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jeudi 27 mai 2021

Mitterrand

J'ai grandi dans une famille de gauche, et je me souviens de l'émotion extraordinaire au moment de l'élection de François Mitterrand en 1981. De la ferveur. De ce vent d'espoir. J'avais dix ans. Si j'avais pu voir l'avenir... Mitterrand est celui des présidents de la Vème République qui aura le plus mené les Français en bateau. Un bateau rempli de farine, dans laquelle il aura bien roulé ses concitoyens. 

 

Il faut se méfier des gens trop énigmatiques. Ceux qui ne disent rien cachent parfois beaucoup de choses. L'un des surnoms de Mitterrand était le sphinx. Il est certain que Tonton, autre surnom, qui avait été fait prisonnier de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, puis évadé, et Résistant, a entretenu des relations assez troubles avec le gouvernement de Vichy. Sans doute dans le but de mieux trahir ce gouvernement, certes, et de se procurer une couverture en obtenant l'ordre de la Francisque. 

Mais imaginez, quand même. Le mec se fait élire président en cachant qu'il mène une double vie et a eu une fille de sa maîtresse. A partir de 1983, il installera celles-ci dans un appartement de 250 m2 du VIIème arrondissement de Paris. Aux frais du contribuable, bien sûr. Plutôt que de jouer la transparence, Mitterrand cache aussi qu'il a un cancer. 

Mitterrand a été porté au pouvoir par des idées de gauche, mais aussi par la corruption avérée de son prédécesseur, Valéry Giscard d'Estaing. Il va appliquer les idées sociales qui l'ont fait élire dans un premier temps, dont la plus notable est l'abandon de la peine de mort. Mais avec le temps, il va apparaître de plus en plus clairement que Mitterrand ne recherchait le pouvoir que pour le pouvoir. 

Pas de manière aussi éhontée qu'un Trump. Au contraire, de manière honteuse, en se taisant. 

Mais il y a aussi de sacrés relents de Vichy avec Mitterrand. Peut-être pas dans son passé puisque les choses étaient, disons, compliquées, mais dans ses actes. Ou dans son absence coupable d'action. 

Je pense bien sûr au génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda. Voici ce que dit à ce sujet l'article Wikipédia sur Mitterrand: Pour François Graner, après analyses, des dirigeants français (et en particulier le président François Mitterrand) se sont rendus complices du génocide, même si la motivation qui les guidait n'était pas une intention génocidaire. Ils ont été informés de la situation, ont laissé faire des livraisons d'armes, ainsi que la constitution d'un gouvernement intérimaire dominé par des extrémistes hutus après la mort du président rwandais Juvénal Habyarimana. François Mitterrand considérait ce sujet comme étant dans son pré carré : aidé de son état-major particulier, il a pesé sur les actions de la France. Des ordres, dont la trace écrite a été retrouvée, ont également été donnés pour faciliter la fuite de responsables associés au génocide. Des zones d'ombre subsistent, telles que l'implication de la France ou de baroudeurs français dans l'assassinat du président Habyarimana.

800 000 Rwandais, en majorité des Tutsis, morts en trois mois tout de même. La France était l'alliée des Hutus, qui ont commis le massacre. Mitterrand a laissé faire, et qui sait, peut-être même provoqué le massacre, alors qu'il aurait pu empêcher cela. La seule différence avec Pétain est qu'il n'aura pas participé activement à cette épuration, ni demandé aux soldats français de s'y mêler, en dehors des livraisons d'armes. 

C'est peut-être horrible à dire, mais sur le plan psychologique, ce n'est sans doute pas le fait que Mitterrand ait fermé les yeux sur ces centaines de milliers de morts qui fait de lui un sociopathe. 

Ce qui fait de Mitterrand un sociopathe, c'est le suicide à l'Elysée d'un ami proche, François de Grossouvre. C'est aussi le suicide de Pierre Bérégovoy, ex-ami proche et ancien premier ministre de Mitterrand. 

Pour un gars de gauche qui a la main sur le cœur, il y a beaucoup de suicides parmi les amis de Mitterrand. Alors oui, c'était un homme de lettres. Il avait le sens de la poésie et de la formule. Il a contribué au rayonnement international de la France. Car il était d'autant plus redoutable manipulateur qu'il était charmeur. Et il savait, comme un certain Emmanuel Macron, manœuvrer en eaux troubles.

Si on regarde la trajectoire de Mitterrand, on s'aperçoit de quoi, en se fiant à ses actes? On se rend compte qu'il éliminait tout ce qui pouvait gêner son ascension. Sa maîtresse et sa fille, tenues dans l'ombre, de même que son cancer. Son passé parfois trouble, muré dans le silence. Et si des hommes où même des peuples doivent périr pour que ses plans s'accomplissent, ainsi soit-il. 

Oui, il y a de quoi frissonner quand on constate l'étendue des dégâts. Alors bien sûr, je ne m'arrête dans cet article pratiquement que sur les points négatifs. Ces points-là étaient peut-être le prix à payer pour l'espoir invraisemblable qu'a fait naître Mitterrand, et ses accomplissements. 

C'est cher payé, tout de même. Il y aurait de quoi se demander si on ne devrait pas pratiquer une analyse psychologique poussée de chaque candidat à la présidence. Ou même des étudiants de Sciences Po. Jusqu'où sont-ils prêts à aller? Car le cas de Mitterrand est loin, très loin d'être isolé. 

