Le musée Grévin, ou musée des célébrités, est sans doute l'un des plus beaux symboles sociologiques de notre époque. Il suffit de parcourir la page d'accueil du site pour avoir l'impression d'avoir affaire à une succursale de TF1. Certains visiteurs du musée ont peut-être le réflexe de penser que ce sont les gens qui comptent qui se retrouvent dans ce musée, puisque on y retrouve des personnalités historiques comme Victor Hugo ou Voltaire. En réalité, il semblerait que ce soient les gens qui passent le mieux à la télé qui se voient statufiés au Grévin. Toute la différence entre la notion de célébrité et d'impact sociétal.
Victor Hugo, Denis Diderot, Voltaire, Amélie Nothomb, Jean-Paul Sartre, Jean d'Ormesson, Bernard Henri Lévy, Bernard Pivot, tels sont les auteurs ou romanciers que j'ai pu relever parmi les 200 personnalités du célèbre musée de cire. On ne peut donc pas dire que les auteurs y soient totalement absents, puisque, si l'on parle d'auteurs vivants de nos jours ou décédés récemment, ils représentent 2% des personnalités.
Mais il est évident que l'on parle ici d'exposition médiatique avant toute chose. Ainsi, si l'on trouve la statue du Petit Prince, celle de son auteur, Antoine de St Exupéry, est absente.
Il ne s'agit pas ici de faire le procès d'un musée qui n'a de toute façon pas la place de représenter de manière équitable chacune des personnalités qui comptent ou ont compté.
Néanmoins, les choix effectués reflètent, il me semble, une certaine idée que l'on se fait des gens qui ont de l'importance, qui sont bankables.
Le musée Grévin, c'est un peu l'équivalent de ces huit premières secondes pour accrocher le téléspectateur dans les pages de pub, ou des premières lignes d'accroche dans un roman. A ce titre, c'est un sujet d'étude intéressant, qui renvoie notre société à ses a priori et à sa superficialité.
Ce musée se veut, je pense, populaire. Les différentes catégories de la page d'accueil du site sont "Nouvelles Stars", "Etoiles du cinéma", "Idoles de la musique", "Légendes du sport", "Icônes de la mode", "Politiques et décideurs", "Rois de l'humour", "Les Grands Chefs", "Les Stars du petit écran", "The Voice", "Figures de l'histoire" et "Héros de fiction".
L'impression que me fait ce musée, c'est plutôt que de chercher à mettre les visiteurs sur la piste des personnalités qui ont ou ont eu un réel impact sociétal, on va chercher à flatter le public dans le sens du poil. Juste un petit jeu dans lequel on cherche à repérer les personnalités qui sont déjà passées à la télé, la présence de personnages historiques ne servant finalement que de caution morale.
Cela paraît donc gentil et innocent au premier abord, mais en tant qu'auteur, bien sûr, je me méfie des effets pervers, de ces préjugés que l'on va mettre dans l'esprit du public.
Si vous avez moins de trente ans, vous allez me dire, "Hé, Alan, personne ne croit que le musée Grévin représente la célébrité dans la société. Le Grévin, c'est has been, ringard, il n'y a même pas de méga-stars d'Internet comme Norman, le youtubeur. Aucune personnalité du monde du jeu vidéo non plus." Et vous marquerez un point.
On n'y retrouve pas non plus Agatha Christie, qui a vendu plus de deux milliards de livres. Ce n'est pas innocent, quand on pense à la place de la femme dans la société. Stephen King n'y est pas non plus, alors que son impact ne se limite pas aux nombres de livres qu'il a vendu, puisque c'est l'un des auteurs les plus adaptés au cinéma.
Ni J.K. Rowling ni même son héros, Harry Potter.
De manière globale, on peut penser à d'autres personnalités iconiques comme Steve Jobs, Jeff Bezos, Stephen Hawking. Albert Einstein y est, oui. Mais il y a très très peu de scientifiques.
Ce musée Grévin me fait penser que c'est ce qui manque en France, un musée des personnalités qui ont vraiment contribué à transformer le monde sur les différents plans, aussi bien littéraire que scientifique. Peut-être même sur l'interdépendance entre ces deux domaines.
