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mardi 9 juin 2026

Infini Respect pour le Cerveau Humain

La montée en puissance des modèles de langage de grande taille, les fameux LLM plus communément appelés Intelligence Artificielle (IA), a donné naissance à des jugements péremptoires chez certains auteurs, jugeant ces IA plus intelligentes que l'être humain. Ou même, estimant que de leur vivant, dans quelques années, il sera possible de télécharger le cerveau humain dans une machine. Ma propre réaction a été ambivalente. L'émerveillement de la puissance de ces LLM, qui seront sans doute capables bientôt d'écrire des romans très convaincants, mais aussi l'effarement et la stupéfaction par rapport à cette révolution si soudaine et abrupte apportée dans la société. La réaction émotionnelle liée à la peur d'être remplacé et de devenir inutile, teintée de dépression et du doute de moi-même. Tout en ayant conscience, grâce à mes connaissances, que le cerveau humain, dans bien des domaines, est encore loin d'être battu par l'IA, et que si l'on veut aborder ce sujet, il faut aller plus loin que le simple cerveau, pour aller vers le rapport au corps humain tout entier. 

Personne n'aime être remplacé, bien sûr. Mais chez nous autres auteurs, cette irruption de l'IA, et même son intronisation en tant que puissance, a un impact tout particulier. Je ne fais pas référence au fait que les auteurs ont depuis déjà un bon moment voulu créer la vie (Frankenstein, évidemment, mais pas que), et qu'en SF en particulier, l'IA avait été prédite depuis un bon moment. Je n'évoque pas non plus cette espèce d'accélération de la concurrence que provoque l'IA: après avoir perdu en bonne partie mon boulot de journaliste jeux vidéo en raison de la concurrence d'Internet au début des années 2000, je me rends compte que l'IA vient encore booster cette concurrence d'Internet et rendre plus prégnant et redoutable encore ce remplacement des professions du tertiaire que j'avais déjà vécu personnellement. Avec une différence majeure, cette fois, c'est que les ingénieurs informatiques eux-mêmes deviennent remplaçables, pour la plupart d'entre eux. Une différence qui, soit dit en passant, en toute logique, devrait forcer la société à aller vers un revenu universel inconditionnel. Mais c'est un autre sujet. 

Non, cet impact si particulier chez les auteurs est psychologique. Nous autres auteurs sommes en grande partie touchés par le syndrome de l'imposteur. Vous savez, cette tendance à penser que nous ne méritons pas le pain que nous gagnons. Une tendance qui nous a conduit en tant que profession à accorder des super pouvoirs à d'autres êtres humains appelés "éditeurs". Le super pouvoir de refuser 99,9% des manuscrits que nous leur envoyons. Le super pouvoir de mettre fin à nos carrières en une seule décision. En une seule phrase. Cette tendance qui nous confère la certitude que l'on ne peut pas gagner sa vie avec sa plume en écrivant des romans, et qu'il nous faut un autre métier. Cette tendance qui nous déprofessionnalise et nous décrédibilise auprès des gens du métier du livre. 

Sauf, bien sûr, si on fait le choix de l'autoédition. Dans ce cas, en devenant des auteurs autoédités, on se réapproprie nos pouvoirs. On se dévictimise, en étant les seuls responsables de nos succès et de nos échecs. On devient adultes et responsables. On devient de véritables professionnels de notre métier. 

Mais bref, je diverge. Même les auteurs autoédités qui ne dépendent pas d'un éditeur pour mener leur barque de manière professionnelle sont sujets au syndrome de l'imposteur. C'est humain. Les auteurs autoédités peuvent lutter plus efficacement contre ce syndrome grâce à leurs chiffres de ventes, parce qu'ils savent qu'ils ne doivent rien à un éditeur. Mais parfois, ce syndrome resurgit malgré tout. Et donc, l'irruption d'une IA concurrente ne peut que renforcer ce syndrome. 

Le moyen de ne pas céder au fatalisme? Décider, comme je l'expliquais dans mon précédent article, Tristan, d'utiliser l'IA comme l'outil qu'elle est, et non de la voir comme une concurrente. Un outil qui nous permet de nous professionnaliser encore plus en bénéficiant d'une sorte de regard extérieur si précieux.  

Revenons maintenant au cœur du sujet du jour, à savoir, la rivalité entre le cerveau humain et l'IA. Il faut d'abord avoir conscience que jouer au jeu de la comparaison entre les deux a quelque chose de stupide. Ces LLM, modèles de langage de grande taille, se servent de réseaux neuronaux directement inspirés de la manière de fonctionner du cerveau humain. Comment une IA qui duplique une partie seulement des fonctions du cerveau pourrait-elle en être supérieure? Alors oui, l'agrégation de multiprocesseurs, de disques durs et de bases de données qui stockent et analysent l'intégralité du savoir humain vont venir rivaliser et battre l'humain dans de nombreux domaines, au prix toutefois d'une dépense énergétique croissante, de nature à mettre en danger l'écologie. 

On est battus aux échecs, au jeu de go, en programmation, en puissance de calcul brute. Peut-être demain en littérature.

Mais... mais un enfant de deux ans va battre l'IA dès lors qu'il s'agira de représenter une forme connue, comme un chat par exemple. L'hyperspécialisation innée de notre cerveau dans des domaines ardus comme l'interprétation des expressions faciales demande des ressources absolument dévorantes à l'IA pour rivaliser. 

N'oubliez jamais que le cerveau est l'un des objets les plus complexes de l'univers. Einstein lui-même disait que notre plus grand pouvoir, c'est l'imagination. Un pouvoir issu des interactions quantiques à l'intérieur de notre cerveau. Un savoir quantique que l'être humain est très loin de maîtriser, même avec l'aide de l'informatique. 

Et il ne faut pas s'arrêter au cerveau. Ses interactions avec le reste du corps humain ne sont pas toujours parfaitement comprises. Le lien entre des sentiments basiques qui nous viennent des tripes, ou d'autres parties du corps. 

Dans le fonctionnement même du corps, les ingénieurs ont toutes les peines, ne serait-ce qu'à faire marcher des robots. Et pourtant, ils se servent de l'IA.

Est-ce que vous réalisez la merveille d'économie de moyens alliée à la puissance que représente le cerveau humain, et la débauche gigantesque d'énergie que représente l'IA? Il y a un moment où il faut arrêter l'autoflagellation. En tant qu'auteur de SF, je suis persuadé, par exemple, que je ne verrais jamais de mon vivant le téléchargement intégral d'un esprit humain dans une machine.   

Il y a une dimension mystique, spirituelle à cette recherche de l'émergence d'une intelligence artificielle générale, autonome et douée de volonté, qui semble être la quête actuelle des ingénieurs de la Silicon Valley. Ces ingénieurs cherchent à remplacer dieu, à créer une entité en tous points supérieure à l'humain. Mais ces ingénieurs sont loin, très loin d'avoir compris l'intégralité de cet objet le plus complexe de l'univers qu'est le cerveau humain. 

Je ne cherche pas à minimiser la révolution que représente l'IA. J'ose espérer que les progrès vont s'axer de plus en plus sur une consommation moindre d'énergie par celle-ci. Mais si j'ai un message à faire passer ici, c'est qu'il n'y a qu'en nous rabaissant en tant qu'espèce que nous ferons en quelque sorte passer l'IA devant nous, en faire une sorte d'être supérieur. Si l'IA arrive un jour à un degré d'autonomie comparable au nôtre, ce dont je doute, sa nature profonde sera très différente de l'être humain. Et on ne compare pas des oranges avec des pommes.  

dimanche 2 avril 2023

Ursula montre la voie

Il faut toujours suivre la Grande Ourse pour trouver son chemin. En 1974 dans son roman The Dispossessed, bien avant que l'autoédition ne devienne aussi populaire, la romancière de Science-Fiction Ursula Le Guin a montré la voie à tous les auteurs autoédités. 

He was therefore certain, by now, that his radical and unqualified will to create was, in Odonian terms, its own justification. His sense of primary responsibility towards his work did not cut him off from his fellows, from his society, as he had thought. It engaged him with them absolutely. -- Ursula Le Guin, The Dispossessed, 1974

Il était par conséquent certain, à présent, que sa volonté radicale et sans réserves de créer était, en termes Odoniens, sa propre justification. Son sens de la responsabilité première envers son œuvre ne le coupait pas de ses semblables, de la société, comme il l'avait cru. Il l'engageait absolument avec eux. -- Ursula Le Guin, Les Dépossédés, 1974

Tel est donc le magistral coup de pied qu'Ursula Le Guin envoya au syndrome de l'imposteur dans son roman du cycle de Hainish Les Dépossédés, en 1974. Bien sûr, la phrase est prise en dehors de son contexte: elle s'applique ici au théoricien scientifique Shevek et non à un auteur. Néanmoins, on peut facilement l'étendre à tous les auteurs autoédités, ce que je m'empresse ici de faire. 

C'est peut-être parce que mon frère aîné est chercheur en astrophysique, mais j'ai toujours assimilé notre travail d'auteur à un travail de recherche. Depuis que je connais l'existence des expériences de pensée d'Einstein, j'ai tendance à rapprocher fortement ce processus de notre processus créatif, à nous autres auteurs. 

Shevek se rapproche pour moi par certains côtés d'un auteur autoédité: il s'agit d'un scientifique de haut vol dont la science ne sert à rien à la société, car le niveau technologique de son monde ne lui permet pas de mettre en pratique ses découvertes théoriques par le truchement de l’ingénierie. Et du coup, sa société a tendance à l'employer à des tâches bassement matérielles, sans exploiter son véritable potentiel. C'est pourquoi Shevek va devoir s'exiler pour se réaliser.

