vendredi 8 décembre 2017

Société du "marche ou crève"

«­On peut mesurer le degré de civilisation d'une société en visitant ses prisons» disaient Fedor Dostoievski et Albert Camus. Ils avaient raison, mais ils auraient pu ajouter: «et en examinant la manière dont l'urbanisme s'occupe des sans abris et vagabonds».

Des abribus conçus, non pour abriter, mais pour que le vent s'y engouffre:

Il ne faudrait surtout pas y rester trop longtemps, 
et quelle largeur de banc!

Des bancs munis d'arceaux en acier:

Faites un geste civique: 
prenez un chalumeau et découpez-moi ces foutus arceaux!

Des perrons sur lesquels on plante des boulons: 

Charming, isn't it? 
 
Des allées centrales sous les ponts recouvertes de pointes:

Je vous jure que si on pouvait recouvrir de pointes l'intégralité
du bitume pour empêcher les SDF de s'y allonger, on le ferait!

"On ne veut pas de ça chez nous". C'est en gros la manière dont les maires s'occupent des SDF et autres laissés pour compte. "Bienvenue dans nos territoires d'exclusion, garantis anti-SDF!"

Deux maires de gauche à Paris ces dernières années. Et ils ont laissé passer ça???!! Mais bordel, où sont passées les valeurs de la gauche? 

Nous sommes dans une société qui fabrique du déséquilibre et de la pauvreté. Le SDF de demain, ça peut être moi, ça peut être vous. 

Je suis désolé de faire tomber cet article sous le coup de la loi de Godwin, mais c'est pas un peu facho, tout ça? Cette manière de nier la pauvreté tout juste ce qu'il faut pour prendre des mesures d'exclusion? 

Si on est capable de faire ça aussi facilement, aussi efficacement, est-ce que la prochaine étape, ce ne serait pas de construire en secret des camps de la mort pour gazer discrètement nos sans domicile?

Alors, bien sûr après, on va dire que le revenu universel, le logement universel, le partage des ressources sont des utopies. Eh bien je vais vous dire, je suis d'accord. Dans une société du "marche ou crève", ces concepts resteront à jamais utopiques. 

Je vous laisse, je vais vomir.


jeudi 23 novembre 2017

Vivre de l'écriture, c'est résister

"Résiste! Prouve que tu existes!" scandait France Gall dans une chanson célèbre composée par Michel Berger. Si l'on souhaite s'enrichir financièrement, les métiers de la banque ou de la Bourse conviendront beaucoup mieux que l'écriture, c'est un fait. En revanche, le fait de vouloir gagner sa vie, mener une carrière avec l'écriture dénature-t-il ce que l'on écrit ou pire encore, l'artiste en nous, comme semble le suggérer l'auteur Luc Landrot dans son dernier billet? Gérer son entreprise d'autoédition nous transforme-t-il en entrepreneurs sans scrupules? En commerciaux, en obsédés de la vente? Bien que ne vivant de l'écriture de mes romans de fiction que depuis un peu moins de quatre ans, je peux déjà faire part de mes impressions. 

Le billet de Luc est à la fois très sincère et touchant dans sa manière de vouloir préserver le cœur, l'essence même de notre passion. Ce désir d'écrire des histoires qui vont nous emporter avant peut-être, qui sait, d'emporter quelques lecteurs, de leur permettre de s'évader, de vivre cette union télépathique avec l'auteur. Et pourquoi pas, si l'on a autour de soi des gens avec lesquels on partage les mêmes goûts, d'échanger sur un livre comme on échangerait sur un film, de comparer son ressenti.

Ce qui m'a frappé c'est que, d'après ce billet, Luc exerçait la mission d'ingénieur en CDI avant de déposer sa démission pour "voyager et faire ce qui [lui] plaît."

L'un des passages de son billet est particulièrement marquant:

Certains sont même “jaloux/admiratifs” de ma situation, dans le sens où ils estiment n’avoir jamais le cran de faire pareil. Et pourtant, parfois on a quand même l’impression qu’on est illégitime. J’avais beau me répéter à moi-même que j’assumais mes choix, qu’ils étaient fondés, raisonnés, légitimes, je n’arrive pas à me débarrasser de ce poids social qui ne vient même pas des gens directement mais de la culture globale.

Vers la fin de son billet, Luc, qui a écrit un seul roman, indique que son métier principal "redeviendra probablement ingénieur". 

Je ne vais bien sûr pas me lancer dans un jugement de valeur sur le parcours d'un collègue.

