La notion de "vote utile" dans le sens: "votez pour moi parce que de cette manière, votre voix comptera, parce que j'ai le plus de chances de gagner" est un déni de démocratie. Cette notion introduit le droit du plus fort en politique: "votez pour le plus fort." Or, dans une démocratie digne de ce nom, on ne vote pas pour le plus fort, mais pour des idées. Quelle est la solution? Pour moi, elle est radicale: supprimer entièrement les sondages dès lors qu'il y a vote du public pour élire des représentants nationaux ou européens. Les interdire, car ce sont les sondages qui introduisent la notion de rapport de force et de compétition en politique.
La dérive de chaque élection vers une sorte de compétition de type show télévisé ou sportif ne pourrait exister à ce point sans les sondages. Imaginez des journalistes qui n'auraient plus accès à aucun sondage: ils seraient forcés d'analyser les idées et les programmes des candidats, sans pouvoir sensationnaliser chaque élection à la manière d'une course hippique.
"Mais Alan, les sondages existeront toujours: si on les interdit en France, on aura des sondages en provenance de Suisse ou de Belgique, parce que les gens veulent savoir à l'avance."
Pour moi, c'est une question d'éducation: si chaque personne qui reçoit un appel d'un institut de sondage est suffisamment éduquée et informée pour répondre qu'elle ne souhaite pas dire pour qui elle va voter afin de ne pas influencer le vote, et ce faisant ne pas privilégier une forme de droit du plus fort pour privilégier le débat d'idées, alors, on aura fait un vrai pas vers une société plus avancée démocratiquement. Les instituts de sondage politiques seront forcés de déposer le bilan.
Cela signifie que chaque petit candidat aura sa chance.
"Oui, mais Alan, comment on fait pour le financement des partis? On sait qu'il faut atteindre un certain seuil pour être remboursé."
Oui, dans le système actuel, il faut atteindre un certain seuil de votes. De votes, et non d'intentions de vote. C'est à dire que les sondages n'ont rien à voir là-dedans.
Je pense que chaque élection devrait être organisée sur le principe du crowdfunding, avec interdiction pour les entreprises, nations étrangères ou les groupes d'influence de financer les candidats. Chaque candidat devrait monter sa propre campagne sur internet pour se faire financer.
"Est-ce que ça ne va pas favoriser les personnalités les plus en vue ou les artistes?"
C'est une possibilité. Néanmoins, les gens font-ils confiance aux artistes pour leurs idées? Je crois qu'ils savent faire le distingo entre les idées constructives pour la société et la simple notion de popularité.
Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais je suis sûr d'une chose: les sondages favorisent l'aspect compétition, l'aspect rapport de force, et cela n'a pas lieu d'être pour une société qui cherche à élire les gens qui ont les meilleures idées pour l'ensemble de la société.
Seule la notion de "vote utile, parce que ce vote sera utile à la société" doit être retenue. La prochaine fois qu'un homme politique vous dira de voter utile, si c'est dans le sens de voter pour le plus fort, sachez qu'il vous demande en fait de voter comme des moutons de Panurge, qui se rangent derrière l'avis du plus grand nombre.
Demandez-vous si cela vous grandira d'agir ainsi.
Ecriture, édition, livres numériques, science-fiction, fantasy et fantastique (thrillers/polars) sous toutes leurs formes : autant de sujets qui me passionnent et qui font l'actualité de ce blog.
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vendredi 24 mai 2019
lundi 8 mai 2017
Les cadres encadrent
Vous n'encadrez pas les cadres? Vous en avez assez d'être recadré? Pas de chance, l'influence des cadres dans notre société est peut-être plus importante que vous ne le croyez...
Cadre dans le privé, on connaît: une activité mieux rémunérée que les simples employés, mais aussi souvent plus exposée, avec un risque de burnout, ou effondrement professionnel en bon français, plus prononcé.
Mais j'ai été surpris, en me rendant sur le site officiel de l'Assemblée Nationale, d'apprendre que, sur les 577 députés qui siègent à l'Assemblée Nationale, 390 sont des cadres, anciens cadres ou chefs d'entreprise.
