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dimanche 19 juin 2022

« Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? »

Lorsqu'un libraire me demande « Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? », ma réaction dans mon for intérieur est celle-ci : 😅😅😅😓😓. Parce que ce genre de question, bien sûr, va tout de suite me confronter à mes limites, et à celles de l'exercice de ma profession. C'est une question qui dépend bien sûr de ce que l'on met derrière l'expression "très connu", mais qui garde malgré tout, dans sa naïveté, une certaine légitimité.

« Vous êtes l'un des auteurs qui vendent le plus ici, et de très loin. Très peu vendent autant. Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? » C'est à peu près en ces termes que l'un des employés du rayon librairie du centre commercial Auchan à Soisy m'a posé la question qui m'a fait suer intérieurement.

Je lui ai aussitôt répondu, bien sûr, par rapport à l'absence de mes romans en rayons, le manque d'exposition lié au fait que je refuse la politique de retours des libraires, c'est à dire de devoir rembourser des livres, au bout de plusieurs mois, qui n'auraient pas été vendus. Je lui ai aussi parlé de mon carnet d'adresse proche du zéro absolu, qui ne me permet pas de passer par exemple à La Grande librairie, l'émission télé. De mes tentatives de pub payantes sur Facebook et Amazon, qui n'ont rien donné. De la traduction en anglais de la trilogie Ardalia, en Fantasy, et des Nouveaux Gardiens, en Thriller, suivis de publicités payantes dans des newsletters à plusieurs centaines de milliers d'abonnés US, qui n'ont rien donné non plus. Du fait que j'étais plutôt doué pour vendre mes bouquins en live, mais pas du tout pour le marketing sur internet. 

J'aurais aussi pu lui répondre que j'étais juste un borgne parmi des aveugles. J'aurais pu lui dire que mon record de vente sur une journée était de 42 livres, alors que Brandon Sanderson a physiquement dédicacé 1000 livres papier en une seule journée (cycle de la Roue du Temps dont il a écrit les derniers opus).

J'aurais pu lui dire, aussi, que Brandon Sanderson, qui a vendu des millions de livres, est inconnu du grand public, qu'il n'est connu que des amateurs de Fantasy, qui peuvent retrouver ses romans dans les rayons appropriés. Lui faire comprendre que le terme "très connu" est vraiment très subjectif, et que même JK Rowling est toujours l'inconnue de quelqu'un d'autre.

J'aurais pu lui parler de quelque chose de plus intime, de ma méfiance par rapport à la célébrité et tous ses pièges, qui transparaît dans mon article Mortelle célébrité

Mais si je savais que sa question avait malgré tout une légitimité, si je savais pourquoi elle me mettait mal à l'aise, c'est qu'en mon for intérieur, d'une certaine manière, je pense en connaître la réponse. C'est que pour moi, un best-seller qui se vend à plus d'une centaine de milliers d'exemplaires est une anomalie. Et que mes romans ne sont pas des anomalies, ce sont des livres "normaux". 

Un roman qui suscite une réaction d'accroche immédiate et un bouche à oreille très important, ce qui signifie que des lecteurs sont prêts à dépenser leur énergie pour le faire connaître, un roman qui créé un effet boule de neige, d'augmentation exponentielle des ventes, ce roman-là, et je suis désolé pour tous les lecteurs qui ont lu et apprécié mes livres, je ne l'ai pas écrit, tout simplement. Pas encore écrit? Peut-être. Je n'en sais rien, à vrai dire. C'est quelque chose qui ne dépend de moi qu'en partie. 

A une seule occasion, il m'est arrivé de ressentir cette anomalie qui peut être le signe d'un best-seller. C'était pour ma nouvelle gratuite Les Explorateurs. En décembre 2014, cette nouvelle s'est retrouvée n°1 au classement des téléchargements d'ebooks gratuits d'Amazon. Un peu plus de 600 exemplaires ont été téléchargés sur le mois de décembre 2014. Et je n'avais rien fait pour cela. Quelqu'un a juste parlé de cette nouvelle sur un site. 

La nouvelle Les Explorateurs est d'ailleurs la plus téléchargée de mon catalogue: 16700 téléchargements chez Apple, 4400 chez Amazon. Mais c'est du gratuit. Et pour les Explorateurs, j'avais fait l'effort d'inciter des proches à noter le livre sur Apple, parce qu'à partir de 10 notes, la nouvelle se retrouve davantage montrée aux lecteurs de l'application iBooks. Donc sur Apple, j'avais une sorte de levier pour le faire connaître. Je trouvais pénible de faire cet effort envers mes proches pour les autres livres, donc je ne l'ai pas reproduit, même si j'incite toujours mes lecteurs à mettre des notes et commentaires sur mes livres. 

De nos jours, il faut le savoir, le simple fait de mettre des étoiles à propos d'un livre sur un site de vente ou une application demande un effort gigantesque aux lecteurs. En tout cas à la plupart des lecteurs, pas à vous, bien sûr, cher lecteur, qui avez lu, noté, et même commenté au moins l'un de mes livres.

Donc, voilà, tout ça pour dire que je suis un auteur normal qui vend des livres normaux.  


mercredi 2 octobre 2019

Laisser l'auteur encaisser ses ventes en dédicace

Pour un libraire, recevoir un auteur en dédicace nécessite une certaine organisation: le référencement des livres peut être un écueil et dissuader des libraires de recevoir des auteurs. Pour l'auteur, l'écueil, c'est parfois de se faire payer ses factures par la librairie.  L'un et l'autre peuvent résoudre ces deux obstacles d'un commun accord, en permettant à l'auteur de tenir sa propre caisse et d'encaisser directement la vente de ses livres en dédicace en librairie.

Cela se fait en salon, mais jamais dans des librairies: faire en sorte que l'auteur encaisse directement la vente de ses livres auprès des clients au moment de la séance de dédicace. C'est peut-être bien une opportunité manquée de simplifier grandement les choses pour les deux parties.

Il faut bien sûr que le libraire fasse confiance à l'auteur pour lui reverser, soit directement à l'issue de la séance de dédicace un chèque adressé au libraire, ou au service comptabilité du centre commercial, soit peu après la séance, un virement qui correspondra à la marge laissée sur chaque livre vendu. Le règlement peut bien sûr se faire en espèces, si la somme correspondante est réunie à l'issue de la séance. 


Grâce à des terminaux comme Sum up, le règlement par carte bancaire, y compris le règlement sans contact, est maintenant très facile pour les auteurs. 

Le lecteur va se présenter à la sécurité du centre commercial avec ses livres, il les présente au vigile, qui vérifie la signature de l'auteur et met les livres sous scellé, dans un sac, comme cela se fait déjà.

