre ces deux obstacles d'un commun accord, en permettant à l'auteur de tenir sa propre caisse et d'encaisser directement la vente de ses livres en dédicace en librairie.

Cela se fait en salon, mais jamais dans des librairies: faire en sorte que l'auteur encaisse directement la vente de ses livres auprès des clients au moment de la séance de dédicace. C'est peut-être bien une opportunité manquée de simplifier grandement les choses pour les deux parties.

Il faut bien sûr que le libraire fasse confiance à l'auteur pour lui reverser, soit directement à l'issue de la séance de dédicace un chèque adressé au libraire, ou au service comptabilité du centre commercial, soit peu après la séance, un virement qui correspondra à la marge laissée sur chaque livre vendu. Le règlement peut bien sûr se faire en espèces, si la somme correspondante est réunie à l'issue de la séance. 


Grâce à des terminaux comme Sum up, le règlement par carte bancaire, y compris le règlement sans contact, est maintenant très facile pour les auteurs. 

Le lecteur va se présenter à la sécurité du centre commercial avec ses livres, il les présente au vigile, qui vérifie la signature de l'auteur et met les livres sous scellé, dans un sac, comme cela se fait déjà.

Personnellement, j'ai l'habitude d'établir une préfacture dès la fin de la séance de dédicace, avec le nombre de livres vendus, la marge du libraire, etc. Cela me permet d'avoir le tampon de la librairie et une preuve de passage. Cette préfacture se transformerait donc en facture définitive, avec la notification "Réglée". 

Un avantage supplémentaire dans les grands centres commerciaux ou culturels, c'est qu'il n'y a plus de livres redéposés par les lecteurs: l'auteur demande le règlement pour chaque livre avant même d'apposer sa dédicace. Le chiffre de vente est donc fiabilisé dès le départ. Plus de vérification ultérieure.

Du côté du libraire, il aurait juste à fournir la table et la chaise. Aucune autre démarche nécessaire de sa part.  

Bref, cette solution serait une véritable avancée pour les deux parties. A condition de se faire confiance. 

[EDIT 02/10/2019] : Un auteur m'a fait cette réflexion pertinente: "sous quelle dénomination les libraires vont-ils encaisser leur marge? Parce que si les livres ne sont pas référencés, ils risquent d'être obligés de les référencer tout de même, pour justifier la marge qu'ils touchent."

J'ai eu une idée: la location d'un espace de dédicace dans le magasin. La marge libraire sur chaque livre devient le prix de location de l'espace pour la journée.

lundi 19 février 2018

Cultura : une nouvelle politique de dédicaces ?

Je viens d'apprendre que les magasins Cultura ne recevraient dorénavant que deux auteurs par mois. Soit 24 séances de dédicace au total par an, dans un magasin donné. Une politique nettement plus restrictive, qui, en tant qu'auteur indépendant, va bien sûr me compliquer la tâche. S'agit-il d'une nouvelle politique nationale de l'enseigne, s'imposant à tous les magasins, ou bien ces derniers gardent-ils une marge de manoeuvre? Cette politique s'applique-t-elle à la fois aux éditeurs et aux auteurs indépendants? Ces points restent encore flous ou à confirmer. 

"On croule sous les sollicitations, et les séances de dédicace sont à chaque fois complexes à organiser. Cela nous prend trop de temps." Les magasins Cultura, à l'instar des Fnac, vendent des produits culturels de manière large: livres, liseuses électroniques, DVD, musique, jeux vidéo. Une enseigne qui semble avoir le vent en poupe, puisque de nouveaux magasins ont ouvert ces dernières années, et notamment dans la région parisienne. 

Le personnel de la librairie ne chôme pas, à tel point qu'en discutant de l'enseigne avec d'autres auteurs, le terme "sous-effectif" a tendance à revenir souvent. 

Un point symptomatique est le fait que les libraires demandent de plus en plus à être sollicité(e)s uniquement par email pour des séances de dédicace, mais que ces emails sont de moins en moins répondus.

C'est aussi un point qui fait penser que les demandes de dédicaces d'auteurs et éditeurs, avec notamment l'essor de l'autoédition, sont en nette augmentation. Voire ont tendance à exploser.

D'où la réponse, très nette et sans détour, que j'ai obtenue après mon appel au Cultura Franconville, en ce mois de février 2018 (voir les premières lignes de l'article). 

La discussion est restée courtoise, bien sûr. La libraire de Franconville (95) m'a expliqué que la nouvelle politique de l'enseigne était d'organiser deux séances de dédicace par mois. Elle a ajouté qu'il n'y avait plus de place cette année, et qu'il faudrait faire le point d'ici la fin de l'année. 

Quand je lui ai demandé s'il était possible de réserver une séance de dédicace plusieurs années à l'avance, elle m'a répondu que c'était impossible, que cela se faisait sur une année seulement. 