Nous autres auteurs autoédités sommes reconnus pour notre travail et notre vaillance par une grande majorité de lecteurs. Ce n'est donc pas tant au niveau de la société que le bât blesse qu'au niveau de nos pairs qui font le choix de l'édition traditionnelle. Et bien sûr de l'édition traditionnelle elle-même et par extension, d'une bonne partie des professionnels de la chaîne du livre.

La société est en effet bâtie de telle manière que ce sont les branches professionnelles qui se structurent afin de filtrer les membres de chaque profession par la sélection, de manière à légitimer auprès de la société ceux qui sont censés être les plus doués.

C'est cette fonction de légitimation, de gardien du portail, que l'autoédition enjambe allègrement pour rapprocher les auteurs de leur public. 

Ce que ne nous dit pas Ursula Le Guin est en l'occurrence aussi important que ce qu'elle nous dit. Elle ne nous dit pas que la justification de la volonté de créer de Shevek est le fait que Shevek soit doué, qu'il soit un chercheur talentueux. Elle ne nous dit pas, en d'autres termes, que Shevek a le droit de créer parce qu'il est doué ou compétent. Non. Elle nous dit que la volonté de création emporte sa propre justification.

Et ça, chers amis victimes du complexe de l'imposteur, doutant de votre propre talent ou bien de la reconnaissance par vos pairs, ou par la société, de votre talent et de vos compétences, c'est la clé. Et j'ajouterais personnellement que cette justification, pour interne qu'elle puisse paraître, devra bien un jour ou l'autre être reconnue officiellement par la société.

mercredi 21 décembre 2022

1150 livres

Retour à la normale, ou presque. Après les deux années de Covid qui auront marqué une forte baisse de mon activité, 2020 et 2021, cette année 2022 m'aura permis, avec 1150 livres papier vendus, de retrouver un niveau de vente plus habituel. Pas de quoi s'enrichir, bien sûr, tout juste survivre, mais l'essentiel pour moi a toujours été de vivre de ma passion. 

Imaginez cent mille Alan Spade. Juste cent mille auteurs autoédités en France qui vendent plus de 1000 livres en un an. Cela ferait plus de 100 millions de livres vendus qui échapperaient à l'édition traditionnelle chaque année. Soit entre un quart et un cinquième de la vente totale de livres en France en un an (2021 avait été une année exceptionnelle pour l'édition, avec 480 millions de livres vendus). 

Et encore. Si on ne compte que les romans de fiction, je suis sûr que plus de 100 millions de romans de fiction vendus en autoédition, ça donnerait un poids bien supérieur à un quart ou un cinquième du secteur pour l'autoédition. 

Mais bien sûr, c'est juste une fantaisie. Il n'y aurait pas assez de place en dédicace pour 100 000 auteurs: les lieux sont limités, les temps de dédicace aussi. C'est juste un exercice de pensée, mais qui garde son intérêt, pour montrer que l'édition traditionnelle n'est pas invincible, y compris dans ce qu'elle considère comme ses bastions. 

Je continue de penser que seul le revenu universel inconditionnel est adapté pour les artistes et auteur. Et bien sûr, si ce revenu universel inconditionnel existait, il ne serait pas soumis aux cotisations Ursaff, puisque ce serait un revenu de subsistance: on n'ôte pas le pain de la bouche des gens avec des cotisations! Ces cotisations pourraient être versées sur les sommes gagnées par les auteurs et artistes en plus de ce revenu universel inconditionnel.  

Et je pense que ce revenu doit être universel, et non réservé aux seuls auteurs et artistes, pour de simples raisons d'équité sociale: les auteurs et artistes ne sont pas meilleurs que les autres, ne méritent pas plus de vivre que les autres. En faisant en sorte que les personnes qui sont en emploi perçoivent ce revenu universel, on maintient intacte la motivation pour le travail. Ce revenu universel doit aussi s'accompagner d'un logement universel afin de rendre les gens d'autant plus indépendants.

J'ai vendu ces 1150 livres sur une seule région, l'Ile de France. Sur ces 1150, à peine une dizaine ont été vendus par Amazon, les autres signés en dédicace. En raison de trop grandes difficultés de règlements facture, j'ai abandonné toute collaboration sur les livres papier avec la Fnac. Si j'avais eu les moyens de me démultiplier, de vendre sur les 13 régions françaises métropolitaines, je serais peut-être à plus de 10 000 livres papier vendus. Mais avec des "si", bien sûr...

Ce qu'il faut savoir, c'est que je n'ai nullement l'intention d'industrialiser mon activité: passer en offset, avec des tirages à 800 ou 1000 exemplaires pour chaque titre, ce serait beaucoup d'investissement, du stockage en entrepôt, davantage de temps de déplacement et de frais de déplacement, une logistique plus complexe. Et donc, beaucoup de risque en plus. 

Je préfère conserver l'aspect artisanal de mon activité, avec des tirages entre 100 et 500 exemplaires.

Je suis en train d'écrire mon septième roman destiné à la publication, de nouveau un roman de Science-Fiction, mais quelque part, c'est un crève-cœur pour moi de me dire qu'avec l'augmentation du nombre de titres, je vais forcément devoir en laisser de côté, ou réaliser une sorte de système de tournante pour permettre à chaque titre d'être vendu, au moins sur l'année si ce n'est à chaque séance. Parce que la place sur une table de dédicace n'est pas extensible à l'infini. 

Et ce ne sont pas les ebooks qui m'offrent de réelles perspectives: j'en ai vendu dix fois moins que de livres papier, 150 cette année. Et encore, c'est en raison d'une promotion que j'avais faite en fin d'année 2021, sans quoi je serai à 100 ebooks. 

J'ai en effet décidé de laisser tomber complètement cette année la pub Facebook et Amazon, ainsi que la promotion de mes titres en anglais via des newsletters américaines. Plus de pub du tout, en fait. Parce que ce n'est plus rentable pour moi, tout simplement. Et je ne vous dis pas de faire la même chose si vous êtes auteur: calculez en fonction de ce que ça vous rapporte.

Je vais vous faire une confidence: je déteste me mettre au service d'un algorithme. Surtout en sachant que ce dernier peut être modifié à tout moment.

La fin des confinements et de la plupart des restrictions liés au covid a donc permis un regain de mon activité. Néanmoins, les choses sont plus difficiles que par le passé, je trouve. Certains endroits qui recevaient des auteurs ont profité des restrictions pour garder leurs portes fermées aux auteurs, même après la fin des restrictions. C'est compliqué.

Le titre qui s'est le mieux vendu à mon catalogue est Memoria, avec plus de 360 exemplaires, suivi du Souffle d'Aoles et de Passager clandestin, avec respectivement 190 et 177 exemplaires. 

Depuis mes débuts de manière réellement suivie dans l'autoédition en 2010, j'en suis à plus de 12500 livres papier vendus, et 5300 ebooks. Mieux que rien, quand on n'est pas présent dans les rayons autres que numériques.

J'ai eu l'impression que Memoria méritait un bon accueil du public, et j'ai été heureux de voir les réactions de gens en dédicace. Je suis bien conscient, croyez-moi, de tenir mes ventes à bout de bras, et de n'avoir aucune maîtrise sur ce qu'on pourrait appeler "l'étincelle du bouche-à-oreille". Mais comme on dit, c'est le voyage qui compte, pas la destination. Enjoy!

dimanche 19 juin 2022

« Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? »

Lorsqu'un libraire me demande « Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? », ma réaction dans mon for intérieur est celle-ci : 😅😅😅😓😓. Parce que ce genre de question, bien sûr, va tout de suite me confronter à mes limites, et à celles de l'exercice de ma profession. C'est une question qui dépend bien sûr de ce que l'on met derrière l'expression "très connu", mais qui garde malgré tout, dans sa naïveté, une certaine légitimité.

« Vous êtes l'un des auteurs qui vendent le plus ici, et de très loin. Très peu vendent autant. Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? » C'est à peu près en ces termes que l'un des employés du rayon librairie du centre commercial Auchan à Soisy m'a posé la question qui m'a fait suer intérieurement.

Je lui ai aussitôt répondu, bien sûr, par rapport à l'absence de mes romans en rayons, le manque d'exposition lié au fait que je refuse la politique de retours des libraires, c'est à dire de devoir rembourser des livres, au bout de plusieurs mois, qui n'auraient pas été vendus. Je lui ai aussi parlé de mon carnet d'adresse proche du zéro absolu, qui ne me permet pas de passer par exemple à La Grande librairie, l'émission télé. De mes tentatives de pub payantes sur Facebook et Amazon, qui n'ont rien donné. De la traduction en anglais de la trilogie Ardalia, en Fantasy, et des Nouveaux Gardiens, en Thriller, suivis de publicités payantes dans des newsletters à plusieurs centaines de milliers d'abonnés US, qui n'ont rien donné non plus. Du fait que j'étais plutôt doué pour vendre mes bouquins en live, mais pas du tout pour le marketing sur internet. 

J'aurais aussi pu lui répondre que j'étais juste un borgne parmi des aveugles. J'aurais pu lui dire que mon record de vente sur une journée était de 42 livres, alors que Brandon Sanderson a physiquement dédicacé 1000 livres papier en une seule journée (cycle de la Roue du Temps dont il a écrit les derniers opus).

J'aurais pu lui dire, aussi, que Brandon Sanderson, qui a vendu des millions de livres, est inconnu du grand public, qu'il n'est connu que des amateurs de Fantasy, qui peuvent retrouver ses romans dans les rayons appropriés. Lui faire comprendre que le terme "très connu" est vraiment très subjectif, et que même JK Rowling est toujours l'inconnue de quelqu'un d'autre.