La répartition est la suivante:
- 61 anciens cadres et professions intermédiaires
- 126 cadres d'entreprise
- 176 cadres de la fonction publique, professions intellectuelles et artistiques
- 27 chefs d'entreprise de dix salariés ou plus
Par comparaison, on va trouver un seul artisan (bravo à l'heureuse élue, Fanny Dombre Costes!), un ouvrier agricole, Jean Lassalle, 15 agriculteurs exploitants, un employé de la fonction publique, 6 commerçants... La liste complète est ici.
On peut dès lors se demander, il me semble, si le peuple français est bien représenté. Par exemple, si je suis auteur, lequel de ces députés va pouvoir me concocter un statut d'auteur indépendant digne de ce nom, et aura-t-il seulement le poids politique pour faire voter ce nouveau statut?
Pourquoi autant de cadres, me direz-vous? On peut au moins trouver un point commun entre les cadres du privé et ceux de l'Assemblée Nationale: une bonne rémunération. Député, c'est plus de 6700 €/mois + 6100 de remboursement de frais + 8500 pour embaucher un ou plusieurs collaborateurs.
N'importe qui peut devenir député à condition d'être Français âgé d'au moins 18 ans, de jouir de ses droits civils et politiques et de n’être dans aucun cas d’incapacité prévu par la loi. Il ne faut pas non plus être dans un cas d'inéligibilité prévu par le code électoral.
Et bien sûr, à condition d'arriver à se faire élire!
C'est sans doute là que le bât blesse: pour se faire élire, il faut pouvoir financer une campagne à cet effet, mais aussi, je pense, être soutenu par l'un des partis en place.
On peut penser que les cadres, qui ont vocation à exercer des responsabilités, sont naturellement attirés vers ces postes de pouvoir. Ils ont aussi un réseau souvent plus développé qu'un simple employé.
Je reviens sur le problème de la représentativité: il y a plus de trois millions de chômeurs en France, et de nombreux chômeurs longue durée, ne devrait-on pas avoir au moins une personne pour les représenter? Voire peut-être davantage?
Est-ce qu'en faisant en sorte qu'on ne puisse devenir député que sur la base du volontariat, on ne favorise pas la domination des cadres?
Autre problème: les députés sont élus pour 5 ans, mais peuvent être réélus et faire carrière. Est-ce une bonne chose pour la société d'envisager le poste de député comme une profession?
Je veux dire, quand on occupe un emploi, on se doit d'être productif, non? Mais si on se met en tête de produire des lois, est-ce qu'on ne va pas se retrouver avec un maquis de lois inapplicables, car trop complexes?
Ah bon, c'est déjà le cas?
Bien que je n'adhère pas du tout à l'idée de ne pas voter, et que je trouve qu'il serait extrêmement complexe de revenir vers une démocratie directe, la vidéo ci-dessous (45 minutes) pose très bien le problème, il me semble:
C'est pourquoi j'étais heureux d'avoir deux candidats à l'élection de cette année, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qui proposaient d'écrire une nouvelle constitution plus adaptée.
Les propositions de Jean-Luc Mélenchon pour rendre du pouvoir au peuple, quoique manquant encore de précision, me semblent intéressantes, et de nature à alimenter le débat.
En revanche, l'idée de ne pas aller voter pour montrer que le système est pourri et le saper me paraît mauvaise et dangereuse. Le vote blanc (4 millions lors de l'élection de Macron, ce qui est considérable) me semble plus pertinent, mais personnellement, je ne le garderais que comme une mesure de dernier recours: pas question pour moi d'y avoir recours si l'un des deux candidats dans la dernière ligne droite a des positions trop extrêmes.
Essayons de nous montrer un peu logique. Nous avions deux candidats qui se proposaient de changer de constitution cette année. Malgré cela, au premier tour, l'abstention s'est établie à 22,23%.
Ces gens qui se sont abstenus au premier tour, l'ont-ils fait par simple paresse, parce qu'ils n'en ont rien à faire de la politique, par militantisme anti-système, parce qu'ils avaient d'autres obligations ou une impossibilité physique? Sans doute un peu de tout cela, et davantage.
