vendredi 15 février 2019

Fiers de notre chômage !

Le chômage est-il un "problème endémique" de notre société, ou bien une évolution naturelle de celle-ci? Est-il une malédiction, un fléau, ou bien une chance, une opportunité à saisir? Si nous étions des fourmis, on pourrait parler de problème endémique. Oui mais voilà, nous sommes des êtres humains. 

S'il y a bien une chose dont nous devrions être fiers, c'est de notre chômage. Le chômage, le temps libre, sont les apanages d'une société technologiquement évoluée. C'est la preuve que nous commençons à nous affranchir des contingences matérielles.

La machine nous libère du travail purement primitif, du travail de force et nous donne davantage de temps. Ce temps libre, doit-il nécessairement être appelé chômage? Le chômage, l'inactivité telle qu'on la conçoit dans nos sociétés occidentales, doit-elle systématiquement signifier désœuvrement?

Là est, je crois, toute la question. Notons d'ailleurs que même le désœuvrement le plus pur, le farniente, n'est lui-même pas négatif, dans la mesure où il nous permet de nous poser et de réfléchir. Une société qui donnerait la priorité absolue à l'action sur la réflexion ne me paraîtrait pas engagée sur la bonne voie.

De là à vouloir faire du farniente un mode de vie, il y a un énorme pas que je ne suis pas prêt à franchir. Je pense en effet que le mouvement, c'est la vie, et que trop de farniente nous paralyserait. Mais à doses raisonnables, ce n'est pas une mauvaise chose. 

Et je n'assimile évidemment pas le travail intellectuel à du farniente. Le fait de nous libérer des tâches manuelles pour utiliser davantage l'organe le plus puissant que nous a donné la nature, notre cerveau, me semble être une chose très positive.

Le secteur tertiaire, l'ensemble des activités professionnelles de service, est le plus développé en France. Il comprend souvent du travail de bureau. Si vous avez déjà fait du travail de bureau, il serait étonnant que vous n'ayez pas vu, à un moment ou un autre, un collègue surfer sur des sites n'ayant rien à voir avec le travail. Un phénomène marginal en entreprise? Je ne crois pas. Cela signifie que de nombreux métiers existants recouvrent en réalité une inactivité partielle. Que cette inactivité, d'ailleurs, se produise un peu chaque jour ou bien sur certains mois spécifiques dans l'année. 

Oui, mettez-vous bien cela dans la tête, être en emploi, de nos jours, c'est souvent être en inactivité partielle. 

Etre en emploi dans le tertiaire, ce n'est pas comme être boulanger et devoir se lever à cinq heures du matin pour faire le pain. 

Cela dit... Ma femme a acheté une machine à pain et s'est mise à faire le pain. Pour en améliorer la qualité, elle ne le cuit pas dans la machine, mais dans le four. Résultat? Le pain qu'elle fait est meilleur que dans 80% des boulangeries! Et le coût de la machine est rentabilisé depuis plusieurs années déjà... 



La machine nous permet donc de nous délivrer des taches astreignantes, je le répète. 

La stigmatisation du chômage que pratique notre société n'a pas lieu d'être, sauf... Sauf dans le cas où ce chômage viendrait du fait que nous déléguons le travail difficile à d'autres humains, et non à des machines. 

Des humains qui sont hélas souvent des enfants. Je veux parler du secteur du textile, notamment. Et de toutes les industries pour lesquelles nous préférons importer des produits parce que les tâches sont trop pénibles. 

Là, effectivement, il y aurait une vraie réflexion à mener pour savoir comment se réapproprier ces tâches, comment éviter de faire d'une partie de l'humanité, au travers du commerce, des esclaves. En n'oubliant pas d'ailleurs, que les esclaves d'aujourd'hui seront peut-être les maîtres de demain. 

Donc là oui, il faudrait se réapproprier l'activité. Si nous y parvenons, par exemple au travers de nouvelles machines, cela entraînera de l'inactivité dans d'autres pays. Inactivité bien naturelle, puisque liée à un progrès. 

Inactivité qu'il ne faudra donc pas stigmatiser, mais qui devra permettre de favoriser les activités de l'esprit, et les différentes formes de créativité humaine. 

