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lundi 5 octobre 2026

Les mots justes

Pour moi, dans mon travail d'auteur, ce ne sont pas seulement les mots et les phrases qui doivent sonner juste. Ce sont aussi les personnages, les lieux et les situations. C'est une quête de sens et de vérité. Ou en tout cas, de véracité.

mercredi 22 avril 2026

Tristan

De quelle manière le creuset familial a-t-il pu former les auteurs que nous sommes devenus? Je crois que les auteurs ont tout intérêt à se poser cette question, afin de mieux se connaître eux-mêmes. Sinon, il est fort probable que nous commettions encore et toujours les mêmes erreurs.

On a tous besoin d'un modèle pour grandir. Le mien était Tristan, mon frère aîné. Un esprit brillant. Affûté. Rigoureux. Critique. Je l'admirais au point qu'à un certain moment, il s'est plaint aux parents que j'essayais trop de lui ressembler. Copycat, quand tu nous tiens...

Dans le même temps, il y avait de la rivalité fraternelle entre nous, somme toute naturelle. Au quotidien, côtoyer quelqu'un capable de déceler la moindre faille de raisonnement, et qui ne va pas se priver pour pointer le doigt dessus, peut s'avérer un tantinet pénible. Pour nous défouler, nous avions une table de ping-pong dans le jardin. Nous faisions des matches. Tristan me battait systématiquement. 

Avec l'adolescence est aussi venu l'esprit de rébellion. La rivalité fraternelle a joué un rôle dans mon idée, non seulement de m'inscrire au club de ping-pong voisin, le légendaire TT Manosquin, mais aussi d'y pratiquer la compétition. C'était les années 80. J'ai eu la chance d'avoir pour entraîneur Christophe Lebrun. Victime d'un handicap physique, "Chris" n'a jamais pu coller au niveau de son frère Stéphane. Oui, Stéphane Lebrun, le papa des prodiges Félix et Alexis, les stars du ping français. 

Mais Chris était doué, et, grâce à ma participation à des compètes, j'ai pu battre à mon tour Tristan. Suffisamment souvent, d'ailleurs, pour que ça devienne une source de frustration pour lui.  

Bourreau de travail, inspiré par une rencontre déterminante avec Hubert Reeves, Tristan est devenu astrophysicien, médaille de bronze du CNRS, puis, en 2023, titulaire de la médaille Runcorn-Florensky. 

Une vraie fierté pour la famille. Tristan avait sauté deux classes. Moi qui avais redoublé ma sixième, j'ai fini par devenir auteur autoédité. On pourrait presque dire, si on voulait être un peu acerbe ou amer, "l'un est devenu une star de l'astrophysique, l'autre une bouse de la littérature". 

Mais une bouse, vous savez, ça a au moins l'avantage de fertiliser. 

Je plaisante, bien sûr. Il n'est pas étonnant que je ressente encore cette rivalité, parce que je n'ai jamais vraiment franchi le cap de l'adolescence. 

Alors, oui, c'est vrai, quand vous avez la curiosité de taper Alan Spade sur Google et que le premier résultat, c'est Alan S.Blood, poète, vous vous dites, vous qui n'avez jamais écrit un poème de votre vie, que même Google ne sait pas qui vous êtes. Mais, au-delà de votre référencement ultra merdique, l'important, c'est de savoir que vous avez dépassé les 16000 livres papier vendus en romans SF, Fantasy et Thrillers, et que de ce fait, vous appartenez à un cercle fermé. Encore plus fermé pour un auteur autoédité dont les livres ne sont pas présents en rayon de librairie. Eh oui, nous ne sommes pas nombreux à en avoir vendu autant en volumes physiques. 

En même temps, lorsqu'on a des souvenirs qui nous reviennent, et que l'on a quelques notions de psychologie, on se pose des questions. A la fin de mon examen de permis de conduire, à mes 18 ans, l'examinateur m'avait dit que je me noyais dans un verre d'eau. Avant de me délivrer malgré tout ledit sésame, parce qu'il savait faire la part des choses, et discerner le bon conducteur de l'individu perdant ses moyens en raison du regard critique porté sur lui.  

Souvenir aussi d'une conversation avec ma mère, m'apprenant que mon père avait tendance à se dévaloriser. Beaucoup plus récemment, en 2023, dans un autre article de ce blog, j'écrivais ceci: En tant qu'auteur notamment de Science-Fiction, quand j'écris mes romans, j'ai souvent l'impression d'avoir mon frère aîné Tristan Guillot qui regarde par-dessus mon épaule de son œil féroce. Non pas que je fasse appel à lui pour mes romans, non. C'est juste une impression qui me vient sans doute de mon enfance et de mon adolescence et du rôle qu'il a joué dans celles-ci. 

En termes freudiens, le surmoi vient contrecarrer le ça, les instincts primaires, ce qui est essentiel. Mais du surmoi émane également l'esprit critique. Ma théorie vaut ce qu'elle vaut, bien sûr. D'après celle-ci, j'ai incorporé les critiques de Tristan dans mon surmoi. Mon "moi" n'a pas été spécialement renforcé par l'identification à mon père, qui avait tendance à se dévaloriser. Et donc mon surmoi, survitaminé par l'influence de mon frère, a débordé de son rôle pour me dévaloriser, et m'entraîner dans un complexe d'infériorité. 

Pourquoi je vous raconte des choses aussi intimes? Pour démontrer que tout ça peut avoir un impact sur votre activité d'auteur, si vous êtes confronté à des problèmes psychologiques du même ordre. Le dicton du jour, et que je viens d'inventer : le daim, la nuit, dans les phares de l'auto, ne se sent plus aussi sûr de lui. 

Les phares, dans cette métaphore, c'est votre surmoi. Mais c'est aussi le coup de projecteur sur votre bouquin. 

En principe, avec un surmoi plus développé, votre sens critique au top va vous permettre de choisir la meilleure couverture, le meilleur titre pour votre roman et la meilleure présentation. 

Ou pas. 

La couverture, le titre et la présentation représentent l'exposition de votre bouquin au public. C'est le moment où vous êtes dans la lumière des phares. Malgré tout le sens critique du monde, si vous êtes comme moi, alors vous n'avez pas forcément tous vos moyens. 

Depuis le changement de titre de mon roman de SF L'Essence des Sens en L'Indicible Complot, j'ai cette impression familière et dérangeante. Cette impression que mon pire ennemi, c'est moi.

J'ai opéré ce changement de titre grâce au point de vue extérieur de ma femme, qui m'avait fait une réflexion à ce sujet. Et je me rends compte que je ne suis sans doute pas le mieux à même de prendre les décisions qui vont permettre à mes romans une meilleure visibilité. Il n'y a qu'à voir mon référencement, n'est-ce pas... En même temps, je ne veux pas dépendre entièrement de mes proches pour le choix des titres, présentation, et couvertures. Parce que si ça ne marche pas, ce serait trop facile de leur en faire le reproche.  

