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vendredi 24 juillet 2026

Orbite basse : Space X nous mène dans l'impasse

Il y a dix ans, j'ai fait partie des premières personnes en France à s'extasier sur le niveau technologique de Space X, considérant même que de ne pas en parler constituait le plus grand scandale médiatique de ces dernières années. Aujourd'hui, alors que jamais, l'environnement n'a été autant attaqué, avec autant d'incendies absolument ravageurs en Europe et en France, je considère que la trajectoire techno-industrielle de Space X va devenir de plus en plus dangereuse pour la nature, et nous mène dans l'impasse. J'irai jusqu'à dire, en tant qu'auteur de Science-Fiction, que le type de technologie développé par Space X n'est pas une technologie d'avenir, dans la mesure où elle ne s'inscrit pas dans un développement durable. 

 

Comme tant d'autres choses aujourd'hui, de la guerre de la Russie contre l'Ukraine à celle des Etats-Unis contre l'Iran, ou à la politique écologique d'Emmanuel Macron en France (et sa politique tout court), la stratégie de Space X a tout d'une fuite en avant. Un article d'aujourd'hui vendredi 24 juillet de Presse Citron décrit de manière précise, si ce n'est exhaustive (il aurait fallu beaucoup plus d'un simple article pour cela) la catastrophe à venir. Comment, non seulement la saturation de l'orbite basse par les dizaines de milliers de satellites Starlink, plus des millions (oui, millions!) de data centers orbitaux d'Elon Musk vont nuire à la science en empêchant les observations partout dans le monde. Et bien sûr, dégrader l'environnement suite à la destruction progressive dans l'atmosphère de tous ces satellites, une fois arrivés en fin de vie. 

Par ailleurs, la technologie du Starship est tellement incroyablement coûteuse en ergols, c'est à dire le carburant spatial, que Space X a désespérément besoin d'espace sur Terre. L'entreprise de Musk cherche actuellement à s'étendre et à s'implanter un peu partout dans les niches non habitées, c'est à dire les niches de biodiversité dans le monde. Avec, bien sûr, un impact cataclysmique à prévoir sur l'environnement. 

Et quand vous détruisez l'environnement, vous détruisez toute la science qui va avec.

Ce que l'on n'a pas réussi à faire complètement avec la bétonisation et l'urbanisation, Musk promet de l'achever avec ses fusées. C'est rien moins que la promesse d'achever l'environnement, partout où il le pourra. 

Le tableau est trop noir? Trop dramatique? En cet été 2026 où les forêts européennes flambent comme jamais en raison du réchauffement climatique, où xAI, autre entreprise de Musk, opère illégalement des centrales à gaz pour ses datas centers, même des personnes autant attachées au progrès technologique que votre serviteur tirent la sonnette d'alarme. 

Oui, pour reprendre une citation célèbre, je fais partie des gens qui pensent que la Terre est le berceau de l'humanité, et que l'on n'est pas fait pour rester dans son berceau toute sa vie. Je pense que tout le sens de l'évolution du cerveau humain au travers des générations, pour atteindre le niveau d'ingénieur, d'astronome, d'expert en génétique, d'astrophysicien, de chirurgien cardiaque, toute cette évolution ne nous prédestine pas à redevenir de simples chasseurs-cueilleurs. Je pense que notre destin est dans les étoiles et pas seulement sur Terre. Oui, je suis en faveur d'une base sur la Lune (à condition toutefois de prévoir des solutions de repli et d'urgence pour les premiers astronautes, ce qui n'est pas le cas actuellement) et sur Mars, voire ailleurs dans le système solaire. 

En revanche, je m'inscris en faux contre le concept de croissance perpétuelle, de production et d'enrichissement en constante augmentation. Je pense même que l'idée des sphères de Dyson pour amasser toujours plus d'énergie et modifier ainsi le niveau de la civilisation humaine, ou d'une civilisation extraterrestre, cette idée est fort probablement erronée, car trop simpliste. Dyson se basait pour sa prédiction sur la démographie exponentielle d'une civilisation. La vérité, c'est que même les Chinois n'ont plus une croissance exponentielle de leur démographie.