Personnellement, j'ai l'habitude d'établir une préfacture dès la fin de la séance de dédicace, avec le nombre de livres vendus, la marge du libraire, etc. Cela me permet d'avoir le tampon de la librairie et une preuve de passage. Cette préfacture se transformerait donc en facture définitive, avec la notification "Réglée". 

Un avantage supplémentaire dans les grands centres commerciaux ou culturels, c'est qu'il n'y a plus de livres redéposés par les lecteurs: l'auteur demande le règlement pour chaque livre avant même d'apposer sa dédicace. Le chiffre de vente est donc fiabilisé dès le départ. Plus de vérification ultérieure.

Du côté du libraire, il aurait juste à fournir la table et la chaise. Aucune autre démarche nécessaire de sa part.  

Bref, cette solution serait une véritable avancée pour les deux parties. A condition de se faire confiance. 

[EDIT 02/10/2019] : Un auteur m'a fait cette réflexion pertinente: "sous quelle dénomination les libraires vont-ils encaisser leur marge? Parce que si les livres ne sont pas référencés, ils risquent d'être obligés de les référencer tout de même, pour justifier la marge qu'ils touchent."

J'ai eu une idée: la location d'un espace de dédicace dans le magasin. La marge libraire sur chaque livre devient le prix de location de l'espace pour la journée.

jeudi 16 mai 2019

Le Paradoxe de l'Auteur

Dans le système actuel, tous les auteurs, quels qu'ils soient, sont en compétition pour le Temps Disponible de Cerveau des lecteurs. En cela, ils s'inscrivent dans un système beaucoup plus global qui comprend aussi bien des artistes que des non-artistes: après tout, même un scientifique cherchant à faire publier un article est à la recherche de Temps Disponible de Cerveau. 

Le plus dur pour un auteur, c'est de survivre à la sortie de ses livres. C'est ce que je disais encore l'autre jour sur Facebook, et je parle bien sûr d'expérience. L'espoir que l'on va projeter dans l'écriture d'un livre, le temps que l'on y passe, l'investissement que ça demande, tout cela peut se retourner contre nous si l'on se met en position d'attente. 

Même en essayant de baliser le terrain, même en se créant un groupe avancé de bêta lecteurs chargés de vous lire avant tout le monde, des gens que vous avez déjà rencontrés, dont vous êtes sûr qu'ils ont acheté au moins l'un de vos livres précédents et qui se sont portés volontaires pour lire le suivant avant tout le monde, même ainsi, on court le risque d'être déçu, si l'on se met en tête que l'objectif de ce genre de groupe n'est pas de limiter la casse. Il faut attendre très très peu de ses écrits pour éventuellement bénéficier de bonnes surprises, et savoir se contenter de petites victoires qui viendront avec le temps. 

C'est ce que me dit mon expérience, en tout cas. 

Comment pourrait-il en être autrement, quand vous voyez des réductions de plus de 70% sur des jeux géniaux sur PS4? Quand vous voyez que telle ou telle appli super innovante, et gratuite, va révolutionner le quotidien d'une personne? Quand vous voyez les myriades de promo sur une myriade de livres? Mais aussi de films? 

Quand vous voyez des photos si admirables sur Instagram ou Snapchat? Quand il existe un nombre extraordinaire de tutoriels sur Youtube, ou de vidéos de divertissement, de quoi en regarder de sa naissance jusqu'à la mort sans discontinuer, et sans épuiser le stock? 

Quand il existe des millions de sites web parfaitement léchés (vous avez vu celui de Robert Galbraith)? Bref, quand vous voyez que l'humanité entière se bat pour grappiller de précieuses minutes du Temps Disponible de Cerveau de chacun, avec des moyens dont l'auteur indépendant ne peut que rêver? 

Dans le livre Le Secret, dont je parlais dans mon précédent billet, l'auteur Rhonda Byrne conseille de se concentrer sur l'abondance et non sur la rareté. Le fait de se voir dans une compétition est mauvais, car cela envoie des ondes négatives. 

Il n'empêche, le constat est là: le Temps Disponible de Cerveau est loin d'être infini. Le seul système qui pourrait garantir à chaque individu de ne pas nourrir de pensées de rareté ou de pauvreté serait un système où le Revenu universel inconditionnel existerait, ce qui permettrait d'avancer de manière beaucoup plus sereine dans la vie.

Et vous savez quels sont mes rêves, en tant qu'auteur? Je ne pense pas être très original en cela, je pense que de nombreux d'auteurs de fiction en rêvent aussi: 

- de voir mes romans adaptés au cinéma (j'avoue que c'est aussi ainsi que je justifie d'avoir traduit ou fait traduire en anglais les trois tomes du cycle d'Ardalia: pour conserver cette part de rêve)
- de voir mes romans adaptés en bande dessinée
- de voir mes romans adaptés en manga
- de voir mes romans adaptés en jeu vidéo


Vous voyez où je veux en venir, avec mon Paradoxe de l'Auteur? Si tous mes vœux se réalisent, je vais me priver pour mes prochains romans, et priver aussi les autres auteurs, de Temps Disponible de Cerveau. 

Pire, si l'un de mes romans inspire un auteur, si cet auteur se met à écrire et à connaître le succès, c'est la cata en termes de disponibilité du lecteur. Un peu comme si chaque mot que j'écrivais, y compris sur ce blog, me construisait un avenir de plus en plus désastreux. 

Bon, je ne vais pas vous laisser sur cette note légèrement négative, voire déprimante. Je crois que les auteurs, et en particulier les auteurs de fiction, sont dans une position artistique unique: ce sont des sources. Nous sommes tous des sources en fait, tout ceux qui ont accès à l'écrit et ont la capacité d'écrire des histoires. 

Vous allez me dire:
- oui mais Alan, la musique d'Interstellar provoque plus d'émotion et raconte mieux l'histoire encore que le scénario
- tu as vu les scénarios rédigés par les commerciaux de Disney pour les derniers Star Wars? 


A cette dernière question, je répondrais que certaines sources peuvent être frelatées. Et à la première, que la musique est sans doute, sur certains points, supérieure à l'écrit. 

Mais cette idée selon laquelle nous sommes des sources ne signifie pas selon moi une supériorité de l'écrit sur les autres formes d'art. C'est juste que c'est plus pratique de travailler sur une adaptation cinématographique ou même sur un jeu vidéo de type jeu de rôle en se fondant sur des écrits. Si le roman est de qualité et que l'auteur s'y connaît suffisamment pour participer par exemple à l'adaptation en film, cela peut même devenir un gage de réussite du long métrage.

