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dimanche 12 juin 2016

Le Rapport Author Earnings de Mai 2016

Le rapport author earnings de mai réalise un instantané de 82% de la totalité des ventes d'ebooks, livres papier et audio publiés sur Amazon US en une journée (marché américain, donc).

Cliquez ici pour accéder au rapport.

Il apparaît que même avec un nombre aussi vaste de titres, jamais pris en compte auparavant, parmi les auteurs qui ont démarré leur carrière il y a trois ans ou moins, les auteurs indépendants sont 2 fois plus nombreux à gagner leur vie (25 000 $ par an) avec leurs livres en format ebook, audio et papier sur Amazon que les auteurs
publiés traditionnellement, c'est à dire qui auraient réussi à franchir toutes les barrières de l'édition traditionnelle.

Même si l'on prend en compte les ventes hors Amazon, les chances des auteurs indépendants sont bien meilleures, selon ce rapport. 
Toujours parmi les auteurs qui ont démarré leur carrière il y a trois ans ou moins, plus les sommes gagnées sont importantes sur Amazon, plus la proportion d'auteurs indépendants à les avoir engrangées augmente, jusqu'à atteindre trois à cinq fois le nombre des auteurs tradi.

Vous avez plus de chances de gagner votre vie si vous choisissez l'édition indépendante, et vous avez aussi plus de chances de gagner très bien votre vie... même si les chances restent infimes, on est d'accord.
 
De tels résultats illustrent bien deux choses:

- à quel point les auteurs de milieu de liste américains traditionnellement édités sont sacrifiés au profit des bestsellers
- à quel point l'édition traditionnelle du devant de la scène ne se renouvelle pas: les mêmes bestsellers du siècle dernier occupent en grande majorité le devant de la scène, et les chances d'occuper les rayons en face up (couverture visible) de manière durable, pour de nouveaux auteurs traditionnellement édités, se réduisent d'année en année.

Même  si Amazon est loin d'être exempt de défauts, même si la volonté de domination hégémonique du marché d'Amazon en tant que distributeur ne saurait être niée, force est de constater que c'est bien cet acteur qui permet à environ un millier d'auteurs indépendants de vivre de leur écriture chaque année aux US.  

Vous me direz, un millier d'auteurs qui en vivent parmi des centaines de milliers, peut-être des millions qui publient, les chances sont minces. Mais cela a toujours été vrai, quel que soit le mode d'édition.

L'édition traditionnelle se contente de dresser des barrières supplémentaires.

mardi 15 septembre 2015

« Prends l'argent et barre-toi ! »

Le site Author Earnings vient de publier son rapport de septembre 2015, qui concerne Amazon Etats-Unis. De manière frappante, il apparaît que les 5 plus gros éditeurs américains ont vu leur nombre de ventes passer de 45% des ebooks vendus à 32%, et leurs revenus brut passer de 64% à 50%. Comme le dit l'article du site Author Earnings, la montée en puissance de Kindle Unlimited, auquel ne participent (presque) pas les gros éditeurs, y est pour quelque chose. Autre enseignement, et non des moindres, les maisons d'édition d'Amazon ont presque doublé leurs parts de marché depuis Février 2014, passant de 7% à 13%.

"Take the money and run", ou sa version française, "Prends l'argent et barre-toi !" sont des injonctions qui reviennent fréquemment dans les discussions sur Internet lorsqu'un auteur est placé devant la possibilité d'engranger une avance de droits d'auteur très juteuse de la part d'un éditeur.

Les fameux "deals à 7 chiffres", à au moins un million (d'ailleurs nettement plus souvent en dollars qu'en euros, des avances aussi conséquentes se pratiquant avant tout aux Etats-Unis) peuvent changer la vie d'un auteur, en le mettant à l'abri du besoin, parfois définitivement. 

On se souvient que l'auteur Barry Eisler avait défrayé la chronique en 2011 en refusant une avance de 500 000 $ pour préférer l'autoédition. De tels cas sont rares, les auteurs préférant souvent une somme assurée plutôt qu'un revenu potentiel. 

Pourtant, les auteurs savent aussi (en tout cas, ceux qui lisent mon blog), qu'en acceptant ces avances, ils favorisent un système d'édition de sommet de pyramide, et le schéma de Ponzi de la grande édition.  La fraction infime d'auteurs bénéficiant de ces contrats mirifiques servira à prendre au piège l'immense majorité des auteurs, qui travailleront pour presque rien.

Cet état de fait se voit confirmé par la liste provisoire des Best Seller 2015 sur Amazon Etats-Unis. Un seul coup d’œil à cette liste d'ebooks, et au niveau des prix des ebooks, vous convaincra que cette liste est trustée par des auteurs de grosses maisons d'édition. 