Ce qui signifie bien sûr une chose: le vrai problème endémique de notre société, ce n'est pas le chômage, mais la répartition des ressources de manière écologiquement durable sur cette planète. 

Nous ne sommes pas des fourmis.

Tout ceux qui essaient de vous faire croire le contraire ont une mentalité rétrograde qui ne tient pas compte des avancées de la société. 

mardi 8 janvier 2019

Sujets bac philo 2019

Je ne suis pas prof, mais j'ai plusieurs sujets à l'esprit pour le bac 2019. Je les propose ci-dessous.

"La violence n'engendre que la violence". On connaît le dicton. On sait aussi ce que Thomas Hobbes disait par rapport à l'homme à l'état naturel, qui est un "loup pour l'homme". D'où la nécessité d'un contrat social, qui délègue les pouvoirs de justice et de police à un souverain (du temps de Hobbes) ou à une République (de nos jours). 

L'Etat français est imprégné de la philosophie de Hobbes. L'Etat est là pour protéger l'homme de ses mauvais instincts, pour régler les problèmes. 

Si l'on compare aux Etats-Unis, où au contraire, il y a une grande défiance vis-à-vis de l'Etat et du pouvoir qu'il peut exercer sur les citoyens, nous ne nous en portons pas plus mal: les citoyens français n'ont pas à posséder tout un arsenal, et nous n'avons pas, comme les Etats-Unis en 2015, plus de 36 000 morts par arme à feu en une année.

Mais Hobbes accorde aussi à tout citoyen menacé dans sa vie par le fonctionnement de l'Etat le droit de se défendre et de résister par tous les moyens. "Le roi est ce que je nomme le peuple", dit-il. Le souverain ne peut vouloir et accomplir que le bien de l'Etat. 

En réfléchissant à l'actualité, mais aussi à l'Histoire, je me suis demandé si la violence avait pu apporter des changements positifs dans la vie des hommes. J'ai alors eu l'idée de trois sujets pour le bac philosophie de 2019: 


  • Si l'Etat empêche l'usage de la violence par le peuple, l'Etat est-il castrateur ?
  • Aurait-on pu renverser la monarchie en 1789 de manière uniquement pacifique ?
  • La violence sociale est-elle légitime du fait que ce soit une violence d'Etat ?
Si vous trouvez ces sujets du bac révoltants, n'hésitez pas à me le dire en commentaire! ;)

lundi 17 décembre 2018

Terry Goodkind, l'Epée de Vérité et l'autoédition

C'est un paradoxe : au moment où je lisais le septième tome de l'Epée de Vérité, de Terry Goodkind, un auteur traditionnellement édité, je suis tombé sur un passage des Piliers de la Création qui correspond parfaitement à la philosophie que je mets derrière l'autoédition. Je n'irais pas jusqu'à en conclure que les auteurs autoédités sont eux-mêmes des piliers de la création, mais dans ce contexte, j'avoue que c'est assez amusant.

Oui, oui, oui, je sais. Vouloir détourner les paroles d'un auteur pour l'attribuer à une idéologie ou un dogme, c'est le Mal. Le philosophe Friedrich Nietzsche aurait-il apprécié de voir une partie de ses concepts détournés et repris à son compte par le parti Nazi, je ne crois pas. 

De la même manière, le romancier de Fantasy Terry Goodkind n'aimerait sans doute pas qu'on lui attribue des pensées liées au mouvement de l'autoédition. 

Donc, que les choses soient claires: l'analogie entre ce passage d'un roman de Terry Goodkind et la philosophie de l'autoédition n'est qu'une vision personnelle. Cela correspond à l'idée que je me fais de l'autoédition. 

Et moi, Alan Spade, ne prétend aucunement représenter l'autoédition. Ce mouvement, par ailleurs très ancien, puisque Denis Diderot lui-même s'autoéditait, ne peut être défini ou limité par les pensées ou élucubrations d'un seul. De nombreux auteurs autoédités vous diront sans doute en commentaire qu'ils ne sont pas d'accord avec ma vision, et c'est aussi toute la richesse de ce mouvement dans lequel je m'inscris.