Les novélisations de films ou de jeu vidéo existent aussi, et il existe peut-être même des novélisations de musique, mais ce ne sont pas des débouchés naturels, et le succès est plus rarement au rendez-vous. 
Cette capacité de chaque être humain d'être une source est infiniment précieuse. A elle seule, j'y vois la justification d'un revenu universel inconditionnel qui nous permettrait de sortir d'un contexte de compétitivité assez monstrueux, finalement, pour des civilisations dites avancées, pour nous tourner vers un contexte de coopération. Enfin! 

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lundi 25 février 2019

Interviewé par la romancière Alice Quinn !

Sait-on vraiment qui nous lit? A cette question, je répondrais la plupart du temps par la négative. C'est d'ailleurs pourquoi chaque email de lecteur me donnant son avis sur un de mes livres est une heureuse surprise. Imaginez donc ma stupeur et mon ravissement quand Alice Quinn, romancière à succès que je cotoie sur les réseaux sociaux, m'apprend qu'elle a lu et apprécié mon dernier roman, Passager clandestin, et me propose une interview!

Alice Quinn est une romancière hybride, qui a publié notamment chez Michel Lafon et en autoédition. Sa série des Rosie Maldonne a tellement bien marché en France qu'elle s'est vue proposer par Amazon, via sa filiale Amazon Crossing, la traduction des romans issus de cette série en anglais! 








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Quand on sait l'investissement que représente une traduction, il est évident qu'Amazon a fait le calcul en fonction du nombre de ventes en France, et de l'attrait de ses romans pour un public anglophone.

Si on prend le nombre de commentaires du premier tome des Rosie, Un palace en Enfer, on en est à 275. Autant dire que par rapport à mes propres livres, on n'est pas sur une autre planète, mais sur une autre galaxie!

Bref, mes propres romans n'ont jamais grimpé dans le top 10 des ventes sur Amazon, il y avait donc de quoi se sentir flatté par cette proposition d'interview. 

Pour la connaître, j'avais énormément de respect pour l'intelligence de la romancière, et ses choix de carrière. Ce respect n'a fait que croître avec les questions qu'elle m'a posé. C'est quelqu'un qui sent très bien les livres. 

Alice a remarqué que les auteurs ont souvent tendance à parler surtout de business sur leur blog. Les difficultés à surmonter pour être lus sont telles que de nombreux auteurs s'entraident ainsi en relatant leurs expériences de publication. 

Alice a fait ce constat: pourquoi seul les auteurs traditionnels bénéficieraient-ils d'interviews? Sur son propre blog, elle réalise donc des entretiens vidéo avec les auteurs, une fois par mois, visant réellement à faire connaître les livres. 

C'est une démarche extrêmement méritoire, et qui mérite tous les éloges !

En dehors de la série des Rosie, Alice écrit aussi des enquêtes historiques comme  La Lettre froissée ou Le Portrait brisé, et des comédies romantiques comme son tout dernier roman, Brille tant que tu vis! 





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Merci à toi, Alice, de jeter de la lumière sur des auteurs comme moi, et leurs romans! Voici donc l'interview vidéo, qui porte principalement sur mon dernier roman, Passager clandestin. 



lundi 17 décembre 2018

Terry Goodkind, l'Epée de Vérité et l'autoédition

C'est un paradoxe : au moment où je lisais le septième tome de l'Epée de Vérité, de Terry Goodkind, un auteur traditionnellement édité, je suis tombé sur un passage des Piliers de la Création qui correspond parfaitement à la philosophie que je mets derrière l'autoédition. Je n'irais pas jusqu'à en conclure que les auteurs autoédités sont eux-mêmes des piliers de la création, mais dans ce contexte, j'avoue que c'est assez amusant.

Oui, oui, oui, je sais. Vouloir détourner les paroles d'un auteur pour l'attribuer à une idéologie ou un dogme, c'est le Mal. Le philosophe Friedrich Nietzsche aurait-il apprécié de voir une partie de ses concepts détournés et repris à son compte par le parti Nazi, je ne crois pas. 

De la même manière, le romancier de Fantasy Terry Goodkind n'aimerait sans doute pas qu'on lui attribue des pensées liées au mouvement de l'autoédition. 

Donc, que les choses soient claires: l'analogie entre ce passage d'un roman de Terry Goodkind et la philosophie de l'autoédition n'est qu'une vision personnelle. Cela correspond à l'idée que je me fais de l'autoédition. 

Et moi, Alan Spade, ne prétend aucunement représenter l'autoédition. Ce mouvement, par ailleurs très ancien, puisque Denis Diderot lui-même s'autoéditait, ne peut être défini ou limité par les pensées ou élucubrations d'un seul. De nombreux auteurs autoédités vous diront sans doute en commentaire qu'ils ne sont pas d'accord avec ma vision, et c'est aussi toute la richesse de ce mouvement dans lequel je m'inscris.

Ceci posé, voici le passage en question (la traduction est de ma pomme, puisque je lis l'ouvrage directement en anglais): "Si vous voulez être un esclave dans la vie, alors continuez à aller de-ci de-là en demandant aux autres de faire les choses à votre place. Ils vous rendront service, mais vous vous apercevrez que le prix est vos choix, votre liberté, votre vie elle-même. Ils feront à votre place, et au final vous serez réduit en esclavage pour toujours, ayant fait don de votre identité à un prix dérisoire. Alors, et seulement alors, vous ne serez personne, un esclave, parce que vous-même et nul autre l'avez voulu ainsi."

Des paroles fortes. Si je bâtissais un temple à la gloire de l'autoédition, ce sont sans doute ces paroles que je graverais sur le frontispice. Je reconnais qu'elles peuvent aussi être valables, dans une certaine mesure, pour l'édition traditionnelle -- de nombreux auteurs traditionnellement édités ne seraient pas arrivés où ils en sont s'ils n'avaient pas su prendre en main leur destin.

Une traduction pouvant être détournée, voici les paroles originales: "If you want to be a slave in life, then continue going around asking for others to do for you. They will oblige, but you will find the price is your choices, your freedom, your life itself. They will do for you, and as a result you will be in bondage to them forever, having given your identity away for a paltry price. Then, and only then, you will be a nobody, a slave, because you yourself and nobody else made it so."

Comme je le disais, l'autoédition existe depuis toujours, mais ces paroles de Terry Goodkind, ont, pour moi, fait particulièrement écho à l'essor de l'autoédition sous format ebook depuis 2009, suite à la sortie de la liseuse Kindle en 2007. Une autoédition à l'américaine, où effectivement, on ne laisse plus faire à la place, et pour laquelle chaque livre représente en quelque sorte une parcelle à revendiquer, dans cette ruée vers l'Ouest sauvage des lettres. 

Et si vous me dites que les choses n'étaient pas d'emblée aussi pures, notamment parce qu'Amazon, l'inventeur du Kindle, n'a proposé 70% de droits sur les ebooks (royalties d'auteur) que pour s'aligner sur ce que proposait déjà Apple, je suis d'accord. 

