mercredi 17 janvier 2018

Penser "Global"

Dans mon dernier roman Passager clandestin, j'évoque, dans le premier chapitre, la surpopulation carcérale en France (cliquez ici pour lire ce chapitre). Comment l'humain traite-t-il l'humain? Le sujet me semble d'importance, lorsque l'on sait que dans le futur, on aura très certainement des robots gardiens de prison. Je crois qu'en la matière, il faut penser "global", en n'hésitant pas à voir ce que font les autres pays. 



Quand j'écris un roman, en particulier de type thriller comme Passager clandestin, j'aime bien me pencher sur les failles béantes de notre société. Mais je n'oublie pas non plus que les failles me regardent aussi. 

Quand je reviens à la réalité, plutôt que de me laisser aspirer comme dans un trou noir dans la spirale du pessimisme, je préfère donc prendre du recul, laisser mon côté optimiste prendre le dessus pour aller regarder du côté du verre à moitié plein.

Penser "Global", donc. L'un des exemples les plus frappants par rapport à la détention carcérale, ce sont les Etats-Unis d'Amérique. D'après ce site dont les informations remontent à 2009, les Etats-Unis arrivent en tête de la population carcérale dans le monde, avec plus de 2 millions de personnes incarcérées.

Le taux de détention de 737 personnes pour 100 000 habitants est de loin le plus élevé. 

On pourrait estimer que les Etats-Unis, qui mettent donc énormément de moyens dans leurs prisons, sont le pays le plus sûr au monde. Mais si l'on regarde les statistiques de morts par arme à feu ou de morts violentes outre-Atlantique, on sera largement démenti. 

Pour un policier travaillant en France, qui en a assez de voir les délinquants qu'il livre à la justice remis en liberté, les Etats-Unis, pays où les peines de prison à vie sont souvent effectuées, doit apparaître comme un pays de cocagne. Un idéal à atteindre. 

Pourtant, ce modèle est-il une réussite pour autant? Est-ce qu'on veut vraiment pouvoir se vanter d'avoir dans nos cellules 23% de la population carcérale mondiale, comme c'est le cas pour les Etats-Unis? 

Quand on regarde des chiffres plus récents, ceux de Wikipédia, on voit qu'en 1992, il y avait 501 personnes en prison pour 100 000 habitants dans le pays de l'oncle Sam, là où en 2011, on est passé à 743. Une progression qui semble inexorable. 

Que nous dit cette progression? Que les Etats-Unis, même avec des prisons moins surpeuplées, et plus humaines de ce côté, que ce qui se fait en France, ne dissuadent absolument pas la délinquance grâce à la répression. 

D'un point de vue éducation du peuple, ça ne fonctionne pas. Sur le plan économique, en revanche, le pragmatisme américain, qui a donné naissance à des prisons privées en plus des prisons publiques, permet aux groupes qui possèdent ces prisons d'exploiter largement les revenus produits par les prisonniers, et d'être rentables. 

Mais faut-il vraiment prendre une grille de lecture économique? L'homme est-il au service de l'économie, ou bien est-ce l'inverse? 

Les chiffres peuvent aussi être trompeurs par rapport à l'aspect "qualitatif". Ainsi le Japon emprisonne-t-il seulement 58 personnes pour 100 000 habitants, là où la France, avec 102, fait beaucoup moins bien. 

Le Japon. Voilà donc un pays dont la culture de discipline et de sens de l'honneur fait un bon élève... Sauf que le Japon, avec les Etats-Unis, est l'une des rares puissances occidentales industrielles à avoir maintenu la peine de mort. Et que les condamnés à mort peuvent rester 30 ans dans le couloir de la mort en ignorant pour le restant de leur vie à quel moment ils vont être exécutés. Un traitement inhumain, qui va bien au-delà de la loi du talion dans la plupart des cas. 

De même, selon cet article de Géo, le taux le plus bas, de 16 personnes en prison pour 100 000 habitants, est trompeur dans l'autre sens, puisque c'est la République centrafricaine qui le détient. Un pays notablement sous-équipé et manquant de moyens pour faire régner l'ordre. 

Dans tous ces chiffres, je retiens cependant celui de l'Inde: bien que le sous-continent soit le 5ème pays au niveau mondial de par sa population carcérale de 384 000 personnes, en 2011 d'après Wikipédia, son taux n'était que de 32 personnes par 100 000 habitants. 

L'article de Géo a beau pointer le fait que 65% des détenus indiens soient en attente d'un verdict suite à un manque de moyens judiciaires, je ne pense pas que les détenus soient si peu nombreux en proportion de la totalité de la population, comparativement aux Etats-Unis ou à presque tous les autres pays, uniquement par manque de moyens des forces de l'ordre. Si l'Inde avait voulu se donner les moyens de mettre davantage en prison, les gouvernements successifs l'auraient fait. 

Je pense qu'il y a des notions culturelles qui sont à l'oeuvre. Je pense à l'aspect moins individualiste de l'Inde, mais aussi au végétarisme, et à l'influence plus importante de la religion. C'est sans doute un cliché, mais les Américains, qui mangent incomparablement plus de viande rouge, ont tendance à être plus sanguins.

Pour les Américains, on pourrait aussi parler d'autres facteurs culturels, tels l'assimilation des anciens esclaves noirs, dont l'éloignement culturel avec la population blanche se rapproche de ce que l'on trouve en France entre les Blancs et les Maghrébins. L'intégration est plus difficile dans les deux cas. 

Sur le plan artistique, quelqu'un comme Sydney Poitier reste une exception à Hollywood: très souvent, les acteurs noirs ont le mauvais rôle.  

