Le plus bel objet magique sur lequel je sois tombé dans ma vie de lecteur, le plus symbolique, celui qui a le plus résonné en moi, est le Choixpeau magique dans Harry Potter à l'école des sorciers. Il s'agit d'un objet magique dont la symbolique est rattachée au monde réel, et en cela il résume parfaitement la série Harry Potter: un roman qui mélange monde réel et monde magique.
Vous êtes plutôt littéraire ou plutôt matheux? Ni l'un ni l'autre? Plutôt intellectuel ou manuel? Timide ou audacieux? Courageux ou prudent? Paresseux ou travailleur?
Ces différentes caractéristiques, ces différents penchants, aptitudes ou compétences, ces traits de personnalité et ces valeurs, et bien d'autres, sont ceux qui nous définissent en tant qu'êtres humains.
Ils nous renvoient tout aussi bien à la génétique qu'au développement personnel, à l'inné aussi bien qu'à l'acquis, au figé qu'à l'évolutif.
La question métaphysique de la prédestination, du destin, de notre évolution, de notre présent et de notre futur, déjà écrit ou non, est intimement liée à ces caractéristiques, ces éléments qui nous composent.
En inventant le Choixpeau magique, un chapeau qui, au moment de votre arrivée à l'école de Poudlard, va vous envoyer dans différentes familles auxquelles sont liées différents traits de personnalité et aptitudes (Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle, Serpentard), la romancière J.K. Rowling a réalisé le tour de force d'inventer (de découvrir, ou de redécouvrir, diront certains) un objet magique qui fait résonner tout cela en nous.
Dans le roman, il est précisé que le Choixpeau tient compte de l'envie des élèves. Sur Internet, on peut aussi tomber sur différentes théories, dont l'une d'entre elle établit que le Choixpeau prend en fait en compte des valeurs auxquelles les enfants sont attachés. Vous n'irez pas forcément à Gryffondor parce que vous êtes courageux, mais parce que vous estimez que le courage est un idéal à atteindre.
Je dirais qu'à la rigueur, peu importe la fonction exacte du Choixpeau, en tout cas du point de vue de l'auteur que je suis. Ce qui compte, c'est sa charge symbolique. La manière dont il va faire résonner toute une série de connaissances en nous, par rapport à notre évolution, justement dans un moment où les enfants, dans le récit, doivent faire le choix qui va conditionner les prochaines années qu'ils vont vivre, et peut-être, leur futur entier.
Si vous n'êtes pas capable de faire le parallèle avec vos années de collège, c'est sans doute que vous n'avez jamais été au collège.
On a donc cet objet magique qui nous renvoie à tout un tas de choses du monde réel. Je n'aborderai pas l'aspect psychanalytique des symboles. Si cet aspect vous intéresse, je ne saurais trop vous conseiller de vous plonger dans Psychanalyse des contes de fées, de Bruno Bettelheim. Cette lecture ne pourra que vous confirmer que la symbolique, dans un récit, a un impact réel sur le lecteur.
L'exemple de ce Choixpeau dans Harry Potter est fascinant pour moi en tant qu'auteur de littérature de l'imaginaire. Est-ce que, en tant que romanciers, nous faisons la démarche volontaire de rechercher des symboles à haut niveau de résonnance? Je ne le pense pas. Je ne crois pas que telle ait été la démarche de J.K. Rowling, et ce n'est pas la mienne non plus. Je crois que ces symboles nous sont apportés par le fil du récit, par l'histoire.
Je ne dis pas non plus qu'il n'y ait pas quelques séances de brainstorming, ou si vous préférez, de cogitation.
[Attention spoilers: univers d'Ardalia]
Quand j'ai défini l'univers d'Ardalia, je me suis appuyé sur des objets magiques, avec des propriétés symboliques de leur élément. Le noueux, sorte de baguette magique qui permet aux shamans de convoquer les vents, ou l'orbe de Kerengar, qui possède des propriétés liées à la matière, et à la terre.
J'ai aussi ajouté un aspect spirituel aux éléments. Le dieu du vent, par exemple, est aussi celui du Destin.
Mais je dois bien reconnaître que je n'ai jamais conçu (ou découvert) un objet qui puisse posséder une résonnance aussi forte, à différents niveaux, que ce Choixpeau.
L'une des choses dont je suis le plus fier est l'Eau Turquoise des Malians, le peuple semi-aquatique aux pieds palmés. Un fluide qui va comporter différentes caractéristiques selon les bassins dans lesquels il est placé. Dans le bassin d'apprentissage, l'eau a une mémoire, et permet aux malians d'accéder à la sagesse de leurs ancêtres.
Mais dans les bassins de naissance et de seconde chance, ce fluide va permettre aux créatures (pas toutes, d'ailleurs) de fusionner. De devenir l'équivalent de frères ou soeurs siamoises, si l'on veut se rapprocher de quelque chose d'humain.
La symbolique que l'on peut trouver dans l'Eau Turquoise, c'est l'harmonie entre les êtres - la déesse des Malians est la déesse de l'harmonie. C'est aussi, quelque part, notre propre évolution en tant qu'êtres humains issus de l'eau dans les temps anciens.
Mais il y a bien sûr quelque chose d'expérimental, dans cette trilogie Ardalia, l'idée de concevoir des peuples extraterrestres à une époque primitive et sauvage, grosso modo avant l'âge du fer.
C'est peut-être cet aspect expérimental, en dépit des nombreux repères qui existent par rapport à notre réalité, qui rend la résonnance moins forte avec celle-ci.
En dehors de ses fonctions d'évasion pure, l'imaginaire nous permet en tout cas d'interroger, parfois de décrypter, notre univers. D'où ces nombreuses passerelles avec le monde réel que l'on trouve dans les univers de l'imaginaire.
Ecriture, édition, livres numériques, science-fiction, fantasy et fantastique (thrillers/polars) sous toutes leurs formes : autant de sujets qui me passionnent et qui font l'actualité de ce blog.
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mardi 26 juin 2018
mercredi 23 août 2017
Droits audiovisuels: la stratégie Rowling
La romancière à laquelle on doit (entre autres) les Harry Potter, J.K. Rowling, est aussi une businesswoman avisée. Elle a su faire fructifier le fruit les adaptations audiovisuelles de son œuvre avec une habileté et une volonté dignes d'une indépendante. Peut-être plus important encore, elle a su garder le contrôle créatif, ce qui compte souvent autant que l'argent pour nous autres auteurs. Attention, cet article contient un spoiler sur la saga Harry Potter.
"Monnaie de singe": c'est ainsi que, dans le milieu du cinéma, on qualifie les revenus d'auteurs, que ce soit le scénariste ou bien l'auteur d'une œuvre adaptée au cinéma.