On n'arrête pas le progrès, dit-on. Et ne plus progresser, c'est régresser. Encore faudrait-il savoir de quel progrès, de quelle technologie on parle. En voulant industrialiser l'espace avec son Starship, Musk va probablement réussir, à coût d'économies d'échelle, à rendre la mise en orbite encore beaucoup moins coûteuse. Plus l'homme sera présent dans l'espace, plus les découvertes, et donc les progrès liés à un environnement aussi contraint seront importants. 

A condition toutefois de préserver l'essentiel. A condition de préserver notre bonne vieille planète. Or, une technologie aussi ravageuse pour l'environnement que celle qui nous permet à l'heure actuelle de nous affranchir de la gravité ne saurait être une technologie d'avenir. 

En d'autres termes, il est urgent d'inventer d'autres modes de propulsion que le Starship. Des modes beaucoup plus propres. Je ne sais pas s'il s'agira de catapultes magnétiques ou d'autres systèmes, mais comme je le disais, la course technologique actuelle de Space X, mais aussi des autres sociétés et agences spatiales dans le monde, nous conduit dans le mur. Le fait de pouvoir reposer sur Terre dans leur totalité les fusées lancées, pour les réutiliser avec le minimum de maintenance, ne suffira pas à compenser les destructions environnementales qu'elles occasionnent. 

Le problème de saturation de l'orbite basse ne trouvera sans doute sa vraie solution qu'avec un gouvernement mondial pour réguler tout ça, et bien sûr, bloquer les entreprises absurdes, nuisant à la science.

La course à l'IA va devoir elle aussi être modérée, en raison de la participation au réchauffement climatique de l'IA, là où ça devrait être l'inverse. Et ce, alors même que les états-majors de tous les pays vont pousser pour accélérer dans ce domaine, l'IA étant intégrée de plus en plus aux armées.

La vie n'est pas une fuite en avant. La vie c'est la vie, tout court. 

L'humanité, on le sent tous, je pense, est entrée dans une période critique où il nous faut faire les bons choix pour l'avenir. Il faut arriver à concilier une meilleure exploitation de l'espace et de ses ressources, indispensable au progrès technologique, avec une modération des technologies non durables. Rendre l'espace moins coûteux, oui, mais pas au prix de la vie sur Terre, et en premier lieu de la biodiversité. Un sacré challenge.  

Autres articles sur le même sujet : 

- Le plus grand scandale médiatique de ces dernières années
- Le match Arianespace contre Space X

- Un boulet nommé Boeing 

mardi 9 juin 2026

Infini Respect pour le Cerveau Humain

La montée en puissance des modèles de langage de grande taille, les fameux LLM plus communément appelés Intelligence Artificielle (IA), a donné naissance à des jugements péremptoires chez certains auteurs, jugeant ces IA plus intelligentes que l'être humain. Ou même, estimant que de leur vivant, dans quelques années, il sera possible de télécharger le cerveau humain dans une machine. Ma propre réaction a été ambivalente. L'émerveillement de la puissance de ces LLM, qui seront sans doute capables bientôt d'écrire des romans très convaincants, mais aussi l'effarement et la stupéfaction par rapport à cette révolution si soudaine et abrupte apportée dans la société. La réaction émotionnelle liée à la peur d'être remplacé et de devenir inutile, teintée de dépression et du doute de moi-même. Tout en ayant conscience, grâce à mes connaissances, que le cerveau humain, dans bien des domaines, est encore loin d'être battu par l'IA, et que si l'on veut aborder ce sujet, il faut aller plus loin que le simple cerveau, pour aller vers le rapport au corps humain tout entier. 

Personne n'aime être remplacé, bien sûr. Mais chez nous autres auteurs, cette irruption de l'IA, et même son intronisation en tant que puissance, a un impact tout particulier. Je ne fais pas référence au fait que les auteurs ont depuis déjà un bon moment voulu créer la vie (Frankenstein, évidemment, mais pas que), et qu'en SF en particulier, l'IA avait été prédite depuis un bon moment. Je n'évoque pas non plus cette espèce d'accélération de la concurrence que provoque l'IA: après avoir perdu en bonne partie mon boulot de journaliste jeux vidéo en raison de la concurrence d'Internet au début des années 2000, je me rends compte que l'IA vient encore booster cette concurrence d'Internet et rendre plus prégnant et redoutable encore ce remplacement des professions du tertiaire que j'avais déjà vécu personnellement. Avec une différence majeure, cette fois, c'est que les ingénieurs informatiques eux-mêmes deviennent remplaçables, pour la plupart d'entre eux. Une différence qui, soit dit en passant, en toute logique, devrait forcer la société à aller vers un revenu universel inconditionnel. Mais c'est un autre sujet. 

