samedi 23 mars 2019

Célébrité et impact sociétal

Le musée Grévin, ou musée des célébrités, est sans doute l'un des plus beaux symboles sociologiques de notre époque. Il suffit de parcourir la page d'accueil du site pour avoir l'impression d'avoir affaire à une succursale de TF1. Certains visiteurs du musée ont peut-être le réflexe de penser que ce sont les gens qui comptent qui se retrouvent dans ce musée, puisque on y retrouve des personnalités historiques comme Victor Hugo ou Voltaire. En réalité, il semblerait que ce soient les gens qui passent le mieux à la télé qui se voient statufiés au Grévin. Toute la différence entre la notion de célébrité et d'impact sociétal. 


Victor Hugo, Denis Diderot, Voltaire, Amélie Nothomb, Jean-Paul Sartre, Jean d'Ormesson, Bernard Henri Lévy, Bernard Pivot, tels sont les auteurs ou romanciers que j'ai pu relever parmi les 200 personnalités du célèbre musée de cire. On ne peut donc pas dire que les auteurs y soient totalement absents, puisque, si l'on parle d'auteurs vivants de nos jours ou décédés récemment, ils représentent 2% des personnalités. 

Mais il est évident que l'on parle ici d'exposition médiatique avant toute chose. Ainsi, si l'on trouve la statue du Petit Prince, celle de son auteur, Antoine de St Exupéry, est absente. 

Il ne s'agit pas ici de faire le procès d'un musée qui n'a de toute façon pas la place de représenter de manière équitable chacune des personnalités qui comptent ou ont compté. 

Néanmoins, les choix effectués reflètent, il me semble, une certaine idée que l'on se fait des gens qui ont de l'importance, qui sont bankables. 

Le musée Grévin, c'est un peu l'équivalent de ces huit premières secondes pour accrocher le téléspectateur dans les pages de pub, ou des premières lignes d'accroche dans un roman. A ce titre, c'est un sujet d'étude intéressant, qui renvoie notre société à ses a priori et à sa superficialité. 

Ce musée se veut, je pense, populaire. Les différentes catégories de la page d'accueil du site sont "Nouvelles Stars", "Etoiles du cinéma", "Idoles de la musique", "Légendes du sport", "Icônes de la mode", "Politiques et décideurs", "Rois de l'humour", "Les Grands Chefs", "Les Stars du petit écran", "The Voice", "Figures de l'histoire" et "Héros de fiction". 

L'impression que me fait ce musée, c'est plutôt que de chercher à mettre les visiteurs sur la piste des personnalités qui ont ou ont eu un réel impact sociétal, on va chercher à flatter le public dans le sens du poil. Juste un petit jeu dans lequel on cherche à repérer les personnalités qui sont déjà passées à la télé, la présence de personnages historiques ne servant finalement que de caution morale.

Cela paraît donc gentil et innocent au premier abord, mais en tant qu'auteur, bien sûr, je me méfie des effets pervers, de ces préjugés que l'on va mettre dans l'esprit du public. 

Si vous avez moins de trente ans, vous allez me dire, "Hé, Alan, personne ne croit que le musée Grévin représente la célébrité dans la société. Le Grévin, c'est has been, ringard, il n'y a même pas de méga-stars d'Internet comme Norman, le youtubeur. Aucune personnalité du monde du jeu vidéo non plus." Et vous marquerez un point. 

On n'y retrouve pas non plus Agatha Christie, qui a vendu plus de deux milliards de livres. Ce n'est pas innocent, quand on pense à la place de la femme dans la société. Stephen King n'y est pas non plus, alors que son impact ne se limite pas aux nombres de livres qu'il a vendu, puisque c'est l'un des auteurs les plus adaptés au cinéma.

Ni J.K. Rowling ni même son héros, Harry Potter.


De manière globale, on peut penser à d'autres personnalités iconiques comme Steve Jobs, Jeff Bezos, Stephen Hawking. Albert Einstein y est, oui. Mais il y a très très peu de scientifiques. 


Ce musée Grévin me fait penser que c'est ce qui manque en France, un musée des personnalités qui ont vraiment contribué à transformer le monde sur les différents plans, aussi bien littéraire que scientifique. Peut-être même sur l'interdépendance entre ces deux domaines.

Personnellement, dans les auteurs plutôt contemporains, je sais que j'ai été marqué par Asimov, Herbert, Vance, Verne, Tolkien, Howard, Rowling, King, Lovecraft, Christie et tant d'autres. 