S'ils avaient voulu un changement des règles démocratiques, ils seraient allé voter Mélenchon ou Hamon. Ce n'est donc pas le cas. Ou s'ils veulent du changement, ils ne souhaitent pas que celui-ci se produise dans le cadre d'un processus démocratique.
On peut donc penser, l'abstention ayant été en hausse au second tour, à 25,38%, que ceux qui, à cette occasion, ont refusé de voter dans le but de lutter contre le système se sont retrouvés noyés dans la masse de tous les autres.
Chacun agit, ou s'abstient, bien entendu, selon ses convictions. Mais faire s'effondrer le système, selon moi, donnera naissance à une période de chaos qui ne permettra pas forcément de le remplacer par quelque chose de meilleur.
Prenez la Révolution culturelle de Mao. Les élites ont été détruites, certes, mais au final on se retrouve avec quoi? Avec une nouvelle élite et de nouveaux riches oppressant le peuple. Eh oui.
Je pense qu'il faut être un peu plus subtil que cela. Je suis convaincu qu'il faut réformer notre démocratie, et sans doute aller vers une VIème République. Encore faut-il se donner les moyens de le faire dans les meilleures conditions.
Cadre dans le privé, on connaît: une activité mieux rémunérée que les simples employés, mais aussi souvent plus exposée, avec un risque de burnout, ou effondrement professionnel en bon français, plus prononcé.
Mais j'ai été surpris, en me rendant sur le site officiel de l'Assemblée Nationale, d'apprendre que, sur les 577 députés qui siègent à l'Assemblée Nationale, 390 sont des cadres, anciens cadres ou chefs d'entreprise.
La répartition est la suivante:
- 61 anciens cadres et professions intermédiaires
- 126 cadres d'entreprise
- 176 cadres de la fonction publique, professions intellectuelles et artistiques
- 27 chefs d'entreprise de dix salariés ou plus
Par comparaison, on va trouver un seul artisan (bravo à l'heureuse élue, Fanny Dombre Costes!), un ouvrier agricole, Jean Lassalle, 15 agriculteurs exploitants, un employé de la fonction publique, 6 commerçants... La liste complète est ici.
On peut dès lors se demander, il me semble, si le peuple français est bien représenté. Par exemple, si je suis auteur, lequel de ces députés va pouvoir me concocter un statut d'auteur indépendant digne de ce nom, et aura-t-il seulement le poids politique pour faire voter ce nouveau statut?
Pourquoi autant de cadres, me direz-vous? On peut au moins trouver un point commun entre les cadres du privé et ceux de l'Assemblée Nationale: une bonne rémunération. Député, c'est plus de 6700 €/mois + 6100 de remboursement de frais + 8500 pour embaucher un ou plusieurs collaborateurs.
N'importe qui peut devenir député à condition d'être Français âgé d'au moins 18 ans, de jouir de ses droits civils et politiques et de n’être dans aucun cas d’incapacité prévu par la loi. Il ne faut pas non plus être dans un cas d'inéligibilité prévu par le code électoral.
Et bien sûr, à condition d'arriver à se faire élire!
C'est sans doute là que le bât blesse: pour se faire élire, il faut pouvoir financer une campagne à cet effet, mais aussi, je pense, être soutenu par l'un des partis en place.
On peut penser que les cadres, qui ont vocation à exercer des responsabilités, sont naturellement attirés vers ces postes de pouvoir. Ils ont aussi un réseau souvent plus développé qu'un simple employé.
Je reviens sur le problème de la représentativité: il y a plus de trois millions de chômeurs en France, et de nombreux chômeurs longue durée, ne devrait-on pas avoir au moins une personne pour les représenter? Voire peut-être davantage?
Est-ce qu'en faisant en sorte qu'on ne puisse devenir député que sur la base du volontariat, on ne favorise pas la domination des cadres?
Autre problème: les députés sont élus pour 5 ans, mais peuvent être réélus et faire carrière. Est-ce une bonne chose pour la société d'envisager le poste de député comme une profession?
