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dimanche 2 avril 2023

Ursula montre la voie

Il faut toujours suivre la Grande Ourse pour trouver son chemin. En 1974 dans son roman The Dispossessed, bien avant que l'autoédition ne devienne aussi populaire, la romancière de Science-Fiction Ursula Le Guin a montré la voie à tous les auteurs autoédités. 

He was therefore certain, by now, that his radical and unqualified will to create was, in Odonian terms, its own justification. His sense of primary responsibility towards his work did not cut him off from his fellows, from his society, as he had thought. It engaged him with them absolutely. -- Ursula Le Guin, The Dispossessed, 1974

Il était par conséquent certain, à présent, que sa volonté radicale et sans réserves de créer était, en termes Odoniens, sa propre justification. Son sens de la responsabilité première envers son œuvre ne le coupait pas de ses semblables, de la société, comme il l'avait cru. Il l'engageait absolument avec eux. -- Ursula Le Guin, Les Dépossédés, 1974

Tel est donc le magistral coup de pied qu'Ursula Le Guin envoya au syndrome de l'imposteur dans son roman du cycle de Hainish Les Dépossédés, en 1974. Bien sûr, la phrase est prise en dehors de son contexte: elle s'applique ici au théoricien scientifique Shevek et non à un auteur. Néanmoins, on peut facilement l'étendre à tous les auteurs autoédités, ce que je m'empresse ici de faire. 

C'est peut-être parce que mon frère aîné est chercheur en astrophysique, mais j'ai toujours assimilé notre travail d'auteur à un travail de recherche. Depuis que je connais l'existence des expériences de pensée d'Einstein, j'ai tendance à rapprocher fortement ce processus de notre processus créatif, à nous autres auteurs. 

Shevek se rapproche pour moi par certains côtés d'un auteur autoédité: il s'agit d'un scientifique de haut vol dont la science ne sert à rien à la société, car le niveau technologique de son monde ne lui permet pas de mettre en pratique ses découvertes théoriques par le truchement de l’ingénierie. Et du coup, sa société a tendance à l'employer à des tâches bassement matérielles, sans exploiter son véritable potentiel. C'est pourquoi Shevek va devoir s'exiler pour se réaliser.

Nous autres auteurs autoédités sommes reconnus pour notre travail et notre vaillance par une grande majorité de lecteurs. Ce n'est donc pas tant au niveau de la société que le bât blesse qu'au niveau de nos pairs qui font le choix de l'édition traditionnelle. Et bien sûr de l'édition traditionnelle elle-même et par extension, d'une bonne partie des professionnels de la chaîne du livre.

La société est en effet bâtie de telle manière que ce sont les branches professionnelles qui se structurent afin de filtrer les membres de chaque profession par la sélection, de manière à légitimer auprès de la société ceux qui sont censés être les plus doués.

C'est cette fonction de légitimation, de gardien du portail, que l'autoédition enjambe allègrement pour rapprocher les auteurs de leur public. 

Ce que ne nous dit pas Ursula Le Guin est en l'occurrence aussi important que ce qu'elle nous dit. Elle ne nous dit pas que la justification de la volonté de créer de Shevek est le fait que Shevek soit doué, qu'il soit un chercheur talentueux. Elle ne nous dit pas, en d'autres termes, que Shevek a le droit de créer parce qu'il est doué ou compétent. Non. Elle nous dit que la volonté de création emporte sa propre justification.

Et ça, chers amis victimes du complexe de l'imposteur, doutant de votre propre talent ou bien de la reconnaissance par vos pairs, ou par la société, de votre talent et de vos compétences, c'est la clé. Et j'ajouterais personnellement que cette justification, pour interne qu'elle puisse paraître, devra bien un jour ou l'autre être reconnue officiellement par la société.

mercredi 4 février 2015

Lecture équitable

De la même manière qu'il existe un commerce équitable, il existe aussi une lecture équitable, qui ne porte quant à elle pas de logo*. La notion de lecture équitable peut varier selon chaque personne. En tant que créateur, il est évident que la lecture la plus équitable est selon moi celles d’œuvres autoéditées vendues à l'unité, que ce soit en ligne sous format numérique ou à l'occasion de séances de dédicaces. 