Ceci posé, voici le passage en question (la traduction est de ma pomme, puisque je lis l'ouvrage directement en anglais): "Si vous voulez être un esclave dans la vie, alors continuez à aller de-ci de-là en demandant aux autres de faire les choses à votre place. Ils vous rendront service, mais vous vous apercevrez que le prix est vos choix, votre liberté, votre vie elle-même. Ils feront à votre place, et au final vous serez réduit en esclavage pour toujours, ayant fait don de votre identité à un prix dérisoire. Alors, et seulement alors, vous ne serez personne, un esclave, parce que vous-même et nul autre l'avez voulu ainsi."

Des paroles fortes. Si je bâtissais un temple à la gloire de l'autoédition, ce sont sans doute ces paroles que je graverais sur le frontispice. Je reconnais qu'elles peuvent aussi être valables, dans une certaine mesure, pour l'édition traditionnelle -- de nombreux auteurs traditionnellement édités ne seraient pas arrivés où ils en sont s'ils n'avaient pas su prendre en main leur destin.

Une traduction pouvant être détournée, voici les paroles originales: "If you want to be a slave in life, then continue going around asking for others to do for you. They will oblige, but you will find the price is your choices, your freedom, your life itself. They will do for you, and as a result you will be in bondage to them forever, having given your identity away for a paltry price. Then, and only then, you will be a nobody, a slave, because you yourself and nobody else made it so."

Comme je le disais, l'autoédition existe depuis toujours, mais ces paroles de Terry Goodkind, ont, pour moi, fait particulièrement écho à l'essor de l'autoédition sous format ebook depuis 2009, suite à la sortie de la liseuse Kindle en 2007. Une autoédition à l'américaine, où effectivement, on ne laisse plus faire à la place, et pour laquelle chaque livre représente en quelque sorte une parcelle à revendiquer, dans cette ruée vers l'Ouest sauvage des lettres. 

Et si vous me dites que les choses n'étaient pas d'emblée aussi pures, notamment parce qu'Amazon, l'inventeur du Kindle, n'a proposé 70% de droits sur les ebooks (royalties d'auteur) que pour s'aligner sur ce que proposait déjà Apple, je suis d'accord. 

Si vous me dites  que les choses ne sont pas restées aussi pures depuis qu'Amazon s'efforce d'obtenir l'exclusivité de publication des auteurs autoédités sur sa plate-forme (programme Kindle Select), je suis également d'accord. 

Les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires.

Il n'empêche que pour moi, l'esprit de départ, ce qui a présidé à ce mouvement, se retrouve dans cette citation de Terry Goodkind. 

mardi 30 octobre 2018

Enfer et bonnes intentions

"L'enfer est pavé de bonnes intentions", disent les tenants du système économique dominant à l'heure actuelle, en évoquant le revenu universel inconditionnel. Le capitalisme, à l'inverse, serait plus vertueux, car calqué sur la nature. Sur le plan des idées comme en pratique - le diable étant dans les détails - la notion de partage des ressources va devoir faire ses preuves en ce XXIème siècle. 

Dans son cycle de l'Epée de Vérité, l'auteur de Fantasy Terry Goodkind appelle cela la "deuxième leçon du sorcier", celle des conséquences inattendues. On pourrait aussi parler d'entropie au sens de "fonction d'état extensive", chaque acte ayant des conséquences. 

Un exemple contemporain assez classique est celui du SDF qui fait la manche, et auquel, pour soulager votre conscience, vous donnez de l'argent. S'il se sert de cet argent pour se saoûler et traverse la rue au mauvais moment, se faisant écraser, vous aurez contribué à son autodestruction alors que votre geste partait d'une bonne intention.

Un autre dicton qui viendrait compléter cet "enfer pavé de bonnes intentions" est celui-ci: "mieux vaut apprendre à un homme à pêcher plutôt que de lui donner du poisson." 

De la même manière, un revenu universel inconditionnel entraînerait des conséquences destructrices: dépendance, démotivation, paresse, immobilisme, désapprentissage, vulnérabilisation de la population. 

