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vendredi 9 septembre 2022

Ma Kindle lit des fichiers epub !

Comme l'avait annoncé Amazon, il est désormais possible de lire les fichiers epub directement sur nos liseuses kindle. A condition, toutefois, que les fichiers en question ne soient pas protégés par verrou numérique (DRM). Inutile de racheter une nouvelle liseuse kindle: mon ancienne paperwhite de 2012 est arrivée à lire sans problème l'epub de Pandore abusée, de Peter Hamilton.

Mine de rien, c'est une révolution. Qui aurait pensé qu'Amazon abandonnerait le caractère propriétaire de son format? Pas moi, en tout cas. Je pensais que Jeff Bezos s'était calé sur le modèle Apple, et qu'Amazon resterait avec ses fichiers propriétaires sans jamais accepter de recevoir des epubs. 

Il est donc maintenant possible de s'envoyer des fichiers epub sans verrou numérique sur sa liseuse Kindle de deux manières : 

- via l'application smartphone Kindle (Android ou iOS)

- en s'envoyant le fichier sans DRM sur son adresse kindle par email, comme je l'ai fait moi-même avec Pandore abusée

Plus besoin, donc, de recourir au logiciel Calibre pour effectuer la conversion de l'epub au format compatible kindle par exemple. 

Qu'est-ce que ça change pour moi? 

En tant que lecteur, c'est plus simple bien sûr, puisque je peux acheter des ebooks sur d'autres sites qu'Amazon et me les envoyer directement sur ma liseuse, à condition bien sûr de vérifier qu'il n'y ait pas de verrou numérique. Sinon, il faut les faire sauter, ce qui reste bien sûr toujours possible avec le logiciel approprié. Vous trouverez en suivant ce lien un tutoriel pour le faire.

Autre possibilité, acheter directement l'ebook et ses DRM sur Amazon, solution qu'on privilégiera souvent par simplicité, et parce que les prix sont homogènes quel que soit le site de vente. 

En tant qu'auteur, je gagne aussi en simplicité avec mes lecteurs. Comme je leur offre l'ebook gratuit sans DRM s'ils prennent le livre papier en dédicace, je n'aurais plus besoin de leur demander quel appareil ils ont chez eux. Je pourrai leur envoyer systématiquement l'epub s'ils l'acceptent. Vive la simplification!

Vous ne connaissez pas votre adresse email kindle? Deux méthodes pour la retrouver. Soit vous allumez votre kindle, vous allez dans les paramètres, puis options de l'appareil, puis "personnalisez votre kindle", et vous tomberez sur le pavé du bas, "adresse d'email d'envoi du kindle". 

Soit vous vous rendez sur l'onglet "gérez votre contenu et vos appareils" sur le site d'Amazon. Vous cliquez ensuite sur l'onglet Préférences, puis sur le lien tout en bas, "paramètres de documents personnels". Votre adresse kindle apparaît alors. 

Bonne chance!

lundi 28 février 2022

Fauché en plein vol

Lauréat du prix Fémina avec Vol de Nuit en 1931, grand prix du roman de l'Académie française avec Terre des Hommes en 1939, Antoine de Saint-Exupéry était déjà un écrivain à succès, connu et reconnu avant sa disparition tragique en 1944. Avant, donc, la publication en France du Petit Prince, en 1946. Quiconque se lance dans le métier d'auteur autoédité ou traditionnellement édité doit pourtant avoir à l'esprit que le livre de fiction le plus vendu au monde, Le Petit Prince, avec plus de 200 millions d'exemplaires vendus et une traduction en 300 langues, n'a été un succès universel qu'après la mort de son auteur. La mort vient ainsi parfois sublimer la vie d'un artiste comme ça a été le cas, par exemple, de James Dean ou de Marylin Monroe. Dans le cas de St-Ex, c'est son œuvre quasi posthume qui s'est ainsi retrouvée cristallisée. Ou, si l'on veut, propulsée au firmament, dans les étoiles. Quel est donc le mécanisme psychologique qui va provoquer cette réaction quasi alchimique? 


 

Poésie, imagination, tendresse, humanité... Les qualités du Petit Prince sont évidentes, et certaines maximes de ce livre d'enfant un peu triste, au moins aussi universelles que le succès qu'il a obtenu : 

- « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

-  « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

- « C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. » (Tous les auteurs en savent quelque chose.)

- « Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin. »

Au lendemain d'une guerre mondiale, découvrir qu'un pilote de l'armée de l'air spécialisé dans la reconnaissance aérienne, probablement abattu en vol, était en fait un poète et écrivain, ne pouvait pas manquer d'interpeller le public.

Une dose de mystère par rapport à sa mort, le romantisme d'un pilote, aventurier et poète mort pour son pays, l'aura de la Seconde Guerre Mondiale, le prestige de la noblesse et du nom qui sonne bien, autant d'ingrédients qui n'ont bien sûr rien à voir avec les qualités intrinsèques de l'auteur.

Le succès que connaissait St-Ex avant sa mort a pu agir comme le marchepied, un tremplin vers un bouche à oreille lui permettant d'obtenir un succès plus grand encore. Mais quel était le véritable détonateur?

Ce n'est pas n'importe quel livre de St-Ex qui a connu cet immense succès. Un livre pour enfants, donc à vocation universelle. Mais ça ne suffit toujours pas. L'idée qui a vraiment mis le feu aux poudres du succès, c'est la rareté, la précarité, la fragilité. Le Petit Prince n'est sorti à New-York qu'en 1943, et Saint-Exupéry a trouvé la mort en 1944. Si l'auteur était mort deux ans plus tôt, le livre ne serait jamais sorti, il aurait été perdu à jamais pour les lecteurs. Il s'en est fallu de peu, un peu plus et... Le lecteur ne peut manquer de penser qu'en achetant le livre, il va contribuer au sauvetage de l'œuvre. Comme s'il avait voulu sauver St Ex lui-même, le repêcher en mer.

Ce sont donc des circonstances totalement indépendantes de l'auteur comme de l'éditeur qui ont fait le succès du Petit Prince, ou en tout cas, si vous préférez, qui ont mis sur orbite le succès de ce livre, qui aurait peut-être de toute façon connu un succès, quoique moins galactique, grâce à ses qualités intrinsèques. 

Ce mécanisme de rareté qui rend les choses précieuses, les éditeurs en sont parfaitement conscients et en jouent en retardant par exemple la parution des livres grand format en poche. Je développe d'ailleurs cette thématique dans l'article De la rareté à l'abondance. 

Les auteurs autoédités en jouent aussi en précisant aux lecteurs qu'ils rencontrent en séance de dédicace qu'on ne retrouve pas leurs livres en rayons. Ce qui pourrait ressembler de notre part à un aveu de faiblesse se transforme donc en récit venant renforcer notre cause: en contrepartie de la rareté de nos livres, non présents en rayons, nous vivons de notre plume (certains d'entre nous en tout cas), car nous touchons bien davantage par livre vendu qu'un auteur traditionnellement édité dont l'ouvrage va être disponible en librairie.

Les lecteurs deviennent alors de plus en plus éduqués au fait que la surabondance de livres sur internet n'est pas forcément liée à la faible qualité de ces derniers. L'espace, sur les rayonnages, est limité, si bien que l'on n'a souvent d'autre choix que de commander sur internet. Sans oublier qu'entre deux romans de qualité similaire, c'est bien le choix arbitraire de l'éditeur qui va décider duquel va paraître. Entre deux romans que possède une maison d'édition, c'est bien le choix arbitraire de l'éditeur qui va déterminer sur lequel il va miser beaucoup plus.

Parfois, peut-être même souvent, c'est le choix arbitraire du libraire lui-même qui va décider de la disponibilité des ouvrages en rayon.

La douloureuse réalité du succès du Petit Prince devrait faire comprendre à chaque auteur le caractère accidentel de l'universalité. Il appartiendra alors à chacun de tracer son plan de carrière de manière la plus réaliste possible, afin de ne pas se soumettre à des écueils qui, s'ils profiteront à ses livres, seront nuisibles à sa vie.

mercredi 7 juillet 2021

Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne

Coup de tonnerre dans le petit milieu de l'édition française: mis en cause dans l'affaire de harcèlement sexuel révélé par Médiapart (voir l'article de ce blog du 26 avril), Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne, ainsi que de son poste d'administrateur. Le communiqué de presse a été publié notamment sur le compte Facebook de Bragelonne le 6 juillet 2021. Une annonce qui a un goût de revanche pour les personnes qui ont eu à subir ce harcèlement, et qui a dû être accueillie par l'incrédulité des gens qui pensaient Marsan indéboulonnable (parfois les mêmes personnes, d'ailleurs). 