Ce que je peux vous dire, c'est que ce "poids social" ressenti par Luc, il pèse aussi sur mes épaules. Je me le représente comme une entropie sociétale : si l'on envisage les métiers classiques comme le centre d'une planète, c'est un peu comme une force de la gravitation, ou une courbure de l'espace-temps, pour reprendre la théorie d'Einstein, qui vous force à glisser vers le centre si vous exercez un métier un peu plus périphérique. L'un de ces métiers qui ne sont pas préconisés par la société. Un métier artistique. 

Alors, qu'est-ce qui me différencie de quelqu'un comme Luc? D'abord, je n'ai rien d'un matheux. Notre société privilégie la fonction d'ingénieur, avec des études à base de maths et de physique. On trouve beaucoup plus facilement un métier si l'on souhaite devenir ingénieur, et c'est beaucoup mieux rémunéré. Luc a donc énormément de mérite d'avoir su briser ce carcan, cette entropie, pour poser sa démission et explorer d'autres facettes de la vie.

Ma volonté de tracer mon sillon s'est traduite par plusieurs combats, et tout d'abord celui de vivre de ma plume, principalement en tant que journaliste pigiste dans la presse écrite. J'y suis parvenu pendant huit ans, avant de céder à cette fameuse entropie, aux nécessités matérielles pour devenir conseiller emploi, pendant huit ans également. 

Fin 2013, j'ai déposé ma démission, et depuis, je vis de nouveau de l'écriture, mais de romans de fiction cette fois. Ayant déjà eu à mener ce combat pour vivre de ma plume, je sais ce que c'est. 

Alors j’ai commencé à effleurer le tourbillon infernal du marketing offensif, nous dit Luc. Lentement mais sûrement, j’opérais la transformation d’artiste à pro du marketing. 

Est-ce mon cas? Oui, dans une certaine mesure, je ne peux nier avoir dû intégrer des notions de marketing. Est-ce que ça m'a pour autant privé de mon âme d'auteur? Je laisserai chacun en décider en lisant mon prochain roman, Passager clandestin, qui sortira fin décembre. ;)

Pour appuyer son propos, Luc cite Victor Hugo: Qui n'est pas capable d'être pauvre n'est pas capable d'être libre. Ce qu'il y a de curieux dans cette citation, c'est que justement, ceux qui font le choix d'une carrière dans l'écriture, s'ils sont bien informés, savent qu'ils ont des chances infimes de s'enrichir. Ils font donc le choix, si l'on veut, de la pauvreté matérielle et de la richesse intellectuelle. 

L'autoédition est aussi vieille que la littérature. Avant que des géants comme Amazon ne boostent ce phénomène de l'autoédition, le métier se pratiquait loin des projecteurs. Officiellement, ce que la société voulait, c'est que l'auteur s'abrite derrière un éditeur qui lui, assumerait les démarches commerciales... de la même manière, si vous voulez, qu'un ingénieur va s'abriter derrière les forces de vente pour que les produits qu'il imagine et développe trouvent des débouchés.

La société semble admettre difficilement qu'un auteur fasse la promotion de ses propres œuvres: il doit donc le faire par des moyens détournés.

L'autoédition assumée a, quant à elle, donné lieu à des dérives: harcèlement, spam en tout genre, que Luc dénonce à juste titre. Forcer un lecteur à faire quoi que ce soit n'a rien de bon, et détruit en effet l'essence même du rêve.

Pour autant, faut-il renoncer à faire carrière dans ce métier d'auteur? Je ne le crois pas. Mon expérience me fait dire qu'il y a moyen de faire comprendre les choses sans brusquer, sans heurter. 

Nous devons garder le rêve intact. Mais tout le sens de mon combat pour vivre de ma plume, c'est aussi de faire comprendre à la société que ce métier est légitime. 

Ce n'est pas à la société, ou à l'administration fiscale, de dicter à l'auteur la manière dont il entend gagner sa vie. Ce combat, nous autres auteurs pouvons seuls le mener. Si nous nous y prenons de la bonne manière, nous gagnerons le soutien des lecteurs.

Vous aimez vous évader, et la société vous traite de lunatique? Parlez-lui des expériences de pensée d'Einstein. Dites-lui que sans ces expériences, il n'aurait pu établir l'équation E=MC². Cette équation n'a pour l'instant comme application pratique que le GPS, mais ouvre des perspectives phénoménales pour la société humaine dans son ensemble.  Demandez-vous, aussi, ce que pensait Einstein de l'imagination...