A l'opposé, le système capitaliste serait vertueux, puisque comme dans la nature, il entraîne un dynamisme: il faut se bouger les fesses pour obtenir son beefsteak - ou son steak au soja si l'on est végane - la compétence et l'activité intense sont récompensées par l'accumulation de profits et de capital. 

Donc, pour résumer, le revenu universel inconditionnel serait une mauvaise chose en raison des conséquences fâcheuses qu'il entraîne, mais pas le capitalisme, puisque celui-ci est calqué sur la nature, qui est vertueuse. 

C'est une vision qui pourrait être parfaite, et très confortable, si la nature elle-même ne la démentait. En effet, un prédateur beaucoup mieux armé que tous les autres, qui ferait le vide autour de lui dans la nature, serait condamné à se retourner contre ses congénères et à mourir de fin. 

Or, quel prédateur est mieux armé que l'Homme, aujourd'hui pour tout éliminer autour de lui? Lisez par exemple cet article sur la disparition actuelle des vertébrés. 60% des vertébrés disparus en 44 ans, ce n'est pas rien.

La compétition portée à un haut niveau est donc elle aussi victime de conséquences inattendues, par les déséquilibres qu'elle provoque. La deuxième leçon du sorcier.

Sans même parler de compétition, l'humanité a de tout temps cherché à améliorer sa capacité de production de ressources en procréant davantage, pour des raisons économiques. Ce n'est plus le cas dans de nombreux pays développés, mais c'est encore en vigueur dans des pays qui ne le sont pas. 

Le fait de vouloir se multiplier à des fins économiques risque d'engendrer une surpopulation mondiale qui peut s'avérer dangereuse, et conduire à des guerres. 

De la même manière, dans la nature, ce n'est pas toujours la puissance d'un prédateur qui fait la différence. Le nombre peut aussi compter. Ainsi, pour reprendre un exemple biblique, les nuées de sauterelles. 

On sait que la peur de manquer est une vraie motivation pour la procréation. Le manque d'éducation est également un facteur prépondérant. Un revenu universel inconditionnel mondial permettrait de remédier à ce double problème. Il permettrait aussi de gérer les déséquilibres écologiques actuels en répartissant les ressources.

Mais bien sûr, il faudrait aussi s'occuper des conséquences inattendues. Le système économique actuel étant inadéquat, il faudrait le remplacer, ou en tout cas le compléter, par autre chose. 

J'écris de la Science Fiction comme de la Fantasy ou du Thriller, on me pardonnera donc de recourir à des expériences de pensée. J'aime aussi jouer aux jeux vidéo, et je pense qu'il ne faut pas sous-estimer le côté joueur de l'humanité. 

J'ai pensé à un système de points qui viendrait s'ajouter au revenu universel inconditionnel mondial, et au sytème économique actuel. Ces points que l'on pourrait gagner permettraient d'engranger une somme mensuelle supplémentaire. Cette somme pourrait être plafonnée à un certain nombre de points, mais pourrait s'augmenter si vous gagnez différentes catégories de points (avec un plafonnement global).

Le but serait bien sûr d'accroître la motivation et le dynamisme. 

Par exemple, vous mangez de la nourriture bio, ou bien vous achetez un produit entièrement biodégradable, vous gagnez des points verts. Même chose si vous allez ramasser des déchets dans la nature, refaites l'isolation de votre maison, ou encore, installez des panneaux solaires

Vous faites du bénévolat, ou bien aidez à la réinsertion d'un SDF, vous gagnez des points rouges. Vous travaillez votre condition physique, vous gagnez des points jaunes, puisque vous contribuez de la sorte à votre meilleure espérance de vie en bonne santé, et faites économiser de l'argent à la société. 

Vous écrivez un article de blog inspirant pour la société, ou bien informatif, ou un livre, vous gagnez des points gris (comme matière grise). Même chose si vous réalisez un cycle d'apprentissage de nouvelles connaissances, ou une traduction par exemple. 

Vous réalisez une prestation divertissante, vous gagnez des points bleus. 

On ne serait pas obligé de gagner chaque sorte de point. Mais ça pourrait être une sorte de jeu qui permette aussi d'améliorer sa qualité de vie, qui donne des points de repère.