J'aurais pu lui parler de quelque chose de plus intime, de ma méfiance par rapport à la célébrité et tous ses pièges, qui transparaît dans mon article Mortelle célébrité

Mais si je savais que sa question avait malgré tout une légitimité, si je savais pourquoi elle me mettait mal à l'aise, c'est qu'en mon for intérieur, d'une certaine manière, je pense en connaître la réponse. C'est que pour moi, un best-seller qui se vend à plus d'une centaine de milliers d'exemplaires est une anomalie. Et que mes romans ne sont pas des anomalies, ce sont des livres "normaux". 

Un roman qui suscite une réaction d'accroche immédiate et un bouche à oreille très important, ce qui signifie que des lecteurs sont prêts à dépenser leur énergie pour le faire connaître, un roman qui créé un effet boule de neige, d'augmentation exponentielle des ventes, ce roman-là, et je suis désolé pour tous les lecteurs qui ont lu et apprécié mes livres, je ne l'ai pas écrit, tout simplement. Pas encore écrit? Peut-être. Je n'en sais rien, à vrai dire. C'est quelque chose qui ne dépend de moi qu'en partie. 

A une seule occasion, il m'est arrivé de ressentir cette anomalie qui peut être le signe d'un best-seller. C'était pour ma nouvelle gratuite Les Explorateurs. En décembre 2014, cette nouvelle s'est retrouvée n°1 au classement des téléchargements d'ebooks gratuits d'Amazon. Un peu plus de 600 exemplaires ont été téléchargés sur le mois de décembre 2014. Et je n'avais rien fait pour cela. Quelqu'un a juste parlé de cette nouvelle sur un site. 

La nouvelle Les Explorateurs est d'ailleurs la plus téléchargée de mon catalogue: 16700 téléchargements chez Apple, 4400 chez Amazon. Mais c'est du gratuit. Et pour les Explorateurs, j'avais fait l'effort d'inciter des proches à noter le livre sur Apple, parce qu'à partir de 10 notes, la nouvelle se retrouve davantage montrée aux lecteurs de l'application iBooks. Donc sur Apple, j'avais une sorte de levier pour le faire connaître. Je trouvais pénible de faire cet effort envers mes proches pour les autres livres, donc je ne l'ai pas reproduit, même si j'incite toujours mes lecteurs à mettre des notes et commentaires sur mes livres. 

De nos jours, il faut le savoir, le simple fait de mettre des étoiles à propos d'un livre sur un site de vente ou une application demande un effort gigantesque aux lecteurs. En tout cas à la plupart des lecteurs, pas à vous, bien sûr, cher lecteur, qui avez lu, noté, et même commenté au moins l'un de mes livres.

Donc, voilà, tout ça pour dire que je suis un auteur normal qui vend des livres normaux.  


lundi 28 février 2022

Fauché en plein vol

Lauréat du prix Fémina avec Vol de Nuit en 1931, grand prix du roman de l'Académie française avec Terre des Hommes en 1939, Antoine de Saint-Exupéry était déjà un écrivain à succès, connu et reconnu avant sa disparition tragique en 1944. Avant, donc, la publication en France du Petit Prince, en 1946. Quiconque se lance dans le métier d'auteur autoédité ou traditionnellement édité doit pourtant avoir à l'esprit que le livre de fiction le plus vendu au monde, Le Petit Prince, avec plus de 200 millions d'exemplaires vendus et une traduction en 300 langues, n'a été un succès universel qu'après la mort de son auteur. La mort vient ainsi parfois sublimer la vie d'un artiste comme ça a été le cas, par exemple, de James Dean ou de Marylin Monroe. Dans le cas de St-Ex, c'est son œuvre quasi posthume qui s'est ainsi retrouvée cristallisée. Ou, si l'on veut, propulsée au firmament, dans les étoiles. Quel est donc le mécanisme psychologique qui va provoquer cette réaction quasi alchimique? 


 

Poésie, imagination, tendresse, humanité... Les qualités du Petit Prince sont évidentes, et certaines maximes de ce livre d'enfant un peu triste, au moins aussi universelles que le succès qu'il a obtenu : 

- « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

-  « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

- « C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. » (Tous les auteurs en savent quelque chose.)

- « Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin. »

Au lendemain d'une guerre mondiale, découvrir qu'un pilote de l'armée de l'air spécialisé dans la reconnaissance aérienne, probablement abattu en vol, était en fait un poète et écrivain, ne pouvait pas manquer d'interpeller le public.

Une dose de mystère par rapport à sa mort, le romantisme d'un pilote, aventurier et poète mort pour son pays, l'aura de la Seconde Guerre Mondiale, le prestige de la noblesse et du nom qui sonne bien, autant d'ingrédients qui n'ont bien sûr rien à voir avec les qualités intrinsèques de l'auteur.

Le succès que connaissait St-Ex avant sa mort a pu agir comme le marchepied, un tremplin vers un bouche à oreille lui permettant d'obtenir un succès plus grand encore. Mais quel était le véritable détonateur?

Ce n'est pas n'importe quel livre de St-Ex qui a connu cet immense succès. Un livre pour enfants, donc à vocation universelle. Mais ça ne suffit toujours pas. L'idée qui a vraiment mis le feu aux poudres du succès, c'est la rareté, la précarité, la fragilité. Le Petit Prince n'est sorti à New-York qu'en 1943, et Saint-Exupéry a trouvé la mort en 1944. Si l'auteur était mort deux ans plus tôt, le livre ne serait jamais sorti, il aurait été perdu à jamais pour les lecteurs. Il s'en est fallu de peu, un peu plus et... Le lecteur ne peut manquer de penser qu'en achetant le livre, il va contribuer au sauvetage de l'œuvre. Comme s'il avait voulu sauver St Ex lui-même, le repêcher en mer.

Ce sont donc des circonstances totalement indépendantes de l'auteur comme de l'éditeur qui ont fait le succès du Petit Prince, ou en tout cas, si vous préférez, qui ont mis sur orbite le succès de ce livre, qui aurait peut-être de toute façon connu un succès, quoique moins galactique, grâce à ses qualités intrinsèques. 

Ce mécanisme de rareté qui rend les choses précieuses, les éditeurs en sont parfaitement conscients et en jouent en retardant par exemple la parution des livres grand format en poche. Je développe d'ailleurs cette thématique dans l'article De la rareté à l'abondance. 

Les auteurs autoédités en jouent aussi en précisant aux lecteurs qu'ils rencontrent en séance de dédicace qu'on ne retrouve pas leurs livres en rayons. Ce qui pourrait ressembler de notre part à un aveu de faiblesse se transforme donc en récit venant renforcer notre cause: en contrepartie de la rareté de nos livres, non présents en rayons, nous vivons de notre plume (certains d'entre nous en tout cas), car nous touchons bien davantage par livre vendu qu'un auteur traditionnellement édité dont l'ouvrage va être disponible en librairie.

Les lecteurs deviennent alors de plus en plus éduqués au fait que la surabondance de livres sur internet n'est pas forcément liée à la faible qualité de ces derniers. L'espace, sur les rayonnages, est limité, si bien que l'on n'a souvent d'autre choix que de commander sur internet. Sans oublier qu'entre deux romans de qualité similaire, c'est bien le choix arbitraire de l'éditeur qui va décider duquel va paraître. Entre deux romans que possède une maison d'édition, c'est bien le choix arbitraire de l'éditeur qui va déterminer sur lequel il va miser beaucoup plus.

Parfois, peut-être même souvent, c'est le choix arbitraire du libraire lui-même qui va décider de la disponibilité des ouvrages en rayon.

La douloureuse réalité du succès du Petit Prince devrait faire comprendre à chaque auteur le caractère accidentel de l'universalité. Il appartiendra alors à chacun de tracer son plan de carrière de manière la plus réaliste possible, afin de ne pas se soumettre à des écueils qui, s'ils profiteront à ses livres, seront nuisibles à sa vie.

mercredi 21 avril 2021

Tesla, Space X et les enjeux de communication

Tesla, Space X et les enjeux de communication. Un sujet d'autant plus intéressant pour un ancien journaliste devenu auteur autoédité, que ce dernier va utiliser le même canal de communication pour ses romans que Tesla ou Space X: Internet. Il faut en effet savoir que ni Tesla ni Space X ne dépensent un centime sur la publicité dans les médias écrits ou audiovisuels. 


Plus particulièrement dans le cas de Tesla, vous avez peut-être remarqué récemment que les journalistes, après avoir rendu compte des cas d'accidents graves dont les conducteurs se sortaient indemnes ou quasiment indemnes, ne semblent pas non plus manquer une occasion de nommer la marque dès lors que l'on parle d'un accident mortel à bord d'une Tesla. 

Les deux exemples les plus récents, en Loire-Atlantique et au Texas. Vous noterez que ces deux articles proviennent de journaux mainstream, le premier de Ouest-France relayé par MSN, le second du journal Le Monde.

La vraie question est essentiellement statistique: combien de fois la marque Tesla est-elle citée dans un article sur un accident grave, rapportée au nombre de Tesla circulant sur les routes et au nombre total d'accidents graves de Tesla?
 
En comparaison par exemple, combien de fois la marque Renault est-elle citée dans un article sur un accident grave, rapportée au nombre de Renault circulant sur les routes et au nombre total d'accidents graves de Renault?
 
Je suis sûr que l'on obtiendrait une statistique de type: si vous conduisez une Tesla et que vous êtes victime d'un accident grave, il y a 85% de chance que la presse locale ou nationale en parle, contre 50% de chance si vous conduisez une Renault. Bien sûr, ces chiffres sont fantaisistes et demanderaient à être confirmés par une étude en bonne et due forme. 
 
Je ne garantis pas la fiabilité absolue des données ci-dessus (cliquer pour agrandir), mais il est intéressant de voir que d'autres se sont déjà penchés sur la question
 
 
C'est une vraie question d'équité journalistique par rapport aux marques. 
 