Et donc, j'ai décidé de faire appel à l'intelligence artificielle pour deux de ces trois éléments, et de demander son avis à l'IA pour la troisième. Je continuerai donc à faire appel à des artistes pour mes couvertures, mais en demandant une suggestion de couverture à l'IA sous forme textuelle. C'est à dire que les artistes travailleront selon les critères de l'IA correspondant à mon bouquin. Et je confierai le titre et la quatrième de couverture à l'IA. Avec bien sûr un regard critique sur le résultat, et des corrections possibles, par exemple si l'IA spoile (divulgue trop) l'intrigue. 

De cette manière, l'IA joue le rôle d'une personne extérieure compétente. Un peu comme un directeur de collection dans une maison d'édition. J'externalise. C'est le secret, je pense, pour ne plus être pris dans la lueur des phares et se mettre, de manière perverse, à jouer contre son propre camp. 

Si vous êtes auteur, peut-être tirerez-vous parti de mon conseil. On ne pourra pas vous reprocher de faire appel à l'intelligence artificielle, du moment que celle-ci se contente de piller votre propre bouquin. 

Mais si vous êtes lecteur? Ou les deux? 

Quand vous lisez l'un de mes romans, si vous n'arrivez pas à trouver de faille logique dans l'intrigue. Si la cohérence de l'histoire, sa cohésion interne vous semble à l'épreuve des balles, c'est Tristan qu'il vous faut remercier.   

mardi 24 septembre 2024

Carrefour, au secours !

Coup dur pour les auteurs d'Ile de France, Carrefour, LA chaîne de magasins qui ne reçoit jamais d'auteurs à l'occasion de dédicaces, a racheté Cora. Bien que je ne travaillais qu'avec deux magasins Cora en Ile de France, ceux de Massy et Val d'Yerres (Boussy-Saint-Antoine), il s'agissait d'une collaboration ancienne et fructueuse. Ce sont donc deux possibilités en moins, pour moi. On aurait pu croire que la forte densité de commerces en Ile-de-France procurerait de nombreux débouchés aux auteurs désireux de rencontrer leurs lecteurs "dans la vraie vie". Dans mon expérience, c'est de moins en moins le cas. 

Mon record de ventes s'établit à 42 ventes dans la journée, et il a été réalisé il y a plusieurs années, avant le covid, au Cora Massy. Cela ne risque plus d'arriver là-bas, puisque Carrefour, pour d'obscures raisons de comptabilité, refuse de recevoir des auteurs. Une politique qui pourrait être assimilée à de la discrimination culturelle. C'est ainsi que ma dernière séance de dédicace au Cora Val d'Yerres, le week-end dernier, a été annulée par le magasin.

Les grandes chaînes de distribution ont toujours été pour moi les meilleurs endroits où faire découvrir mes livres. Je leur dois une bonne partie des 14600 livres que j'ai dédicacé depuis mes débuts. Hélas, en 2024, ces chaînes se portent mal, en général. 

Pourquoi privilégier ces grandes chaînes de distribution et non les librairies, par exemple? Parce qu'il y a davantage de passage en centre commercial qu'en librairie, même si c'est un public plus varié, moins porté directement sur les livres. Et puis, les librairies demandent 30 à 35% sur chaque livre vendu, là où les centres de distribution non focalisés sur la culture ne prennent que 20%.

Pour un auteur autoédité, c'est à dire dont les livres ne sont pas présents en rayon, la différence entre 20 et 35% de marge par livre vendu, c'est la différence entre la vie et la mort.

Mes chiffres de vente, ainsi que le fait que j'arrive à vivre à temps plein de ma passion depuis 2014, prouvent que je suis dans le vrai.

Cela explique aussi pourquoi je ne dédicace pas en Fnac, la marge réclamée par cette enseigne étant de 40%. Excusez du peu!

On pourrait croire qu'en 2024, l'autoédition aurait su se faire accepter de tous les professionnels. D'autant qu'une chaîne comme Auchan, par exemple, demande de montrer patte blanche aux auteurs, y compris autoédités, sous la forme d'un numéro SIRET obligatoire pour pouvoir dédicacer. 

Il n'en est rien. La facilité qu'il y a à se faire autoéditer, les escrocs qui tirent parti de l'autoédition pour publier des centaines de bouquins à coup de Chat GPT, tout cela fait que de trop nombreux libraires tordent encore le nez dès lors qu'il s'agit de recevoir un auteur assurant sa propre production. 

Notre indépendance elle-même est une cause de désapprobation parmi des professions habituées, pour ne pas dire soumises, à la domination des éditeurs traditionnels. Quand vous avez pour principaux clients de gros éditeurs, les ennemis de vos amis ont aussi tendance à devenir vos ennemis. La neutralité supposée, des chaînes culturelles comme des librairies, a vite fait de céder le pas face aux considérations économiques. 

C'est ainsi que sur la quinzaine de magasins Cultura qui opèrent en Ile de France et dans l'Oise, je ne travaille plus qu'avec un ou deux magasins. La méthode est simple: on ignore les emails, et on fait en sorte que les relances téléphoniques n'aboutissent pas. Même lorsque vous avez vendu des centaines de livres avec un magasin donné, on se contente d'obéir au nouveau directeur et à ses directives.

Quant aux Auchan, l'enseigne la plus volontariste à l'égard des auteurs (à condition que nous ayons un numéro de SIRET), sur plus d'une vingtaine de centres commerciaux, je ne travaille plus qu'avec huit d'entre eux. Là, on ne parle plus de pression des éditeurs ou d'élitisme mal placé. C'est davantage la volonté des chefs de rayon livre qui est en cause. Quand elle est présente, cette volonté peut donner des choses magnifiques, davantage même que ce à quoi je m'attendais dans certains centres. Certains chefs de rayon livre ont une vraie volonté de promouvoir la culture, et c'est tout à leur honneur.

Personnellement, je ne réclame d'ailleurs pas le tapis rouge. Juste une table, une chaise, le référencement des livres dans la base de données, et bien sûr, le paiement des factures dans les délais (deux mois maximum après la dédicace). Je ne prends pas la tête des gens. Je recherche une relation simple et fonctionnelle. Professionnelle.

C'est pourquoi, quand je constate que certains centres comme les Leclerc paient les auteurs systématiquement hors délai, j'ai tendance à les fuir.

Peut-être suis-je trop exigeant? "Les mendiants ne sont pas ceux qui choisissent", dit un proverbe anglo-saxon. 