A l'inverse, les produits les plus polluants, ou à base de plastique, devraient être toujours plus taxés. C'est ce que fait le gouvernement à l'heure actuelle avec le gasoil et l'essence, mais le problème, c'est qu'il n'y a pas de solution alternative à la même échelle que ce qui existe pour le diesel et l'essence au niveau transports. Et il n'y en aura pas tant que l'Etat ne parviendra pas à contraindre les entreprises au même niveau que les individus, ou au moins à les inciter de manière très convainquante. C'est ce qui donne l'impression d'un matraquage, d'une écologie punitive, alors que dans le même temps, on autorise Total à aller forer au large de la Guyane, et on fait bénéficier le même Total d'une exonération fiscale quand il met de l'huile de palme dans les carburants. 

Question d'équilibre.

mardi 2 octobre 2018

Mes valeurs

En cette année 2018, à 46 ans (presque 47), je réalise pour la première fois de ma vie que je suis né avec une cuiller en argent dans la bouche. Pourtant, mes parents sont issus de la classe moyenne française. 

Je suis né en Equateur en 1971, à Quito. A l'époque, mon père était chef d'escale chez Air France. Un métier qui rapporte de quoi vivre, mais nettement moins que pilote de ligne. Ma mère, belge de naissance, était sage-femme. 

Malgré tout, en comparaison avec le niveau de vie moyen des habitants de Quito, nous étions fortunés. J'avais une cuiller en argent dans la bouche. 

Après ma naissance, nous ne sommes restés que deux ans à Quito. Mon père a démissionné de son poste pour devenir dessinateur industriel. 

Vers la seconde moitié des années 70, nous nous sommes retrouvés à Abidjan en Côte d'Ivoire. Nous y sommes restés quatre ans. Et là de nouveau, notre niveau de vie était incomparable par rapport à celui des habitants. Nous avions un boy, un serviteur ivoirien qui jouait le rôle de nounou. 

La différence de milieu social et de niveau de vie érigeait un mur entre mes deux frères, ma sœur et moi et les autres enfants africains autour de nous. 

Le retour en France (dans les Alpes de Haute Provence, à Volx) a entraîné un vrai changement de niveau de vie et de statut. Le fait que mon père soit devenu dessinateur indépendant, ni Dieu ni maître (une formule, mon père était croyant) est évidemment quelque chose qui m'a marqué. Les choses sont devenues plus laborieuses, même si nous n'avions pas à nous plaindre. 

Quand je compare ma trajectoire à celle de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, les deux grands chanteurs morts en 2018, et pour lesquels j'ai un immense respect, je mesure l'abîme qui nous sépare. 

Leur carrière, leur énergie, leur talent. Le milieu social dont ils sont issus, surtout Aznavour, et l'incroyable longévité de ce dernier, alors même que l'extrême célebrité véhicule de terribles dangers pour l'artiste. Partir de si bas et arrriver si haut... Je développe d'ailleurs cela dans mon article Mortelle célébrité

Immense, immense respect. Deux artistes qui avaient une générosité, un cœur énorme. Et un portefeuille dans le cœur.

Attention, je n'ai pas dit qu'ils avaient un portefeuille à la place du cœur. Leur cœur était assez grand pour y loger un portefeuille. Tous deux ont été des exilés fiscaux. Tous deux ont voté Sarkozy. 

Ils ne s'en cachaient pas d'ailleurs, et c'est tout à leur honneur. Pas d'hypocrisie. 

Le décès de Charles Aznavour, quelque part, me fait remettre pas mal de choses en perspective. Et quand je repense à ces deux chanteurs, Charles et Johnny, je ne peux m'empêcher de penser à un autre artiste, le grand Jacques Brel. 

Les bourgeois, Monsieur le commissaire, c'est comme les cochons. Plus ça devient vieux, plus ça devient con! 

Admirable chanson que ces Bourgeois. Elle décrit à la fois la lutte des classes, lutte sociale, et la lutte entre générations. Le jeune fauché et rebelle, limite bohême, le vieux bourgeois, riche et respectable. En haut de l'affiche? Mais surtout, surtout, le cycle sans fin. L'un qui devient l'autre. 