J'aimerais un musée pour cette personne qui ne s'arrête jamais à ma table de dédicace, qui ne lit pas. Pas forcément pour la faire lire, mais pour lui faire prendre conscience de l'impact des auteurs sur la société, de l'importance de lire. Quelque chose qui aille vers l'être, et non pas seulement le paraître. Ce qui n'est pas non plus incompatible, à mon sens, avec le fait d'être spectaculaire. 

lundi 25 février 2019

Interviewé par la romancière Alice Quinn !

Sait-on vraiment qui nous lit? A cette question, je répondrais la plupart du temps par la négative. C'est d'ailleurs pourquoi chaque email de lecteur me donnant son avis sur un de mes livres est une heureuse surprise. Imaginez donc ma stupeur et mon ravissement quand Alice Quinn, romancière à succès que je cotoie sur les réseaux sociaux, m'apprend qu'elle a lu et apprécié mon dernier roman, Passager clandestin, et me propose une interview!

Alice Quinn est une romancière hybride, qui a publié notamment chez Michel Lafon et en autoédition. Sa série des Rosie Maldonne a tellement bien marché en France qu'elle s'est vue proposer par Amazon, via sa filiale Amazon Crossing, la traduction des romans issus de cette série en anglais! 








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Quand on sait l'investissement que représente une traduction, il est évident qu'Amazon a fait le calcul en fonction du nombre de ventes en France, et de l'attrait de ses romans pour un public anglophone.

Si on prend le nombre de commentaires du premier tome des Rosie, Un palace en Enfer, on en est à 275. Autant dire que par rapport à mes propres livres, on n'est pas sur une autre planète, mais sur une autre galaxie!

Bref, mes propres romans n'ont jamais grimpé dans le top 10 des ventes sur Amazon, il y avait donc de quoi se sentir flatté par cette proposition d'interview. 

Pour la connaître, j'avais énormément de respect pour l'intelligence de la romancière, et ses choix de carrière. Ce respect n'a fait que croître avec les questions qu'elle m'a posé. C'est quelqu'un qui sent très bien les livres. 

Alice a remarqué que les auteurs ont souvent tendance à parler surtout de business sur leur blog. Les difficultés à surmonter pour être lus sont telles que de nombreux auteurs s'entraident ainsi en relatant leurs expériences de publication. 

Alice a fait ce constat: pourquoi seul les auteurs traditionnels bénéficieraient-ils d'interviews? Sur son propre blog, elle réalise donc des entretiens vidéo avec les auteurs, une fois par mois, visant réellement à faire connaître les livres. 

C'est une démarche extrêmement méritoire, et qui mérite tous les éloges !

En dehors de la série des Rosie, Alice écrit aussi des enquêtes historiques comme  La Lettre froissée ou Le Portrait brisé, et des comédies romantiques comme son tout dernier roman, Brille tant que tu vis! 





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Merci à toi, Alice, de jeter de la lumière sur des auteurs comme moi, et leurs romans! Voici donc l'interview vidéo, qui porte principalement sur mon dernier roman, Passager clandestin. 



vendredi 15 février 2019

Fiers de notre chômage !

Le chômage est-il un "problème endémique" de notre société, ou bien une évolution naturelle de celle-ci? Est-il une malédiction, un fléau, ou bien une chance, une opportunité à saisir? Si nous étions des fourmis, on pourrait parler de problème endémique. Oui mais voilà, nous sommes des êtres humains. 

S'il y a bien une chose dont nous devrions être fiers, c'est de notre chômage. Le chômage, le temps libre, sont les apanages d'une société technologiquement évoluée. C'est la preuve que nous commençons à nous affranchir des contingences matérielles.

La machine nous libère du travail purement primitif, du travail de force et nous donne davantage de temps. Ce temps libre, doit-il nécessairement être appelé chômage? Le chômage, l'inactivité telle qu'on la conçoit dans nos sociétés occidentales, doit-elle systématiquement signifier désœuvrement?

Là est, je crois, toute la question. Notons d'ailleurs que même le désœuvrement le plus pur, le farniente, n'est lui-même pas négatif, dans la mesure où il nous permet de nous poser et de réfléchir. Une société qui donnerait la priorité absolue à l'action sur la réflexion ne me paraîtrait pas engagée sur la bonne voie.

