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jeudi 27 octobre 2016

Le Produit National de Livres par habitant

Je me pose ces derniers temps la question de savoir quelle est la tendance dans les maisons d'édition, notamment en France: reçoivent-elles plus ou moins de manuscrits ces dernières années? L'essor de l'autoédition est-il un frein à l'envoi de manuscrits aux éditeurs? Et plus généralement, combien de manuscrits inédits sont envoyés aux éditeurs, et combien sont autopubliés chaque année? Enfin, quel est le Produit National de Livres par habitant en France sur une année? 

Ce terme précis de Produit National de Livres par habitant, je ne l'ai pas trouvé lors d'une recherche rapide sur le net. Il est donc possible que j'en sois l'inventeur - en tout cas, je ne crois pas en avoir entendu parler avant.

De même, la notion de mesure de l'activité créatrice d'un pays dès lors qu'il s'agit de livres ou même d'art et de culture me semble aussi assez innovante, en toute modestie. Je pense que cette notion peut revêtir un grand attrait au niveau sociologique.

L'une des particularités du mouvement des auteurs autoédités dans lequel je m'inscris, c'est que nous sommes attachés à la mesure de notre activité. Le site Author Earnings nous permet ainsi de mesurer l'impact en termes de ventes des auteurs autoédités et auteurs publiés traditionnellement, principalement d'ebooks, et principalement publiés sur Amazon Etats-Unis. On peut ainsi comparer.

Le dernier rapport Author Earnings, celui d'octobre 2016, signale d'ailleurs une baisse importante de ventes des auteurs autoédités aux Etats-Unis, principalement au profit des maisons d'édition (ME) Amazon et des petites et moyennes ME. Rien de catastrophique cependant, le choix de l'autoédition restant selon moi le meilleur, et de loin. 

La question de savoir combien de manuscrits sont envoyés aux maisons d'édition s'est posée pour moi avec plus d'acuité lorsqu'une amie romancière et éditrice d'une petite ME orientée SF/Fantasy/Fantastique a annoncé sur Facebook autoéditer son prochain livre (en dehors de sa maison d'édition, donc). Tout en continuant son activité d'éditrice.

Cette romancière a ensuite annoncé sur Facebook de très bons chiffres de ventes pour son livre autoédité. Vous avez dit changement de mentalité?

A ce sujet, je pense qu'il est légitime de se demander combien de maisons d'édition sont en réalité adossées à des auteurs autoédités ayant connu un certain succès et qui ont fait le choix de transformer leur activité en une maison d'édition. Selon moi, il y en a plus qu'on ne le croit. 

J'ai conscience, cela dit, que cette amie éditrice, c'est mon petit bout de la lorgnette à moi. De même, les auteurs, illustrateurs ou blogueurs qui me disent que l'autoédition a gagné en respectabilité, c'est aussi mon petit bout de lorgnette, parce que je n'ai pas de vision statistique ni globale, uniquement celui de mon petit morceau d'internet et de Facebook. 

Un site comme Author Earnings permet d'avoir des données statistiques nettement plus étendues.

En revanche, le site ne comptabilise pas les manuscrits envoyés aux ME. 

Une rapide recherche sur le net m'a tout de même révélé des données intéressantes, qui pourraient nous permettre de nous faire une idée des évolutions en cours. 

Un article de l'Express de février 2012 révèle les données suivantes pour les grosses maisons d'édition suivantes: 

- Gallimard: 6000 manuscrits par an
- Le Seuil: 5000/an
- Robert Laffont: 4000/an
- Fayard: 4000/an
- Grasset: 3000/an

J'ignore de quand datent exactement ces données, mais il me paraît évident qu'elles sont postérieures à l'an 2000, mais antérieures à 2012.

Je lance donc un appel aux pro travaillant dans ces maisons, ou à toute personne ayant accès à des données officielles sur le sujet: y a-t-il eu évolution ces dernières années? De quelle nature? N'hésitez pas à venir témoigner en commentaire, si les données sont suffisamment fiables, je réactualiserais l'article. 

De même, si quelqu'un travaillant chez Amazon ou Kobo peut faire une estimation du nombre de livres autoédités publiés sur ces différents sites en un an, ce serait précieux!

Pour info, on sait en allant sur le site Amazon, que de manière globale, tout store confondu, on est aux alentours de deux millons six cent quatre-vingt quinze mille ebooks et des poussières publiés uniquement par des auteurs indépendants ou autoédités, au moment où j'écris ces lignes. 


L'un des facteurs cruciaux, à mon avis, qui va jouer sur le nombre de manuscrits reçus en ME, c'est l'acceptation ou non de manuscrits sous la forme électronique, pour une bête question budgétaire: les frais d'impression et d'envoi d'un manuscrit à une maison d'édition, c'est à mon avis au bas mot 15€ si l'on passe par la Poste pour l'envoi. 

Je l'avoue, cela fait tellement d'années que je n'ai pas envoyé de manuscrit à une maison d'édition que j'ignore si les pratiques ont changé: faut-il toujours envoyer les versions papier chez les grosses ME? 

La simplicité de l'autoédition via des plates-formes comme Kobo Writing Life ou KDP Publishing, la facilité pour trouver ces sites via Internet me semble devoir concurrencer très rudement les envois de manuscrits par la poste. 

Si en revanche, ces envois se font par voie électronique, c'est une autre affaire: un auteur pourrait très bien envisager de publier son roman sous un autre nom et un autre titre et de manière directe, sur Amazon et Kobo/la Fnac, voire Google et Apple, tout en envoyant le manuscrit titré différemment, avec son vrai nom, sous format électronique à la maison d'édition. 

Quitte à retirer ensuite le roman publié sous un autre nom de la vente, si son manuscrit devait être retenu. 

Et oui, je sais, vous allez me dire qu'un manuscrit doit être inédit pour être envoyé à un éditeur. Mais il ne me semble pas outrancier de dire qu'un ebook vendu à zéro exemplaire sur Amazon reste une œuvre inédite pour le public, surtout si l'auteur n'a pas cherché outre mesure à la faire connaître.  

Donc, ces auteurs jouant sur les deux tableaux doivent nécessairement fausser les statistiques s'il est possible d'envoyer son manuscrit sous format électronique: ce n'est pas parce que le nombre de manuscrits envoyés aux ME est stable, ou même en augmentation, qu'il n'y a pas d'essor de l'autoédition.

En revanche, si envoyer sous format électronique est toujours mal vu parmi les grosses ME, alors, on devrait noter un vrai fossé se creuser entre le nombre de livres autoédités directement et le nombre de manuscrits envoyés, car il y aura forcément un impact économique du prix des envois.

C'est en tout cas ma théorie.

En cumulant les deux chiffres, manuscrits envoyés aux ME et livres autoédités, puis en divisant par deux les titres doublonnés, et en le rapportant à l'ensemble de la population active, on devrait obtenir le Produit National de Livres par habitant. Ce qui permettrait ensuite une comparaison entre les différents pays. :)

lundi 24 octobre 2016

Commentaires Amazon : rétropédalage

Amazon lirait-il mon blog? Ou beaucoup plus simplement, Amazon se comporterait-il comme n'importe quel auteur autoédité qui se respecte, en menant des expérimentations sur son site? Toujours est-il que ce que je disais dans mon article intitulé: commentaires de lecteurs: ce qui va changer chez Amazon, n'est déjà plus d'actualité. Le site Amazon Etats-Unis est en effet revenu à l'état antérieur. Comme quoi, l'art de la prospective est un art difficile... 

L'article précédent sur mon blog, celui qui évoquait les changements dans la structure de commentaires d'Amazon Etats-Unis, a été vu 300 fois le jour de sa parution, et 600 fois depuis. 

Donc, non, je ne pense pas qu'Amazon ait lu mon article de blog, ni ait tenu compte de mon mécontentement! 

L'une des seules choses qui puisse modifier, de toute façon, la politique du site, c'est le chiffre de vente de livres et d'ebooks. Si le chiffre de ventes globales d'Amazon Etats-Unis a subi une baisse de ventes notables en raison de la nouvelle politique de commentaires, il est normal que les gens d'Amazon soient revenus à l'ancienne version. 

Car le site américain est en effet revenu au système précédent, à savoir un lien donnant accès à l'intégralité des commentaires, et non pointant uniquement sur les "achats vérifiés":



Et lorsque l'on clique sur ce lien, on arrive bien sur l'onglet "all reviewers" (tous les commentateurs) par défaut, et non sur celui indiquant "verified purchase only".

