Affichage des articles dont le libellé est tendances autoédition. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est tendances autoédition. Afficher tous les articles

lundi 17 avril 2017

Pourquoi mon roman n'aurait pas dû être finaliste du Prix Fantasy des Booktubeuses

Le légendaire Syndrome de l'Imposteur aurait-il encore frappé? Je ne pense pas. Le Prix Fantasy des Booktubeuses, pour lequel mon roman Le Souffle d'Aoles a été finaliste, en est à sa deuxième édition et se cherche encore. Je pense que la formule est à revoir en ce qui concerne le processus de sélection des œuvres finalistes. Dans quel objectif? Eh bien, afin de faire réellement de ce prix de Fantasy celui des Booktubeuses.

Plus de 300 ebooks ont été envoyés à Bookelis, l'organisateur du Prix Fantasy des Booktubeuses. L'auteur de Fantasy Olivier Gay a sélectionné les trois romans finalistes. Puis les trois Booktubeuses, Nine, Bulledop et Lili, ont réalisé une vidéo chacune concernant les trois finalistes, avant de désigner le lauréat, Les Fils de la Terre.

Je remercie Olivier Gay d'avoir sélectionné mon roman, mais je pense que ce sont les booktubeuses elles-mêmes qui auraient dû sélectionner les trois finalistes. Pourquoi? Regardez bien chacune des vidéos qu'elles ont posté : 

Première vidéo : les lectures de Nine, 11 avril


Deuxième vidéo : Bulledop, 12 avril


Troisième vidéo : Lili bouquine, 13 avril



Quel est le point commun, pour les trois romans finalistes, et pour chacune des booktubeuses? 

Cela me semble flagrant: elles ne sont rentrées dans aucun des trois livres. A chacune de leur lecture, il a fallu qu'elles s'accrochent. 

Même pour le roman lauréat, Les Fils de la Terre, le coup de cœur n'est venu que dans un second temps.

Je suis persuadé que si les trois booktubeuses avaient choisi elles-mêmes les finalistes, on aurait eu trois autres livres, des livres qui les auraient accrochées beaucoup plus tôt dans leur lecture. 

Si j'étais juste un lecteur qui suit les chaînes vidéo de Nine, Bulledop et Lili, je me féliciterais de l'impartialité de mes booktubeuses préférées, mais je me poserais la question : pourquoi avoir choisi ces romans-ci?

Parce que je saurais que ces booktubeuses ont déjà chroniqué des livres qui étaient vraiment leur chouchou, et que là on est loin du compte. 

Mais je n'écris pas ce billet en tant que lecteur. Je l'écris en tant qu'auteur participant, dont le roman, Le Souffle d'Aoles, a été finaliste. 

J'essaie de jouer un rôle en faveur de la communauté des auteurs autoédités, et je considère donc qu'il est de mon devoir d'évoquer les retombées de ma place de finaliste. 

Je le considère d'autant plus qu'à mon avis, la plate-forme Bookelis fait du bon travail dans son appui aux auteurs autoédités, et que ce prix de Fantasy mérite d'être optimisé pour les prochaines années. 

Au moment où j'écris ces lignes, la vidéo de Nine en est à 7260 vues, celle d'Emilie (Bulledop) à 4491 vues, et celle d'Allison (Lili) à 1747 vues. Donc, 13 500 vues cumulées. 

Sachez que je n'ai vendu qu'un seul ebook du Souffle d'Aoles entre le 10 avril et aujourd'hui, le 17 avril, sur la plate-forme Google Play. 

Voici par exemple mes ventes du Souffle sur Amazon pour la période du 18 mars au 17 avril:  



Une seule vente, mais le 30 mars, bien avant que les vidéos ne soient mises en ligne.

Malgré cette absence de ventes directes, je suis heureux que mon livre ait bénéficié d'un surcroît de visibilité grâce aux vidéos des booktubeuses, parce que chaque petite chose peut aider à la notoriété d'un livre, et que la notoriété peut favoriser des ventes ultérieures, et en particulier en dédicace. 

J'aurais tout de même apprécié que Nine, Emilie et Allison fassent figurer deux liens dans leurs vidéos pour chaque livre, un lien vers la page des ebooks sur la Fnac et l'autre sur Amazon. 

C'est ce que j'ai fait dans mon billet annonçant la gagnante du prix, Stéphanie Barrabino.

Posez-vous la question: pensez-vous que le prix Goncourt serait aussi prestigieux s'il ne générait aucune vente? 

J'ai le sentiment que les 400 000 ventes que permet le prix Goncourt ont un lien avec le prestige de ce prix. 

