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mardi 13 septembre 2016

Mes livres dans les écoles ?

J'ai beau me définir comme étant agnostique, je n'écarte pas pour autant toute spiritualité de ma vie. Ainsi ai-je appris à tenir compte de certains signes (vent du destin? Souffle d'Aoles?) autour de moi - on pourrait aussi parler d'intuition ou d'association d'idées, mais je crois que ça va plus loin. J'avais déjà remarqué que les enseignants s'intéressaient à mes livres, évoquant à plusieurs reprises, lors de rencontres en dédicace, la possibilité de me déplacer en collège y prêcher ma "bonne parole". Mais l'élément déclencheur de l'article de blog que vous lisez en ce moment a été un email d'un membre d'une association de l'Hérault, Lire et faire lire, qui intervient dans les écoles primaires pour y faire des lectures.

C'est un fait, l'enseignement du français, notamment au collège, a subi de vraies évolutions depuis mon enfance. Sans doute cela est-il dû au moins en partie au fait que les enseignants d'aujourd'hui sont souvent des gens de ma génération. 

L'enseignement trop rigide du collège, l'obligation de lire des textes trop âpres à un âge où les goûts se forment ou se déforment pour la vie, a dû rester en mémoire de certains enseignants, ou en tout cas de certaines personnes travaillant aux programmes de l'Education nationale. 

Ainsi, quand je jette un coup d’œil sur le manuel de français de ma fille, qui vient de rentrer en Sixième, je vois un chapitre sur les Ogres et Sorcières, un autre intitulé Belles et Bêtes, du livre à l'écran, un autre sur les récits de création de la mythologie grecque et de la Bible, un autre sur les monstres antiques, un autre sur l'Odyssée d'Homère, un autre sur le roman d'aventure, avec notamment un passage de Bilbo le Hobbit, de Tolkien, un extrait du Monde Perdu d'Arthur Conan Doyle, et des planches du Temple du Soleil, la BD d'Hergé (oui, Tintin et le capitaine Haddock!)...

De l'incitatif, voire de l'addictif, cela me donnerait presque envie de recommencer ma Sixième!

L'email que j'ai reçu ne faisait cependant pas référence à des collégiens, mais à des écoliers de CM2. 

Je garde en général la confidentialité sur les emails que je reçois, mais celui-ci ne révèle rien de personnel, et constitue, selon moi, un véritable "cas d'école" (oui, le jeu de mots est voulu): 

Je fais partie de l’association « Lire et Faire Lire » (http://www.lireetfairelire.org/). Je lis donc dans les écoles, en particulier dans l’Hérault.
J’ai récupéré via Amazon sur mon Kindle « Une brève histoire d'Ardalia » que je pense lire aux CM2 (éventuellement CM1). Qu’en pensez-vous ?.
Sinon pensez-vous que je puisse lire d’autres livres dont vous êtes l’auteur aux enfants de CM2 ou autres ?

Un intervenant dans les écoles qui lit des récits d'un auteur qu'il a récupéré sur sa liseuse Kindle. Oui je confirme, les choses ont bien changé depuis mon enfance... 

Je lui ai répondu que oui, bien sûr, je n'y voyais aucun inconvénient, Une brève histoire d'Ardalia pouvant être un bon exemple de la manière dont un auteur construit son univers.

Voici la suite de ma réponse:

Vous pouvez même effectuer une corrélation avec le récit de l'Avisé dans le chapitre 1 du Souffle d'Aoles, le passage qui commence par : "C’était une époque dont les plus anciens ne se souviennent que par le récit de leurs ancêtres," afin de montrer comment le fait de bâtir une histoire plus ancienne peut aider à crédibiliser une histoire, à lui donner plus d'assise. 