Je veux dire, quand on occupe un emploi, on se doit d'être productif, non? Mais si on se met en tête de produire des lois, est-ce qu'on ne va pas se retrouver avec un maquis de lois inapplicables, car trop complexes?
Ah bon, c'est déjà le cas?
Bien que je n'adhère pas du tout à l'idée de ne pas voter, et que je trouve qu'il serait extrêmement complexe de revenir vers une démocratie directe, la vidéo ci-dessous (45 minutes) pose très bien le problème, il me semble:
C'est pourquoi j'étais heureux d'avoir deux candidats à l'élection de cette année, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qui proposaient d'écrire une nouvelle constitution plus adaptée.
Les propositions de Jean-Luc Mélenchon pour rendre du pouvoir au peuple, quoique manquant encore de précision, me semblent intéressantes, et de nature à alimenter le débat.
En revanche, l'idée de ne pas aller voter pour montrer que le système est pourri et le saper me paraît mauvaise et dangereuse. Le vote blanc (4 millions lors de l'élection de Macron, ce qui est considérable) me semble plus pertinent, mais personnellement, je ne le garderais que comme une mesure de dernier recours: pas question pour moi d'y avoir recours si l'un des deux candidats dans la dernière ligne droite a des positions trop extrêmes.
Essayons de nous montrer un peu logique. Nous avions deux candidats qui se proposaient de changer de constitution cette année. Malgré cela, au premier tour, l'abstention s'est établie à 22,23%.
Ces gens qui se sont abstenus au premier tour, l'ont-ils fait par simple paresse, parce qu'ils n'en ont rien à faire de la politique, par militantisme anti-système, parce qu'ils avaient d'autres obligations ou une impossibilité physique? Sans doute un peu de tout cela, et davantage.
S'ils avaient voulu un changement des règles démocratiques, ils seraient allé voter Mélenchon ou Hamon. Ce n'est donc pas le cas. Ou s'ils veulent du changement, ils ne souhaitent pas que celui-ci se produise dans le cadre d'un processus démocratique.
On peut donc penser, l'abstention ayant été en hausse au second tour, à 25,38%, que ceux qui, à cette occasion, ont refusé de voter dans le but de lutter contre le système se sont retrouvés noyés dans la masse de tous les autres.
Chacun agit, ou s'abstient, bien entendu, selon ses convictions. Mais faire s'effondrer le système, selon moi, donnera naissance à une période de chaos qui ne permettra pas forcément de le remplacer par quelque chose de meilleur.
Prenez la Révolution culturelle de Mao. Les élites ont été détruites, certes, mais au final on se retrouve avec quoi? Avec une nouvelle élite et de nouveaux riches oppressant le peuple. Eh oui.
Je pense qu'il faut être un peu plus subtil que cela. Je suis convaincu qu'il faut réformer notre démocratie, et sans doute aller vers une VIème République. Encore faut-il se donner les moyens de le faire dans les meilleures conditions.
mercredi 11 mai 2016
Votons avec nos porte-monnaie
Il y a des moments où l'on a l'impression que la démocratie est confisquée. Par exemple, quand le 49.3 est utilisé. A d'autres moments, on se dit que quel que soit son vote, ce sera toujours la même politique qui sera mise en œuvre, celle inspirée par le lobby des entreprises les plus puissantes du CAC 40. On a l'impression de se voir retirer le peu de bribe de pouvoir qui était nôtre. Et pourtant, nous avons un autre pouvoir, beaucoup plus efficace et que nous pouvons appliquer beaucoup plus souvent qu'une fois tous les cinq ans: celui de nos porte-monnaie.
Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.
C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.
Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister.
Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides.
Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.
J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins.
Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.
Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.
Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.
Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier.
Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques.
Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.
Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions.
Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.
Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.
Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.
On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser.
Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.
Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres.
On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.
Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.
Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.
Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?
C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.
Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs.
Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir.
Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant.
Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.
On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.
Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.
C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.
Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister.
Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides.
Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.
J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins.
Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.
Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.
Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.
Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier.
Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques.
Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.
Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions.
Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.
Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.
Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.
On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser.
Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.
Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres.
On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.
Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.
Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.
Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?
C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.
Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs.
Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir.
Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant.
Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.
On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.
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