mardi 27 avril 2021

Le tort tue

On a beau avoir une carapace, le tort tue. Cela pourrait paraître contre-intuitif, mais la victime d'une agression a elle aussi un devoir. Un devoir envers elle-même. Dans la nature, rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. Si, par un acte symbolique, la victime ne redirige pas la culpabilité sur son agresseur, cette culpabilité de l'agression ne va pas se perdre, mais se retourner contre elle-même. Ainsi la nature punit-elle une seconde fois la victime d'une agression. La victime doit donc redresser le tort qui lui a été causé.

Comment redresser le tort? La vengeance personnelle en se battant physiquement contre l'agresseur n'est permise par la loi que dans le cadre strict de la légitime défense. Il y a aussi bien sûr une question de proportionnalité de la riposte, qui explique que certaines femmes battues qui ont tué leur mari ont malgré tout été condamnées par la justice. 

On peut aussi redresser le tort en dénonçant publiquement son agresseur, et notamment sur les réseaux sociaux. Le mouvement #metoo a démontré l'efficacité d'une telle pratique, et contribue grandement, en ce moment même, à changer les choses dans la société. Y compris dans les secteurs les plus reculés et médiévaux de la société, comme le milieu des éditeurs et des auteurs. Cette manière de répliquer entraînera logiquement la démarche suivante. 

Le moyen le plus classique et recommandé reste de porter plainte contre son agresseur. Là encore, pour les femmes, la manière dont leur plainte sera reçue dans les commissariats commence à évoluer en positif, et ce grâce au mouvement #metoo. Il peut arriver que consécutivement à la plainte, des journaux ou organes de presse relaient l'affaire, qui trouvera ensuite un écho dans les réseaux sociaux. 

Bien sûr, toute personne est présumée innocente tant qu'elle n'a pas été reconnue coupable, donc il faudra des éléments solides pour une dénonciation publique ou pour une poursuite judiciaire. 

Le pouvoir des réseaux sociaux est tel qu'il ne peut que contenir en germe des éléments d'injustice pour des personnes dont la réputation serait injustement ternie via une campagne de dénigrement habilement orchestrée. C'est pourquoi il est si important de pouvoir combattre l'anonymat sur les réseaux sociaux.

Il faut aussi se méfier comme de la peste des phénomènes de lynchage médiatique ou sur les réseaux.

Oui, il est fondamental pour la personne agressée de régler ses comptes. Mais s'il n'y avait pas de compte à régler, s'il n'y avait pas d'agression en réalité, si tout n'était que complot de sa part, il est tout à fait normal que la personne injustement accusée, soutenue par la justice, demande à son tour des comptes à cet accusateur. 

Ceci posé, la justice ne peut que considérer avec bienveillance une plainte qui émane d'une personne qui prend de gros risques en dénonçant son agresseur car celui-ci est dans une position de pouvoir: risques sur sa carrière et sur sa vie personnelle. En plus d'être considérées comme de simples citoyens, les victimes dans ce type de situation devraient aussi être considérées par la justice comme de potentielles lanceuses d'alerte. Si les faits sont suffisamment étayés, les chefs d'entreprises et hommes politiques puissants ne doivent bien sûr jamais être épargnés par la justice. 

C'est en tout cas mon avis.

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lundi 26 avril 2021

Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

Les sites Médiapart, ActuaLitté, Actu SF, Livres Hebdo et Elbakin ont tous répercuté l'info: Stéphane Marsan, le patron de Bragelonne a été mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel. Médiapart a recueilli le témoignage et les documents d'une vingtaine de femmes, autrices, éditrices, étudiantes ou stagiaires, la plupart du temps sous le couvert de l'anonymat. Stéphane Marsan a réagi avec un droit de réponse sur Médiapart, mais aussi en homme de pouvoir, en menaçant ceux ou celles qui voudraient le dénoncer d'un possible procès en diffamation. 

Aux dernières nouvelles, le Syndicat des Ecrivains de langue française vient (le lundi 26 avril 2021) de réagir de la sorte:

Le 21 avril dernier, Mediapart a publié un article au sujet de Stéphane Marsan, éditeur chez Bragelonne. Une longue enquête, au cours de laquelle les journalistes ont rassemblé de nombreux documents et témoignages, a montré que monsieur Marsan serait coutumier d’actes s’apparentant à du harcèlement sexuel et/ou moral, le plus souvent sur des jeunes femmes.

Ce n’est pas une surprise. Des adhérentes du SELF avaient déjà évoqué en privé des faits similaires qu’elles avaient subis de sa part, et nous les avions alors assurées de notre soutien.

