mardi 30 juin 2026

Quand Auchan se fait (encore) tirer l'oreille pour les factures

En mai 2022, j'écrivais l'un des articles "coup de gueule" les plus lus de ce bog (près de 5000 vues), au sujet des problèmes que je rencontrais pour voir mes factures réglées par le groupe Auchan. "On a beaucoup parlé de vous", m'avait confié l'un des chefs de rayon de l'un des magasins, plusieurs semaines après la parution de l'article. Malheureusement, quatre ans plus tard, le problème se repose de nouveau. Et d'après ce que j'ai appris, je ne suis pas le seul auteur concerné. 

Qu'on se le dise, l'autoédition reste un combat pour gagner son beefsteak. Un chef de rayon me disait que d'autres auteurs se plaignent de ne pas avoir été réglés à temps par la centrale. L'un d'eux ne l'a pas été depuis 3 mois. 

En ce qui me concerne, j'ai pu me faire régler au début du mois de juin plusieurs factures en souffrance chez Auchan, dont l'une dépassait les deux mois de retard et était soumise à pénalités de règlement. Il y en avait pour un peu plus de 900 € en tout.  

Le site de règlement ASAP ne rend plus compte depuis bien longtemps maintenant de chaque facture envoyée. En d'autres termes, aucun accusé de réception. Le site ne fonctionne que lorsqu'on est sur le point d'être payé. Ainsi, la somme d'environ 900 € n'est apparue dans l'échéancier des règlements que quelques jours avant le paiement effectif.  

Il est aussi impossible de joindre la comptabilité générale par téléphone. Les emails ne sont pas répondus, ou alors, seulement lorsqu'une pression suffisante est exercée.  

Ce problème chronique de retards de règlements pourrait-il concerner d'autres fournisseurs Auchan que les auteurs autoédités? J'en ai peur.  

Lorsque l'on constate des problèmes de paiement aussi récurrents chez un groupe comme Auchan, dont on sait qu'il est en difficulté au  point d'avoir dû se séparer d'environ 300 supermarchés en 2025, on peut formuler deux hypothèses : 

- soit les effectifs de la comptabilité générale sont trop faibles, et celle-ci est débordée

- soit les comptables ont reçu pour instruction de ne pas régler certains fournisseurs parmi les moins puissants ou influents

Les deux hypothèses peuvent d'ailleurs être toutes les deux valables. Elles ont pour point commun de permettre au groupe Auchan de faire des économies. 

Mais attention, parce qu'il y a des économies qui coûtent cher. Souvenons-nous de mon fameux article de 2022. Je disais à l'époque un comptable local, en magasin, m'a confié que chacun des emails qu'ils envoyaient à la centrale étaient supprimés avant même d'être lus

On a l'impression que ces pratiques sont encore en vigueur. Il y aurait de quoi demander un audit des services de comptabilité générale du groupe Auchan, tenu par la famille Mulliez.   

Le covid, la guerre en Ukraine en 2022, la guerre en Iran de 2026, la canicule... Le pouvoir d'achat des Français baisse année après année. En même temps, la fréquentation des hypermarchés s'amoindrit. Les choses deviennent plus dures pour tout le monde. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas acquitter ses factures en temps et en heure. 

Lorsque, il y a quelques mois, les services comptables de Cultura m'ont adressé par erreur un virement de plus de 3000 € en règlement d'une facture de 400 €, j'aurais pu dire, "tiens, les temps sont durs, je vais les faire attendre plusieurs mois avant de les rembourser." 

Mais non, je les ai remboursés dans la semaine. 

D'ailleurs, au sujet des Cultura, je n'ai pas de problèmes de règlements avec eux. Avec les Leclerc, ça dépend un peu des endroits, mais ce n'est pas aussi difficile qu'avec Auchan en ce moment.

Et quant à la Fnac? Je ne dédicace pas à la Fnac, qui prend 40% du prix de chaque livre aux auteurs et éditeurs, là où Auchan et Leclerc prennent 20%, et Cultura 30%. Je dédicace d'autant moins à la Fnac que j'ai souvenir, à l'époque où je vendais mes livres papier en ligne, d'une facture qui avait traîné un an avant d'être réglée. Ce qui m'a conduit, d'ailleurs, à cesser de distribuer mes livres papier sur la Fnac. 