Je me suis mis à sa place. Je me suis vu recevoir 800 emails à la fin de l'année 2018 pour les 24 séances de dédicace en 2019. 

Comment le choix va-t-il être fait? Sans doute par genre littéraire, et peut-être par date de venue précédente dans la librairie. Mais si l'enseigne opère de manière classique dans le cadre professionnel, ce sont d'abord ce qu'on appelle les "comptes en or" qui vont être privilégiés: pas forcément les auteurs qui vendent le mieux, mais ceux qui dépendent des éditeurs ayant le plus d'influence auprès du magasin. 

Bref, j'ai compris que les critères de "nouveau livre paru, que je n'ai jamais dédicacé chez vous", ou même de nombre de lecteurs qui attendraient la suite d'un de mes livres, ces critères-là ne pèseraient pas lourd. 

Pour les auteurs indépendants, il est important de savoir faire preuve de souplesse et d'adaptabilité. Est-ce que cela vaut encore la peine de faire une demande de dédicace auprès d'une enseigne Cultura, ou bien est-ce une perte de temps et d'énergie? 

Est-ce que cette politique s'impose vraiment au niveau national à tous les magasins? Si c'est vraiment le cas, je conseillerais à mes confrères auteurs de pratiquer la stratégie du footballeur. 

Prenons un footballeur qui mouille le maillot et donne entière satisfaction. Un nouveau coach débarque, et voilà notre footballeur relégué sur le banc de touche. Si ce footballeur souhaite retrouver du temps de jeu, il n'aura qu'une seule option: demander son transfert, et signer avec une autre équipe. 

Je n'ai aucune raison de mettre en doute la parole de la libraire que j'ai eue au téléphone. 

Une autre expérience me conforte dans l'idée qu'il s'agit d'une consigne nationale (reste à savoir si c'est une consigne obligatoire ou non). 

Le premier signal d'alarme en 2018 s'est mis à résonner dans ma tête quand j'ai reçu un email du Cultura Carré Sénart me demandant de venir récupérer des livres restés en dépôt chez eux. 

En général, je fais deux ou trois séances de dédicace par an dans ce magasin situé en Seine et Marne. Je récupère les livres restés en dépôt (invendus redéposés en rayon) à cette occasion. 

J'avais donc renvoyé un email sollicitant de nouvelles séances de dédicace pour 2018, en disant que je récupérerai les livres à cette occasion. Email non répondu. Trois semaines plus tard, au retour de vacances de la personne s'occupant des dédicaces, j'apprends qu'une nouvelle politique est mise en place. Voici un large extrait de l'email que j'ai reçu: 

Tout d'abord, nous souhaitons organiser nos dédicaces en fonction des opérations qui ont lieu en magasin (Par exemple, programmer des auteurs de littérature jeunesse en dédicace, lors du mois de la jeunesse, des auteurs de polars lors du mois du polars etc ...)

Par ailleurs, notre agenda de dédicaces est toujours complet presque 6 mois à l'avance avec des auteurs que nous recevons fréquemment, pour ne pas dire régulièrement. 
Nous souhaitons aujourd'hui diversifier nos dédicaces et permettre notamment à de nouveaux auteurs de pouvoir faire une dédicace dans notre magasin.
Chose qu'ils ne peuvent faire, et que nous ne pouvons pas organiser, puisque les places disponibles sont généralement prises par les auteurs "habituels" si je puis dire. 

Je ne remets pas en cause les ventes d'ouvrages effectivement, mais comprenez que nous ne sommes pas obligés de programmer des dédicaces selon le bon vouloir des auteurs, et qu'il s'agit d'un service rendu et d'un choix de notre part.

Nouvelle politique, donc, mais apparemment différente de celle du Cultura Franconville, puisqu'il est question d'opérations comme le mois de la jeunesse ou le mois du polar. 

En fait, l'enseigne Cultura a mis en place des opérations similaires, et notamment Livres en live, au cours des années précédentes, donc pour moi, il ne s'agissait pas réellement d'un changement. 

Le vrai changement, c'était d'apprendre que je ne pourrai pas revenir dédicacer dans ce magasin sur toute l'année 2018 si je n'y étais pas invité. Et ce, malgré la sortie de Passager clandestin, mon dernier thriller, début janvier 2018. 

Et ce, malgré plus de 550 livres vendus depuis 2010 dans ce Cultura en 22 séances d'une journée chacune. 

Malgré les 31 livres vendus lors de la dernière séance au Cultura Carré Sénart en décembre 2017.

Ouch.

A la lumière des révélations qui m'ont été faites à Franconville, je suis en droit de penser qu'en réalité, le magasin de Carré Sénart se met à appliquer la politique de deux séances de dédicace par mois. Tout en cherchant en effet à faire venir de nouveaux auteurs, mais sur un nombre de dates très réduit dans l'année.

Donc, on ne m'a pas menti: on ne m'a simplement pas dit toute la vérité. 