Personnellement, dans les auteurs plutôt contemporains, je sais que j'ai été marqué par Asimov, Herbert, Vance, Verne, Tolkien, Howard, Rowling, King, Lovecraft, Christie et tant d'autres.
J'aimerais un musée pour cette personne qui ne s'arrête jamais à ma table de dédicace, qui ne lit pas. Pas forcément pour la faire lire, mais pour lui faire prendre conscience de l'impact des auteurs sur la société, de l'importance de lire. Quelque chose qui aille vers l'être, et non pas seulement le paraître. Ce qui n'est pas non plus incompatible, à mon sens, avec le fait d'être spectaculaire.
Ecriture, édition, livres numériques, science-fiction, fantasy et fantastique (thrillers/polars) sous toutes leurs formes : autant de sujets qui me passionnent et qui font l'actualité de ce blog.
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samedi 23 mars 2019
mardi 2 octobre 2018
Mes valeurs
En cette année 2018, à 46 ans (presque 47), je réalise pour la première fois de ma vie que je suis né avec une cuiller en argent dans la bouche. Pourtant, mes parents sont issus de la classe moyenne française.
Je suis né en Equateur en 1971, à Quito. A l'époque, mon père était chef d'escale chez Air France. Un métier qui rapporte de quoi vivre, mais nettement moins que pilote de ligne. Ma mère, belge de naissance, était sage-femme.
Malgré tout, en comparaison avec le niveau de vie moyen des habitants de Quito, nous étions fortunés. J'avais une cuiller en argent dans la bouche.
Après ma naissance, nous ne sommes restés que deux ans à Quito. Mon père a démissionné de son poste pour devenir dessinateur industriel.
Vers la seconde moitié des années 70, nous nous sommes retrouvés à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous y sommes restés quatre ans. Et là de nouveau, notre niveau de vie était incomparable par rapport à celui des habitants. Nous avions un boy, un serviteur ivoirien qui jouait le rôle de nounou.
La différence de milieu social et de niveau de vie érigeait un mur entre mes deux frères, ma sœur et moi et les autres enfants africains autour de nous.
Le retour en France (dans les Alpes de Haute Provence, à Volx) a entraîné un vrai changement de niveau de vie et de statut. Le fait que mon père soit devenu dessinateur indépendant, ni Dieu ni maître (une formule, mon père était croyant) est évidemment quelque chose qui m'a marqué. Les choses sont devenues plus laborieuses, même si nous n'avions pas à nous plaindre.
Quand je compare ma trajectoire à celle de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, les deux grands chanteurs morts en 2018, et pour lesquels j'ai un immense respect, je mesure l'abîme qui nous sépare.
Leur carrière, leur énergie, leur talent. Le milieu social dont ils sont issus, surtout Aznavour, et l'incroyable longévité de ce dernier, alors même que l'extrême célebrité véhicule de terribles dangers pour l'artiste. Partir de si bas et arrriver si haut... Je développe d'ailleurs cela dans mon article Mortelle célébrité.
Immense, immense respect. Deux artistes qui avaient une générosité, un cœur énorme. Et un portefeuille dans le cœur.
Attention, je n'ai pas dit qu'ils avaient un portefeuille à la place du cœur. Leur cœur était assez grand pour y loger un portefeuille. Tous deux ont été des exilés fiscaux. Tous deux ont voté Sarkozy.
Ils ne s'en cachaient pas d'ailleurs, et c'est tout à leur honneur. Pas d'hypocrisie.
Le décès de Charles Aznavour, quelque part, me fait remettre pas mal de choses en perspective. Et quand je repense à ces deux chanteurs, Charles et Johnny, je ne peux m'empêcher de penser à un autre artiste, le grand Jacques Brel.
Les bourgeois, Monsieur le commissaire, c'est comme les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient con!
Admirable chanson que ces Bourgeois. Elle décrit à la fois la lutte des classes, lutte sociale, et la lutte entre générations. Le jeune fauché et rebelle, limite bohême, le vieux bourgeois, riche et respectable. En haut de l'affiche? Mais surtout, surtout, le cycle sans fin. L'un qui devient l'autre.