Oui, cela vaut la peine de se battre ! Non, les affaires de type #metoo ne servent pas qu'à brasser du vent ! Nul, dans le milieu de l'édition, ne peut se prétendre tout puissant. C'est un peu la leçon qu'il y a à retenir de toute cette affaire. 

Il faut savoir qu'aucune plainte n'avait été déposée contre Stéphane Marsan. Le sentiment étant, dans le milieu de la Fantasy, que quel que soit le nombre de témoignages, cela ne suffirait pas à "faire tomber" Marsan. Des décennies de femmes victimes de violences verbales ou physiques impunies, et ce en dépit de plaintes légalement déposées mais qui ont abouti à des non lieu, ont forgé la conviction que les prédateurs s'en tiraient toujours. 

L'affaire Weinstein n'a pas encore suffi à changer les mentalités, en France. 

En plus de cela, les enjeux pour les autrices qui ne souhaitaient pas se griller dans le milieu étaient très forts: l'écriture est à la fois une passion et un art de vivre. Dans cette sphère de l'édition traditionnelle, on a l'impression qu'un simple pas de travers sera irrémédiablement sanctionné. Rien ne fait plus peur à un auteur ou une autrice traditionnelle que l'idée de figurer sur une liste noire des éditeurs. 

C'est pourquoi on ne peut que rendre un vibrant hommage aux huit autrices qui avaient décidé de ne plus travailler avec Bragelonne tant qu'une enquête interne ne serait pas menée, et qui, ce faisant, ont fait bouger les lignes. Enfin! Voici l'article d'Actualitté à ce sujet.  

On peut penser que Marsan a vécu et est mort (symboliquement) sur cette idée de liste noire. Il devait user de cette épée de Damoclès pour remporter les rapports de force l'opposant aux autrices (principalement) et auteurs. Mais par ses abus répétés, il s'est mis de lui-même sur cette liste noire. 

Même si vous êtes président d'une maison d'édition, si plus personne ne veut travailler avec vous dans un milieu professionnel, il y a de fortes chances que vous finissiez par être débarqué. 

Au Moyen-Age, le seigneur local qui abusait du droit de cuissage pouvait finir avec sa tête au bout d'une pique. Toutes proportions gardées, c'est un peu ce à quoi on a assisté avec Bragelonne: l'équivalent d'une révolte paysanne. La justice ne semblait pas avoir les armes pour gérer des cas comme celui de Marsan. Peut-être parce qu'il faut croire un minimum en la justice pour qu'elle devienne un outil efficace.

Pour autant, est-ce que tout est réglé? Que nenni! Dans le communiqué de presse de Bragelonne, la maison d'édition évoque son "engagement en faveur de la lutte contre toute forme de discrimination en entreprise", et parle d'évaluation "des risques psychosociaux dans l'entreprise". A aucun moment ne sont mentionnées celles qui ont rendu tout cela possible: les autrices. 

On a l'impression que le problème est uniquement interne, alors qu'il provenait essentiellement des rapports entre le président d'une maison d'édition et des autrices. Il est vrai qu'il est difficile de trouver une qualification administrative aux autrices et auteurs: personnes en CDD renouvelables, prestataires ponctuels, intermittents du spectacle? 

Il n'empêche qu'une maison d'édition n'est rien sans ses autrices et auteurs. Mais comme les unes et les autres n'ont pas d'appellation administrative précise, le résultat c'est que sur le papier, elles et ils cessent d'exister. Ce qui est plutôt ironique, étant donné notre profession.

On peut aussi se poser une ou deux questions sur l'avenir de Bragelonne. Bernard Chaussegros, le nouveau président, n'a pas toujours laissé de bons souvenirs là où il est passé. Expert comptable, économiste, homme de l'audiovisuel, il a fait de la politique et c'est avant tout un homme de pouvoir, de réseau et d'influence. Est-ce le cursus indispensable pour être président d'un groupe éditorial? On a l'impression qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des compétences propres au milieu de l'édition. Comme s'il suffisait juste d'être un nabab pour occuper un poste de nabab, en quelque sorte. Et de préférence, d'être un homme.

Pour le moment bien sûr, là n'est pas l'essentiel pour nombre d'autrices, qui doivent pousser un gros soupir de soulagement.  

Autres articles sur le même sujet :

- Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

- Carriérisme

- Le tort tue 

mercredi 5 mai 2021

L'épisode Bragelonne

Comment j'interprète l'épisode Bragelonne dans ma carrière. Cela remonte à 2003-2004 et à l'époque, j'avais dans l'idée de me faire publier traditionnellement. J'ignorais le concept d'autoédition. L'épisode a été très douloureux, mais j'ai su rebondir.


1) Une stagiaire lit mon manuscrit initial et le défend auprès de Stéphane Marsan
 
2) Après les 6 mois d'attente de départ, je vais au stand Bragelonne au salon du livre de Paris, et je demande des nouvelles de mon manuscrit. Coup de bol, c'est la même stagiaire qui tient le stand à ce moment, et qui se souvient de mon manuscrit
 
3) La stagiaire défend de nouveau mon manuscrit auprès de Marsan. Celui-ci n'a aucune intention de me publier, mais, reconnaissant peut-être un certain potentiel, décide de me commander un nouveau roman, au cas où
 
4) La stagiaire me fait venir dans les locaux de Montreuil (à l'époque) et m'explique que mon manuscrit n'est pas retenu, mais qu'on m'en commande un autre. Elle ne parle d'aucun contrat, et je commets l'erreur de ne pas aborder le sujet. En revanche, elle me propose de travailler directement avec Marsan
 
5) Ayant effectué ma période d'attente de 6 mois pour le premier manuscrit, j'estime que les choses doivent s'accélérer pour le second, et le fait de travailler avec Marsan, le directeur de collection (à l'époque) me paraît être une opportunité unique. C'est d'autant plus important pour moi que les choses se fassent rapidement que ma femme est enceinte et que je suis au RMI. Bref, dans la mouise
 
5) Marsan n'a toujours aucune intention de me publier, ce que j'ignore bien sûr. Mais il me fait venir à plusieurs reprises pour évoquer l'univers et le scénario du nouveau roman "pour voir ce que ça donne"
 
6) Il faudra que j'attende 6 nouveaux mois pour obtenir mon nouveau refus, après avoir envoyé les trois premiers chapitres. L'éditeur connaissait pourtant l'urgence de ma situation personnelle.

A aucun moment, Marsan n'a eu l'intention de me publier.

Evidemment, comme j'étais tout nouveau dans le milieu à l'époque, j'ignorais mon potentiel en tant qu'autoédité. Mais je suis persuadé que mon histoire n'est pas unique, et que c'est pareil chez tous les gros éditeurs.

Si je n'avais pas autant douté de moi-même à l'époque, j'aurais refusé d'aller plus loin sans la signature d'un contrat préalable, avec une avance conséquente. Mais la vérité, c'est qu'il est tellement difficile de travailler étroitement avec un éditeur que de nombreux auteurs seraient prêts à payer pour le faire.

Le véritable piège, c'est qu'on vous fait miroiter que les choses vont aller très vite, puisque vous travaillez avec le directeur de collection. Mais non, en fait. S'il y a bien une caractéristique de l'édition traditionnelle, c'est son extrême lenteur.

Avec le recul, je peux dire avec certitude que cette expérience directe ne vaut vraiment pas le coup, et ce quel que soit l'éditeur.

Ce que font payer les éditeurs aux auteurs, c'est leur manque de confiance en eux. Et ils le leur font payer très, très cher.
 
Et comment ça s'est passé pour ma femme et moi, me demanderez-vous? A l'époque, j'étais dans une phase de transition, puisqu'en 2003, Internet concurrençait énormément les revues de jeux vidéo avec l'arrivée du haut débit. Ma date de péremption approchait, je ne pouvais plus travailler dans la critique de jeux vidéo pendant encore très longtemps. J'avais ma carte de journaliste, mais le secteur me paraissait sérieusement bouché, et j'étais vraiment fatigué de "réseauter" pour trouver du boulot.
 