L'enjeu financier est évidemment important pour moi: je vis des ventes de mes livres en séance de dédicace. J'ai aussi appris à ne pas dépendre d'un seul acteur, ce dont je me félicite aujourd'hui. 

Il faut aussi savoir que lorsqu'une enseigne reçoit un auteur, ce n'est pas juste une faveur que cette enseigne fait à l'auteur: cela fait de l'animation pour le magasin, et l'enseigne perçoit, dans le cas d'un Cultura, 30% de marge par livre vendu. Dans le cas de centres commerciaux de type Auchan ou Cora, c'est plutôt 20%.

Enjeu ou non, je ne harcèle jamais les libraires, même s'il m'arrive d'appeler si un email renvoyé plusieurs fois n'est pas répondu. Le harcèlement est très logiquement puni par la loi, je déconseille fortement cette voie à tous les auteurs.

Si je dois me résoudre à dédicacer mes livres dans le coffre de ma voiture, je le ferai, bien sûr. Cela peut sembler contre-intuitif étant donné le nombre d'enseignes commerciales présentes sur l'Ile de France, mais il faut savoir s'adapter. S'il est vraiment trop difficile pour un libraire de recevoir un auteur, nous aurons toujours moyen de nous débrouiller par nous-mêmes.

Pour l'instant, mes dates sont heureusement presque bouclées pour l'année 2018. Si vous êtes lecteur et que vous vous demandez où vous pouvez me retrouver en dédicace, toutes mes dates figurent sur la colonne de droite de ce blog. 

[EDIT 21/02/2018]: je viens d'avoir la réponse à la question que je me posais, de la part d'une libraire d'un autre Cultura que ceux précédemment cités, qui me disait que pour sa part, elle organisait quatre séances de dédicace par mois. Il n'y a donc pas de nombre de dédicaces imposées au niveau national par magasin, j'en ai eu la confirmation formelle.

dimanche 15 janvier 2017

Trois ans déjà

Trois ans déjà que j'ai quitté mon CDI au Pôle Emploi pour travailler à temps plein sur l'écriture. Je ne regrette rien, et j'ai de la gratitude envers mes proches, qui ont soutenu ma démarche, et envers mes lecteurs. 

Quand je pense à ma situation d'auteur autoédité, et à cette décision de tout lâcher pour m'efforcer de vivre à temps plein de l'écriture, au fait aussi que je ne m'endette pas suite à ce choix, je repense immanquablement à cette scène du film de Pulp Fiction, à partir de 1 minute 25 dans la vidéo: 


Je me sens comme les personnages joués par John Travolta et Samuel L. Jackson après qu'on leur ait tiré dessus -- incroyablement chanceux. 

J'avais pris cette décision en décembre 2013, pas totalement par moi-même, mais à la suite de la décision du déménagement de l'agence Spectacle parisienne du Pôle Emploi, à l'époque situé dans le XIème arrondissement (rue de Malte), pour aller dans le XVème. 

J'avais eu besoin de ce petit coup de pied aux fesses du destin pour prendre cette décision. Je me souviens de m'être dit qu'en étant au pied du mur, en n'ayant pas d'autre choix, je serai forcé de faire le nécessaire pour survivre. 

Je dois reconnaître aussi qu'à l'époque, j'étais dans une situation extrêmement privilégiée par rapport à de nombreux Français, n'ayant pas de loyer à payer, et ayant remboursé mon prêt immobilier suite à certains héritages (pas le genre d'héritages qui vous rendent riche à millions, mais de ceux qui vous permettent de compléter l'achat d'un pavillon). 

Depuis ce passage à temps plein dans mon activité d'auteur autoédité, j'ai écrit et publié un recueil de nouvelles, Le Vagabond et quatre autres thrillers, j'ai travaillé sur les corrections et la publication de la traduction du Souffle d'Aoles, The Breath of Aoles, et, avec l'aide précieuse de ma correctrice anglaise Dawn Lewis, j'ai assuré la traduction des deuxième et troisième tome, Turquoise Water et The Flames of the Immolated

Bref, j'ai réalisé un rêve. 

J'ai aussi vendu, la plupart du temps en dédicace, 975 livres papier en 2014, 1167 en 2015 et 1387 en 2016. 

Il faut bien vivre. 

Tout cela demande du travail. Ecriture, relecture, mise en page des exemplaires papier, création des ebooks, investissement sur les couvertures, sur les exemplaires auprès des imprimeurs, sur la correction, la traduction (pour le premier tome de ma trilogie), les déplacements, la promotion via les pubs Facebook ou sur des sites spécialisés. Investir toujours, prendre des risques calculés, et apprendre sans cesse, se former au marketing. Et bien sûr, les signatures dans les grands centres commerciaux, entre 10h00 et 19h00 chaque semaine.