De là à vouloir faire du farniente un mode de vie, il y a un énorme pas que je ne suis pas prêt à franchir. Je pense en effet que le mouvement, c'est la vie, et que trop de farniente nous paralyserait. Mais à doses raisonnables, ce n'est pas une mauvaise chose. 

Et je n'assimile évidemment pas le travail intellectuel à du farniente. Le fait de nous libérer des tâches manuelles pour utiliser davantage l'organe le plus puissant que nous a donné la nature, notre cerveau, me semble être une chose très positive.

Le secteur tertiaire, l'ensemble des activités professionnelles de service, est le plus développé en France. Il comprend souvent du travail de bureau. Si vous avez déjà fait du travail de bureau, il serait étonnant que vous n'ayez pas vu, à un moment ou un autre, un collègue surfer sur des sites n'ayant rien à voir avec le travail. Un phénomène marginal en entreprise? Je ne crois pas. Cela signifie que de nombreux métiers existants recouvrent en réalité une inactivité partielle. Que cette inactivité, d'ailleurs, se produise un peu chaque jour ou bien sur certains mois spécifiques dans l'année. 

Oui, mettez-vous bien cela dans la tête, être en emploi, de nos jours, c'est souvent être en inactivité partielle. 

Etre en emploi dans le tertiaire, ce n'est pas comme être boulanger et devoir se lever à cinq heures du matin pour faire le pain. 

Cela dit... Ma femme a acheté une machine à pain et s'est mise à faire le pain. Pour en améliorer la qualité, elle ne le cuit pas dans la machine, mais dans le four. Résultat? Le pain qu'elle fait est meilleur que dans 80% des boulangeries! Et le coût de la machine est rentabilisé depuis plusieurs années déjà... 



La machine nous permet donc de nous délivrer des taches astreignantes, je le répète. 

La stigmatisation du chômage que pratique notre société n'a pas lieu d'être, sauf... Sauf dans le cas où ce chômage viendrait du fait que nous déléguons le travail difficile à d'autres humains, et non à des machines. 

Des humains qui sont hélas souvent des enfants. Je veux parler du secteur du textile, notamment. Et de toutes les industries pour lesquelles nous préférons importer des produits parce que les tâches sont trop pénibles. 

Là, effectivement, il y aurait une vraie réflexion à mener pour savoir comment se réapproprier ces tâches, comment éviter de faire d'une partie de l'humanité, au travers du commerce, des esclaves. En n'oubliant pas d'ailleurs, que les esclaves d'aujourd'hui seront peut-être les maîtres de demain. 

Donc là oui, il faudrait se réapproprier l'activité. Si nous y parvenons, par exemple au travers de nouvelles machines, cela entraînera de l'inactivité dans d'autres pays. Inactivité bien naturelle, puisque liée à un progrès. 

Inactivité qu'il ne faudra donc pas stigmatiser, mais qui devra permettre de favoriser les activités de l'esprit, et les différentes formes de créativité humaine. 

Ce qui signifie bien sûr une chose: le vrai problème endémique de notre société, ce n'est pas le chômage, mais la répartition des ressources de manière écologiquement durable sur cette planète. 

Nous ne sommes pas des fourmis.

Tout ceux qui essaient de vous faire croire le contraire ont une mentalité rétrograde qui ne tient pas compte des avancées de la société. 

mardi 8 janvier 2019

Sujets bac philo 2019

Je ne suis pas prof, mais j'ai plusieurs sujets à l'esprit pour le bac 2019. Je les propose ci-dessous.

"La violence n'engendre que la violence". On connaît le dicton. On sait aussi ce que Thomas Hobbes disait par rapport à l'homme à l'état naturel, qui est un "loup pour l'homme". D'où la nécessité d'un contrat social, qui délègue les pouvoirs de justice et de police à un souverain (du temps de Hobbes) ou à une République (de nos jours). 

L'Etat français est imprégné de la philosophie de Hobbes. L'Etat est là pour protéger l'homme de ses mauvais instincts, pour régler les problèmes. 

Si l'on compare aux Etats-Unis, où au contraire, il y a une grande défiance vis-à-vis de l'Etat et du pouvoir qu'il peut exercer sur les citoyens, nous ne nous en portons pas plus mal: les citoyens français n'ont pas à posséder tout un arsenal, et nous n'avons pas, comme les Etats-Unis en 2015, plus de 36 000 morts par arme à feu en une année.