Je ne peux, bien sûr, m'empêcher d'y voir une illustration de la vie de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, et peut-être, du destin qui nous attend tous.
Mais je n'ai pas voté Sarkozy. Le dernier pour lequel j'ai vraiment voulu voter, c'est Benoît Hamon, et le revenu universel inconditionnel.
Jean-Luc Mélenchon a eu beau parler de "boîte de Pandore" pour ce revenu, je continue à penser qu'il doit être mis en place.
Revenons un instant sur Johnny Halliday et Charles Aznavour. En dépit de leur carrière extraordinaire, ils sont restés dans le système. Ils en sont aussi devenus, qu'ils le veuillent ou non, les vitrines. Pour deux artistes de ce niveau, combien au talent tout aussi incroyable restés dans les oubliettes de l'Histoire, qui n'ont jamais pu développer leur art?
J'aurais pu être l'un de ces oubliés forcés de prendre un boulot alimentaire, dans mon domaine. J'ai réalisé à temps que je n'avais aucune chance de vivre ma vie avec le système de l'édition traditionnelle, et j'ai pris une autre voie en devenant auteur autoédité. Bien m'en a pris.
De la même manière, le revenu universel inconditionnel est une autre voie pour notre société, bien éloignée de celle de la croissance infinie qui mènerait au plein emploi, que prônent les économistes. Une croissance dont on sait aujourd'hui qu'elle n'est qu'un mythe.
Il faut des pauvres pour avoir des riches dans une société. Il faut aussi des pays pauvres pour avoir des pays riches. Tout le système est biaisé.
Si la France était le seul pays à adopter le revenu universel inconditionnel, on pourrait parier que la volonté d'y émigrer serait encore plus grande pour des ressortissants de pays moins favorisés.
De la même manière, un seul Etat ne peut à lui seul décider d'instaurer la coopération plutôt que la compétition entre nations, indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, et faire face aux enjeux vitaux de l'avenir.
Tout est lié. Il faut donc des décisions au niveau mondial. Un revenu universel inconditionnel, c'est universel, c'est à dire, mondial.
Un revenu universel ne saurait être autre chose qu'inconditionnel, sous peine d'entraver les citoyens du monde sous les chaînes de la domination plutôt que de vouloir les émanciper.
Il faut, peu à peu, une harmonisation des niveaux de vie à l'intérieur de chaque pays et entre les nations, ainsi qu'une décroissance, une moindre consommation.
J'aimerais que les murs auxquels je me suis heurté dans mon enfance, ceux de niveaux sociaux différents, soient abaissés pour le bien commun. Mais je suis sans doute un doux rêveur. Doux, dur et dingue, comme dirait Clint Eastwood.
Je suis né en Equateur en 1971, à Quito. A l'époque, mon père était chef d'escale chez Air France. Un métier qui rapporte de quoi vivre, mais nettement moins que pilote de ligne. Ma mère, belge de naissance, était sage-femme.
Malgré tout, en comparaison avec le niveau de vie moyen des habitants de Quito, nous étions fortunés. J'avais une cuiller en argent dans la bouche.
Après ma naissance, nous ne sommes restés que deux ans à Quito. Mon père a démissionné de son poste pour devenir dessinateur industriel.
Vers la seconde moitié des années 70, nous nous sommes retrouvés à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous y sommes restés quatre ans. Et là de nouveau, notre niveau de vie était incomparable par rapport à celui des habitants. Nous avions un boy, un serviteur ivoirien qui jouait le rôle de nounou.
La différence de milieu social et de niveau de vie érigeait un mur entre mes deux frères, ma sœur et moi et les autres enfants africains autour de nous.
Le retour en France (dans les Alpes de Haute Provence, à Volx) a entraîné un vrai changement de niveau de vie et de statut. Le fait que mon père soit devenu dessinateur indépendant, ni Dieu ni maître (une formule, mon père était croyant) est évidemment quelque chose qui m'a marqué. Les choses sont devenues plus laborieuses, même si nous n'avions pas à nous plaindre.
Quand je compare ma trajectoire à celle de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, les deux grands chanteurs morts en 2018, et pour lesquels j'ai un immense respect, je mesure l'abîme qui nous sépare.