Et bien sûr, le fait que Tesla ne verse pas un centime d'argent publicitaire aux organes de presse ne peut manquer de jouer. Le fait que Tesla, dans sa com, mette en avant la sécurité de ses véhicules joue aussi. La propagation virale de vidéos d'utilisateurs ventant la sécurité de la marque, mettant en scène des Tesla victimes d'accidents graves avec le conducteur qui s'en sort indemne joue dans l'imaginaire des journalistes. 
 
De même, la communication d'Elon Musk sur les bienfaits de l'autopilot et de la conduite autonome (Full Self Driving) peut aussi être ressentie comme mensongère. Elon Musk est un disrupteur, et il dérange d'autant plus qu'il est beaucoup moins généreux de ses deniers envers la presse que de nombreux autres industriels.  
 
C'est ce qu'on pourrait appeler l'effet de retour de balancier de type: "il faut rétablir la vérité".
 
Sauf que la réalité anecdotique d'un fait divers n'a bien sûr rien à voir avec la réalité statistique du terrain. C'est celle-ci qu'il faut connaître. 
 
Bien évidemment, il faut aussi se méfier de certains effets d'annonce, et ne pas se laisser aveugler par certaines stats brut de décoffrage. Quand Musk annonce que l'autopilot permet de n'avoir aucun accident sur un certain nombre de millions de kilomètres, il s'agit de l'autopilot sous supervision humaine, avec au moins une main sur le volant. Et encore, il n'est le plus souvent déclenché que sur autoroute, soit aux endroits les plus sûrs. Ce qui, bien sûr, biaise aussi les statistiques en sa faveur. Seules les statistiques du Full Self Driving (FSD) sans mains sur le volant, en totale autonomie, devraient véritablement être prises en compte. Et je n'ai aucun doute sur le fait que les qualités du FSD seront prochainement reconnues à leur juste valeur.
 
Concernant Space X, on a un exemple qui se rapproche très fort du cas d'un auteur autoédité: le plus grand scandale médiatique des dernières années, comme je le disais en 2016, c'est le fait que les médias aient délibérément ignoré Space X et la révolution qu'il a amené dans l'industrie du spatial, et ce pendant de nombreuses années. 
 
On parle un peu plus de Space X maintenant, mais vous pouvez être sûr que si ses fusées devaient exploser plutôt que de réatterrir sur des barges, ça ferait les gros titres. Space X ne fait pas non plus de publicité.
 
C'est la même chose pour les auteurs autoédités indépendants. Les médias, en France en tout cas, n'en parlent pas. On parle beaucoup des chiffres de vente d'une JK Rowling, l'autrice des Harry Potter, mais saviez-vous que la romancière H.M Ward a vendu plus de vingt millions d'ebooks de manière totalement indépendante ? 
 
Ce n'est pas autant que Rowling, certes, mais ça aurait quand même mérité un petit article de presse en France, non? N'oubliez jamais, quand vous pensez "information", de penser à ce qui est occulté. Des industries entières peuvent l'être, et deviennent des "shadow industries".

A cet égard, le seul véritable média fiable, c'est Internet... même si c'est aussi le plus vaste propagateur d'idées fausses et de théories du complot, par la force des choses.


jeudi 11 juillet 2019

Je ne respecte pas les éditeurs

Que vous soyez auteur autoédité, auteur hybride ou auteur traditionnellement publié, je vous conseille, à vous aussi, de ne pas respecter les éditeurs. La fonction Gardien du Portail des éditeurs a en effet mis un terme à de nombreuses carrières artistiques prometteuses et talentueuses. Je connais au moins une personne qui m'est très proche dans ce cas. 

Prenons tout d'abord les auteurs traditionnellement édités. Dans l'imagerie populaire, un auteur édité à compte d'éditeur, c'est à dire qui ne passe ni par le compte d'auteur, ni par l'autoédition, respecte son éditeur. 

Eh bien tenez-vous le pour dit, c'est faux. Ou en tout cas, c'est un peu plus compliqué que ça. Joanne Rowling a essuyé treize refus avant que la saga Harry Potter ne soit publiée par un éditeur traditionnel. Vous croyez qu'elle a respecté chacun de ces refus? 

Il est possible que certains de ces refus aient été justifiés et motivés avec des suggestions de correction, et l'aient conduit à améliorer son roman. Mais on sait très bien que c'est très rarement le cas dans ce milieu. Mais admettons que ça ait été le cas pour les deux ou trois premières fois. Il reste dix tentatives pendant lesquelles Rowling s'est obstinée à envoyer son manuscrit. 

Elle n'a pas respecté la décision de ces éditeurs. Elle n'a pas respecté ces éditeurs, au point de passer par un agent américain pour contourner le problème. C'est en effet par l'entremise de son agent qu'elle a fini par trouver un éditeur. 

L'édition, c'est comme en mathématiques, en fait. Moins fois moins égale plus. Le premier moins, c'est le refus de l'éditeur. Le second moins, c'est votre refus du refus de l'éditeur. Le plus, c'est la création qui va découler de cette opération. 

Il faut donc que la passion, ce que les Américains appellent le "drive", permettent à l'auteur obstiné de faire publier, ou de publier soi-même ses œuvres.

Je pense que dans l'histoire des auteurs, et de l'édition, il y a beaucoup de choses fantasmées. Les auteurs fantasment les éditeurs comme des outils qui vont leur permettre d'accéder au succès, à la gloire et à la célébrité. 

Les éditeurs fantasment les auteurs comme des outils qui vont leur remplir les poches, ou, pour les moins matérialistes, leur permettre d'atteindre certains critères esthétiques. Oui, il y a aussi des éditeurs idéalistes, on ne peut pas tous les ranger dans le même panier.

Mais dans l'idée des auteurs d'instrumentaliser les éditeurs, il y a aussi la volonté de se protéger de la concurrence des nouveaux auteurs. "Les éditeurs vont nous protéger, nous autres heureux élus, de tous ces candidats à la gloire et au succès qui sont nos concurrents". De la même manière que certains métiers se bâtissent des jargons hermétiques ou bien se barricadent derrière un haut niveau d'études, la caste des auteurs a cru trouver là le moyen de se mettre à l'abri des trop nombreux créateurs. Rien de tel qu'un bon vieux Gardien du Portail, l'éditeur.

Jusqu'à l'arrivée d'internet, de l'ebook et d'Amazon, bien sûr.

On pourrait se dire : "oui, mais les éditeurs permettent la qualité, ils ont des critères d'exigence, la qualité littéraire n'est pas entièrement subjective." C'est vrai, mais uniquement dans certains cas. Beaucoup d'éditeurs sont aussi rapaces et cupides que le plus rapace et cupide des auteurs autoédités. Beaucoup vont baisser le nombre de leurs correcteurs pour compresser le personnel et faire plus de profits.

Le niveau de qualité dans les maisons d'édition est donc souvent très contesté est contestable. A l'inverse, je suis en train de lire Embrasements, de Guy Morant, un collègue autoédité.


La maîtrise de la plume, les conflits internes très forts, la connaissance procédurale sur le bout des ongles, les subtilités de la psychologie des personnages, l'intrigue, en font un polar haletant, très hautement recommandable. En fait, le roman pourrait être enseigné sans problème en école de police ! La suite, Effondrements, est au moment où j'écris ces lignes encore n°1 des Thrillers d'espionnage politique et n°2 des Thrillers sur Amazon.

Un succès tout à fait mérité, s'il est de la même eau que le précédent (je ne l'ai pas encore lu). J'ai lu pas mal de romans de Simenon, eh bien je peux vous dire que je préfère Guy Morant. Eh oui, c'est un coup de cœur. 

Vous allez me dire: "oui mais Alan, là tu fais du copinage. Guy Morant t'avais interviewé sur son blog, c'est donc juste un renvoi d'ascenseur."

Eh bien en fait, non. C'est une question de critères de qualité. Voyez-vous, il n'est pas toujours facile, pour nous autres auteurs, de choisir de lire tel ou tel auteur indépendant. La romancière Alice Quinn m'avait dit qu'elle avait bien aimé mon roman Passager clandestin, et m'avait interviewé sur son blog à ce sujet.

Je n'avais jamais lu aucun livre d'Alice, malgré l'immense succès qu'elle a eu sur Amazon. Mais comme elle s'intéressait à moi, je me suis dit que ses critères de qualité devaient se rapprocher des miens, et je me suis mis à lire ses livres de la série Rosie Maldonne. J'ai trouvé cela très atypique, j'ai été emballé! 

Guy était l'un des rares auteurs à oser mettre un commentaire de temps en temps sur ce blog. Je me suis donc fait la même réflexion à son sujet. Je n'avais fait aucun appel du pied, ni à Alice, ni à Guy, et pourtant ils s'intéressaient à moi. C'est donc que leurs critères de qualité se rapprochaient probablement des miens.

Et je n'ai été déçu ni dans l'un ni dans l'autre cas. Une manière peut-être un peu originale de savoir quoi lire, mais qui en vaut une autre.

A ce point de la lecture du billet, vous vous demandez peut-être qui est cette personne proche de moi dont la carrière artistique s'est interrompue en raison du refus des éditeurs, et que j'évoquais au tout début. 

Ce n'est autre que mon père, François Guillot, décédé en 1986. Après avoir été chef d'escale chez Air France, il a été dessinateur. Il adorait depuis tout petit la BD franco-blege (pensez Tintin, Astérix, Blake & Mortimer et Spirou et Fantasio). Il aurait voulu percer dans ce domaine et a présenté un projet de BD qui ne portait pas de nom, mais qui se déroule dans l'empire inca. Celui-ci a été refusé. Mon père a malgré tout gagné sa vie jusqu'à son décès grâce à ses dessins, mais en se reconvertissant dans le dessin industriel.