Vous trouvez le terme insultant pour la profession? Eh bien sachez que ce pourcentage, qui, avant amortissement du film, se situerait entre 0,5% et 1,5% des recettes en salles, d'après ce document officiel (p.59), est rarement versé. Il s'agit donc bien de monnaie de singe au sens péjoratif du terme.
Pourquoi cela? Parce que si l'auteur va en justice, les avocats de la partie adverse vont s'ingénier à lui faire perdre du temps et de l'argent en frais d'avocat, et le jeu pour récupérer ce qui est souvent une somme assez faible n'en vaut pas la chandelle.
Tenez-vous le pour dit: à partir du moment où vous pénétrez dans le milieu du cinéma, vous entrez dans un monde fondamentalement hostile aux créateurs.
Alors bien sûr, il y a d'autres modalités de versement, pour l'auteur d'un roman:
- l'option, un document donnant une option exclusive à un producteur sur l'adaptation de votre roman, en échange d'une somme d'argent
- l'à-valoir, une somme fixe que le producteur se remboursera sur le montant de votre pourcentage, et qui vous restera due, même si le film est un échec commercial
- le pourcentage après amortissement du film, qui peut aller de 2 à 10% selon le document plutôt optimiste précité
- les autres exploitations
- les droits en cas de remake
Sans l'à-valoir, en particulier, on peut penser que le cinéma ne parviendrait pas à convaincre des éditeurs de céder des droits sur des œuvres à succès.
C'est d'ailleurs une chose à garder en tête dans vos relations avec le milieu du cinéma: ne jamais démarcher des producteurs. Attendre qu'ils viennent vers vous, afin d'être en position de force pour la négociation.
Il est en effet beaucoup plus facile de dire "non" lorsqu'on vient vous faire une proposition. C'est d'ailleurs tout l'objet de cet article (en anglais) de Kristine Kathryn Rusch, dont je recommande la lecture.
Si vous avez vraiment écrit un méga succès, qui vous a déjà rendu riche, et si vous êtes sûr du succès de l'adaptation au cinéma de votre poule aux œufs d'or, le mieux est encore de faire comme l'autrice J.K. Rowling: devenir producteur de cinéma.
C'est ce qu'elle a fait pour le tome 7 d'Harry Potter, Les Reliques de la Mort, dont elle a été la productrice des deux films.
En y réfléchissant, je me suis demandé: mais, même riche, comment a-t-elle pu devenir productrice du film? La série Harry Potter au cinéma, c'est une franchise à succès. Les producteurs attitrés, David Heyman et David Barron, n'avaient sans doute pas très envie de partager les bénéfices au-delà des maigres revenus traditionnellement accordés à l'auteur.
Que les choses soient claires: je ne connais pas les deux David. Ce que je formule, ce n'est qu'une supposition, une conjecture que j'espère la plus éclairée possible.
D'après ce que je connais du milieu du cinéma, je suppose que Rowling est allée au rapport de force: "si je ne suis pas co-productrice, les deux derniers films ne se font pas".
Si elle a pu y parvenir, c'est parce que l'éditeur de Rowling avait dû avoir la sagesse de ne pas accorder de droit de préférence, ni encore moins d'exclusivité, aux producteurs du début.
De la même manière, dans un contrat d'édition, je suis partisan de n'accorder des droits que sur un livre après l'autre, même dans le cadre d'une série.
Ainsi, si quelque chose se passe mal, vous pouvez tout arrêter.
Mais bien sûr, vous me connaissez, en matière de livres, je suis plutôt partisan de l'autoédition.
A partir du deuxième roman, l'éditeur de Rowling, ou Rowling elle-même, n'a donc vendu les options d'adaptation que sur chaque roman individuellement, et pas avant de connaître le succès commercial du film précédent.
Quand Rowling a vu que le succès des films était au rendez-vous, elle était apparemment en situation de s'imposer en tant que productrice.
Ce qui me fait dire que Rowling a agi de la sorte comme une autrice indépendante, c'est qu'elle avait eu également la sagesse de se garder les droits sur les versions ebook. Quand vous allez sur un ebook Harry Potter sur Amazon, vous remarquez ainsi la mention: "Editeur: Pottermore from J.K. Rowling".
Vous allez me dire, Rowling est un cas très particulier qui ne se reproduira probablement jamais dans le milieu de l'édition. Elle a pu imposer ses conditions dans le milieu de l'audiovisuel parce qu'elle avait connu un succès phénoménal en librairie.
Certes, vous ne serez sans doute pas à même de négocier au même niveau. Mais cet article ne vise pas à vous faire contacter des producteurs pour adapter votre livre: ça ne marchera pas, ou bien vous êtes sûr de vous faire exploiter à mort.
Le message que j'ai envie de faire passer est bien celui-ci: en cas de succès de votre livre, si l'on vient vous voir, c'est que l'on sera motivé par le potentiel de ce que vous avez écrit. Ce potentiel a une valeur marchande : à vous d'en tirer le meilleur profit. Si le producteur ne met pas les moyens que vous jugez appropriés, autant dire non. Un film, ça représente beaucoup de stress, donc si dès le départ, vous sentez qu'il y a un loup, autant ne pas donner suite. Une adaptation ne peut être un but en soi. Le but reste toujours le livre.
Pour revenir à la saga Harry Potter, on s'aperçoit aussi que, dès le premier film, Rowling a su s'assurer le contrôle créatif, ou droit de regard sur le scénario.
Tous les auteurs savent qu'adapter, c'est trahir. En d'autres termes, la liberté artistique du metteur en scène va très souvent transformer une œuvre, en faire quelque chose d'autre. Parfois, le résultat est meilleur, parfois, il est pire.
Rowling a su faire en sorte que les adaptations soient fidèles aux romans. Elle en a profité pour faire l'éclatante démonstration envers Hollywood que ce n'est pas parce qu'une romancière se mêle du scénario d'un film que celui-ci va faire un flop.
ATTENTION SPOILER :
Le danger pour un auteur qui tient vraiment à son livre, c'est de voir celui-ci complètement dénaturé à l'écran: imagine-t-on un film historique contre l'esclavagisme avoir pour protagoniste principal un esclave blanc dans un champ de coton du Sud américain, quand dans le livre, ce même protagoniste avait la peau noire?
C'est un cas un peu extrême, mais vous voyez ce que je veux dire. Un simple détail peut tout changer. Si, par exemple, le personnage du professeur Rogue dans Harry Potter avait été entièrement négatif, s'il avait fait partie des méchants d'un bout à l'autre, sans être le personnage ambivalent, et au final, positif, qu'il est dans la saga, c'est tout le scénario conçu par l'autrice qui aurait été foutu en l'air.