Imaginez que vous ayez la possibilité en achetant un médicament, de rémunérer directement le chercheur, homme ou femme, qui en a mis au point la molécule, en faisant en sorte que 70% de l'argent que vous coûte le médicament revienne à ce chercheur. Vous sauriez que votre argent favorise directement la recherche et non des structures périphériques qui ont tendance à diluer énormément ces ressources. 

Vous sauriez que votre argent va exactement où il doit aller, et que ce chercheur que vous avez contribué directement à faire vivre pourra continuer à chercher, à développer d'autres molécules et à sauver plus de vies. 

Toutes proportions gardées, c'est un peu la même chose lorsque vous achetez un ebook à l'unité sur Amazon, Kobo/Fnac ou Apple, par exemple. Vous savez que si c'est un livre issu de l'autoédition, 70% du prix de l'ebook revient directement au créateur. En le faisant vivre, vous lui donnez la possibilité de créer davantage. 

Si vous avez vous-même le projet d'écrire des ouvrages, vous vous ouvrez aussi une fenêtre d'opportunités pour l'avenir en développant le marché de l'autoédition. 

Prenons maintenant Madame Fonduedelivres. Jusqu'à il y a peu, Mme Fonduedelivres avait un budget très important pour les ebooks. Etant grande dévoreuse de livres, même en acquérant des ebooks à 2,99€ l'unité, cela finissait par lui revenir cher. 

Elle achète aussi de temps en temps des livres papier qu'elle souhaite garder dans sa bibliothèque ou offrir. Elle est inscrite sur Goodreads, et sur différents forums de lecture. Elle commente très fréquemment les livres sur Amazon et tient un blog pour faire partager sa passion. Elle estime tout de même injuste que sa passion lui revienne si cher, à partir du moment où elle fait partie de ces "lectrices en première ligne", celles qui font découvrir à tous les autres de si nombreux livres, et qui jouent un rôle si important dans l'économie du livre. 

Quand Kindle Unlimited est arrivé, elle n'a pas hésité une seule seconde et s'y est inscrite. 

Peut-on vraiment le lui reprocher? Pour elle, la lecture équitable, ce sera désormais la lecture en illimité, plus éventuellement quelques coups de cœur qui ne figurent pas dans ce service d'Amazon.

Voici maintenant venir Monsieur Jaipasunethune. M. Jaipasunethune travaillait auparavant dans la publicité, mais a perdu son emploi quand la boîte qui l'employait a coulé il y a quelques années. Il n'a pas retrouvé d'emploi. 

Il se dit que peut-être un jour, si l'on s'aperçoit que l'on continue à produire de plus en plus de richesses chaque année en détruisant de plus en plus d'emplois, si l'on ramène enfin à la raison les multinationales qui exacerbent la notion de compétitivité mondiale et la tension sur le marché du travail pour en tirer toujours plus de jus, si enfin on invente la notion de redistribution des ressources par la création d'emplois équitables durables, peut-être retrouvera-t-il du travail et pourra-t-il rémunérer correctement des créateurs. 

En attendant, il a trouvé une liseuse électronique tombée du camion, et il télécharge sur des sites illégaux. Il va aussi sur  le site Youboox lire en streaming avec de la publicité. Et pour la musique, oui, il l'écoute aussi sur Deezer avec de la publicité, quand il ne la télécharge pas illégalement. 

M. Jaipasunethune est quelqu'un de cultivé. Il écrit même à ses heures. Il sait très bien qu'un livre représente l'une des plus hautes valeurs ajoutées qui soit. Selon lui, un livre est le fruit de toute l'expérience de vie d'un auteur. Son éducation, le travail de ses parents, des professeurs qui l'ont éduqué. Les livres qu'il a lu, les grands classiques qui représentent à eux seuls un trésor inestimable. Les films qu'il a vu, les jeux vidéo auxquels il a joué. Enfin toutes ses expériences personnelles, sa personnalité, qui rendent son livre unique, et qui fait que les livres ne sont pas des produits interchangeables.

Lorsqu'il va sur Youboox, M. Jaipasunethune sait qu'il y a quelque chose d'aberrant à ce qu'un produit à aussi haute valeur ajoutée qu'un livre dépende de la publicité d'autres produits.

