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mercredi 4 juin 2025

Le ping, un sport de schizo

Le ping, quelque part, est un sport de schizophrène. En tout cas pour les joueurs qui entendent en faire une profession.

En tant qu'ancien petit joueur de club, j'ai gardé l'impression de l'importance du club. De mouiller le maillot pour le club, un peu comme en foot. J'ai joué principalement au stade de la départementale (au niveau le plus faible) au TT Manosquin dans les années 80 (le club a changé de nom depuis). Le président du club s'appelait Monsieur Vincent. J'ai eu la chance et le privilège d'être entraîné par Christophe Lebrun, frère aîné de Stéphane, qui n'est autre que l'un des oncles des fameux frères Lebrun.
En anglais, on aurait pu dire de Christophe "he's a natural". Ou si vous préférez : il a les gènes du ping. Limité par un souffle au cœur, il n'a jamais été mieux classé que 30 (à ma connaissance). Pas trentième, 30. Son frère Stéphane a été quant à lui 7ème joueur français. Je garde un excellent souvenir de mon passage en club, et de cette formation.
 

Christophe Lebrun, entraîneur du TT Manosquin 
à l'époque où j'y étais
 
Peu de clubs en France ont les moyens de payer un salaire à leurs joueurs. Mais pour les joueurs qui en bénéficient, ça se tient de mouiller le maillot pour le club, et de lui rester fidèle: ces clubs vont offrir aux joueurs pro le plus de stabilité financière. En Bundesliga, Timo Boll touchait 500 000 euros par an. Des stars moins connues pouvaient toucher plus de 150 000 euros par an. Régularité. Stabilité.
On vient d'apprendre que l'ancien numéro 1 mondial chinois, la médaille d'or des JO 2024 Fan Zhendong, venait de rejoindre le club de Sarrebruck. C'est dire le besoin de stabilité d'un joueur malmené par le circuit international de la WTT. 
Les clubs de ping ont même créé la ligue des champions, ce qui pourrait donner l'impression de se rapprocher du modèle du foot, avec un nom extrêmement prestigieux.  
Mais en réalité, le ping partage avec le tennis le même ADN de sport individuel.
Ainsi, il faut savoir que les matches de ligue des champions de ping, qui sont des matches de club, n'engrangent aucun point de rang international pour les joueurs. Ce sont donc des matches qui vont encombrer le calendrier sans pour autant permettre un meilleur classement, et donc d'accéder à de meilleurs tournois.
Là où les matches de circuit WTT et les matches de compètes internationales reconnues par l’ITTF (JO, championnats du monde...) permettent à la fois un meilleur classement et un plus grand prestige, tout en offrant la possibilité d'affronter les meilleurs joueurs du monde.
Mais là où le bât blesse, c'est dans la dotation de ces tournois. Les deux plus importants tournois de ping sont dotés à 3 millions de dollars, là où Roland Garros 2025 est doté à plus de 56 millions d'euros. Le WTT Champions de Montpellier, par exemple, était doté à 460 000 €. Mais avec le ping, les sommes baissent très très vite dès que l'on parle de Contender ou de Feeder (les différents échelons du circuit). 
Les lecteurs de ce blog se souviennent de l'article intitulé "Scandaleux" que j'avais écrit au sujet de la rémunération des tournois WTT. 
Et donc, la plupart des joueurs de ping pro restent dépendants de leur club pour leurs revenus, ce qui crée une situation davantage schizophrénique que complémentaire: les joueurs attirent du prestige sur leur club en participant au circuit international, certes, mais la WTT exige une participation minimale aux meilleurs joueurs, ce qui ne peut manquer de créer un fossé avec les clubs et le public qui suit les compètes de club.
J'ai posé la question suivante à Chat GPT : "dans quelle mesure le circuit WTT, en imposant des règles de participation à ses tournois pour les meilleurs joueurs, ne se met-il pas en compétition avec les championnats de clubs?"
Réponse :
Excellente question : tu touches à un point de tension réel dans le tennis de table mondial actuel. Le développement rapide du circuit WTT (World Table Tennis), avec ses règles de participation strictes pour les meilleurs joueurs, entre clairement en concurrence avec les championnats de clubs, notamment en Europe (Bundesliga, Pro A, ETTU Champions League). Voici une analyse détaillée.
🎯 Les règles imposées par le circuit WTT
Depuis sa refonte en 2021, le circuit WTT a :
- centralisé les tournois internationaux ITTF dans une nouvelle structure plus médiatisée et lucrative (WTT Contender, Star Contender, Champions, Grand Smash)
- imposé des obligations aux meilleurs joueurs, par exemple :
Obligation de participer à un certain nombre de tournois WTT pour être éligible aux WTT Finals et aux points ITTF.
Réduction des wildcards et introduction de restrictions d’inscription (classement minimum requis, quotas de joueurs par pays, etc.).
Certaines fenêtres de tournoi sont fixées dans des calendriers bloqués, incompatibles avec les matchs de clubs.
⚔️ Tensions avec les championnats de clubs
En quoi le WTT est en concurrence directe :
Tension 
⏰ Conflits de calendrier 
Les meilleurs joueurs doivent parfois choisir entre leur club et un tournoi WTT, car les dates se chevauchent (notamment les WTT Champions et Grand Smash).
⚖️ Risque de surcharge physique 
Le rythme WTT est intensif et mondial (Asie, Moyen-Orient, Europe), ce qui limite la disponibilité des joueurs pour les matchs de championnat hebdomadaires.
💰 Incompatibilité financière potentielle 
Certains clubs paient cher des joueurs vedettes… qui manquent des matchs clés car ils privilégient leur carrière WTT.
🎟️ Perte d'attractivité locale 
Pour les spectateurs des championnats nationaux, voir des stars absentes ou peu impliquées nuit à l'intérêt du public et des sponsors.
🤝 Mais aussi des convergences et adaptations
Certaines structures trouvent des compromis :
Adaptation 
Exemple :
📆 Clubs adaptent le calendrier 
Des clubs comme Düsseldorf ou Chartres laissent partir leurs stars (ex. Boll, Gauzy) sur les WTT, quitte à faire tourner l’effectif.
🤝 Accord verbal ou contractuel 
Les clubs et joueurs fixent à l’avance les priorités de présence, souvent autour des phases décisives (playoffs, Ligue des Champions).
🌍 WTT module son calendrier Le WTT évite parfois certains créneaux clés (comme pendant les Championnats Nationaux européens).
💡 En résumé
Aspect WTT Championnats de clubs
Objectif Développer une ligue mondiale avec prestige et points ITTF Stabilité financière et compétition collective
Public ciblé International, sponsors globaux Régional/national, abonnés
Flexibilité Moindre : présence imposée pour classement Moyenne : dépend des clubs
Tension ? ✅ Oui, croissante ✅ Oui, en particulier avec les grands clubs
🔮 Vers une "WTT-first generation" ?
La tendance actuelle pousse les jeunes talents à privilégier le circuit WTT, surtout pour :
Gagner en visibilité mondiale.
Monter au classement ITTF.
Se qualifier pour les JO et mondiaux.
Mais cela crée une fracture avec les clubs, surtout ceux qui misent sur la régularité des meilleurs joueurs.
 