Je peux me tromper, bien sûr, mais j'irais jusqu'à dire qu'il est dans l'ADN d'un prix littéraire de favoriser les ventes. 

Tel qu'il est structuré, le Prix Fantasy des Booktubeuses aurait dû permettre au moins quelques ventes pour les trois finalistes. 

Maintenant, certains d'entre vous se demandent peut-être pourquoi Bookelis a fait le choix de faire sélectionner les trois finalistes par un auteur de Fantasy et non par les booktubeuses. 

Il faut savoir que le travail de sélection des œuvres prend beaucoup de temps. Or, l'une des booktubeuse, Nine Gorman, est elle-même romancière. Vous pouvez retrouver le prologue de son roman Le Pacte sanguinaire sur Wattpad

Les deux autres booktubeuses, Emilie (Bulledop) et Allison (Lili) sont des libraires, et Allison écrit également. Ce sont des lectrices éclectiques, mais pas forcément des spécialistes de Fantasy, comme vous le confirmera cette vidéo de présentation. Elles n'ont aucun préjugé à l'encontre des livres autoédités, même si leur fonction de libraire les amène à lire davantage de livres édités traditionnellement.

Lire trois livres prend donc beaucoup de temps, auquel vient s'ajouter leur métier, et le travail lui-même sur les chaînes Booktube.

Donc de prime abord, le choix de Bookelis de faire sélectionner les trois finalistes par un spécialiste de la Fantasy pouvait paraître sensé. 

Il me semble évident qu'en réalité, cette formule ne fonctionne pas.

Comme je voulais écrire un billet le plus constructif possible, j'ai réfléchi au moyen de faire en sorte que les booktubeuses puissent réellement s'approprier ce Prix, et les romans choisis. 

En plus de sa présentation de type quatrième de couverture, chaque roman devrait être accompagné d'un pitch en trois ou quatre lignes maximum. 

Le comité de lecture de Bookelis devrait faire une sélection des cinquante meilleurs romans parmi ceux qu'on leur envoie. 

Une fois ces romans choisis, ils seraient envoyés avec leur pitch et leur quatrième de couverture aux booktubeuses.

Nos trois booktubeuses devraient trier les cinquante pitchs qui les attirent le plus, par ordre de préférence. Elles devraient à ce stade se concerter une première fois pour bénéficier de la même liste, hiérarchisée dans le même ordre. 

Cela ne prendra pas trop de temps, puisqu'on parle de quelques lignes à lire à chaque fois.

Ensuite, elles devraient lire dans le même ordre les quatrième de couverture de chaque livre, puis les dix premières pages. 

Si l'une d'elle tombe sur un roman pour lequel elle va être accrochée dès les premières pages, elle prévient les deux autres. 

Si les trois sont d'accord avec son choix, elles conviennent d'aller plus loin. Dans ce cas, elles lisent la suite du roman, et ne stoppent que si elles sont arrêtées dans leur lecture parce qu'elles décrochent.

Elles continuent ensuite la liste pour le deuxième finaliste et le troisième. 

Si les choses se passent bien, en plus des trois romans finalistes, elles ne devraient avoir à lire qu'une centaine de pages. Le surcroît de travail par rapport à la formule actuelle ne me semble pas excessif.

Si l'on avait procédé ainsi, mon livre n'aurait pas été choisi, cela me paraît évident.

Mais peu importe: l'idée d'avoir trois finalistes, et des vidéos correspondantes, me paraît très bonne. Selon moi, il faut vraiment que les booktubeuses s'approprient ce prix, ainsi que les livres finalistes. Et tant pis si elles ne sont pas vraiment des spécialistes du genre, ce n'est pas le problème!

Cela irait complètement dans le sens de leurs chaînes Youtube, qui sont des chaînes de passionnées visant à faire partager leur passion, et à provoquer l'envie de lire. 

lundi 6 mars 2017

Nous sommes nos propres labels de qualité

Il existe un débat amical à l'heure actuelle entre auteurs indépendants pour savoir s'il faut mettre en place un label de qualité des auteurs indépendants. Il semblerait que ce label soit réclamé par de nombreux lecteurs. Je suis dans l'autoédition depuis suffisamment longtemps pour avoir mené cette réflexion de manière assez intense avec d'autres auteurs il y a déjà plusieurs années, et mon avis là-dessus est tranché: l'idée du label est une perte de temps. Certains disent qu'il n'y a pas un label de qualité, mais des labels de qualité, et je suis d'accord. J'irais même plus loin, chaque auteur indépendant est son label de qualité, de la même manière que chaque maison d'édition est son label de qualité.