Il a travaillé dans la pub. Il sait que même si Youboox proclame pratiquer un commerce équitable pour les auteurs autoédités (ou les éditeurs) en leur versant 50% des revenus publicitaires, les revenus générés par les publicités seront infimes pour l'immense majorité des auteurs, et que ceux-ci tiendront lieu uniquement de caution morale, de faire-valoir pour le site. 

De la même manière qu'il sait qu'en écoutant de la musique sur Deezer, pratiquement tous les artistes sauf quelques-uns comme Pharrell Williams "l'auront dans l'os", et d'autant plus que la plupart des chanteurs et musiciens sont entourés de labels siphonnant la plus grande partie des revenus. 

Mais il sait aussi que dans l'état actuel de la société, ces nouveaux services que sont Deezer et Youboox ont quelque part une légitimité. 

Remercions maintenant M. Jaipasunethune et Mme Fonduedelivres pour leur participation éclairée, et revenons à nos moutons. 

En tant que créateur, voici selon moi le palmarès des modes d'édition et de publication les plus équitables pour l'auteur : 

Numéro 1 : Autoédition avec ventes à l'unité d'ebooks ou de livres papier
Numéro 2 : Petites maisons d'édition
Numéro 3 : Grosses maisons d'édition
Numéro 4 : Sites de streaming ou de diffusion illimitée type Kindle Unlimited
Numéro 5 : Sites de téléchargements illégaux ou de peer-to-peer

La proximité des sites de streaming avec ceux de téléchargements illégaux dans ce classement n'est évidemment pas le fait du hasard. 

Mais bon, le but de cet article n'est pas de donner mauvaise conscience. Même les sites de téléchargement illégaux ont une raison d'être. Cela fait partie de cette liberté fondamentale qu'offre Internet. Rien n'empêche de télécharger illégalement, ou d'écouter en streaming, pour mieux choisir parmi la profusion de l'offre et ensuite, rémunérer la création.

La liberté, c'est donc la liberté de choisir à quel moment on voudra privilégier les créateurs. On peut aussi choisir l'option n°3 (les grosses maison d'édition), en sachant que l'argent que l'on dépense servira à la fois à entretenir la chaîne du livre, une chaîne de gens certes passionnés et communiquant leur passion, et une chaîne se rapportant à un univers avant tout physique. Ce faisant, on sait aussi qu'on financera surtout en grande majorité de grosses maisons d'édition appartenant à de grands groupes. Les mêmes qui exacerbent la compétition mondiale et participent d'une industrie de pyramide...

Alors certes, vous me direz, Amazon se retrouve pratiquement aux deux bouts de la chaîne: à la fois très favorable et défavorable aux créateurs. Amazon est aussi un énorme groupe. Oui, mais Amazon pense aussi à Mme Fonduedelivres. Et c'est un énorme groupe qui privilégie la recherche interne, et pour l'instant, reste le plus favorable aux créateurs en terme de visibilité, si ce n'est en terme de conditions de vente. L'exception qui confirme la règle en quelque sorte, même s'il faut le garder sous surveillance étroite.

En tant que créateur, j'aimerais bien moi aussi penser à Mme Fonduedelivres en offrant au moins un roman complet sur Kindle Unlimited. Après tout, mes livres ne sont pas en bibliothèque et ne sont pas près d'y être, puisque seuls les romans mainstream (grand public) y sont. C'est d'ailleurs pourquoi plusieurs de mes nouvelles sont en permafree, et c'est aussi pourquoi j'ai lancé récemment une opération de gratuité d'envergure.  

Le problème, c'est qu'Amazon demande l'exclusivité: si je choisis Mme Fonduedelivres, ce sera aux dépens de Mme Jadorelire, qui a une Kobo, et de M. Viveleslivres, qui a un iPad. Nous devons tous faire des choix, lecteurs comme auteurs.


P-S*: je suis contre l'idée de la création d'un logo "lecture équitable". Cette article vise à informer, afin que ce logo "lecture équitable", vous le placiez vous-même dans votre tête, au moment d'acheter le livre (il est facile d'identifier les grosses maisons d'édition comme Hachette, Gallimard, Flammarion, Grasset ou même, dans le domaine de la Fantasy, Bragelonne).

mardi 16 décembre 2014

[Archive 13 janvier 2013] "Je suis devenu trop vieux pour la science-fiction"

J'étais hier en dédicace au Cultura de Claye-Souilly. Cela s'est bien passé, mais le soir, je repensais au nombre de personnes toutes séances confondues qui me disent avec un sourire condescendant : "cela fait bien longtemps que je ne lis plus de la SF (ou de la Fantasy)". Sous-entendu : "je suis bien trop vieux, bien trop mûr, bien trop expérimenté pour en lire à présent, je suis passé à autre chose."
 