Enfin, les "achats vérifiés" n'apparaissent pas en premier, c'est toujours le nombre de votes sur chaque commentaire qui modifie l'ordre d'apparition.

Donc, nous sommes bien revenus dans la configuration initiale, avant le changement indiqué dans le billet précédent.

Je n'imagine pas Amazon privilégiant un système de commentaires qui lui fasse perdre de l'argent. Selon moi, on reste dans le cadre d'une "démocratie digitale", où ce sont les lecteurs qui influent sur la politique du site, en votant avec leur porte-monnaie. 

L'enjeu est de taille pour Amazon, parce que si le système de commentaires ne plaît plus, les lecteurs iront voir ailleurs. J'avoue que je suis plutôt soulagé que l'on revienne à l'état antérieur, même si je sais qu'il y a un pourcentage minoritaire qui ne commente pas de manière honnête, ou en ayant lu le livre. 

Sur certains livres, il est possible que le nombre de faux commentaires ne soit pas minoritaire (j'ai eu vent de certaines pratiques inavouables pour certains ouvrages, y compris chez des éditeurs soi-disant "respectables"), mais il me faudrait de solides preuves pour me persuader que la majorité des commentaires sur Amazon est malhonnête. 

[EDIT 25/10/2016] : une autre idée m'est venue pendant la nuit: qu'Amazon se serve des cookies, ces petits programmes espions, pour se souvenir de votre choix quand, par exemple, vous choisissez l'onglet "achats vérifiés seulement". A votre prochaine venue sur le site, Amazon serait ainsi capable de modifier les choix qui vous sont proposés, et de ne vous proposer que les achats vérifiés. J'ai testé ce matin et cela ne semble pas être le cas, mais peut-être y a-t-il une certaine période de latence.


 

Sur le même sujet: Commentaires de lecteurs: ce qui va changer chez Amazon

lundi 11 juillet 2016

Choisissez votre terrain

Les généraux n'ont pas attendu Bonaparte ou Wellington pour savoir qu'il valait mieux choisir son terrain avant chaque bataille, plutôt que laisser à l'adversaire l'opportunité de le faire. Si j'en crois mon expérience, il en va de même dans les relations entre auteurs et éditeurs.

De par la maîtrise qu'ont les gros éditeurs sur les réseaux de distribution et de diffusion en librairie, ils se sont mis dans la position de Gardiens du Portail de ces réseaux: ils se sont mis en situation de recevoir des sollicitations de la part des auteurs qui leur soumettent leurs manuscrits. 

Certains auteurs bénéficient de ce que l'on peut appeler une plate-forme de publication: un blog, un site, des réseaux sociaux, ou même, s'ils ont opté pour l'autoédition, un certain nombre de lecteurs, ce qui peut se traduire entre autres par une mailing list, une liste de lecteurs bien remplie. 

Les auteurs autoédités à succès sont, pour des éditeurs qui désirent investir une quinzaine de milliers d'euros dans un nouveau titre, les plus intéressants, car il sera toujours plus facile de revenir sur un investissement si l'on sait qu'un auteur est suivi par un certain nombre de lecteurs. 

Ces auteurs ayant déjà un certain nombre de lecteurs sont-ils pour autant en situation de force lorsqu'ils contactent un éditeur? 

Certainement pas. 

Songez-y: les éditeurs sont entraînés à recevoir des sollicitations diverses et variées. C'est leur terrain de prédilection. Ils y sont en position de force, ne serait-ce qu'en raison du fait qu'à partir du moment où la demande vient de l'auteur, c'est que le besoin vient de l'auteur. 

Alors oui, dans une négo, il y a des moyens de faire comprendre à un éditeur que son intérêt est de nous éditer, et que les deux parties y gagneront. 

Il est vrai, aussi, qu'un éditeur intelligent peut y voir son intérêt sans qu'il soit besoin d'argumenter, et bousculer ses priorités, notamment son planning de publication.

Proposera-t-il pour autant d'emblée un contrat favorable à l'auteur, lui permettant par exemple de conserver les droits sur l'exploitation de la version ebook? Il y a fort à parier que non. Ce n'est pas encore passé dans l'usage, loin de là. 

L'auteur devra d'autant plus se montrer habile dans la négociation qu'il aura sollicité lui-même l'éditeur. 

Les choses seraient sans doute un peu plus favorables à l'auteur si celui-ci pouvait s'appuyer sur un tiers, un agent parfaitement fiable pour représenter ses intérêts. Hélas, les premiers clients des agents sont les éditeurs, et non les auteurs: l'auteur ne pourra donc que rarement se fier à son agent, dans le cas exceptionnel où il soit parvenu à en trouver un en France - ils ne courent pas les rues. 

Mieux vaut donc combattre sur son propre terrain, lorsqu'on est auteur. Ce qui signifie, dans mon esprit, tout faire, dans sa petite entreprise d'autoédition, pour être en position de dire "non". Et surtout, ne pas contacter soi-même les maisons d'édition.

Donc, être autonome financièrement, et n'entrer dans des négos que si c'est l'éditeur qui nous contacte. Parce que si c'est lui qui vous contacte, il se retrouvera dans une situation moins familière pour lui, et moins confortable. Il saura qu'on peut lui opposer un refus, parce qu'on n'a aucun besoin vital de ses services.

Il peut m'arriver de rencontrer un professionnel du livre dont les intérêts semblent concordants avec les miens, par exemple en dédicace. Dans ce cas je lui laisse mes coordonnées. Mais si la personne oublie de me recontacter, je l'oublie aussi. 

Et si un contact se fait, j'enquête sur le professionnel en question. C'est valable aussi pour les maisons de production. Le fait qu'une telle maison ait déjà eu plusieurs procès envers des créateurs serait évidemment un signal d'alerte rouge. 

Si vous êtes en contact avancé avec une maison d'édition et que vous lisiez l'anglais, allez sur le blog de Kristine Rusch, tapez les mots "Deal Breakers", et définissez une liste de clauses que vous n'accepterez pas, et qui feront capoter le contrat en cas de négociations. Il faut être très ferme là-dessus.

Depuis que les auteurs ont le moyen de toucher, de manière simple et rapide, les lecteurs par le truchement de plates-formes telles Amazon, Kobo, et autres, je ne vois plus d'intérêt d'envoyer son manuscrit à un éditeur. Pour la bonne et simple raison que chaque auteur devient sa petite entreprise, et qu'une entreprise ne peut rechercher un partenariat avec une autre plus puissante sans apparaître en tant que solliciteuse, et en situation de faiblesse.

Ce devrait être à ces entreprises de faire l'effort de rechercher et de démarcher des auteurs, dans leur propre intérêt. 

Certaines le font: il existe des cellules de veille chez certaines maisons par rapport aux chiffres de ventes de sites comme Amazon.

Mais c'est encore marginal. 

Et si, me direz-vous, on ne souhaite pas passer par la case autoédition? L'envoi de son manuscrit à un éditeur ne créé-t-il pas d'emblée une situation très déséquilibrée en défaveur de l'auteur? 

Si, bien sûr. Le seul moyen de réduire ce déséquilibre sera de privilégier les petites maisons d'édition. Mais dans mon esprit, les petites maisons d'édition, si elles peuvent être une étape intéressante d'apprentissage du métier, si elles proposent souvent des contrats plus équilibrés, sur des durées de cession plus courtes, ne permettent pas non plus aux auteurs, dans l'immense majorité des cas, de vivre de leur plume.

Il faut être très clair là-dessus. Ce sont des structures plus ou moins fragiles, qui reposent sur des passionnés, qui ont souvent un boulot à côté et qui sont surchargés de travail. Souvent des femmes d'ailleurs.

Si vous avez l'impression que le système n'est pas fait pour faire vivre des auteurs, vous serez dans le vrai. Raison de plus pour vous préparer à mener des batailles particulièrement difficiles, en mettant toutes les chances de votre côté. 

mardi 2 février 2016

Les effets pervers des métiers alimentaires

Béquille de l'artiste, et en particulier de l'auteur en quête de professionnalisation, les métiers alimentaires sont à la fois indispensables en ce qu'ils permettent la survie des artistes, en devenir ou accomplis, et "empoisonnants" car ils nuisent à tout ce qui est structuration de l'activité artistique: revenus dignes de ce nom, caisse de retraite et maladie digne de ce nom, mutuelle digne de ce nom. Sans compter que les auteurs ne formant pas un quatrième ni un cinquième pouvoir, ils ne bénéficient pas comme les journalistes d'une niche fiscale, et de nombreux auteurs ayant un métier alimentaire se retrouvent à cotiser deux fois, avec une fiscalité très défavorable au niveau artistique...