Sous l'impulsion de la romancière Elen Brig Koridwen, un groupe, ou fédération des Auteurs Indépendants s'est mis en place. Ce groupe, que je soutiens, se veut avant tout un site ressource pour les auteurs. Vous retrouverez le site officiel en suivant ce lien

C'est principalement cette Fédération qui mène en ce moment une réflexion sur le label de qualité, sur ce groupe Facebook.

En parallèle, l'Alliance des auteurs indépendants (AAIF) a été lancée par l'auteur Neil Jomunsi, sorte de syndicat des auteurs indépendants. Constatant l'existence du groupe des Auteurs Indépendants, Neil a cependant préféré s'effacer au profit de ce dernier. 

D'autres ressources existent, créées par et pour les auteurs indépendants. Me viennent pêle-mêle à l'esprit l'indispensable Mag des Indés de Chris Simon, le site ebookgang, pour les lecteurs, mais utilisé comme site promotionnel par les auteurs, le site Espaces comprises, le blog de Jacques Vandroux, et le site Indylicious, centre de presse destiné à faire la promo des auteurs indépendants. 

L'idée de pouvoir avoir un centre de ressources où sont regroupées toutes les initiatives des auteurs indépendants me semble donc bonne, car on le voit, ça foisonne! 

Mais si vous voulez connaître mes raisons contre le label de qualité, lisez l'article de Neil Jomunsi. Je suis entièrement d'accord avec ses arguments, et notamment ce passage: En créant des différences labelisées entre les différents ouvrages, on ne fait ni plus ni moins que reproduire le travail d’un éditeur, sans les moyens – ce qui semble assez bizarre quand on se lance justement dans la publication indépendante. 

Je comprends et partage le désir d'Elen et de bien d'autres que notre travail soit reconnu pour sa qualité par des tiers indépendants, qui pourraient donner une sorte de "coup de tampon officiel" à la qualité de nos ouvrages. 

Ce travail sur la reconnaissance de la qualité, on peut le faire, bien sûr, mais je préfère prévenir Elen: c'est épuisant de se lancer là-dedans.

Il existe des structures composées d'auteurs indépendants qui choisissent des textes indés sur des critères de qualité, et notamment le magazine l'Indépanda

Je ne veux rien décourager, bien au contraire: j'ai soutenu le projet l'Indépanda en leur soumettant l'une de mes nouvelles, Le Vagabond, et j'ai eu la fierté de le voir sélectionné pour le numéro 2 du mag. 

J'ai aussi été heureux de voir rassembler ainsi des textes de qualité dans des magazines facilement téléchargeables au format ebook sur Amazon. 

De même, quand j'ai vu que Bookelis, site de bonne réputation d'aide à l'autoédition, lançait cette année, pour la deuxième année le Prix Fantasy des Booktubers, j'ai sauté à pieds joints: un prix de la Fantasy pour les auteurs indés, et qui ne soit pas organisé par Amazon? Bien sûr que l'on peut compter sur moi! 

Non pas que je ne soutienne pas Amazon, mais je ne souhaite pas que la notion d'auteurs indépendants devienne l'équivalent chez le grand public, à force d'incitation à l'exclusivité, d'"auteurs Amazon". 

Tout cela est utile, mais prix ou label, cela demande du travail, c'est souvent le projet de deux ou trois personnes, et comme n'importe quelle petite maison d'édition, c'est très fragile. 

Par ailleurs, j'ai presque terminé (91% sur ma liseuse) le formidable roman d'Elen Brig Koridwen, Les trois Sages, Elie et l'Apocalypse. Incroyable d'érudition et de maîtrise, et très prenant!

Eh bien ce roman est en lui-même son propre label de qualité. Non pas qu'il n'aurait pas besoin d'être davantage connu, bien sûr que c'est le cas! 

En fait, je préfère que la romancière continue à écrire et faire sa promo plutôt que d'épuiser son énergie dans des structures qui sont avant tout dévoreuses de temps, dont l'efficacité en terme de diffusion envers les lecteurs est encore à construire intégralement, et qui resteront de toute façon fragiles par définition. 

En revanche, je me positionne en faveur de sites ressources qui ne demandent pas trop d'investissement. L'idéal pourrait sembler être une sorte de Wikipédia des auteurs autoédités, mais même cela demanderait énormément d'investissement en temps pour les modérateurs/correcteurs des articles. 