Si vous me dites  que les choses ne sont pas restées aussi pures depuis qu'Amazon s'efforce d'obtenir l'exclusivité de publication des auteurs autoédités sur sa plate-forme (programme Kindle Select), je suis également d'accord. 

Les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires.

Il n'empêche que pour moi, l'esprit de départ, ce qui a présidé à ce mouvement, se retrouve dans cette citation de Terry Goodkind. 

mercredi 30 mai 2018

Prestation de services et commentaires

Les commentaires sur les sites de vente concernant les romans ou livres en général, s'ils ne suffisent pas à eux seuls à générer des ventes, sont un ingrédient quasiment incontournable pour l'auteur autoédité. Ces commentaires représentent donc un enjeu économique fort, non seulement pour les autoédités, mais aussi pour tous les acteurs du marché. Ces quelques lignes d'appréciation si précieuses surviennent rarement d'elles-mêmes. Pour l'auteur inconnu, en obtenir représente une débauche de temps et d'énergie considérable. Cet état de fait pourrait s'améliorer en France, à condition que des prestataires de service s'y prennent intelligemment. 

Je suis auteur depuis 2001, autoédité depuis 2006 (avec une brève parenthèse vers l'édition en 2009-2011). Mon but est de vivre de ma plume, ce que j'arrive à faire depuis 2014. On me pardonnera donc la portée utilitaire de mon propos, sachant que de nombreux blogueurs font preuve d'une bonne volonté admirable, et soutiennent activement les auteurs autoédités. 

J'ai conscience que tous les blogueurs, quels qu'ils soient, sont des êtres humains et non des outils au service des auteurs. 

Maintenant, voici ce que j'ai constaté au sujet des commentaires de livres : 

- les commentaires sur les blogs, hormis certains blogs très rares que l'on peut appeler "blogs prescripteurs", et qui sont assiégés par les éditeurs, n'ont pas d'effet direct sur les ventes
- un commentaire sur un blog, quel qu'il soit, peut néanmoins être utilisé de manière indirecte, par exemple à l'occasion d'une séance de dédicace, et se révéler utile pour l'auteur
- les commentaires sur les sites de vente peuvent générer des ventes, et/ou des "pages lues" (emprunts dans le cadre des abonnements Kindle ou KoboPlus)
- les ebooks classés dans les meilleures ventes suscitent nettement plus de commentaires, comme si certains lecteurs se sentaient obligés de donner leur avis (leur aval?) sur le dernier titre à la mode
- il est de plus en plus difficile, pour un auteur inconnu, d'obtenir un commentaire sur un site de vente
- on obtient nettement plus facilement un commentaire sur un site dédié ou un blog si on envoie le livre papier plutôt que l'ebook, que ce soit en passant par un site comme Goodreads, Livraddict ou Simplement pro
- un site comme Goodreads propose à présent d'envoyer des ebooks à des lecteurs moyennant paiement de l'auteur, dans le but d'obtenir des commentaires

On ne va pas se cacher les choses: envoyer un livre papier, pour l'auteur autoédité, représente d'autant plus un budget que les frais de port vont en augmentant, si on passe par La Poste. 

Donc, si l'on regarde les choses de manière lucide, les auteurs qui tiennent le plus à obtenir des commentaires sont prêts à investir de l'argent pour ce faire. 

On constate aussi, lorsqu'on a comme moi des romans traduits en anglais, que les sites qui, aux Etats-Unis, vous permettent d'être vus par des dizaines de milliers d'abonnés, ces sites payants qui vous permettent de faire la promo de vos ebooks, réclament au moins une dizaine de commentaires positifs pour accepter votre ebook. 

En conséquence, aux Etats-Unis, outre l'offre payante de Goodreads précédemment évoquée, un prestataire de service nommé Hidden gems books s'est mis en place. 

Il est intéressant de voir que ce prestataire a débuté uniquement avec des romances: les romances sont en effet le genre le plus actif de l'autoédition, et sans doute aussi le plus lu. Le service s'est par la suite ouvert aux autres genres. 

Amazon interdit à juste raison que l'on paye quelqu'un pour qu'il vous commente votre livre. J'ai toujours recommandé d'éviter ce genre de pratique. 

Hidden gems books (HGB) va jouer le rôle d'intermédiaire: c'est ce service que vous paierez, et non les commentateurs. Cela fait toute la différence, puisque HGB ne rémunère pas, d'après ce que j'ai pu voir, les commentateurs. 

Le site procède à une sélection de lecteurs souhaitant lire des livres gratuits en échange de commentaires, en évacuant au fil du temps les lecteurs qui ne commentent pas, ou bien dont le commentaire est trop succinct ou trop peu argumenté. Le site affirme qu'il obtient ainsi en moyenne 80% de commentaires, c'est à dire que si vous payez pour obtenir 50 commentaires, vous êtes sûr d'en obtenir une quarantaine. 

Les tarifs, 2$ par lecteur, m'ont semblé raisonnables compte tenu de la difficulté qu'il y a en temps normal à obtenir des commentaires, et du côté fastidieux, notamment, d'envoyer des livres papier - les commentaires sont faits sur des versions électroniques. 

Attention, ce que l'auteur paye, c'est la mise en relation avec le lecteur, ceci afin de ne pas enfreindre les règles d'Amazon. Le nombre de commentaires n'est donc pas garanti, et si un site se met en place, il devra veiller à ce que les lecteurs s'engageant à commenter des livres dans un délai imparti tiennent leurs engagements à 50% au minimum. En dessous de ce seuil, la déception des auteurs fera que le site ne sera plus viable.

Il faudra surveiller cela genre par genre: si les personnes qui s'occupent d'un tel site s'aperçoivent que seulement 2 commentateurs de roman de Fantasy sur 10 tiennent leurs engagements, là où 9 commentateurs sur 10 tiennent leurs engagements en romance, ça veut dire que la recherche de commentateurs intéressés doit davantage s'orienter vers des lecteurs de Fantasy. Ou vice-versa, bien sûr. 


Ce qui m'a décidé à essayer ce prestataire pour ma trilogie en anglais, c'est à la fois parce que le service avait plutôt bonne réputation auprès des auteurs, mais aussi parce qu'il arrive assez souvent que les commentaires obtenus par le biais de HGB ne soient pas élogieux. 

Masochisme? Eh bien, je me mets à la place du lecteur. En tant que lecteur, j'ai envie d'avoir des commentaires honnêtes, pointant aussi bien les failles du livre que ses qualités. Il est essentiel qu'un prestataire comme Hidden Gems Books puisse garantir l'impartialité des commentaires. 