ADDENDA 05/06/2025: là où le circuit WTT, pour ses tournois les plus importants, se différencie du tennis, c'est qu'on a un accompagnement des joueurs qui se rapproche plus de la Coupe Davis en tennis, et non par exemple des tournois du Grand Chelem. A savoir que c'est le staff technique au niveau national qui va accompagner les joueurs participants à ces tournois les plus prestigieux (donc, pas les Contender ou les Feeder), et qu'un seul entraîneur national coachera tous les joueurs d'une même nation. Pour les clubs de ping, du coup, l'analogie qu'il y a à faire irait plutôt du côté du football que du tennis: les clubs vont mettre à disposition leurs joueurs pour des compètes internationales. 
Cela est à mettre en relation avec la structuration des instances de type International Table Tennis Federation (ITTF) et World Table Tennis (WTT). Ainsi, le président du conseil de la WTT est Liu Guoliang, ancien champion olympique et anciennement sélectionneur en chef de l'équipe de Chine. Il s'agit donc de structures fédérales, étatiques, et non de structures issues des clubs qui organisent le circuit mondial. 
Or, ce sont les clubs qui sont le mieux à même de recruter des licenciés, et de faire venir le public. C'est en tout cas mon avis personnel. Dans l'idéal, les clubs devraient s'arranger pour créer des structures de supervision avec des représentants qui organiseraient le circuit international, permettant aux joueurs un calendrier, et une récupération idéale. 
A cet égard, la réussite du WTT Champions Montpellier au niveau de l'affluence du public tend à prouver que c'est bien aux clubs qu'il faut donner ce pouvoir de supervision du circuit international, et non à des structures étatiques trop détachées du terrain. En conséquence, les joueurs participant au circuit international ne représenteraient plus leur pays, à l'exception des Championnats du monde, de la Coupe du monde et des JO, et pourraient avoir leur propre staff ou celui de leur club. 

lundi 5 février 2024

SCAN-DA-LEUX !