Je ne peux, bien sûr, m'empêcher d'y voir une illustration de la vie de Johnny Halliday et de Charles Aznavour, et peut-être, du destin qui nous attend tous. 

Mais je n'ai pas voté Sarkozy. Le dernier pour lequel j'ai vraiment voulu voter, c'est Benoît Hamon, et le revenu universel inconditionnel

Jean-Luc Mélenchon a eu beau parler de "boîte de Pandore" pour ce revenu, je continue à penser qu'il doit être mis en place. 

Revenons un instant sur Johnny Halliday et Charles Aznavour. En dépit de leur carrière extraordinaire, ils sont restés dans le système. Ils en sont aussi devenus, qu'ils le veuillent ou non, les vitrines. Pour deux artistes de ce niveau, combien au talent tout aussi incroyable restés dans les oubliettes de l'Histoire, qui n'ont jamais pu développer leur art?

J'aurais pu être l'un de ces oubliés forcés de prendre un boulot alimentaire, dans mon domaine. J'ai réalisé à temps que je n'avais aucune chance de vivre ma vie avec le système de l'édition traditionnelle, et j'ai pris une autre voie en devenant auteur autoédité. Bien m'en a pris. 

De la même manière, le revenu universel inconditionnel est une autre voie pour notre société, bien éloignée de celle de la croissance infinie qui mènerait au plein emploi, que prônent les économistes. Une croissance dont on sait aujourd'hui qu'elle n'est qu'un mythe. 

Il faut des pauvres pour avoir des riches dans une société. Il faut aussi des pays pauvres pour avoir des pays riches. Tout le système est biaisé. 

Si la France était le seul pays à adopter le revenu universel inconditionnel, on pourrait parier que la volonté d'y émigrer serait encore plus grande pour des ressortissants de pays moins favorisés. 

De la même manière, un seul Etat ne peut à lui seul décider d'instaurer la coopération plutôt que la compétition entre nations, indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique, et faire face aux enjeux vitaux de l'avenir. 

Tout est lié. Il faut donc des décisions au niveau mondial. Un revenu universel inconditionnel, c'est universel, c'est à dire, mondial. 

Un revenu universel ne saurait être autre chose qu'inconditionnel, sous peine d'entraver les citoyens du monde sous les chaînes de la domination plutôt que de vouloir les émanciper.
Il faut, peu à peu, une harmonisation des niveaux de vie à l'intérieur de chaque pays et entre les nations, ainsi qu'une décroissance, une moindre consommation.

J'aimerais que les murs auxquels je me suis heurté dans mon enfance, ceux de niveaux sociaux différents, soient abaissés pour le bien commun. Mais je suis sans doute un doux rêveur. Doux, dur et dingue, comme dirait Clint Eastwood.


jeudi 13 septembre 2018

On a fait fausse route

Les dirigeants des grandes puissances connaissent le problème du réchauffement climatique depuis au moins 30 ans, et pourtant ils ont pris le mauvais chemin en choisissant, à la fin des années 80 et plusieurs fois par la suite, de ne rien changer. Pourquoi? Parce que les mesures à prendre auraient non seulement impacté notre mode de vie, mais aussi notre système économique et notre mode de pensée. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, mais aussi les autres maux liés à la pollution, il faut détrôner l'économie pour donner le pouvoir exécutif à l'écologie. C'est cela qui a été inacceptable, non seulement pour nos dirigeants et ceux qui tirent vraiment les ficelles, les grands lobbies commerciaux, mais hélas aussi, pour la majorité de la population. C'est pourquoi nous avons fait fausse route et que nous continuons dans cette impasse. 

On a fait fausse route en privilégiant la compétition économique sur la coopération entre Etats, indispensable pour générer des circuits de commerce courts et limiter les transports polluants sur mer et dans les airs, liés à l'import/export. 

On a fait fausse route en mettant un dogme, celui de la vertu des marchés financiers et du capitalisme, au-dessus du principe de réalité et du pragmatisme. 

On a fait fausse route en refusant d'écouter les scientifiques, qui nous disent que les ressources sont limitées, et qu'il faut les répartir équitablement. 