Ce type de service, à ma connaissance, n'existe pas en France. Je trouve cela vraiment dommageable pour les nouveaux auteurs, ceux qui ont besoin des quelques premiers commentaires indispensables pour commencer à faire bouger les choses au niveau des ventes.

Indispensables, ces commentaires, mais pas toujours suffisants, nous sommes bien d'accord. D'autres efforts promotionnels seront tout aussi indispensables de la part de l'auteur (newsletter, pubs sur Facebook ou Amazon pour le marché anglo-saxon, dédicaces).

Donc, si vous connaissez quelqu'un qui a un projet de start-up dans l'univers de l'ebook et qu'il ou elle puisse mettre en place dans la francophonie quelque chose de similaire à ce que fait Hidden Gems Books, à la condition que les tarifs soient honnêtes et que l'impartialité des commentaires soit garantie, je pense que vous serez bien accueillis par les auteurs autoédités. 

En effet, tant qu'à mettre de l'argent sur de l'envoi de livres, pourquoi ne pas réserver ce budget à un prestataire qui simplifierait grandement les choses pour les auteurs? Un prestataire qui serait capable de garantir un certain nombre de commentaires en fonction d'une somme d'argent, et dans un temps donné.

La demande est là. Le succès d'un tel service dépendra bien sûr de sa capacité d'attirer aussi bien des lecteurs intéressés et sérieux, du côté des commentateurs, que des auteurs désireux de voir leur livre commentés sur les sites de vente. 

PS: A noter que Kobo propose déjà, dans ses "services pour les auteurs" la possibilité d'obtenir des commentaires de la part "d'un professionnel de l'édition de Publishers Weekly". Cela coûte cher, et n'a rien à voir avec ce que je propose, à savoir un service d'intermédiation entre les auteurs et les lecteurs/commentateurs. 

[EDIT 31/05/2018] : un auteur me parlait sur Facebook des "commentaires pourris qui nous flinguent les ventes". J'ai dernièrement reçu le commentaire 1 étoile suivant sur Kobo, pour mon dernier roman, Passager clandestin, qui s'intitule "A fuir." En voici le copier-coller:  "Completemnt nul ennuyeux a ne pas perdre son temps."  

Il est évident qu'après cela, mes ventes ont nettement baissé sur le site, et j'en suis dégoûté. Mais justement, un prestataire qui emploie des gens qui lisent vraiment le livre et le commentent évitera ce genre de commentaires. Ils ne seront pas acceptés, car pas assez argumentés. L'auteur qui commande des commentaires à un prestataire doit avoir au moins l'impression que les lecteurs rédigeant les commentaires ont lu le livre. C'est le principe de base. Mais oui, bien sûr, se faire commenter de manière honnête comporte toujours le risque de ne pas plaire. Il faut faire avec. 

lundi 9 avril 2018

Similitudes entre romans

Je connais des auteurs qui ont pour principe de lire le moins possible dans leur genre littéraire d'écriture dès lors qu'ils sont en cours d'écriture d'un roman. Le risque d'être influencé, consciemment ou non, est en effet bien réel. Mais faut-il vraiment le redouter? Même pour des romans extrêmement populaires, les similitudes peuvent être frappantes. Attention, cet article contient des spoilers pour Le Seigneur des Anneaux, de J.R.R. Tolkien, et La Tour sombre, de Stephen King. 

Le romancier Stephen King qualifie sa série de romans La Tour sombre, de "Jupiter du système solaire de son imagination". Les romans se sont vendus à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde (sans doute davantage depuis 2010, date de cette estimation). 

On ne peut donc pas considérer La Tour sombre comme une fan-fiction. D'autant moins que le roman possède son univers propre, très spécifique et à nul autre pareil. 

Néanmoins, dans la préface du roman, Stephen King évoque deux œuvres qui l'ont inspiré: Le Seigneur des Anneaux, de John Ronald Reuel Tolkien, et, au niveau du cinéma, la trilogie des dollars, les fameux westerns spaghetti de Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand). 

Je n'ai pas terminé ma lecture de la Tour sombre. J'en suis au quatrième volume, Wizard and Glass (Magie et Cristal est le titre français). 

Il faut bien reconnaître que les similitudes avec une oeuvre aussi emblématique que celle de Tolkien sont réelles. Ainsi le protagoniste principal, Roland le pistoléro, est-il, à l'instar d'Aragorn, un Roi qui s'ignore. Il descend en effet d'une longue lignée qui remonte jusqu'à Arthur Eld. La référence au roi Arthur, des Chevaliers de la Table Ronde, est bien évidemment voulue. 

Vous allez me dire, à juste raison, que cette idée de roi déchu est une idée, un concept, et qu'on ne peut, fort heureusement d'ailleurs, mettre des copyrights sur les idées.

Mais cela peut aller assez loin dans le concept. Dans le Seigneur des Anneaux, il existe les Palantiri, des boules de cristal capables d'espionner à distance. Le Seigneur des Anneaux lui-même, Sauron, en possède une, et s'arrange pour influencer les pensées de quiconque se sert d'un autre Palantir, en ne lui montrant que des images susceptibles de conduire au désespoir, et en minant à distance sa volonté (entre parenthèses, quelle belle allégorie des médias!). 

Dans Magie et Cristal, de Stephen King, il y a une boule de cristal issue de l'arc-en-ciel (chaque boule représente une couleur de l'arc-en-ciel). Ironiquement, celle-ci est rose, mais ne permet pas de voir le monde en rose. Elle semble en effet habitée par un démon, et ne montre que les aspects négatifs des événements, et les défauts des gens. Tout en devenant très addictive (on ne peut très vite plus s'en passer), et en aspirant l'énergie vitale de son utilisateur. 

Nul besoin d'être voyant pour s'apercevoir que ce sont des concepts extrêmement proches, et pourtant, Stephen King ne s'est pas interdit de les utiliser. Et sa série de romans a connu le succès.

Au passage, on remarquera que ce sont des concepts forts que Stephen King a chopé. Le roi déchu, ces boules de cristal perverses, cela résonne en nous. 

J'ai beau reconnaître ces similitudes, cela n'entache en rien mon plaisir de lire La Tour sombre, parce que l'auteur ne se contente pas de faire de la redite. Ces éléments communs sont parfaitement intégrés à son univers, et cela fait sens.

Est-ce que j'aurais osé utiliser un concept aussi proche, dans mon univers? Alors qu'au contraire, je me suis efforcé de rechercher l'originalité, au point de refuser l'usage de la thématique du héros prophétique, un grand classique des romans de Fantasy ? Eh oui, moi aussi je suis un auteur complexé, qui cherche à innover. 