J'ai déjà établi dans un précédent billet que les auteurs et écrivains étaient considérés par les "professionnels du livre" comme des amateurs, mais sans aborder à aucun moment l'impact des métiers alimentaires. Il est temps d'y remédier.

Avant de le faire, toutefois, il faut tout de même constater que la principale explication à l'absence de structuration du métier d'auteur - même s'il existe un coûteux organisme de protection sociale, l'Agessa, s'adressant aux auteurs traditionnellement publiés - est à mon sens la désunion des auteurs. 

Tous les auteurs ne considèrent en effet pas leur activité comme une activité professionnelle. L'exemple de Stefan Wul, que je citais dans mon précédent article sur le sujet, est assez symptomatique à mes yeux.

Stefan Wul a écrit de merveilleux romans de Science-Fiction. Mais Pierre Pairault, son alter égo dans la vraie vie, était chirurgien dentiste. Il gagnait bien sa vie avec son métier, qu'il ne considérait pas comme alimentaire mais comme son vrai métier - et pour cause, je pense, étant donné les années d'études qu'il avait accomplies - l'écriture n'étant pour lui qu'un passe-temps divertissant.

Mon propre point de vue est évidemment différent: j'ai fait des études de lettres, j'ai gagné ma vie en tant que journaliste dans la presse écrite jeux vidéo - et à ce titre, je ne crache pas sur la fameuse niche fiscale, je ne fais que constater qu'une position tout aussi précaire qui n'est pas une position de pouvoir ne permet pas de l'obtenir - avant de devenir auteur à temps plein. Je vis mon rêve, et mon rêve emplit ma vie.

Un troisième auteur estimera que les métiers alimentaires sont indispensables pour l'auteur à la prise en compte de situations réelles, dans la vie professionnelle, qui amélioreront ainsi l'aspect réaliste et documenté d’œuvres, fussent-elles de fiction.

Autant d'auteurs, autant d'avis. 

Il n'en reste pas moins que la société évolue. La mécanisation, la robotisation, l'informatisation transforment les métiers. 

Un tiers des citadins de Paris intra-muros exerçant une activité professionnelle sont liés à l'intermittence du spectacle - statut perpétuellement menacé par notre société dans le déni, cela dit en passant. Le chiffre d'affaire de la presse, du cinéma et de toutes les activités artistiques a dépassé en France celui de l'automobile.

De plus en plus, nous évoluons vers une société de loisirs.  Un exemple concret parmi d'autres ce sont les vidéos sur Youtube. 

Mon fils regardait l'autre jour une vidéo Youtube de Plant versus Zombie. Elle a été vue plus de deux millions de fois. En faisant un rapide calcul, une vidéo visionnée 1000 fois et intégrant de la pub rapportant à son auteur 1 euro, l'auteur de cette vidéo a gagné 2000 euros. Pour une vidéo d'un joueur jouant à un jeu.

Et encore, vous pensez bien que le "deal" est très largement favorable à Youtube, qui engrange des sommes astronomiques.

Mais je digresse. Revenons au cœur du sujet. Lorsque deux auteurs vont démarcher un éditeur,  l'un ayant un métier alimentaire, l'autre non, à votre avis, lequel défendra le mieux son beefsteak?

Il est évident que seule, la petite portion d'auteurs qui estiment que leur métier est une activité professionnelle à part entière sera à même de défendre ses droits plus efficacement.

Bien sûr, on peut envisager des cas où l'auteur exerçant un métier alimentaire à temps partiel et voulant passer à temps plein sur l'écriture refusera le marché de dupes proposé par l'éditeur, là où l'auteur au RSA aura des étoiles dans les yeux à l'idée d'être publié, et signera le contrat en l'ayant à peine lu.

Il ne s'agit pas pour moi de jeter la pierre à quiconque. Dans un cas comme dans l'autre, il est indispensable d'arriver dans une négociation dans une position autre que celle de la faiblesse absolue. Il faut pouvoir dire non.
Parce que si on ne le fait pas, si on se dit: "de toute façon, peu importe si je ne reçois qu'une aumône, j'ai mon métier alimentaire derrière", au final, quel est l'objectif de notre démarche? Le prestige?

C'est malheureusement une triste réalité: de nombreux auteurs traditionnellement édités sont en réalité dans une démarche de vanity publishing... démarche qui nuit à tous leurs pairs. 

Quel argument, alors, opposer aux éditeurs? Quelle alternative?

L'autoédition, bien sûr.

Je sais bien que les revenus liés aux ventes d'ebook restent maigres, en France. Mais à partir du moment où un éditeur ne vous propose que des miettes, pourquoi ne pas se positionner sur d'autres miettes, sur lesquelles vous aurez au moins le contrôle?

Pour finir sur une note plus positive, je suis ravi de voir que de plus en plus, les auteurs autoédités en France s'organisent. Ravi de voir que des auteurs comme Marie-Laure Cahier et Elizabeth Sutton ont pu négocier de garder le contrôle sur les droits numériques de leur ouvrage, Publier son livre à l'ère numérique, tout en ayant le livre papier publié traditionnellement.

Je suis persuadé qu'elles ne sont pas arrivées en position de faiblesse au moment de négocier. 

Quant au problème des métiers alimentaires, il est de l'ordre de celui de l’œuf ou de la poule. Je ne crois pas que seuls, les métiers alimentaires contribuent à la précarisation des artistes, de même que je ne crois pas que la seule manière de traiter les auteurs par les éditeurs engendre la paupérisation des premiers.

Les choses sont imbriquées à de nombreux niveaux.

Sur le même sujet: 

- Les auteurs et écrivains: tous des "hobbyists" (amateurs)?
- Auteur autoédité, un "anti" emploi? 

lundi 18 janvier 2016

Quelques précisions au sujet du précédent billet

Mon précédent billet a suscité un certain émoi dans la blogosphère. Je souhaite revenir sur certaines choses que j'ai écrites, mais comment le faire sans avoir l'air de me plaindre, de chercher à me justifier ou à susciter la pitié? Peut-être en évoquant le contexte, en retraçant certains faits et en rappelant certains souvenirs. 

Tout d'abord, je tiens à dire que je ne retoucherai plus l'article en question. Parce que je reconnais avoir voulu sciemment créer un "big bad buzz" et en assume la responsabilité. Parce que je ne veux pas réécrire l'Histoire. Parce que, last but not least, ce ne serait pas cohérent avec les commentaires de l'article. 

Je tiens tout de même à modifier une chose: si un auteur signale un site ou un blog dans la section commentaires, il n'apparaîtra plus automatiquement dans la liste.

Je contacterai la personne qui tient le site ou le blog pour lui demander, en toute courtoisie, si elle souhaite que son site ou blog apparaisse dans la liste. Celle-ci n'est plus une liste noire mais juste une liste pour les blogueurs et sites qui ne veulent plus être sollicités par des auteurs autoédités.

A titre de précision, j'ai reçu près de 6000 visites en un week-end. Mon blog ne m'apporte en lui-même aucun revenu publicitaire. Et j'ai vendu deux ebooks, un sur Kobo, l'autre sur Amazon.

"Bien mal acquis ne profite jamais", dit-on. Vous reconnaîtrez que l'acquisition en elle-même est maigre - si on excepte celle de ma mauvaise réputation dans la blogosphère, bien sûr. 

Evidemment que je suis sensible au fait que cet article polémique sera le plus lu de mon blog - un article qui fonctionne bien sur ce blog me vaut en temps normal entre 150 et 200 visites. Evidemment que je suis conscient que ce sera la seule facette de ma personnalité que connaîtront la plupart des visiteurs de ce blog. 

Qu'il en soit ainsi. 

J'ai eu ce week-end une pensée pour Elise, une blogueuse qui a chroniqué mes livres. Je l'avais rencontrée après coup en dédicace, et elle m'avait acheté le seul ouvrage qui lui manquait en version papier, Les Explorateurs. Elle a dû être bien déçue par l'article. J'en suis désolé, ainsi que pour les autres blogueuses et blogueurs qui se sont sentis insultés. 

S'il y a bien une chose sur laquelle je souhaite revenir, c'est la notion, qui a pu involontairement transparaître, selon laquelle un blogueur "doit" quelque chose à un auteur, parce que l'auteur a écrit un livre. 