En France, on a le sentiment que les gouvernements successifs se défaussent d'un problème jugé honteux, et ne le règlent donc jamais: sans doute une forme d'hypocrisie judéo-chrétienne, là où les Protestants, quelque part, ont au moins pris le problème à bras-le-corps. 

Il existe aussi un phénomène que je trouve inquiétant: malgré le fait que le Front National ait été terrassé, on a l'impression que le gouvernement actuel reprend à son compte des politiques qui auraient été mis en oeuvre par le FN, afin que celui-ci ne se relève pas, ou pour éviter qu'un successeur ne prenne le relais. 

Je le vois beaucoup dans la manière de traiter l'immigration. Pourtant, la peur et l'émotion n'ont jamais constitué des solutions aux problèmes, et bien au contraire, ne font que les aggraver. 


Je suis convaincu, pourtant, que les solutions existent. Mais tout est lié: quelqu'un comme Macron sait très bien que même en expulsant 10 immigrés par la porte, 100 reviendront par la fenêtre, ne serait-ce que parce que les entrepreneurs français ont besoin d'eux pour des métiers que la plupart des Français refusent d'exercer. On est dans l'hypocrisie et dans la com bien plus que dans la mesure efficace, qui consisterait sans doute à mieux intégrer, mais aussi à avoir une politique étrangère moins prédatrice au niveau économique, permettant à des pays africains et maghrébains de mieux réussir économiquement, et de garder leurs ressortissants. 

Pour en revenir au problème des gardiens de prison en France, je me demande dans quelle mesure, afin de réduire leur problème de sous-effectif, on ne devrait pas imposer un stage de deux mois aux policiers et gendarmes dans les prisons. On règlerait sans doute en partie le problème de sous-effectif, tout en sensibilisant les forces de l'ordre aux conditions de détention des petits délinquants, et à l'intérêt d'une police de proximité et de peines aménagées.

Et oui, je sais bien que les forces de l'ordre sont elles aussi en sous-effectif, ce qui n'est qu'un effet pervers de la doctrine selon laquelle les fonctionnaires ne servent à rien. 


Je terminerai sur ces mots de Lao-Tseu: "Prévenez le mal avant qu'il n'existe ; calmez le désordre avant qu'il n'éclate."

mardi 9 janvier 2018

Nouvelles sorties : les failles d'Amazon

Le lancement de mon dernier roman, Passager clandestin, sans être tonitruant, a été le mieux réussi jusqu'à présent, en particulier auprès de mes lecteurs canadiens. En examinant de près ce qui se passait sur la plate-forme Amazon, aussi bien pour le livre papier que pour l'ebook, et en interrogeant un spécialiste à ce sujet, puis en lisant la réponse officielle d'Amazon, j'en suis venu à la conclusion que la plate-forme leader du marché était victime de coupables défaillances, et ce, au moment stratégiquement le plus important pour le devenir d'une œuvre. Un conseil pour les auteurs, soyez vigilants au moment de la sortie de vos livres ou ebooks. 

Peut-on aujourd'hui acheter un livre en toute indépendance? Sans même parler de l'influence de la publicité, peut-on, si l'on fait le choix d'acheter en toute liberté, en son âme et conscience, sans être conseillé, parvenir à faire un choix entièrement personnel? 

Si l'on a déjà son idée bien arrêtée, oui, sans aucun doute. 

En revanche, si l'on n'a pas vraiment d'idée, le simple choix d'entrer dans une librairie, de par les restrictions imposées au niveau de la place des livres, oriente notre achat. Pas ou extrêmement peu d'ouvrages d'auteurs indépendants. Le choix est encore plus orienté si l'on s'en tient aux meilleurs ventes, ou aux têtes de gondoles présentées en face avant et non sur la tranche. 

Quant à l'idée de se rendre sur des librairies en ligne ne possédant qu'une partie des ouvrages, puisque ne présentant pas ou très peu d'ebooks autopubliés, elle est forcément limitative, même si les ebooks sont plus nombreux en ligne que les livres en librairie ou en bibliothèque ou médiathèque. 

Le fait que de nombreux auteurs fassent le choix de l'exclusivité Amazon contribue bien sûr à ce phénomène de limitation sur les sites concurrents, on ne peut pas pointer un seul coupable en la matière. 

Un lecteur vorace, qui voudrait tout connaître dans son genre particulier, pourrait donc avoir l'idée de se rendre sur Amazon. 

Amazon, le site phare de l'orientation, où les algorithmes règnent. Où ces mêmes algorithmes privilégient grandement les ventes et la popularité, ou bien encore, les titres mis en avant par des éditeurs au terme d'accords particuliers avec la plate-forme. 

Le site, aussi, où les ebooks présents dans Kindle Unlimited, la plupart du temps publiés en exclusivité sur Amazon par des auteurs autopubliés, bénéficient d'un boost sur la popularité, à condition d'être achetés par un minimum de lecteurs au départ.

En dépit de toutes ces barrières quasiment infaillibles, je pensais qu'il existait un moyen de déjouer ces fameux algorithmes. 

L'idée n'était pas de se rendre dans une rubrique ou catégorie correspondant à un genre littéraire précis pour y consulter les dernières nouveautés, puisque celles-ci, peu nombreuses, sont mis en avant en raison de leur popularité ou d'accords avec les éditeurs. 

L'idée était de se rendre dans la catégorie précise qui correspond aux nouveautés de moins d'un mois d'Amazon. Cependant, l'onglet de recherche par défaut est celui de la popularité, ce qui nous fait retomber dans les travers précités. 

Néanmoins, il y a aussi une autre possibilité que la recherche par popularité: par date de parution. Là, en principe, plus d'algorithme, plus de triche possible: on a droit à tous les ebooks sortis (je parlerai dans un instant de la même rubrique en livres papier). Et on peut affiner le choix avec un genre précis, dans un deuxième temps. 