Leur carrière, leur énergie, leur talent. Le milieu social dont ils sont issus, surtout Aznavour, et l'incroyable longévité de ce dernier, alors même que l'extrême célebrité véhicule de terribles dangers pour l'artiste. Partir de si bas et arrriver si haut... Je développe d'ailleurs cela dans mon article Mortelle célébrité.
Immense, immense respect. Deux artistes qui avaient une générosité, un cœur énorme. Et un portefeuille dans le cœur.
Attention, je n'ai pas dit qu'ils avaient un portefeuille à la place du cœur. Leur cœur était assez grand pour y loger un portefeuille. Tous deux ont été des exilés fiscaux. Tous deux ont voté Sarkozy.
Ils ne s'en cachaient pas d'ailleurs, et c'est tout à leur honneur. Pas d'hypocrisie.
Le décès de Charles Aznavour, quelque part, me fait remettre pas mal de choses en perspective. Et quand je repense à ces deux chanteurs, Charles et Johnny, je ne peux m'empêcher de penser à un autre artiste, le grand Jacques Brel.
Les bourgeois, Monsieur le commissaire, c'est comme les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient con!
Admirable chanson que ces Bourgeois. Elle décrit à la fois la lutte des classes, lutte sociale, et la lutte entre générations. Le jeune fauché et rebelle, limite bohême, le vieux bourgeois, riche et respectable. En haut de l'affiche? Mais surtout, surtout, le cycle sans fin. L'un qui devient l'autre.
Je ne peux, bien sûr, m'empêcher d'y voir une illustration de la vie de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, et peut-être, du destin qui nous attend tous.
Mais je n'ai pas voté Sarkozy. Le dernier pour lequel j'ai vraiment voulu voter, c'est Benoît Hamon, et le revenu universel inconditionnel.
Jean-Luc Mélenchon a eu beau parler de "boîte de Pandore" pour ce revenu, je continue à penser qu'il doit être mis en place.
Revenons un instant sur Johnny Halliday et Charles Aznavour. En dépit de leur carrière extraordinaire, ils sont restés dans le système. Ils en sont aussi devenus, qu'ils le veuillent ou non, les vitrines. Pour deux artistes de ce niveau, combien au talent tout aussi incroyable restés dans les oubliettes de l'Histoire, qui n'ont jamais pu développer leur art?
J'aurais pu être l'un de ces oubliés forcés de prendre un boulot alimentaire, dans mon domaine. J'ai réalisé à temps que je n'avais aucune chance de vivre ma vie avec le système de l'édition traditionnelle, et j'ai pris une autre voie en devenant auteur autoédité. Bien m'en a pris.
De la même manière, le revenu universel inconditionnel est une autre voie pour notre société, bien éloignée de celle de la croissance infinie qui mènerait au plein emploi, que prônent les économistes. Une croissance dont on sait aujourd'hui qu'elle n'est qu'un mythe.
Il faut des pauvres pour avoir des riches dans une société. Il faut aussi des pays pauvres pour avoir des pays riches. Tout le système est biaisé.
Si la France était le seul pays à adopter le revenu universel inconditionnel, on pourrait parier que la volonté d'y émigrer serait encore plus grande pour des ressortissants de pays moins favorisés.
De la même manière, un seul Etat ne peut à lui seul décider d'instaurer la coopération plutôt que la compétition entre nations, indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, et faire face aux enjeux vitaux de l'avenir.
Tout est lié. Il faut donc des décisions au niveau mondial. Un revenu universel inconditionnel, c'est universel, c'est à dire, mondial.
Un revenu universel ne saurait être autre chose qu'inconditionnel, sous peine d'entraver les citoyens du monde sous les chaînes de la domination plutôt que de vouloir les émanciper.
Il faut, peu à peu, une harmonisation des niveaux de vie à l'intérieur de chaque pays et entre les nations, ainsi qu'une décroissance, une moindre consommation.
J'aimerais que les murs auxquels je me suis heurté dans mon enfance, ceux de niveaux sociaux différents, soient abaissés pour le bien commun. Mais je suis sans doute un doux rêveur. Doux, dur et dingue, comme dirait Clint Eastwood.
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