Sauf que les mendiants, en général, ne proposent pas une dizaine de romans aux lecteurs. 

Compte tenu des commentaires que j'obtiens de mes lecteurs, compte tenu du nombre de livres que j'ai pu dédicacer dans ma carrière, je considère que les portes devraient s'ouvrir. Mais le contexte actuel n'est pas favorable, et elles ont tendance à se refermer. 

Que dire? Je ne regrette absolument pas d'avoir fait les choix qui sont les miens. J'ai profité des étapes du voyage. J'espère juste que les choses vont évoluer de manière plus positive dans les mois et années à venir.  

EDIT 23/10/2024 : Alexandre Bompard est le PDG de Carrefour depuis juillet 2017. Auparavant, il était le PDG de la Fnac. De deux choses l'une, soit il n'a pas cherché à modifier la politique des Carrefour envers les auteurs en dédicace. Soit il a décidé lui-même de cette politique. Quoi qu'il en soit, je n'approuve bien sûr ni son inaction ni son action. Je rappelle aussi que la Fnac, dont il a été PDG, demande 40% de marge aux auteurs en dédicace. Et ça ne date pas d'hier. Il était déjà PDG là-bas que c'était déjà la marge demandée...

mercredi 24 février 2021

Amertume, reconnaissance et gratitude

Il y a parfois un fond de vérité dans les clichés, et celui du Français râleur qui ne voit que le verre à moitié vide s'oppose, dans mon esprit, à celui de l'Américain qui consacre une journée, Thanksgiving, à remercier l'univers pour ce qu'il a. Je trouve ces temps de pandémie propices à l'introspection, et je me rends compte que je suis partagé entre ces deux tendances. Je réalise aussi que des facteurs non négligeables dans mon adolescence et dans mes choix professionnels m'ont fait prendre un chemin dont la pente naturelle est celle de l'amertume. 

Si nous étions des êtres rationnels, la gratitude devrait largement l'emporter sur l'envie de se plaindre au sujet du covid-19. En effet, le fait d'arriver à développer, autoriser et produire en un an au moins deux vaccins efficaces à plus de 90% contre le coronavirus, là où cela prend dix ans d'habitude, devrait nous conduire à éprouver de la gratitude tous les jours pendant au moins les dix prochaines années. Et pourtant, je reconnais que j'ai été le premier à dénoncer les lenteurs de l'Europe à produire et distribuer ces fameux vaccins. 

J'avais l'impression qu'en temps de guerre, il était plus facile de produire des armes que des vaccins en temps de paix. Et c'est vrai que le fait de voir le nombre de décès s'accumuler, quand on a l'impression que c'est évitable, est difficile à supporter. 

Notons toutefois que même les Américains, Joe Biden en tête, n'ont pas toujours été parfaitement satisfaits de la cadence de production des vaccins. 

Faut-il, alors, adopter la fameuse "pensée positive" ou bien conserver tout notre esprit critique? Le fait d'être capable de voir ce qui ne va pas autour de nous peut permettre de dénoncer les choses pour ensuite aboutir à quelque chose de constructif. 

En revanche, si l'aspect constructif n'est pas au rendez-vous, si on se laisse en quelque sorte déborder par le négatif comme l'intendant du Gondor qui, dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien, n'était soumis par Sauron qu'à des images de défaite, alors, il est possible que dans sa vie, on devienne un "loser" au sens propre du terme. 

C'est à dire qu'à force de s'attarder sur les pertes autour de nous, ou bien sur les pertes dans notre vie, on ne tiendra plus compte des gains, et on deviendra donc un perdant et non un gagnant, dans ce sens où ces pertes vont miner notre moral et nous empêcher d'agir de manière constructive. 

J'avais déjà écrit un article de blog sur le sujet, intitulé Une promesse que je me suis faite. Et récemment, je me suis interrogé. En écrivant La Lettre à moi-même, n'ai-je pas dérogé à cette promesse de ne jamais sombrer dans l'amertume? La lettre s'attarde en effet sur des épisodes traumatiques de mon adolescence, puis de ma vie d'adulte. L'un de mes relecteurs principaux m'avait d'ailleurs formellement déconseillé de la publier sous peine de détruire ma relation avec ma mère et mon frère. 

Et pourtant, j'estime que cette lettre, aussi courte soit-elle, m'a à elle seule permis de faire plus de chemin que je n'en avais accompli pendant de nombreuses années. C'est le danger, je crois, de la pensée positive: vouloir se concentrer tellement sur le positif que l'on va oblitérer tout le négatif dans sa vie, au risque de ne pas régler certains problèmes, et de se retrouver emporté par une lame de fond surgie du passé au moment où on s'y attend le moins. 

Cette lettre m'a procuré une sorte de recul, de vue d'ensemble sur ma vie qui me faisait défaut. C'est ce qui me fait dire à quel point certaines choses dans mon passé, mais aussi certains de mes choix professionnels, me conditionnent en quelque sorte à l'amertume, si je n'y prends garde. Le journalisme, par exemple. J'ai gardé la fibre de ce métier que j'ai pratiqué entre 1996 et 2004. C'est une profession où il est presque obligatoire de voir le verre à moitié vide, le train qui n'arrive pas à l'heure... ou les bugs ou défauts dans un jeu vidéo. 

Le métier d'auteur à temps plein, c'est encore un cran au-dessus dans le risque de sombrer dans l'amertume. L'investissement personnel est tel, et les retombées financières si légères que l'enrichissement est avant tout personnel. Et certainement, cet état de fait m'aurait fait basculer vers le côté amer de la Force, si je n'avais choisi l'autoédition, qui quant à elle, permet de se contenter de petites victoires, et de ne mesurer son succès qu'avec une aune faite maison, et non celle d'autrui. C'est fondamental au niveau du mental, comme dirait l'autre.

Dernièrement, une prof qui réalise une thèse sur l'édition et l'autoédition me demandait si je souhaitais continuer à autopublier mes propres ouvrages, ou au contraire si je cherchais à être publié par un éditeur traditionnel. A quoi j'ai répondu: Plus que jamais, je continue l'autopublication. Toujours pour les mêmes raisons d'indépendance, et parce que l'autoédition vient de me prouver que même dans des circonstances dégradées, elle me permettait de survivre.

Mais il est vrai que mon passé et les connaissances acquises peu à peu me font approcher le secteur artistique de manière ultra précautionneuse, comme si je souhaitais n'y tremper qu'un orteil. C'est ainsi que dans ce blog, j'ai écrit pas mal d'articles de mise en garde sur ce secteur, et d'indices sur la manière de se protéger: 

- Un rêve, cela peut coûter cher 

- Un rêve, cela peut coûter cher: démonstration

- Succès, gloire... et amour ? 