Mais Hobbes accorde aussi à tout citoyen menacé dans sa vie par le fonctionnement de l'Etat le droit de se défendre et de résister par tous les moyens. "Le roi est ce que je nomme le peuple", dit-il. Le souverain ne peut vouloir et accomplir que le bien de l'Etat. 

En réfléchissant à l'actualité, mais aussi à l'Histoire, je me suis demandé si la violence avait pu apporter des changements positifs dans la vie des hommes. J'ai alors eu l'idée de trois sujets pour le bac philosophie de 2019: 


  • Si l'Etat empêche l'usage de la violence par le peuple, l'Etat est-il castrateur ?
  • Aurait-on pu renverser la monarchie en 1789 de manière uniquement pacifique ?
  • La violence sociale est-elle légitime du fait que ce soit une violence d'Etat ?
Si vous trouvez ces sujets du bac révoltants, n'hésitez pas à me le dire en commentaire! ;)

lundi 17 décembre 2018

Terry Goodkind, l'Epée de Vérité et l'autoédition

C'est un paradoxe : au moment où je lisais le septième tome de l'Epée de Vérité, de Terry Goodkind, un auteur traditionnellement édité, je suis tombé sur un passage des Piliers de la Création qui correspond parfaitement à la philosophie que je mets derrière l'autoédition. Je n'irais pas jusqu'à en conclure que les auteurs autoédités sont eux-mêmes des piliers de la création, mais dans ce contexte, j'avoue que c'est assez amusant.

Oui, oui, oui, je sais. Vouloir détourner les paroles d'un auteur pour l'attribuer à une idéologie ou un dogme, c'est le Mal. Le philosophe Friedrich Nietzsche aurait-il apprécié de voir une partie de ses concepts détournés et repris à son compte par le parti Nazi, je ne crois pas. 

De la même manière, le romancier de Fantasy Terry Goodkind n'aimerait sans doute pas qu'on lui attribue des pensées liées au mouvement de l'autoédition. 

Donc, que les choses soient claires: l'analogie entre ce passage d'un roman de Terry Goodkind et la philosophie de l'autoédition n'est qu'une vision personnelle. Cela correspond à l'idée que je me fais de l'autoédition. 

Et moi, Alan Spade, ne prétend aucunement représenter l'autoédition. Ce mouvement, par ailleurs très ancien, puisque Denis Diderot lui-même s'autoéditait, ne peut être défini ou limité par les pensées ou élucubrations d'un seul. De nombreux auteurs autoédités vous diront sans doute en commentaire qu'ils ne sont pas d'accord avec ma vision, et c'est aussi toute la richesse de ce mouvement dans lequel je m'inscris.

Ceci posé, voici le passage en question (la traduction est de ma pomme, puisque je lis l'ouvrage directement en anglais): "Si vous voulez être un esclave dans la vie, alors continuez à aller de-ci de-là en demandant aux autres de faire les choses à votre place. Ils vous rendront service, mais vous vous apercevrez que le prix est vos choix, votre liberté, votre vie elle-même. Ils feront à votre place, et au final vous serez réduit en esclavage pour toujours, ayant fait don de votre identité à un prix dérisoire. Alors, et seulement alors, vous ne serez personne, un esclave, parce que vous-même et nul autre l'avez voulu ainsi."

Des paroles fortes. Si je bâtissais un temple à la gloire de l'autoédition, ce sont sans doute ces paroles que je graverais sur le frontispice. Je reconnais qu'elles peuvent aussi être valables, dans une certaine mesure, pour l'édition traditionnelle -- de nombreux auteurs traditionnellement édités ne seraient pas arrivés où ils en sont s'ils n'avaient pas su prendre en main leur destin.

Une traduction pouvant être détournée, voici les paroles originales: "If you want to be a slave in life, then continue going around asking for others to do for you. They will oblige, but you will find the price is your choices, your freedom, your life itself. They will do for you, and as a result you will be in bondage to them forever, having given your identity away for a paltry price. Then, and only then, you will be a nobody, a slave, because you yourself and nobody else made it so."

Comme je le disais, l'autoédition existe depuis toujours, mais ces paroles de Terry Goodkind, ont, pour moi, fait particulièrement écho à l'essor de l'autoédition sous format ebook depuis 2009, suite à la sortie de la liseuse Kindle en 2007. Une autoédition à l'américaine, où effectivement, on ne laisse plus faire à la place, et pour laquelle chaque livre représente en quelque sorte une parcelle à revendiquer, dans cette ruée vers l'Ouest sauvage des lettres. 