Donc oui, dans la mesure où l'on s'intéresse au devenir cinématographique de son livre, et à son image de marque, le contrôle créatif me semble important pour un auteur.
"J'ai vendu mes enfants à des marchands d'esclave", telle a été la réaction de George Lucas après la sortie de Star Wars Episode 7. Il n'y a pas que l'argent...
Il est possible, pour un auteur, de s'assurer de ce contrôle créatif dès le stade de l'option, et c'est ce que je recommande. Vous pouvez télécharger un modèle d'option sur le site de la SACD.
"Monnaie de singe": c'est ainsi que, dans le milieu du cinéma, on qualifie les revenus d'auteurs, que ce soit le scénariste ou bien l'auteur d'une œuvre adaptée au cinéma.
Vous trouvez le terme insultant pour la profession? Eh bien sachez que ce pourcentage, qui, avant amortissement du film, se situerait entre 0,5% et 1,5% des recettes en salles, d'après ce document officiel (p.59), est rarement versé. Il s'agit donc bien de monnaie de singe au sens péjoratif du terme.
Pourquoi cela? Parce que si l'auteur va en justice, les avocats de la partie adverse vont s'ingénier à lui faire perdre du temps et de l'argent en frais d'avocat, et le jeu pour récupérer ce qui est souvent une somme assez faible n'en vaut pas la chandelle.
Tenez-vous le pour dit: à partir du moment où vous pénétrez dans le milieu du cinéma, vous entrez dans un monde fondamentalement hostile aux créateurs.
Alors bien sûr, il y a d'autres modalités de versement, pour l'auteur d'un roman:
- l'option, un document donnant une option exclusive à un producteur sur l'adaptation de votre roman, en échange d'une somme d'argent
- l'à-valoir, une somme fixe que le producteur se remboursera sur le montant de votre pourcentage, et qui vous restera due, même si le film est un échec commercial
- le pourcentage après amortissement du film, qui peut aller de 2 à 10% selon le document plutôt optimiste précité
- les autres exploitations
- les droits en cas de remake
Sans l'à-valoir, en particulier, on peut penser que le cinéma ne parviendrait pas à convaincre des éditeurs de céder des droits sur des œuvres à succès.
C'est d'ailleurs une chose à garder en tête dans vos relations avec le milieu du cinéma: ne jamais démarcher des producteurs. Attendre qu'ils viennent vers vous, afin d'être en position de force pour la négociation.
Il est en effet beaucoup plus facile de dire "non" lorsqu'on vient vous faire une proposition. C'est d'ailleurs tout l'objet de cet article (en anglais) de Kristine Kathryn Rusch, dont je recommande la lecture.
Si vous avez vraiment écrit un méga succès, qui vous a déjà rendu riche, et si vous êtes sûr du succès de l'adaptation au cinéma de votre poule aux œufs d'or, le mieux est encore de faire comme l'autrice J.K. Rowling: devenir producteur de cinéma.
C'est ce qu'elle a fait pour le tome 7 d'Harry Potter, Les Reliques de la Mort, dont elle a été la productrice des deux films.
En y réfléchissant, je me suis demandé: mais, même riche, comment a-t-elle pu devenir productrice du film? La série Harry Potter au cinéma, c'est une franchise à succès. Les producteurs attitrés, David Heyman et David Barron, n'avaient sans doute pas très envie de partager les bénéfices au-delà des maigres revenus traditionnellement accordés à l'auteur.
Que les choses soient claires: je ne connais pas les deux David. Ce que je formule, ce n'est qu'une supposition, une conjecture que j'espère la plus éclairée possible.
D'après ce que je connais du milieu du cinéma, je suppose que Rowling est allée au rapport de force: "si je ne suis pas co-productrice, les deux derniers films ne se font pas".
Si elle a pu y parvenir, c'est parce que l'éditeur de Rowling avait dû avoir la sagesse de ne pas accorder de droit de préférence, ni encore moins d'exclusivité, aux producteurs du début.
De la même manière, dans un contrat d'édition, je suis partisan de n'accorder des droits que sur un livre après l'autre, même dans le cadre d'une série.
Ainsi, si quelque chose se passe mal, vous pouvez tout arrêter.
Mais bien sûr, vous me connaissez, en matière de livres, je suis plutôt partisan de l'autoédition.
A partir du deuxième roman, l'éditeur de Rowling, ou Rowling elle-même, n'a donc vendu les options d'adaptation que sur chaque roman individuellement, et pas avant de connaître le succès commercial du film précédent.
Quand Rowling a vu que le succès des films était au rendez-vous, elle était apparemment en situation de s'imposer en tant que productrice.
Ce qui me fait dire que Rowling a agi de la sorte comme une autrice indépendante, c'est qu'elle avait eu également la sagesse de se garder les droits sur les versions ebook. Quand vous allez sur un ebook Harry Potter sur Amazon, vous remarquez ainsi la mention: "Editeur: Pottermore from J.K. Rowling".
Vous allez me dire, Rowling est un cas très particulier qui ne se reproduira probablement jamais dans le milieu de l'édition. Elle a pu imposer ses conditions dans le milieu de l'audiovisuel parce qu'elle avait connu un succès phénoménal en librairie.
Certes, vous ne serez sans doute pas à même de négocier au même niveau. Mais cet article ne vise pas à vous faire contacter des producteurs pour adapter votre livre: ça ne marchera pas, ou bien vous êtes sûr de vous faire exploiter à mort.
Le message que j'ai envie de faire passer est bien celui-ci: en cas de succès de votre livre, si l'on vient vous voir, c'est que l'on sera motivé par le potentiel de ce que vous avez écrit. Ce potentiel a une valeur marchande : à vous d'en tirer le meilleur profit. Si le producteur ne met pas les moyens que vous jugez appropriés, autant dire non. Un film, ça représente beaucoup de stress, donc si dès le départ, vous sentez qu'il y a un loup, autant ne pas donner suite. Une adaptation ne peut être un but en soi. Le but reste toujours le livre.
Pour revenir à la saga Harry Potter, on s'aperçoit aussi que, dès le premier film, Rowling a su s'assurer le contrôle créatif, ou droit de regard sur le scénario.
Tous les auteurs savent qu'adapter, c'est trahir. En d'autres termes, la liberté artistique du metteur en scène va très souvent transformer une œuvre, en faire quelque chose d'autre. Parfois, le résultat est meilleur, parfois, il est pire.
Rowling a su faire en sorte que les adaptations soient fidèles aux romans. Elle en a profité pour faire l'éclatante démonstration envers Hollywood que ce n'est pas parce qu'une romancière se mêle du scénario d'un film que celui-ci va faire un flop.