Les blogueurs ne nous doivent rien. C'est une notion qui ne doit absolument pas se propager, sous peine de donner licence à des "auteurs harceleurs" qui penseront que tout leur est dû et que partant, tout est permis. La section commentaires de l'article précédent référence hélas amplement ces cas.

Certaines paroles que ces blogueurs ont prononcé en commentaire de l'article, j'aurais pu les utiliser pour l'autoédition. Les notions de liberté, de pouvoir écrire ce que l'on veut lorsqu'on le veut - dans les limites de la légalité bien sûr - sont fondamentales.

J'ai ainsi pris conscience que beaucoup trop d'auteurs autoédités se donnaient trop de libertés aux dépens des autres, et que cela nuisait à la réputation de tous ceux qui essaient d'exercer ce métier. 

Notre valeur, c'est sur notre terrain, celui des mots couchés sur le papier ou à l'encre électronique formant des histoires, que nous la faisons. Pas en écrivant des mots qui agressent, réclament ou insultent. Et oui, je compte bien appliquer à moi-même mes propres paroles.

La phrase de mon article de nombreux blogs ne chroniquent que des livres papier aux dépens des ebooks a été interprétée comme une dénonciation de l'argent que peuvent se faire les blogueurs avec les Services Presse (SP), les livres papier envoyés pour chronique.

Telle n'était pas mon intention. Dans son ouvrage Ecriture, Stephen King compare un livre à un envoi télépathique allant de l'auteur au lecteur. Pour moi, les ebooks sont un merveilleux moyen de réaliser cela. Quelle facilité, quelle simplicité!

Mais tout le monde ne partage pas cet avis. A commencer par ma propre fille Nadège, 10 ans. J'ai essayé de l'initier à la lecture électronique, mais elle n'a pas accroché. Résultat? Je viens de lui commander la version papier de Lucie Acamas et les Compagnons de l'Ordre Vert, de Guy Morant - je l'ai lu et je suis sûr qu'elle va adorer.

Pour ceux qui se poseraient la question, non, Guy Morant n'est pas l'un de mes noms de plume. ;)

Je précise aussi que j'ai beau avoir l'esprit fertile, j'imagine mal comment des blogueuses pourraient vivre de la revente de SP. On peut vivre de son blog, mais très rarement dans le domaine littéraire. Sauf si l'on se prénomme Oprah (et encore, même pas sûr qu'elle ait un blog). 

L'utilité de la liste

Les sites Actu SF, Fantastinet et Sci-Fi Universe, qui apparaissent en premier sur la liste, sont des sites avec lesquels j'avais un partenariat, qui ont chroniqué mes livres (on peut accéder aux chroniques dans la revue de presse de mon site), et qui ont du jour ou lendemain cessé de répondre à mes emails.

C'est assez désagréable quand cela vous arrive. Cela dit, ça arrive tout le temps dans la vie, à tout un tas de gens. Le rejet fait partie intégrante de la carrière d'un auteur, autoédité ou non. Il faut avoir le cuir solide.

Moi-même, dans mon ancienne vie professionnelle de journaliste chroniqueur dans les jeux vidéo - métier pas si éloigné que cela de l'activité des blogueuses livre - lorsque j'étais redevenu pigiste, à 34 ans, je me suis entendu dire que j'étais devenu trop vieux pour les jeux vidéo. Je suis sûr que Marcus, de Nolife et Gameone, serait tout à fait d'accord avec ça! ;)

J'ai laissé ces sites sur cette liste, et je suis persuadé que celle-ci a son utilité, parce que mon article visait avant tout à défendre la communauté des auteurs autoédités plutôt que mon cas personnel.
  
Lorsque vous entamez une collaboration avec quelqu'un qui pense que vous ne méritez pas d'avoir une carrière d'auteur, vous avez une épée de Damoclès au-dessus de votre tête. Il est probable que cette personne vous fera défaut un jour ou l'autre. 

Je divague? Songez que l'organisation Science Fiction and Fantasy Writers of America, de même que la RWA ne se sont que fort récemment ouvertes aux auteurs autoédités.

En France, l'autoédition existe depuis toujours (Denis Diderot lui-même s'est autoédité), mais à partir du XXème siècle, elle est devenue marginale. Les auteurs qui se lancent par milliers dans l'autoédition, ce n'est qu'un phénomène récent en France, lié à l'émergence de l'ebook comme moyen de lecture, mais aussi de diffusion.

Si vous vous intéressez à ce phénomène, lisez cet article extrêmement complet (prévoyez du temps) sur le sujet. Lisez aussi l'ouvrage d'Elizabeth Sutton et Marie Laure Cahier, qui aborde les deux versants, autoédition et édition traditionnelle.

L'amplification du phénomène est source d'opportunités et de richesse, mais aussi de tensions. Je crois important de ne pas se voiler la face. La cohabitation sur la blogosphère de deux formules d'édition souvent concurrentes et rivales, plus rarement (comme dans le cas du livre d'Elizabeth, édité par Eyrolles et dont l'auteur détient les droits ebook) harmonieuse, est source de frictions.

Est-ce que j'aurais la prétention de les apaiser par mon seul article? Absolument pas. C'est juste une piste.

Les personnes qui rejettent l'autoédition ont leurs arguments. Ceux qui disposent de leviers de pouvoir ou d'influence sont libres d'en user à leur guise. Ils ne se privent pas de le faire, et ceux ne sont pas les blogueurs qui ont le plus d'influence, mais bien les grands médias liés aux grands groupes d'édition.

Je souhaite juste que les choses soient transparentes et assumées, sans pour autant vouloir faire rentrer certains à toute force dans des cases - la liste n'est qu'une piste parmi d'autres, sur la base du volontariat uniquement. 

Si vous êtes auteur, j'espère, en dévoilant ces difficultés, ne pas vous avoir dégoûté de l'envie d'exercer votre art à votre manière.

Souvenez-vous bien qu'un livre et une personne, qu'elle soit blogueuse ou lectrice, c'est une rencontre. Soit la rencontre se fait, soit elle ne s'opère pas. Si elle se fait sur un plan physique, elle ne se fera pas forcément sur un plan émotionnel ou intellectuel. 

Ne harcelez pas les blogueuses. Ne cherchez pas à corriger des critiques qui ne vous conviennent pas. Prenez-les en compte. Agissez en professionnel, et c'est l'ensemble de cette profession encore balbutiante sous son nouveau jour, électronique, qui en bénéficiera.

jeudi 7 janvier 2016

Pour ceux qui utilisent les services de Lightning Source ou d'Ingram Spark

Si vous utilisez les services de Lightning Source ou d'Ingram Spark, l'inscription payante à l'Independent Book Publishers Association (IBPA) pourrait s'avérer intéressante pour vous... sous certaines conditions. 

Fin 2015, je me suis inscrit à l'Independant Book Publishers Association (IBPA, il n'y a pas besoin d'être aux Etats-Unis pour cela) pour le prix de 125,68 € par an.

L'IBPA vous permet de bénéficier d'une réduction de 5% supplémentaire sur vos tarifs d'impression chez Lightning Source, quel que soit le nombre de livres commandés. 

Je n'utilise pas les services d'Ingram Spark, je ne peux pas certifier qu'il soit utile de s'inscrire, le site parlant simplement d'une réduction de 20% sur la distribution numérique.

Attention toutefois à la publicité mensongère sur le site de l'IBPA: ils précisent qu'on obtient 50% de réduction sur les services d'impression chez Lightning Source, alors que cela ne concerne que la mise en place des titres (maquettes). 

D'après mes calculs, la  réduction de 5% sur les tarifs d'impression chez LSI devient intéressante si vous imprimez à 1000 exemplaires (en cumulé, pas d'un seul coup) par an.

Par exemple, sur une commande de 500 Souffle passée fin décembre 2015, j'ai économisé 90€, ce qui ne me permet toujours pas de rembourser l'adhésion. Mais je sais que j'y arriverais sur un an.

Par ailleurs, comme je le disais, les frais de mise en place des maquettes intérieures et des couvertures sont divisés par deux. Un auteur ou un petit éditeur publiant de multiples titres sur une seule année aura donc moyen de rentabiliser son adhésion tout en restant en dessous des 1000 exemplaires imprimés sur un an. 

Je précise qu'une fois votre adhésion réglée chez l'IBPA, la mise en place de la réduction n'est pas immédiate: il faut voir cela avec Lightning Source. 

Ma représentante commerciale chez LSI, Elena Mira, n'avait jamais entendu parler de l'IBPA, et cela a été d'autant plus galère à mettre en place que j'avais cru les réductions beaucoup plus importantes que les 5%, en raison de la publicité mensongère sur le site de l'IBPA... et ausi parce que mes contacts avec l'un des membres de l'IBPA n'ont pas aidé du tout.