Au moment où ma femme était enceinte, juste après l'épisode Bragelonne, j'ai réussi à lui trouver du travail en CDI dans une association pour laquelle elle travaille encore à ce jour. Elle y est même devenue cadre. Je cherchais pour moi-même mais je me suis aperçu, comme on me faisait la description du poste, qu'il conviendrait mieux à mon épouse. 
 
L'aînée de ma famille, ma fille, est née en avril 2005. 
 
J'ai refais des piges, uniquement pour un magazine, PC Fun à l'époque, mais ça s'est terminé par un procès aux Prud'hommes en référé parce que la société mère a voulu virer tous les pigistes qui faisaient le magazine sans même délivrer de feuille jaune (Assédic) pour le chômage.
 
J'ai opéré une reconversion en cherchant un travail qui me permettrait de bosser à temps partiel, afin de continuer à écrire. Le Souffle d'Aoles, le fameux second manuscrit proposé à Bragelonne, était en chantier à l'époque. En 2006, j'ai trouvé du travail à l'ANPE, devenu très vite Pôle Emploi. 
 
J'ai quitté ce travail en 2014 pour écrire à temps plein. Le Souffle d'Aoles s'est depuis vendu à plus de 4000 exemplaires papier.

Après avoir financé la traduction du premier tome de la trilogie, j'ai embauché une correctrice professionnelle de langue anglaise et traduit les deux autres en anglais. 
 

lundi 26 avril 2021

Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

Les sites Médiapart, ActuaLitté, Actu SF, Livres Hebdo et Elbakin ont tous répercuté l'info: Stéphane Marsan, le patron de Bragelonne a été mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel. Médiapart a recueilli le témoignage et les documents d'une vingtaine de femmes, autrices, éditrices, étudiantes ou stagiaires, la plupart du temps sous le couvert de l'anonymat. Stéphane Marsan a réagi avec un droit de réponse sur Médiapart, mais aussi en homme de pouvoir, en menaçant ceux ou celles qui voudraient le dénoncer d'un possible procès en diffamation. 

Aux dernières nouvelles, le Syndicat des Ecrivains de langue française vient (le lundi 26 avril 2021) de réagir de la sorte:

Le 21 avril dernier, Mediapart a publié un article au sujet de Stéphane Marsan, éditeur chez Bragelonne. Une longue enquête, au cours de laquelle les journalistes ont rassemblé de nombreux documents et témoignages, a montré que monsieur Marsan serait coutumier d’actes s’apparentant à du harcèlement sexuel et/ou moral, le plus souvent sur des jeunes femmes.

Ce n’est pas une surprise. Des adhérentes du SELF avaient déjà évoqué en privé des faits similaires qu’elles avaient subis de sa part, et nous les avions alors assurées de notre soutien.

Nous répétons aujourd’hui cette affirmation publiquement : le SELF soutient toutes les personnes qui ont eu le courage de témoigner, mais aussi celles qui n’osent pas le faire.

SELF

L'article d'où tout est parti, de France Info, librement accessible.

L'article original de Médiapart du 21 avril, réservé aux abonnés. 

L'article sur AcutaLitté, avec les dernières mises à jour.

Le droit de réponse de Stéphane Marsan sur ActuaLitté, librement accessible.

L'article sur Actu SF. 

L'article sur Livres Hebdo. 

L'article sur Elbakin. 

Mon article Carriérisme, où j'évoquais ce mois-ci, le 13 avril précisément, le cas d'une romancière française victime de harcèlement. Je peux maintenant vous dire que la maison en question était bien Bragelonne, et le personnage Stéphane Marsan. En revanche, je ne révélerai le nom de la romancière que si elle m'y autorise. Bien qu'étant auteur autoédité et non traditionnellement publié, je m'associe donc au communiqué du SELF.

En toute transparence, étant moi-même auteur de Fantasy, je ne suis bien sûr pas impartial. Et d'autant moins que Bragelonne est un éditeur qui a refusé l'un de mes manuscrits au bout de 6 mois de demande, alors même que j'avais été en contact direct avec Marsan (nous nous sommes rencontrés plusieurs fois), à une époque où mon épouse était enceinte. 

J'ai sur les derniers mois de ma relation avec Bragelonne été traité avec un irrespect total. Il va sans dire que je n'ai jamais plus acheté un roman des éditions Bragelonne après cela. C'est bien sûr un choix personnel.

Autres articles sur le même sujet :

- Carriérisme

- Le tort tue 

- Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne

mercredi 2 octobre 2019

Laisser l'auteur encaisser ses ventes en dédicace

Pour un libraire, recevoir un auteur en dédicace nécessite une certaine organisation: le référencement des livres peut être un écueil et dissuader des libraires de recevoir des auteurs. Pour l'auteur, l'écueil, c'est parfois de se faire payer ses factures par la librairie.  L'un et l'autre peuvent résoudre ces deux obstacles d'un commun accord, en permettant à l'auteur de tenir sa propre caisse et d'encaisser directement la vente de ses livres en dédicace en librairie.

Cela se fait en salon, mais jamais dans des librairies: faire en sorte que l'auteur encaisse directement la vente de ses livres auprès des clients au moment de la séance de dédicace. C'est peut-être bien une opportunité manquée de simplifier grandement les choses pour les deux parties.

Il faut bien sûr que le libraire fasse confiance à l'auteur pour lui reverser, soit directement à l'issue de la séance de dédicace un chèque adressé au libraire, ou au service comptabilité du centre commercial, soit peu après la séance, un virement qui correspondra à la marge laissée sur chaque livre vendu. Le règlement peut bien sûr se faire en espèces, si la somme correspondante est réunie à l'issue de la séance. 


Grâce à des terminaux comme Sum up, le règlement par carte bancaire, y compris le règlement sans contact, est maintenant très facile pour les auteurs. 

Le lecteur va se présenter à la sécurité du centre commercial avec ses livres, il les présente au vigile, qui vérifie la signature de l'auteur et met les livres sous scellé, dans un sac, comme cela se fait déjà.

Personnellement, j'ai l'habitude d'établir une préfacture dès la fin de la séance de dédicace, avec le nombre de livres vendus, la marge du libraire, etc. Cela me permet d'avoir le tampon de la librairie et une preuve de passage. Cette préfacture se transformerait donc en facture définitive, avec la notification "Réglée". 

Un avantage supplémentaire dans les grands centres commerciaux ou culturels, c'est qu'il n'y a plus de livres redéposés par les lecteurs: l'auteur demande le règlement pour chaque livre avant même d'apposer sa dédicace. Le chiffre de vente est donc fiabilisé dès le départ. Plus de vérification ultérieure.

Du côté du libraire, il aurait juste à fournir la table et la chaise. Aucune autre démarche nécessaire de sa part.  

Bref, cette solution serait une véritable avancée pour les deux parties. A condition de se faire confiance. 

[EDIT 02/10/2019] : Un auteur m'a fait cette réflexion pertinente: "sous quelle dénomination les libraires vont-ils encaisser leur marge? Parce que si les livres ne sont pas référencés, ils risquent d'être obligés de les référencer tout de même, pour justifier la marge qu'ils touchent."

J'ai eu une idée: la location d'un espace de dédicace dans le magasin. La marge libraire sur chaque livre devient le prix de location de l'espace pour la journée.

jeudi 11 juillet 2019

Je ne respecte pas les éditeurs

Que vous soyez auteur autoédité, auteur hybride ou auteur traditionnellement publié, je vous conseille, à vous aussi, de ne pas respecter les éditeurs. La fonction Gardien du Portail des éditeurs a en effet mis un terme à de nombreuses carrières artistiques prometteuses et talentueuses. Je connais au moins une personne qui m'est très proche dans ce cas. 

Prenons tout d'abord les auteurs traditionnellement édités. Dans l'imagerie populaire, un auteur édité à compte d'éditeur, c'est à dire qui ne passe ni par le compte d'auteur, ni par l'autoédition, respecte son éditeur. 

Eh bien tenez-vous le pour dit, c'est faux. Ou en tout cas, c'est un peu plus compliqué que ça. Joanne Rowling a essuyé treize refus avant que la saga Harry Potter ne soit publiée par un éditeur traditionnel. Vous croyez qu'elle a respecté chacun de ces refus? 

Il est possible que certains de ces refus aient été justifiés et motivés avec des suggestions de correction, et l'aient conduit à améliorer son roman. Mais on sait très bien que c'est très rarement le cas dans ce milieu. Mais admettons que ça ait été le cas pour les deux ou trois premières fois. Il reste dix tentatives pendant lesquelles Rowling s'est obstinée à envoyer son manuscrit. 