- Entre hauts sommets et abysses

- Mortelle célébrité  (article central sur le sujet)

- Une promesse que je me suis faite

- Cinéma

Et le présent article, et d'autres encore, que je n'ai pas cités. Le sous-titre de ce blog pourrait presque être: "je suis artiste, et je me soigne!" Ou en tout cas, je tente de mettre en garde contre les aspects pervers de la profession, tout en sachant bien sûr que sans artiste, on s'ennuierait ferme, et que ça englobe des métiers magnifiques. 

Si vous ne devez lire qu'un de ces billets, que ce soit Mortelle célébrité, mais tous témoignent en quelque sorte de ces tiraillements entre le besoin d'une certaine notoriété artistique qui permette de vendre plus facilement et la réalité du terrain, dont j'essaie de rendre compte à ma manière.

Il ne faut pas y voir, je crois, que du négatif. Si malgré tous ces dangers que je décris, je continue d'avancer dans ce secteur, c'est bien que les récompenses immatérielles font plus que compenser la faiblesse des récompenses matérielles. 

A cet égard, j'éprouve une grande gratitude envers mes lecteurs, et toutes les personnes qui prennent sur leur temps pour lire mes livres, et me permettent de réaliser mon rêve. 

Cependant, le fait que les gens nous apprécient et apprécient la culture et la lecture ne doit nous conduire en aucun cas, nous autres auteurs autoédités, à oublier la manière dont le secteur des loisirs en général, et celui de la littérature en particulier, est dévalué par rapport à tout le reste. Tous ces articles que j'ai écrits décrivent les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes, ceux que nous tendent la société, mais le but est bien un développement sur les deux fronts: aussi bien dans la manière dont nous traite la société que dans la manière dont nous nous traitons nous-mêmes. Les deux aspects sont de toute façon profondément imbriqués, indissociables.


lundi 17 février 2020

Ubik, ou l'altération dystopique

Le roman Ubik, de Philip K. Dick, offre un merveilleux exemple d'idée(s) tordue(s). Ou distordues. Mises bout à bout, ces idées peuvent sous-tendre un univers dystopique. Spoilers inside!






Tout d'abord, pourquoi ce choix de lire ce roman en particulier, Ubik, de Philip K. Dick? Deux raisons: 

- j'avais lu Blade Runner il n'y a pas longtemps, et j'avais envie d'aller plus loin dans l'univers Dickien
- quand je testais des jeux vidéos fin des années 90, j'avais rencontré les développeurs de Cryo Interactive pour Ubik, le jeu vidéo, et l'un des développeurs m'avait dit qu'il avait adoré le roman


Je l'ai donc téléchargé sur ma liseuse. J'avoue, il a failli me tomber des mains à plusieurs reprises. Ce n'est pas la SF la plus abordable que l'on puisse trouver. Mais je me suis accroché. 

Au fil de ma progression, j'ai réalisé que le roman était à la croisée des chemins d'autres œuvres de Dick: 

- le Maître du Haut Château, à la fois pour son univers dans le supposé présent d'Ubik, 1993 (Ubik a été écrit en 1966 et publié en 1969, et donc, 1993 représentait encore un futur inconnu au moment où Dick l'a écrit), avec la mention dans Ubik de la confédération nord-américaine qui évoque un univers parallèle, et parce qu'à un moment du roman, on bascule dans le passé, pour remonter jusqu'en 1939, époque antérieure à celle du Maître du Haut Château, mais à laquelle cette uchronie se réfère très souvent
- les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques, pour l'aspect Thriller du roman, mais aussi pour l'aspect décrépitude/dégénerescence/flétrissement de cet univers, qu'il s'agisse des cigarettes dans Ubik ou même des êtres vivants qui se transforment en poussière
- Rapport minoritaire, Minority Report, sorti sous la forme d'une nouvelle dix ans auparavant, en 1956, pour l'aspect précognition/divination
- une autre nouvelle que je n'ai pas lue, appelée We Can Remember it Wholesale, Souvenirs à Vendre, sortie au moment de l'achèvement (mais pas de la publication) d'Ubik en 1966, qui a été adaptée sous le nom de Total Recall au cinéma, et qui a en commun avec Ubik de mélanger la réalité, les vrais et les faux souvenirs (de jouer en fait, sur des distorsions de réalité dignes d'alcooliques invétérés, de drogués ou de personnes atteintes de schizophrénie, comme l'a probablement été Dick)

Dans Minority Report comme dans Ubik, nous avons des personnages de precog. Ils ne sont que mentionnés dans Ubik, mais ils jouent un rôle actif dans Minority Report.

Note pour les créateurs de romans de SF: cela fait plus stylé de parler de précognition, et encore mieux de l'abrévier en précog, que de divination, de voyance ou de Madame Irma. Mais cela recouvre la même réalité, le fait de pouvoir deviner le futur, l'anticiper. En cela, tous les romanciers de SF sont des précogs, d'une certaine manière. 

Pour chaque univers de SF, vous avez des règles. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que dans ces deux œuvres très proches qui parlent toutes deux de précognition de Philip K. Dick, Minority Report et Ubik, vous avez des règles différentes.

Dans Minority Report, il est possible de prévenir et d'empêcher des meurtres en incarcérant à l'avance les coupables. 

Dans Ubik, le futur, même connu par les précog, ne peut être altéré en aucune manière.

L'idée d'incarcérer des meurtriers avant même qu'ils aient commis un meurtre vous paraît tordue? Attendez de voir la suite. Dans Ubik, le personnage de Pat Conlay est une anti-précog qui a la capacité d'altérer les événements du passé. 

Comment lui est venu son don? Eh bien, ses parents étaient des précogs. Quand elle n'était qu'une enfant, ils ont vu qu'elle allait casser un vase précieux, et ont puni leur fille une semaine avant que l'événement ne se produise. Devant une telle injustice, les talents anti-précog de l'enfant se sont réveillés. 

Rappelez-vous: dans Ubik, il est impossible d'altérer le futur, même si on en a connaissance. Le vase s'est donc brisé. Pour y remédier, Pat Conlay a altéré le passé après-coup. Cela ne l'a pas empêchée d'être punie, puisqu'elle n'a pu agir qu'après-coup, mais cela a effacé le ressentiment de ses parents précog à son égard, ou du moins peut-on le supposer. 

Si ça, ce n'est pas du tordu de chez tordu... Pourquoi, à votre avis, Dick a-t-il mis en place la règle selon laquelle le futur ne pouvait être changé dans Ubik, alors qu'il ne l'avait pas fait dix ans auparavant, en écrivant Minority Report? Eh bien tout simplement parce que si le futur avait pu être changé, une anti-précog comme Pat Conlay n'aurait plus eu de raison d'être. 