La rémunération des sportifs de haut niveau de tennis de table est tellement faible qu'elle en est scandaleuse. En particulier, les tournois de la fédération WTT (World Table Tennis) sont sous-dotés. Voici le témoignage de l'ancien numéro 1 français de tennis de table, Simon Gauzy sur X (Twitter) : A l’aube de la fin de l’année, j’ai fait mes comptes sur l’année 2023. Dépenses en WTT: 37000€ Prize money: 40000$ Hors Taxes. Si j’enlève les 3 champions c’est 19500$ de Prize money. Conclusion: t’es pas top30, tu dépenses 2/3 fois plus que ce que tu reçois. Bravo wtt. La WTT devrait savoir que tôt ou tard, sa marge sera l'opportunité d'un concurrent. Si un acteur plus éthique, un milliardaire par exemple qui voudrait concurrencer la WTT en rémunérant mieux les pongistes (joueurs de tennis de table) survenait et organisait ses propres compétitions rivales, il y a fort à parier qu'il obtiendrait la participation des joueurs de plus haut niveau sans aucun problème. Pour une fois, ce serait la WTT qui se ferait plumer. Et ce ne serait que justice !


On ne peut que féliciter Simon Gauzy de briser l'omerta.

Il prend un risque personnel, mais il se bat

 pour tous les joueurs de ping.

Comme le révèle cet article de Ouest-France, la WTT se comporte comme une mafia en faisant pression sur les joueurs pour qu'ils ne parlent pas des problèmes de rémunération. C'est l'omerta dans le ping-pong mondial. Or, là où un tournoi du Grand Chelem de tennis est doté à environ 39 millions de dollars (pour tous les joueurs), un tournoi majeur de type Grand Smash en tennis de table n'est doté que de 2 millions de dollars, soit presque 20 fois moins! 

Alors oui, j'espère que la WTT sera concurrencée par un généreux organisateur. Le problème est que le ping profite autant de son héritage qu'il en est la victime. Je m'explique. Le ping-pong s'est beaucoup renforcé au niveau mondial en raison de la volonté de Mao Zedong d'en faire le sport national en Chine. Si la Chine était devenu, non seulement une économie de marché libérale, mais aussi une démocratie, le ping-pong serait à l'heure actuelle l'un des tout premiers sports au niveau mondial au niveau rémunération. Pourquoi? Parce que même s'il a été beaucoup concurrencé est qu'il n'est à l'heure actuelle que le 9ème ou 10ème sport en Chine, il est tout de même pratiqué par 300 millions de Chinois, avec 17 millions de licenciés. Formidable, me direz-vous? 

Pas tant que ça. La Chine étant une dictature, la télévision n'y est pas libre. Et le ping-pong est resté une enclave communiste dans le pays. Ce qui signifie que les présidents de club ne peuvent, à l'instar des présidents de clubs de foot, négocier des droits TV faramineux en fonction de l'audience que rapportent les matches. Et donc, le joueur chinois lui-même est mal payé, et les tournois en Chine sont encore plus sous-dotés que dans le reste du monde. 

Si vous lisez ce blog, vous avez sans doute deviné pourquoi j'écris ce type d'article. Je suis auteur autoédité. Je vis de ma plume, et j'en suis fier. Je suis extrêmement reconnaissant envers le soutien de ma famille, et en particulier de mon épouse Anne-Christine, dans ma carrière d'auteur. J'adore l'esprit de libre entreprise. Je trouve formidable de ne pas devoir dépendre de l'Etat pour mes revenus. Je chéris ma liberté de parole et ma liberté tout court. 

Mais en même temps... Je trouve complètement anormal que notre société n'assume pas le fait qu'elle est largement devenue une société de loisirs. Regardez par exemple le nombre de professionnels du spectacle sur une ville comme Paris. On est à 150 000. Faites les comptes. C'est énorme par rapport au nombre total de professionnels sur Paris.

Moi, je vis de ma plume, mais tout juste, et je sais que le talent de mes pairs est très insuffisamment rémunéré. C'est pareil pour le ping, mais ce n'est pas le seul sport sous-rémunéré. Loin de là. Un revenu universel inconditionnel, que j'appelle de mes vœux, ne me donnerait en rien l'impression d'être contrôlé par l'Etat, à partir du moment où il est justement inconditionnel et universel, c'est à dire appliqué partout dans le monde, sans conditions. Il devrait aussi s'accompagner d'un logement universel inconditionnel. 

Un tel dispositif permettrait à tous les sports et aux arts et spectacles de se développer, de se professionnaliser, de s'améliorer. Il ne nous ferait pas entrer dans l'assistanat, puisque les salariés actuels en profiteraient aussi. Il ne nous ferait pas entrer dans le communisme, puisqu'il s'ajouterait simplement au système actuel sans le remplacer. On continuerait à avoir du capitalisme, mais un capitalisme avec une bien plus grande mobilité des employés et un bien moins grand stress pour les employés, qui pourraient passer sans encombre d'un emploi à un autre. Un capitalisme à visage humain, enfin! Il faudrait juste veiller à rémunérer suffisamment les emplois les plus difficiles, ou bien à les robotiser. 

Voilà pour moi, grosso modo, ce que devrait être l'avenir.