 Cliquer pour agrandir

Pour clarifier les choses, plutôt que de cliquer sur la rubrique "polars" dans un premier temps, vous allez cliquer sur la rubrique "nouveautés de moins de un mois", et ensuite, pour affiner, sur la rubrique "polars" en sélectionnant "date de parution".

Eh bien, même avec ce type de méthode, très précise et normalement infaillible, je ne suis pas arrivé à retrouver mon ebook le jour J. Ni même aucun des jours précédant ou suivant sa parution: il avait été purement et simplement zappé par Amazon. 

Qu'à cela ne tienne, je suis allé sur la rubrique livres papier, avec la même méthode. Et là, horreur ! En sélectionnant "date de parutions", on se retrouve, non seulement avec les nouveautés, mais avec toutes les précommandes. Pire encore, ce sont les livres papier qui sortent dans le futur le plus éloigné qui sont présentés en premier! 

C'est à dire que dans cette rubrique Nouveautés par date de parutions, qui serait censée permettre à un auteur totalement inconnu, ne bénéficiant d'aucune promotion, d'avoir le minimum de visibilité, vous allez d'abord avoir les titres sortant en 2019, puis en décembre 2018, puis en novembre 2018, et ainsi de suite.

J'ai retrouvé mon roman: en page 42 du moteur de recherche. Pas sûr que le lecteur type ait la patience, voire l'abnégation. 

J'ai fait aussitôt appel à la plate-forme, en envoyant les liens vers les catégories concernées, et en évoquant le critère de date de parution. 

Hélas, le problème n'a été réglé, pour mon ebook Passager clandestin, qu'une semaine plus tard. Le problème avec la recherche par date de parution, c'est que le lecteur vorace va rechercher les ebooks du jour ou ceux de la veille, mais certainement pas au-delà.

Voici la réponse qu'a fait Amazon, avec mes remarques en gras: 

Bonjour,

J'espère que votre semaine commence bien.

Je vous écris ce message parce que je viens de recevoir la réponse de la part de l'équipe technique.

Ils ont réalisé les recherches respectives pour voir s'il y avait un problème dans le système et tout est bien. 
 
Tout est bien maintenant, une semaine après la sortie. Délai de réaction beaucoup trop tardif pour un problème lié à une sortie. 
 
Voici votre livre dans cette rubrique:

http://amzn.to/2mf9QQu 
 
Bizarre de m'envoyer ce lien qui concerne mon ebook exclusivement. En refaisant la recherche par date de parution, je l'ai néanmoins trouvé pour la première fois dans cette catégorie des Nouveautés. Le problème a donc bien été réglé, mais trop tard. 
 
Ce que je vous recommande pour que votre livre apparaisse dans les premières pages de recherche est de faire de la publicité dans les réseaux sociaux et l'utiliser comme un moyen pour faire de la publicité de votre livre, montrer votre livre à vos amis et leur demander de partager votre ouvrage.
 
Le problème n'était pas un problème de popularité ou de ventes: si l'on fait la recherche par date de parution dans un genre suffisamment précis, on arrive à retrouver son ebook dès la première, ou les toutes premières pages, si le site est bien fait.
 
Il est important que vous sachiez qu'il faut être consistant pour voir de bons résultat et au moment où vous recevrez plus de ventes votre livre sera montré de plus en plus dans les premières pages dans les résultats de recherche.
 
Comme je l'avais précisé dans mon email à Amazon, mon ebook était arrivé n°1 dans la sous-catégorie Détectives privés. Il est monté jusqu'à environ la 800ème place du classement global Kindle. Il est arrivé à cette place parce que je connaissais le lien vers la page Amazon de l'ebook, que j'ai envoyé à ma liste de lecteurs. 
 
Pour bénéficier du boost dans les pages de recherche évoqué par les techniciens Amazon, il aurait sans doute fallu que Passager clandestin franchisse le top 100, voire le top 10, et s'y maintienne au moins deux ou trois jours. Mais je répète qu'il y a un autre critère que la popularité, celui de la date de parution.  
 
Finalement, je m'en excuse pour tous les inconvenants (sic) causés et j'espère que cette information soit de votre utilité. Je reste à votre service et si vous avez d'autres requêtes contactez-nous (kdp-support@amazon.fr), nous vous assisterons enchantés.

Bonne journée!

Bref, je me suis bien sûr demandé si je représentais un cas isolé. 

J'ai donc posé la question à Cyril Godefroy, auteur notamment de
Cyril s'est penché de manière quasiment statistique sur la question. 
Son témoignage est donc loin d'être anecdotique.
C'est malheureusement accablant pour Amazon:


En 2016, j’ai suivi pendant le salon du livre à Paris une présentation d’un salarié Amazon sur leur programme partenaire, puis je l’ai alpagué à la sortie pour lui demander s’il y avait un endroit où l’on pouvait savoir quelles étaient les dernières sorties sur Kindle.

 

Il m’a répondu sans hésitation que la page des «Nouvelles sorties» était le point d’entrée, y compris le fil RSS rattaché à cette page.

 

En septembre 2017, je me suis enfin consacré à la question, notamment pour publier les listes de nouveaux livres sortis sur le site «lesnouveauxlivres.fr», projet qui n’a pas duré.

 

Quelle déception en constatant que la liste des livres, par catégorie, n’avait rien à voir avec les derniers livres sortis. Par exemple, une amie auteure venait de sortir son dernier roman, et il n’y était pas. Après plusieurs essais, j’ai recherché d’autres moyens d’obtenir la liste des sorties un jour donné et pour une catégorie donnée.