Non, cet impact si particulier chez les auteurs est psychologique. Nous autres auteurs sommes en grande partie touchés par le syndrome de l'imposteur. Vous savez, cette tendance à penser que nous ne méritons pas le pain que nous gagnons. Une tendance qui nous a conduit en tant que profession à accorder des super pouvoirs à d'autres êtres humains appelés "éditeurs". Le super pouvoir de refuser 99,9% des manuscrits que nous leur envoyons. Le super pouvoir de mettre fin à nos carrières en une seule décision. En une seule phrase. Cette tendance qui nous confère la certitude que l'on ne peut pas gagner sa vie avec sa plume en écrivant des romans, et qu'il nous faut un autre métier. Cette tendance qui nous déprofessionnalise et nous décrédibilise auprès des gens du métier du livre. 

Sauf, bien sûr, si on fait le choix de l'autoédition. Dans ce cas, en devenant des auteurs autoédités, on se réapproprie nos pouvoirs. On se dévictimise, en étant les seuls responsables de nos succès et de nos échecs. On devient adultes et responsables. On devient de véritables professionnels de notre métier. 

Mais bref, je diverge. Même les auteurs autoédités qui ne dépendent pas d'un éditeur pour mener leur barque de manière professionnelle sont sujets au syndrome de l'imposteur. C'est humain. Les auteurs autoédités peuvent lutter plus efficacement contre ce syndrome grâce à leurs chiffres de ventes, parce qu'ils savent qu'ils ne doivent rien à un éditeur. Mais parfois, ce syndrome resurgit malgré tout. Et donc, l'irruption d'une IA concurrente ne peut que renforcer ce syndrome. 

Le moyen de ne pas céder au fatalisme? Décider, comme je l'expliquais dans mon précédent article, Tristan, d'utiliser l'IA comme l'outil qu'elle est, et non de la voir comme une concurrente. Un outil qui nous permet de nous professionnaliser encore plus en bénéficiant d'une sorte de regard extérieur si précieux.  

Revenons maintenant au cœur du sujet du jour, à savoir, la rivalité entre le cerveau humain et l'IA. Il faut d'abord avoir conscience que jouer au jeu de la comparaison entre les deux a quelque chose de stupide. Ces LLM, modèles de langage de grande taille, se servent de réseaux neuronaux directement inspirés de la manière de fonctionner du cerveau humain. Comment une IA qui duplique une partie seulement des fonctions du cerveau pourrait-elle en être supérieure? Alors oui, l'agrégation de multiprocesseurs, de disques durs et de bases de données qui stockent et analysent l'intégralité du savoir humain vont venir rivaliser et battre l'humain dans de nombreux domaines, au prix toutefois d'une dépense énergétique croissante, de nature à mettre en danger l'écologie. 

On est battus aux échecs, au jeu de go, en programmation, en puissance de calcul brute. Peut-être demain en littérature.

Mais... mais un enfant de deux ans va battre l'IA dès lors qu'il s'agira de représenter une forme connue, comme un chat par exemple. L'hyperspécialisation innée de notre cerveau dans des domaines ardus comme l'interprétation des expressions faciales demande des ressources absolument dévorantes à l'IA pour rivaliser. 

N'oubliez jamais que le cerveau est l'un des objets les plus complexes de l'univers. Einstein lui-même disait que notre plus grand pouvoir, c'est l'imagination. Un pouvoir issu des interactions quantiques à l'intérieur de notre cerveau. Un savoir quantique que l'être humain est très loin de maîtriser, même avec l'aide de l'informatique. 

Et il ne faut pas s'arrêter au cerveau. Ses interactions avec le reste du corps humain ne sont pas toujours parfaitement comprises. Le lien entre des sentiments basiques qui nous viennent des tripes, ou d'autres parties du corps. 

Dans le fonctionnement même du corps, les ingénieurs ont toutes les peines, ne serait-ce qu'à faire marcher des robots. Et pourtant, ils se servent de l'IA.