Si nous sommes suffisamment nombreux à résister à l'effet d'entropie, peut-être parviendrons-nous à créer des points d'amarrage suffisants pour crédibiliser notre activité, et le fait d'en vivre.    


mercredi 8 novembre 2017

Apple et les ebooks : un marché de plus en plus fermé

Vous avez dit repli sur soi? Apple se désengage de plus en plus de la vente d'ebooks. Avec la sortie de la version 12.7 de l'iTunes Store, l'Appstore, qui contenait tous les ebooks et permettait de les acheter directement via son PC à base de Windows, disparaît. Cela signifie qu'il faut impérativement avoir l'application iBooks, et celle-ci n'existant que sur les appareils d'Apple, les autres utilisateurs se retrouvent d'emblée exclus. 

Ne vous étonnez pas si vous vendez moins d'ebooks sur Apple, le marché devient de plus en plus fermé avec l'apparition de la version 12.7 de l'iTunes Store datant de septembre 2017. 

Dans un souci de "simplification", cette version 12.7 a donc supprimé l'App Store. Problème, l'App Store est lié à l'application iBooks, qui permettait d'acheter des ebooks directement à partir d'un PC.

Donc, Apple se coupe d'un coup de tous les utilisateurs autres qu'Apple. Pire encore, même lorsqu'on est sur Mac OS, l'impossibilité d'accéder à l'App Store avec cette version empêche de pouvoir télécharger des ebooks. Un comble!

La solution? Revenir sur une ancienne version de l'iTunes Store, comme le préconise cet article de Mac Generation.

La version 12.6, cela dit, n'a initialement pas marché chez moi. Pour parvenir à la faire fonctionner, j'ai carrément supprimé tout mon dossier iTunes qui figurait dans mon répertoire Bibliothèques/Musique/Ma musique. Oui, oui, c'est radical.

J'ai vérifié: je peux maintenant de nouveau modifier le menu afin d'ajouter le menu "livres" sur iTunes. Une fois dans l'interface "livres", il redevient possible d'acheter des ebooks à partir d'un PC! 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir 


Les pas en avant d'Apple sont des fois de gros pas en arrière... 


mardi 26 septembre 2017

« Bestsellers du gaspillage »

Avec 142 millions de livres pilonnés (entendez: détruits sans avoir été lus) en France en 2015 (source: Libération) un auteur ne peut aujourd'hui se considérer comme éco-responsable dans sa démarche professionnelle qu'en choisissant l'autoédition ou la petite édition... à condition que ni l'un ni l'autre ne soient vus comme des tremplins vers la grande édition.

Ce chiffre de 142 millions de livres pilonnés en une seule année est effarant. Monstrueux. Quelle autre industrie est aussi gaspilleuse que celle du livre? La question se pose. 

Un autre article que celui de Libération, de 2009 celui-ci, de la librairie Monet, estime quant à lui à 20 millions de livres "seulement" le nombre d'ouvrage pilonnés: en effet, ce dernier article stipule: En France, on estime à environ 100 millions le nombre de titres qui sont ainsi pilonnés chaque année, soit le cinquième de la production annuelle. Nous n’avons pas les chiffres exacts pour le Québec, mais tout porte à croire que le ratio est semblable. Les entreprises du livre ne sont toutefois pas celles qui ont le plus recours au pilon. Le taux serait de 30% pour la presse quotidienne et 50% pour le domaine de la presse magazine.

30% de presse quotidienne + 50% de presse magazine, cela fait 80% des 100 millions d'exemplaires pilonnés par la presse, et donc, les 20% d'exemplaires restants, soit 20 millions, seraient des livres. 

Quoi qu'il en soit, quel que soit le chiffre, 20 millions ou 142 millions, c'est beaucoup trop au XXIème siècle.


Dans le domaine de l'édition tradi, il faut savoir que les livres les plus pilonnés sont des livres d'auteurs bestsellers. Ces ouvrages, souvent pilonnés à plus de 50%, sont ceux que j'appelle les "bestsellers du gaspillage".

L'édition traditionnelle, il faut le savoir, est d'un cynisme et d'une cruauté sans nom. Les précieuses places en rayon de librairie, qui sont pour les livres papier ce que l'oxygène est pour l'être humain, ces précieuses places sont trustées, et notamment les têtes de gondoles, par des livres bestsellers, ou que l'on voudrait devenir bestsellers. 

Le problème, c'est que ces livres que vous retrouvez un peu partout en librairie, en raison des accords commerciaux de location d'espace de vente entre les gros éditeurs et les libraires, ces livres sont beaucoup plus nombreux que ceux qui vont être vendus. Et les éditeurs le savent pertinemment.

Donc, oui, il y a de fortes probabilités que le Stephen King que vous voyez là soit pilonné. Des probabilités nettement plus fortes que pour un livre lambda. Pourquoi? Parce que, à partir du moment où un auteur a créé la surprise en ayant des statistiques de ventes merveilleuses par rapport au nombre de livres imprimés, en créant un bestseller, cet auteur sera considéré comme bestseller, et son prochain titre va faire l'objet d'une surproduction, à des fins, principalement, d'affichage et de publicité, mais aussi pour étouffer dans l’œuf la concurrence en s'appropriant les meilleurs espaces.