 

Il s’avère que l’URL de la recherche [https://www.amazon.fr/s/] est bien la bonne, mais qu’il faut choisir des paramètres abscons pour trouver les informations. Et que pour connaître ces paramètres abscons, introuvables par le commun des mortels, il faut avancer à tâtons, parcourir les catégories pour obtenir leur référence (NodeId dans le langage Amazon), et que l’on ne peut le faire que pour une journée précise (et non pour une période).

 

Je passe les détails de l’url qui n’intéressent personne, car il faut la connaître et la taper en entier pour accéder à cette liste.

 

En continuant mes recherches, j’ai constaté que des titres parus depuis plusieurs semaines étaient encore dans la page de « nouveautés ». Pire encore, en fonction du cheminement pris, on a des résultats très différents.

 

Ainsi, alors que j’écris ces lignes j’ai été voir les nouveautés en passant par la catégorie Policier & Suspense, et je vois des ebooks publiés presque deux mois plus tôt : pas vraiment des nouveautés, mais clairement des livres recommandés par les algorithmes d’Amazon et clairement du merchandising.

 

Si par contre, je vais dans Ebooks Kindle -> Nouveautés et précommandes -> Les sorties récentes et que je choisis la catégorie policier et suspense, alors j’aurai une liste plus cohérente. Elle reste toutefois incomplète, très incomplète…

 

Conclusion : ne comptez pas sur cette page pour y voir apparaître 

votre livre, Amazon manipule les informations qui y sont sans 

refléter la réalité.

Voilà, vous connaissez maintenant les deux failles d'Amazon, celles qui concernent les livres papier et les ebooks. A mon sens, ces deux failles sont des trahisons de l'idéal de Jeff Bezos, qui était, à la base, de parvenir à l'exhaustivité de livres papier sur son site.

En effet, que vaut l'exhaustivité, que vaut l'idée de créer de multiples catégories afin de rendre les livres et ebooks plus visibles, si ceux-ci, au moment crucial de leur sortie, demeurent invisibles? 

[EDIT 13/01/2018] : D'après l'auteur Alex Reeve, il existe un truc pour contourner le problème sur Amazon: il faut indiquer le mot "nouveauté" dans les mots-clés. Bon à savoir. 

vendredi 5 janvier 2018

Star Wars de Disney et Donald Trump, mêmes méthodes?

Comparer les méthodes marketing de la production/réalisation d'une série comme Star Wars et d'un homme politique peut sembler saugrenu, voire périlleux. Je crois que l'idée m'en est venue parce qu'un ami m'avait appris que le modèle dans la vraie vie qui avait inspiré Biff Tannen, le méchant de Retour vers le Futur, se nommait Donald Trump quand il était plus jeune. Il est vrai que Donald Trump est sa propre caricature, très proche d'un personnage de fiction. Les méthodes marketing du maître du bad buzz, comme je le surnomme, me paraissent très proches de celles des producteurs/réalisateurs des épisodes 7 et 8.

Donald Trump est-il vraiment tout à fait sincère dans ses convictions, notamment par rapport au climat? Je m'explique: une partie de ses électeurs, par exemple, sont des ouvriers travaillant dans des mines de charbon, lesquelles mines menaçaient avant son élection de fermer.

Si vous êtes ouvrier et que vous travaillez dans une mine de charbon, il vous sera beaucoup plus difficile de vous lever le matin si vous croyez au réchauffement climatique. Il est plus pratique, dans ce cas, d'être climato-sceptique. 

Un homme politique sait exactement comment pense son électorat, et se met à la place de cet ouvrier. L'avantage d'être climato-sceptique, c'est que c'est une position extrêmement minoritaire, contestée, qui va faire enfler la polémique et vous mettre sur le devant de la scène. 

La caractéristique de la provocation et de la polémique, c'est qu'elle va créer un buzz, une hausse de fréquentation d'un post sur un réseau social, par exemple. Un bad buzz reste un buzz.

C'est la stratégie du "plus c'est gros, plus ça passe", dont Trump est un adepte. 

De la même manière que les animateurs sont choisis en fonction de leur "abrasivité", de la manière dont ils vont faire réagir le public, de par leur aspect physique ou leur attitude (réactions épidermiques), Trump est quelqu'un dont toute la communication, jusqu'à la manière d'être, est axée sur les réactions qu'elle va provoquer. 

Le rapport avec les Star Wars produits par Disney? Eh bien il me semble évident que les épisodes 7 et 8 de Star Wars ont été conçus pour choquer les fans, les faire réagir, provoquer des discussions sur le net, et en particulier les réseaux sociaux.

Les deux principaux axes, d'après ma théorie, ont été le chamboulement des règles en vigueur dans cet univers, et le "plus c'est gros plus ça passe", l'outrageante absence de réalisme que je critiquais dans cet article.

C'est pourquoi, je considère, à l'aune de cette théorie, que les changements dans Star Wars, loin d'annoncer un nouveau développement créatif de la série, et bien que reprenant certains développements dans l'air du temps comme l'antispécisme, n'ont eu pour but que de provoquer afin de faire parler autour du film. Même chose pour les scènes WTF.

Opération réussie. 


On est dans du Trump pur et dur, et on se rend compte qu'Hollywood, dans sa manière d'être, n'est pas si éloigné de celui qui lui sert actuellement de repoussoir. 

Mais revenons à présent sur les premiers épisodes, 4, 5 et 6, et tâchons de voir si leur créateur n'avait pas déjà, à son époque, planté les germes de ce mélange entre artistique et marketing. 

En regardant attentivement ces trois épisodes originels, on peut déjà estimer que George Lucas a été victime du syndrome du Marsupilami.

ATTENTION SPOILERS : albums du Marsupilami, épisode 4,5, 6 et 1 de Star Wars

André Franquin, le créateur du Marsupilami, avait expliqué vouloir, à chaque nouvelle album, inventer une nouvelle caractéristique à sa bestiole. Dans un album, le marsu se mettait ainsi à parler. Dans un autre, il faisait des bonds avec sa queue. Dans un autre encore, il plongeait à de grandes profondeurs. A chaque fois, une nouvelle caractéristique. 