Nous cumulons déjà beaucoup de casquettes en tant qu'auteurs autoédités. A-t-on vraiment besoin de créer de nouvelles structures, ou la structure globale pour la recherche de qualité et la recherche de ressources n'existe-t-elle pas déjà, sous la forme d'Internet?

jeudi 27 octobre 2016

Le Produit National de Livres par habitant

Je me pose ces derniers temps la question de savoir quelle est la tendance dans les maisons d'édition, notamment en France: reçoivent-elles plus ou moins de manuscrits ces dernières années? L'essor de l'autoédition est-il un frein à l'envoi de manuscrits aux éditeurs? Et plus généralement, combien de manuscrits inédits sont envoyés aux éditeurs, et combien sont autopubliés chaque année? Enfin, quel est le Produit National de Livres par habitant en France sur une année? 

Ce terme précis de Produit National de Livres par habitant, je ne l'ai pas trouvé lors d'une recherche rapide sur le net. Il est donc possible que j'en sois l'inventeur - en tout cas, je ne crois pas en avoir entendu parler avant.

De même, la notion de mesure de l'activité créatrice d'un pays dès lors qu'il s'agit de livres ou même d'art et de culture me semble aussi assez innovante, en toute modestie. Je pense que cette notion peut revêtir un grand attrait au niveau sociologique.

L'une des particularités du mouvement des auteurs autoédités dans lequel je m'inscris, c'est que nous sommes attachés à la mesure de notre activité. Le site Author Earnings nous permet ainsi de mesurer l'impact en termes de ventes des auteurs autoédités et auteurs publiés traditionnellement, principalement d'ebooks, et principalement publiés sur Amazon Etats-Unis. On peut ainsi comparer.

Le dernier rapport Author Earnings, celui d'octobre 2016, signale d'ailleurs une baisse importante de ventes des auteurs autoédités aux Etats-Unis, principalement au profit des maisons d'édition (ME) Amazon et des petites et moyennes ME. Rien de catastrophique cependant, le choix de l'autoédition restant selon moi le meilleur, et de loin. 

La question de savoir combien de manuscrits sont envoyés aux maisons d'édition s'est posée pour moi avec plus d'acuité lorsqu'une amie romancière et éditrice d'une petite ME orientée SF/Fantasy/Fantastique a annoncé sur Facebook autoéditer son prochain livre (en dehors de sa maison d'édition, donc). Tout en continuant son activité d'éditrice.

Cette romancière a ensuite annoncé sur Facebook de très bons chiffres de ventes pour son livre autoédité. Vous avez dit changement de mentalité?

A ce sujet, je pense qu'il est légitime de se demander combien de maisons d'édition sont en réalité adossées à des auteurs autoédités ayant connu un certain succès et qui ont fait le choix de transformer leur activité en une maison d'édition. Selon moi, il y en a plus qu'on ne le croit. 

J'ai conscience, cela dit, que cette amie éditrice, c'est mon petit bout de la lorgnette à moi. De même, les auteurs, illustrateurs ou blogueurs qui me disent que l'autoédition a gagné en respectabilité, c'est aussi mon petit bout de lorgnette, parce que je n'ai pas de vision statistique ni globale, uniquement celui de mon petit morceau d'internet et de Facebook. 

Un site comme Author Earnings permet d'avoir des données statistiques nettement plus étendues.

En revanche, le site ne comptabilise pas les manuscrits envoyés aux ME. 

Une rapide recherche sur le net m'a tout de même révélé des données intéressantes, qui pourraient nous permettre de nous faire une idée des évolutions en cours. 

Un article de l'Express de février 2012 révèle les données suivantes pour les grosses maisons d'édition suivantes: 

- Gallimard: 6000 manuscrits par an
- Le Seuil: 5000/an
- Robert Laffont: 4000/an
- Fayard: 4000/an
- Grasset: 3000/an

J'ignore de quand datent exactement ces données, mais il me paraît évident qu'elles sont postérieures à l'an 2000, mais antérieures à 2012.

Je lance donc un appel aux pro travaillant dans ces maisons, ou à toute personne ayant accès à des données officielles sur le sujet: y a-t-il eu évolution ces dernières années? De quelle nature? N'hésitez pas à venir témoigner en commentaire, si les données sont suffisamment fiables, je réactualiserais l'article. 

De même, si quelqu'un travaillant chez Amazon ou Kobo peut faire une estimation du nombre de livres autoédités publiés sur ces différents sites en un an, ce serait précieux!

Pour info, on sait en allant sur le site Amazon, que de manière globale, tout store confondu, on est aux alentours de deux millons six cent quatre-vingt quinze mille ebooks et des poussières publiés uniquement par des auteurs indépendants ou autoédités, au moment où j'écris ces lignes. 