Nous répétons aujourd’hui cette affirmation publiquement : le SELF soutient toutes les personnes qui ont eu le courage de témoigner, mais aussi celles qui n’osent pas le faire.

SELF

L'article d'où tout est parti, de France Info, librement accessible.

L'article original de Médiapart du 21 avril, réservé aux abonnés. 

L'article sur AcutaLitté, avec les dernières mises à jour.

Le droit de réponse de Stéphane Marsan sur ActuaLitté, librement accessible.

L'article sur Actu SF. 

L'article sur Livres Hebdo. 

L'article sur Elbakin. 

Mon article Carriérisme, où j'évoquais ce mois-ci, le 13 avril précisément, le cas d'une romancière française victime de harcèlement. Je peux maintenant vous dire que la maison en question était bien Bragelonne, et le personnage Stéphane Marsan. En revanche, je ne révélerai le nom de la romancière que si elle m'y autorise. Bien qu'étant auteur autoédité et non traditionnellement publié, je m'associe donc au communiqué du SELF.

En toute transparence, étant moi-même auteur de Fantasy, je ne suis bien sûr pas impartial. Et d'autant moins que Bragelonne est un éditeur qui a refusé l'un de mes manuscrits au bout de 6 mois de demande, alors même que j'avais été en contact direct avec Marsan (nous nous sommes rencontrés plusieurs fois), à une époque où mon épouse était enceinte. 

J'ai sur les derniers mois de ma relation avec Bragelonne été traité avec un irrespect total. Il va sans dire que je n'ai jamais plus acheté un roman des éditions Bragelonne après cela. C'est bien sûr un choix personnel.

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mercredi 21 avril 2021

Tesla, Space X et les enjeux de communication

Tesla, Space X et les enjeux de communication. Un sujet d'autant plus intéressant pour un ancien journaliste devenu auteur autoédité, que ce dernier va utiliser le même canal de communication pour ses romans que Tesla ou Space X: Internet. Il faut en effet savoir que ni Tesla ni Space X ne dépensent un centime sur la publicité dans les médias écrits ou audiovisuels. 


Plus particulièrement dans le cas de Tesla, vous avez peut-être remarqué récemment que les journalistes, après avoir rendu compte des cas d'accidents graves dont les conducteurs se sortaient indemnes ou quasiment indemnes, ne semblent pas non plus manquer une occasion de nommer la marque dès lors que l'on parle d'un accident mortel à bord d'une Tesla. 

Les deux exemples les plus récents, en Loire-Atlantique et au Texas. Vous noterez que ces deux articles proviennent de journaux mainstream, le premier de Ouest-France relayé par MSN, le second du journal Le Monde.

La vraie question est essentiellement statistique: combien de fois la marque Tesla est-elle citée dans un article sur un accident grave, rapportée au nombre de Tesla circulant sur les routes et au nombre total d'accidents graves de Tesla?
 
En comparaison par exemple, combien de fois la marque Renault est-elle citée dans un article sur un accident grave, rapportée au nombre de Renault circulant sur les routes et au nombre total d'accidents graves de Renault?
 
Je suis sûr que l'on obtiendrait une statistique de type: si vous conduisez une Tesla et que vous êtes victime d'un accident grave, il y a 85% de chance que la presse locale ou nationale en parle, contre 50% de chance si vous conduisez une Renault. Bien sûr, ces chiffres sont fantaisistes et demanderaient à être confirmés par une étude en bonne et due forme. 
 
Je ne garantis pas la fiabilité absolue des données ci-dessus (cliquer pour agrandir), mais il est intéressant de voir que d'autres se sont déjà penchés sur la question
 
 
C'est une vraie question d'équité journalistique par rapport aux marques. 
 
Et bien sûr, le fait que Tesla ne verse pas un centime d'argent publicitaire aux organes de presse ne peut manquer de jouer. Le fait que Tesla, dans sa com, mette en avant la sécurité de ses véhicules joue aussi. La propagation virale de vidéos d'utilisateurs ventant la sécurité de la marque, mettant en scène des Tesla victimes d'accidents graves avec le conducteur qui s'en sort indemne joue dans l'imaginaire des journalistes. 
 
De même, la communication d'Elon Musk sur les bienfaits de l'autopilot et de la conduite autonome (Full Self Driving) peut aussi être ressentie comme mensongère. Elon Musk est un disrupteur, et il dérange d'autant plus qu'il est beaucoup moins généreux de ses deniers envers la presse que de nombreux autres industriels.  
 