Franquin avait reconnu le côté artificiel, les limites de cette stratégie d'abord amusante. 

Dans La Guerre des Etoiles, ni Obi Wan ni Dark Vador, au cours de leur combat, n'utilisent de pouvoir télékinésiques, et ils ne font pas non plus de bonds spectaculaires.

Les pouvoirs télékinésiques apparaissent dans l'Empire contre attaque, les bonds spectaculaires dans Le Retour du Jedi.

Ce syndrome du Marsupilami pourrait être traduit par l'expression américaine Cool Factor.

Du genre: "ce serait cool si Luke se mettait à attirer son sabre-laser à distance. Ce serait cool s'il pouvait sauter comme un cabri. Tiens, et si les Jedi se transformaient en fantômes après leur mort, ça serait pas super cool?"

Ces ajouts étaient suffisamment mineurs, suffisamment cohérents avec le reste, pour ne pas se mettre en porte-à-faux avec l'univers Star Wars tel que les fans se l'étaient appropriés. 

Dans les préquelles, Lucas n'a plus été victime de ce syndrome. Il a tout juste voulu donner une explication scientifique à la Force, avec les médicloriens.

Mais dans l'épisode 8, le syndrome du Marsupilami revient en Force. Les scénaristes s'en sont servis, selon moi, à la fois pour choquer les fans et pour surprendre au niveau du déroulement de l'intrigue.

Un autre phénomène propre à l'univers Star Wars dès George Lucas a été le "plus c'est gros, plus ça passe." Cet expression peut se traduire en américain par "WTF moment".

Je veux retenir trois scènes: sur Hoth, les gros quadripodes entravés par les filins des X-Wing dans l'Empire contre attaque, le combat des Ewoks lors de leur révolte sur Endor dans le Retour du Jedi, et la scène finale de la Menace fantôme, celle où le jeune Anakin, avec R2-D2, s'en va détruire le vaisseau amiral de la Fédération du commerce. 

La scène des quadripodes entravés, quoique hautement improbable, est très réussie au niveau visuel, un grand moment de cinéma. Elle est l'équivalent au cinéma du jeune Chinois se mettant devant un char sur la place Tienanmen, le symbole de la résistance face à l'oppression. 

Comme, quoi, la grille du réalisme n'est pas suffisante pour descendre un film, parce que Lucas a réussi la prouesse de faire de cette scène un point fort. 

La scène sur Endor est encore plus irréaliste. De nombreuses personnes qui aiment Star Wars supportent mal cette scène. 

Néanmoins, les Ewoks sont les ancêtres des créatures choupinous dans Star Wars 8. Là encore, George Lucas a introduit un nouveau marqueur, en faisant rimer artistique avec marketing. Ce n'est pas le seul, Spielberg l'a fait avec Jurassic Park. 

Ces deux scènes ont encore une logique, quoique distordue, par rapport à la réalité. Avec la scène de la Menace fantôme où un gamin détruit un vaisseau amiral pratiquement à lui seul, en n'ayant jamais piloté de vaisseau (les podracers ne pouvant pas être comparés à des vaisseaux spatiaux, ce me semble) on entre dans le délire le plus total.

Là, c'est un important marqueur qu'a livré Lucas, puisque La Menace fantôme est l'épisode qui a le plus rapporté, sur les 6 premiers (plus d'un milliard de dollars). 

En effet, plus c'est gros, plus ça passe. Et si ça peut alimenter la polémique, tant mieux. 

Les créateurs et producteurs de Star Wars 8 s'en sont souvenus. 

Mais Star Wars 8 ne reprend-il que l'aspect le plus outrancier des scènes d'action? Sans doute que non. Le scénario est habile, suffisamment intelligent pour provoquer une montée en tension jusqu'à la fin, et des retournements, des contre-pieds spectaculaires.

Le film a donc des qualités, mais je dirais que sa principale qualité a été de transformer ses défauts les plus évidents, ceux qui rendent le film pénible à regarder pour les personnes privilégiant le raisonnement par rapport à l'émotion pure, en arguments marketing. 

Balzac savait déjà à son époque qu'il fallait créer la polémique pour vendre. On pourrait donc dire de Star Wars, depuis que la franchise a été reprise par une souris, qu'il Trump énormément...

lundi 1 janvier 2018

Promo: Le Vagabond et quatre autres thrillers

A tous, mes meilleurs vœux pour 2018! Bonne nouvelle, pour bien commencer l'année, mon recueil Le Vagabond et quatre autres thrillers est en promo à 0,99€ pour tout le mois de janvier! Précédant mon dernier roman, Passager clandestin, il s'agit du premier livre dans lequel apparaît Vick Lempereur. Il n'est pas indispensable d'avoir lu Le Vagabond pour lire Passager clandestin, mais je souhaitais ainsi permettre à toute personne intéressée de faire plus ample connaissance avec Vick! 




Ancien mercenaire parti faire le djihad en Afrique, Vick Lempereur est depuis peu devenu simple vagabond. Témoin d’un meurtre dans le train le plus long du monde en Mauritanie, il doit mener l’enquête sous peine de voir son passé le dévorer (Le Vagabond). Au fil de ses errances, il se lancera sur la piste d’une lionne au cours d’un safari en Tanzanie (Le Baiser de la lionne), ce qui le conduira par la suite à infiltrer l’un des plus grands laboratoires de France (Votre santé, c’est notre avenir). Il y découvrira un scandale de nature à reléguer l’affaire du Mediator au rang de simple fait divers... Deux autres nouvelles de type thriller, Shopping et Grand Pouvoir Séculaire (GPS), viennent compléter ce recueil punchy, rythmé et épicé. Un cocktail détonnant.