En toute honnêteté, je pense que le fait qu'il ait échoué à réaliser son rêve n'est pas seulement de la faute des éditeurs: il aurait fallu qu'il trouve un scénariste, qu'ils travaillent en commun et qu'il s'obstine beaucoup plus dans ses recherches. Mais je reste persuadé qu'il a beaucoup trop respecté les éditeurs, et surtout, le refus des éditeurs. Cela trahissait sans doute un certain manque de confiance en lui. 

J'ai décidé, en son hommage, de faire paraître ses dessins, déjà présents sur mon site, sur mon Instagram. Ainsi pourra-t-il profiter de manière posthume de ma propre obstination.


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Même si je n'ai jamais eu l'occasion de vraiment discuter de ce projet avec mon père (j'en ai eu connaissance après sa mort), je suis persuadé que le dénommé Ulac est en fait une caricature du scénariste René Goscinny. Cela aurait parfaitement correspondu à l'humour de mon père. 

jeudi 16 mai 2019

Le Paradoxe de l'Auteur

Dans le système actuel, tous les auteurs, quels qu'ils soient, sont en compétition pour le Temps Disponible de Cerveau des lecteurs. En cela, ils s'inscrivent dans un système beaucoup plus global qui comprend aussi bien des artistes que des non-artistes: après tout, même un scientifique cherchant à faire publier un article est à la recherche de Temps Disponible de Cerveau. 

Le plus dur pour un auteur, c'est de survivre à la sortie de ses livres. C'est ce que je disais encore l'autre jour sur Facebook, et je parle bien sûr d'expérience. L'espoir que l'on va projeter dans l'écriture d'un livre, le temps que l'on y passe, l'investissement que ça demande, tout cela peut se retourner contre nous si l'on se met en position d'attente. 

Même en essayant de baliser le terrain, même en se créant un groupe avancé de bêta lecteurs chargés de vous lire avant tout le monde, des gens que vous avez déjà rencontrés, dont vous êtes sûr qu'ils ont acheté au moins l'un de vos livres précédents et qui se sont portés volontaires pour lire le suivant avant tout le monde, même ainsi, on court le risque d'être déçu, si l'on se met en tête que l'objectif de ce genre de groupe n'est pas de limiter la casse. Il faut attendre très très peu de ses écrits pour éventuellement bénéficier de bonnes surprises, et savoir se contenter de petites victoires qui viendront avec le temps. 

C'est ce que me dit mon expérience, en tout cas. 

Comment pourrait-il en être autrement, quand vous voyez des réductions de plus de 70% sur des jeux géniaux sur PS4? Quand vous voyez que telle ou telle appli super innovante, et gratuite, va révolutionner le quotidien d'une personne? Quand vous voyez les myriades de promo sur une myriade de livres? Mais aussi de films? 

Quand vous voyez des photos si admirables sur Instagram ou Snapchat? Quand il existe un nombre extraordinaire de tutoriels sur Youtube, ou de vidéos de divertissement, de quoi en regarder de sa naissance jusqu'à la mort sans discontinuer, et sans épuiser le stock? 

Quand il existe des millions de sites web parfaitement léchés (vous avez vu celui de Robert Galbraith)? Bref, quand vous voyez que l'humanité entière se bat pour grappiller de précieuses minutes du Temps Disponible de Cerveau de chacun, avec des moyens dont l'auteur indépendant ne peut que rêver? 

Dans le livre Le Secret, dont je parlais dans mon précédent billet, l'auteur Rhonda Byrne conseille de se concentrer sur l'abondance et non sur la rareté. Le fait de se voir dans une compétition est mauvais, car cela envoie des ondes négatives. 

Il n'empêche, le constat est là: le Temps Disponible de Cerveau est loin d'être infini. Le seul système qui pourrait garantir à chaque individu de ne pas nourrir de pensées de rareté ou de pauvreté serait un système où le Revenu universel inconditionnel existerait, ce qui permettrait d'avancer de manière beaucoup plus sereine dans la vie.

Et vous savez quels sont mes rêves, en tant qu'auteur? Je ne pense pas être très original en cela, je pense que de nombreux d'auteurs de fiction en rêvent aussi: 

- de voir mes romans adaptés au cinéma (j'avoue que c'est aussi ainsi que je justifie d'avoir traduit ou fait traduire en anglais les trois tomes du cycle d'Ardalia: pour conserver cette part de rêve)
- de voir mes romans adaptés en bande dessinée
- de voir mes romans adaptés en manga
- de voir mes romans adaptés en jeu vidéo


Vous voyez où je veux en venir, avec mon Paradoxe de l'Auteur? Si tous mes vœux se réalisent, je vais me priver pour mes prochains romans, et priver aussi les autres auteurs, de Temps Disponible de Cerveau. 

Pire, si l'un de mes romans inspire un auteur, si cet auteur se met à écrire et à connaître le succès, c'est la cata en termes de disponibilité du lecteur. Un peu comme si chaque mot que j'écrivais, y compris sur ce blog, me construisait un avenir de plus en plus désastreux. 

Bon, je ne vais pas vous laisser sur cette note légèrement négative, voire déprimante. Je crois que les auteurs, et en particulier les auteurs de fiction, sont dans une position artistique unique: ce sont des sources. Nous sommes tous des sources en fait, tout ceux qui ont accès à l'écrit et ont la capacité d'écrire des histoires. 

Vous allez me dire:
- oui mais Alan, la musique d'Interstellar provoque plus d'émotion et raconte mieux l'histoire encore que le scénario
- tu as vu les scénarios rédigés par les commerciaux de Disney pour les derniers Star Wars? 


A cette dernière question, je répondrais que certaines sources peuvent être frelatées. Et à la première, que la musique est sans doute, sur certains points, supérieure à l'écrit. 

Mais cette idée selon laquelle nous sommes des sources ne signifie pas selon moi une supériorité de l'écrit sur les autres formes d'art. C'est juste que c'est plus pratique de travailler sur une adaptation cinématographique ou même sur un jeu vidéo de type jeu de rôle en se fondant sur des écrits. Si le roman est de qualité et que l'auteur s'y connaît suffisamment pour participer par exemple à l'adaptation en film, cela peut même devenir un gage de réussite du long métrage.

Les novélisations de films ou de jeu vidéo existent aussi, et il existe peut-être même des novélisations de musique, mais ce ne sont pas des débouchés naturels, et le succès est plus rarement au rendez-vous. 
Cette capacité de chaque être humain d'être une source est infiniment précieuse. A elle seule, j'y vois la justification d'un revenu universel inconditionnel qui nous permettrait de sortir d'un contexte de compétitivité assez monstrueux, finalement, pour des civilisations dites avancées, pour nous tourner vers un contexte de coopération. Enfin! 

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samedi 23 mars 2019

Célébrité et impact sociétal

Le musée Grévin, ou musée des célébrités, est sans doute l'un des plus beaux symboles sociologiques de notre époque. Il suffit de parcourir la page d'accueil du site pour avoir l'impression d'avoir affaire à une succursale de TF1. Certains visiteurs du musée ont peut-être le réflexe de penser que ce sont les gens qui comptent qui se retrouvent dans ce musée, puisque on y retrouve des personnalités historiques comme Victor Hugo ou Voltaire. En réalité, il semblerait que ce soient les gens qui passent le mieux à la télé qui se voient statufiés au Grévin. Toute la différence entre la notion de célébrité et d'impact sociétal. 


Victor Hugo, Denis Diderot, Voltaire, Amélie Nothomb, Jean-Paul Sartre, Jean d'Ormesson, Bernard Henri Lévy, Bernard Pivot, tels sont les auteurs ou romanciers que j'ai pu relever parmi les 200 personnalités du célèbre musée de cire. On ne peut donc pas dire que les auteurs y soient totalement absents, puisque, si l'on parle d'auteurs vivants de nos jours ou décédés récemment, ils représentent 2% des personnalités. 

Mais il est évident que l'on parle ici d'exposition médiatique avant toute chose. Ainsi, si l'on trouve la statue du Petit Prince, celle de son auteur, Antoine de St Exupéry, est absente. 

Il ne s'agit pas ici de faire le procès d'un musée qui n'a de toute façon pas la place de représenter de manière équitable chacune des personnalités qui comptent ou ont compté. 

Néanmoins, les choix effectués reflètent, il me semble, une certaine idée que l'on se fait des gens qui ont de l'importance, qui sont bankables. 

Le musée Grévin, c'est un peu l'équivalent de ces huit premières secondes pour accrocher le téléspectateur dans les pages de pub, ou des premières lignes d'accroche dans un roman. A ce titre, c'est un sujet d'étude intéressant, qui renvoie notre société à ses a priori et à sa superficialité. 

Ce musée se veut, je pense, populaire. Les différentes catégories de la page d'accueil du site sont "Nouvelles Stars", "Etoiles du cinéma", "Idoles de la musique", "Légendes du sport", "Icônes de la mode", "Politiques et décideurs", "Rois de l'humour", "Les Grands Chefs", "Les Stars du petit écran", "The Voice", "Figures de l'histoire" et "Héros de fiction". 

L'impression que me fait ce musée, c'est plutôt que de chercher à mettre les visiteurs sur la piste des personnalités qui ont ou ont eu un réel impact sociétal, on va chercher à flatter le public dans le sens du poil. Juste un petit jeu dans lequel on cherche à repérer les personnalités qui sont déjà passées à la télé, la présence de personnages historiques ne servant finalement que de caution morale.

Cela paraît donc gentil et innocent au premier abord, mais en tant qu'auteur, bien sûr, je me méfie des effets pervers, de ces préjugés que l'on va mettre dans l'esprit du public. 

Si vous avez moins de trente ans, vous allez me dire, "Hé, Alan, personne ne croit que le musée Grévin représente la célébrité dans la société. Le Grévin, c'est has been, ringard, il n'y a même pas de méga-stars d'Internet comme Norman, le youtubeur. Aucune personnalité du monde du jeu vidéo non plus." Et vous marquerez un point. 