C'est ce qu'on pourrait appeler l'effet de retour de balancier de type: "il faut rétablir la vérité".
 
Sauf que la réalité anecdotique d'un fait divers n'a bien sûr rien à voir avec la réalité statistique du terrain. C'est celle-ci qu'il faut connaître. 
 
Bien évidemment, il faut aussi se méfier de certains effets d'annonce, et ne pas se laisser aveugler par certaines stats brut de décoffrage. Quand Musk annonce que l'autopilot permet de n'avoir aucun accident sur un certain nombre de millions de kilomètres, il s'agit de l'autopilot sous supervision humaine, avec au moins une main sur le volant. Et encore, il n'est le plus souvent déclenché que sur autoroute, soit aux endroits les plus sûrs. Ce qui, bien sûr, biaise aussi les statistiques en sa faveur. Seules les statistiques du Full Self Driving (FSD) sans mains sur le volant, en totale autonomie, devraient véritablement être prises en compte. Et je n'ai aucun doute sur le fait que les qualités du FSD seront prochainement reconnues à leur juste valeur.
 
Concernant Space X, on a un exemple qui se rapproche très fort du cas d'un auteur autoédité: le plus grand scandale médiatique des dernières années, comme je le disais en 2016, c'est le fait que les médias aient délibérément ignoré Space X et la révolution qu'il a amené dans l'industrie du spatial, et ce pendant de nombreuses années. 
 
On parle un peu plus de Space X maintenant, mais vous pouvez être sûr que si ses fusées devaient exploser plutôt que de réatterrir sur des barges, ça ferait les gros titres. Space X ne fait pas non plus de publicité.
 
C'est la même chose pour les auteurs autoédités indépendants. Les médias, en France en tout cas, n'en parlent pas. On parle beaucoup des chiffres de vente d'une JK Rowling, l'autrice des Harry Potter, mais saviez-vous que la romancière H.M Ward a vendu plus de vingt millions d'ebooks de manière totalement indépendante ? 
 
Ce n'est pas autant que Rowling, certes, mais ça aurait quand même mérité un petit article de presse en France, non? N'oubliez jamais, quand vous pensez "information", de penser à ce qui est occulté. Des industries entières peuvent l'être, et deviennent des "shadow industries".

A cet égard, le seul véritable média fiable, c'est Internet... même si c'est aussi le plus vaste propagateur d'idées fausses et de théories du complot, par la force des choses.


mardi 13 avril 2021

Carriérisme

Le carriérisme existe sous différentes formes dans le monde du travail. Mais qu'en est-il chez les auteurs ?  S'il existe, comment se manifeste-t-il ?

La peur du chômage aidant, le milieu du travail, en France notamment, se caractérise par son manque de mobilité. La plupart des gens ne cherchent à changer de boîte que contraints et forcés, ou bien si de réelles opportunités se présentent. La mobilité professionnelle va donc le plus souvent se faire en interne, avec des promotions basées sur le nombre d'années d'expérience. Mais les choses peuvent être différentes suivant le type d'entreprises et ce que l'employeur cherche à privilégier chez ses salariés.

Il y a différents profils de carriéristes:

- le sociopathe professionnel. Celui-ci, vous pouvez le retrouver à la tête d'une entreprise. Il ou elle est un professionnel du rapport de force, de l'intimidation et de l'intrigue. Narcissique, son but est de se valoriser avant tout et de faire croire aux autres qu'il ou elle est indispensable à l'entreprise. Son empathie et sa reconnaissance du travail accompli par ses collaborateurs est proche du zéro absolu, puisque tout se rapporte à lui. Si la personne est à la tête de l'entreprise, elle ne va nommer comme cadres que les personnes dont elle veut s'assurer du dévouement le plus total. Elle va se créer sa propre cour. Tenter de monter les uns contre les autres, par les jeux d'alliance. Les cadres ou employés jugés défavorables seront condamnés à la mort lente, placardisés, ou bien directement dégommés et accusés d'incompétence, démoralisés. Si jamais il doit rendre des comptes, la compétence et l'abnégation du sociopathe seront parfois mises en scène au travers de l'affichage de nombreuses heures de travail, en réalité improductives. C'est un maître de la mentalité "cover your ass". Souvent dangereux pour l'entreprise en raison de leur incompétence, les chefs d'entreprise arrivés à ce niveau ne peuvent se maintenir à flot qu'en raison d'employés ou cadres proches qui vont prendre sur eux la charge de travail et faire preuve d'initiatives heureuses. Le sociopathe n'aura aucun scrupule à les conduire jusqu'au burnout, sauf s'il sent que son propre poste est menacé en raison des réactions de ces personnes. S'il n'est pas à la tête de l'entreprise, le sociopathe tentera d'y parvenir par le jeu du dénigrement et de l'intrigue, via les jeux d'alliance