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Pour rappel, le 1er janvier 2018 est le dernier jour pour profiter de l'autre promo, qui concerne Passager clandestin.

dimanche 31 décembre 2017

Passager clandestin

Quel rapport entre le meurtre d’une relation d’enfance de Vick Lempereur, le procès d’un célèbre laboratoire pharmaceutique, et l’association AlimAgrobio ? Vick va devoir mener l’enquête sous couverture dans le milieu de l’agro-industrie. Malheureusement, un inexplicable décès dans le manoir de l’association où il a trouvé refuge menace de tout compromettre.


  1. La prison de Fresnes

« Ça m’est arrivé souvent... de rêver que tu te retrouves là, tu sais. »

L’homme de l’autre côté de la vitre avait nettement plus de cheveux gris que dans son souvenir. Son visage hirsute, piqueté de noir et de gris au niveau des joues et du menton, avait ce teint blafard propre aux individus qui ne voient que rarement la lumière du jour. Les tatouages qui devaient recouvrir son corps affleuraient au-delà du col de sa chemise sur sa gorge. Pour un peu, son haleine chargée d’alcool viendrait l’assaillir comme cela avait été si souvent le cas — sauf que l’alcool était interdit ici, bien sûr.

« Quand tu as fini par t’y retrouver, il était... trop tard. Trop tard, pour elle. »

Sous les paupières gonflées, les yeux globuleux le fixaient d’un air de reproche — le monde à l’envers. Un rictus déforma ses lèvres. « Je serais censé t’apporter du réconfort, comme un bon fils. C’est ça ? » Il secoua la tête tout en maintenant le combiné du téléphone contre son oreille. « J’ai si longtemps vécu la peur au ventre. Et ensuite ça a été la haine. Là, tu vois, fit-il en plaquant la main gauche contre ses entrailles. Comme un poing refermé dans mon bide. Et ça, le vieux, va donc chercher à t’en débarrasser ! » Il s’absorba un instant dans la contemplation de la table du parloir, striée de rainures, avant de relever les paupières. « Tu te souviens de la fois où t’es revenu du bar tellement bourré que tu marchais en te cognant contre les murs du couloir de l’appart ? » Il marqua une courte pause. « Non, ça te dit rien à c’que j’vois. Faut dire que ça t’est arrivé tellement souvent... J’avais pris l’habitude de me prendre ma raclée en voulant défendre maman, mais cette fois-là, tu m’as loupé avec ta droite. Et j’ai réussi à te faire tomber en te faisant un croche-pied — tu ne tenais plus sur tes guiboles, faut dire. C’est moi qui t’ai roué de coups cette nuit-là. Je t’ai pris à coups de pieds dans la tête, et t’as même pas été capable de te relever. J’avais quoi ? Treize ans ? Le lendemain, ton visage était complètement tuméfié, et après que t’aies dessoûlé, on t’a raconté avec maman qu’on t’avait retrouvé comme ça dans la rue. Que tu t’étais fait passer à tabac par un inconnu. Et devine quoi ? Tu nous as crus. Tu te souvenais de rien. » Il sourit. Une partie de la tension qu’il ressentait s’évacua.

Pour la première fois, l’expression de son père se modifia. Il retrouva cette crispation sur chaque coin de la bouche, cette mâchoire serrée qui avait été si souvent le prélude a des explosions de colère. Mais cette fois, l’homme en face de lui fit effort pour se maîtriser, effaçant toute trace d’émotion de son visage.

« Après ça, reprit Vick, j’ai compris qu’il fallait que je me forme aux techniques de combat. Du coup, souvent depuis, mon corps percute plus vite que mon esprit. M’est arrivé de faire des conneries, ouais... » Il eut une esquisse de sourire sans joie. « Tu vois, tu m’as plus défait que tu ne m’as fait. » Il s’éclaircit la gorge. Son père avait décidément le masque livide d’un spectre. De tous les fantômes de son passé, il était celui qui l’avait le plus torturé. « J’ai lu quelques bouquins, là-bas, en Afrique. Ouais, je sais, un truc de tafiole. N’empêche, j’ai appris des tas de choses sur les gens comme toi. Ça m’a aidé à ouvrir les yeux. A me poser les bonnes questions. Comme, par exemple, où s’arrête ta putain de responsabilité et où commence la mienne... rapport à tout ce que j’ai fait. »

Il soupesa son père du regard. La respiration de celui-ci était rauque dans le combiné. « Pas le genre de trucs qui te soucierait, pas vrai ? La faute, ça a toujours été celle des autres, pas la tienne. Celle de maman. La mienne. J’me goure ? »

Un silence de plomb tomba, seulement troublé par cette lourde respiration, toujours. Le détenu Bertrand Lempereur gardait la bouche ouverte, mais sa voix était aux abonnés absents. Il y avait dans son regard un air de vague tristesse et de mépris. Vick se prit à se demander pourquoi il faisait la conversation à cet étranger. « Ne me dis pas, reprit-il, les dents serrées, que tu n’as pas eu le temps de te bricoler une conscience, ici. Est-ce que tu regrettes... d’avoir buté maman ? »

Il eut envie de se maudire. Sa voix s’était brisée sur la dernière question, on aurait dit de nouveau le morveux de tout juste quatorze ans.

L’homme, en face, avait à peine cillé. Du moins n’était-il pas en train de se foutre de sa gueule. Un roc, un dur à cuire. Les couloirs interminables et glaciaux de cette prison de merde, ses murs trop exigus, la promiscuité, la compagnie de criminels pires encore que lui avaient fini par l’insensibiliser tout à fait. Par tuer ce qui restait de l’être humain. La main de Vick agrippant le combiné tremblait presque.