Et bien entendu, cette surproduction rend, en apparence, les livres de l'auteur bestseller moins chers pour l'éditeur que les livres de l'auteur moins connu. Jamais l'expression "cercle vicieux" n'aura aussi bien porté son nom.

Un éditeur tradi vous répondra, si vous lui en parlez, que des auteurs comme Stephen King, Musso ou Lévy sont des locomotives pour l'édition, et permettent à d'autres auteurs d'être publiés. 

A quoi je répondrais: dans quelle mesure ces autres auteurs moins connus ne sont-ils pas que de simples faire-valoir, quand on sait que la grande majorité des nouveaux titres vont rester de un à trois mois en librairie avant de disparaître définitivement? Dans quelle mesure ce n'est pas du vanity publishing, que d'être publié par l'édition tradi? 

Si un jour, l'un de mes enfants me dit: Papa, tu avais le choix entre l'édition traditionnelle et l'autoédition, et tu as fait le choix de l'édition traditionnelle, sachant qu'elle était la plus gaspilleuse qui soit, est-ce que je pourrais le ou la regarder en face et assumer ce choix? 

Ma femme travaille dans une association de lutte contre la torture. Quand je lui ai expliqué le problème, elle m'a dit que son association, au lieu d'imprimer ses rapports à environ 700 exemplaires, va les tirer à 2000 ou 3000, parce que cela coûte moins cher. Résultat, l'un des salariés a passé l'été à mettre des rapports au pilon.

Et là, elle met le doigt, en effet, sur un aspect très pervers des économies d'échelle: à partir du moment où vous passez le cap des 500 exemplaires, il va être plus intéressant de passer en offset, qui va revenir moins cher que l'impression numérique entre 500 et 1000, pour un nombre supérieur d'exemplaires.

On imagine bien que la tentation du profit, ou en tout cas de l'économie, est irrésistible, pour toute association ou entreprise ayant une activité de presse. C'est là que le bât blesse.

Nous avons aussi notre responsabilité en tant que consommateurs. Les liseuses électroniques peuvent sembler plus écolo. Marion Feige-Muller, analyste pour le Basic, un organisme analysant l'impact environnemental de nos modes de production et de consommation, estime dans l'article de Libé que «Quand on regarde les émissions de CO2, il faut être un très gros lecteur pour que ce soit rentable (12 livres par an pendant vingt ans). C’est sans compter sur l’obsolescence programmée, les minerais utilisés pour la construction, et la logique de concentration qui est accentuée par rapport au livre papier».

Ce chiffre de 12 livres par an pendant 20 ans pour rentabiliser une liseuse correspond à 240 livres. Cela m'a surpris de lire cela, parce qu'auparavant, on m'avait assuré qu'il fallait lire 50 livres sur liseuse électronique pour la rentabiliser. J'aimerais bien savoir une bonne fois pour toutes ce qu'il en est, parce qu'à ce sujet, j'ai l'impression de me faire balader.

Je ne sais pas si je suis arrivé à 240 sur la mienne, cela dit, mais j'ai acheté ma Kindle Paperwhite en 2012 et elle ne donne pas de signe de faiblesse, à part deux ou trois pixels en moins qui ne gênent pas la lecture pour l'instant. Donc, déjà, pour l'obsolescence programmée, je trouve que Marion se fourvoie. Et ça me fait remettre en question son autre chiffre, du coup.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les gens lisent de plus en plus sur smartphone.

Il existe deux autres axes pour lutter contre le gaspillage de papier:

- l'analyse prédictive des ventes
- l'impression à la demande

L'acteur qui a développé la meilleure expertise pour l'analyse prédictive des ventes est Amazon. Cela n'a évidemment rien d'un hasard, puisque le nombre de clients d'Amazon a atteint un stade démographique, c'est à dire que chaque mois, l'équivalent de la population de pays entiers va y faire son shopping. 

Quand vous avez autant de visiteurs, quand vous vous servez de logiciels espion pour traquer les habitudes des clients, quand vous mettez en place des précommandes, vous avez moyen de développer des algorithmes prédisant très finement les prochaines ventes sur le site. Les éditeurs peuvent donc savoir exactement ce qu'ils doivent envoyer en stock à Amazon, et se retrouver avec très peu de pilon de ce côté. 

Evidemment, le problème de l'analyse prédictive est qu'il faut un très gros site pour que ça marche. Cela entraîne un déséquilibre dans les rapports de force qui n'est pas souhaitable dans le monde déjà excessivement concentré de l'édition.