Et Dick avait besoin de se personnage pour jouer le rôle de l'un de ses suspects dans Ubik. C'est un personnage clé du roman.

Imaginez-vous, en tant que parent, même doué de précognition, punir une enfant avant même qu'elle n'ait commis l'acte? Ce serait d'une injustice révoltante. C'est digne d'un esprit retors, et c'est le genre d'idée, en effet, qui peut sous-tendre des univers dystopiques comme ceux d'Ubik ou de Minority Report. 

Dans Ubik, il y a aussi d'autres idées profondément dystopiques, comme le fait de devoir payer une porte d'entrée pour entrer ou sortir de son appartement, ou d'insérer des pièces de monnaie pour pouvoir ouvrir son frigo.

Bien que je reconnaisse l'utilité en termes de repoussoir de ce type de littérature, je vous avouerais que ce n'est pas trop mon truc.

Dick a de très grandes qualités de créateur, et de romancier bien sûr. Des qualités créatives qui font que ce sont souvent certaines parties de ces romans qui, au moment des adaptations ciné ou jeu vidéo, sont exploitées au détriment des autres. Car certes, l'exploration de tous les replis du désespoir de l'âme humaine nous permet d'en savoir plus sur nous-mêmes.

Mais tout le monde n'est pas fait pour ça.

jeudi 5 décembre 2019

Une promesse que je me suis faite

Je me suis fait une promesse. Peut-être pas de manière formelle ni à un moment précis, mais c'est en tout cas la promesse, tout au long de ma vie, de ne sombrer ni dans la misanthropie, ni dans le pessimisme, ni dans l'amertume, ni dans aucune de ces philosophies qui vous font d'abord voir le verre à moitié vide. L'amertume, en particulier, est un écueil qui menace les auteurs. C'est d'ailleurs pourquoi une romancière comme Kris Rusch attache autant d'importance à Thanksgiving dans ce sens de "gratitude envers la vie". 

"Les Gaulois n'ont peur que d'une chose, c'est que le ciel leur tombe sur la tête", est une phrase qui revient souvent dans les albums de BD Astérix et Obélix. La BD étant parodique, "les Gaulois" désigne en fait les Français. Et si l'on y réfléchit deux secondes, ils ont beau n'avoir peur que d'une chose, cela ne fait pas moins d'eux de grands angoissés devant la vie. Avoir peur que le ciel vous tombe sur la tête, c'est une vraie angoisse métaphysique, une peur de tous les instants. Cela décrit un trait de caractère des Français.

C'est ce même type de peur, d'angoisse qui est relayée par les médias, et de manière si intense que je qualifie cela dans un autre article de terrorisme médiatique, en appelant même à la création d'un outil pour mesurer la toxicité des médias. Le genre de peur, en gros, qui fait de tous les Français des névrosés. 

Cette névrose, j'en suis aussi la victime. Moi aussi, je me fais le relais d'informations négatives. Parce que j'estime qu'un artiste doit aussi se confronter à la réalité, ce qui signifie ne pas s'enfoncer la tête dans le sable. Par exemple, avoir la capacité de réaliser qu'on a fait fausse route au sujet du réchauffement climatique depuis 30 ou 40 ans. Parce qu'il y a la peur, l'angoisse, mais il y a aussi la réalité. C'est pourquoi je m'efforce toujours d'envisager des solutions dans le champ du réel.

Je suis donc davantage un névrosé militant qu'un névrosé dépressif. Mais allons plus loin dans l'introspection. Le fait que mes deux derniers romans (et trois derniers si l'on estime que Le Vagabond tient plus du roman que du recueil de nouvelles) soient des Thrillers ne fait-il pas de moi quelqu'un de fondamentalement pessimiste?

Pour écrire des romans noirs, ne faut-il pas voir la vie en noir?

J'ai essayé d'apporter une réponse à cette question dans la quatrième de couverture de mon dernier Thriller, Les Nouveaux Gardiens: "En cette deuxième décennie du XXIe siècle, les médias ne cessent de déverser un flux d'informations catastrophiques. Plutôt que de sombrer dans l'indifférence, la morosité ou le cynisme, Vick Lempereur a décidé d'agir."

Cette réponse, c'est donc la résilience, la capacité de rebondir, de faire face. Cela ne veut pas dire pour autant que la fin du roman soit parfaitement optimiste. Et même si la fin devait être jugée pessimiste, cela ne voudrait pas dire pour autant que son auteur est un pessimiste.

Dans tous les Thrillers, les personnages principaux font preuve de résilience, ou en tout cas, se débattent, essayent de s'en sortir, ou de résoudre l'affaire. Sans cela, sans ces efforts, il n'y aurait tout simplement pas de roman. Ce serait terminé pour eux dès la fin du premier chapitre.

Récemment, le Thriller Effondrements, de Guy Morant, en me plaçant dans la peau d'un survivaliste, de quelqu'un qui pense l'effondrement de la société inévitable, et s'y prépare, m'a fait comprendre que ce n'était pas l'attitude à adopter. Pourquoi? Parce que c'est tout simplement l'attitude du charognard. De quelqu'un placé en position d'attente, et d'attente malsaine, de l'attente de quelque chose de très négatif. Je ne veux tout simplement pas vivre comme ça. 

Quels que soient les signaux négatif que je reçois, et même si je tiens compte de la réalité et m'y confronte, je vis donc au jour le jour, dans une attitude de gratitude par rapport à tout ce que je possède, attitude positive, bien sûr. 

Et qu'en est-il, me direz-vous, de la condition d'auteur vivant de sa plume à temps plein? Est-ce que je ne devrais pas me considérer comme un agriculteur travaillant toute l'année son lopin de terre, pour au bout du compte ne récolter qu'un simple épis de maïs? Est-ce que ce rapport si défavorable entre la quantité de travail fournie et le fruit de ce travail ne devrait pas inexorablement me conduire vers l'amertume, comme ça a déjà été le cas de tant d'auteurs? 

C'est en effet le danger de la condition d'auteur, et il faut y prendre garde. Le truc, c'est que personne ne m'a mis un couteau sous la gorge pour choisir ce métier. C'est mon choix, et je dois l'assumer. A moi de faire la preuve de ce dont je suis capable... même si ce ne devait être qu'à deux ou trois individus!

C'est un choix qui m'a permis de réaliser mon rêve en vivant de l'écriture. Oui, il y a un prix à payer. Mais il y a aussi des plaisirs transgressifs, comme le fait de rester au lit quand la plupart des gens sont assujettis au conformisme du métro-boulot-dodo. Il y a une certaine liberté de parole, de vision de la société qui peut s'exprimer.