Il respira lentement. Lui qui pensait s’être forgé une vraie armure au fil de ses années en tant que mercenaire...

« Qu’est-ce... qu’est-ce que tu fais de tes journées ? » finit-il par demander.

Son géniteur le regarda une nouvelle fois, les paupières mi-closes, sans répondre. Si sa haine pour lui avait été plus complète... si l’ivrogne à la main si lourde avait été entièrement dépourvu de qualités, les choses auraient été tellement plus faciles. Sur un signe de tête négatif, le détenu raccrocha pour lui tourner le dos sans autre forme de procès.

« Emouvantes retrouvailles », marmonna Vick. Il avait le détestable goût de la défaite dans la bouche, qu’il tordit sur un nouveau rictus. Il se leva brusquement.

Raccompagné par un gardien, Vick Lempereur remonta le déprimant couloir de la prison de Fresnes par lequel il était venu. Pas une bonne idée, de se pointer ici. Si les murs n’étaient pas aussi miteux qu’on pouvait si attendre — ils avaient été repeints récemment, et le bleu ciel alternait avec le beige —, en revanche, le fait que l’on retrouve occasionnellement par-ci par-là l’un des taulards, pendu ou les veines tailladées, n’avait rien d’étonnant. Combien de peines de prison transformées en peine de mort par la simple surpopulation ? Ils vivaient ici comme des rats — et avec pour compagnons de véritables rats, à ce qu’on disait.

Vick prenait garde à éviter tout contact. Ces murs avaient beau avoir été repeints, ils étaient anciens. De ténébreuses histoires exsudaient en permanence des lieux, le passé pesant sur le présent plus qu’en tout autre endroit qu’il avait visité.

Quel que fût le salaire des matons de ces oubliettes modernes, ce n’était pas assez. Vick ne se sentit mieux qu’une fois l’enceinte franchie.
*****

DATE DE SORTIE : 31 décembre 2017 : 

- versions ebook AMAZON  LA FNAC  KOBO  APPLE

8 janvier 2018 : 

Version papier sur la Fnac et autres distributeurs

PRIX DE LANCEMENT EBOOK : 0,99 € le 31 décembre et 1er janvier 2018 seulement

Prix habituel: 2,99 €

LIVRE PAPIER 148 x 210, 312 pages. ISBN : 979-10-90571-35-8. Prix: 17 €


Disponibilité 31 décembre sur Amazon


Autres distributeurs: 8 janvier 2018


Joyeux réveillon à tous !

[EDIT 1er janvier 2018] : Bonne année à tous! Pour bien la commencer, le recueil Le Vagabond et quatre autres thrillers est en promo à 0,99€ pendant tout ce mois de janvier! Il s'agit du premier livre dans lequel apparaît Vick Lempereur. Il n'est pas indispensable d'avoir lu Le Vagabond pour lire Passager clandestin, mais je souhaitais ainsi permettre à toute personne intéressée de faire plus ample connaissance avec Vick!


lundi 18 décembre 2017

Mon avis sur Star Wars Episode 8 : Les derniers Jedi

L'Empire Contre Attaque (Star Wars: Episode 5) a été le tout premier film que je suis allé voir au cinéma, le second de la première trilogie historique Guerre des Etoiles. Il m'a laissé un souvenir marquant. Pour faire honneur à ce souvenir, et aussi parce que la saga est un phénomène culturel qui va alimenter pas mal de conversations, je laisse ici mon avis sur le deuxième film de la troisième trilogie, cette fois produite par Disney. Un avis où je vais tâcher d'éviter les spoilers. 



Je préfère prévenir: j'avais détesté le précédent épisode, l'épisode 7: le réveil de la Force, au point qu'il m'a fallu le prétexte d'emmener mes enfants voir le suivant pour me décider à aller voir la suite.

Un mot tout d'abord sur l'affiche: sans la regarder attentivement, je trouvais que le personnage encapuchonné faisait trop penser à Dark Sidious, l'empereur du côté sombre, et je craignais vraiment que le syndrome du reboot frappe encore. 

C'était en effet l'une de mes craintes principales. J'avais trouvé que l'épisode 7 était un reboot, ou si vous préférez, une resucée des épisodes 4, 5 et 6 (saga originelle). Le Réveil de la Force se caractérisait par des scènes qui ressemblaient à s'y tromper à des remakes de moments de chacun des trois films, la Guerre des Etoiles, l'Empire contre attaque et le Retour du Jedi. Mais le tout était fait en dépit de toute vraisemblance et bien sûr originalité. Une énorme déception. 

Eh bien figurez-vous que l'encapuchonné sur l'image est trompeur si l'on n'y prête pas une trop grande attention.

La très très bonne nouvelle, c'est que l'intrigue de l'épisode 8, Les derniers Jedi, est à l'image de cette affiche, elle surprend à plusieurs reprises. Du coup, moi qui m'attendais au pire, si je n'ai pas eu le grand frisson, je l'ai regardé avec un certain plaisir.

Ce titre, Les derniers Jedi, fait penser au retour du Jedi, et sans trop spoiler, on peut dire que le personnage de Luke Skywalker y joue également un rôle de pivot.

Pour l'épisode 7, j'avais l'impression qu'on avait confié le scénario au premier stagiaire venu, voire que c'était un commercial de Disney qui était à la baguette. 

Pour cet épisode 8, j'ai trouvé que les scénaristes avaient fait preuve d'habileté, en prenant à chaque fois à contre-pied les attentes des spectateurs. Quant à l'aspect reboot, notamment de l'Empire contre attaque, je trouve que l'écueil est à peu près évité. Il y a bien sûr des clins d’œil très appuyés à l'épisode 5 et même 6, mais cela reste acceptable.