[Note: je ne lui ai pas dit que ce passage constituait aussi un bon exemple de "mise en abyme": la technique d'incrustation d'une histoire dans une autre peut sembler un peu difficile à aborder pour les plus jeunes, mais il ne faut jamais sous-estimer l'intelligence de nos enfants, et je pense qu'il serait assez simple de leur expliquer la chose à l'aide de poupées russes.] 

Le Souffle d'Aoles, le premier tome du cycle d'Ardalia, se destine quant à lui à un public à partir de 12 ans. Donc, plus pour les cinquième, le héros ayant 16 ans et évoluant tout au long de la trilogie.

J'ai voulu l'écrire pour des personnes qui auraient lu la série Harry Potter et qui souhaiteraient aller plus loin dans l'imaginaire.

Il y a une autre histoire courte que vous pouvez lire aux enfants: "Le Plasmode", une histoire de science-fiction de type expérimentale, qui fait partie de mon recueil Les Explorateurs.

Elle constitue un bon exemple de la manière dont un auteur peut se laisser porter par son imagination, en faisant d'une créature extra-terrestre très originale le protagoniste principal d'une histoire.

Enfin, Source de Jouvence, dans le même recueil, est une nouvelle qui peut aussi attirer les plus jeunes, dans la mesure où l'on parle d'une famille déportée de sa route par des pirates, qui va échouer sur une station spatiale.

Le petit Vens, 8 ans, va se rendre compte que le vieux scientifique qui vit tout seul dans cette station spatiale, entouré de robots, s'intéresse un peu trop à lui.
Source de Jouvence fait partie du recueil Les Explorateurs, mais est aussi vendu de manière individuelle sur Kindle.

Bien à vous,

Alan

Pour les enseignants qui liraient cet article de blog, il faut savoir que je ne suis jamais intervenu en milieu scolaire. 

J'aurais des choses à dire, et notamment sur la manière dont, bien que m'étant lancé dans une histoire d'aliens sur une autre planète, j'ai ancré le roman Le Souffle d'Aoles dans notre propre réalité, avec de nombreux points d'ancrage liés à notre Histoire, et notamment le compagnonnage et le fait de devoir, pour un menuisier, prouver son savoir-faire en réalisant son chef-d’œuvre.  

Si vous souhaitez me voir intervenir dans votre classe, mon tarif est de 250 € hors défraiement par demi-journée d'intervention (paiement d'avance). Vous pouvez me joindre sur mon email, alan1spade [at] gmail.com. 

Enfin, si l'Education nationale est intéressée pour voir figurer ma trilogie Ardalia dans les CDI des collèges, je suis bien sûr ouvert à toute proposition. Je peux même proposer un tarif plus favorable que le tarif habituel, puisque c'est pour la bonne cause... 

Article lié: Auteurs: les interventions hors dédicace

vendredi 13 mars 2015

Mériter son salaire

L'une des plus grandes absurdités de notre temps, sur laquelle il faudra bien se pencher un jour ou l'autre, est la notion de mérite associée à la production de contenus ou de directives dans des métiers intellectuels ou d'encadrement, dans le public (administration et sur-administrations) et dans le privé. Cela va du député qui doit mériter son salaire en produisant un certain nombre de lois, au cabinet privé (de type sur-administration) qui doit produire un certain nombre de recommandations ou de logiciels pour des administrations comme Pôle Emploi, en passant par le personnel d'encadrement d'une boîte privée ou semi-privée, petite ou grosse, qui ne peut justifier son salaire qu'en pressurant des employés soumis dès lors au harcèlement dans leur travail. Bienvenue dans le monde des Shadoks, dont la production est beaucoup plus mortifère que ne le laisserait supposer leur gentille appellation.

"Il faut mériter son salaire, sinon c'est le chômage." Telle est l'une des grandes obsessions de notre temps, notre djihad à nous, celui des sociétés occidentales. Une guerre, d'abord et avant tout, contre nous-mêmes.

Les médias parlent beaucoup en ce moment, et à juste raison, de la révolte des professions médicales contre la généralisation du tiers payant.