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas les économistes aux problèmes écologiques, en leur faisant par exemple réaliser des reportages sur la pollution et ses conséquences sur les frais de santé.

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas, ou insuffisamment, nos dirigeants à l'écologie.

On a fait fausse route en ne considérant pas le pétrole et autres hydrocarbures et dérivés comme le plastique comme des produits toxiques pour la nature et pour l'homme, et en ne les taxant pas suffisamment pour qu'ils ne soient plus compétitifs.

On a fait fausse route en ne développant pas des alternatives biodégradables aux produits dérivés du pétrole.

On a fait fausse route en faisant semblant de croire certains lobbies comme Coca-Cola quand ils nous ont dit que le recyclage du plastique, et le tri sélectif règleraient le problème de la pollution.

On a fait fausse route en considérant que la chimie pouvait résoudre tous les problèmes, alors qu'elle ne fait bien souvent que les exacerber. 

On a fait fausse route en mettant des nanoparticules dans les aliments

On a fait fausse route en autorisant des pesticides qui détruisent insectes et oiseaux, et causent des cancers chez l'être humain.

On a fait fausse route en manquant d'empathie avec les animaux, et en rompant le contrat tacite qui nous lie à la majorité des espèces, en les surexploitant.

On a fait fausse route en mangeant trop de viande, et notamment de bovins, ce qui accélère le réchauffement climatique et apauvrit les réserves d'eau.

On a fait fausse route en voulant combler nos lacunes spirituelles par du matérialisme, quête absurde et sans limites. 

On a fait fausse route en privilégiant l'agressivité envers la nature et nous-mêmes par rapport à l'harmonie avec l'environnement et entre les êtres.

On a fait fausse route en ne développant pas assez le solaire et les énergies renouvelables, et, en France, en privilégiant systématiquement le nucléaire.

On a fait fausse route en abandonnant les recherches sur les modèles de véhicules électriques, sous la pression des lobbies du pétrole. 

On a fait et on continue à faire fausse route en laissant les lobbies commerciaux nous dire quelle route prendre, parce que notre idéologie concorde avec la leur. 

On fait fausse route quand, dans les ménages, on choisit l'alimentation comme poste budgétaire à rogner, ce qui fait que l'on achète et privilégie la nourriture industrielle.

On fait fausse route en n'écoutant pas l'Organisation internationale du travail quand elle nous dit que lutter contre le changement climatique créerait plus d'emplois que cela n'en détruirait.

On fait fausse route en cherchant le profit et la rentabilité maximale immédiate aux dépens de notre planète, ce qui nous met au même niveau, sur le plan de l'écologie, que des termites

J'ai oublié beaucoup de choses, qu'on me le pardonne. Mais je l'ai dit et je le répète: on ne pourra pas changer les choses tant que l'on n'aura pas modifié notre système de valeurs et ajusté notre mentalité.

mardi 14 août 2018

Compétition ou coopération ?

Le glyphosate est aux agriculteurs ce que les produits dopants sont aux coureurs cyclistes. Cet herbicide si efficace est un véritable symbole : celui d'une société pour laquelle la notion de compétition mondiale est si importante qu'elle préfère s'autodétruire plutôt que de revenir sur son modèle économique. A ce titre, il n'est pas étonnant que l'Europe, qui s'est bâtie autour de la notion de compétition économique mondiale, soit l'un des défenseurs les plus ardents du glyphosate. 

Je discutais cet été avec l'un de mes cousins de la fin de ma nouvelle de Science-fiction Marinopolis. Sans trop spoiler, je peux dévoiler ici que le héros se demande si la civilisation humaine n'est pas l'équivalent des termites, exploitant une planète jusqu'au trognon pour ensuite passer à la suivante. 

Une vision négative, je vous l'accorde, alors que mes propres goûts littéraires me portent vers une SF plus optimiste, celle d'Asimov par exemple. Une autre nouvelle de mon recueil Les Explorateurs, Entre deux feux, propose d'ailleurs un modèle beaucoup plus en harmonie avec la nature. 