L'un des facteurs cruciaux, à mon avis, qui va jouer sur le nombre de manuscrits reçus en ME, c'est l'acceptation ou non de manuscrits sous la forme électronique, pour une bête question budgétaire: les frais d'impression et d'envoi d'un manuscrit à une maison d'édition, c'est à mon avis au bas mot 15€ si l'on passe par la Poste pour l'envoi. 

Je l'avoue, cela fait tellement d'années que je n'ai pas envoyé de manuscrit à une maison d'édition que j'ignore si les pratiques ont changé: faut-il toujours envoyer les versions papier chez les grosses ME? 

La simplicité de l'autoédition via des plates-formes comme Kobo Writing Life ou KDP Publishing, la facilité pour trouver ces sites via Internet me semble devoir concurrencer très rudement les envois de manuscrits par la poste. 

Si en revanche, ces envois se font par voie électronique, c'est une autre affaire: un auteur pourrait très bien envisager de publier son roman sous un autre nom et un autre titre et de manière directe, sur Amazon et Kobo/la Fnac, voire Google et Apple, tout en envoyant le manuscrit titré différemment, avec son vrai nom, sous format électronique à la maison d'édition. 

Quitte à retirer ensuite le roman publié sous un autre nom de la vente, si son manuscrit devait être retenu. 

Et oui, je sais, vous allez me dire qu'un manuscrit doit être inédit pour être envoyé à un éditeur. Mais il ne me semble pas outrancier de dire qu'un ebook vendu à zéro exemplaire sur Amazon reste une œuvre inédite pour le public, surtout si l'auteur n'a pas cherché outre mesure à la faire connaître.  

Donc, ces auteurs jouant sur les deux tableaux doivent nécessairement fausser les statistiques s'il est possible d'envoyer son manuscrit sous format électronique: ce n'est pas parce que le nombre de manuscrits envoyés aux ME est stable, ou même en augmentation, qu'il n'y a pas d'essor de l'autoédition.

En revanche, si envoyer sous format électronique est toujours mal vu parmi les grosses ME, alors, on devrait noter un vrai fossé se creuser entre le nombre de livres autoédités directement et le nombre de manuscrits envoyés, car il y aura forcément un impact économique du prix des envois.

C'est en tout cas ma théorie.

En cumulant les deux chiffres, manuscrits envoyés aux ME et livres autoédités, puis en divisant par deux les titres doublonnés, et en le rapportant à l'ensemble de la population active, on devrait obtenir le Produit National de Livres par habitant. Ce qui permettrait ensuite une comparaison entre les différents pays. :)

jeudi 13 octobre 2016

Commentaires de lecteurs: ce qui va changer chez Amazon

Avertissement préalable : je ne travaille pas pour Amazon, ni ne connaît personne qui travaille pour le site. Le contenu de cet article provient soit d'observations personnelles sur le site Amazon Etats-Unis, soit de ce que j'apprends d'autres auteurs sur le net. La manière dont les commentaires apparaissent sur Amazon France va bientôt changer, ce qui impactera tous les auteurs dont les livres ou ebooks sont sur Amazon. 

C'est un changement qui au premier abord peut paraître anecdotique sur le site Amazon US, mais qui devrait avoir des conséquences non négligeables pour tous les auteurs français, lorsque ce changement sera appliqué en France. 

Le site d'Amazon aux Etats-Unis est en effet en avance sur chaque changement qui y est opéré par rapport aux autres pays, probablement en raison de la question de la langue/traduction. 

Ce changement concerne aussi bien les livres papier que les ebooks. Il vise à contrer les faux commentaires, ou commentaires de lecteurs n'ayant pas lu le livre. Il a vraisemblablement été réclamé par de nombreux auteurs et éditeurs outre Atlantique. 

Il s'agit de faire apparaître les commentaires labellisés "verified purchase", ou "achats vérifiés", de manière proéminente pour les lecteurs s'intéressant aux commentaires.  

Pour cela, Amazon a modifié un simple lien. Il s'agit du lien cerclé de rouge dans les images ci-dessous. La première image provient du site américain, la seconde est celle toujours à l'honneur (mais plus pour bien longtemps, je pense), sur le site français (cliquer sur les images pour les agrandir): 







Lorsque vous cliquez sur "See all verified purchase reviews", voici ce qui apparaît désormais: 




Il faut savoir que sur la page de chaque livre, vous n'avez pas accès à la totalité des commentaires: pour mon livre The Breath of Aoles, seuls 5 commentaires apparaissent.