Mon conseil: ne téléphonez pas comme indiqué sur le manuel que l'on vous envoie, mais voyez directement avec votre représentant habituel par email. Si celui-ci ou celle-ci n'est pas au courant, Elena devrait l'être, mais la personne de LSI Europe qui s'occupe des relations avec l'IBPA est Nathan Pabst. 

Les économies à réaliser sont assez maigres, mais l'IBPA peut vous permettre d'être représenté à la Book Expo America et à la Foire de Francfort. 

Il y a d'autres avantages, mais attention, l'IBPA va essayer de vous vendre de nombreux services, qui ne seront pas forcément adaptés pour vous. A vous de faire vos calculs.

EDIT 08/01/2015 : pour la réduction de 5%, il s'agit bien d'une réduction supplémentaire par rapport aux réductions d'échelle pratiquées par Lightning Source. Exemple, pour les imprimeurs UK et US, les réductions d'origine plus celle de l'IBPA sont les suivantes: 

1-99 unités: 15% Economy, 5% Express
100-249 unités: 20% Economy, 10% Express
250-499 unités: 30 Economy, 20% Express
500-999 unités: 40% Economy, 30% Express
1000-1499 unités: 45% Economy, 35% Express
1500+: 50% Economy, 40% Express

jeudi 19 novembre 2015

Les auteurs et écrivains : tous des "hobbyists" (amateurs)?

Si ce qu'on appelle les écrivains ou "grands écrivains" jouissent d'une forme d'estime parmi le grand public, leurs revenus d'écriture font plus souvent qu'à leur tour le grand écart avec cette considération. Lorsque l'on s'intéresse à la place qu'occupent ces auteurs et écrivains dans le marché du livre, on s'aperçoit avec étonnement qu'ils n'en sont que des satellites. Ma théorie personnelle est qu'au-delà des strass et paillettes, ils sont en réalité considérés par les "professionnels du livre" de tout acabit comme des "hobbyists", des personnes pratiquant un hobby. Bonne nouvelle, les choses sont en train de changer, en grande partie grâce à l'autoédition. 

Le terme "hobbyist" est un terme anglais qui peut être traduit par une périphrase, "personne pratiquant un hobby, un loisir", ou plus simplement par le terme "amateur". J'aime bien ce terme de "hobbyist", car il dit de manière très directe ce qui n'est décrit que de manière imparfaite en français.

Récemment, on a vu des articles (je pense notamment à un article de BFM) qualifier les auteurs autoédités "d'écrivains du dimanche", qui se rapproche également très fort de l'acception de "personne pratiquant un hobby", mais en y ajoutant une notion péjorative jouant sur le contraste entre "écrivain" et "du dimanche".

Avec un soupçon de malice, on pourrait renverser le sarcasme qui se cache derrière ce terme d'"écrivains du dimanche" pour affirmer que les amateurs, délivrés des soucis pécuniaires, sont les seuls véritables artistes, car les seuls à même de créer sans aucun souci de plaire, ni aucune considération pour le marché. 

Après tout, n'y a-t-il pas dans "amateur" le mot "amoureux"? Être amoureux de son art, je ne vois pas où est le problème là-dedans. Cela me paraîtrait même être un prérequis. 

De très nombreux auteurs se sont contentés d'être ces amoureux de leur art, produisant des œuvres de qualité en parallèle de leur métier alimentaire, un peu comme un dérivatif. Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault, que j'admire énormément, était dans ce cas. J.R.R. Tolkien lui-même était professeur d'anglais.

Robert E. Howard a quant à lui réussi à échapper à ce tropisme, cette tendance lourde, à force de travail et d'abnégation, en soumettant ses nouvelles à des pulps, célèbres magazines dont l'emblématique Weird Tales - concernant Robert E. Howard, si vous comprenez l'anglais, je ne peux que recommander de regarder le film The Whole Wide World.

Il est intéressant de constater que le travail de nouvelliste désirant se faire publier dans un magazine a pas mal de points communs avec celui de journaliste pigiste dans la presse écrite. Là encore, un autre satellite.

La société a beau mettre littéralement au Panthéon certains écrivains, il ne faut pas croire, elle garde les pieds sur terre, et nombreuses sont les personnes à considérer qu'écrivain n'est pas un métier. Ou alors, un métier de crève-la-faim. 

Les seuls vrais professionnels seraient les participants de la chaîne du livre, éditeurs, libraires, bibliothécaires, distributeurs, diffuseurs, publicistes, imprimeurs... plus les rarissimes auteurs qui se sont rendus indispensables à ce marché du livre, de par le nombre de lecteurs et fans qui les suivent. Comme avait su le faire R.E. Howard avec Weird Tales.

C'est pourquoi il me semble raisonnable de penser que par défaut, tous les auteurs sont considérés comme des amateurs. Ce qui explique, bien évidemment, les contrats extrêmement défavorables aux auteurs. Oui, pour un éditeur, il y a souvent "bonne poire" écrit en lettres invisibles sur votre front d'auteur.  

Et on peut penser que même les auteurs qui ont gagné en notoriété sont toujours considérés comme des bonnes poires par leur éditeur, dans la mesure où il n'ont pas montré une connaissance suffisamment intime du marché pour savoir où se situait leur meilleur intérêt. Pour gagner le respect de quelqu'un, il faut jouer le même jeu que lui, et non s'extraire du jeu en se disant qu'on est au-dessus de tout cela. Ce n'est pas pour rien si l'auteur qui vend le plus au monde, James Patterson, est aussi un expert en marketing.

Loin de moi l'idée de dire que l'on doit viser à devenir le prochain Patterson. Il en va souvent, tout simplement, de l'avenir de l'auteur: rares sont ceux qui arrivent à vivre à plein temps de leur plume, et s'ils y parviennent, ils ont intérêt, s'ils veulent maintenir cette activité d'écriture à temps plein, à se donner les armes pour y parvenir. 

Le bouleversement de l'autoédition par voie électronique

L'autoédition est une belle illustration du fait que la professionnalisation des auteurs découle d'un amateurisme de départ. Un journaliste qui voudrait parler d'écrivains du dimanche pourrait sélectionner des milliers d’œuvres autoéditées à titre d'exemple. Tout en oubliant, bien sûr, les auteurs qui ont une démarche vraiment pro. 

Si l'autoédition, en France, y compris par voie électronique, n'a pas vraiment changé le fait que très peu d'auteurs en vivent, le véritable chamboulement se situe en réalité dans la démarche: grâce à Internet, de plus en plus d'auteurs ont une démarche professionnelle, s'inscrivant dans un marché. Il n'y a que comme cela qu'ils s'attireront le véritable respect de la société, et qu'ils cesseront de se faire marcher dessus.

Le fait que la plupart des auteurs autoédités qui réussissent passent exclusivement par Amazon, lequel Amazon fonctionne presque en vase clos, est évidemment gênant.

Notez tout de même le "presque": Amélie Antoine, lauréate du prix de l'autoédition Amazon, va se faire publier par Michel Lafon, un éditeur traditionnel. Nul auteur n'est prisonnier d'Amazon. 

Le point le plus positif pour les auteurs et leur "viabilité financière" dans la société est bien que ce bouleversement dans la démarche - couvertures de plus en plus léchées, argumentaire percutant, liens tissés avec les lecteurs, notamment au travers de newsletters, des réseaux sociaux ou de blogs -  ait eu lieu. Bien que la concurrence ne soit pas pour l'instant à la hauteur d'Amazon, elle a le mérite d'exister, et d'avoir compris l'intérêt de soutenir les auteurs autoédités.

Si la tendance se poursuit, à la fois du côté des auteurs pour ce qui est de la professionnalisation, et des plates-formes pour la mise en valeur, il se pourrait bien qu'un beau jour, on se réveille en constatant que les auteurs ne sont plus considérés par les professionnels du livre comme des "hobbyists". 

mercredi 26 août 2015

How to Help your Editor

For independant authors like us, it is important to help each other, but also to help the person who gives the more help when editing and improving your book: your editor.

It is difficult for an author to pay for editing services: most authors don't sell many books. It is even tougher to find a good editor, and an affordable one.

I have been blessed with both, and when it was time to help Dawn Lewis (it's her name) in getting her editing services noticed, I decided to write a reference letter. Here it is: 

Working with Dawn on my Ardalia trilogy was both a great pleasure and a tremendous help for my books. She is fast, very responsive and was really able to enter into my Fantasy world.