Je pourrais estimer que chaque auteur qui travaille moins que moi ne mérite pas de travailler à temps plein sur l'écriture. Je pourrais estimer que le revenu universel inconditionnel est un renoncement par rapport à la valeur travail, qu'il va favoriser les fainéants et les parasites.


Mais ce serait oublier que quelqu'un comme Manuel Valls me considère peut-être bien déjà comme un fainéant et un parasite, du moment que je ne travaille pas 10 heures par jour à creuser des piscines. 

Ce serait oublier à quel point je me sens chanceux d'être dans ma situation. 

Le revenu universel inconditionnel est un vaste sujet, que je ne résoudrai pas en quelques lignes sur ce blog. 

Il faudrait s'arrêter dans un premier temps sur ce que l'on considère comme la "valeur travail", dans un pays où le secteur industriel a quasiment disparu. Le travail me semble beaucoup plus difficile à quantifier et à évaluer dès lors qu'il devient essentiellement intellectuel et non plus physique. 

Le président de Total n'extrait pas lui-même le pétrole avec ses petits bras musclés. Les ingénieurs et techniciens qui ont mis au point les machines d'extraction, les mathématiciens qui ont mis au point les formules et algorithmes permettant la création de robots, les professeurs qui ont enseigné les mathématiques aux grands hommes, ne contribuent-ils pas davantage au PIB que le président de Total?

Combien de métiers qui n'en sont pas dans notre société? Combien de métiers très bien payés à ne rien faire, à la fois dans les grandes entreprises et dans la fonction publique? 

Ce qu'il faut traquer, c'est le gaspillage de ressources, à la fois dans le public comme dans le privé. 

Avec le revenu universel, il faut absolument considérer le verre à moitié plein. C'est pourquoi il faut le mettre en place de manière à "protéger et à émanciper les individus"

Il faut le considérer comme un investissement sur l'avenir, sur chaque Français.

Il faut considérer que la dette de la France est organisée par les grandes entreprises qui ne payent pas leurs impôts comme elles le devraient

Il faut considérer que le chômage en France est organisé par les grandes entreprises, des multinationales dont dépendent le plus souvent les milliers de PME: il faut maintenir une tension sur le travail, il faut que le chômage reste une menace pour "motiver les troupes".

Il faut aussi considérer que l'effort pour que les entreprises s'acquittent de leurs impôts doit être fait au niveau mondial et non national. Puisque l'on a affaire à des multinationales.

Les vrais parasites ne sont pas ceux que l'on croit. 

lundi 12 décembre 2016

L'Art intemporel de la Dédicace

On m'a récemment suggéré d'écrire un article à propos des séances de dédicace. En y réfléchissant je me suis dit: "qui suis-je pour donner des conseils sur les dédicaces?" Certes, depuis 2010, date de sortie du Souffle d'Aoles, j'ai signé plus de 5500 exemplaires de mes livres, mais je connais des auteurs francophones issus de petites maison d'édition qui font nettement mieux que moi. Pas des méga stars, des auteurs dont les problématiques sont très proches de celles d'un auteur autoédité. Je me suis alors souvenu d'un article d'un autre auteur que j'avais lu il y a quelques années. L'art de la dédicace étant intemporel, c'est cet article, toujours d'actualité, que j'ai décidé de traduire ici. L'auteur s'appelle Joe Konrath, et il a vendu 120 exemplaires en dix heures dans une librairie, là où mon record personnel est de 70 en deux jours (40 sur une journée). 

Oui, je sais. Vous allez me dire que Brandon Sanderson, auteur comme moi de Fantasy, a signé plus de 1000 exemplaires de A Memory of Light en une journée. Et il est possible que le recordman des dédicaces en ait signé plus sur une journée que moi en 7 ans (j'ignore quel est le record). 

Mais vous conviendrez que le cas de Brandon Sanderson est tout de même un peu particulier, puisque avec A Memory of Light, il mettait un terme à la série de Fantasy la Roue du Temps, de Robert Jordan, qui compte plus de 30 millions de lecteurs. C'est peu dire que l'ultime tome était attendu...

Joe Konrath en juin 2006, date de parution de l'article que je traduis ci-dessous, en revanche, était beaucoup plus proche du cas de figure d'un auteur autoédité. Il avait bien sûr un éditeur dans cette période, il n'avait pas à transporter les livres dans sa voiture, ni à les stocker dans son garage, mais c'était tout de même lui qui assurait l'essentiel du travail de promo.

Il y a peut-être des exemples d'articles de blog au sujet des dédicaces d'auteurs francophones, et qui ne soient pas des méga stars, plus efficaces que Konrath. N'hésitez pas à me signaler les liens en commentaire.

Je trouve personnellement que 120 livres papier vendus en dix heures par un auteur inconnu du grand public, c'est bien, mais peut-être que je me trompe.

Mes commentaires dans l'article ci-dessous apparaissent entre crochets. 