On n'y retrouve pas non plus Agatha Christie, qui a vendu plus de deux milliards de livres. Ce n'est pas innocent, quand on pense à la place de la femme dans la société. Stephen King n'y est pas non plus, alors que son impact ne se limite pas aux nombres de livres qu'il a vendu, puisque c'est l'un des auteurs les plus adaptés au cinéma.

Ni J.K. Rowling ni même son héros, Harry Potter.


De manière globale, on peut penser à d'autres personnalités iconiques comme Steve Jobs, Jeff Bezos, Stephen Hawking. Albert Einstein y est, oui. Mais il y a très très peu de scientifiques. 


Ce musée Grévin me fait penser que c'est ce qui manque en France, un musée des personnalités qui ont vraiment contribué à transformer le monde sur les différents plans, aussi bien littéraire que scientifique. Peut-être même sur l'interdépendance entre ces deux domaines.

Personnellement, dans les auteurs plutôt contemporains, je sais que j'ai été marqué par Asimov, Herbert, Vance, Verne, Tolkien, Howard, Rowling, King, Lovecraft, Christie et tant d'autres. 

J'aimerais un musée pour cette personne qui ne s'arrête jamais à ma table de dédicace, qui ne lit pas. Pas forcément pour la faire lire, mais pour lui faire prendre conscience de l'impact des auteurs sur la société, de l'importance de lire. Quelque chose qui aille vers l'être, et non pas seulement le paraître. Ce qui n'est pas non plus incompatible, à mon sens, avec le fait d'être spectaculaire. 

lundi 25 février 2019

Interviewé par la romancière Alice Quinn !

Sait-on vraiment qui nous lit? A cette question, je répondrais la plupart du temps par la négative. C'est d'ailleurs pourquoi chaque email de lecteur me donnant son avis sur un de mes livres est une heureuse surprise. Imaginez donc ma stupeur et mon ravissement quand Alice Quinn, romancière à succès que je cotoie sur les réseaux sociaux, m'apprend qu'elle a lu et apprécié mon dernier roman, Passager clandestin, et me propose une interview!

Alice Quinn est une romancière hybride, qui a publié notamment chez Michel Lafon et en autoédition. Sa série des Rosie Maldonne a tellement bien marché en France qu'elle s'est vue proposer par Amazon, via sa filiale Amazon Crossing, la traduction des romans issus de cette série en anglais! 








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Quand on sait l'investissement que représente une traduction, il est évident qu'Amazon a fait le calcul en fonction du nombre de ventes en France, et de l'attrait de ses romans pour un public anglophone.

Si on prend le nombre de commentaires du premier tome des Rosie, Un palace en Enfer, on en est à 275. Autant dire que par rapport à mes propres livres, on n'est pas sur une autre planète, mais sur une autre galaxie!

Bref, mes propres romans n'ont jamais grimpé dans le top 10 des ventes sur Amazon, il y avait donc de quoi se sentir flatté par cette proposition d'interview. 

Pour la connaître, j'avais énormément de respect pour l'intelligence de la romancière, et ses choix de carrière. Ce respect n'a fait que croître avec les questions qu'elle m'a posé. C'est quelqu'un qui sent très bien les livres. 

Alice a remarqué que les auteurs ont souvent tendance à parler surtout de business sur leur blog. Les difficultés à surmonter pour être lus sont telles que de nombreux auteurs s'entraident ainsi en relatant leurs expériences de publication. 

Alice a fait ce constat: pourquoi seul les auteurs traditionnels bénéficieraient-ils d'interviews? Sur son propre blog, elle réalise donc des entretiens vidéo avec les auteurs, une fois par mois, visant réellement à faire connaître les livres. 

C'est une démarche extrêmement méritoire, et qui mérite tous les éloges !

En dehors de la série des Rosie, Alice écrit aussi des enquêtes historiques comme  La Lettre froissée ou Le Portrait brisé, et des comédies romantiques comme son tout dernier roman, Brille tant que tu vis! 





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Merci à toi, Alice, de jeter de la lumière sur des auteurs comme moi, et leurs romans! Voici donc l'interview vidéo, qui porte principalement sur mon dernier roman, Passager clandestin. 



lundi 17 décembre 2018

Terry Goodkind, l'Epée de Vérité et l'autoédition

C'est un paradoxe : au moment où je lisais le septième tome de l'Epée de Vérité, de Terry Goodkind, un auteur traditionnellement édité, je suis tombé sur un passage des Piliers de la Création qui correspond parfaitement à la philosophie que je mets derrière l'autoédition. Je n'irais pas jusqu'à en conclure que les auteurs autoédités sont eux-mêmes des piliers de la création, mais dans ce contexte, j'avoue que c'est assez amusant.

Oui, oui, oui, je sais. Vouloir détourner les paroles d'un auteur pour l'attribuer à une idéologie ou un dogme, c'est le Mal. Le philosophe Friedrich Nietzsche aurait-il apprécié de voir une partie de ses concepts détournés et repris à son compte par le parti Nazi, je ne crois pas. 

De la même manière, le romancier de Fantasy Terry Goodkind n'aimerait sans doute pas qu'on lui attribue des pensées liées au mouvement de l'autoédition. 

Donc, que les choses soient claires: l'analogie entre ce passage d'un roman de Terry Goodkind et la philosophie de l'autoédition n'est qu'une vision personnelle. Cela correspond à l'idée que je me fais de l'autoédition. 

Et moi, Alan Spade, ne prétend aucunement représenter l'autoédition. Ce mouvement, par ailleurs très ancien, puisque Denis Diderot lui-même s'autoéditait, ne peut être défini ou limité par les pensées ou élucubrations d'un seul. De nombreux auteurs autoédités vous diront sans doute en commentaire qu'ils ne sont pas d'accord avec ma vision, et c'est aussi toute la richesse de ce mouvement dans lequel je m'inscris.

Ceci posé, voici le passage en question (la traduction est de ma pomme, puisque je lis l'ouvrage directement en anglais): "Si vous voulez être un esclave dans la vie, alors continuez à aller de-ci de-là en demandant aux autres de faire les choses à votre place. Ils vous rendront service, mais vous vous apercevrez que le prix est vos choix, votre liberté, votre vie elle-même. Ils feront à votre place, et au final vous serez réduit en esclavage pour toujours, ayant fait don de votre identité à un prix dérisoire. Alors, et seulement alors, vous ne serez personne, un esclave, parce que vous-même et nul autre l'avez voulu ainsi."

Des paroles fortes. Si je bâtissais un temple à la gloire de l'autoédition, ce sont sans doute ces paroles que je graverais sur le frontispice. Je reconnais qu'elles peuvent aussi être valables, dans une certaine mesure, pour l'édition traditionnelle -- de nombreux auteurs traditionnellement édités ne seraient pas arrivés où ils en sont s'ils n'avaient pas su prendre en main leur destin.

Une traduction pouvant être détournée, voici les paroles originales: "If you want to be a slave in life, then continue going around asking for others to do for you. They will oblige, but you will find the price is your choices, your freedom, your life itself. They will do for you, and as a result you will be in bondage to them forever, having given your identity away for a paltry price. Then, and only then, you will be a nobody, a slave, because you yourself and nobody else made it so."

Comme je le disais, l'autoédition existe depuis toujours, mais ces paroles de Terry Goodkind, ont, pour moi, fait particulièrement écho à l'essor de l'autoédition sous format ebook depuis 2009, suite à la sortie de la liseuse Kindle en 2007. Une autoédition à l'américaine, où effectivement, on ne laisse plus faire à la place, et pour laquelle chaque livre représente en quelque sorte une parcelle à revendiquer, dans cette ruée vers l'Ouest sauvage des lettres. 

Et si vous me dites que les choses n'étaient pas d'emblée aussi pures, notamment parce qu'Amazon, l'inventeur du Kindle, n'a proposé 70% de droits sur les ebooks (royalties d'auteur) que pour s'aligner sur ce que proposait déjà Apple, je suis d'accord. 

Si vous me dites  que les choses ne sont pas restées aussi pures depuis qu'Amazon s'efforce d'obtenir l'exclusivité de publication des auteurs autoédités sur sa plate-forme (programme Kindle Select), je suis également d'accord. 

Les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires.

Il n'empêche que pour moi, l'esprit de départ, ce qui a présidé à ce mouvement, se retrouve dans cette citation de Terry Goodkind. 

mardi 26 juin 2018

Symboles et littérature de l'imaginaire

Le plus bel objet magique sur lequel je sois tombé dans ma vie de lecteur, le plus symbolique, celui qui a le plus résonné en moi, est le Choixpeau magique dans Harry Potter à l'école des sorciers. Il s'agit d'un objet magique dont la symbolique est rattachée au monde réel, et en cela il résume parfaitement la série Harry Potter: un roman qui mélange monde réel et monde magique. 



Vous êtes plutôt littéraire ou plutôt matheux? Ni l'un ni l'autre? Plutôt intellectuel ou manuel? Timide ou audacieux? Courageux ou prudent? Paresseux ou travailleur?

Ces différentes caractéristiques, ces différents penchants, aptitudes ou compétences, ces traits de personnalité et ces valeurs, et bien d'autres, sont ceux qui nous définissent en tant qu'êtres humains. 

Ils nous renvoient tout aussi bien à la génétique qu'au développement personnel, à l'inné aussi bien qu'à l'acquis, au figé qu'à l'évolutif. 

La question métaphysique de la prédestination, du destin, de notre évolution, de notre présent et de notre futur, déjà écrit ou non, est intimement liée à ces caractéristiques, ces éléments qui nous composent. 

En inventant le Choixpeau magique, un chapeau qui, au moment de votre arrivée à l'école de Poudlard, va vous envoyer dans différentes familles auxquelles sont liées différents traits de personnalité et aptitudes (Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle, Serpentard), la romancière J.K. Rowling a réalisé le tour de force d'inventer (de découvrir, ou de redécouvrir, diront certains) un objet magique qui fait résonner tout cela en nous. 