Elle n'a pas respecté la décision de ces éditeurs. Elle n'a pas respecté ces éditeurs, au point de passer par un agent américain pour contourner le problème. C'est en effet par l'entremise de son agent qu'elle a fini par trouver un éditeur. 

L'édition, c'est comme en mathématiques, en fait. Moins fois moins égale plus. Le premier moins, c'est le refus de l'éditeur. Le second moins, c'est votre refus du refus de l'éditeur. Le plus, c'est la création qui va découler de cette opération. 

Il faut donc que la passion, ce que les Américains appellent le "drive", permettent à l'auteur obstiné de faire publier, ou de publier soi-même ses œuvres.

Je pense que dans l'histoire des auteurs, et de l'édition, il y a beaucoup de choses fantasmées. Les auteurs fantasment les éditeurs comme des outils qui vont leur permettre d'accéder au succès, à la gloire et à la célébrité. 

Les éditeurs fantasment les auteurs comme des outils qui vont leur remplir les poches, ou, pour les moins matérialistes, leur permettre d'atteindre certains critères esthétiques. Oui, il y a aussi des éditeurs idéalistes, on ne peut pas tous les ranger dans le même panier.

Mais dans l'idée des auteurs d'instrumentaliser les éditeurs, il y a aussi la volonté de se protéger de la concurrence des nouveaux auteurs. "Les éditeurs vont nous protéger, nous autres heureux élus, de tous ces candidats à la gloire et au succès qui sont nos concurrents". De la même manière que certains métiers se bâtissent des jargons hermétiques ou bien se barricadent derrière un haut niveau d'études, la caste des auteurs a cru trouver là le moyen de se mettre à l'abri des trop nombreux créateurs. Rien de tel qu'un bon vieux Gardien du Portail, l'éditeur.

Jusqu'à l'arrivée d'internet, de l'ebook et d'Amazon, bien sûr.

On pourrait se dire : "oui, mais les éditeurs permettent la qualité, ils ont des critères d'exigence, la qualité littéraire n'est pas entièrement subjective." C'est vrai, mais uniquement dans certains cas. Beaucoup d'éditeurs sont aussi rapaces et cupides que le plus rapace et cupide des auteurs autoédités. Beaucoup vont baisser le nombre de leurs correcteurs pour compresser le personnel et faire plus de profits.

Le niveau de qualité dans les maisons d'édition est donc souvent très contesté est contestable. A l'inverse, je suis en train de lire Embrasements, de Guy Morant, un collègue autoédité.


La maîtrise de la plume, les conflits internes très forts, la connaissance procédurale sur le bout des ongles, les subtilités de la psychologie des personnages, l'intrigue, en font un polar haletant, très hautement recommandable. En fait, le roman pourrait être enseigné sans problème en école de police ! La suite, Effondrements, est au moment où j'écris ces lignes encore n°1 des Thrillers d'espionnage politique et n°2 des Thrillers sur Amazon.

Un succès tout à fait mérité, s'il est de la même eau que le précédent (je ne l'ai pas encore lu). J'ai lu pas mal de romans de Simenon, eh bien je peux vous dire que je préfère Guy Morant. Eh oui, c'est un coup de cœur. 

Vous allez me dire: "oui mais Alan, là tu fais du copinage. Guy Morant t'avais interviewé sur son blog, c'est donc juste un renvoi d'ascenseur."

Eh bien en fait, non. C'est une question de critères de qualité. Voyez-vous, il n'est pas toujours facile, pour nous autres auteurs, de choisir de lire tel ou tel auteur indépendant. La romancière Alice Quinn m'avait dit qu'elle avait bien aimé mon roman Passager clandestin, et m'avait interviewé sur son blog à ce sujet.

Je n'avais jamais lu aucun livre d'Alice, malgré l'immense succès qu'elle a eu sur Amazon. Mais comme elle s'intéressait à moi, je me suis dit que ses critères de qualité devaient se rapprocher des miens, et je me suis mis à lire ses livres de la série Rosie Maldonne. J'ai trouvé cela très atypique, j'ai été emballé! 

Guy était l'un des rares auteurs à oser mettre un commentaire de temps en temps sur ce blog. Je me suis donc fait la même réflexion à son sujet. Je n'avais fait aucun appel du pied, ni à Alice, ni à Guy, et pourtant ils s'intéressaient à moi. C'est donc que leurs critères de qualité se rapprochaient probablement des miens.

Et je n'ai été déçu ni dans l'un ni dans l'autre cas. Une manière peut-être un peu originale de savoir quoi lire, mais qui en vaut une autre.

A ce point de la lecture du billet, vous vous demandez peut-être qui est cette personne proche de moi dont la carrière artistique s'est interrompue en raison du refus des éditeurs, et que j'évoquais au tout début. 

Ce n'est autre que mon père, François Guillot, décédé en 1986. Après avoir été chef d'escale chez Air France, il a été dessinateur. Il adorait depuis tout petit la BD franco-blege (pensez Tintin, Astérix, Blake & Mortimer et Spirou et Fantasio). Il aurait voulu percer dans ce domaine et a présenté un projet de BD qui ne portait pas de nom, mais qui se déroule dans l'empire inca. Celui-ci a été refusé. Mon père a malgré tout gagné sa vie jusqu'à son décès grâce à ses dessins, mais en se reconvertissant dans le dessin industriel.

En toute honnêteté, je pense que le fait qu'il ait échoué à réaliser son rêve n'est pas seulement de la faute des éditeurs: il aurait fallu qu'il trouve un scénariste, qu'ils travaillent en commun et qu'il s'obstine beaucoup plus dans ses recherches. Mais je reste persuadé qu'il a beaucoup trop respecté les éditeurs, et surtout, le refus des éditeurs. Cela trahissait sans doute un certain manque de confiance en lui. 

J'ai décidé, en son hommage, de faire paraître ses dessins, déjà présents sur mon site, sur mon Instagram. Ainsi pourra-t-il profiter de manière posthume de ma propre obstination.


Cliquez pour agrandir



Même si je n'ai jamais eu l'occasion de vraiment discuter de ce projet avec mon père (j'en ai eu connaissance après sa mort), je suis persuadé que le dénommé Ulac est en fait une caricature du scénariste René Goscinny. Cela aurait parfaitement correspondu à l'humour de mon père. 

jeudi 16 mai 2019

Le Paradoxe de l'Auteur

Dans le système actuel, tous les auteurs, quels qu'ils soient, sont en compétition pour le Temps Disponible de Cerveau des lecteurs. En cela, ils s'inscrivent dans un système beaucoup plus global qui comprend aussi bien des artistes que des non-artistes: après tout, même un scientifique cherchant à faire publier un article est à la recherche de Temps Disponible de Cerveau. 

Le plus dur pour un auteur, c'est de survivre à la sortie de ses livres. C'est ce que je disais encore l'autre jour sur Facebook, et je parle bien sûr d'expérience. L'espoir que l'on va projeter dans l'écriture d'un livre, le temps que l'on y passe, l'investissement que ça demande, tout cela peut se retourner contre nous si l'on se met en position d'attente. 

Même en essayant de baliser le terrain, même en se créant un groupe avancé de bêta lecteurs chargés de vous lire avant tout le monde, des gens que vous avez déjà rencontrés, dont vous êtes sûr qu'ils ont acheté au moins l'un de vos livres précédents et qui se sont portés volontaires pour lire le suivant avant tout le monde, même ainsi, on court le risque d'être déçu, si l'on se met en tête que l'objectif de ce genre de groupe n'est pas de limiter la casse. Il faut attendre très très peu de ses écrits pour éventuellement bénéficier de bonnes surprises, et savoir se contenter de petites victoires qui viendront avec le temps. 

C'est ce que me dit mon expérience, en tout cas. 

Comment pourrait-il en être autrement, quand vous voyez des réductions de plus de 70% sur des jeux géniaux sur PS4? Quand vous voyez que telle ou telle appli super innovante, et gratuite, va révolutionner le quotidien d'une personne? Quand vous voyez les myriades de promo sur une myriade de livres? Mais aussi de films? 

Quand vous voyez des photos si admirables sur Instagram ou Snapchat? Quand il existe un nombre extraordinaire de tutoriels sur Youtube, ou de vidéos de divertissement, de quoi en regarder de sa naissance jusqu'à la mort sans discontinuer, et sans épuiser le stock? 