L'impression à la demande est selon moi ce qui devrait être mis en place de manière massive en librairie. Elle est utilisée, mais encore beaucoup trop peu. 

Des machines comme celles utilisées par Orséry, ou leur concurrent l'Espresso Book Machine, sont pour l'instant dédiées aux livres rares ou épuisés, ou à certains auteurs pratiquant l'autoédition, suivez mon regard...

La technologie, cela dit, ne nous sauvera pas à elle seule. Il faut que les lecteurs sortent de la logique des bestsellers, en se mettant bien dans la tête que ces livres que l'on retrouve un peu partout en librairie, sur plusieurs rayons je veux dire, sont les livres qui entraînent le plus de gaspillage. 

[EDIT 27/09/2017]: J'ose espérer que dans son analyse de l'impact environnemental des liseuses électroniques face aux livres papier, le Basic prenne en compte les facteurs suivants: 

- le rapport poids/énergie des livres papier, souvent plus pesants que les liseuses électroniques, donc plus coûteux à transporter
- les tonnes de gasoil dépensés pour le transport des livres, et notamment sur les lieux de leur destruction ou recyclage (impact direct sur le réchauffement climatique)
- le coût écologique du recyclage des livres, et notamment de l'encre

J'ose aussi espérer que ne sont pas assimilées aux liseuses électroniques des tablettes de type iPad, qui cumulent d'autres fonctions et ont un écran plus grand que la majorité des liseuses. Il faut comparer ce qui est comparable.


mercredi 23 août 2017

Droits audiovisuels: la stratégie Rowling

La romancière à laquelle on doit (entre autres) les Harry Potter, J.K. Rowling, est aussi une businesswoman avisée. Elle a su faire fructifier le fruit les adaptations audiovisuelles de son œuvre avec une habileté et une volonté dignes d'une indépendante. Peut-être plus important encore, elle a su garder le contrôle créatif, ce qui compte souvent autant que l'argent pour nous autres auteurs. Attention, cet article contient un spoiler sur la saga Harry Potter.

"Monnaie de singe": c'est ainsi que, dans le milieu du cinéma, on qualifie les revenus d'auteurs, que ce soit le scénariste ou bien l'auteur d'une œuvre adaptée au cinéma. 

Vous trouvez le terme insultant pour la profession? Eh bien sachez que ce pourcentage, qui, avant amortissement du film, se situerait entre 0,5% et 1,5% des recettes en salles, d'après ce document officiel (p.59), est rarement versé. Il s'agit donc bien de monnaie de singe au sens péjoratif du terme.

Pourquoi cela? Parce que si l'auteur va en justice, les avocats de la partie adverse vont s'ingénier à lui faire perdre du temps et de l'argent en frais d'avocat, et le jeu pour récupérer ce qui est souvent une somme assez faible n'en vaut pas la chandelle.

Tenez-vous le pour dit: à partir du moment où vous pénétrez dans le milieu du cinéma, vous entrez dans un monde fondamentalement hostile aux créateurs.

Alors bien sûr, il y a d'autres modalités de versement, pour l'auteur d'un roman: 

- l'option, un document donnant une option exclusive à un producteur sur l'adaptation de votre roman, en échange d'une somme d'argent
- l'à-valoir, une somme fixe que le producteur se remboursera sur le montant de votre pourcentage, et qui vous restera due, même si le film est un échec commercial
- le pourcentage après amortissement du film, qui peut aller de 2 à 10% selon le document plutôt optimiste précité
- les autres exploitations
- les droits en cas de remake

Sans l'à-valoir, en particulier, on peut penser que le cinéma ne parviendrait pas à convaincre des éditeurs de céder des droits sur des œuvres à succès.

C'est d'ailleurs une chose à garder en tête dans vos relations avec le milieu du cinéma: ne jamais démarcher des producteurs. Attendre qu'ils viennent vers vous, afin d'être en position de force pour la négociation.

Il est en effet beaucoup plus facile de dire "non" lorsqu'on vient vous faire une proposition. C'est d'ailleurs tout l'objet de cet article (en anglais) de Kristine Kathryn Rusch, dont je recommande la lecture.

Si vous avez vraiment écrit un méga succès, qui vous a déjà rendu riche, et si vous êtes sûr du succès de l'adaptation au cinéma de votre poule aux œufs d'or, le mieux est encore de faire comme l'autrice J.K. Rowling: devenir producteur de cinéma.

C'est ce qu'elle a fait pour le tome 7 d'Harry Potter, Les Reliques de la Mort, dont elle a été la productrice des deux films. 