C'est toujours la même histoire qui se répète à l'infini: une mesure théoriquement généreuse, imposée d'en haut et sourde aux avis des principaux intéressés.

La verticalisation, en France, les mesures qui viennent d'en haut et qui ne tiennent pas compte, ni de la réalité, ni de l'expérience des hommes de terrain, on connaît. Cela va de pair avec la centralisation du pouvoir. Je pourrais évoquer l'Education nationale et ses programmes scolaires en cascade, bien sûr, mais je préfère parler d'une expérience plus personnelle, puisqu'à côté de mon travail d'auteur, j'ai travaillé pour l'ANPE, puis Pôle Emploi de 2006 à fin 2013.

J'ai été délégué du personnel pendant plusieurs années, et j'ai donc assisté aux réunions des délégués du personnel et de la direction régionale d'Ile de France.

J'ai pu constater l'efficacité des syndicats à remonter les doléances issues de la base, tous les dysfonctionnements susceptibles d'entraver la bonne marche des différentes agences. Ces dysfonctionnements sont innombrables.

Coïncidence ? L'un de nos interlocuteurs privilégiés, qui faisait office de tampon entre la Direction régionale de Pôle Emploi et les délégués du personnel, le directeur des relations sociales s'est donné la mort en 2013. Par égard pour sa famille, je tairai son nom ici.

On ignore évidemment les causes exactes de son suicide, mais je peux vous dire qu'il était entre le marteau et l'enclume de manière très récurrente, au cœur de la tempête.

Il y a eu d'autres suicides à Pôle Emploi, et pas seulement de cadres dirigeants. Comment avoir l'impression de travailler dans un cadre stable et sécurisant lorsque l'on vous modifie les logiciels que vous utilisez tous les quatre matins? Lorsqu'on se retrouve en permanence "fliqué" par des animateurs d'équipe? Comment ne pas se sentir infantilisé?

Je n'ai réalisé qu'au bout d'un certain temps que la plupart de ces changements délétères qui impactaient directement les salariés de Pôle Emploi venaient d'un cabinet privé employé par le gouvernement. Les syndicats, chargés de représenter les employés, n'étaient écoutés que dans les cas d'extrême urgence. La défense de l'établissement: "nous ne sommes pas en co-gestion."

Mais justement, la co-gestion, la prise de responsabilité d'hommes de terrain, serait certainement la meilleure solution à cet épouvantable mal-être. Le bien-être des employés n'est en effet jamais pris en compte dans les décisions qui viennent du sommet de l'échelle. C'est d'ailleurs exactement ce qui est en train de se passer avec les professions médicales.

En y réfléchissant, les hommes politiques doivent se sentir très proches de ces cabinets privés chargés de produire du contenu qui redescend en cascade parmi les employés des diverses administrations. On leur demande, à eux aussi, de produire en permanence du contenu pour justifier leur salaire. Ce contenu, malheureusement, n'est pas un contenu artistique: c'est un contenu qui va concrètement impacter la vie des gens au quotidien. En la rendant plus compliquée, en général.

D'où vient la racine du mal? Probablement, à mon humble avis, des grandes Ecoles de type Ena. On apprend à nos hommes politiques à contourner en permanence l'avis des principaux intéressés, par le biais de commissions théodules ou de cabinets privés.

Vous vous demandez d'où vient la désaffection des Français pour la classe politique? Cherchez du côté des grandes Ecoles, des grands réseaux d'influence, bref, de l'oligarchie qui nous gouverne.

La démocratie est un très joli mot. Mais si on voulait vraiment la rendre efficace, encore faudrait-il lui donner les moyens de s'exprimer, et d'agir concrètement en entreprise comme dans les administrations. Au quotidien, et pas seulement au moment de mettre les bulletins dans l'urne.


Autre article sur le même thème : "Je me sens piégé dans mon boulot"