Il y a aussi la satisfaction des rencontres avec les lecteurs et des échanges. Il y a enfin la réalisation de soi-même dans ses livres, bien plus importante que dans aucun autre métier que j'ai pu exercer. 

Il m'arrive parfois d'imaginer vendre 25 000 exemplaires de mon dernier roman en format ebook, et de m'en effrayer. Comment serait le retour sur terre, après un tel succès? Est-ce que ce genre de succès ne me placerait pas en position d'attente pour le restant de mes jours, là où je souhaite continuer à aller de l'avant? Est-ce que je ne considérerais pas que je "mérite" de vendre autant à chaque roman? Est-ce que je ne serais pas frustré à chaque fois comme un enfant gâté? Le succès serait pour moi une grande perturbation.

Plutôt qu'un agriculteur, je préfère à présent me considérer comme le possesseur et bénéficiaire d'un puits. Chaque seau que je remonte est un seau de satisfaction. En d'autres termes, c'est le voyage qui compte, pas la destination.

jeudi 23 novembre 2017

Vivre de l'écriture, c'est résister

"Résiste! Prouve que tu existes!" scandait France Gall dans une chanson célèbre composée par Michel Berger. Si l'on souhaite s'enrichir financièrement, les métiers de la banque ou de la Bourse conviendront beaucoup mieux que l'écriture, c'est un fait. En revanche, le fait de vouloir gagner sa vie, mener une carrière avec l'écriture dénature-t-il ce que l'on écrit ou pire encore, l'artiste en nous, comme semble le suggérer l'auteur Luc Landrot dans son dernier billet? Gérer son entreprise d'autoédition nous transforme-t-il en entrepreneurs sans scrupules? En commerciaux, en obsédés de la vente? Bien que ne vivant de l'écriture de mes romans de fiction que depuis un peu moins de quatre ans, je peux déjà faire part de mes impressions. 

Le billet de Luc est à la fois très sincère et touchant dans sa manière de vouloir préserver le cœur, l'essence même de notre passion. Ce désir d'écrire des histoires qui vont nous emporter avant peut-être, qui sait, d'emporter quelques lecteurs, de leur permettre de s'évader, de vivre cette union télépathique avec l'auteur. Et pourquoi pas, si l'on a autour de soi des gens avec lesquels on partage les mêmes goûts, d'échanger sur un livre comme on échangerait sur un film, de comparer son ressenti.

Ce qui m'a frappé c'est que, d'après ce billet, Luc exerçait la mission d'ingénieur en CDI avant de déposer sa démission pour "voyager et faire ce qui [lui] plaît."

L'un des passages de son billet est particulièrement marquant:

Certains sont même “jaloux/admiratifs” de ma situation, dans le sens où ils estiment n’avoir jamais le cran de faire pareil. Et pourtant, parfois on a quand même l’impression qu’on est illégitime. J’avais beau me répéter à moi-même que j’assumais mes choix, qu’ils étaient fondés, raisonnés, légitimes, je n’arrive pas à me débarrasser de ce poids social qui ne vient même pas des gens directement mais de la culture globale.

Vers la fin de son billet, Luc, qui a écrit un seul roman, indique que son métier principal "redeviendra probablement ingénieur". 

Je ne vais bien sûr pas me lancer dans un jugement de valeur sur le parcours d'un collègue.

Ce que je peux vous dire, c'est que ce "poids social" ressenti par Luc, il pèse aussi sur mes épaules. Je me le représente comme une entropie sociétale : si l'on envisage les métiers classiques comme le centre d'une planète, c'est un peu comme une force de la gravitation, ou une courbure de l'espace-temps, pour reprendre la théorie d'Einstein, qui vous force à glisser vers le centre si vous exercez un métier un peu plus périphérique. L'un de ces métiers qui ne sont pas préconisés par la société. Un métier artistique. 

Alors, qu'est-ce qui me différencie de quelqu'un comme Luc? D'abord, je n'ai rien d'un matheux. Notre société privilégie la fonction d'ingénieur, avec des études à base de maths et de physique. On trouve beaucoup plus facilement un métier si l'on souhaite devenir ingénieur, et c'est beaucoup mieux rémunéré. Luc a donc énormément de mérite d'avoir su briser ce carcan, cette entropie, pour poser sa démission et explorer d'autres facettes de la vie.

Ma volonté de tracer mon sillon s'est traduite par plusieurs combats, et tout d'abord celui de vivre de ma plume, principalement en tant que journaliste pigiste dans la presse écrite. J'y suis parvenu pendant huit ans, avant de céder à cette fameuse entropie, aux nécessités matérielles pour devenir conseiller emploi, pendant huit ans également. 

Fin 2013, j'ai déposé ma démission, et depuis, je vis de nouveau de l'écriture, mais de romans de fiction cette fois. Ayant déjà eu à mener ce combat pour vivre de ma plume, je sais ce que c'est. 

Alors j’ai commencé à effleurer le tourbillon infernal du marketing offensif, nous dit Luc. Lentement mais sûrement, j’opérais la transformation d’artiste à pro du marketing. 

Est-ce mon cas? Oui, dans une certaine mesure, je ne peux nier avoir dû intégrer des notions de marketing. Est-ce que ça m'a pour autant privé de mon âme d'auteur? Je laisserai chacun en décider en lisant mon prochain roman, Passager clandestin, qui sortira fin décembre. ;)

Pour appuyer son propos, Luc cite Victor Hugo: Qui n'est pas capable d'être pauvre n'est pas capable d'être libre. Ce qu'il y a de curieux dans cette citation, c'est que justement, ceux qui font le choix d'une carrière dans l'écriture, s'ils sont bien informés, savent qu'ils ont des chances infimes de s'enrichir. Ils font donc le choix, si l'on veut, de la pauvreté matérielle et de la richesse intellectuelle. 

L'autoédition est aussi vieille que la littérature. Avant que des géants comme Amazon ne boostent ce phénomène de l'autoédition, le métier se pratiquait loin des projecteurs. Officiellement, ce que la société voulait, c'est que l'auteur s'abrite derrière un éditeur qui lui, assumerait les démarches commerciales... de la même manière, si vous voulez, qu'un ingénieur va s'abriter derrière les forces de vente pour que les produits qu'il imagine et développe trouvent des débouchés.

La société semble admettre difficilement qu'un auteur fasse la promotion de ses propres œuvres: il doit donc le faire par des moyens détournés.

L'autoédition assumée a, quant à elle, donné lieu à des dérives: harcèlement, spam en tout genre, que Luc dénonce à juste titre. Forcer un lecteur à faire quoi que ce soit n'a rien de bon, et détruit en effet l'essence même du rêve.