En y réfléchissant, je me suis demandé: mais, même riche, comment a-t-elle pu devenir productrice du film? La série Harry Potter au cinéma, c'est une franchise à succès. Les producteurs attitrés, David Heyman et David Barron, n'avaient sans doute pas très envie de partager les bénéfices au-delà des maigres revenus traditionnellement accordés à l'auteur.

Que les choses soient claires: je ne connais pas les deux David. Ce que je formule, ce n'est qu'une supposition, une conjecture que j'espère la plus éclairée possible.

D'après ce que je connais du milieu du cinéma, je suppose que Rowling est allée au rapport de force: "si je ne suis pas co-productrice, les deux derniers films ne se font pas".

Si elle a pu y parvenir, c'est parce que l'éditeur de Rowling avait dû avoir la sagesse de ne pas accorder de droit de préférence, ni encore moins d'exclusivité, aux producteurs du début. 

De la même manière, dans un contrat d'édition, je suis partisan de n'accorder des droits que sur un livre après l'autre, même dans le cadre d'une série. 

Ainsi, si quelque chose se passe mal, vous pouvez tout arrêter.

Mais bien sûr, vous me connaissez, en matière de livres, je suis plutôt partisan de l'autoédition.

A partir du deuxième roman, l'éditeur de Rowling, ou Rowling elle-même, n'a donc vendu les options d'adaptation que sur chaque roman individuellement, et pas avant de connaître le succès commercial du film précédent.

Quand Rowling a vu que le succès des films était au rendez-vous, elle était apparemment en situation de s'imposer en tant que productrice.

Ce qui me fait dire que Rowling a agi de la sorte comme une autrice indépendante, c'est qu'elle avait eu également la sagesse de se garder les droits sur les versions ebook. Quand vous allez sur un ebook Harry Potter sur Amazon, vous remarquez ainsi la mention: "Editeur: Pottermore from J.K. Rowling". 


Vous allez me dire, Rowling est un cas très particulier qui ne se reproduira probablement jamais dans le milieu de l'édition. Elle a pu imposer ses conditions dans le milieu de l'audiovisuel parce qu'elle avait connu un succès phénoménal en librairie. 

Certes, vous ne serez sans doute pas à même de négocier au même niveau. Mais cet article ne vise pas à vous faire contacter des producteurs pour adapter votre livre: ça ne marchera pas, ou bien vous êtes sûr de vous faire exploiter à mort. 

Le message que j'ai envie de faire passer est bien celui-ci: en cas de succès de votre livre, si l'on vient vous voir, c'est que l'on sera motivé par le potentiel de ce que vous avez écrit. Ce potentiel a une valeur marchande : à vous d'en tirer le meilleur profit. Si le producteur ne met pas les moyens que vous jugez appropriés, autant dire non. Un film, ça représente beaucoup de stress, donc si dès le départ, vous sentez qu'il y a un loup, autant ne pas donner suite. Une adaptation ne peut être un but en soi. Le but reste toujours le livre. 

Pour revenir à la saga Harry Potter, on s'aperçoit aussi que, dès le premier film, Rowling a su s'assurer le contrôle créatif, ou droit de regard sur le scénario. 

Tous les auteurs savent qu'adapter, c'est trahir. En d'autres termes, la liberté artistique du metteur en scène va très souvent transformer une œuvre, en faire quelque chose d'autre. Parfois, le résultat est meilleur, parfois, il est pire. 

Rowling a su faire en sorte que les adaptations soient fidèles aux romans. Elle en a profité pour faire l'éclatante démonstration envers Hollywood que ce n'est pas parce qu'une romancière se mêle du scénario d'un film que celui-ci va faire un flop.

ATTENTION SPOILER : 

Le danger pour un auteur qui tient vraiment à son livre, c'est de voir celui-ci complètement dénaturé à l'écran: imagine-t-on un film historique contre l'esclavagisme avoir pour protagoniste principal un esclave blanc dans un champ de coton du Sud américain, quand dans le livre, ce même protagoniste avait la peau noire? 

C'est un cas un peu extrême, mais vous voyez ce que je veux dire. Un simple détail peut tout changer. Si, par exemple, le personnage du professeur Rogue dans Harry Potter avait été entièrement négatif, s'il avait fait partie des méchants d'un bout à l'autre, sans être le personnage ambivalent, et au final, positif, qu'il est dans la saga, c'est tout le scénario conçu par l'autrice qui aurait été foutu en l'air. 

Donc oui, dans la mesure où l'on s'intéresse au devenir cinématographique de son livre, et à son image de marque, le contrôle créatif me semble important pour un auteur. 

"J'ai vendu mes enfants à des marchands d'esclave", telle a été la réaction de George Lucas après la sortie de Star Wars Episode 7. Il n'y a pas que l'argent...