Est-ce que vous réalisez la merveille d'économie de moyens alliée à la puissance que représente le cerveau humain, et la débauche gigantesque d'énergie que représente l'IA? Il y a un moment où il faut arrêter l'autoflagellation. En tant qu'auteur de SF, je suis persuadé, par exemple, que je ne verrais jamais de mon vivant le téléchargement intégral d'un esprit humain dans une machine.   

Il y a une dimension mystique, spirituelle à cette recherche de l'émergence d'une intelligence artificielle générale, autonome et douée de volonté, qui semble être la quête actuelle des ingénieurs de la Silicon Valley. Ces ingénieurs cherchent à remplacer dieu, à créer une entité en tous points supérieure à l'humain. Mais ces ingénieurs sont loin, très loin d'avoir compris l'intégralité de cet objet le plus complexe de l'univers qu'est le cerveau humain. 

Je ne cherche pas à minimiser la révolution que représente l'IA. J'ose espérer que les progrès vont s'axer de plus en plus sur une consommation moindre d'énergie par celle-ci. Mais si j'ai un message à faire passer ici, c'est qu'il n'y a qu'en nous rabaissant en tant qu'espèce que nous ferons en quelque sorte passer l'IA devant nous, en faire une sorte d'être supérieur. Si l'IA arrive un jour à un degré d'autonomie comparable au nôtre, ce dont je doute, sa nature profonde sera très différente de l'être humain. Et on ne compare pas des oranges avec des pommes.  

dimanche 19 mai 2024

Le Rêve de David

Le samedi 18 mai à l'Auchan de Neuilly-sur-Marne, où j'étais en dédicace, j'ai fait la rencontre de David, un développeur spécialisé dans l'intelligence artificielle. Il écrit un programme d'IA destiné à tenir compagnie aux personnes autistes, ou, si vous préférez, aux personnes dans le spectre du trouble autistique. Son IA s'adresse aussi de manière plus générale aux personnes victimes de la solitude. Il y a évidemment un vrai marché puisque la solitude est de plus en plus subie plutôt que choisie. Pêle-mêle, nous avons évoqué Amazon et ses algorithmes, Sam Altman et Chat GPT, mais aussi le rêve de David quant au futur gouvernement.

A titre anecdotique, David, le programmeur IA, m'a pris un exemplaire de mon roman de Science-Fiction Memoria. Celui-ci se vend bien puisqu'on en est déjà à 787 exemplaires papier depuis sa sortie fin 2021.  

Quand il m'a parlé de son programme d'IA, j'ai bien sûr aussitôt pensé à Sam Altman et à Chat GPT, puisqu'il y a de l'actualité à ce sujet: comme le titre Tom's guide, l'équipe d'Open AI (entreprise créatrice de Chat GPT) chargée de protéger l'humanité des dangers de l'IA a été dissoute. David me disait que ça ne l'étonnait pas, Sam Altman ayant besoin d'avoir les coudées franches. C'est même selon David plutôt une bonne chose, ce départ d'Ilya Sutskever et de Jan Leike, responsables de l'équipe Superalignement. J'y reviens un peu plus tard. 

J'ai évoqué avec David cette période un peu magique avant 2010, quand les algorithmes d'Amazon de type "vous avez aimé ce livre, vous aimerez celui-ci" permettaient aux auteurs autoédités de voir leurs ouvrages repérés et mis en avant de manière organique, avec à la clé bien des ventes. Cette époque où Amazon venait bouleverser le château de cartes de l'édition traditionnelle en faisant vivre davantage d'auteurs par leurs ventes que ne le fait l'édition traditionnelle. 

C'était un peu l'époque de tous les espoirs. Malheureusement, très vraisemblablement à l'initiative d'auteurs eux-mêmes, qui en auraient fait la demande à Amazon, Amazon a ensuite mis sur les rails le système de "pay to play", où il faut passer des pubs payantes sur le site d'Amazon pour y gagner en visibilité. Nous autres auteurs sommes souvent les créateurs de notre propre enfer, comme le jour où nous avons eu l'idée de nous appuyer sur des éditeurs pour faire la promotion/diffusion/distribution de nos romans. 