Si on en veut davantage, on est obligé de cliquer sur le lien.

Il est intéressant de constater qu'Amazon n'a pas banni complètement les commentaires non vérifiés, puisque certains de ceux qui apparaissent par défaut sur la page de The Breath ne sont pas vérifiés.
 
En bas de ces commentaires, on trouve désormais sur le site américain le lien suivant: "see all verified purchase reviews (newest first)", ce qui signifie que ce sont, là encore, les achats vérifiés qui sont mis en avant systématiquement.

Et sur la dernière image ci-dessus, on voit qu'en cliquant sur le lien, on aboutit uniquement aux "verified purchase": pour avoir accès à tous les commentaires, il faut cliquer sur un onglet, puis sur un lien spécifique. 


Bref, le site rend la navigation plus difficile à ceux qui recherchent l'exhaustivité des commentaires, pour privilégier les commentaires achats vérifiés. 

Si les achats vérifiés sont à ce point mis en évidence, cela complique évidemment la tâche des auteurs autoédités, puisque aucun des ebooks ou livres envoyés à des lecteurs ou blogueurs et commentés sur le site n'apparaissent sous ce fameux label.

Il existe à ma connaissance trois manières de contourner le problème:

- celle qu'Amazon préfère, puisque ça leur rapporte de l'argent: envoyer un coupon d'achat aux lecteurs ou blogueurs en échange d'un commentaire, ce qui s'assimile tout de même très nettement au fait de payer pour se faire commenter
- faire en sorte de mettre votre livre gratuit en le mettant gratuit sur les autres plates-formes, puis en demandant à Amazon France de s'aligner sur les prix, et ne demander qu'après-coup à des lecteurs ou blogueurs de le télécharger, puis de le commenter: quand un ebook gratuit est téléchargé, puis commenté, le commentaire apparaît en effet sous la mention "achat vérifié"
- utiliser les jours de gratuité KDP Select, ce qui revient à mettre votre ebook en exclusivité pendant au minimum trois mois sur Amazon, ce qui ravira Amazon mais pas forcément la concurrence

A titre personnel, vous l'aurez deviné, on ne peut pas dire que je sois satisfait du changement. 

Je comprends la nécessité de lutter contre les faux commentaires, mais j'aurais préféré qu'Amazon fasse apparaître les achats vérifiés en premier, sans pour autant nous forcer à aller dans l'onglet "tous les commentaires" ("all reviews") pour bénéficier de l'exhaustivité.

Là, on a l'impression qu'une bonne partie des commentaires sont purement et simplement rayés de la carte.

Et bien sûr, pour les lecteurs disant: "de toute façon, je ne lis jamais les commentaires", rien ne changera je pense: ils ne seront pas incités à en lire davantage.  


[EDIT 24/10/2016] : Amazon Etats-Unis est revenu à l'état antérieur pour ce qui est des commentaires. Merci de ne pas tenir compte des infos développées dans ce billet.

Article lié: Commentaires Amazon : rétropédalage

dimanche 12 juin 2016

Le Rapport Author Earnings de Mai 2016

Le rapport author earnings de mai réalise un instantané de 82% de la totalité des ventes d'ebooks, livres papier et audio publiés sur Amazon US en une journée (marché américain, donc).

Cliquez ici pour accéder au rapport.

Il apparaît que même avec un nombre aussi vaste de titres, jamais pris en compte auparavant, parmi les auteurs qui ont démarré leur carrière il y a trois ans ou moins, les auteurs indépendants sont 2 fois plus nombreux à gagner leur vie (25 000 $ par an) avec leurs livres en format ebook, audio et papier sur Amazon que les auteurs
publiés traditionnellement, c'est à dire qui auraient réussi à franchir toutes les barrières de l'édition traditionnelle.

Même si l'on prend en compte les ventes hors Amazon, les chances des auteurs indépendants sont bien meilleures, selon ce rapport. 
Toujours parmi les auteurs qui ont démarré leur carrière il y a trois ans ou moins, plus les sommes gagnées sont importantes sur Amazon, plus la proportion d'auteurs indépendants à les avoir engrangées augmente, jusqu'à atteindre trois à cinq fois le nombre des auteurs tradi.

Vous avez plus de chances de gagner votre vie si vous choisissez l'édition indépendante, et vous avez aussi plus de chances de gagner très bien votre vie... même si les chances restent infimes, on est d'accord.
 