- le carriériste opportuniste. C'est le carriériste classique, qui tirera parti des opportunités d'avancement et saura manœuvrer pour obtenir une promotion ou un poste, en ayant aussi une bonne connaissance des réseaux de pouvoir. Contrairement au sociopathe, sa compétence n'est pas à remettre en cause, mais il a besoin d'autres armes que la simple compétence pour avancer plus rapidement en carrière

- l'anticarriériste, ou carriériste passif. L'espèce la plus répandue des trois. C'est l'employé prêt à toutes les concessions ou presque pour conserver son poste. Contrairement à la définition classique du carriériste, il ne veut pas forcément avancer dans la hiérarchie ou prendre des responsabilités: il veut juste garder son poste, préserver sa carrière à tout prix. Quand des collègues seront victimes d'injustice, il ne prendra parti pour eux que du bout des lèvres, et à la condition que les responsables hiérarchiques ne soient pas présents. De même, il ne se mettra jamais en grève. Il sera même prêt à se retourner contre les rebelles, quitte à les poignarder dans le dos, s'il estime cela indispensable à sa survie dans la boîte. Même si l'entreprise devait être mise en péril à cause d'un responsable incompétent, il trouverait des raisons pour le défendre jusqu'au bout, quelles que soient les conséquences, car il aurait ainsi le sentiment de préserver son poste. Le courage est un mot inconnu dans son vocabulaire

Le chef d'entreprise incompétent va bien sûr jouer sur les différents profils de carriéristes afin de se maintenir en place. L'égoïsme, le chacun pour soi et l'absence de sens du sacrifice ou de courage dans une entreprise sont pour lui le moyen de ne jamais avoir à assumer les conséquences de son incompétence. Jusqu'au dépôt de bilan, lequel ne figurera jamais sur son CV, vous pouvez en être sûr.

Dans le milieu de l'autoédition, le carriériste va repérer les lieux de pouvoir et chercher à se faire bien voir. Il s'agira de réseauter aux bons endroits, c'est à dire par exemple d'entretenir de bonnes relations avec les plates-formes de vente ou avec les blogueurs les plus influents. Le travail étant plutôt solitaire, et la compétence d'écriture s'avérant décisive pour les ventes, il est tout de même difficile de trouver des auteurs autoédités qui réussissent dans ce milieu et qui sont totalement incompétents -- à moins de parler des arnaques sur les sites de vente qui consistent à propulser des livres en tête des algorithmes en payant des gens pour les acheter par exemple, mais là on ne parle plus vraiment d'auteur autoédité, cela peut être n'importe qui. 

Dans le milieu de l'édition traditionnelle, j'ai connu une romancière qui m'a révélé sous le sceau de la confidence avoir été violentée par un éditeur très largement distribué en librairie. Malgré #metoo, malgré les mouvements féministes, et bien que ne travaillant pas pour cet éditeur, elle ne l'a jamais dénoncé publiquement. Le sociopathe dont elle a été victime se sert sans doute de cette forme de complicité involontaire de sa victime pour continuer. Et il est vrai que les choses sont compliquées, parce que personne n'a envie de se coller l'étiquette de "victime" sur le front.

Mais peut-être cette étiquette est-elle d'autant plus visible, en réalité, qu'elle est cachée? Peut-être cette volonté de montrer une apparente soumission à l'autorité, parfois parce que l'ego prend le dessus, et que l'on pense qu'on n'a pas d'autre choix pour faire carrière que de cacher ses blessures profondes, peut-être cette volonté est-elle ce qu'il y a de plus destructeur sur le plan personnel?

Il faut bien sûr se garder de juger ses pairs, mais j'assimile au minimum à du carriérisme passif le fait de ne jamais vouloir brûler de ponts, de garder ouvertes toutes ses options à tout prix. La violence exercée à votre encontre dans les milieux artistiques comme ailleurs peut bien sûr avoir des conséquences sur vous-même et votre vie familiale. Le fait de ne jamais dénoncer les gens de pouvoir fait bien évidemment que l'on reste dans le statu quo, et que les choses se perpétuent. 

#Metoo nous a appris que d'autres voies étaient possibles, à condition d'avoir l'âme un peu combattante. 

Et vous? Quel carriériste êtes-vous? Vous reconnaissez-vous dans l'un de ses profils, ou l'un de vos collègues? 

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