L'article en question étant un chouïa long, j'ai décidé de ne traduire que le cœur du sujet, intitulé: 

Comment faire d'une désastreuse séance de dédicace un succès - Joe Konrath

Nul aspect du boulot d'un écrivain n'offre plus d'occasion d'euphorie (et d'anxiété) que la signature de livres. Mais comment ces événements se déroulent-ils vraiment?

Le Rêve. Votre charmante hôtesse vous prend à l'aéroport et vous conduit en voiture à la plus grande librairie de tout l'état [Joe Konrath est un auteur américain, NDLT]. Elle vous apprend qu'ils ont annoncé l'événement dans trois journaux locaux et à la radio. Quand vous arrivez, il y a une centaine d'admirateurs qui attendent déjà. Vous rencontrez l'équipe excitée et vous asseyez derrière une table approvisionnée d'une énorme pile de livres, sous un poster géant en couleur de votre couverture. Vous lisez un chapitre à voix haute, recevez des applaudissements tonitruants, et faites un rapide Questions/Réponses avant de signer pendant une bonne heure et demie, les gens attendant patiemment le long d'une file infinie pour vous dire à quel point ils vous aiment.  

La Réalité. Vous arrivez dans la librairie avec dix minutes d'avance. Il n'y a pas de foule d'admirateurs -- il n'y en a pas même un seul. Pas de poster, pas d'indications, nulle table emplie de livres. Les employés vous dévisagent comme si un second nez vous avait poussé lorsque vous leur dites que vous êtes l'auteur et que vous êtes là pour signer. Finalement, vous persuadez quelqu'un de vous aider, et il ou elle déterre un carton de vos livres et vous installe une petite table à l'arrière de la boutique, à côté des toilettes. Vous restez assis là deux heures, chaque seconde durant une éternité. Les gens font de leur mieux pour éviter tout contact oculaire quand ils passent. Certains s'approchent et vous demandent où trouver le Da Vinci Code. Il y en aura toujours un pour venir et dire, "Donc vous êtes un auteur? J'ai plein d'idées. Que diriez-vous que je vous les communique, vous les écrivez, et on partage les millions?" Personne n'achète un livre. C'est rabaissant, humiliant, décourageant, et vous faites le serment de ne plus jamais refaire cela.

Le Plan. Mais ça n'a pas à se passer comme ça. Avec la préparation idoine, une touche de confiance en vous-même, vous pouvez très bien vous débrouiller en séance de dédicace, même si votre nom n'est pas Clancy. Voici comment.

Un mois avant l'événement. Réservez la séance vous même soit en appelant, soit en passant dans la librairie pour parler à un directeur ou à un coordonnateur d'événements [chef de rayon livres]. 

Souvent la librairie n'est pas très réceptive -- les événements avec des auteurs ne se passent jamais bien. Persuadez-les que ça marchera pour vous, parce que vous avez une manière différente de faire les choses. 

Si vous êtes avec un petit éditeur, vos livres peuvent être difficiles ou impossibles à commander. Offrez de leur apporter et donnez au libraire la marge standard de 40% [perso, je donne 20% aux grandes surfaces ne pratiquant pas la remise de 5%, et entre 25 et 30% aux autres].

Si vous êtes avec un gros éditeur, celui-ci peut refuser de payer à la librairie l'argent du placement en commun ["co-op"] (les éditeurs rémunèrent les libraires pour accueillir des événements, souvent entre cinquante et plusieurs centaines de dollars).

Si c'est le cas, la librairie ne sera pas autorisée à vous accueillir en signature. Dites-leur que vous ne ferez pas une signature officielle, mais que vous passerez juste pour signer des exemplaires en réserve. Assurez-vous alors d'avoir au moins vingt exemplaires disponibles. [Section non valable pour des auteurs autoédités, qui viennent avec leurs livres.]

Deux semaines avant l'événement. La publicité vous revient. Faites un flyer, ou prospectus, présentant la date et l'horaire de signature, la couverture de votre livre, et quelques citations élogieuses ou descriptifs [blurbs]. Envoyez 100 exemplaires de ces flyers au libraire. 

Indiquez l'événement sur votre site d'auteur et dans votre newsletter, avec l'adresse et le numéro de téléphone du libraire. 

Si ce n'est déjà fait, faites une grande affiche de votre livre et une indication "SIGNATURE D'AUTEUR AUJOURD'HUI". Souvent, votre éditeur le fera pour vous. Demandez-le lui simplement lorsque vous recevez l'image de couverture de votre livre. Vous pouvez aussi en faire faire des copies digitales [comme Poster XXL]. 

Trois jours avant l'événement. Appelez le libraire et assurez-vous qu'il ait des exemplaires de votre livre. Si ce n'est pas le cas, rappelez-lui que vous pouvez apporter vos exemplaires [ce qui sera de toute façon le cas si vous êtes auteur autoédité]. 