ATTENTION SPOILER :
Le danger pour un auteur qui tient vraiment à son livre, c'est de voir celui-ci complètement dénaturé à l'écran: imagine-t-on un film historique contre l'esclavagisme avoir pour protagoniste principal un esclave blanc dans un champ de coton du Sud américain, quand dans le livre, ce même protagoniste avait la peau noire?
C'est un cas un peu extrême, mais vous voyez ce que je veux dire. Un simple détail peut tout changer. Si, par exemple, le personnage du professeur Rogue dans Harry Potter avait été entièrement négatif, s'il avait fait partie des méchants d'un bout à l'autre, sans être le personnage ambivalent, et au final, positif, qu'il est dans la saga, c'est tout le scénario conçu par l'autrice qui aurait été foutu en l'air.
Donc oui, dans la mesure où l'on s'intéresse au devenir cinématographique de son livre, et à son image de marque, le contrôle créatif me semble important pour un auteur.
"J'ai vendu mes enfants à des marchands d'esclave", telle a été la réaction de George Lucas après la sortie de Star Wars Episode 7. Il n'y a pas que l'argent...
Il est possible, pour un auteur, de s'assurer de ce contrôle créatif dès le stade de l'option, et c'est ce que je recommande. Vous pouvez télécharger un modèle d'option sur le site de la SACD.
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mardi 13 septembre 2016
Mes livres dans les écoles ?
J'ai beau me définir comme étant agnostique, je n'écarte pas pour autant toute spiritualité de ma vie. Ainsi ai-je appris à tenir compte de certains signes (vent du destin? Souffle d'Aoles?) autour de moi - on pourrait aussi parler d'intuition ou d'association d'idées, mais je crois que ça va plus loin. J'avais déjà remarqué que les enseignants s'intéressaient à mes livres, évoquant à plusieurs reprises, lors de rencontres en dédicace, la possibilité de me déplacer en collège y prêcher ma "bonne parole". Mais l'élément déclencheur de l'article de blog que vous lisez en ce moment a été un email d'un membre d'une association de l'Hérault, Lire et faire lire, qui intervient dans les écoles primaires pour y faire des lectures.
C'est un fait, l'enseignement du français, notamment au collège, a subi de vraies évolutions depuis mon enfance. Sans doute cela est-il dû au moins en partie au fait que les enseignants d'aujourd'hui sont souvent des gens de ma génération.
L'enseignement trop rigide du collège, l'obligation de lire des textes trop âpres à un âge où les goûts se forment ou se déforment pour la vie, a dû rester en mémoire de certains enseignants, ou en tout cas de certaines personnes travaillant aux programmes de l'Education nationale.
Ainsi, quand je jette un coup d’œil sur le manuel de français de ma fille, qui vient de rentrer en Sixième, je vois un chapitre sur les Ogres et Sorcières, un autre intitulé Belles et Bêtes, du livre à l'écran, un autre sur les récits de création de la mythologie grecque et de la Bible, un autre sur les monstres antiques, un autre sur l'Odyssée d'Homère, un autre sur le roman d'aventure, avec notamment un passage de Bilbo le Hobbit, de Tolkien, un extrait du Monde Perdu d'Arthur Conan Doyle, et des planches du Temple du Soleil, la BD d'Hergé (oui, Tintin et le capitaine Haddock!)...
De l'incitatif, voire de l'addictif, cela me donnerait presque envie de recommencer ma Sixième!
L'email que j'ai reçu ne faisait cependant pas référence à des collégiens, mais à des écoliers de CM2.
Je garde en général la confidentialité sur les emails que je reçois, mais celui-ci ne révèle rien de personnel, et constitue, selon moi, un véritable "cas d'école" (oui, le jeu de mots est voulu):
Je fais partie de l’association « Lire et Faire Lire » (http://www.lireetfairelire.org/). Je lis donc dans les écoles, en particulier dans l’Hérault.
J’ai
récupéré via Amazon sur mon Kindle « Une brève histoire d'Ardalia » que
je pense lire aux CM2 (éventuellement CM1). Qu’en pensez-vous ?.
Sinon pensez-vous que je puisse lire d’autres livres dont vous êtes l’auteur aux enfants de CM2 ou autres ?
Un intervenant dans les écoles qui lit des récits d'un auteur qu'il a récupéré sur sa liseuse Kindle. Oui je confirme, les choses ont bien changé depuis mon enfance...
Je lui ai répondu que oui, bien sûr, je n'y voyais aucun inconvénient, Une brève histoire d'Ardalia pouvant être un bon exemple de la manière dont un auteur construit son univers.
Voici la suite de ma réponse:
Vous pouvez même effectuer une corrélation avec le récit de l'Avisé dans le chapitre 1 du Souffle d'Aoles, le passage qui commence par : "C’était une époque dont les plus anciens ne se souviennent que par le récit de leurs ancêtres," afin de montrer comment le fait de bâtir une histoire plus ancienne peut aider à crédibiliser une histoire, à lui donner plus d'assise.
[Note: je ne lui ai pas dit que ce passage constituait aussi un bon exemple de "mise en abyme": la technique d'incrustation d'une histoire dans une autre peut sembler un peu difficile à aborder pour les plus jeunes, mais il ne faut jamais sous-estimer l'intelligence de nos enfants, et je pense qu'il serait assez simple de leur expliquer la chose à l'aide de poupées russes.]
Le Souffle d'Aoles, le premier tome du cycle d'Ardalia, se destine quant à
lui à un public à partir de 12 ans. Donc, plus pour les cinquième, le
héros ayant 16 ans et évoluant tout au long de la trilogie.
J'ai
voulu l'écrire pour des personnes qui auraient lu la série Harry Potter
et qui souhaiteraient aller plus loin dans l'imaginaire.
Il
y a une autre histoire courte que vous pouvez lire aux enfants: "Le
Plasmode", une histoire de science-fiction de type expérimentale, qui
fait partie de mon recueil Les Explorateurs.
Elle
constitue un bon exemple de la manière dont un auteur peut se laisser
porter par son imagination, en faisant d'une créature extra-terrestre
très originale le protagoniste principal d'une histoire.
Enfin, Source de Jouvence, dans le même recueil, est une nouvelle qui peut aussi attirer les plus jeunes, dans la mesure où l'on parle d'une famille déportée de sa route par des pirates, qui va échouer sur une station spatiale.
Enfin, Source de Jouvence, dans le même recueil, est une nouvelle qui peut aussi attirer les plus jeunes, dans la mesure où l'on parle d'une famille déportée de sa route par des pirates, qui va échouer sur une station spatiale.
Le
petit Vens, 8 ans, va se rendre compte que le vieux scientifique qui
vit tout seul dans cette station spatiale, entouré de robots,
s'intéresse un peu trop à lui.