Pour autant, faut-il renoncer à faire carrière dans ce métier d'auteur? Je ne le crois pas. Mon expérience me fait dire qu'il y a moyen de faire comprendre les choses sans brusquer, sans heurter. 

Nous devons garder le rêve intact. Mais tout le sens de mon combat pour vivre de ma plume, c'est aussi de faire comprendre à la société que ce métier est légitime. 

Ce n'est pas à la société, ou à l'administration fiscale, de dicter à l'auteur la manière dont il entend gagner sa vie. Ce combat, nous autres auteurs pouvons seuls le mener. Si nous nous y prenons de la bonne manière, nous gagnerons le soutien des lecteurs.

Vous aimez vous évader, et la société vous traite de lunatique? Parlez-lui des expériences de pensée d'Einstein. Dites-lui que sans ces expériences, il n'aurait pu établir l'équation E=MC². Cette équation n'a pour l'instant comme application pratique que le GPS, mais ouvre des perspectives phénoménales pour la société humaine dans son ensemble.  Demandez-vous, aussi, ce que pensait Einstein de l'imagination...

Si nous sommes suffisamment nombreux à résister à l'effet d'entropie, peut-être parviendrons-nous à créer des points d'amarrage suffisants pour crédibiliser notre activité, et le fait d'en vivre.    


dimanche 15 janvier 2017

Trois ans déjà

Trois ans déjà que j'ai quitté mon CDI au Pôle Emploi pour travailler à temps plein sur l'écriture. Je ne regrette rien, et j'ai de la gratitude envers mes proches, qui ont soutenu ma démarche, et envers mes lecteurs. 

Quand je pense à ma situation d'auteur autoédité, et à cette décision de tout lâcher pour m'efforcer de vivre à temps plein de l'écriture, au fait aussi que je ne m'endette pas suite à ce choix, je repense immanquablement à cette scène du film de Pulp Fiction, à partir de 1 minute 25 dans la vidéo: 


Je me sens comme les personnages joués par John Travolta et Samuel L. Jackson après qu'on leur ait tiré dessus -- incroyablement chanceux. 

J'avais pris cette décision en décembre 2013, pas totalement par moi-même, mais à la suite de la décision du déménagement de l'agence Spectacle parisienne du Pôle Emploi, à l'époque situé dans le XIème arrondissement (rue de Malte), pour aller dans le XVème. 

J'avais eu besoin de ce petit coup de pied aux fesses du destin pour prendre cette décision. Je me souviens de m'être dit qu'en étant au pied du mur, en n'ayant pas d'autre choix, je serai forcé de faire le nécessaire pour survivre. 

Je dois reconnaître aussi qu'à l'époque, j'étais dans une situation extrêmement privilégiée par rapport à de nombreux Français, n'ayant pas de loyer à payer, et ayant remboursé mon prêt immobilier suite à certains héritages (pas le genre d'héritages qui vous rendent riche à millions, mais de ceux qui vous permettent de compléter l'achat d'un pavillon). 

Depuis ce passage à temps plein dans mon activité d'auteur autoédité, j'ai écrit et publié un recueil de nouvelles, Le Vagabond et quatre autres thrillers, j'ai travaillé sur les corrections et la publication de la traduction du Souffle d'Aoles, The Breath of Aoles, et, avec l'aide précieuse de ma correctrice anglaise Dawn Lewis, j'ai assuré la traduction des deuxième et troisième tome, Turquoise Water et The Flames of the Immolated. 

Bref, j'ai réalisé un rêve. 

J'ai aussi vendu, la plupart du temps en dédicace, 975 livres papier en 2014, 1167 en 2015 et 1387 en 2016. 

Il faut bien vivre. 

Tout cela demande du travail. Ecriture, relecture, mise en page des exemplaires papier, création des ebooks, investissement sur les couvertures, sur les exemplaires auprès des imprimeurs, sur la correction, la traduction (pour le premier tome de ma trilogie), les déplacements, la promotion via les pubs Facebook ou sur des sites spécialisés. Investir toujours, prendre des risques calculés, et apprendre sans cesse, se former au marketing. Et bien sûr, les signatures dans les grands centres commerciaux, entre 10h00 et 19h00 chaque semaine.

Je pourrais estimer que chaque auteur qui travaille moins que moi ne mérite pas de travailler à temps plein sur l'écriture. Je pourrais estimer que le revenu universel inconditionnel est un renoncement par rapport à la valeur travail, qu'il va favoriser les fainéants et les parasites.


Mais ce serait oublier que quelqu'un comme Manuel Valls me considère peut-être bien déjà comme un fainéant et un parasite, du moment que je ne travaille pas 10 heures par jour à creuser des piscines. 

Ce serait oublier à quel point je me sens chanceux d'être dans ma situation. 

Le revenu universel inconditionnel est un vaste sujet, que je ne résoudrai pas en quelques lignes sur ce blog. 

Il faudrait s'arrêter dans un premier temps sur ce que l'on considère comme la "valeur travail", dans un pays où le secteur industriel a quasiment disparu. Le travail me semble beaucoup plus difficile à quantifier et à évaluer dès lors qu'il devient essentiellement intellectuel et non plus physique. 

Le président de Total n'extrait pas lui-même le pétrole avec ses petits bras musclés. Les ingénieurs et techniciens qui ont mis au point les machines d'extraction, les mathématiciens qui ont mis au point les formules et algorithmes permettant la création de robots, les professeurs qui ont enseigné les mathématiques aux grands hommes, ne contribuent-ils pas davantage au PIB que le président de Total?

Combien de métiers qui n'en sont pas dans notre société? Combien de métiers très bien payés à ne rien faire, à la fois dans les grandes entreprises et dans la fonction publique? 

Ce qu'il faut traquer, c'est le gaspillage de ressources, à la fois dans le public comme dans le privé. 

Avec le revenu universel, il faut absolument considérer le verre à moitié plein. C'est pourquoi il faut le mettre en place de manière à "protéger et à émanciper les individus". 

Il faut le considérer comme un investissement sur l'avenir, sur chaque Français.

Il faut considérer que la dette de la France est organisée par les grandes entreprises qui ne payent pas leurs impôts comme elles le devraient. 

Il faut considérer que le chômage en France est organisé par les grandes entreprises, des multinationales dont dépendent le plus souvent les milliers de PME: il faut maintenir une tension sur le travail, il faut que le chômage reste une menace pour "motiver les troupes".

Il faut aussi considérer que l'effort pour que les entreprises s'acquittent de leurs impôts doit être fait au niveau mondial et non national. Puisque l'on a affaire à des multinationales.