La plupart des auteurs obtiennent des exemplaires soldés par leur éditeur. Au lieu de cela, je vous suggère de vous rapprocher d'un libraire indépendant local, et de demander à la personne si elle peut vous vendre des exemplaires soldés à 40%. De cette manière, ils compteront en tant que droits d'auteurs. 

Comment devenir l'ami d'un libraire indépendant local? Faites-en votre base d'opérations, et faites en sorte que quiconque qui veut un exemplaire dédicacé passe par lui. Utilisez-le aussi pour le lancement de votre livre -- après cela il sera content de vous aider. 

Jour de l'événement. Assurez-vous d'avoir l'essentiel; 100 cartes de visite avec votre site d'auteur dessus, des prospectus présentant des descriptifs et critiques, des bonbons à la menthe (pour que votre haleine reste fraîche), de l'eau en bouteille (s'hydrater est important) et un porte-nom avec la mention "AUTEUR".

Habillez-vous. Tenue professionnelle décontractée ou mieux. Rasé, baigné, peigné, maquillé et sentant bon. 

A votre arrivée. Présentez-vous quinze minutes à l'avance pour vous installer. Votre première directive est de vous présenter à CHAQUE employé de la librairie. Serrez leurs mains. Donnez-leur une carte de visite signée. Dites-leur brièvement de quoi parle votre livre, et faites-leur savoir que vous serez là pendant quelques heures.

Apportez de la pizza ou des donuts [beignets] pour l'équipe. Les employés sont habitués à être snobés par des gros bonnets d'auteurs. Soyez un gros bonnet qui les apprécie, et ils deviendront les champions de vos livres pour la vie.

Installez-vous. Parfois le libraire a déjà mis en place une table pour vous. Essayez d'en obtenir une dans l'entrée de la boutique. Sinon, pas de problème -- vous pouvez vous débrouiller autrement. 

Mettez vos prospectus et quelques cartes de visite sur la table, et accrochez votre affiche à un endroit proéminent. Assurez-vous de disposer vos livres de manière attirante. 

Un employé pourrait vous offrir une chaise. Répondez-lui gentiment que vous n'en avez pas besoin -- vous vous tiendrez debout pendant toute la durée de la séance.

Prêt, Feu, Partez! Si vous êtes chanceux, certaines personnes peuvent être venues vous voir. D'habitude ce n'est pas le cas. Vous êtes un nouvel auteur, un inconnu. Tous vos amis et votre famille ont déjà acheté votre livre. Même si l'événement a fait l'objet d'une publicité et d'annonces massives, iriez-vous voir un auteur dont vous n'avez jamais entendu parler auparavant?

Personne d'autre n'ira non plus. 

La seule manière que vous aurez de bouger votre camelote sera au travers de votre détermination, personnalité, et courage. 

Revêtez votre sourire, décollez votre main, et tenez-vous prêt à accueillir CHAQUE PERSONNE qui entre dans la librairie. 

Est-ce que ça vous terrifie? Ça ne devrait pas. Les gens sont enthousiastes quand ils rencontrent des auteurs. Vous êtes une célébrité mineure. Tout le monde aime rencontrer des célébrités.

Ne vous inquiétez pas d'être rabroué ou ignoré. Vous avez eu affaire au rejet auparavant. Vous êtes un écrivain, et le rejet est une partie du business. 

L'Approche. Les gens seront préoccupés en entrant dans la librairie. Certains sont en mission pour acheter le nouveau Harry Potter, ou le dernier exemplaire de Flingues et Munitions [Guns and Ammo]. Certains seront là pour parcourir des genres autres que celui dans lequel vous écrivez. 

Mais tous les gens, peu importe leur raison d'être là, répondront lorsque vous vous présenterez et offrirez de serrer des mains. 

J'utilise l'une de ces deux lignes: 

"Etes vous un fan de polars [mystery]? Je suis un auteur de polars." ou "Bonjour, je suis un auteur. Aimez-vous les thrillers?"

Il est extrêmement rare qu'une personne ignore une main tendue -- ça ne m'est arrivé que trois fois, et j'ai serré des milliers de mains. 

Le Pitch [présentation courte]. Si j'obtiens un oui à l'une des questions au-dessus, je me lance dans mon pitch.

"Mon nom est JA Konrath. J'écris une série de polars au sujet d'un flic de Chicago nommée Jack Daniels. Jack est le raccourci de Jacqueline, et elle a la quarantaine, divorcée, et sa vie personnelle est une catastrophe, mais elle est super dès qu'il s'agit de son boulot. Elle chasse des tueurs en série."

Si la personne est toujours intéressée à ce stade (le premier sur les cinq) je poursuis:

"En fait le livre est très amusant, similaire à Janet Evanovich ou Dave Barry. Mais il a aussi un côté plus sombre, une sorte de James Patterson ou Hannibal Lecter/Le Silence des Agneaux. Donc, ça va de plié en deux de rire au carrément flippant -- vous voudrez allumer les lumières et vous assurer que les portes et fenêtres sont fermées tout en lisant."