Quand il existe des millions de sites web parfaitement léchés (vous avez vu celui de Robert Galbraith)? Bref, quand vous voyez que l'humanité entière se bat pour grappiller de précieuses minutes du Temps Disponible de Cerveau de chacun, avec des moyens dont l'auteur indépendant ne peut que rêver? 

Dans le livre Le Secret, dont je parlais dans mon précédent billet, l'auteur Rhonda Byrne conseille de se concentrer sur l'abondance et non sur la rareté. Le fait de se voir dans une compétition est mauvais, car cela envoie des ondes négatives. 

Il n'empêche, le constat est là: le Temps Disponible de Cerveau est loin d'être infini. Le seul système qui pourrait garantir à chaque individu de ne pas nourrir de pensées de rareté ou de pauvreté serait un système où le Revenu universel inconditionnel existerait, ce qui permettrait d'avancer de manière beaucoup plus sereine dans la vie.

Et vous savez quels sont mes rêves, en tant qu'auteur? Je ne pense pas être très original en cela, je pense que de nombreux d'auteurs de fiction en rêvent aussi: 

- de voir mes romans adaptés au cinéma (j'avoue que c'est aussi ainsi que je justifie d'avoir traduit ou fait traduire en anglais les trois tomes du cycle d'Ardalia: pour conserver cette part de rêve)
- de voir mes romans adaptés en bande dessinée
- de voir mes romans adaptés en manga
- de voir mes romans adaptés en jeu vidéo


Vous voyez où je veux en venir, avec mon Paradoxe de l'Auteur? Si tous mes vœux se réalisent, je vais me priver pour mes prochains romans, et priver aussi les autres auteurs, de Temps Disponible de Cerveau. 

Pire, si l'un de mes romans inspire un auteur, si cet auteur se met à écrire et à connaître le succès, c'est la cata en termes de disponibilité du lecteur. Un peu comme si chaque mot que j'écrivais, y compris sur ce blog, me construisait un avenir de plus en plus désastreux. 

Bon, je ne vais pas vous laisser sur cette note légèrement négative, voire déprimante. Je crois que les auteurs, et en particulier les auteurs de fiction, sont dans une position artistique unique: ce sont des sources. Nous sommes tous des sources en fait, tout ceux qui ont accès à l'écrit et ont la capacité d'écrire des histoires. 

Vous allez me dire:
- oui mais Alan, la musique d'Interstellar provoque plus d'émotion et raconte mieux l'histoire encore que le scénario
- tu as vu les scénarios rédigés par les commerciaux de Disney pour les derniers Star Wars? 


A cette dernière question, je répondrais que certaines sources peuvent être frelatées. Et à la première, que la musique est sans doute, sur certains points, supérieure à l'écrit. 

Mais cette idée selon laquelle nous sommes des sources ne signifie pas selon moi une supériorité de l'écrit sur les autres formes d'art. C'est juste que c'est plus pratique de travailler sur une adaptation cinématographique ou même sur un jeu vidéo de type jeu de rôle en se fondant sur des écrits. Si le roman est de qualité et que l'auteur s'y connaît suffisamment pour participer par exemple à l'adaptation en film, cela peut même devenir un gage de réussite du long métrage.

Les novélisations de films ou de jeu vidéo existent aussi, et il existe peut-être même des novélisations de musique, mais ce ne sont pas des débouchés naturels, et le succès est plus rarement au rendez-vous. 
Cette capacité de chaque être humain d'être une source est infiniment précieuse. A elle seule, j'y vois la justification d'un revenu universel inconditionnel qui nous permettrait de sortir d'un contexte de compétitivité assez monstrueux, finalement, pour des civilisations dites avancées, pour nous tourner vers un contexte de coopération. Enfin! 

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samedi 24 mars 2018

Expressediteur.com: un bon plan

Expressediteur, géré par le libraire La Générale du livre, est un service de livraison de livres en 48h00 s'adressant à la fois aux libraires, aux auteurs autoédités référencés Dilicom et Electre et aux éditeurs. Quel bilan depuis que j'ai commencé à utiliser ce service, en 2016? 

Si vous avez raté l'épisode précédent concernant Expressediteur, je vous renvoie à mon article de 2016, que je vous conseille vivement de lire pour savoir de quoi il retourne exactement.

J'y explique notamment pourquoi j'ai consenti à laisser 45% de marge sur le prix de mes livres pour bénéficier de ce service. 

Bien que je n'ai pas eu beaucoup de commandes par ce biais, quelques-unes sont arrivées, et l'expérience est très positive, selon moi. 

Je vais prendre un exemple: en février dernier, j'ai reçu une commande de trois livres, deux Passager clandestin et un Eau Turquoise (j'avais aussi reçu une commande en janvier). 

Le site est très pratique. L'impression de l'étiquette à coller sur le colis se fait très vite. Au bureau de Poste, il faut faire la queue pour faire tamponner son colis. Mais comme c'est un service rapide et que mon bureau est bien organisé, ils ont un employé qui remonte la file d'attente et gère ce genre de cas rapide. Bref, je n'attends pas trop pour que le colis soit pris en charge et pour bénéficier du coup de tampon sur le récépissé. 

Le paiement est également très rapide et fiable: en l'occurrence, le virement de 30 € pour ces trois livres s'est fait dans la semaine. 

Je n'ai pas à établir de facture pour ces cas précis, parce que le site Expressediteur fait des factures proforma.

Je peux vous dire, moi qui ait déjà envoyé des livres à une librairie sans jamais être payé, que c'est très très appréciable, cette fiabilité et cette rapidité de paiement. No stress.

Comme je reçois un peu plus de commande expressediteur cette année, du coup, j'ai commandé des cartons au format exact de mes livres, pour éviter les problèmes de livres abimés à l'arrivée. J'ai fait le test, et cela rentre parfaitement, les livres ne bougent pas dans le colis. 

Le seul vrai souci que me pose Expressediteur vient de leurs emails: ils sont classés systématiquement en spam par mon logiciel de messagerie, Thunderbird. J'ai eu beau les déclarer acceptables, ajouter l'adresse d'Expressediteur dans mon carnet d'adresses, et même créer des filtres pour que les emails arrivent bien dans la boîte de réception, ils sont toujours renvoyés dans les indésirables. 

Donc, si vous êtes auteur autoédité ou éditeur et que vous ayez recours à ce service, vérifiez votre courrier indésirable régulièrement. 

Autre possibilité encore plus sûre: se connecter sur le site expressediteur de temps en temps pour vérifier ses commandes.  

Je pense être quelqu'un de suffisamment réaliste pour ne pas faire d'angélisme au sujet de ce service. Je sais qu'il y a d'autres solutions: par exemple, l'imprimeur ICM vous propose de stocker vos livres et d'en gérer l'expédition. Cet imprimeur français fait par ailleurs de très bon prix sur les livres. 

Cela pourrait sembler une solution idéale pour rentabiliser au maximum l'envoi de livres. Malheureusement, le problème ne se pose pas pour moi en termes de stockage et d'expédition.

Le vrai problème, pour de petites commandes ponctuelles, selon moi, c'est le problème de la rapidité de l'envoi, d'une part, et de la fiabilité et rapidité de paiement de la facture de la part du libraire d'autre part. 

Pour ne prendre aucun risque avec les libraires, je demande toujours à être payé avant d'envoyer les livres. Cela génère évidemment des délais d'envoi plus importants. 

Expressediteur résout tout cela: les livres arrivent beaucoup plus vite chez le libraire, et l'auteur ou l'éditeur est payé plus rapidement. 

C'est un service, selon moi, qui vaut tout à fait les 10% supplémentaires par rapport à la remise libraire habituelle de 35%. Mais vous avez le droit de ne pas être d'accord, et de me donner vos arguments en commentaire...

PS: si vous n'êtes référencé que Dilicom et pas Electre, à mon avis, il y a moyen de négocier avec Expressediteur pour qu'ils vous acceptent malgré tout. Dans ce cas, ils référenceront eux-mêmes vos livres.

mardi 20 février 2018

Mon ebook sur Kindle Unlimited sans exclu !