Source de Jouvence fait partie du recueil Les Explorateurs, mais est aussi vendu de manière individuelle sur Kindle.
Bien à vous,
Pour les enseignants qui liraient cet article de blog, il faut savoir que je ne suis jamais intervenu en milieu scolaire.
J'aurais des choses à dire, et notamment sur la manière dont, bien que m'étant lancé dans une histoire d'aliens sur une autre planète, j'ai ancré le roman Le Souffle d'Aoles dans notre propre réalité, avec de nombreux points d'ancrage liés à notre Histoire, et notamment le compagnonnage et le fait de devoir, pour un menuisier, prouver son savoir-faire en réalisant son chef-d’œuvre.
Si vous souhaitez me voir intervenir dans votre classe, mon tarif est de 250 € hors défraiement par demi-journée d'intervention (paiement d'avance). Vous pouvez me joindre sur mon email, alan1spade [at] gmail.com.
Enfin, si l'Education nationale est intéressée pour voir figurer ma trilogie Ardalia dans les CDI des collèges, je suis bien sûr ouvert à toute proposition. Je peux même proposer un tarif plus favorable que le tarif habituel, puisque c'est pour la bonne cause...
Article lié: Auteurs: les interventions hors dédicace
lundi 15 décembre 2014
Offre Kindle Unlimited : une bonne chose, mais pas pour les auteurs autoédités
Depuis peu, l'offre Kindle Unlimited est arrivée en France. Elle permet de télécharger en illimité "plus de 700 000 titres, dont 20 000 en français, pour 9,99 € par mois." Avec en tête de liste des romans comme Harry Potter à l'école des sorciers, de J.K. Rowling, Mémé dans les orties, d'Aurélie Valogne, Troie, de David Gemmel, ou le tout récent Projet Anastasis, de Jacques Vandroux. Une offre très intéressante pour les lecteurs, qui a l'avantage de mettre sur le devant de la scène les ebooks... mais nettement moins intéressante pour les auteurs autoédités.
Sois toi-même ton concurrent le plus féroce, et pour cela, Ne crains pas de chambouler ton propre modèle, tels pourraient être les deux adages suivis par Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Qui nous en offre de nouveau une belle illustration avec l'offre Kindle Unlimited (KU).
Dans la lignée d'offres illimitées comme celles de Netflix pour les films, et de la montée en puissance du streaming (lecture en continu sur Internet) KU a l'avantage de remettre le livre, et l'ebook en particulier, sur le devant de la scène. Le livre n'a en effet jamais été autant concurrencé, que ce soit par les jeux vidéos ou par les films et séries TV, que de nos jours.
En tant qu'amoureux des livres et romans, je me réjouis donc de cette nouvelle perturbation qu'introduit Jeff Bezos dans un univers qui a tendance à un peu trop ronronner. Je m'en réjouis d'autant plus que par contraste, cette offre révèle l'absurdité, et la tendance à la rigidification, causée par la loi sur le prix unique du livre numérique en France.
Certains acteurs, comme le président du Centre National du livre Vincent Monadé, se demandent en effet à juste raison comment une telle offre pourrait être compatible avec cette loi sur le prix unique du livre numérique. Elle ne l'est sans doute pas, mais à mon sens, cela remet davantage en cause cette loi protectionniste et rigide plutôt que cette offre.
Mais Amazon est-il vraiment le précurseur de ce type d'offre? Ou ne vient-il que concurrencer certains services qui existent déjà? Après tout, France Loisirs ne date pas d'hier.
D'autres acteurs réagissent, comme le Tiers livre, avec son pass 20€ pour accéder de manière permanente à l'ensemble de ses ebooks.
Alors pourquoi, alors même qu'en tête d'article, je citais deux romans autoédités, Projet Anastasis, le nouveau thriller de Jacques Vandroux (n°1 de la boutique Kindle à l'heure où j'écris ces lignes) et Mémé dans les Orties d'Aurélie Valognes (n°3 de la boutique Kindle), deux romans qui marchent donc très très fort, pourquoi est-ce que j'ose prétendre que Kindle Unlimited n'est pas favorable aux auteurs indépendants?
Parce que, pour leur immense majorité, c'est le cas.
Amazon sait très bien jouer de l'effet marketing que permettent des positions de leader, mais l'immense majorité des auteurs indépendants ne possèdent aucun roman dans le top 100 des livres. Pour avoir son œuvre sur Kindle Unlimited, l'auteur indépendant, contrairement à l'auteur traditionnellement publié, doit rendre disponible en exclusivité ce livre en format numérique sur Amazon. Or, si votre livre ne figure pas dans le top 100, il y a de très fortes chances que vous perdiez de l'argent en ne le rendant pas disponible sur d'autres plates-formes comme Kobo ou Apple.
Aux Etats-Unis, où l'on possède la distance nécessaire pour juger des effets de Kindle Unlimited, la dernière étude d'Author Earnings, qui date d'octobre 2014, établit exactement cela: dans l'immense majorité des cas pour les auteurs indépendants, à moins de "fonctionner" déjà avec KDP Select (les ebooks en exclusivité chez Amazon), il n'est pas rentable de mettre ses livres sur Kindle Unlimited.
Pire encore, de nombreux auteurs indépendants américains habitués à fonctionner en exclusivité avec Kindle, reconnaissent qu'ils perdent de l'argent avec Kindle Unlimited, y compris l'un des plus ardents défenseurs d'Amazon, l'auteur Joe Konrath (il l'a dit en passant et son billet ne portait pas sur KU, mais tout de même). Les sommes perçues par les auteurs sont en effet fixes, et encore faut-il que plus de 10% des ebooks aient été lus pour que leurs auteurs perçoivent ces sommes, souvent inférieures au prix habituel du livre lorsqu'il n'était pas présent sur Kindle Unlimited.
L'auteur Jacques Vandroux a déjà laissé un commentaire sur ce blog. S'il accepte de nouveau de le faire, il pourra sans doute témoigner que Kindle Unlimited lui est profitable, et je n'ai aucun doute là-dessus.
Si Kindle Unlimited n'était pas lié à la notion d'exclusivité, j'aurais moi-même volontiers essayé ce nouveau service pour au moins l'un de mes romans. J'estime en effet qu'il peut amener un regain de visibilité, mais je l'aurais fait à titre expérimental, en étant persuadé que pour moi, auteur dont les ebooks ne figurent jamais dans le top 100, ce service n'apporterait de toute façon pas grand-chose.
Je l'aurais fait parce que mes ventes d'ebooks ne sont pas ce qui me fait vivre, cette année par exemple, j'ai vendu largement plus du double de livres en format papier.