De tels résultats illustrent bien deux choses:

- à quel point les auteurs de milieu de liste américains traditionnellement édités sont sacrifiés au profit des bestsellers
- à quel point l'édition traditionnelle du devant de la scène ne se renouvelle pas: les mêmes bestsellers du siècle dernier occupent en grande majorité le devant de la scène, et les chances d'occuper les rayons en face up (couverture visible) de manière durable, pour de nouveaux auteurs traditionnellement édités, se réduisent d'année en année.

Même  si Amazon est loin d'être exempt de défauts, même si la volonté de domination hégémonique du marché d'Amazon en tant que distributeur ne saurait être niée, force est de constater que c'est bien cet acteur qui permet à environ un millier d'auteurs indépendants de vivre de leur écriture chaque année aux US.  

Vous me direz, un millier d'auteurs qui en vivent parmi des centaines de milliers, peut-être des millions qui publient, les chances sont minces. Mais cela a toujours été vrai, quel que soit le mode d'édition.

L'édition traditionnelle se contente de dresser des barrières supplémentaires.

lundi 14 mars 2016

Tendances de l'autoédition 2016

Le site IDBOOX relaie les résultats d'une étude publiée par Book on Demand (BOD) en association avec Edilivre auprès de 926 auteurs indépendants, 338 lecteurs, et 88 libraires. J'ai souhaité réagir sur une partie de ces résultats, que je reprends en italique. Cliquez sur ce lien pour accéder à la totalité des résultats.   

Ma première réaction concernera le volume du sondage, qui déjà, pose problème: le nombre de personnes sondées n'est pas suffisamment élevé pour autoriser une représentativité vraiment fiable.    
 
On relèvera aussi que les commanditaires du sondage sont deux sociétés d'édition à compte d'auteur, et qu'il ne s'agit donc pas d'un sondage indépendant, loin s'en faut. 
 
Je ne suis pas statisticien, mais il me semble qu'il faudrait une population minimale de 3000 personnes pour chaque sondage pour fiabiliser chaque partie. 
   
A ce sujet, la lecture de Thinking, fast and slow de Daniel Kahneman, Les deux vitesses de la pensée en français, me semble essentielle, à la fois pour les sondeurs, les auteurs et le grand public.    
   
L'ouvrage démonte (et dénonce) en effet pas mal de biais de la pensée humaine. C'est pourquoi je ne commenterai pas les réactions des 338 lecteurs, car même si celles-ci sont très favorables aux auteurs indépendants, ces réactions ne sont pas assez représentatives.   
  
Je reviendrai malgré tout sur certaines questions posées aux libraires, et leurs réponses, en raison de problèmes de formulation.   
Pour 87% des répondants l’écriture est un loisir, 57% annoncent que c’est leur occupation principale et 31% considèrent que l’écriture est une source de revenus. 77% sont des « auteurs loisirs » et 23% des auteurs « experts »

Des auteurs comme Jacques Vandroux et Charlie Bregman ont pointé, en commentaire sur Facebook, cet étonnant contraste entre les 87% qui considèrent que l'écriture est un loisir et les 57% qui annoncent que c'est leur activité principale.  
         
On pourrait même y voir un paradoxe. La seule explication qui me vient à l'esprit est que les 57% correspondent majoritairement à une population de retraités qui ne désirent pas vivre de leurs ventes, mais font néanmoins de l'écriture, et de l'autoédition simplifiée, leur activité principale.   
Il ne faut pas oublier que pour une personne à la retraite, le processus de publication: sélection d'un manuscrit puis publication dans les deux ans, est trop long. Nombreuses sont les personnes qui ignorent si elles vivront encore lorsque leur manuscrit aura enfin été accepté, puis publié.   
                      
Tout le monde ne s'appelle pas Stéphane Hessel.  
    
92% estiment que l’autoédition est un processus simple.
 
Quel format ? 55% des indépendants publient en version papier et ebook, 40% uniquement en papier et 5% qu’en numérique (ce dernier chiffre est assez étonnant car bien évidemment les auteurs passant par KDP ou Kobo ne sont pas ou peu pris en compte étant donné le panel).   
Le chiffre de 92% qui estiment que l'autoédition est un processus simple me paraît en contradiction avec avec les 5% qui publie uniquement en numérique (ebook), et les 40% uniquement en papier.    
                        
Si l'autoédition n'avait consisté qu'à publier en version ebook, oui, j'aurais pu reconnaître que le processus de mise à disposition du public d'un livre s'est considérablement simplifié.  
  
Mais à partir du moment où l'on cherche à s'autoéditer en faisant des livres papier correctement maquettés et typographiés, l'autoédition est déjà loin d'être si simple.    
 