Les centres commerciaux recevant les auteurs en France n'étant pas si nombreux, et moins nombreux qu'auparavant depuis que le groupe Cora a été avalé par Carrefour, qui ne reçoit aucun auteur, je n'ai pas d'autre choix que de continuer à travailler avec Auchan pour le moment. Mais je souhaite bien sûr que les problèmes que je rencontre soient réglés. Pour moi aussi bien que pour mes collègues qui éprouvent les mêmes difficultés.    

mardi 9 juin 2026

Infini Respect pour le Cerveau Humain

La montée en puissance des modèles de langage de grande taille, les fameux LLM plus communément appelés Intelligence Artificielle (IA), a donné naissance à des jugements péremptoires chez certains auteurs, jugeant ces IA plus intelligentes que l'être humain. Ou même, estimant que de leur vivant, dans quelques années, il sera possible de télécharger le cerveau humain dans une machine. Ma propre réaction a été ambivalente. L'émerveillement de la puissance de ces LLM, qui seront sans doute capables bientôt d'écrire des romans très convaincants, mais aussi l'effarement et la stupéfaction par rapport à cette révolution si soudaine et abrupte apportée dans la société. La réaction émotionnelle liée à la peur d'être remplacé et de devenir inutile, teintée de dépression et du doute de moi-même. Tout en ayant conscience, grâce à mes connaissances, que le cerveau humain, dans bien des domaines, est encore loin d'être battu par l'IA, et que si l'on veut aborder ce sujet, il faut aller plus loin que le simple cerveau, pour aller vers le rapport au corps humain tout entier. 

Personne n'aime être remplacé, bien sûr. Mais chez nous autres auteurs, cette irruption de l'IA, et même son intronisation en tant que puissance, a un impact tout particulier. Je ne fais pas référence au fait que les auteurs ont depuis déjà un bon moment voulu créer la vie (Frankenstein, évidemment, mais pas que), et qu'en SF en particulier, l'IA avait été prédite depuis un bon moment. Je n'évoque pas non plus cette espèce d'accélération de la concurrence que provoque l'IA: après avoir perdu en bonne partie mon boulot de journaliste jeux vidéo en raison de la concurrence d'Internet au début des années 2000, je me rends compte que l'IA vient encore booster cette concurrence d'Internet et rendre plus prégnant et redoutable encore ce remplacement des professions du tertiaire que j'avais déjà vécu personnellement. Avec une différence majeure, cette fois, c'est que les ingénieurs informatiques eux-mêmes deviennent remplaçables, pour la plupart d'entre eux. Une différence qui, soit dit en passant, en toute logique, devrait forcer la société à aller vers un revenu universel inconditionnel. Mais c'est un autre sujet. 

Non, cet impact si particulier chez les auteurs est psychologique. Nous autres auteurs sommes en grande partie touchés par le syndrome de l'imposteur. Vous savez, cette tendance à penser que nous ne méritons pas le pain que nous gagnons. Une tendance qui nous a conduit en tant que profession à accorder des super pouvoirs à d'autres êtres humains appelés "éditeurs". Le super pouvoir de refuser 99,9% des manuscrits que nous leur envoyons. Le super pouvoir de mettre fin à nos carrières en une seule décision. En une seule phrase. Cette tendance qui nous confère la certitude que l'on ne peut pas gagner sa vie avec sa plume en écrivant des romans, et qu'il nous faut un autre métier. Cette tendance qui nous déprofessionnalise et nous décrédibilise auprès des gens du métier du livre. 

Sauf, bien sûr, si on fait le choix de l'autoédition. Dans ce cas, en devenant des auteurs autoédités, on se réapproprie nos pouvoirs. On se dévictimise, en étant les seuls responsables de nos succès et de nos échecs. On devient adultes et responsables. On devient de véritables professionnels de notre métier. 