Le concept de boule de cristal n'est pas tout à fait absent de ma trilogie Ardalia, notez-le. Les êtres affiliés à l'eau, les Malians, sont capables d'utiliser des Bulles de Vision, dont la portée est tout de même limitée, mais qui, invisibles, leur permettent d'observer sans être vus. C'est une faculté qui est totalement intégrée à mon univers, et qui coule de source, pourrait-on dire, pour un peuple voué à l'eau. 

Tout cela pour dire que nous autres auteurs inconnus avons des complexes, ou des scrupules, dont ne font pas preuve des bestsellers. 

C'est une bonne chose à partir du moment où travailler sous la contrainte permet la naissance d'univers, et de scénars originaux. C'est une moins bonne chose quand cela doit limiter la créativité, ou carrément interdire aux auteurs la lecture d'autres romans de fiction. 

Mais bien sûr, à chacun ses méthodes, loin de moi l'idée de jeter la pierre (fût-ce une boule de cristal) à quiconque!

samedi 24 mars 2018

Expressediteur.com: un bon plan

Expressediteur, géré par le libraire La Générale du livre, est un service de livraison de livres en 48h00 s'adressant à la fois aux libraires, aux auteurs autoédités référencés Dilicom et Electre et aux éditeurs. Quel bilan depuis que j'ai commencé à utiliser ce service, en 2016? 

Si vous avez raté l'épisode précédent concernant Expressediteur, je vous renvoie à mon article de 2016, que je vous conseille vivement de lire pour savoir de quoi il retourne exactement.

J'y explique notamment pourquoi j'ai consenti à laisser 45% de marge sur le prix de mes livres pour bénéficier de ce service. 

Bien que je n'ai pas eu beaucoup de commandes par ce biais, quelques-unes sont arrivées, et l'expérience est très positive, selon moi. 

Je vais prendre un exemple: en février dernier, j'ai reçu une commande de trois livres, deux Passager clandestin et un Eau Turquoise (j'avais aussi reçu une commande en janvier). 

Le site est très pratique. L'impression de l'étiquette à coller sur le colis se fait très vite. Au bureau de Poste, il faut faire la queue pour faire tamponner son colis. Mais comme c'est un service rapide et que mon bureau est bien organisé, ils ont un employé qui remonte la file d'attente et gère ce genre de cas rapide. Bref, je n'attends pas trop pour que le colis soit pris en charge et pour bénéficier du coup de tampon sur le récépissé. 

Le paiement est également très rapide et fiable: en l'occurrence, le virement de 30 € pour ces trois livres s'est fait dans la semaine. 

Je n'ai pas à établir de facture pour ces cas précis, parce que le site Expressediteur fait des factures proforma.

Je peux vous dire, moi qui ait déjà envoyé des livres à une librairie sans jamais être payé, que c'est très très appréciable, cette fiabilité et cette rapidité de paiement. No stress.

Comme je reçois un peu plus de commande expressediteur cette année, du coup, j'ai commandé des cartons au format exact de mes livres, pour éviter les problèmes de livres abimés à l'arrivée. J'ai fait le test, et cela rentre parfaitement, les livres ne bougent pas dans le colis. 

Le seul vrai souci que me pose Expressediteur vient de leurs emails: ils sont classés systématiquement en spam par mon logiciel de messagerie, Thunderbird. J'ai eu beau les déclarer acceptables, ajouter l'adresse d'Expressediteur dans mon carnet d'adresses, et même créer des filtres pour que les emails arrivent bien dans la boîte de réception, ils sont toujours renvoyés dans les indésirables. 

Donc, si vous êtes auteur autoédité ou éditeur et que vous ayez recours à ce service, vérifiez votre courrier indésirable régulièrement. 

Autre possibilité encore plus sûre: se connecter sur le site expressediteur de temps en temps pour vérifier ses commandes.  

Je pense être quelqu'un de suffisamment réaliste pour ne pas faire d'angélisme au sujet de ce service. Je sais qu'il y a d'autres solutions: par exemple, l'imprimeur ICM vous propose de stocker vos livres et d'en gérer l'expédition. Cet imprimeur français fait par ailleurs de très bon prix sur les livres. 

Cela pourrait sembler une solution idéale pour rentabiliser au maximum l'envoi de livres. Malheureusement, le problème ne se pose pas pour moi en termes de stockage et d'expédition.

Le vrai problème, pour de petites commandes ponctuelles, selon moi, c'est le problème de la rapidité de l'envoi, d'une part, et de la fiabilité et rapidité de paiement de la facture de la part du libraire d'autre part. 

Pour ne prendre aucun risque avec les libraires, je demande toujours à être payé avant d'envoyer les livres. Cela génère évidemment des délais d'envoi plus importants. 

Expressediteur résout tout cela: les livres arrivent beaucoup plus vite chez le libraire, et l'auteur ou l'éditeur est payé plus rapidement. 

C'est un service, selon moi, qui vaut tout à fait les 10% supplémentaires par rapport à la remise libraire habituelle de 35%. Mais vous avez le droit de ne pas être d'accord, et de me donner vos arguments en commentaire...

PS: si vous n'êtes référencé que Dilicom et pas Electre, à mon avis, il y a moyen de négocier avec Expressediteur pour qu'ils vous acceptent malgré tout. Dans ce cas, ils référenceront eux-mêmes vos livres.

lundi 19 février 2018

Cultura : une nouvelle politique de dédicaces ?

Je viens d'apprendre que les magasins Cultura ne recevraient dorénavant que deux auteurs par mois. Soit 24 séances de dédicace au total par an, dans un magasin donné. Une politique nettement plus restrictive, qui, en tant qu'auteur indépendant, va bien sûr me compliquer la tâche. S'agit-il d'une nouvelle politique nationale de l'enseigne, s'imposant à tous les magasins, ou bien ces derniers gardent-ils une marge de manoeuvre? Cette politique s'applique-t-elle à la fois aux éditeurs et aux auteurs indépendants? Ces points restent encore flous ou à confirmer. 

"On croule sous les sollicitations, et les séances de dédicace sont à chaque fois complexes à organiser. Cela nous prend trop de temps." Les magasins Cultura, à l'instar des Fnac, vendent des produits culturels de manière large: livres, liseuses électroniques, DVD, musique, jeux vidéo. Une enseigne qui semble avoir le vent en poupe, puisque de nouveaux magasins ont ouvert ces dernières années, et notamment dans la région parisienne. 

Le personnel de la librairie ne chôme pas, à tel point qu'en discutant de l'enseigne avec d'autres auteurs, le terme "sous-effectif" a tendance à revenir souvent. 

Un point symptomatique est le fait que les libraires demandent de plus en plus à être sollicité(e)s uniquement par email pour des séances de dédicace, mais que ces emails sont de moins en moins répondus.