Il est possible, pour un auteur, de s'assurer de ce contrôle créatif dès le stade de l'option, et c'est ce que je recommande. Vous pouvez télécharger un modèle d'option sur le site de la SACD.
  

vendredi 18 août 2017

Interdépendance

On assiste en ce moment à un énième épisode d'hystérie médiatique à la suite des attentats à Barcelone et à Cambrils (Catalogne). Rien de tel que les médias, en particulier audiovisuels, pour transformer ce qui est une piqûre de moustique, à l'échelle de la société, en une charge de rhinocéros. En réalité, le véritable rhinocéros dans la pièce, ce n'est pas le terroriste, mais bien cette charge émotionnelle, relayée et amplifiée à outrance par les médias. Mais les journalistes sont-ils les seuls coupables? Sans demande, il n'y a pas d'offre. J'ai envie de me pencher aujourd'hui sur les questions d'interdépendance dans notre société. 

En écoutant cet été l'ancien journaliste Claude Sérillon évoquer devant Laurent Ruquier, de France 2, la violence professionnelle de France Télévision, et n'être contredit par aucune des personnes présentes sur le plateau d'On n'est pas couché, je me suis dit que les plus grands adeptes du média bashing ("taper sur les médias") étaient soit d'anciens journalistes, soit des journalistes en fonction. 

C'est le même type de réflexion que je me fait lorsque je tombe sur Internet sur un commentaire de livre particulièrement virulent, commentaire en provenance d'un auteur. Les plus grands adeptes de l'auteur-bashing sont des auteurs.

Claude Sérillon disait notamment que le journalisme qu'il avait tenté de favoriser à son époque, à l'instar de Bernard Rapp, était davantage un journalisme de grands reporters plutôt que de faits divers. 

Imaginez maintenant, si Claude Sérillon est déjà aussi critique envers la presse en étant interviewé à la télé, à quel point il doit l'être encore plus dans le privé. Cela laisse songeur.

On me pardonnera donc d'avoir une petite dent contre les médias, puisque j'ai moi-même été journaliste pendant 8 ans. Quand on a été formé sur un métier, on se fait toujours une idée de ce que devrait être ce métier.

Pour revenir sur la situation actuelle, quels sont ces attentats auxquels on assiste, si ce n'est des faits divers un peu particuliers, car mis en œuvre de manière à pouvoir être facilement montés en épingle. 

La recette est connue:

- s'en prendre à l'autorité sous toutes ses formes: militaire, gouvernementale, religieuse
- choisir un haut lieu touristique
- frapper au moment où l'on ne s'y attend pas, en étant prêt à se sacrifier, en faisant le plus de victimes possible, et de la manière la plus spectaculaire

Ces attentats doivent provoquer des réactions émotionnelles fortes. Le fait que j'écrive cet article, et donc que je me distancie de la révolte que m'inspire ces attentats, ne doit pas faire croire que cette révolte est absente chez moi, ni que je suis insensibilisé par rapport à la réalité. 

Si je prends mes distances, ou, pour forcer le trait, si je fais l'autruche, c'est consciemment. J'ai bien sûr une pensée pour les victimes. Le risque serait en effet de tomber dans l'excès inverse, et de se transformer en robots.

J'ai déjà évoqué, dans l'article Terrorisme médiatique, l'interdépendance entre les médias et les terroristes. En tant qu'auteur, je suis bien placé pour savoir que l'une des clés d'une histoire réussie est d'avoir un méchant réussi. Or, pour les journalistes, qui, tout comme les politiques, se servent du storytelling (raconter une histoire) afin d'améliorer l'audience, et donc les revenus publicitaires, quels plus parfaits anti-héros que les terroristes? 

Ces mêmes terroristes qui, en tant que stars de cette télé-réalité d'un nouveau genre, se nourrissent aussi, même de manière anticipée, ou de manière collective pour leur clan, de cette sur-médiatisation.

Etant donné les effets pervers que cela occasionne, je ne saurai trop conseiller au grand public de se lancer dans la lecture d'un bon bouquin, plutôt que de rechercher cette actualité morbide, aussi fascinante en apparence soit-elle. La réalité devient invasive et dangereuse quand on essaie d'en faire une histoire dans les actualités. En particulier quand c'est une réalité violente, choquante.

C'est cette interdépendance entre les médias et le public qui me tient aujourd'hui à cœur. Il faudrait demander à un psy ce qui se passe dans la tête des gens quand ils regardent des infos dramatiques, mais je ne crois pas me tromper en disant que, par empathie, le public ressent une bonne part de la détresse et du chagrin des victimes.