I had been almost "burned" by other editors, and she saved my books. It was the first time I had the feeling of being really listened to. It was a great collaborative process in which we devised the best way to work together.

She has an eye for spotting the spelling mistakes and typos. One thing very important for me is that she didn't denature my work: with another editor, I had the feeling that my book was not so much mine, because of too much rewriting. It was damaging to my self-confidence, constantly questioning my writing style .

With Dawn, it was all to the contrary. With each correction, I had the feeling the book was strengthened . She had a better understanding of my work and what I was trying to achieve than any other editor .
My primary target was the north American market, and she edited the book for this specific target.  
 When her work was finished on the first book, The Breath of Aoles, the book was vetted by the Awesome Indies website, and the reviews became glowing ones.

In one phrase , I couldn't recommend her enough!

Alan Spade
Dawn's website

If you want to check her work on the first of my book, The Breath of Aoles, it is currently free on Amazon, Barnes & Noble, Apple and Kobo. Give it a try, and see by yourself!  

Link on Awesome Indies

lundi 17 août 2015

Vers un portail des auteurs indépendants ?

En me mettant à la place d'un site de ventes d'ebooks sur Internet, et en supposant que les responsables du site cherchent à élargir leur catalogue d'ebooks d'auteurs indépendants, je me suis demandé comment ce site s'y prendrait. De nombreux auteurs censés être indépendants ne le sont en effet plus vraiment, puisque ayant la totalité de leur catalogue en exclusivité sur Amazon. Les responsables du site de ventes d'ebooks pourraient certes aller consulter Smashwords ou Kobobooks, mais comment être sûr de ne pas être envoyé sur les roses dès le premier contact avec l'auteur? M'est alors venue l'idée d'un portail d'auteurs vraiment indépendants, qui rendrait ce contact plus facile.

On pourrait me reprocher de vouloir monter les auteurs les uns contre les autres avec cette idée d'auteurs "vraiment" indépendants.  Malheureusement, Amazon l'a déjà fait.

En truquant son système de classement pour rendre les ebooks exclusifs à Amazon plus visibles que les autres, le site de Jeff Bezos permet à ces auteurs exclusifs, qui sont déjà presque des auteurs maison, de passer devant sur les différentes listes de bestsellers. 

En effet, devenir exclusif à Amazon, c'est aussi enrôler son ebook dans Kindle Unlimited. Une fois l'ebook dans Kindle Unlimited, chaque téléchargement dans le cadre de cet abonnement de 9,99 € par mois compte dans les listes de bestsellers comme une vente, même si l'ebook n'est pas lu. 

D'où le regain de visibilité. Qui ne se fait pas en l'occurrence forcément parce que le livre est meilleur, mais parce que l'auteur a refusé de le rendre accessible aux autres sites. 

Evidemment, il n'y a rien d'automatique. On peut très bien être sur Kindle Unlimited et rester invisible, sans aucun téléchargement. Amazon joue sur le fait qu'une partie non négligeable d'auteurs développe des talents marketing et promotionnels, qui sont de toute façon indispensables dès lors que l'on veut s'autoéditer un peu sérieusement. 

On pourrait estimer que Kindle Unlimited est une stratégie marketing comme une autre pour les auteurs, mais à partir du moment où cette stratégie induit une distorsion de concurrence majeure (1 million d'ebooks exclusifs à Amazon, comme déjà évoqué dans mes autres posts, contre 400 000 pour Kobo au niveau mondial), il y a selon moi un très gros risque. 

Le risque que de plus en plus d'auteurs amènent leurs lecteurs sur Amazon, privant les autres sites de ces mêmes lecteurs, et le risque, donc, à terme, pour les auteurs, de ne plus être indépendants du tout, c'est à dire de dépendre d'une seule source pour leurs revenus ebook. Ce qui est évidemment très dangereux, comme nous l'a appris l'expérience de l'édition traditionnelle. 

N'oublions pas que Kindle Unlimited (KU) est un système de souscription artificiellement financé, qui subventionne pour l'instant les auteurs bien au-delà de la réalité économique de l'argent rapporté par les quelques 1,1 million de personnes inscrites dans KU au niveau mondial. 

Je suis en effet persuadé que le fonds mondial est bien plus important que les 10 millions d'euros annoncés, et il faut aussi tenir compte des frais de fonctionnement du système de souscriptions. 

Cela explique pourquoi Kobo n'a pas lancé son système de souscription, et pourquoi Scribd a connu des déboires: les auteurs devraient être payés beaucoup, beaucoup moins que 0,00529 € la page (le tarif actuel) pour que le système soit rentable, compte tenu du nombre d'inscrits et de pages lues chaque mois.

Mais revenons à nos moutons. En tant qu'auteur indépendant, j'ai déjà été contacté par des plates-formes de vente. Youboox, par exemple, justement un système de souscription. Chapitre.com.

Je n'ai pas donné suite pour Youboox parce que je ne suis pas intéressé par un site qui ne travaille qu'à l'abonnement. L'abonnement constitue une bonne affaire pour les lecteurs, et donne de la visibilité aux auteurs, mais seul un système permettant à la fois l'abonnement et la vente directe, comme le fait Amazon, peut permettre une rémunération décente pour l'auteur.

Je renvoie ici à mon article sur la lecture équitable. 

J'ai arrêté de travailler avec le portail ebook de Chapitre.com, parce que l'idée de devoir envoyer moi-même des factures à chaque vente d'ebook mensuelle me paraissait extravagante par rapport à ce que proposent les plates-formes Kindle, Kobo, Apple et Google. Donc tous les concurrents majeurs. 

On voit donc que ce n'est pas parce que des auteurs seraient présents sur ce portail d'auteurs indépendants qu'ils seraient prêts à travailler avec des sites dans n'importe quelles conditions. Nos partenaires ont des critères de qualité sur les ebooks qu'ils souhaitent voir publiés sur leurs plates-formes? Nous avons des critères de qualité se rapportant aux conditions de publication, de rémunération, de transparence des ventes, et de facilité globale d'usage du site de publication.

Je pense que ce portail indépendant, s'il est mis un jour en place, devrait permettre aux auteurs de poster eux-même les informations sur leur livre, à l'instar de Smashwords. 

Il comporterait des informations propres à ce site:

- chez quels revendeurs est déjà proposé l'ebook (liens inclus)
- comment contacter l'auteur? (formulaire de contact présent dans le site)
- préférences de paiement: système automatisé ou envoi de factures par l'auteur
- DRM (verrou numérique)? Oui/non
- l'auteur accepte-t-il de travailler avec un distributeur numérique de type Immatériel? 
- l'auteur accepte-t-il de travailler avec un service d'abonnement de type Youboox?

Vous me direz, Smashwords remplit déjà pas mal de ces fonctions, puisqu'il référence de nombreux canaux de distribution, et joue le rôle de distributeur numérique. 

Mais justement, les auteurs indépendants n'ont pas forcément envie (et c'est d'ailleurs mon cas) de fonctionner avec un distributeur numérique. Nous préférons parfois le rapport direct avec chaque revendeur, pour des raisons de contrôle sur le contenu, de transparence des ventes et des délais de règlement. 

En plus de cela, Smashwords reste anglophone, et n'est pas forcément adapté ici en France.

Je suis persuadé qu'il faut un contrepoids, aussi modeste soit-il, à ces conditions d'exclusivité d'Amazon. En ce sens, un site permettant une visibilité aux auteurs réellement indépendants (avec au moins 90% de leur catalogue multi-plates-formes) me paraît indispensable. 

Evidemment, la question du nombre de ventes par plates-formes se pose aussi. Pourquoi faire la démarche de mettre son ebook sur une plate-forme, si celle-ci ne génère aucune vente?  Je reconnais par exemple avoir retiré mes ebooks de Youscribe parce que les ventes n'y étaient pas au rendez-vous.

Je n'ai évidemment ni l'expertise technique, ni le temps pour créer un tel portail d'auteurs indépendants. Je n'ai pas fait d'étude de marché pour savoir si un tel site pourrait réellement correspondre à un besoin de la part de sites de revendeurs d'ebooks, qui chercheraient à référencer des ebooks non exclusifs à Amazon. 

Le cherchent-ils vraiment, d'ailleurs?

Si un tel besoin devait se faire sentir, et si suffisamment d'auteurs voulaient se joindre à moi pour financer ce site, je serais prêt à mettre la main au porte-monnaie. Ou peut-être pourrait-on imaginer un partenariat avec un site d'auteurs tels qu'Iggybook.