Et si vous me dites que les choses n'étaient pas d'emblée aussi pures, notamment parce qu'Amazon, l'inventeur du Kindle, n'a proposé 70% de droits sur les ebooks (royalties d'auteur) que pour s'aligner sur ce que proposait déjà Apple, je suis d'accord. 

Si vous me dites  que les choses ne sont pas restées aussi pures depuis qu'Amazon s'efforce d'obtenir l'exclusivité de publication des auteurs autoédités sur sa plate-forme (programme Kindle Select), je suis également d'accord. 

Les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires.

Il n'empêche que pour moi, l'esprit de départ, ce qui a présidé à ce mouvement, se retrouve dans cette citation de Terry Goodkind. 

mardi 30 octobre 2018

Enfer et bonnes intentions

"L'enfer est pavé de bonnes intentions", disent les tenants du système économique dominant à l'heure actuelle, en évoquant le revenu universel inconditionnel. Le capitalisme, à l'inverse, serait plus vertueux, car calqué sur la nature. Sur le plan des idées comme en pratique - le diable étant dans les détails - la notion de partage des ressources va devoir faire ses preuves en ce XXIème siècle. 

Dans son cycle de l'Epée de Vérité, l'auteur de Fantasy Terry Goodkind appelle cela la "deuxième leçon du sorcier", celle des conséquences inattendues. On pourrait aussi parler d'entropie au sens de "fonction d'état extensive", chaque acte ayant des conséquences. 

Un exemple contemporain assez classique est celui du SDF qui fait la manche, et auquel, pour soulager votre conscience, vous donnez de l'argent. S'il se sert de cet argent pour se saoûler et traverse la rue au mauvais moment, se faisant écraser, vous aurez contribué à son autodestruction alors que votre geste partait d'une bonne intention.

Un autre dicton qui viendrait compléter cet "enfer pavé de bonnes intentions" est celui-ci: "mieux vaut apprendre à un homme à pêcher plutôt que de lui donner du poisson." 

De la même manière, un revenu universel inconditionnel entraînerait des conséquences destructrices: dépendance, démotivation, paresse, immobilisme, désapprentissage, vulnérabilisation de la population. 

A l'opposé, le système capitaliste serait vertueux, puisque comme dans la nature, il entraîne un dynamisme: il faut se bouger les fesses pour obtenir son beefsteak - ou son steak au soja si l'on est végane - la compétence et l'activité intense sont récompensées par l'accumulation de profits et de capital. 

Donc, pour résumer, le revenu universel inconditionnel serait une mauvaise chose en raison des conséquences fâcheuses qu'il entraîne, mais pas le capitalisme, puisque celui-ci est calqué sur la nature, qui est vertueuse. 

C'est une vision qui pourrait être parfaite, et très confortable, si la nature elle-même ne la démentait. En effet, un prédateur beaucoup mieux armé que tous les autres, qui ferait le vide autour de lui dans la nature, serait condamné à se retourner contre ses congénères et à mourir de fin. 

Or, quel prédateur est mieux armé que l'Homme, aujourd'hui pour tout éliminer autour de lui? Lisez par exemple cet article sur la disparition actuelle des vertébrés. 60% des vertébrés disparus en 44 ans, ce n'est pas rien.

La compétition portée à un haut niveau est donc elle aussi victime de conséquences inattendues, par les déséquilibres qu'elle provoque. La deuxième leçon du sorcier.

Sans même parler de compétition, l'humanité a de tout temps cherché à améliorer sa capacité de production de ressources en procréant davantage, pour des raisons économiques. Ce n'est plus le cas dans de nombreux pays développés, mais c'est encore en vigueur dans des pays qui ne le sont pas. 

Le fait de vouloir se multiplier à des fins économiques risque d'engendrer une surpopulation mondiale qui peut s'avérer dangereuse, et conduire à des guerres. 

De la même manière, dans la nature, ce n'est pas toujours la puissance d'un prédateur qui fait la différence. Le nombre peut aussi compter. Ainsi, pour reprendre un exemple biblique, les nuées de sauterelles. 

On sait que la peur de manquer est une vraie motivation pour la procréation. Le manque d'éducation est également un facteur prépondérant. Un revenu universel inconditionnel mondial permettrait de remédier à ce double problème. Il permettrait aussi de gérer les déséquilibres écologiques actuels en répartissant les ressources.