Le méchant, Kylo Ren joué par Adam Driver, évolue de manière crédible, il est beaucoup moins ridicule que dans l'épisode 7. Les scénaristes font preuve à son égard d'une sorte d'humour à froid qui nous rend le personnage plus acceptable.

Il y a donc un énorme progrès entre le 7 et le 8. Néanmoins, est-ce qu'on peut parler de film brillant ou incontournable? Pour moi, la réponse est clairement non. 

Bien sûr, si vous êtes fan des Star Wars, vous irez sans doute le voir, et vous passerez probablement un bon moment.

Mais l'épisode 8 ne pouvait pas effacer les énormes handicaps du 7, à savoir un cahier des charges qui fait de cette nouvelle trilogie, aux deux tiers en tout cas, une simple resucée plutôt que quelque chose de créatif, amenant du nouveau. 

Ce Nouvel Ordre dont on ne sait d'où il sort, mais qui ressemble comme deux gouttes d'eau à l'ancien Empire, et surtout ces rebelles dont on va retrouver, de manière totalement inexplicable, exactement la même flotte, avec son bon vieux croiseur Mon Calamari, son amiral Akhbar et la frégate médicale. En dépit de toute logique et de toute cohérence. 

Le rôle de Leia, simplement une transposition de celui de Mon Mothma, très décevant également.

Du côté de l'ajout à l'univers Star Wars, cela reste extrêmement pauvre. 

Et du côté des scènes d'action, cet épisode 8 est malheureusement fidèle au 7, à savoir, du très grand n'importe quoi. 

Les épisodes de la saga originelle, 4, 5 et 6 avaient une manière de briser les lois de la physique grâce aux Jedi, à la Force et aux sabro-lasers, qui démontraient un certain respect des lois de la physique. Bien sûr, il s'agit de space opera, pas de hard SF, on ne demande pas un réalisme à tout crin. 

Mais personnellement, je souhaite toujours que les scénaristes n'insultent ni mon intelligence, ni ma culture, et surtout, maintiennent une certaine suspension d'incrédulité pour les différentes scènes. Qu'ils fassent en sorte, si vous préférez, que mon esprit critique ne prenne pas le dessus en me faisant décrocher de l'histoire. 

J'avais heureusement remisé mon esprit critique dans un coffre-fort digne de Fort Knox, ce qui m'a permis de profiter grosso modo du film.

Mais avec le recul, il est évident que la surenchère dans le côté impossible, surréaliste des scènes d'action, déjà manifeste dans l'épisode 7, vient ici se renforcer du côté plus sombre de cet épisode 8. On a voulu faire dans le désespéré de chez désespéré de chez désespéré, et quand vous ajoutez à cela l'aspect hautement improbable des scènes d'action, eh bien vous créez de sacrées brèches dans la suspension d'incrédulité.

Je sais: les gens ont tendance à mettre tous les films dans un même panier dès que l'on parle d'action. Je pense de mon côté qu'il y a un distinguo à faire entre un film comme Independance day, par exemple, et les Star Wars de Lucas. Je dis bien: de George Lucas, et non de Disney.

Alors certes, le seuil de l'acceptable et de l'inacceptable varie suivant les individus, et évolue sans doute avec ce que nous fait avaler le cinéma. Comme disait l'autre, "les cons, ça ose tout".

Je choisis néanmoins, au final, de retenir l'habileté scénaristique, et les évolutions de cet épisode 8 vers quelque chose qui pourrait, finalement, amener un renouveau. 

Un avis nettement plus positif, bourré de spoilers et en anglais sur l'épisode 8. Très intéressant.

vendredi 8 décembre 2017

Société du "marche ou crève"

«­On peut mesurer le degré de civilisation d'une société en visitant ses prisons» disaient Fedor Dostoievski et Albert Camus. Ils avaient raison, mais ils auraient pu ajouter: «et en examinant la manière dont l'urbanisme s'occupe des sans abris et vagabonds».

Des abribus conçus, non pour abriter, mais pour que le vent s'y engouffre:

Il ne faudrait surtout pas y rester trop longtemps, 
et quelle largeur de banc!

Des bancs munis d'arceaux en acier:

Faites un geste civique: 
prenez un chalumeau et découpez-moi ces foutus arceaux!

Des perrons sur lesquels on plante des boulons: 

Charming, isn't it? 
 
Des allées centrales sous les ponts recouvertes de pointes:

Je vous jure que si on pouvait recouvrir de pointes l'intégralité
du bitume pour empêcher les SDF de s'y allonger, on le ferait!

"On ne veut pas de ça chez nous". C'est en gros la manière dont les maires s'occupent des SDF et autres laissés pour compte. "Bienvenue dans nos territoires d'exclusion, garantis anti-SDF!"

Deux maires de gauche à Paris ces dernières années. Et ils ont laissé passer ça???!! Mais bordel, où sont passées les valeurs de la gauche? 

Nous sommes dans une société qui fabrique du déséquilibre et de la pauvreté. Le SDF de demain, ça peut être moi, ça peut être vous. 

Je suis désolé de faire tomber cet article sous le coup de la loi de Godwin, mais c'est pas un peu facho, tout ça? Cette manière de nier la pauvreté tout juste ce qu'il faut pour prendre des mesures d'exclusion? 

Si on est capable de faire ça aussi facilement, aussi efficacement, est-ce que la prochaine étape, ce ne serait pas de construire en secret des camps de la mort pour gazer discrètement nos sans domicile?

Alors, bien sûr après, on va dire que le revenu universel, le logement universel, le partage des ressources sont des utopies. Eh bien je vais vous dire, je suis d'accord. Dans une société du "marche ou crève", ces concepts resteront à jamais utopiques. 

Je vous laisse, je vais vomir.