Après avoir intitulé cet article "Discriminé par Amazon", j'ai décidé de le modifier à la suite de l'inclusion de l'ebook dont il était question, la Trilogie Ardalia, au sein du service Kindle Unlimited. Cette intégration a finalement pu être possible grâce à Librinova et Amazon France, mais ne concerne, pour tous les auteurs qui y ont recours, que Kindle Unlimited France et Royaume Uni.

Le service Kindle Unlimited, qui permet au lecteur de télécharger, pour 9,99€ par mois, dix ebooks que l'on peut renouveler autant qu'on le souhaite, est pour moi ce qui se rapproche le plus, dans le privé, d'une bibliothèque d'ebooks. 

Cela permet de toucher des lecteurs voraces et qui ne veulent pas se ruiner, qu'on ne toucherait pas autrement. 

Ayant fait, sur l'un de mes ebooks anglais, l'expérience de la rémunération Kindle Unlimited, je peux attester que celle-ci reste intéressante. Infiniment plus, par exemple que ce que fait Deezer au niveau musical, pour ne pas même parler de Youtube (qui devrait être renommé Radin.com). 

La condition d'exclusivité restait quelque chose qui m'empêchait d'opter pour KDP Select. Jusqu'au jour où j'ai appris que Librinova préparait, avec 50 auteurs tests, une formule permettant de bénéficier d'une version de Kindle Unlimited quelque peu différente de celle que connaissent les auteurs autoédités. 

Une version, en gros, destinée aux éditeurs et à des prestataires comme Librinova. 

Librinova n'est pas un éditeur. Librinova est une entreprise d'aide à l'autoédition, qui peut se transformer en agent si vous vendez plus de 1000 livres. L'auteur qui y a recours garde tous ses droits. En dessous de 1000 livres, il faut s'acquitter du prix initial du pack, 75€ par an si votre ebook fait plus de 45 000 mots, 50€ s'il fait moins de 45 000 mots. On touche alors 100% du prix de vente des revendeurs en ligne, après déduction de leur marge, c'est à dire autant qu'un auteur autoédité. 

Si on vend plus de 1000 livres (emprunts KU non compris), Librinova se transforme en agent, et nous prend 15% sur les ventes. Il n'y a alors plus besoin de renouveler le paiement annuel des packs, et on peut publier avec Librinova de nouveaux romans sans "tarif d'entrée" autre que les 15%. 


Evidemment, ce prix d'entrée de 75 € par an au minimum était quelque peu rédhibitoire. Néanmoins, la perspective de contourner les conditions d'exclusivité d'Amazon, et ce en parfait accord avec la plate-forme, était pour moi assez séduisante. 

Je savais aussi que des auteurs passés par Librinova avaient pu bénéficier de la fameuse offre éclair d'Amazon, celle que la plate-forme réserve d'habitude aux utilisateurs de KDP Select et à des auteurs triés sur le volet.  

Bref, j'ai décidé d'utiliser ce service très tôt, en devenant le 51ème auteur test, en quelque sorte. 

Dès le 11 décembre 2017, Librinova a demandé l'intégration de l'ebook que j'avais choisi pour ce test, La Trilogie Ardalia, à Kindle Unlimited.

La formule de Librinova permet d'être distribué sur plus de 200 libraires en ligne, mais je savais que même des auteurs Librinova à succès, c'est à dire ayant vendu plus de 25000 ebooks, vendaient très peu en dehors des trois ou quatre plus grosses plates-formes, et je n'attendais vraiment pas grand-chose des autres librairies en ligne.

Je misais tout sur Kindle Unlimited, et d'autant plus que Librinova avait fait preuve de souplesse, en me permettant de continuer à distribuer moi-même sur Kobo, la Fnac, Apple et Google Play. 

Cette intégration a mis plus de trois mois à se faire, puisqu'elle a été effective le 26 février 2018 seulement. Cela a entraîné la parution initiale de cet article sous le titre "Discriminé par Amazon". En effet, j'avais lancé une campagne de promo en décembre, et l'absence sur la plate-forme d'emprunt m'a été préjudiciable, ainsi qu'au roman. 

Mes ventes, comme je l'avais prévu, se sont faites en très large majorité sur Amazon et non sur les 200 autres libraires en ligne (mais j'avais gardé la main sur la distribution Kobo/Fnac, Apple et Google Play). Elles n'ont jamais pu décoller, l'absence d'intégration à KU étant un handicap majeur pour ce qui concerne la plate-forme Amazon.

On va dire que le système était encore en rôdage. Si vous souhaitez souscrire à l'offre que Librinova a rendue officielle, et ouverte à tous, il y a peu, sachez que l'intégration se fait de manière manuelle chez Amazon. Il suffit d'en faire la demande par email à Librinova après avoir acquis l'un des packs.

Examinons maintenant les particularités, avantages et défauts du pack à 75€ de Librinova, avec intégration Kindle Unlimited.  

Tout d'abord, ce service n'est valable que pour les emprunts de votre ebook en France et au Royaume Uni. Le Kindle Unlimited US n'est pour l'instant pas proposé par Amazon à Librinova. Si vous êtes auteur anglo-saxon, ce service n'est donc vraisemblablement pas pour vous. 

Si vous êtes fan des relevés de vente quotidien, il vous faudra faire une croix dessus, sauf à opter pour le pack Liberté à 120€ par an, lequel ne vous donnera ces relevés de vente que pendant 6 mois. 

Concernant les fameuses "pages lues Kindle Unlimited", vous ne pourrez pas les repérer dans vos relevés de vente, parce que ça ne fonctionne pas ainsi. Votre ebook se retrouve bien sur KU, et vous bénéficiez du boost sur le classement à chaque fois qu'il est empruné, mais, comme le précise cet article de Librinova, "Un emprunt sur Kindle Unlimited est rémunéré 30% du PPHT dès que l’emprunteur a lu plus de 20% du livre." 

C'est à dire que c'est l'ancienne formule de Kindle Unlimited qui fonctionne: vous êtes rémunéré le même prix quel que soit le nombre de pages de votre ouvrage, ce qui favoriserait la publication de livres courts... si vous ne deviez payer un nouveau pack à Librinova pour chacun de vos ouvrages, chaque année. 

Si vous en vendez plus de 1000, en revanche, vous pourrez en publier autant que vous le souhaiterez sans ce coût d'entrée des packs, mais avec le prélèvement de 15% sur les ventes. 

Je pense que, si l'on ne tient pas compte du prix des packs, les gains KU pour l'auteur sont à peu près équivalents à ceux qu'un auteur autoédité KDP Select obtient, mais cela reste à confirmer. 

Une chose qui joue en faveur de Librinova est la souplesse et la réactivité de cet acteur, qui vous permet de garder la main sur les plates-formes de votre choix (il suffit de l'indiquer par email). 

Un autre avantage, pour les auteurs ne voulant pas s'embêter à publier sur de nombreuses plates-formes, est que tout est pris en charge et se fait rapidement: c'est comme si vous ne publiiez que sur une seule plate-forme. 

L'argument de la simplicité pour choisir KDP Select est en effet souvent utilisé. Avec Librinova, les choses sont tout aussi simples. 

Il y a aussi des défauts: avec le pack à 75€, vous n'avez droit qu'à un relevé de ventes tous les 6 mois, et vous n'êtes rémunéré que tous les 6 mois. Vous ne pouvez pas non plus, en principe, changer le prix de votre ebook en cours de route -- même si j'ai constaté une certaine souplesse de Librinova à ce sujet. 

L'une des contraintes que j'ai trouvé particulièrement ennuyeuses, c'est le nombre de caractères très limité pour la description Amazon. On ne peut pas jouer non plus sur l'interlignage et la présentation en gras, ni bénéficier de cette excellent outil en ligne pour la description de son livre.  

Bref, la description est extrêmement basique. Comparez l'ebook Le Souffle d'Aoles, que j'ai autoédité sur Amazon à celui de la Trilogie Ardalia édité par Librinova pour vous en convaincre. 

Par ailleurs, il me semble que l'on peut rentrer moins de mots-clés par rapport au roman qu'en publiant directement via KDP. 

Autre contrainte, vous devez envoyer votre manuscrit word ou open office, et c'est Librinova qui se charge de la transformation en ebook. Le travail est certes bien fait, mais ne vous permet pas de peaufiner l'ebook de manière professionnelle, comme le permet gratuitement le site Draft2Digital. 

Si vous vous demandez ce que je veux dire, n'hésitez pas à télécharger un extrait de mon dernier roman, Passager clandestin

Il faut donc abandonner énormément de contrôle. 