C'est aussi un point qui fait penser que les demandes de dédicaces d'auteurs et éditeurs, avec notamment l'essor de l'autoédition, sont en nette augmentation. Voire ont tendance à exploser.

D'où la réponse, très nette et sans détour, que j'ai obtenue après mon appel au Cultura Franconville, en ce mois de février 2018 (voir les premières lignes de l'article). 

La discussion est restée courtoise, bien sûr. La libraire de Franconville (95) m'a expliqué que la nouvelle politique de l'enseigne était d'organiser deux séances de dédicace par mois. Elle a ajouté qu'il n'y avait plus de place cette année, et qu'il faudrait faire le point d'ici la fin de l'année. 

Quand je lui ai demandé s'il était possible de réserver une séance de dédicace plusieurs années à l'avance, elle m'a répondu que c'était impossible, que cela se faisait sur une année seulement. 

Je me suis mis à sa place. Je me suis vu recevoir 800 emails à la fin de l'année 2018 pour les 24 séances de dédicace en 2019. 

Comment le choix va-t-il être fait? Sans doute par genre littéraire, et peut-être par date de venue précédente dans la librairie. Mais si l'enseigne opère de manière classique dans le cadre professionnel, ce sont d'abord ce qu'on appelle les "comptes en or" qui vont être privilégiés: pas forcément les auteurs qui vendent le mieux, mais ceux qui dépendent des éditeurs ayant le plus d'influence auprès du magasin. 

Bref, j'ai compris que les critères de "nouveau livre paru, que je n'ai jamais dédicacé chez vous", ou même de nombre de lecteurs qui attendraient la suite d'un de mes livres, ces critères-là ne pèseraient pas lourd. 

Pour les auteurs indépendants, il est important de savoir faire preuve de souplesse et d'adaptabilité. Est-ce que cela vaut encore la peine de faire une demande de dédicace auprès d'une enseigne Cultura, ou bien est-ce une perte de temps et d'énergie? 

Est-ce que cette politique s'impose vraiment au niveau national à tous les magasins? Si c'est vraiment le cas, je conseillerais à mes confrères auteurs de pratiquer la stratégie du footballeur. 

Prenons un footballeur qui mouille le maillot et donne entière satisfaction. Un nouveau coach débarque, et voilà notre footballeur relégué sur le banc de touche. Si ce footballeur souhaite retrouver du temps de jeu, il n'aura qu'une seule option: demander son transfert, et signer avec une autre équipe. 

Je n'ai aucune raison de mettre en doute la parole de la libraire que j'ai eue au téléphone. 

Une autre expérience me conforte dans l'idée qu'il s'agit d'une consigne nationale (reste à savoir si c'est une consigne obligatoire ou non). 

Le premier signal d'alarme en 2018 s'est mis à résonner dans ma tête quand j'ai reçu un email du Cultura Carré Sénart me demandant de venir récupérer des livres restés en dépôt chez eux. 

En général, je fais deux ou trois séances de dédicace par an dans ce magasin situé en Seine et Marne. Je récupère les livres restés en dépôt (invendus redéposés en rayon) à cette occasion. 

J'avais donc renvoyé un email sollicitant de nouvelles séances de dédicace pour 2018, en disant que je récupérerai les livres à cette occasion. Email non répondu. Trois semaines plus tard, au retour de vacances de la personne s'occupant des dédicaces, j'apprends qu'une nouvelle politique est mise en place. Voici un large extrait de l'email que j'ai reçu: 

Tout d'abord, nous souhaitons organiser nos dédicaces en fonction des opérations qui ont lieu en magasin (Par exemple, programmer des auteurs de littérature jeunesse en dédicace, lors du mois de la jeunesse, des auteurs de polars lors du mois du polars etc ...)

Par ailleurs, notre agenda de dédicaces est toujours complet presque 6 mois à l'avance avec des auteurs que nous recevons fréquemment, pour ne pas dire régulièrement. 
Nous souhaitons aujourd'hui diversifier nos dédicaces et permettre notamment à de nouveaux auteurs de pouvoir faire une dédicace dans notre magasin.
Chose qu'ils ne peuvent faire, et que nous ne pouvons pas organiser, puisque les places disponibles sont généralement prises par les auteurs "habituels" si je puis dire. 

Je ne remets pas en cause les ventes d'ouvrages effectivement, mais comprenez que nous ne sommes pas obligés de programmer des dédicaces selon le bon vouloir des auteurs, et qu'il s'agit d'un service rendu et d'un choix de notre part.

Nouvelle politique, donc, mais apparemment différente de celle du Cultura Franconville, puisqu'il est question d'opérations comme le mois de la jeunesse ou le mois du polar. 

En fait, l'enseigne Cultura a mis en place des opérations similaires, et notamment Livres en live, au cours des années précédentes, donc pour moi, il ne s'agissait pas réellement d'un changement. 

Le vrai changement, c'était d'apprendre que je ne pourrai pas revenir dédicacer dans ce magasin sur toute l'année 2018 si je n'y étais pas invité. Et ce, malgré la sortie de Passager clandestin, mon dernier thriller, début janvier 2018. 

Et ce, malgré plus de 550 livres vendus depuis 2010 dans ce Cultura en 22 séances d'une journée chacune. 

Malgré les 31 livres vendus lors de la dernière séance au Cultura Carré Sénart en décembre 2017.

Ouch.

A la lumière des révélations qui m'ont été faites à Franconville, je suis en droit de penser qu'en réalité, le magasin de Carré Sénart se met à appliquer la politique de deux séances de dédicace par mois. Tout en cherchant en effet à faire venir de nouveaux auteurs, mais sur un nombre de dates très réduit dans l'année.

Donc, on ne m'a pas menti: on ne m'a simplement pas dit toute la vérité. 

L'enjeu financier est évidemment important pour moi: je vis des ventes de mes livres en séance de dédicace. J'ai aussi appris à ne pas dépendre d'un seul acteur, ce dont je me félicite aujourd'hui. 

Il faut aussi savoir que lorsqu'une enseigne reçoit un auteur, ce n'est pas juste une faveur que cette enseigne fait à l'auteur: cela fait de l'animation pour le magasin, et l'enseigne perçoit, dans le cas d'un Cultura, 30% de marge par livre vendu. Dans le cas de centres commerciaux de type Auchan ou Cora, c'est plutôt 20%.

Enjeu ou non, je ne harcèle jamais les libraires, même s'il m'arrive d'appeler si un email renvoyé plusieurs fois n'est pas répondu. Le harcèlement est très logiquement puni par la loi, je déconseille fortement cette voie à tous les auteurs.