Cela fait tout de même deux gros "si", mais l'idée est lancée.


N'hésitez pas pas à laisser vos idées en commentaire, ou encore à y référencer des sites d'auteurs indépendants que vous connaîtriez.

lundi 3 août 2015

Kindle Unlimited est-il viable par lui-même ?

La question de savoir si le service Kindle Unlimited (KU) d'Amazon est viable par lui-même pour Amazon pourrait sembler anecdotique pour nous autres auteurs. Après tout, du moment que des auteurs indépendants peuvent en tirer profit, ils n'ont pas forcément envie de se poser la question. Et pourtant... Si KU ne rapporte pas assez par le produit de ses abonnements, c'est qu'Amazon doit y injecter de l'argent. Ce qui signifie que tous les auteurs KU deviennent de facto des auteurs subventionnés. Or, un robinet à subvention, cela peut se fermer à tout moment. On peut le faire de manière brutale, en coupant le service, ou plus subtile, en modifiant les règles. Et s'il y a une chose dont on peut être sûr, c'est que les règles de Kindle Unlimited changeront de nouveau. 

L'abonnement à Kindle Unlimited revient à 9,99€ (ou $, selon les pays) par mois. Or, Amazon a annoncé pour juillet 2015 un fond mondial de 10 millions d'euros. Est-ce que cela signifie qu'il existe dans le monde 1 million de personnes ayant souscrit à KU? J'en doute. 

Mais même si c'était le cas. Combien en moyenne une personne inscrite à KU télécharge-t-elle d'ebooks en un mois? Combien lit-elle de pages? Deux questions fondamentales, pour lesquelles nous n'aurons pas les réponses, Amazon étant très secret sur ses chiffres. 

Ce que nous connaissons, c'est la tarification de Kindle Unlimited. Une lecture rapide des tarifications en suivant ce lien amène à penser que pour un livre de 200 pages emprunté et lu dans sa totalité par une personne, l'auteur touche 20€. Presque trop beau pour être vrai, sauf qu'évidemment, rares sont les livres à être lus en totalité.

Donc, admettons qu'il y ait 1 million d'inscrits sur Kindle Unlimited dans le monde et que ces personnes, plutôt que de télécharger des ebooks de manière illimitée comme le prévoit le service, se consacrent à la lecture de votre ebook de 200 pages. 

Bravo, vous venez de gagner 20 millions d'euros! Avec un seul ebook! Sauf que le fond mondial est de... euh, 10 millions d'euros. 

On voit bien que mathématiquement, il y a quelque chose qui cloche. Le site de tarification évoque, pour un livre de 200 pages emprunté et lu dans sa totalité 100 fois, la formule suivante: "10 millions € multipliés par 20 000 pages attribuées à cet auteur, le tout divisé par les 100 000 000 pages au total". 

Il faut donc qu'il y ait eu 100 millions de pages lues au total sur Kindle en un mois pour obtenir ce tarif. Pas davantage. Cependant, les spécialistes s'accordent à penser que le chiffre total de pages lues en un mois sur Kindle serait plutôt de 1 milliard 666 millions. 

Là, il faut refaire le calcul, et cela revient à 0,006 € la page, soit 1,20 € le livre de 200 pages. A vérifier avec les paiements à venir.

On s'aperçoit donc qu'il y a une forme de partage fait avec ce pot commun de 10 millions d'euros. 

On peut aisément conjecturer, si KU connaît du succès (ce qui est le cas) et qu'Amazon souhaite continuer à payer suffisamment les auteurs pour chaque ebook emprunté, de manière à ce que les auteurs ne quittent pas ce service, qu'Amazon mette davantage d'argent sur la table.

Parce que plus le nombre de pages lues augmentera, plus la paie pour les auteurs diminuera.

Mais cet argent sera-t-il couvert par le produit des inscriptions au service? L'est-il, d'ores et déjà? On peut fortement en douter, surtout lorsque l'on sait que la plate-forme concurrente, Scribd, a dû bannir 200 000 ebooks de son catalogue, car les lecteurs de ces ebooks, de la romance, avaient tendance à trop télécharger, ce qui remettait en cause son modèle économique. 

J'évalue personnellement à 99% de chances le fait que Kindle Unlimited, en lui-même, soit déficitaire, et qu'Amazon y injecte de l'argent venu d'autres bénéfices. 

Pourquoi Amazon irait-il injecter de l'argent dans un service déficitaire? Tout simplement parce que les ebooks peuvent être un moyen d'attirer sur le site des clients qui y achèteront autre chose que des ebooks. C'est aussi très bon pour l'image et la réputation de générosité du site auprès de ses clients. 

Cela donne de surcroît un avantage de compétitivité énorme à Amazon par rapport à ses concurrents sur l'ebook, et ce d'autant plus que les ebooks Kindle Unlimited, sauf rares exceptions comme la série des Harry Potter (oui, Harry Potter est dans KU), sont exclusifs à Amazon, en raison des règles propres à KDP Select (KDP Select permettant à un ebook d'auteur indépendant d'être enrôlé dans Kindle Unlimited). 

Un million d'ebooks exclusifs à Amazon! Sacré avantage de compétitivité, tout de même...  

Certains auteurs, sur la planète Internet, se demandent de manière romantique si à l'instar de Robin des Bois, Amazon ne reverserait pas dans Kindle Unlimited sa marge de 30% sur les ebooks vendus par les gros éditeurs. L'ironie de la chose aurait de quoi faire sourire n'importe quel auteur indépendant.

Il n'empêche que cet argent reversé s'assimile à de la subvention. Quand un pays européen subventionne certains secteurs de son économie, les autres pays européens sont en droit de protester qu'il y a une distorsion de concurrence, et qu'ils ne peuvent plus lutter à armes égales. 

Dans le domaine de l'ebook, Amazon règne aux Etats-Unis de manière si écrasante sur le marché que l'on peut commencer à parler de monopole. En subventionnant massivement les auteurs indépendants qui rejoignent Kindle Unlimited, il me paraît évident qu'il va mettre très rapidement en danger, ou sous l'éteignoir, les concurrents que sont Kobo, Apple et Google. 

Regardons les choses en face: Kobo, avec ses 400 000 ebooks en tout (contre un million d'exclusifs à Amazon, et trois millions en tout, rappelons-le), n'a pas les moyens de lutter contre Amazon. Apple et Google ont les moyens financiers, mais ils sont trop en retard. 

Apple s'intéresse avant tout à la musique (pour rappel, Steve Jobs ne croyait pas en l'avenir de la lecture) et Google n'a pas forcément envie d'investir un milliard de dollars pour concevoir sa propre liseuse numérique (ce qui me paraît indispensable pour lutter contre Amazon) liée à un site qui tienne vraiment le choc. 

En plus de cela, le streaming, dans les domaines de la télévision (Netflix) ou de la musique, a le vent en poupe, avec des résultats en nette hausse. Les services de souscription (streaming) Spotify et Pandora ont ainsi connu une hausse de 46% en 2014, contrairement aux ventes de MP3 chez Apple, en baisse de 13%.

Cela fait proclamer à des auteurs comme Joe Konrath que la lecture en streaming est l'avenir de l'ebook. 

Et Amazon, bien sûr, de surfer sur la vague dont ses concurrents ne peuvent profiter, par manque de moyens financier. 

En réalité, le modèle de souscription est désastreux pour les auteurs. Je l'avais classé juste un degré au-dessus du piratage dans mon article sur la lecture équitable. 

Je pourrais malgré cela l'utiliser ponctuellement s'il n'y avait pas de condition d'exclusivité: en effet, en tant qu'auteur indépendant, je n'hésite pas à mettre des ebooks entiers gratuits de manière permanente afin d'améliorer la visibilité de mes livres. 

La visibilité se paie.

Sans exclusivité, un système de souscription pourrait être un système de remplacement idéal pour les ebooks en permafree (gratuité permanente), mais je ne l'utiliserais que pour la visibilité: en aucune façon, je ne compterais faire de l'argent avec des ebooks en souscription. C'est d'ailleurs ce que font les artistes de la musique avec Deezer et autres. Ils l'utilisent pour être mieux connus et remplir les salles au moment des concerts. 

Le fait que pour l'instant, KU soit en fait souvent rentable pour les auteurs qui y sont, et permette une meilleure visibilité (à chaque emprunt, votre ebook monte en classement, même s'il n'est pas lu) n'est à mon avis que provisoire et fortement artificiel. 