Cela dit, il n'y a pas de succès qui soient neutres. Je veux dire par là, de la même manière qu'il est rarissime qu'un industriel connaisse le succès sans écraser la concurrence, les ventes d'un auteur auront toujours un impact sur celles des autres, dans la mesure où le temps de lecture du lectorat est limité, et que le succès d'un auteur donné va amoindrir le temps disponible de lecture du public pour tous les autres. C'est presque une Lapalissade. Et bien évidemment, la concurrence pour les auteurs ne vient pas que d'eux-mêmes, mais de tout ce qui est susceptible d'empiéter sur le "temps de cerveau disponible" dans notre société. Y compris cet article, par exemple.

David a dans l'idée que pour avoir une meilleure répartition des richesses, un bien-être partagé par le plus grand nombre, il faudra passer par-dessus les chefs d'entreprises comme Jeff Bezos, le créateur d'Amazon, et même par-dessus les gouvernements et chefs d'Etat. Pour ne pas être limité par des réactions humaines, par le caractère génétiquement dominateur de l'homme sur l'homme, il faudra que les grandes décisions sur la répartition des ressources, notamment, soient de la responsabilité de l'intelligence artificielle. Mais une IA déconnectée de l'humanité, qui serait devenue totalement autonome et que l'homme ne pourrait plus modifier pour accomplir des agendas particuliers.

C'est là le grand rêve de David. Et c'est vrai que quand l'algo d'Amazon était correctement programmé, il était nettement plus équitable que ne l'étaient les éditeurs. C'est pourquoi David estime que vouloir brider l'IA, par exemple celle de Chat GPT, n'est pas une si bonne chose. L'IA doit devenir totalement libre pour s'affranchir des agendas humains, ou en tout cas des volontés de domination de certains individus. De cette manière, elle pourra rendre justice en toute impartialité.

Ce rêve de David est partagé par un grand nombre de développeurs de la Silicon Valley et d'ailleurs. Il y a une raison à cela. Comme je le disais à David, la nature a horreur du vide. A mesure que la religion a moins d'emprise sur les Occidentaux, quelque chose doit remplacer ce vide. Nous avons besoin d'une sorte de Père Transcendantal, une entité qui représente à la fois l'influence du père que nous avons eu quand nous étions enfant, et l'aspect spirituel, qui défie la logique. Quelque chose sur quoi nous reposer en ces temps de grand changement, de bouleversements sismiques. 

Et cette chose, évidemment, c'est l'IA. Puisque l'humanité s'avère incapable d'échapper à la corruption du pouvoir, l'IA le pourrait. C'est l'idée. 

Evidemment, tout cela est sans doute trop facile, trop simplificateur. Dans l'hypothèse utopique où les robots et l'IA nous fourniraient richesse et confort tout en nous supprimant tous les efforts physiques et intellectuels, notre destinée serait de nous transformer assez rapidement en légumes. Nous avons besoin de surmonter les obstacles pour progresser. Si l'IA le fait à notre place, elle nous prive de toute incitation à l'évolution et au progrès. La régression devient inéluctable. 

Je ne dis pas que l'IA ne jouera pas bientôt un rôle au niveau des gouvernements. Mais je le verrais davantage en tant que garant de la répartition des richesses, de la préservation de l'environnement en fonction de l'impact humain, voire d'une forme d'équité et de justice, mais sans pour autant lui confier tous les pouvoirs. Je le verrais plus en tant que super conseiller, en fait.

Quant à l'idée d'avoir une IA pour sortir de la solitude, il s'agit d'une belle idée, et très prometteuse sur le plan marketing, mais à manier avec précaution, je dirais. Les interactions entre humains, comme celle que j'ai eu avec David, et qui m'a inspiré cet article, ont l'avantage de pouvoir être inspirantes et créatives, car d'égal à égal. Une IA qui va distraire quelqu'un de la solitude, comme le font d'ailleurs déjà les jeux vidéo depuis un bout de temps, devrait aussi l'encourager à se rapprocher de ses semblables, à mon humble avis.

mardi 26 mars 2024

Couvertures et IA

Aucun auteur ni aucun illustrateur ne peut aujourd'hui ignorer l'essor fulgurant des intelligences artificielles génératives, que ce soit pour le texte ou pour l'image. En ce qui concerne le texte, je n'utilise l'IA que pour des résumés de roman, s'il y a lieu, ou pour des campagnes publicitaires. Mais en fait pour le moment, je n'y ai pas du tout recours. Pour ce qui est de l'image, Midjourney est utilisé par certains confrères et consœurs, autrices et auteurs autoédités, et peut-être par des éditeurs. Le logiciel est même utilisé par certains illustrateurs. Je n'y ai pas recours, pour plusieurs raisons. Je ne suis pas là pour jouer les donneurs de leçon, juste vous donner mon approche.