Mais bien sûr, il faudrait aussi s'occuper des conséquences inattendues. Le système économique actuel étant inadéquat, il faudrait le remplacer, ou en tout cas le compléter, par autre chose. 

J'écris de la Science Fiction comme de la Fantasy ou du Thriller, on me pardonnera donc de recourir à des expériences de pensée. J'aime aussi jouer aux jeux vidéo, et je pense qu'il ne faut pas sous-estimer le côté joueur de l'humanité. 

J'ai pensé à un système de points qui viendrait s'ajouter au revenu universel inconditionnel mondial, et au sytème économique actuel. Ces points que l'on pourrait gagner permettraient d'engranger une somme mensuelle supplémentaire. Cette somme pourrait être plafonnée à un certain nombre de points, mais pourrait s'augmenter si vous gagnez différentes catégories de points (avec un plafonnement global).

Le but serait bien sûr d'accroître la motivation et le dynamisme. 

Par exemple, vous mangez de la nourriture bio, ou bien vous achetez un produit entièrement biodégradable, vous gagnez des points verts. Même chose si vous allez ramasser des déchets dans la nature, refaites l'isolation de votre maison, ou encore, installez des panneaux solaires

Vous faites du bénévolat, ou bien aidez à la réinsertion d'un SDF, vous gagnez des points rouges. Vous travaillez votre condition physique, vous gagnez des points jaunes, puisque vous contribuez de la sorte à votre meilleure espérance de vie en bonne santé, et faites économiser de l'argent à la société. 

Vous écrivez un article de blog inspirant pour la société, ou bien informatif, ou un livre, vous gagnez des points gris (comme matière grise). Même chose si vous réalisez un cycle d'apprentissage de nouvelles connaissances, ou une traduction par exemple. 

Vous réalisez une prestation divertissante, vous gagnez des points bleus. 

On ne serait pas obligé de gagner chaque sorte de point. Mais ça pourrait être une sorte de jeu qui permette aussi d'améliorer sa qualité de vie, qui donne des points de repère.

A l'inverse, les produits les plus polluants, ou à base de plastique, devraient être toujours plus taxés. C'est ce que fait le gouvernement à l'heure actuelle avec le gasoil et l'essence, mais le problème, c'est qu'il n'y a pas de solution alternative à la même échelle que ce qui existe pour le diesel et l'essence au niveau transports. Et il n'y en aura pas tant que l'Etat ne parviendra pas à contraindre les entreprises au même niveau que les individus, ou au moins à les inciter de manière très convainquante. C'est ce qui donne l'impression d'un matraquage, d'une écologie punitive, alors que dans le même temps, on autorise Total à aller forer au large de la Guyane, et on fait bénéficier le même Total d'une exonération fiscale quand il met de l'huile de palme dans les carburants. 

Question d'équilibre.

mardi 2 octobre 2018

Mes valeurs

En cette année 2018, à 46 ans (presque 47), je réalise pour la première fois de ma vie que je suis né avec une cuiller en argent dans la bouche. Pourtant, mes parents sont issus de la classe moyenne française. 

Je suis né en Equateur en 1971, à Quito. A l'époque, mon père était chef d'escale chez Air France. Un métier qui rapporte de quoi vivre, mais nettement moins que pilote de ligne. Ma mère, belge de naissance, était sage-femme. 

Malgré tout, en comparaison avec le niveau de vie moyen des habitants de Quito, nous étions fortunés. J'avais une cuiller en argent dans la bouche. 

Après ma naissance, nous ne sommes restés que deux ans à Quito. Mon père a démissionné de son poste pour devenir dessinateur industriel. 

Vers la seconde moitié des années 70, nous nous sommes retrouvés à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous y sommes restés quatre ans. Et là de nouveau, notre niveau de vie était incomparable par rapport à celui des habitants. Nous avions un boy, un serviteur ivoirien qui jouait le rôle de nounou. 

La différence de milieu social et de niveau de vie érigeait un mur entre mes deux frères, ma sœur et moi et les autres enfants africains autour de nous. 

Le retour en France (dans les Alpes de Haute Provence, à Volx) a entraîné un vrai changement de niveau de vie et de statut. Le fait que mon père soit devenu dessinateur indépendant, ni Dieu ni maître (une formule, mon père était croyant) est évidemment quelque chose qui m'a marqué. Les choses sont devenues plus laborieuses, même si nous n'avions pas à nous plaindre. 