J'espère que mon article permettra à Librinova de remédier à ces défauts. Je pense en effet que leur formule, à condition d'être utilisée pour un ebook que l'on est sûr de pouvoir promouvoir, ne serait-ce qu'auprès d'une mailing list suffisamment importante, est rentabilisable. 

Cela comporte un risque, bien sûr. Mais en passant par Librinova, si vous avez une liste de lecteurs suffisamment nombreuse, des lecteurs lisant à la fois sur Kobo, Apple et Kindle, ou même ailleurs, vous êtes sûrs de pouvoir tous les contenter, tout en bénéficiant de l'aide non négligeable de Kindle Unlimited pour la montée en classement de l'ebook sur Amazon. C'est extrêmement appréciable et professionnel. 

Si vous avez une assise de lecteurs suffisante, cela vaut la peine d'essayer, avec par exemple juste un ebook pour commencer. 

Vous vous demandez peut-être pourquoi Amazon permet en toute légalité le contournement des règles d'exclusivité de KU. Je dirais que le fait qu'il faille payer un acteur privé pour bénéficier de ce contournement valorise d'autant leur service. 

Comme je le disais dans mes précédents articles, il faut néanmoins être prudent avec Kindle Unlimited, car le prix de l'emprunt (ou de la page lue, selon les cas) varie d'un mois sur l'autre puisqu'il dépend d'une sorte de pot commun qu'Amazon réactualise chaque mois. 

Même avec une super base de lecteurs pour vous aider à revenir sur le prix annuel du pack Librinova, il viendra peut-être un jour où cet article ne sera plus pertinent, c'est à dire que la rémunération KU sera trop faible pour vous permettre d'engranger des bénéfices intéressants sur une année. 

Pour l'instant, il y a moyen de limiter les risques pour un auteur expérimenté. 

[EDIT 06/03/2018] L'avis d'une romancière auto-publiée depuis plusieurs années avec l'aide de Librinova, sur le blog Vivre de ses Romans.

lundi 19 février 2018

Cultura : une nouvelle politique de dédicaces ?

Je viens d'apprendre que les magasins Cultura ne recevraient dorénavant que deux auteurs par mois. Soit 24 séances de dédicace au total par an, dans un magasin donné. Une politique nettement plus restrictive, qui, en tant qu'auteur indépendant, va bien sûr me compliquer la tâche. S'agit-il d'une nouvelle politique nationale de l'enseigne, s'imposant à tous les magasins, ou bien ces derniers gardent-ils une marge de manoeuvre? Cette politique s'applique-t-elle à la fois aux éditeurs et aux auteurs indépendants? Ces points restent encore flous ou à confirmer. 

"On croule sous les sollicitations, et les séances de dédicace sont à chaque fois complexes à organiser. Cela nous prend trop de temps." Les magasins Cultura, à l'instar des Fnac, vendent des produits culturels de manière large: livres, liseuses électroniques, DVD, musique, jeux vidéo. Une enseigne qui semble avoir le vent en poupe, puisque de nouveaux magasins ont ouvert ces dernières années, et notamment dans la région parisienne. 

Le personnel de la librairie ne chôme pas, à tel point qu'en discutant de l'enseigne avec d'autres auteurs, le terme "sous-effectif" a tendance à revenir souvent. 

Un point symptomatique est le fait que les libraires demandent de plus en plus à être sollicité(e)s uniquement par email pour des séances de dédicace, mais que ces emails sont de moins en moins répondus.

C'est aussi un point qui fait penser que les demandes de dédicaces d'auteurs et éditeurs, avec notamment l'essor de l'autoédition, sont en nette augmentation. Voire ont tendance à exploser.

D'où la réponse, très nette et sans détour, que j'ai obtenue après mon appel au Cultura Franconville, en ce mois de février 2018 (voir les premières lignes de l'article). 

La discussion est restée courtoise, bien sûr. La libraire de Franconville (95) m'a expliqué que la nouvelle politique de l'enseigne était d'organiser deux séances de dédicace par mois. Elle a ajouté qu'il n'y avait plus de place cette année, et qu'il faudrait faire le point d'ici la fin de l'année. 

Quand je lui ai demandé s'il était possible de réserver une séance de dédicace plusieurs années à l'avance, elle m'a répondu que c'était impossible, que cela se faisait sur une année seulement. 

Je me suis mis à sa place. Je me suis vu recevoir 800 emails à la fin de l'année 2018 pour les 24 séances de dédicace en 2019. 

Comment le choix va-t-il être fait? Sans doute par genre littéraire, et peut-être par date de venue précédente dans la librairie. Mais si l'enseigne opère de manière classique dans le cadre professionnel, ce sont d'abord ce qu'on appelle les "comptes en or" qui vont être privilégiés: pas forcément les auteurs qui vendent le mieux, mais ceux qui dépendent des éditeurs ayant le plus d'influence auprès du magasin. 

Bref, j'ai compris que les critères de "nouveau livre paru, que je n'ai jamais dédicacé chez vous", ou même de nombre de lecteurs qui attendraient la suite d'un de mes livres, ces critères-là ne pèseraient pas lourd. 

Pour les auteurs indépendants, il est important de savoir faire preuve de souplesse et d'adaptabilité. Est-ce que cela vaut encore la peine de faire une demande de dédicace auprès d'une enseigne Cultura, ou bien est-ce une perte de temps et d'énergie? 

Est-ce que cette politique s'impose vraiment au niveau national à tous les magasins? Si c'est vraiment le cas, je conseillerais à mes confrères auteurs de pratiquer la stratégie du footballeur. 

Prenons un footballeur qui mouille le maillot et donne entière satisfaction. Un nouveau coach débarque, et voilà notre footballeur relégué sur le banc de touche. Si ce footballeur souhaite retrouver du temps de jeu, il n'aura qu'une seule option: demander son transfert, et signer avec une autre équipe. 

Je n'ai aucune raison de mettre en doute la parole de la libraire que j'ai eue au téléphone. 

Une autre expérience me conforte dans l'idée qu'il s'agit d'une consigne nationale (reste à savoir si c'est une consigne obligatoire ou non). 

Le premier signal d'alarme en 2018 s'est mis à résonner dans ma tête quand j'ai reçu un email du Cultura Carré Sénart me demandant de venir récupérer des livres restés en dépôt chez eux. 

En général, je fais deux ou trois séances de dédicace par an dans ce magasin situé en Seine et Marne. Je récupère les livres restés en dépôt (invendus redéposés en rayon) à cette occasion. 

J'avais donc renvoyé un email sollicitant de nouvelles séances de dédicace pour 2018, en disant que je récupérerai les livres à cette occasion. Email non répondu. Trois semaines plus tard, au retour de vacances de la personne s'occupant des dédicaces, j'apprends qu'une nouvelle politique est mise en place. Voici un large extrait de l'email que j'ai reçu: 

Tout d'abord, nous souhaitons organiser nos dédicaces en fonction des opérations qui ont lieu en magasin (Par exemple, programmer des auteurs de littérature jeunesse en dédicace, lors du mois de la jeunesse, des auteurs de polars lors du mois du polars etc ...)

Par ailleurs, notre agenda de dédicaces est toujours complet presque 6 mois à l'avance avec des auteurs que nous recevons fréquemment, pour ne pas dire régulièrement. 
Nous souhaitons aujourd'hui diversifier nos dédicaces et permettre notamment à de nouveaux auteurs de pouvoir faire une dédicace dans notre magasin.
Chose qu'ils ne peuvent faire, et que nous ne pouvons pas organiser, puisque les places disponibles sont généralement prises par les auteurs "habituels" si je puis dire. 

Je ne remets pas en cause les ventes d'ouvrages effectivement, mais comprenez que nous ne sommes pas obligés de programmer des dédicaces selon le bon vouloir des auteurs, et qu'il s'agit d'un service rendu et d'un choix de notre part.

Nouvelle politique, donc, mais apparemment différente de celle du Cultura Franconville, puisqu'il est question d'opérations comme le mois de la jeunesse ou le mois du polar. 

En fait, l'enseigne Cultura a mis en place des opérations similaires, et notamment Livres en live, au cours des années précédentes, donc pour moi, il ne s'agissait pas réellement d'un changement. 

Le vrai changement, c'était d'apprendre que je ne pourrai pas revenir dédicacer dans ce magasin sur toute l'année 2018 si je n'y étais pas invité. Et ce, malgré la sortie de Passager clandestin, mon dernier thriller, début janvier 2018. 