Et je pense que pour certains éditeurs traditionnels qui le font, comme Mango Jeunesse ou Fleurus, cela peut être un plus.
Si j'étais éditeur d'une petite maison d'édition et que l'un de mes auteurs soit susceptible d'accrocher le top 100, étant donné qu'il n'y a pas de notion d'exclusivité pour les maisons d'édition, je tenterais le coup avec l'accord de l'auteur en question, bien sûr.
Est-ce que ce genre d'offre risque d'entraîner une perte de valeur des ebooks, et de renforcer la notion que tout ce qui est numérique doit être gratuit ou presque? Le débat est ouvert, mais je vais tout de même "me mouiller".
Je pense que la plupart des lecteurs qui adhèrent à ces offres sont des lecteurs voraces ou des curieux, et qu'ils savent pertinemment qu'ils ne bénéficient pas d'un choix aussi large que les autres. Les abonnés de France Loisirs que je rencontre en dédicace savent qu'ils ne retrouveront pas mes livres en catalogue.
Je pense donc qu'avec ce type d'offre, on développe un autre type de lectorat tout en donnant un coup de projecteur aux livres, et dans l'ensemble, je suis persuadé que c'est favorable au livre en général.
En tant qu'auteur indépendant, je n'utiliserais néanmoins pas cette formule tant qu'elle se présentera sous cette forme, c'est à dire sous condition d'exclusivité.
[EDIT] Un premier retour d'expérience de l'auteur Jacques Vandroux pour son roman Projet Anastasis. Jacques a eu la gentillesse de laisser un commentaire sur ce blog (cliquer sur "les plus récents d'abord"). Voir aussi le blog de Jacques, KDP Select or not KDP Select?
Pour les anglophones, un retour d'expérience datant d'Octobre 2014 de l'auteur K. Matthew. Je n'avais pas lu l'article auparavant, mais ses conclusions rejoignent en grande partie les miennes. Avec un ajout de taille, tout de même: Kindle Unlimited peut être intéressant pour les histoires courtes (nouvelles).
Sois toi-même ton concurrent le plus féroce, et pour cela, Ne crains pas de chambouler ton propre modèle, tels pourraient être les deux adages suivis par Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Qui nous en offre de nouveau une belle illustration avec l'offre Kindle Unlimited (KU).
Dans la lignée d'offres illimitées comme celles de Netflix pour les films, et de la montée en puissance du streaming (lecture en continu sur Internet) KU a l'avantage de remettre le livre, et l'ebook en particulier, sur le devant de la scène. Le livre n'a en effet jamais été autant concurrencé, que ce soit par les jeux vidéos ou par les films et séries TV, que de nos jours.
En tant qu'amoureux des livres et romans, je me réjouis donc de cette nouvelle perturbation qu'introduit Jeff Bezos dans un univers qui a tendance à un peu trop ronronner. Je m'en réjouis d'autant plus que par contraste, cette offre révèle l'absurdité, et la tendance à la rigidification, causée par la loi sur le prix unique du livre numérique en France.
Certains acteurs, comme le président du Centre National du livre Vincent Monadé, se demandent en effet à juste raison comment une telle offre pourrait être compatible avec cette loi sur le prix unique du livre numérique. Elle ne l'est sans doute pas, mais à mon sens, cela remet davantage en cause cette loi protectionniste et rigide plutôt que cette offre.
Mais Amazon est-il vraiment le précurseur de ce type d'offre? Ou ne vient-il que concurrencer certains services qui existent déjà? Après tout, France Loisirs ne date pas d'hier.
D'autres acteurs réagissent, comme le Tiers livre, avec son pass 20€ pour accéder de manière permanente à l'ensemble de ses ebooks.
Alors pourquoi, alors même qu'en tête d'article, je citais deux romans autoédités, Projet Anastasis, le nouveau thriller de Jacques Vandroux (n°1 de la boutique Kindle à l'heure où j'écris ces lignes) et Mémé dans les Orties d'Aurélie Valognes (n°3 de la boutique Kindle), deux romans qui marchent donc très très fort, pourquoi est-ce que j'ose prétendre que Kindle Unlimited n'est pas favorable aux auteurs indépendants?
Parce que, pour leur immense majorité, c'est le cas.
Amazon sait très bien jouer de l'effet marketing que permettent des positions de leader, mais l'immense majorité des auteurs indépendants ne possèdent aucun roman dans le top 100 des livres. Pour avoir son œuvre sur Kindle Unlimited, l'auteur indépendant, contrairement à l'auteur traditionnellement publié, doit rendre disponible en exclusivité ce livre en format numérique sur Amazon. Or, si votre livre ne figure pas dans le top 100, il y a de très fortes chances que vous perdiez de l'argent en ne le rendant pas disponible sur d'autres plates-formes comme Kobo ou Apple.
Aux Etats-Unis, où l'on possède la distance nécessaire pour juger des effets de Kindle Unlimited, la dernière étude d'Author Earnings, qui date d'octobre 2014, établit exactement cela: dans l'immense majorité des cas pour les auteurs indépendants, à moins de "fonctionner" déjà avec KDP Select (les ebooks en exclusivité chez Amazon), il n'est pas rentable de mettre ses livres sur Kindle Unlimited.
Pire encore, de nombreux auteurs indépendants américains habitués à fonctionner en exclusivité avec Kindle, reconnaissent qu'ils perdent de l'argent avec Kindle Unlimited, y compris l'un des plus ardents défenseurs d'Amazon, l'auteur Joe Konrath (il l'a dit en passant et son billet ne portait pas sur KU, mais tout de même). Les sommes perçues par les auteurs sont en effet fixes, et encore faut-il que plus de 10% des ebooks aient été lus pour que leurs auteurs perçoivent ces sommes, souvent inférieures au prix habituel du livre lorsqu'il n'était pas présent sur Kindle Unlimited.
L'auteur Jacques Vandroux a déjà laissé un commentaire sur ce blog. S'il accepte de nouveau de le faire, il pourra sans doute témoigner que Kindle Unlimited lui est profitable, et je n'ai aucun doute là-dessus.
Si Kindle Unlimited n'était pas lié à la notion d'exclusivité, j'aurais moi-même volontiers essayé ce nouveau service pour au moins l'un de mes romans. J'estime en effet qu'il peut amener un regain de visibilité, mais je l'aurais fait à titre expérimental, en étant persuadé que pour moi, auteur dont les ebooks ne figurent jamais dans le top 100, ce service n'apporterait de toute façon pas grand-chose.
Je l'aurais fait parce que mes ventes d'ebooks ne sont pas ce qui me fait vivre, cette année par exemple, j'ai vendu largement plus du double de livres en format papier.