En tant qu'auteur indépendant, je n'ai pas envie de baser mon modèle économique sur un effet d'aubaine. Je n'ai pas envie d'être subventionné pour mon travail. A bâtir sur des sables mouvants, ce n'est pas le ciel, mais mon propre toit qui me retomberait sur la tête.

[EDIT 16 août 2015] : Le prix de la page Kindle Unlimited est de 0,00529 euros. Cela signifie qu'un roman de 200 pages rapporte à l'auteur KU 1,05 euros, et un roman de 400 pages, 2,11 euros. Mais ce n'est pas gravé dans le marbre, et je fais le pari que la rémunération sera à la baisse dans les mois à venir. 

mardi 14 avril 2015

Do digital goods "want" to be free?

The huge success of the Internet mainly comes from the instant sharing of data and information, but also from the sharing of works that technology allows us to digitize: books, and particularly ebooks, music (MP3 format), movies (DivX format) video games, and even online encyclopedias like Wikipedia. Some Internet theorists go so far as to say that digital goods (data that is summarized with 0 and 1 in various forms, encompassing books, music and video) "want" to be free, which is summarized in this sentence: "information wants to be free". The most "activist" ones, anarchists from the cyberpunk movement, think that all digital goods should be free.

One could say that the universal sharing allowed by the Internet is the only form of communism that has succeeded in reality, a utopian dream at work. And a utopian dream that works, apparently.

This constant sharing is making society evolve, and has helped revolutions to happen by speeding them up, like the Arab Spring.

That sharing allows a huge number of individuals to access culture, in a better way than libraries and multimedia libraries. We can only welcome that fact.

The English term "free", with its dual meaning of "free of charge" and "open" can be misleading. You have to distinguish between software, websites or applications that are part of a sharing philosophy like Wikipedia or Open Office and, for example, free works that are constantly promoted (permafree). 

The permanent information is combined in all its forms: both the simple exchange of facts and the authentic reality show of everyday life, which everyone can broadcast and orchestrate via Facebook, among others. At the same time authors, actors and directors of our respective slices of life. For better or for worse.

With digital technology, no more barriers: most of the paid works, in any case, the popular works, are available on illegal websites.

Except, of course, for the guilty feeling when one downloads illegally.

That little guilty twinge? According to theorists of the Internet whose thinking belongs to some of the cyberpunk currents, this is no more than an out of place thing from the past: from the moment that a digital item can be duplicated in an unlimited way by anybody without spending any resources, that item loses all its economic value.

That's the very argument the thriller author Joe Konrath has produced when debating with me in the comments section of his blog.

This argument may seem irrefutable as economically speaking, it perfectly answers the law of supply and demand: when you are able to freely duplicate digital works in as great a number as there are grains of sand in the desert, to use an analogy, each of these works is worth nothing more than a grain of sand in the desert.

And indeed, the resources needed to copy digital goods, once you have paid off the cost of the digital device, amounts only to the electricity you use, and may seem insignificant.

However, if you push the argument further, as soon as your attorney sends you your property file by email, it's because all his work has been digitized. So, this file is no longer worth anything, because it's digitized. Great, you don't have to pay your attorney anymore!

But let's go a step further into absurdity. Your deed of property is digitized. The same deed that makes you a happy owner. But wait... Not so happy, in fact, because the act of property is digitized, and is no longer worth anything! Your house no longer has any value, it belongs to everybody. Gulp.

No, no, the cyberpunks will answer, your house belongs to you, because if someone tries to take it from you, you can call the cops, and they will give it back to you. If the digital goods have no value, it's because it's impossible to protect them adequately, and because they can be hacked as often as needed.

Do you see my point? When you scratch the surface, the point of the supporters of the theory aiming at stretching the expression "information wants to be free" to digital goods as a whole is nothing but the mechanical expression of the right of the strongest. Since it's possible to hack digital goods, since everybody can benefit from that at one point, it's because those goods, economically, have no value. The fact that the book industry weighs billions of dollars is a kind of economic aberration, a relic of the past.

My interpretation of the anarchist cyberpunk line of thinking is: "since I cannot attack classic property, I'm attacking intellectual property."

The paradox is, if you follow the line of thinking of those theorists, you have to get a bullet-proof shield in order to give back value to these goods. Goods that would then become more awkward to use, and therefore, less valuable.

When speaking about ebooks, that is what the publishers try to do: enhance the protection, but to no avail, because the hackers always find the flaw within the protection systems.

I am sure that many authors fear piracy. Some would certainly prefer for ebooks not to exist, and those are the same who see their publisher as the ultimate shield, able to protect their intellectual belongings.

The same publishers who overprice the ebooks, making them primary targets for both the hackers and the readers.

The same publishers who exploit authors, making the act of writing an ancillary activity demanding a day job to be supported.

The same publishers who masterfully play the scarcity model, windowing the release of books to increase the readers' frustration, which leads to more income for them.

On the contrary, as far as I am concerned, ebooks are a blessing. I broadcast free ebooks consistently (permafree ebooks) in order to get discovered and to sell my novels.

Nowadays, one often finds something like fifteen novels bundled priced at $0.99. According to Mark Coker, the founder of Smashwords, authors who use permafree for the first novel of their series are selling better than the others.

Such prestigious authors as Kristine Kathryn Rusch have occasionally, with their peers, put one of their novels in a bundle priced (for a limited time) for almost nothing. Sometimes authors put whole series at $0.99, or for free.

Better still, Joe Konrath has for his part invited everybody to steal his ebook as early as 2010, hacking it or downloading it. Doing this, he followed Cory Doctorow's example, who has proved that it's possible to sell ebooks while making them easy to hack, or putting them for free on his website.

That could seem counter-intuitive: why do people buy ebooks when they could download them for free? The answer in one word is gratefulness. They enjoyed the book, and want to prove their gratefulness by buying the book or its sequel, or by recommending it.

It must be acknowledged: that's a wonderful thing. But it will only stay that way if people are taught digital technology. They buy, because they are able to feel that guilty twinge when they download illegally. They feel guilty because they know efforts, time and the author's work were needed for the ebook to exist, and because they know the ebook is part of the economic system. 

Bottom line: if people begin to think digital technology is a given, we can forget any hope to make a living with digital goods. As I demonstrated, the huge discoverability issue weighs on all authors, encouraging them to give free stuff away. 

We also saw come hurtling offers like Kindle Unlimited, very seductive offers for hardcore readers, but prejudicial to such concepts like Fair Reading. Let's say it, prejudicial for the authors' income. 

Remember that debate I alluded to with Joe Konrath? The subject was Ebooks Are Forever, an online service that will allow librarians, in the future, to benefit from unlimited uses of ebooks bought once on the EAF website.

Which means that all ebooks bought under unlimited uses will become available for unlimited lending for the readers. A kind of Kindle Unlimited, but a free one this time - no longer priced at $9.99 a month. 

How can we manage to teach our children about the value of the ebooks if they become legally permanently free on the libraries' websites? Even if the project of EAF plans the ebooks to be lent only for a two week period of time, the reader would just have to switch libraries' websites to get her free ebook.

Above all, how could we provide a better defense to people who download illegally? "In any case, it's free on the libraries' websites, it's just more convenient for me to avoid the two weeks lending period."

Don't get me wrong, I'm all for libraries. I just want the uses to be limited, keeping the formula: one ebook sold, unlimited lending through time, but just one person at a time. 

I was speaking about frustration a bit earlier. I think that the publishers place the frustration slider too high. They also price too high. Amazon got it and launched Kindle Unlimited. As for us, self-published authors, we place the slider too low, so low that it becomes difficult to see the slider. Individually, we may place it at some level, but collectively,  seeing all the free ebooks, one may infer that we don't seek to make a living with our works. 

However, that slider is still there. I won't put the blame on an author who sets her 24 novels permanently free, provided she is able to prove me that she can make a living with the 25th novel.  

Going back to work in the fields or building our house with our own hands could be a blueprint for society, if you deem that all the intellectual activities are just ancillary.  I think I can say, though, that intellectual work, and the income that follows, is a great progress of the human being, provided he is able to make a decent living out of it.

Then yes, this blog post is provided freely to you, without any ad in order for me to make a return on investment. Doing that, I benefit from the fantastic freedom of the Internet. I can offer you an article, if I decided to do so.

There is no longer any economy if all becomes free. There is no economy without a frustration, from time to time. Let's learn to place the slider back at the proper place. Or else, give me a new blueprint for society with everything free, a consistent and successful one preferably.