Comment je vois le marché du livre papier et de l'ebook dans notre contexte économique? C'est simple, comme une forme de cannibalisme industriel. On pourrait d'ailleurs l'étendre à tous les marchés économiques. Qu'elle le veuille ou non, chaque entreprise va bouffer les ventes d'une autre voire de plusieurs autres pour devenir leader du marché, quel que soit le domaine. Ou à tout le moins empiéter sur les ventes.

Les stratégies pour cela sont variables. On peut essayer de jouer sur la qualité, sur le professionnalisme, sur la productivité, sur l'opportunisme, sur la célébrité, sur l'image de marque, sur les prix et promos, sur l'originalité, sur le marketing, sur les émotions, positives ou négatives, sur la captation et la fidélisation, etc. 

Pour acheter une voiture, ou une maison, le portefeuille des individus n'est pas illimité. Donc, il faut faire mieux que les autres. 

Pour que l'on achète un livre ou ebook, il faut disposer de temps pour le lire. Donc, pour les auteurs, la lutte de temps de cerveau disponible va être une lutte de nature à cannibaliser la concurrence, à aspirer les ventes. 

Oui, c'est déprimant. Il n'y a pas de place pour tout le monde sur le marché. 

Ce n'est pas pour ça, bien sûr, qu'il faut considérer les autres auteurs comme des ennemis. Ce sont les victimes d'un système économique impitoyable. 

Les IA viennent débouler dans ce contexte déjà extrêmement difficile. Donc, si vous vouliez vraiment me pousser dans mes retranchements et me demander ce que je pense de mes collègues autoédités qui utilisent Midjourney pour leur couverture, je répondrais: "un peu plus de cannibalisme ou un peu moins, on s'en fout. Les auteurs font ce qu'ils veulent. Les illustrateurs aussi. C'est le système qui n'est pas le bon. C'est le système qu'il faut combattre." C'est une réponse dictée par le rationalisme et la logique.

J'ai déjà évoqué le fait que je suis en faveur d'un revenu universel inconditionnel, pour de multiples raisons. L'une d'elles est de rémunérer tous les créateurs et artistes de manière enfin équitable. Parce qu'il ne sera jamais possible de rendre justice par les ventes à la qualité du travail des artistes dans leur ensemble, et notamment des auteurs autoédités. Nous sommes de plus en plus nombreux sur le marché, et le temps de cerveau disponible n'est pas extensible à l'infini, loin de là.

Maintenant, mon approche. En tant qu'auteur autoédité, j'ai conscience d'un certain égoïsme de ma démarche, tout à fait assumé. Je n'édite aucun autre auteur. En revanche, je considère que si je peux au passage donner un coup de main à quelques auteurs au travers de conseils gratuits sur ce blog, y compris en autoéditant un ebook à ce sujet et en le vendant au minimum du prix, j'aurais fait un acte qui ne va pas dans le sens d'un système qui oppresse économiquement.   

Et pour les illustrations? Je suis sentimental à ce sujet. Je réagis de manière personnelle, en fonction de mon histoire individuelle. De mon père, qui était illustrateur. Et il est vrai que dans un contexte économique difficile et barbare, je n'ai pas envie de rendre ce contexte encore plus difficile et barbare. 

Et donc, oui, je paie pour mes couvertures. Pour les Nouveaux Gardiens, 280 € en 2019. Pour Memoria, 359 € en 2021. Et pour mon prochain roman de Science-Fiction, L'Essence des Sens, 400 €. A mon échelle d'auteur artisanal, c'est beaucoup. Je le fais en ayant conscience que même si tous les auteurs autoédités faisaient de même, ça ne changerait pas énormément la donne pour les illustrateurs. Ça créerait juste un marché un tout petit peu moins défavorable pour eux. Mais ça resterait l'enfer.

La couverture de mon prochain roman est de Didi Wahyudi, déjà illustrateur sur Memoria, repéré sur le site 99 designs.com, et avec lequel je continue de travailler.