Mais bref, je diverge. Même les auteurs autoédités qui ne dépendent pas d'un éditeur pour mener leur barque de manière professionnelle sont sujets au syndrome de l'imposteur. C'est humain. Les auteurs autoédités peuvent lutter plus efficacement contre ce syndrome grâce à leurs chiffres de ventes, parce qu'ils savent qu'ils ne doivent rien à un éditeur. Mais parfois, ce syndrome resurgit malgré tout. Et donc, l'irruption d'une IA concurrente ne peut que renforcer ce syndrome. 

Le moyen de ne pas céder au fatalisme? Décider, comme je l'expliquais dans mon précédent article, Tristan, d'utiliser l'IA comme l'outil qu'elle est, et non de la voir comme une concurrente. Un outil qui nous permet de nous professionnaliser encore plus en bénéficiant d'une sorte de regard extérieur si précieux.  

Revenons maintenant au cœur du sujet du jour, à savoir, la rivalité entre le cerveau humain et l'IA. Il faut d'abord avoir conscience que jouer au jeu de la comparaison entre les deux a quelque chose de stupide. Ces LLM, modèles de langage de grande taille, se servent de réseaux neuronaux directement inspirés de la manière de fonctionner du cerveau humain. Comment une IA qui duplique une partie seulement des fonctions du cerveau pourrait-elle en être supérieure? Alors oui, l'agrégation de multiprocesseurs, de disques durs et de bases de données qui stockent et analysent l'intégralité du savoir humain vont venir rivaliser et battre l'humain dans de nombreux domaines, au prix toutefois d'une dépense énergétique croissante, de nature à mettre en danger l'écologie. 

On est battus aux échecs, au jeu de go, en programmation, en puissance de calcul brute. Peut-être demain en littérature.

Mais... mais un enfant de deux ans va battre l'IA dès lors qu'il s'agira de représenter une forme connue, comme un chat par exemple. L'hyperspécialisation innée de notre cerveau dans des domaines ardus comme l'interprétation des expressions faciales demande des ressources absolument dévorantes à l'IA pour rivaliser. 

N'oubliez jamais que le cerveau est l'un des objets les plus complexes de l'univers. Einstein lui-même disait que notre plus grand pouvoir, c'est l'imagination. Un pouvoir issu des interactions quantiques à l'intérieur de notre cerveau. Un savoir quantique que l'être humain est très loin de maîtriser, même avec l'aide de l'informatique. 

Et il ne faut pas s'arrêter au cerveau. Ses interactions avec le reste du corps humain ne sont pas toujours parfaitement comprises. Le lien entre des sentiments basiques qui nous viennent des tripes, ou d'autres parties du corps. 

Dans le fonctionnement même du corps, les ingénieurs ont toutes les peines, ne serait-ce qu'à faire marcher des robots. Et pourtant, ils se servent de l'IA.

Est-ce que vous réalisez la merveille d'économie de moyens alliée à la puissance que représente le cerveau humain, et la débauche gigantesque d'énergie que représente l'IA? Il y a un moment où il faut arrêter l'autoflagellation. En tant qu'auteur de SF, je suis persuadé, par exemple, que je ne verrais jamais de mon vivant le téléchargement intégral d'un esprit humain dans une machine.   

Il y a une dimension mystique, spirituelle à cette recherche de l'émergence d'une intelligence artificielle générale, autonome et douée de volonté, qui semble être la quête actuelle des ingénieurs de la Silicon Valley. Ces ingénieurs cherchent à remplacer dieu, à créer une entité en tous points supérieure à l'humain. Mais ces ingénieurs sont loin, très loin d'avoir compris l'intégralité de cet objet le plus complexe de l'univers qu'est le cerveau humain. 

Je ne cherche pas à minimiser la révolution que représente l'IA. J'ose espérer que les progrès vont s'axer de plus en plus sur une consommation moindre d'énergie par celle-ci. Mais si j'ai un message à faire passer ici, c'est qu'il n'y a qu'en nous rabaissant en tant qu'espèce que nous ferons en quelque sorte passer l'IA devant nous, en faire une sorte d'être supérieur. Si l'IA arrive un jour à un degré d'autonomie comparable au nôtre, ce dont je doute, sa nature profonde sera très différente de l'être humain. Et on ne compare pas des oranges avec des pommes.