Contradictoire avec le dernier rapport Author Earnings?  Pas tant que cela. Pour en avoir discuté avec Data Guy, l'auteur des rapports Author Earnings, il apparaît que la liste des auteurs indépendants qui arrivent dans le top 100 aux Etats-Unis bouge tous les jours, et que ce ne sont pas les mêmes à chaque fois. 

Du coup, les auteurs traditionnels, qui sont beaucoup plus stables pour leur part, se retrouvent tous aux meilleures places dans les listes annuelles de best-seller. Mais cette stabilité a un prix: pour revenir sur les énormes avances faites aux auteurs phares, tous les moyens marketing des grosses maisons sont mobilisés uniquement pour ces auteurs phares.

Au détriment de tous les autres auteurs de ces mêmes maisons.

C'est cette injustice terriblement criante que l'autoédition vient contrecarrer. Le fait que les auteurs indépendants se succèdent si rapidement dans le top 100 me semble sain est naturel, cela signifie qu'aucun auteur n'a cadenassé les ventes sur Amazon comme les gros éditeurs cadenassent, par exemple, la diffusion /distribution des livres papier.

Tout le monde a sa chance, à condition d'être indépendant. 

Mais... mais il se trouve qu'Amazon est aussi éditeur via ses multiples maisons d'édition. Et Amazon pèse de plus en plus fort sur les ventes, et en particulier du top 100 US. Bien que les titres des maisons d'édition Amazon ne soient que quelques milliers sur plus de 3 millions que compte le site d'Amazon, bien qu'ils ne représentent que 1% des titres, ils représentent 13% des ventes! 

Alors que par comparaison, les titres indépendants, qui représentent 27% du nombre total de titres, représentent 37% des ventes.

Amazon obtient des centaines, voire des milliers de commentaires dès le premier mois pour ses livres grâce à un système maison, Amazon First, qui rend les ouvrages en pré-commande gratuits pendant un mois avant parution pour tous les abonnés à Amazon Prime (Premium, si vous préférez).

Ces abonnés bénéficient de cadeaux en fonction du nombre de commentaires sur les produits labellisés Prime qu'ils font.

C'est pourquoi j'aurais aimé qu'Author Earnings se penche aussi sur le top 100 d'Amazon Etats-Unis, avec des graphiques dédiés à l'évolution des ventes sur le top 100. (J'ai suggéré la chose à Data Guy, qui préfère rester uniquement sur les 165 000 livres comprenant 60% de la totalité des revenus ebook sur Amazon.)  

En effet, de la capacité d'Amazon à occuper toutes les places intéressantes du classement dépendra l'indépendance future des auteurs.   

Sachant bien sûr que les auteurs qui publient en exclusivité sur KDP Select ne sont plus indépendants, à partir du moment où ils le font sur tous leurs titres toute l'année.

Kindle Unlimited, dont le tarif à la page vient de subir une baisse de 16% par rapport au mois dernier d'après l'auteur Jacques Vandroux sur Facebook, procure lui aussi un avantage compétitif aux auteurs déjà en vue sur Amazon. 

Cette domination inconditionnelle de quelques-uns aux dépens de tous les autres qui est le legs de l'édition traditionnelle semble donc être en voie d'être reconduite par Amazon, surtout si l'on considère le top 100 US. 

Au moment où Amazon est encore un site qui représente la liberté pour de nombreux auteurs, il serait peut-être temps de réfléchir à la manière dont l'édition traditionnelle, et à présent Amazon, joue sur l'égoïsme de chacun d'entre nous (et je me comprends dans le lot, je ne suis pas meilleur qu'un autre) pour procurer à quelques-uns des avantages compétitifs écrasants aux dépens de tous les autres. 

Il faut savoir d'où l'on vient. Il faut savoir où on va. 

Vous allez me dire, on ne peut pas avoir de riches s'il n'y a pas de pauvres. Mais nous, les auteurs, sommes censés avoir compris aussi bien que n'importe qui d'autre les changements apportés par le siècle des Lumières par rapport au système féodal. 

Lorsqu'on nous propose un système de domination économique moyenâgeux, nous devrions être capables de le refuser en faveur de quelque chose un chouïa plus équilibré. 

Ne sous-estimons pas la multitude de petits pouvoirs additionnés que nous représentons. Nos choix peuvent façonner l'avenir.


P-S: pour ceux qui se demandent si les chiffres du site Author Earnings sont encore fiables malgré les changements KU, Data Guy explique sur une page dédiée son mode de calcul pour Kindle Unlimited 2.0.