Si je dois me résoudre à dédicacer mes livres dans le coffre de ma voiture, je le ferai, bien sûr. Cela peut sembler contre-intuitif étant donné le nombre d'enseignes commerciales présentes sur l'Ile de France, mais il faut savoir s'adapter. S'il est vraiment trop difficile pour un libraire de recevoir un auteur, nous aurons toujours moyen de nous débrouiller par nous-mêmes.

Pour l'instant, mes dates sont heureusement presque bouclées pour l'année 2018. Si vous êtes lecteur et que vous vous demandez où vous pouvez me retrouver en dédicace, toutes mes dates figurent sur la colonne de droite de ce blog. 

[EDIT 21/02/2018]: je viens d'avoir la réponse à la question que je me posais, de la part d'une libraire d'un autre Cultura que ceux précédemment cités, qui me disait que pour sa part, elle organisait quatre séances de dédicace par mois. Il n'y a donc pas de nombre de dédicaces imposées au niveau national par magasin, j'en ai eu la confirmation formelle.

dimanche 4 février 2018

Salon du Livre Paris Porte de Versailles

Faire partie de l'Alliance Rebelle des Auteurs Indépendants implique certaines responsabilités. 



Oui, on peut vendre des livres pendant le Salon du livre de Paris porte de Versailles. 

Une petite parenthèse tout d'abord: si vous vous demandez si mes chiffres sont exacts, n'hésitez pas à vérifier auprès des magasins concernés: même s'ils ne peuvent vous répondre sur une période précise, ils auront au moins une idée du nombre de livres que j'ai vendus chez eux depuis mes débuts. 

Le samedi 22 mars 2014, en plein salon du livre de Paris porte de Versailles, j'ai dédicacé 19 livres au Cultura la Queue en Brie, dans le 94.

Le samedi 21 mars 2015, pendant que 200 auteurs manifestaient au salon du livre de Paris, j'ai vendu 21 livres chez Auchan Plaisir, dans le 78. 

Le samedi 19 mars 2016, tandis que le salon du livre de Paris battait son plein à la porte de Versailles, je dédicaçais 24 livres au Cultura Villennes, dans le 78. 

Le samedi 25 mars et dimanche 26 mars 2017, pendant que se déroulait le salon du livre de Paris rebaptisé Livre Paris 2017, j'ai dédicacé 42 livres au Cultura Franconville, dans le 95. 

Donc, oui, on peut vendre des livres pendant le Salon du livre de Paris porte de Versailles. On peut même les vendre ailleurs. Surtout si on est auteur indépendant. 

Quand je disais que je faisais partie de l'Alliance Rebelle des Auteurs Indépendants, c'était une boutade. Une telle structure n'existe pas, en tout cas pas de manière formelle. 

Il faut savoir que pour moi, qu'on l'appelle Livre Paris ou Salon du Livre de Paris porte de Versailles, ce salon organisé par Reed-Elsevier, devenu le groupe RELX, se trouve être le symbole absolu de l'édition traditionnelle dans tout ce qu'elle peut avoir de prédateur. 

Le prix des stands, tout d'abord. Je n'ai pas vérifié dans le détail pour cette année, mais il y a quelques années, c'était dans les 900 euros pour un stand riquiqui. Les stands des gros éditeurs peuvent dépasser les 100 000 €.

Mais aussi bien sûr, le fait qu'Elsevier souffre d'une très mauvaise réputation de par ses pratiques prédatrices dans l'édition universitaire. Avec des marges phénoménales.

Vous me direz, la principale qualité d'un tel salon est de nouer des contacts au niveau professionnel, et vous aurez raison. Cela peut être une bonne idée, par exemple, pour un auteur indépendant, de parcourir les travées du salon pour vérifier quels sont les prix pratiqués par les imprimeurs. Ou de contacter des graphistes. Ou des correcteurs.

Le salon draine également énormément de monde, et même si une grande partie du public vient pour les stars, il y aura cette année un stand d'auteurs indépendants

Mais en ce qui me concerne, et cet avis est tout personnel, vous l'aurez compris, j'ai énormément de mal avec ce salon. Le samedi 17 mars 2018, je serai à l'Espace culturel Leclerc Le Plessis Belleville, dans le 60.

Je ne me déplace plus aux Imaginales d'Epinal pour une raison similaire, qui est le prix des stands. 

En tant qu'auteur artisan, je préfère les ventes à la notion de notoriété et de retombées, d'ailleurs aussi hypothétiques l'une que l'autre. 

On pourrait me reprocher de m'encroûter, de me rigidifier dans une posture d'auteur idéaliste arc-bouté sur ses grands principes. 

Eh bien, cela vous surprendra peut-être, mais il m'est arrivé d'applaudir la signature d'un contrat d'édition traditionnelle par un auteur indé. Pourquoi? Parce que je connais le sens de l'entreprise de l'auteur en question, et que je lui fais confiance pour prendre la meilleure solution pour lui. Parce que je sais que l'édition tradi connaît une certaine évolution, dans ce sens où des éditeurs précis, qui souhaitent démarcher les auteurs connaissant le succès sur Amazon, sont prêts à leur laisser leurs droits numériques, en tout cas sur la plate-forme Amazon, qui se trouve être souvent la plate-forme pour laquelle ces auteurs publiaient auparavant en exclusivité. 

Oui, on peut s'hybrider sans perdre son âme.

Quand je vois le nombre de pages lues via Kindle Unlimited et le classement de ces auteurs sur Amazon, je comprends aussi leur choix d'y publier en exclusivité, même si ce choix n'est pas le mien. 

Concernant les évolutions en cours, le message que j'ai envie de lancer à la sphère indé, c'est que les prochains droits qu'il faudra défendre avec vigueur, outre le numérique, ce sont les droits des livres audio. 

L'auteur Michael Sullivan s'est ainsi séparé de son éditeur Del Rey parce que la maison mère de Del Rey, Penguin Random House, avait décrété que les contrats ne pouvaient être signés que si l'auteur cédait ses droits audio à l'éditeur.

Si vous lisez l'anglais, cet article est vraiment édifiant.

Or, Michael Sullivan et son épouse, dans leur grande sagesse, avaient déjà négocié les droits audio avec un éditeur audio, parce que l'argent que leur donnait cet éditeur ne se refusait pas, et l'emportait sur leur contrat initial avec Del Rey. 

Faire en sorte qu'il n'y ait rien à négocier avec l'éditeur pour votre prochain livre parce que les droits en question ont déjà été cédés est donc une excellente manoeuvre, susceptible de vous mettre en position de force... à condition d'avoir fait vos calculs, et d'être prêt à aller jusqu'au bout dans le "non", en rompant le prochain contrat faute d'accord. 

Ce qui me fait aussi dire que vous ne devriez vous engager dans vos signatures de contrat que sur un seul roman, pas davantage.