Et je pense que pour certains éditeurs traditionnels qui le font, comme Mango Jeunesse ou Fleurus, cela peut être un plus.
Si j'étais éditeur d'une petite maison d'édition et que l'un de mes auteurs soit susceptible d'accrocher le top 100, étant donné qu'il n'y a pas de notion d'exclusivité pour les maisons d'édition, je tenterais le coup avec l'accord de l'auteur en question, bien sûr.
Est-ce que ce genre d'offre risque d'entraîner une perte de valeur des ebooks, et de renforcer la notion que tout ce qui est numérique doit être gratuit ou presque? Le débat est ouvert, mais je vais tout de même "me mouiller".
Je pense que la plupart des lecteurs qui adhèrent à ces offres sont des lecteurs voraces ou des curieux, et qu'ils savent pertinemment qu'ils ne bénéficient pas d'un choix aussi large que les autres. Les abonnés de France Loisirs que je rencontre en dédicace savent qu'ils ne retrouveront pas mes livres en catalogue.
Je pense donc qu'avec ce type d'offre, on développe un autre type de lectorat tout en donnant un coup de projecteur aux livres, et dans l'ensemble, je suis persuadé que c'est favorable au livre en général.
En tant qu'auteur indépendant, je n'utiliserais néanmoins pas cette formule tant qu'elle se présentera sous cette forme, c'est à dire sous condition d'exclusivité.
[EDIT] Un premier retour d'expérience de l'auteur Jacques Vandroux pour son roman Projet Anastasis. Jacques a eu la gentillesse de laisser un commentaire sur ce blog (cliquer sur "les plus récents d'abord"). Voir aussi le blog de Jacques, KDP Select or not KDP Select?
Pour les anglophones, un retour d'expérience datant d'Octobre 2014 de l'auteur K. Matthew. Je n'avais pas lu l'article auparavant, mais ses conclusions rejoignent en grande partie les miennes. Avec un ajout de taille, tout de même: Kindle Unlimited peut être intéressant pour les histoires courtes (nouvelles).
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lundi 1 décembre 2014
[Archive 28 février 2012] Les artistes doivent-ils expier pour la société ?
La réponse est dans la question, bien sûr. Le sujet pourrait sembler déplacé à l'heure où la comédie The Artist
triomphe aux Oscars, il pourrait même paraître tout à fait à
contre-courant quand, par exemple, la téléréalité promet de faire de
n'importe quel inconnu une star. Mais l'époque n'en est pas à une
contradiction près.
En tant qu'auteur autoédité, je suis bien placé pour dire que l'écrémage massif qui se fait en maison d'édition au moment du tri des manuscrits, ces spaghettis lancés sur le mur et dont on attend de voir s'ils vont coller ou pas, pour reprendre l'expression imagée de Barry Eisler, cette élimination impitoyable et forcenée est, dans une mesure non négligeable, injustifiée. Oh, je ne vais pas prétendre que tous les manuscrits sont publiables, loin de là. Mais lorsque l'on voit que même de bons auteurs publiés peuvent ensuite retomber dans l'oubli du jour au lendemain pour d'obscures raisons, il y a de quoi se poser des questions.
Cette sélection procède d'une volonté de créer des marques fortes, avec des auteurs souples et malléables autant que possible. Les contraintes physiques et matérielles n'expliquent pas tout, loin de là. Amazon a prouvé qu'avec de la bonne volonté et de l'imagination, on pouvait d'ailleurs faire largement reculer ces contraintes d'espace sur les rayons. Si les grandes maisons d'édition s'étaient dotées de secteurs de recherche et développement, elles n'auraient pas vu un tel concurrent débouler avec autant de force et de percussion. N'allez pas me dire qu'elles n'en avaient pas les moyens...
L'idée redoutablement élitiste selon lequel l'entonnoir doit avoir l'extrémité la plus fine possible pour ne laisser passer que les meilleurs se retrouve battue en brèche par le succès d'auteurs autoédités outre-Atlantique. Mais cette idée s'inscrit dans une tendance lourde, celle de l'expiation des artistes ou de ceux qui voudraient le devenir.
Regardez les 35 heures. On sait que l'on produit plus avec moins d'efforts, on sait que certains s'enrichissent toujours plus aux dépens du plus grand nombre, on sait que l'on va à grands pas vers une société de loisirs, et malgré tout, on reste sur cette idée doctrinaire et stupide de la méritocratie par le "travail". Et quand je dis "travail", il faut l'entendre au sens étymologique du terme : du latin tripaliare, torturer. Car bien sûr, quand les grands pontes du gouvernement français, notre président à leur tête, parlent du travail, c'est celui des ouvriers, pas celui du publicitaire ou du trader. Vous avez dit réactionnaire ?
Ces gouvernants jouent bien entendu sur les nombreuses peurs qu'engendrent ces mutations profondes de la société. Si l'on fait disparaître la "valeur travail", pensent-ils, tout va se casser la gueule. Et comme le travail intellectuel est infiniment moins facile à mesurer que celui reposant sur la force des biceps, on fait reposer toute la méritocratie sur le travail des ouvriers dans les usines. Mais les machines et les nouvelles technologies ne vont pas tout à coup disparaître pour se conformer à des mentalités arriérées (je ne parle pas de celles des ouvriers, mais de celles de certains dirigeants).
Ces mutations, il va bien falloir les accepter. La société des loisirs, il va bien falloir l'intégrer, et la valoriser à son tour. Dans mon autre vie, celle dont je ne parle pas sur ce blog, je cotoie des intermittents du spectacle. Le nombre de tracasseries qu'on leur fait subir simplement du fait qu'ils sont intermittents du spectacle est tout bonnement incroyable. La manière dont certains médias proches du pouvoir ont détourné (torpillé ?) le système de l'intermittence à leur profit est également exemplaire de l'hypocrisie et du cynisme qui règnent dans ces sphères. Ce détournement est d'ailleurs régulièrement dénoncé par la Cour des comptes.
Tout se passe comme si la société dans son ensemble, et bien souvent les artistes et auteurs eux-mêmes, formattés comme les autres, opéraient un déni de cette nouvelle industrie des loisirs. Ce déni vient à mon avis de cette peur absurde, irrationnelle, que les gens cesseraient du jour au lendemain de travailler si l'industrie des loisirs devenait plus fréquentable.
L'un des enjeux du XXIème siècle va consister à redéfinir le mot "travail". Et à valoriser, enfin, les activités des artistes et les artistes eux-mêmes, y compris les anonymes comme moi ou de nombreux autres. Et de préférence, de leur vivant...