Bien entendu, cela peut être une question de goût. Les goûts peuvent évoluer, et cela ne se discute pas. Bien entendu, je suis le premier à encourager les lecteurs à ne pas s'en tenir à un seul genre littéraire, mais à avoir la curiosité d'explorer d'autres littératures.
 
On pourrait aussi estimer que ces sourires condescendants ne sont qu'une projection imaginaire de ma part, liée au complexe d'infériorité de l'auteur qui écrit dans les "mauvais genres".
 
Je ne le crois pas. Je me demande plutôt dans quelle mesure ces personnes ne cèdent pas à une forme de pression de la société qui existe, encore de nos jours en 2013, vis-à-vis de la science-fiction.
 
La même pression qui pourrait exister, par exemple, pour des lecteurs de comics, de bande dessinées ou de mangas. Celle de se voir catégorisé en tant que "lecteur immature".
 
Dans ce cas, je suis immature. Et fier de l'être.
 
Au sujet de la SF, il n'y en a pas une mais plusieurs : hard science fiction, fiction spéculative, space et planet opera, cyberpunk, post-apocalyptique, militaire, steampunk, voyage dans le temps... Des SF en perpétuelle évolution et qui, comme les autres genres littéraires, ne sont pas figés dans le temps mais reflètent l'évolution de la société en même temps que des technologies.
 
Faire preuve d'éclétisme oui, bien sûr, mais si vous faites réellement preuve d'éclectisme, vous lisez aussi de la SF. Et de la Fantasy. Sans honte, de préférence. Avec les liseuses électroniques, rassurez-vous, personne ne saura de toute façon si vous lisez de la SF, de la littérature érotique ou le dernier traité de philo...
 
Je n'aurais pas écrit ce billet si je n'avais rencontré hier une personne qui à elle seule a quasiment illuminé ma séance. Un vieux bonhomme dans les soixante-quinze ans. 
 
Une étincelle dans les yeux, il m'a parlé des auteurs de l'âge d'or de la SF, du premier numéro de la revue Fiction (1953) qu'il possède encore, de Jimmy Guieu... Il ne donnait pas l'impression d'être vieux mais jeune. Jeune de sa passion.
 
Alors oui, quand il m'a pris un exemplaire de mon recueil les Explorateurs, mon ego n'aurait pas davantage été boosté si Robin Hobb m'avait acheté un exemplaire du Souffle d'Aoles.
 
Mais ce n'était pas seulement une question d'ego. Il m'a redonné de l'espoir. On peut continuer à aimer la SF à 75 ans. On n'était pas aux Jeux Olympiques, mais il m'a transmis la flamme.

lundi 17 novembre 2014

[Archive 9 mai 2012] Aux Etats-Unis, les mauvais comptes ne font plus les bons amis

Je tiens à saluer ici le courage des auteurs américains Kristine Rusch et Joe Konrath. La première, pour avoir dénoncé des malversations dans le paiement de ses droits d'auteur et pour avoir mis en lumière le comportement plus que douteux de certains agents littéraires. A la suite de ses dénonciations, elle s'est fait pirater ses sites internet. Le second, pour avoir donné la parole à une auteur d'Harlequin qui, après calcul, s'est rendue compte qu'elle ne percevait que 2,4% de droits d'auteur par livre. Joe Konrath appelle les auteurs à témoigner sur son blog et à se révolter contre ces tarifs outrageusement bas, qui n'apparaissent souvent pas en tant que tels dans les contrats.
 
Ceux qui regardent de près le contenu de ce blog savent que je ne fais pas dans le manichéisme. Il ne s'agit pas de dire que les éditeurs sont tous pourris et les auteurs, tous des anges. Il est évident, à mes yeux, que ce qui était caché jusqu'à présent dans les contrats d'édition arrive à la lumière grâce à l'arrivée du premier véritable concurrent aux éditeurs qu'est Amazon (dans le domaine du livre, dans la musique, Apple avait joué le même rôle).
 