Dans le roman, il est précisé que le Choixpeau tient compte de l'envie des élèves. Sur Internet, on peut aussi tomber sur différentes théories, dont l'une d'entre elle établit que le Choixpeau prend en fait en compte des valeurs auxquelles les enfants sont attachés. Vous n'irez pas forcément à Gryffondor parce que vous êtes courageux, mais parce que vous estimez que le courage est un idéal à atteindre. 

Je dirais qu'à la rigueur, peu importe la fonction exacte du Choixpeau, en tout cas du point de vue de l'auteur que je suis. Ce qui compte, c'est sa charge symbolique. La manière dont il va faire résonner toute une série de connaissances en nous, par rapport à notre évolution, justement dans un moment où les enfants, dans le récit, doivent faire le choix qui va conditionner les prochaines années qu'ils vont vivre, et peut-être, leur futur entier. 

Si vous n'êtes pas capable de faire le parallèle avec vos années de collège, c'est sans doute que vous n'avez jamais été au collège.

On a donc cet objet magique qui nous renvoie à tout un tas de choses du monde réel. Je n'aborderai pas l'aspect psychanalytique des symboles. Si cet aspect vous intéresse, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger dans Psychanalyse des contes de fées, de Bruno Bettelheim. Cette lecture ne pourra que vous confirmer que la symbolique, dans un récit, a un impact réel sur le lecteur. 

L'exemple de ce Choixpeau dans Harry Potter est fascinant pour moi en tant qu'auteur de littérature de l'imaginaire. Est-ce que, en tant que romanciers, nous faisons la démarche volontaire de rechercher des symboles à haut niveau de résonnance? Je ne le pense pas. Je ne crois pas que telle ait été la démarche de J.K. Rowling, et ce n'est pas la mienne non plus. Je crois que ces symboles nous sont apportés par le fil du récit, par l'histoire. 

Je ne dis pas non plus qu'il n'y ait pas quelques séances de brainstorming, ou si vous préférez, de cogitation. 

[Attention spoilers: univers d'Ardalia] 

Quand j'ai défini l'univers d'Ardalia, je me suis appuyé sur des objets magiques, avec des propriétés symboliques de leur élément. Le noueux, sorte de baguette magique qui permet aux shamans de convoquer les vents, ou l'orbe de Kerengar, qui possède des propriétés liées à la matière, et à la terre. 

J'ai aussi ajouté un aspect spirituel aux éléments. Le dieu du vent, par exemple, est aussi celui du Destin.

Mais je dois bien reconnaître que je n'ai jamais conçu (ou découvert) un objet qui puisse posséder une résonnance aussi forte, à différents niveaux, que ce Choixpeau. 

L'une des choses dont je suis le plus fier est l'Eau Turquoise des Malians, le peuple semi-aquatique aux pieds palmés. Un fluide qui va comporter différentes caractéristiques selon les bassins dans lesquels il est placé. Dans le bassin d'apprentissage, l'eau a une mémoire, et permet aux malians d'accéder à la sagesse de leurs ancêtres. 




Mais dans les bassins de naissance et de seconde chance, ce fluide va permettre aux créatures (pas toutes, d'ailleurs) de fusionner. De devenir l'équivalent de frères ou soeurs siamoises, si l'on veut se rapprocher de quelque chose d'humain.

La symbolique que l'on peut trouver dans l'Eau Turquoise, c'est l'harmonie entre les êtres - la déesse des Malians est la déesse de l'harmonie. C'est aussi, quelque part, notre propre évolution en tant qu'êtres humains issus de l'eau dans les temps anciens.

Mais il y a bien sûr quelque chose d'expérimental, dans cette trilogie Ardalia, l'idée de concevoir des peuples extraterrestres à une époque primitive et sauvage, grosso modo avant l'âge du fer.

C'est peut-être cet aspect expérimental, en dépit des nombreux repères qui existent par rapport à notre réalité, qui rend la résonnance moins forte avec celle-ci. 

En dehors de ses fonctions d'évasion pure, l'imaginaire nous permet en tout cas d'interroger, parfois de décrypter, notre univers. D'où ces nombreuses passerelles avec le monde réel que l'on trouve dans les univers de l'imaginaire.

lundi 9 avril 2018

Similitudes entre romans

Je connais des auteurs qui ont pour principe de lire le moins possible dans leur genre littéraire d'écriture dès lors qu'ils sont en cours d'écriture d'un roman. Le risque d'être influencé, consciemment ou non, est en effet bien réel. Mais faut-il vraiment le redouter? Même pour des romans extrêmement populaires, les similitudes peuvent être frappantes. Attention, cet article contient des spoilers pour Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien, et La Tour sombre, de Stephen King. 

Le romancier Stephen King qualifie sa série de romans La Tour sombre, de "Jupiter du système solaire de son imagination". Les romans se sont vendus à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde (sans doute davantage depuis 2010, date de cette estimation). 

On ne peut donc pas considérer La Tour sombre comme une fan-fiction. D'autant moins que le roman possède son univers propre, très spécifique et à nul autre pareil. 

Néanmoins, dans la préface du roman, Stephen King évoque deux œuvres qui l'ont inspiré: Le Seigneur des Anneaux, de John Ronald Reuel Tolkien, et, au niveau du cinéma, la trilogie des dollars, les fameux westerns spaghetti de Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand). 

Je n'ai pas terminé ma lecture de la Tour sombre. J'en suis au quatrième volume, Wizard and Glass (Magie et Cristal est le titre français). 

Il faut bien reconnaître que les similitudes avec une oeuvre aussi emblématique que celle de Tolkien sont réelles. Ainsi le protagoniste principal, Roland le pistoléro, est-il, à l'instar d'Aragorn, un Roi qui s'ignore. Il descend en effet d'une longue lignée qui remonte jusqu'à Arthur Eld. La référence au roi Arthur, des Chevaliers de la Table Ronde, est bien évidemment voulue. 

Vous allez me dire, à juste raison, que cette idée de roi déchu est une idée, un concept, et qu'on ne peut, fort heureusement d'ailleurs, mettre des copyrights sur les idées.

Mais cela peut aller assez loin dans le concept. Dans le Seigneur des Anneaux, il existe les Palantiri, des boules de cristal capables d'espionner à distance. Le Seigneur des Anneaux lui-même, Sauron, en possède une, et s'arrange pour influencer les pensées de quiconque se sert d'un autre Palantir, en ne lui montrant que des images susceptibles de conduire au désespoir, et en minant à distance sa volonté (entre parenthèses, quelle belle allégorie des médias!). 

Dans Magie et Cristal, de Stephen King, il y a une boule de cristal issue de l'arc-en-ciel (chaque boule représente une couleur de l'arc-en-ciel). Ironiquement, celle-ci est rose, mais ne permet pas de voir le monde en rose. Elle semble en effet habitée par un démon, et ne montre que les aspects négatifs des événements, et les défauts des gens. Tout en devenant très addictive (on ne peut très vite plus s'en passer), et en aspirant l'énergie vitale de son utilisateur. 

Nul besoin d'être voyant pour s'apercevoir que ce sont des concepts extrêmement proches, et pourtant, Stephen King ne s'est pas interdit de les utiliser. Et sa série de romans a connu le succès.

Au passage, on remarquera que ce sont des concepts forts que Stephen King a chopé. Le roi déchu, ces boules de cristal perverses, cela résonne en nous. 

J'ai beau reconnaître ces similitudes, cela n'entache en rien mon plaisir de lire La Tour sombre, parce que l'auteur ne se contente pas de faire de la redite. Ces éléments communs sont parfaitement intégrés à son univers, et cela fait sens.

Est-ce que j'aurais osé utiliser un concept aussi proche, dans mon univers? Alors qu'au contraire, je me suis efforcé de rechercher l'originalité, au point de refuser l'usage de la thématique du héros prophétique, un grand classique des romans de Fantasy ? Eh oui, moi aussi je suis un auteur complexé, qui cherche à innover. 

Le concept de boule de cristal n'est pas tout à fait absent de ma trilogie Ardalia, notez-le. Les êtres affiliés à l'eau, les Malians, sont capables d'utiliser des Bulles de Vision, dont la portée est tout de même limitée, mais qui, invisibles, leur permettent d'observer sans être vus. C'est une faculté qui est totalement intégrée à mon univers, et qui coule de source, pourrait-on dire, pour un peuple voué à l'eau. 

Tout cela pour dire que nous autres auteurs inconnus avons des complexes, ou des scrupules, dont ne font pas preuve des bestsellers. 

C'est une bonne chose à partir du moment où travailler sous la contrainte permet la naissance d'univers, et de scénars originaux. C'est une moins bonne chose quand cela doit limiter la créativité, ou carrément interdire aux auteurs la lecture d'autres romans de fiction. 

Mais bien sûr, à chacun ses méthodes, loin de moi l'idée de jeter la pierre (fût-ce une boule de cristal) à quiconque!

mardi 20 février 2018

Mon ebook sur Kindle Unlimited sans exclu !

Après avoir intitulé cet article "Discriminé par Amazon", j'ai décidé de le modifier à la suite de l'inclusion de l'ebook dont il était question, la Trilogie Ardalia, au sein du service Kindle Unlimited. Cette intégration a finalement pu être possible grâce à Librinova et Amazon France, mais ne concerne, pour tous les auteurs qui y ont recours, que Kindle Unlimited France et Royaume Uni.

Le service Kindle Unlimited, qui permet au lecteur de télécharger, pour 9,99€ par mois, dix ebooks que l'on peut renouveler autant qu'on le souhaite, est pour moi ce qui se rapproche le plus, dans le privé, d'une bibliothèque d'ebooks. 