Et ce, malgré plus de 550 livres vendus depuis 2010 dans ce Cultura en 22 séances d'une journée chacune. 

Malgré les 31 livres vendus lors de la dernière séance au Cultura Carré Sénart en décembre 2017.

Ouch.

A la lumière des révélations qui m'ont été faites à Franconville, je suis en droit de penser qu'en réalité, le magasin de Carré Sénart se met à appliquer la politique de deux séances de dédicace par mois. Tout en cherchant en effet à faire venir de nouveaux auteurs, mais sur un nombre de dates très réduit dans l'année.

Donc, on ne m'a pas menti: on ne m'a simplement pas dit toute la vérité. 

L'enjeu financier est évidemment important pour moi: je vis des ventes de mes livres en séance de dédicace. J'ai aussi appris à ne pas dépendre d'un seul acteur, ce dont je me félicite aujourd'hui. 

Il faut aussi savoir que lorsqu'une enseigne reçoit un auteur, ce n'est pas juste une faveur que cette enseigne fait à l'auteur: cela fait de l'animation pour le magasin, et l'enseigne perçoit, dans le cas d'un Cultura, 30% de marge par livre vendu. Dans le cas de centres commerciaux de type Auchan ou Cora, c'est plutôt 20%.

Enjeu ou non, je ne harcèle jamais les libraires, même s'il m'arrive d'appeler si un email renvoyé plusieurs fois n'est pas répondu. Le harcèlement est très logiquement puni par la loi, je déconseille fortement cette voie à tous les auteurs.

Si je dois me résoudre à dédicacer mes livres dans le coffre de ma voiture, je le ferai, bien sûr. Cela peut sembler contre-intuitif étant donné le nombre d'enseignes commerciales présentes sur l'Ile de France, mais il faut savoir s'adapter. S'il est vraiment trop difficile pour un libraire de recevoir un auteur, nous aurons toujours moyen de nous débrouiller par nous-mêmes.

Pour l'instant, mes dates sont heureusement presque bouclées pour l'année 2018. Si vous êtes lecteur et que vous vous demandez où vous pouvez me retrouver en dédicace, toutes mes dates figurent sur la colonne de droite de ce blog. 

[EDIT 21/02/2018]: je viens d'avoir la réponse à la question que je me posais, de la part d'une libraire d'un autre Cultura que ceux précédemment cités, qui me disait que pour sa part, elle organisait quatre séances de dédicace par mois. Il n'y a donc pas de nombre de dédicaces imposées au niveau national par magasin, j'en ai eu la confirmation formelle.

dimanche 4 février 2018

Salon du Livre Paris Porte de Versailles

Faire partie de l'Alliance Rebelle des Auteurs Indépendants implique certaines responsabilités. 



Oui, on peut vendre des livres pendant le Salon du livre de Paris porte de Versailles. 

Une petite parenthèse tout d'abord: si vous vous demandez si mes chiffres sont exacts, n'hésitez pas à vérifier auprès des magasins concernés: même s'ils ne peuvent vous répondre sur une période précise, ils auront au moins une idée du nombre de livres que j'ai vendus chez eux depuis mes débuts. 

Le samedi 22 mars 2014, en plein salon du livre de Paris porte de Versailles, j'ai dédicacé 19 livres au Cultura la Queue en Brie, dans le 94.

Le samedi 21 mars 2015, pendant que 200 auteurs manifestaient au salon du livre de Paris, j'ai vendu 21 livres chez Auchan Plaisir, dans le 78. 

Le samedi 19 mars 2016, tandis que le salon du livre de Paris battait son plein à la porte de Versailles, je dédicaçais 24 livres au Cultura Villennes, dans le 78. 

Le samedi 25 mars et dimanche 26 mars 2017, pendant que se déroulait le salon du livre de Paris rebaptisé Livre Paris 2017, j'ai dédicacé 42 livres au Cultura Franconville, dans le 95. 

Donc, oui, on peut vendre des livres pendant le Salon du livre de Paris porte de Versailles. On peut même les vendre ailleurs. Surtout si on est auteur indépendant. 

Quand je disais que je faisais partie de l'Alliance Rebelle des Auteurs Indépendants, c'était une boutade. Une telle structure n'existe pas, en tout cas pas de manière formelle. 

Il faut savoir que pour moi, qu'on l'appelle Livre Paris ou Salon du Livre de Paris porte de Versailles, ce salon organisé par Reed-Elsevier, devenu le groupe RELX, se trouve être le symbole absolu de l'édition traditionnelle dans tout ce qu'elle peut avoir de prédateur. 

Le prix des stands, tout d'abord. Je n'ai pas vérifié dans le détail pour cette année, mais il y a quelques années, c'était dans les 900 euros pour un stand riquiqui. Les stands des gros éditeurs peuvent dépasser les 100 000 €.

Mais aussi bien sûr, le fait qu'Elsevier souffre d'une très mauvaise réputation de par ses pratiques prédatrices dans l'édition universitaire. Avec des marges phénoménales.

Vous me direz, la principale qualité d'un tel salon est de nouer des contacts au niveau professionnel, et vous aurez raison. Cela peut être une bonne idée, par exemple, pour un auteur indépendant, de parcourir les travées du salon pour vérifier quels sont les prix pratiqués par les imprimeurs. Ou de contacter des graphistes. Ou des correcteurs.

Le salon draine également énormément de monde, et même si une grande partie du public vient pour les stars, il y aura cette année un stand d'auteurs indépendants

Mais en ce qui me concerne, et cet avis est tout personnel, vous l'aurez compris, j'ai énormément de mal avec ce salon. Le samedi 17 mars 2018, je serai à l'Espace culturel Leclerc Le Plessis Belleville, dans le 60.

Je ne me déplace plus aux Imaginales d'Epinal pour une raison similaire, qui est le prix des stands. 

En tant qu'auteur artisan, je préfère les ventes à la notion de notoriété et de retombées, d'ailleurs aussi hypothétiques l'une que l'autre. 

On pourrait me reprocher de m'encroûter, de me rigidifier dans une posture d'auteur idéaliste arc-bouté sur ses grands principes. 

Eh bien, cela vous surprendra peut-être, mais il m'est arrivé d'applaudir la signature d'un contrat d'édition traditionnelle par un auteur indé. Pourquoi? Parce que je connais le sens de l'entreprise de l'auteur en question, et que je lui fais confiance pour prendre la meilleure solution pour lui. Parce que je sais que l'édition tradi connaît une certaine évolution, dans ce sens où des éditeurs précis, qui souhaitent démarcher les auteurs connaissant le succès sur Amazon, sont prêts à leur laisser leurs droits numériques, en tout cas sur la plate-forme Amazon, qui se trouve être souvent la plate-forme pour laquelle ces auteurs publiaient auparavant en exclusivité. 

Oui, on peut s'hybrider sans perdre son âme.

Quand je vois le nombre de pages lues via Kindle Unlimited et le classement de ces auteurs sur Amazon, je comprends aussi leur choix d'y publier en exclusivité, même si ce choix n'est pas le mien. 

Concernant les évolutions en cours, le message que j'ai envie de lancer à la sphère indé, c'est que les prochains droits qu'il faudra défendre avec vigueur, outre le numérique, ce sont les droits des livres audio. 

L'auteur Michael Sullivan s'est ainsi séparé de son éditeur Del Rey parce que la maison mère de Del Rey, Penguin Random House, avait décrété que les contrats ne pouvaient être signés que si l'auteur cédait ses droits audio à l'éditeur.

Si vous lisez l'anglais, cet article est vraiment édifiant.

Or, Michael Sullivan et son épouse, dans leur grande sagesse, avaient déjà négocié les droits audio avec un éditeur audio, parce que l'argent que leur donnait cet éditeur ne se refusait pas, et l'emportait sur leur contrat initial avec Del Rey. 

Faire en sorte qu'il n'y ait rien à négocier avec l'éditeur pour votre prochain livre parce que les droits en question ont déjà été cédés est donc une excellente manoeuvre, susceptible de vous mettre en position de force... à condition d'avoir fait vos calculs, et d'être prêt à aller jusqu'au bout dans le "non", en rompant le prochain contrat faute d'accord. 

Ce qui me fait aussi dire que vous ne devriez vous engager dans vos signatures de contrat que sur un seul roman, pas davantage.