Les vrais parasites ne sont pas ceux que l'on croit. 

mardi 13 septembre 2016

Mes livres dans les écoles ?

J'ai beau me définir comme étant agnostique, je n'écarte pas pour autant toute spiritualité de ma vie. Ainsi ai-je appris à tenir compte de certains signes (vent du destin? Souffle d'Aoles?) autour de moi - on pourrait aussi parler d'intuition ou d'association d'idées, mais je crois que ça va plus loin. J'avais déjà remarqué que les enseignants s'intéressaient à mes livres, évoquant à plusieurs reprises, lors de rencontres en dédicace, la possibilité de me déplacer en collège y prêcher ma "bonne parole". Mais l'élément déclencheur de l'article de blog que vous lisez en ce moment a été un email d'un membre d'une association de l'Hérault, Lire et faire lire, qui intervient dans les écoles primaires pour y faire des lectures.

C'est un fait, l'enseignement du français, notamment au collège, a subi de vraies évolutions depuis mon enfance. Sans doute cela est-il dû au moins en partie au fait que les enseignants d'aujourd'hui sont souvent des gens de ma génération. 

L'enseignement trop rigide du collège, l'obligation de lire des textes trop âpres à un âge où les goûts se forment ou se déforment pour la vie, a dû rester en mémoire de certains enseignants, ou en tout cas de certaines personnes travaillant aux programmes de l'Education nationale. 

Ainsi, quand je jette un coup d’œil sur le manuel de français de ma fille, qui vient de rentrer en Sixième, je vois un chapitre sur les Ogres et Sorcières, un autre intitulé Belles et Bêtes, du livre à l'écran, un autre sur les récits de création de la mythologie grecque et de la Bible, un autre sur les monstres antiques, un autre sur l'Odyssée d'Homère, un autre sur le roman d'aventure, avec notamment un passage de Bilbo le Hobbit, de Tolkien, un extrait du Monde Perdu d'Arthur Conan Doyle, et des planches du Temple du Soleil, la BD d'Hergé (oui, Tintin et le capitaine Haddock!)...

De l'incitatif, voire de l'addictif, cela me donnerait presque envie de recommencer ma Sixième!

L'email que j'ai reçu ne faisait cependant pas référence à des collégiens, mais à des écoliers de CM2. 

Je garde en général la confidentialité sur les emails que je reçois, mais celui-ci ne révèle rien de personnel, et constitue, selon moi, un véritable "cas d'école" (oui, le jeu de mots est voulu): 

Je fais partie de l’association « Lire et Faire Lire » (http://www.lireetfairelire.org/). Je lis donc dans les écoles, en particulier dans l’Hérault.
J’ai récupéré via Amazon sur mon Kindle « Une brève histoire d'Ardalia » que je pense lire aux CM2 (éventuellement CM1). Qu’en pensez-vous ?.
Sinon pensez-vous que je puisse lire d’autres livres dont vous êtes l’auteur aux enfants de CM2 ou autres ?

Un intervenant dans les écoles qui lit des récits d'un auteur qu'il a récupéré sur sa liseuse Kindle. Oui je confirme, les choses ont bien changé depuis mon enfance... 

Je lui ai répondu que oui, bien sûr, je n'y voyais aucun inconvénient, Une brève histoire d'Ardalia pouvant être un bon exemple de la manière dont un auteur construit son univers.

Voici la suite de ma réponse:

Vous pouvez même effectuer une corrélation avec le récit de l'Avisé dans le chapitre 1 du Souffle d'Aoles, le passage qui commence par : "C’était une époque dont les plus anciens ne se souviennent que par le récit de leurs ancêtres," afin de montrer comment le fait de bâtir une histoire plus ancienne peut aider à crédibiliser une histoire, à lui donner plus d'assise. 

[Note: je ne lui ai pas dit que ce passage constituait aussi un bon exemple de "mise en abyme": la technique d'incrustation d'une histoire dans une autre peut sembler un peu difficile à aborder pour les plus jeunes, mais il ne faut jamais sous-estimer l'intelligence de nos enfants, et je pense qu'il serait assez simple de leur expliquer la chose à l'aide de poupées russes.] 

Le Souffle d'Aoles, le premier tome du cycle d'Ardalia, se destine quant à lui à un public à partir de 12 ans. Donc, plus pour les cinquième, le héros ayant 16 ans et évoluant tout au long de la trilogie.

J'ai voulu l'écrire pour des personnes qui auraient lu la série Harry Potter et qui souhaiteraient aller plus loin dans l'imaginaire.

Il y a une autre histoire courte que vous pouvez lire aux enfants: "Le Plasmode", une histoire de science-fiction de type expérimentale, qui fait partie de mon recueil Les Explorateurs.

Elle constitue un bon exemple de la manière dont un auteur peut se laisser porter par son imagination, en faisant d'une créature extra-terrestre très originale le protagoniste principal d'une histoire.

Enfin, Source de Jouvence, dans le même recueil, est une nouvelle qui peut aussi attirer les plus jeunes, dans la mesure où l'on parle d'une famille déportée de sa route par des pirates, qui va échouer sur une station spatiale.

Le petit Vens, 8 ans, va se rendre compte que le vieux scientifique qui vit tout seul dans cette station spatiale, entouré de robots, s'intéresse un peu trop à lui.
Source de Jouvence fait partie du recueil Les Explorateurs, mais est aussi vendu de manière individuelle sur Kindle.

Bien à vous,

Alan

Pour les enseignants qui liraient cet article de blog, il faut savoir que je ne suis jamais intervenu en milieu scolaire. 

J'aurais des choses à dire, et notamment sur la manière dont, bien que m'étant lancé dans une histoire d'aliens sur une autre planète, j'ai ancré le roman Le Souffle d'Aoles dans notre propre réalité, avec de nombreux points d'ancrage liés à notre Histoire, et notamment le compagnonnage et le fait de devoir, pour un menuisier, prouver son savoir-faire en réalisant son chef-d’œuvre.  

Si vous souhaitez me voir intervenir dans votre classe, mon tarif est de 250 € hors défraiement par demi-journée d'intervention (paiement d'avance). Vous pouvez me joindre sur mon email, alan1spade [at] gmail.com. 

Enfin, si l'Education nationale est intéressée pour voir figurer ma trilogie Ardalia dans les CDI des collèges, je suis bien sûr ouvert à toute proposition. Je peux même proposer un tarif plus favorable que le tarif habituel, puisque c'est pour la bonne cause... 

Article lié: Auteurs: les interventions hors dédicace

mercredi 3 février 2016

Projection

A chaque fois que vous vous dites que vous n'êtes pas assez lu(e), demandez-vous si vous n'êtes pas en train de projeter votre propre manque de confiance en vous sur les lecteurs.