Donc, de nombreux auteurs savaient. Ou du moins, ils se doutaient. Ils fermaient les yeux. Ce qui me fait dire ça ? Le fait d'avoir vu, sur Internet, un auteur commenter sur un blog qu'il serait prêt à toucher 0% de droits d'auteur pour être présent dans toutes les librairies. Certains auteurs seraient prêts à signer à 0%.
 
J'irais plus loin : je ne serais pas surpris que certains l'aient déjà fait. Après cette révélation de droits d'auteur à 2,4% chez Harlequin, je ne serais pas surpris d'apprendre que des auteurs se soient faits éditer pour leur premier livre à compte d'auteur déguisé par de grands éditeurs. C'est à dire que de grands éditeurs aient accepté de l'argent en provenance d'auteurs pour les éditer à 0% de droits d'auteur sous le couvert d'une édition à compte d'éditeur. Etant donné l'opacité des contrats et l'omerta (loi du silence) dans le milieu de l'édition, comment ferait-on pour le savoir ? Bien sûr, je n'ai aucune preuve. Il s'agit uniquement de supputations de ma part.
 
Alors, qui serait coupable, dans ce cas-là ? L'auteur, ou l'éditeur ? Les deux, mon commandant. Et quel est le mobile du crime ? Le fait de vouloir être diffusé le plus largement possible, pour l'un et de tirer parti de cette demande pour l'autre. De la même manière, des auteurs autoédités, dont je fais partie, vont mener des opérations de gratuité ponctuelle sur un ouvrage numérique, afin d'augmenter leur lectorat. Tout n'est pas tout blanc ou tout noir en ces matières. Il y a des nuances de gris.
 
Evidemment, ce n'est pas parce que l'esclavage volontaire existe dans le milieu de la littérature qu'il ne faut pas le dénoncer. Dans le cas de ce qui se passe aux Etats-Unis, même si les auteurs savaient, ou se doutaient, un contrat est quelque chose de légal. Si ses termes ne sont pas respectés, on est en droit d'attaquer en justice. L'action actuelle de Joe Konrath et de Kristine Rusch est on ne peut plus légitime, et devrait apporter un bol d'air sain dans un milieu on ne peut plus vicié.
 
Pourquoi les auteurs apparaissent-ils si souvent comme la cinquième roue du carosse, l'élément dont on peut se passer dès qu'il s'agit de rémunération ? Tout simplement parce que l'offre, en matière de manuscrits, est pléthorique. Pour un éditeur, il n'y a qu'à se baisser pour ramasser. Et c'est d'autant plus facile, lorsque l'on bénéficie du prestige de l'éditeur.
 
Je pense sincèrement que les choses vont évoluer. Avec les actions menées par des auteurs comme Kris Rusch et Joe Konrath, les éditeurs vont enfin perdre de leur aura.
 
Dans un univers numérique dominant, les myriades d'ebooks gratuits et à 0,99 € écrits par des auteurs d'aujourd'hui seront identifiés comme suspects par les lecteurs. Des ebooks plus chers autoédités seront des succès, et rapporteront 70% à leurs auteurs.
 
C'est pour cela que je milite à fond pour les ebooks et livres numériques. Parce que le prix de l'édition et la diffusion des livres papier en librairie se paie trop souvent au prix fort pour les auteurs. Celui de l'esclavage. Parce qu'il est plus facile de vérifier avec Amazon si une vente effective se traduit en droits d'auteur. Les choses sont beaucoup plus transparentes.

vendredi 14 novembre 2014

[Archive 18 septembre 2012] S'éduquer au numérique

Le numérique est un fantastique outil de démocratisation de la culture. Je pourrais ajouter, "à condition de le mettre à portée de tous en terme de prix et de facilité d'achat", mais cette condition ne se pose même pas grâce aux sites de téléchargements illégaux. A ce sujet, vous croyez que toutes les oeuvres numériques sont piratées ? C'est faux. Pour un artiste, avoir son oeuvre piratée est une marque de reconnaissance du public. A titre personnel, je suis satisfait de savoir que mes ebooks ont la possibilité d'être diffusés par ce canal. Néanmoins, la diffusion n'est pas tout. Je suis persuadé que nous autres auteurs, musiciens, chanteurs, dessinateurs, réalisateurs et créateurs de tout poil devons nous éduquer au numérique, et éduquer à ce sujet nos enfants. Simple question de bon sens.
 