Il est important de maintenir le contact oculaire et de continuer à sourire. Puis concluez votre pitch. 

"Whiskey Sour est le premier livre d'une nouvelle série. Le deuxième est Bloody Mary. Ils ont remporté plusieurs récompenses et sont apparus sur certaines listes des bestsellers. J'adorerais vous dédicacer un ou deux exemplaires -- et si ça vous plaît, je peux sortir la dédicace sur Ebay."

Détendez-vous et Soyez Décontracté. Personne n'aime qu'on lui mette la pression sur les ventes. Vendre n'est pas forcer les gens à acheter quelque chose qu'ils ne veulent pas. Il s'agit de trouver les personnes qui recherchent votre produit.

Et oui, les livres sont des produits. Publier est un business. Retirez la casquette d'artiste, et enfilez celle de commercial. Si vous êtes timide, ou n'avez qu'une piètre estime de vous-même, prenez des cours de discours public. Le mieux vous parlerez aux gens, le plus loin vous irez dans cette carrière. 

La Remise. Tout en baratinant, je leur tends le livre. Cette connexion est importante. Tenir quelque chose implique la possession, et vous voulez qu'ils regardent la couverture, lisent la jaquette, et commencent à penser à ce livre comme au leur. 

Les Ajustements. Je customise le pitch en fonction des intérêts de la personne. Souvent je pose des questions. Parfois je réponds à des questions. J'ajuste le pitch à l'individu (si le client aime les romances, je mets en valeur la fin romantique. S'il aime les thrillers, je minimise la comédie, etc.).

Le Rejet. La plupart des gens ne seront pas intéressés, même après avoir écouté votre magnifique pitch. Ça ne veut pas dire que vous deviez tout de suite passer à quelqu'un d'autre.

Tendez-leur un prospectus pour qu'ils le regardent, faites un autographe sur une carte de visite ou un marque-page, et demandez-leur de le remettre à quiconque qu'ils connaissent étant fan de votre genre de livres.

Remerciez-les pour leur temps, et mentionnez que c'était super de les rencontrer. Faites-leur aussi savoir que vous serez dans le coin pour un moment, s'ils décidaient qu'ils veulent une dédicace. 

Souvent les gens reviennent. Parfois lorsque vous êtes là. Parfois plusieurs jours après. [dans ce cas si vous êtes auteur autoédités, ils ne trouveront pas votre livre en librairie, et il y a très peu de chances qu'ils le commandent. Même s'ils le font, il n'est pas dit que le libraire retrouve votre livre. Mais cela dit, ce type de ventes n'est à mon sens pas suffisant pour compenser les faibles droits d'auteur d'un auteur traditionnellement édité.] 

L'Acceptation. S'ils achètent un exemplaire, soyez authentiquement reconnaissant. Il m'est arrivé une fois de faire une séance avec un auteur qui a grommelé "je déteste dédicacer des livres" devant la personne pour laquelle il signait. La mâchoire du fan a heurté le sol. Je ne recommande pas cette approche.

Remerciez le client de vous avoir donné une chance, et demandez-leur pour qui ils souhaitent que vous personnalisiez le livre. Demandez-leur TOUJOURS d'épeler le nom, même si c'est "Kim" (j'ai eu un Kymm une fois).

Puis remerciez-les, serrez-leur de nouveau la main, et délivrez-leur votre plus large sourire. 

Recruter l'Equipe. Les grandes chaînes feront souvent des annonces micro. Demandez-leur s'ils peuvent vous annoncer toutes les demi-heures, ou si vous pouvez vous-même faire les annonces micro. 

"Aujourd'hui nous avons l'auteur local JA Konrath -- c'est moi -- qui signe des livres de la série Jack Daniels. J'encourage tout le monde à venir devant le magasin et à dire bonjour. Les livres dédicacés font des cadeaux formidables pour la famille, les amis ou vous-mêmes."

Si l'équipe vous aime vraiment (et si vous leur avez apporté de la pizza, ce sera le cas), demandez s'ils peuvent faire circuler des prospectus, ou marcher aux alentours en tenant des exemplaires de votre livre, et en dirigeant les habitués vers votre table. 

Est-ce que Ça Marche? Habituellement, 1 personne sur 5 auquel je délivre mon pitch achètera le livre. Et je délivre mon pitch à plusieurs douzaines en une heure -- cela dépend de l'affluence dans le magasin. 

J'ai fait une séance samedi dernier, et ai vendu 40 livres à couverture rigide [les plus chers] en 6 heures. La semaine d'avant j'ai fait 40 livres en 8 heures (le magasin n'était pas aussi rempli de monde). La semaine d'avant, 60 livres en 8 heures. Mon record est de 120 en dix heures. 