Eh bien, mon cousin Philippe m'a révélé que les tribus aborigènes d'Australie surnommaient justement "termite" l'homme occidental. Bien avant d'avoir lu ma nouvelle! ;)

Quand on voit les ravages que cause le glyphosate chez les insectes comme les abeilles, mais aussi les oiseaux, et les cancers qu'il occasionne chez les agriculteurs qui ne s'habillent pas dans une combinaison digne d'un spationaute, la comparaison avec cet insecte destructeur qu'est le termite s'impose en effet. 

Fait ironique, en faisant des recherches sur les Aborigènes, je suis tombé sur cet extrait du livre d'Adolphe Peter Elkin, Les Aborigènes australiens

De notre point de vue, l'Australien est un parasite de la nature; jamais il ne laboure, ne fertilise ni ne sème: il se contente de récolter. Pour se nourrir, il a donc besoin que tout sur la terre continue à se dérouler selon le processus normal, et l'expérience prouve qu'abandonnée à elle-même, la nature se montre capricieuse dans ses effets. Ce sont tantôt périodes de sécheresse, tantôt pluies diluviennes et maladies. Si l'homme veut subsister, il doit parer à de telles calamités ou en raccourcir la durée. En d'autres termes, il lui faut sortir de son inertie, agir, cesser de se comporter en parasite.

On le voit, la notion de "parasite" par rapport à l'homme est liée à la culture, et varie énormément de l'une à l'autre. 

Mais la culture n'est pas non plus inamovible, et se transforme, notamment sous l'effet des courants écologiques, courants qui s'inspirent parfois de modes de pensée autres qu'occidentales, comme justement celui des Aborigènes... Notons qu'Elkin est décédé en 1979, il n'a donc pas vraiment été influencé par les courants écologiques actuels.

Pourquoi utilise-t-on un produit aussi nocif que le glyphosate (et le Roundup) ? Parce qu'il faut produire toujours plus, en raison de la compétition mondiale.

Comme certains pays produisent à très bas coût, le système économique pousse les agriculteurs à se mettre à leur niveau, en recherchant une productivité toujours plus importante, même si la rentabilité reste très discutable. 

Mais la France ne se contente pas de produire pour son marché intérieur. Elle exporte.

Pour exporter ces céréales, notamment, à très bas coût, on va utiliser des porte-conteneurs géants. Comme le révèle cet article de France Inter, "les 15 plus gros navires présents sur les mers du globe répandent, à eux seuls, plus de soufre que toutes les voitures en circulation, et cela sans aucun système de filtration. Ces émissions seraient responsables du décès prématuré de 60 000 personnes en Europe chaque année."

Encore et toujours la théorie du "plus c'est gros, plus ça passe", qui malheureusement se vérifie. Les crimes les plus immenses restent impunis, parce qu'il faut protéger le sacro-saint modèle économique de compétition mondiale. 

Il sera terriblement difficile d'imposer à l'Europe des circuits courts, délivrés des pesticides, privilégiant les cultures bio, parce que cela veut dire que les pays du monde doivent coopérer et non plus se concurrencer. 

Privilégier la coopération plutôt que la compétition. C'est un changement radical de mentalité qui doit s'opérer à l'échelle de l'humanité si nous voulons survivre. 

Sur le plan idéologique, cela signifierait que ce ne seraient plus les économistes qui dirigeraient le monde, en tout cas, plus les économistes du développement à court terme, du profit immédiat.

Et ne croyez pas que les écrivains et auteurs, en tant qu'éminents sages, n'est-ce pas, ne seraient pas affectés (infectés?) par cette mentalité de compétition à tout crin. L'auteur Lee Child, qui est intervenu à plusieurs reprises dans les commentaires du blog de l'auteur Joe Konrath, à l'époque où ce blog était très actif, comparait les auteurs traditionnellement édités et qui vendent à plusieurs millions d'exemplaires, à des joueurs de foot américain de l'élite, alors que les auteurs autoédités n'auraient selon lui appartenu qu'aux divisions inférieures...

EDIT 17/08/2018 : cet article sur l'île de Nauru nous relate l'histoire d'une utopie se fracassant sur la réalité. Là encore, l'aspect "termite" de la société occidentale sans filtre, sans culture, sans valeurs, ressort clairement.