Loin de moi l'idée de dire "c'est mal de pirater", ou "c'est mal de télécharger". Les enjeux tuent le jeu, dit-on. Le piratage peut se trouver détourné à des fins financières ou pour des motifs idéologiques ou politiques, mais par essence, c'est un jeu entre l'attaque numérique et la défense.
 
Le téléchargement illégal peut quant à lui répondre à des motifs de curiosité, de prix trop élevés, de produits non disponibles sur le marché, ou même de volonté parfaitement légitime de ne pas acheter plusieurs fois le même produit (sous forme physique et numérique). Dans le cas notamment de la curiosité, il joue un rôle d'ouverture culturelle. Il peut même s'avérer bénéfique pour l'achat ultérieur d'autres œuvres de l'artiste.
 
Là où le téléchargement illégal devient condamnable, à mon humble avis, c'est quand il se transforme en réflexe systématique de consommation. "C'est numérique, donc ça doit être gratuit. Ça ne peut pas se consommer d'une autre manière que gratuitement. Puisqu'il y a moyen d'obtenir les fichiers gratuitement, on se ferait avoir si on devait les payer." Cet idéal du tout gratuit est évidemment destructeur pour les artistes à partir du moment où tout le reste n'est pas gratuit dans la société.
 
Nous vivrions dans un Etat providence, où le travail se ferait sur la simple base du volontariat et où chacun aurait de quoi se nourrir et se loger gratuitement, je n'aurais pas de problème avec le tout gratuit numérique. Nous n'en sommes pas (encore ?) là.
 
Donc, je n'aime pas l'idée de faire la morale ou de devoir pointer du doigt les uns ou les autres, mais désolé, à partir du moment où un artiste se procure exclusivement des fichiers en téléchargement illégal, il se tire une balle dans le pied. S'il donne cet exemple, comment s'étonner après qu'il ne puisse vivre de ce qu'il fait ? 
 
Pour recevoir, il faut aussi savoir donner. Je veux dire, il y avait 8000 intermittents du spectacle dans les années 80 en France, il y en a plus de 100 000 à présent. Et combien y a-t-il d'auteurs ? Un million en France ? Davantage ? Nous allons vers une société de loisirs. Une société de loisirs majoritairement numériques, en attendant peut-être une autre technologie, qui sait.
 
Eduquons-nous. Achetons des morceaux de musique quand un artiste nous plaît. Apprenons à nos enfants à reconnaître les mérites du travail artistique. Donnons-leur cette culture. Apprenons-leur que les fichiers MP3 ne restituent pas l'intégralité des sons.
 
Quand on ne connaît pas un romancier, télécharger illégalement l'un de ses ebooks, oui pourquoi pas, si les extraits du livre sont trop courts pour se faire une idée, si l'ebook est trop cher et si vous ne le trouvez pas en bibliothèque. Mais à un certain moment, il va falloir apprendre à récompenser le travail des uns et des autres, si l'on espère soi-même en faire un moyen de subsistance.

lundi 20 octobre 2014

[Archive 28 février 2010] C'était un cordonnier

Un bon livre, c'est comme une bonne vieille chaussure : on se sent à l'aise à l'intérieur, confortable.

C'était un cordonnier, sans rien de particulier

Dans un village dont le nom m'a échappé

Qui faisait des souliers si jolis, si légers

Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter

Il y mettait du temps, du talent et du cœur

Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures

Et loin des beaux discours, des grandes théories

A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui

Il changeait la vie

C'était un professeur, un simple professeur

Qui pensait que savoir était un grand trésor

Que tous les moins que rien n'avaient pour s'en sortir

Que l'école et le droit qu'a chacun de s'instruire

Il y mettait du temps, du talent et du cœur

Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures

Et loin des beaux discours, des grandes théories

A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui


Il changeait la vie

C'était un petit bonhomme, rien qu'un tout petit bonhomme

Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme

Se croyait inutile, banni des autres hommes

Il pleurait sur son saxophone


Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur

Les rêves de sa vie, les prisons de son coeur

Et loin des beaux discours, des grandes théories

Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris


Il changeait la vie

(Paroles de la chanson Il changeait la vie, Jean-Jacques Goldman)