[Edit 01/12/2014] Ce discours à Harvard de J.K. Rowling, l'auteur de la série Harry Potter, ne date pas d'hier, mais pourrait faire figure à lui seul de plaidoyer pour un Etat providence et en faveur des droits de l'homme (j'ai été d'autant plus sensible à la partie concernant Amnesty International que ma femme travaille dans une association de lutte contre la torture).
En tant qu'auteur autoédité, je suis bien placé pour dire que l'écrémage massif qui se fait en maison d'édition au moment du tri des manuscrits, ces spaghettis lancés sur le mur et dont on attend de voir s'ils vont coller ou pas, pour reprendre l'expression imagée de Barry Eisler, cette élimination impitoyable et forcenée est, dans une mesure non négligeable, injustifiée. Oh, je ne vais pas prétendre que tous les manuscrits sont publiables, loin de là. Mais lorsque l'on voit que même de bons auteurs publiés peuvent ensuite retomber dans l'oubli du jour au lendemain pour d'obscures raisons, il y a de quoi se poser des questions.
Cette sélection procède d'une volonté de créer des marques fortes, avec des auteurs souples et malléables autant que possible. Les contraintes physiques et matérielles n'expliquent pas tout, loin de là. Amazon a prouvé qu'avec de la bonne volonté et de l'imagination, on pouvait d'ailleurs faire largement reculer ces contraintes d'espace sur les rayons. Si les grandes maisons d'édition s'étaient dotées de secteurs de recherche et développement, elles n'auraient pas vu un tel concurrent débouler avec autant de force et de percussion. N'allez pas me dire qu'elles n'en avaient pas les moyens...
L'idée redoutablement élitiste selon lequel l'entonnoir doit avoir l'extrémité la plus fine possible pour ne laisser passer que les meilleurs se retrouve battue en brèche par le succès d'auteurs autoédités outre-Atlantique. Mais cette idée s'inscrit dans une tendance lourde, celle de l'expiation des artistes ou de ceux qui voudraient le devenir.
Regardez les 35 heures. On sait que l'on produit plus avec moins d'efforts, on sait que certains s'enrichissent toujours plus aux dépens du plus grand nombre, on sait que l'on va à grands pas vers une société de loisirs, et malgré tout, on reste sur cette idée doctrinaire et stupide de la méritocratie par le "travail". Et quand je dis "travail", il faut l'entendre au sens étymologique du terme : du latin tripaliare, torturer. Car bien sûr, quand les grands pontes du gouvernement français, notre président à leur tête, parlent du travail, c'est celui des ouvriers, pas celui du publicitaire ou du trader. Vous avez dit réactionnaire ?
Ces gouvernants jouent bien entendu sur les nombreuses peurs qu'engendrent ces mutations profondes de la société. Si l'on fait disparaître la "valeur travail", pensent-ils, tout va se casser la gueule. Et comme le travail intellectuel est infiniment moins facile à mesurer que celui reposant sur la force des biceps, on fait reposer toute la méritocratie sur le travail des ouvriers dans les usines. Mais les machines et les nouvelles technologies ne vont pas tout à coup disparaître pour se conformer à des mentalités arriérées (je ne parle pas de celles des ouvriers, mais de celles de certains dirigeants).
Ces mutations, il va bien falloir les accepter. La société des loisirs, il va bien falloir l'intégrer, et la valoriser à son tour. Dans mon autre vie, celle dont je ne parle pas sur ce blog, je cotoie des intermittents du spectacle. Le nombre de tracasseries qu'on leur fait subir simplement du fait qu'ils sont intermittents du spectacle est tout bonnement incroyable. La manière dont certains médias proches du pouvoir ont détourné (torpillé ?) le système de l'intermittence à leur profit est également exemplaire de l'hypocrisie et du cynisme qui règnent dans ces sphères. Ce détournement est d'ailleurs régulièrement dénoncé par la Cour des comptes.
Tout se passe comme si la société dans son ensemble, et bien souvent les artistes et auteurs eux-mêmes, formattés comme les autres, opéraient un déni de cette nouvelle industrie des loisirs. Ce déni vient à mon avis de cette peur absurde, irrationnelle, que les gens cesseraient du jour au lendemain de travailler si l'industrie des loisirs devenait plus fréquentable.
L'un des enjeux du XXIème siècle va consister à redéfinir le mot "travail". Et à valoriser, enfin, les activités des artistes et les artistes eux-mêmes, y compris les anonymes comme moi ou de nombreux autres. Et de préférence, de leur vivant...
[Edit 01/12/2014] Ce discours à Harvard de J.K. Rowling, l'auteur de la série Harry Potter, ne date pas d'hier, mais pourrait faire figure à lui seul de plaidoyer pour un Etat providence et en faveur des droits de l'homme (j'ai été d'autant plus sensible à la partie concernant Amnesty International que ma femme travaille dans une association de lutte contre la torture).
mardi 18 novembre 2014
[Archive 22 juillet 2013] La deuxième identité secrète de J.K. Rowling
Cela
a été révélé récemment : l'auteur de Harry Potter, J.K. Rowling, avait
écrit un polar, The Cuckoo's Calling, sous l'identité secrète de Robert
Galbraith. Polar qu'elle avait fait éditer, sans doute par
l'intermédiaire de son agent. Et si nous nous laissions aller à une
petite fiction? Qui sait si elle n'a pas autoédité, sous une deuxième
identité secrète (un troisième nom), un autre roman?
Cela
peut paraître fou de se dire qu'une auteur plus riche que la reine
d'Angleterre aurait autoédité un livre. Elle ne l'a sans doute pas fait,
bien sûr. Mais l'idée, c'est qu'elle a pu le faire.
En
réalité, elle a à tout moment la possibilité, de chez elle,
d'autoéditer un ebook sans en parler à personne, et en particulier sans
en parler à son agent, en prenant un autre nom de plume. De nos jours,
l'édition, et l'autoédition, est quasiment devenue aussi simple que de
presser un bouton - et oui, c'est une grande et belle chose.
Et
vous savez quoi ? Si j'étais auteur édité, mais que mes relations avec
mon éditeur ne se passent pas bien, c'est ce que je ferais dans un
premier temps avec un roman inédit, pour "tester les eaux". Dans un
deuxième temps, bien sûr, si l'essai est concluant, je m'arrangerais
pour récupérer mes droits sur mes romans publiés, et pour les passer
progressivement en autoédition.
Je
crois fort possible, à l'avenir, d'avoir des révélations de type : tel
auteur célèbre a secrètement autoédité l'un de ses livres. Pourquoi ?
Parce que les auteurs édités, en particulier aux Etats-Unis, ont depuis
longtemps été habitués à prendre de nouveaux noms de plume lorsqu'ils
connaissaient l'échec commercial et que l'un de leurs noms se retrouvait
"grillé".
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