Cela permet de toucher des lecteurs voraces et qui ne veulent pas se ruiner, qu'on ne toucherait pas autrement. 

Ayant fait, sur l'un de mes ebooks anglais, l'expérience de la rémunération Kindle Unlimited, je peux attester que celle-ci reste intéressante. Infiniment plus, par exemple que ce que fait Deezer au niveau musical, pour ne pas même parler de Youtube (qui devrait être renommé Radin.com). 

La condition d'exclusivité restait quelque chose qui m'empêchait d'opter pour KDP Select. Jusqu'au jour où j'ai appris que Librinova préparait, avec 50 auteurs tests, une formule permettant de bénéficier d'une version de Kindle Unlimited quelque peu différente de celle que connaissent les auteurs autoédités. 

Une version, en gros, destinée aux éditeurs et à des prestataires comme Librinova. 

Librinova n'est pas un éditeur. Librinova est une entreprise d'aide à l'autoédition, qui peut se transformer en agent si vous vendez plus de 1000 livres. L'auteur qui y a recours garde tous ses droits. En dessous de 1000 livres, il faut s'acquitter du prix initial du pack, 75€ par an si votre ebook fait plus de 45 000 mots, 50€ s'il fait moins de 45 000 mots. On touche alors 100% du prix de vente des revendeurs en ligne, après déduction de leur marge, c'est à dire autant qu'un auteur autoédité. 

Si on vend plus de 1000 livres (emprunts KU non compris), Librinova se transforme en agent, et nous prend 15% sur les ventes. Il n'y a alors plus besoin de renouveler le paiement annuel des packs, et on peut publier avec Librinova de nouveaux romans sans "tarif d'entrée" autre que les 15%. 


Evidemment, ce prix d'entrée de 75 € par an au minimum était quelque peu rédhibitoire. Néanmoins, la perspective de contourner les conditions d'exclusivité d'Amazon, et ce en parfait accord avec la plate-forme, était pour moi assez séduisante. 

Je savais aussi que des auteurs passés par Librinova avaient pu bénéficier de la fameuse offre éclair d'Amazon, celle que la plate-forme réserve d'habitude aux utilisateurs de KDP Select et à des auteurs triés sur le volet.  

Bref, j'ai décidé d'utiliser ce service très tôt, en devenant le 51ème auteur test, en quelque sorte. 

Dès le 11 décembre 2017, Librinova a demandé l'intégration de l'ebook que j'avais choisi pour ce test, La Trilogie Ardalia, à Kindle Unlimited.

La formule de Librinova permet d'être distribué sur plus de 200 libraires en ligne, mais je savais que même des auteurs Librinova à succès, c'est à dire ayant vendu plus de 25000 ebooks, vendaient très peu en dehors des trois ou quatre plus grosses plates-formes, et je n'attendais vraiment pas grand-chose des autres librairies en ligne.

Je misais tout sur Kindle Unlimited, et d'autant plus que Librinova avait fait preuve de souplesse, en me permettant de continuer à distribuer moi-même sur Kobo, la Fnac, Apple et Google Play. 

Cette intégration a mis plus de trois mois à se faire, puisqu'elle a été effective le 26 février 2018 seulement. Cela a entraîné la parution initiale de cet article sous le titre "Discriminé par Amazon". En effet, j'avais lancé une campagne de promo en décembre, et l'absence sur la plate-forme d'emprunt m'a été préjudiciable, ainsi qu'au roman. 

Mes ventes, comme je l'avais prévu, se sont faites en très large majorité sur Amazon et non sur les 200 autres libraires en ligne (mais j'avais gardé la main sur la distribution Kobo/Fnac, Apple et Google Play). Elles n'ont jamais pu décoller, l'absence d'intégration à KU étant un handicap majeur pour ce qui concerne la plate-forme Amazon.

On va dire que le système était encore en rôdage. Si vous souhaitez souscrire à l'offre que Librinova a rendue officielle, et ouverte à tous, il y a peu, sachez que l'intégration se fait de manière manuelle chez Amazon. Il suffit d'en faire la demande par email à Librinova après avoir acquis l'un des packs.

Examinons maintenant les particularités, avantages et défauts du pack à 75€ de Librinova, avec intégration Kindle Unlimited.  

Tout d'abord, ce service n'est valable que pour les emprunts de votre ebook en France et au Royaume Uni. Le Kindle Unlimited US n'est pour l'instant pas proposé par Amazon à Librinova. Si vous êtes auteur anglo-saxon, ce service n'est donc vraisemblablement pas pour vous. 

Si vous êtes fan des relevés de vente quotidien, il vous faudra faire une croix dessus, sauf à opter pour le pack Liberté à 120€ par an, lequel ne vous donnera ces relevés de vente que pendant 6 mois. 

Concernant les fameuses "pages lues Kindle Unlimited", vous ne pourrez pas les repérer dans vos relevés de vente, parce que ça ne fonctionne pas ainsi. Votre ebook se retrouve bien sur KU, et vous bénéficiez du boost sur le classement à chaque fois qu'il est empruné, mais, comme le précise cet article de Librinova, "Un emprunt sur Kindle Unlimited est rémunéré 30% du PPHT dès que l’emprunteur a lu plus de 20% du livre." 

C'est à dire que c'est l'ancienne formule de Kindle Unlimited qui fonctionne: vous êtes rémunéré le même prix quel que soit le nombre de pages de votre ouvrage, ce qui favoriserait la publication de livres courts... si vous ne deviez payer un nouveau pack à Librinova pour chacun de vos ouvrages, chaque année. 

Si vous en vendez plus de 1000, en revanche, vous pourrez en publier autant que vous le souhaiterez sans ce coût d'entrée des packs, mais avec le prélèvement de 15% sur les ventes. 

Je pense que, si l'on ne tient pas compte du prix des packs, les gains KU pour l'auteur sont à peu près équivalents à ceux qu'un auteur autoédité KDP Select obtient, mais cela reste à confirmer. 

Une chose qui joue en faveur de Librinova est la souplesse et la réactivité de cet acteur, qui vous permet de garder la main sur les plates-formes de votre choix (il suffit de l'indiquer par email). 

Un autre avantage, pour les auteurs ne voulant pas s'embêter à publier sur de nombreuses plates-formes, est que tout est pris en charge et se fait rapidement: c'est comme si vous ne publiiez que sur une seule plate-forme. 

L'argument de la simplicité pour choisir KDP Select est en effet souvent utilisé. Avec Librinova, les choses sont tout aussi simples. 

Il y a aussi des défauts: avec le pack à 75€, vous n'avez droit qu'à un relevé de ventes tous les 6 mois, et vous n'êtes rémunéré que tous les 6 mois. Vous ne pouvez pas non plus, en principe, changer le prix de votre ebook en cours de route -- même si j'ai constaté une certaine souplesse de Librinova à ce sujet. 

L'une des contraintes que j'ai trouvé particulièrement ennuyeuses, c'est le nombre de caractères très limité pour la description Amazon. On ne peut pas jouer non plus sur l'interlignage et la présentation en gras, ni bénéficier de cette excellent outil en ligne pour la description de son livre.  

Bref, la description est extrêmement basique. Comparez l'ebook Le Souffle d'Aoles, que j'ai autoédité sur Amazon à celui de la Trilogie Ardalia édité par Librinova pour vous en convaincre. 

Par ailleurs, il me semble que l'on peut rentrer moins de mots-clés par rapport au roman qu'en publiant directement via KDP. 

Autre contrainte, vous devez envoyer votre manuscrit word ou open office, et c'est Librinova qui se charge de la transformation en ebook. Le travail est certes bien fait, mais ne vous permet pas de peaufiner l'ebook de manière professionnelle, comme le permet gratuitement le site Draft2Digital. 

Si vous vous demandez ce que je veux dire, n'hésitez pas à télécharger un extrait de mon dernier roman, Passager clandestin

Il faut donc abandonner énormément de contrôle. 

J'espère que mon article permettra à Librinova de remédier à ces défauts. Je pense en effet que leur formule, à condition d'être utilisée pour un ebook que l'on est sûr de pouvoir promouvoir, ne serait-ce qu'auprès d'une mailing list suffisamment importante, est rentabilisable. 

Cela comporte un risque, bien sûr. Mais en passant par Librinova, si vous avez une liste de lecteurs suffisamment nombreuse, des lecteurs lisant à la fois sur Kobo, Apple et Kindle, ou même ailleurs, vous êtes sûrs de pouvoir tous les contenter, tout en bénéficiant de l'aide non négligeable de Kindle Unlimited pour la montée en classement de l'ebook sur Amazon. C'est extrêmement appréciable et professionnel. 

Si vous avez une assise de lecteurs suffisante, cela vaut la peine d'essayer, avec par exemple juste un ebook pour commencer. 

Vous vous demandez peut-être pourquoi Amazon permet en toute légalité le contournement des règles d'exclusivité de KU. Je dirais que le fait qu'il faille payer un acteur privé pour bénéficier de ce contournement valorise d'autant leur service. 

Comme je le disais dans mes précédents articles, il faut néanmoins être prudent avec Kindle Unlimited, car le prix de l'emprunt (ou de la page lue, selon les cas) varie d'un mois sur l'autre puisqu'il dépend d'une sorte de pot commun qu'Amazon réactualise chaque mois. 

Même avec une super base de lecteurs pour vous aider à revenir sur le prix annuel du pack Librinova, il viendra peut-être un jour où cet article ne sera plus pertinent, c'est à dire que la rémunération KU sera trop faible pour vous permettre d'engranger des bénéfices intéressants sur une année. 

Pour l'instant, il y a moyen de limiter les risques pour un auteur expérimenté. 

[EDIT 06/03/2018] L'avis d'une romancière auto-publiée depuis plusieurs années avec l'aide de Librinova, sur le blog Vivre de ses Romans.