Cette "messe médiatique" du 20 heures se transforme donc souvent en une séance de flagellation.

C'est bien sûr à dessein que j'emploie des termes religieux. Je pense que si la notion de Péché Originel a aussi bien marché dans la religion chrétienne, c'est que nous avions un terreau propice dans nos cœurs de femmes et d'hommes (pourquoi mettre toujours les hommes en premier?).  

Recherche de spiritualité, recherche d'autorité d'un côté, et de l'autre, processus de culpabilisation, puis ensuite de soumission, et enfin de manipulation, je pense que c'est à peu près dans cet ordre que les choses doivent se faire. 

Non pas que toutes les religions soient négatives, tel n'est absolument pas mon propos. Mais la religion mal comprise a pu être un outil de domination.

Le fait, pour l'être humain, de culpabiliser, est à la fois une supériorité et une faille. Une supériorité, car cela nous permet de nous remettre en cause, et corriger des erreurs. Une faille, parce qu'en faisant porter le poids d'une culpabilité trop lourde, cela permet de dominer et de diriger. 

Méfiez-vous de toute doctrine ou système de pensée qui vous fasse culpabiliser en tant qu'être humain, car c'est un point de vulnérabilité susceptible d'être exploité. 

Est-ce pour autant que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes? Non, le verre à moitié vide existe. Le huitième continent formé par les déchets, le réchauffement climatique, le péril écologique, les tortures humaines, les tortures animales, tous les maux de ce monde. Les causes à défendre sont innombrables.

De la même manière que pour moi, l'homme doit mener de front lutte contre la faim dans le monde et conquête spatiale, il doit aussi lutter de front contre les tortures faites aux hommes et aux animaux. 

Pourquoi? Parce que des sujets aussi différents peuvent se retrouver liés, interconnectés. Pour moi, le mot de cette année 2017 est "interdépendance".

jeudi 10 août 2017

Dix mille

Quand on est auteur, toutes les occasions sont bonnes pour boire un coup! Blague à part, je suis heureux d'annoncer aujourd'hui avoir dépassé les 10 000 livres et ebooks vendus en autoédition en ce mois d'août, et ce depuis l'année 2010 (l'année de sortie du Souffle d'Aoles, roman de fantasy). Je tiens à remercier mes proches, qui m'ont soutenu tout du long, mes lecteurs, pour leur fidélité, et bien sûr mes partenaires, libraires et plate-formes de vente. Le chemin aura été escarpé, avec des hauts et des bas, mais comme tout chemin de montagne, c'est ce qui en fait la beauté.

On a beau vouloir être indépendant, et s'autoéditer, il faut bien reconnaître que c'est du travail d'équipe. 

Sans le soutien de mes proches, et en particulier de mon épouse, je n'en serais pas là aujourd'hui. 

Sans les partenaires avec lesquelles je travaille, centres culturels et centres commerciaux en Ile de France, plates-forme de vente, je ne serais pas arrivé à toucher un aussi large public. 

Sans ma correctrice professionnelle de langue anglaise, je ne serais pas parvenu à exporter mes ebooks au Royaume Uni et aux Etats-Unis dans la langue de Shakespeare.

Sur ces 10 000 livres et ebooks vendu, près de 6800, une large majorité, donc, sont des livres papier. 

C'est une fierté, parce que les promos d'ebooks à 0,99€ peuvent parfois gonfler les ventes sans que cela reflète une réelle adhésion du public au contenu. 

Ainsi par exemple, les quelques 250 ventes en une semaine de ma promo anglo-saxonne la plus réussie, ont été obtenues en vendant la trilogie complète en anglais, de plus de 1400 pages, à 0,99$. Eh oui...

Ça ne signifie pas qu'il soit facile de générer ce genre d'intérêt, spécialement dans le monde anglo-saxon, où la concurrence est plus rude encore qu'en France. Mais il s'agit d'une marque d'intérêt plus que de réel engagement. 

Les commentaires sont mieux à même de mesurer l'engagement, et je suis heureux de ceux que j'ai reçu jusqu'à présent. De même, recevoir un email d'un lecteur enthousiaste est toujours un moment fort pour moi.  Ça et les ventes, c'est ce qu'il y a de plus tangible pour un auteur.

Est-ce que, malgré tout, on peut parfois être tenté de jeter l'éponge? Je dirais que le parcours d'artiste, pour mes semblables, ceux, du moins, qui ne transforment pas tout ce qu'ils touchent en or, c'est un peu comme dans Rocky, il faut savoir encaisser. 

Ces dix mille livres et ebooks vendus, c'est avant tout de la persévérance et de la patience.

Et le chapitre suivant de ma vie d'auteur sera bien sûr un nouveau livre. :)