Ce n'est pas évident de faire en sorte qu'un étranger se sépare de 22$ [je vends mes propres livres entre 14 et 24 €]. Parfois il y a des tensions quand j'approche 30 personnes et ne peut vendre un seul livre. C'est décourageant, déprimant, et juste parfaitement horrible.

D'autres fois, je vendrai cinq livres en trois minutes -- une personne l'achète et d'autres viendront rôder pour vérifier ce qu'il se passe.

A ce jour, en utilisant cette méthode j'ai vendu de la main à la main 2000 livres.

Temps de Partir. C'est à vous que revient le choix de la durée de la séance. Je pense que quatre heures est un minimum, et si le magasin est vraiment rempli, je resterai six heures ou plus.

Quand vous êtes finalement prêt à partir, vous devriez une fois encore remercier les libraires -- ils vous ont vu vous bouger les fesses et sont de votre côté.

Si vous n'avez pas vendu chaque exemplaire, demandez à signer ce qui reste en stock, et placez des autocollants qui disent "signé par l'auteur" [non valable pour un auteur autoédité, qui repart avec les invendus]. 

Si la boutique n'a pas d'autocollants, utilisez ce que vous avez emprunté en provenance de votre dernière séance de dédicace -- les employés ne devraient pas être opposés à ce que vous en preniez en plus, et vous devriez toujours avoir des autocollants en surplus sur vous, en provenance de divers magasins.

Si vous avez amené vos livres, ne demandez pas à être payés immédiatement -- ce n'est pas bon pour le business. Laissez vos coordonnées et faites leur savoir qu'il peuvent vous envoyer un chèque par la poste [la chaîne Cultura préfère les virements, mais dans ce cas soyez vigilant]. 

Le plus important, demandez à revenir dans un mois ou deux. Je visite les magasins locaux cinq fois par an. Les livres dédicacés marchent vraiment bien pendant les vacances. 

Rester Positif. Chaque fois que j'entre dans une librairie et voit ce gros tas de mes livres, je me sens un peu malade à l'intérieur. Je n'arriverai jamais à les vendre tous, je me dis. Personne ne viendra dans le magasin. Les gens vont m'ignorer. Mon pitch est minable et ne marchera pas. L'équipe se moque de moi derrière mon dos. Je suis un écrivain, pas un commercial. 
Et puis je me rappelle que la Grande Muraille de Chine s'est construite une brique après l'autre, et c'est ainsi que je vends mes livres -- un par un.

Chaque livre que vous vendez de la main à la main est un livre qui ne se serait jamais vendu sans vos efforts. 

Chaque personne que vous rencontrez est susceptible de parler de vous à d'autres. 

Chaque lecteur qui devient un fan deviendra un fan pour la vie et se souviendra de la fois où il a serré votre main.

Chaque librairie que vous visitez aura des employés qui vous vendront pendant des semaines, des mois, et même des années après votre départ.

Dans mes remerciements à la fin de mon dernier livre, j'ai une liste d'une douzaine de libraires que je remercie, parce que chacun d'entre eux à vendu de la main à la main au moins vingt exemplaires de mon premier roman. 

Dans mon prochain livre, je remercierai plus de cinquante libraires. L'un d'entre eux en particulier m'a aidé à vendre 300 livres à couverture rigide à un endroit. J'ai nommé l'un de mes personnages d'après son nom dans mon troisième livre.

Votre Objectif. Il n'y a aucune raison pour qu'une séance de dédicace soit une expérience stressante, déplaisante. En réalité c'est l'un des moyens les plus économiques, les plus efficaces de bâtir votre carrière. 

C'est votre nom sur la couverture du livre, et c'est votre boulot de le vendre. Les ventes c'est comme l'écriture -- plus vous en faites, le meilleur vous devenez, le plus de succès vous obtenez. Maintenant à toi de jouer, le tigre!

Six Clés pour un Pitch réussi de Librairie

1. Présentez-vous avec le sourire.
2. Expliquez le postulat du livre, le décor, et le personnage principal en quelques secondes. 
3. Comparez votre livre à des livres bien connus que le lecteur reconnaîtra (c'est comme une version jeunesse du Silence des Agneaux...)
4. Posez au client une question. (Qui aimez-vous lire? Pour quel livre êtes vous rentré ici?)
5. Offrez de signer et de personnaliser un exemplaire pour lui. 
6. Remerciez-le, qu'il achète le livre ou pas.

Le Kit de Survie d'une Séance

  • En-cas pour les employés de la librairie
  • 3 Bons Stylos
  • 100 cartes de visites
  • 50 prospectus
  • Affiche de couverture du livre
  • Un panneau indiquant "L'auteur Signe Aujourd'hui"
  • Bonbons à la menthe (le chewing-gum énerve les gens)
  • Bouteille d'eau
  • Autocollants supplémentaires "Exemplaire Dédicacé"
  • Un Grand Sourire et une Bonne Attitude      
Blog de Joe Konrath