Quand je compare ma trajectoire à celle de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, les deux grands chanteurs morts en 2018, et pour lesquels j'ai un immense respect, je mesure l'abîme qui nous sépare. 

Leur carrière, leur énergie, leur talent. Le milieu social dont ils sont issus, surtout Aznavour, et l'incroyable longévité de ce dernier, alors même que l'extrême célebrité véhicule de terribles dangers pour l'artiste. Partir de si bas et arrriver si haut... Je développe d'ailleurs cela dans mon article Mortelle célébrité

Immense, immense respect. Deux artistes qui avaient une générosité, un cœur énorme. Et un portefeuille dans le cœur.

Attention, je n'ai pas dit qu'ils avaient un portefeuille à la place du cœur. Leur cœur était assez grand pour y loger un portefeuille. Tous deux ont été des exilés fiscaux. Tous deux ont voté Sarkozy. 

Ils ne s'en cachaient pas d'ailleurs, et c'est tout à leur honneur. Pas d'hypocrisie. 

Le décès de Charles Aznavour, quelque part, me fait remettre pas mal de choses en perspective. Et quand je repense à ces deux chanteurs, Charles et Johnny, je ne peux m'empêcher de penser à un autre artiste, le grand Jacques Brel. 

Les bourgeois, Monsieur le commissaire, c'est comme les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient con! 

Admirable chanson que ces Bourgeois. Elle décrit à la fois la lutte des classes, lutte sociale, et la lutte entre générations. Le jeune fauché et rebelle, limite bohême, le vieux bourgeois, riche et respectable. En haut de l'affiche? Mais surtout, surtout, le cycle sans fin. L'un qui devient l'autre. 

Je ne peux, bien sûr, m'empêcher d'y voir une illustration de la vie de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, et peut-être, du destin qui nous attend tous. 

Mais je n'ai pas voté Sarkozy. Le dernier pour lequel j'ai vraiment voulu voter, c'est Benoît Hamon, et le revenu universel inconditionnel

Jean-Luc Mélenchon a eu beau parler de "boîte de Pandore" pour ce revenu, je continue à penser qu'il doit être mis en place. 

Revenons un instant sur Johnny Halliday et Charles Aznavour. En dépit de leur carrière extraordinaire, ils sont restés dans le système. Ils en sont aussi devenus, qu'ils le veuillent ou non, les vitrines. Pour deux artistes de ce niveau, combien au talent tout aussi incroyable restés dans les oubliettes de l'Histoire, qui n'ont jamais pu développer leur art?

J'aurais pu être l'un de ces oubliés forcés de prendre un boulot alimentaire, dans mon domaine. J'ai réalisé à temps que je n'avais aucune chance de vivre ma vie avec le système de l'édition traditionnelle, et j'ai pris une autre voie en devenant auteur autoédité. Bien m'en a pris. 

De la même manière, le revenu universel inconditionnel est une autre voie pour notre société, bien éloignée de celle de la croissance infinie qui mènerait au plein emploi, que prônent les économistes. Une croissance dont on sait aujourd'hui qu'elle n'est qu'un mythe. 

Il faut des pauvres pour avoir des riches dans une société. Il faut aussi des pays pauvres pour avoir des pays riches. Tout le système est biaisé. 

Si la France était le seul pays à adopter le revenu universel inconditionnel, on pourrait parier que la volonté d'y émigrer serait encore plus grande pour des ressortissants de pays moins favorisés. 

De la même manière, un seul Etat ne peut à lui seul décider d'instaurer la coopération plutôt que la compétition entre nations, indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, et faire face aux enjeux vitaux de l'avenir. 

Tout est lié. Il faut donc des décisions au niveau mondial. Un revenu universel inconditionnel, c'est universel, c'est à dire, mondial. 

Un revenu universel ne saurait être autre chose qu'inconditionnel, sous peine d'entraver les citoyens du monde sous les chaînes de la domination plutôt que de vouloir les émanciper.
Il faut, peu à peu, une harmonisation des niveaux de vie à l'intérieur de chaque pays et entre les nations, ainsi qu'une décroissance, une moindre consommation.

J'aimerais que les murs auxquels je me suis heurté dans mon enfance, ceux de niveaux sociaux différents, soient abaissés pour le bien commun. Mais je suis sans doute un doux rêveur. Doux, dur et dingue, comme dirait Clint Eastwood.