Sans parler bien sûr de la recherche de couvertures de qualité professionnelle et du travail adéquat de relecture/correction/réécriture, travail qui est tellement exigeant que même les "professionnels de la profession" ne rendent pas des copies parfaites.    
  
Sans parler non plus du secteur clé de la diffusion/distribution. 
Il faut donc savoir ce qu'on entend par autoédition.   

S'il s'agit d'une comparaison entre l'autoédition et l'édition traditionnelle, toujours pour ce qui est du processus de mise à disposition du public d'un livre, je peux comprendre que l'on trouve l'autoédition plus simple. 
  
51% pensent qu’ils gagnent plus que s’ils passaient par un éditeur traditionnel.   
Voilà une réponse qui me paraît mal formulée et incomplète. Dans mon esprit, la réponse complète devrait être "51% pensent qu'ils gagnent plus que si leur livre avait été publié et mis en rayon par un éditeur traditionnel".    
  
Ou alors, les personnes qui ont répondu n'ont pas conscience que le taux d'acceptation des manuscrits n'est au maximum que de 1 sur 600 ou 700 dans les maisons d'édition bénéficiant de solides réseaux de distribution/diffusion, d'après mon expérience personnelle.          

Et encore... Cet article de 2012, qui semble bien documenté, de l'Express, fait état du nombre total de manuscrits envoyés par an en maison d'édition, et toutes maisons confondues, on serait à 1 manuscrit publié sur 6000 en moyenne (merci à Nila Kazar pour le lien).  
    
Ces personnes ne réalisent pas que leur livre aurait selon toute vraisemblance été recalé et que donc, forcément, ils ne peuvent gagner que beaucoup plus qu'en passant par un éditeur traditionnel (et notamment s'ils optent pour une autoédition avec prise de risque financière minimale, comme semblent le démontrer les réponses à certaines autres questions).   

Il semble en tout cas évident que dans l'esprit des personnes qui ont répondu, la comparaison ne se fait pas seulement en termes de pourcentage de revenus d'auteurs de services d'impression à la demande comme BoD, et de pourcentage de droits d'auteurs perçu en maison d'édition traditionnelle: si une telle comparaison avait été faite, on serait bien au-dessus de 51%. 

Ce que gagne un auteur : les auteurs publiant des romans gagnent en moyenne 100 euros (l’étude ne précise pas si c’est par mois, par an ou sur toute la durée de vie du livre) Ceux qui publient des livres spécialisés gagnent en moyenne 400 euros (même restrictions que ci-dessus).

J'espère qu'on ne dira pas que j'ai l'égo trop boursouflé, mais quand je vois que les auteurs publiant un livre gagnent en moyenne 100 euros, j'ai l'impression de ne pas être sur la même planète.

Evidemment, si c'est 100 euros par livre et par mois, c'est déjà autre chose, mais ce n'est pas l'impression que ça me donne.
Une statistique qui conforte l'impression de départ: l'écrasante majorité des répondants considèrent en effet l'écriture comme un loisir.

Du côté des libraires (88 répondants) 75% déclarent proposer des livres autoédités. (pas de précision s’il s’agit de librairies en ligne ou physiques).

Outre le problème de fiabilité statistique mentionné en début d'article, les 75% qui déclarent proposer des livres autoédités me paraissent un chiffre trop vague. Les proposer comment? S'il sagit de livres papier en dépôt-vente, j'ai déjà expliqué que lorsque l'objectif est d'en vivre, ce ne pouvait pas être un système viable pour les auteurs.   

Dans mon expérience, il est extrêmement rare que des libraires prennent des exemplaires d'auteurs indépendants à compte ferme, sans condition de retour, parce qu'ils estiment connaître suffisamment le livre et leur clientèle, et pouvoir mettre les deux en relation.   

S'il s'agit d'ebooks en vente sur un site, alors, même un auteur autoédité comme moi peut se dire libraire, puisque je vends mes ebooks sur mon site

43% auraient déjà organisé des séances de dédicaces avec des auteurs indépendants.    
 
Apparemment une bonne chose, mais si ces 43%, parce qu'ils reçoivent des indés, estiment proposer des livres autoédités, cela réduit d'autant le premier chiffre de 75%. 

En conclusion, je dirais que si ce sondage est assez intéressant, c'est un peu à contre-sens, parce qu'il démontre, de par les réponses des participants, la méconnaissance d'un secteur dans lequel on n'a fait que tremper un orteil. 

De la part des organisateurs, BoD et Edilivre, la vision du secteur, de par l'imprécision des questions, me semble également schématique.