On se rend compte que les grandes aspirations sociétales ne sont le plus souvent, pour les candidats à la présidence de la république française, qu'une façade derrière la course effrénée au pouvoir. Et que la sociopathie n'est malheureusement que trop répandue dans les cercles de pouvoir. 

Pour pousser un peu plus la réflexion, ces quelques articles : 

- Maladies mentales

- Cynisme

- Carriérisme

P-S: les parents de l'auteur de cet article se sont rencontrés au Rwanda 

samedi 6 février 2021

Le Syndrome du Supertanker

De par ses origines et son évolution, l'être humain a à la fois des gènes de prédateur et de proie. Nous savons que nous avons la possibilité de traquer des proies, mais nous savons aussi que si nous traquons des proies trop grosses, trop puissantes, celles-ci ont la possibilité de se retourner contre nous et de nous dévorer. L'instinct grégaire nous permet de chasser en meute, mais quand ce n'est pas le cas, nous privilégions des tirs d'opportunité sur les cibles que nous jugeons les plus faibles. C'est ce que je nomme le syndrome du supertanker. 


Quand on sait qu'un supertanker, l'un de ces grands navires qui transportent du pétrole, va polluer autant qu'au moins un million de voitures, est-ce que vous avez l'impression que les médias, le gouvernement, et même les gens, se déchaînent autant contre les supertankers ou les supercontainers que contre les voitures individuelles à essence ou diesel? Entendons-nous bien: je milite pour les voitures électriques, j'en possède d'ailleurs une à laquelle j'ai consacré ce long article. Mais j'ai beau savoir que chacun doit mettre la main à la pâte pour faire avancer les choses, je ne suis pas dupe. Les principales puissances, celles à qui l'on devrait mettre le plus de pression pour faire changer les choses et enrayer le réchauffement climatique, sont celles qui reçoivent le moins de pression. Au contraire, ce sont les industries pétrolières qui se constituent en lobbies puissants pour que rien ne change, et continuer à recevoir des subventions. En plus de l'argent, elles ont pour cela une arme dont elles usent et abusent, le chantage à l'emploi.

Et pourtant de nos jours, le solaire et l'éolien coûtent de moins en moins cher, à tel point que le nucléaire lui-même n'est plus rentable. On se rend compte que les chocs pétroliers n'ont plus lieu d'être, et qu'ils devraient en toute logique être épargnés à nos enfants, si les bonnes mesures sont prises. Mine de rien, c'est assez rassurant pour l'avenir.

Le mécanisme pervers hérité de nos gènes qui veut que l'on n'ose pas s'en prendre au pouvoir, qu'il s'agisse du gouvernement, de la hiérarchie ou de grandes entreprises, mais que l'on privilégie les plus faibles comme proies potentielles est transposable à de nombreux niveaux dans la société. Vous connaissez le dicton "on ne prête qu'aux riches"? Ce n'est que l'une des illustrations de ce syndrome du supertanker.

Le chômage, par exemple. La connotation péjorative qui s'est attachée au mot "chômage" en fait presque un terme issu de la novlangue. C'est à dire un mot qui n'est pas neutre. Un mot qui culpabilise, qui vous pousse à faire des choix qui ne sont pas toujours en votre faveur. On sait aujourd'hui que les revenus du capital, mais aussi la production issue de machines, rapportent beaucoup plus que ce que coûte le chômage à la société. Mais là encore, l'être humain va identifier les proies les plus faibles. Il ne va pas s'en prendre aux trillions de taxes que ne paient pas les milliardaires, il va préférer qualifier de parasites les gens qui sont au chômage, au RSA, ou même les SDF dans la rue.

Ce syndrome du supertanker, les gens qui sont devenus les plus grands prédateurs dans la société le connaissent bien, et le mettent à profit. Dans les cours d'école, ils ont fait en sorte d'être les caïds qui terrorisent tous les autres, ou les amis de ces caïds. Dans leur vie professionnelle, ils ont le profil de sociopathes manipulateurs et incompétents. Ils sont incapables de prendre les bonnes décisions parce que tout tourne autour d'eux. Comment réussissent-ils? En s'entourant de gens qui ont une vraie conscience professionnelle. Ce sont ces personnes compétentes et consciencieuses qui vont avoir en main, très souvent, le destin de leurs entreprises. Les manipulateurs ont quant à eux un pouvoir de façade basé soit sur l'intimidation, soit sur l'intrigue et le fait de monter les gens les uns contre les autres. Ou les deux.

Ils intimident, parce qu'ils ont compris que pour être inamovibles, ils devaient être le supertanker. On ne s'en prendra pas à eux s'ils sont identifiés comme de gros prédateurs. Ce sont souvent, en réalité, des lâches et des faibles, qui pratiquent soit le harcèlement, soit la manipulation. Leur incapacité à éprouver de l'empathie fait qu'ils génèrent burnouts et arrêts de travail autour d'eux.  

Le chantage à l'emploi des gens puissants que j'évoquais en début d'article va faire de ces manipulateurs des bourreaux, et va favoriser la création du fameux triangle de Karpman qui fait des personnes en entreprise soit des bourreaux, soit des victimes, soit des sauveurs. Un triangle qui génère évidemment énormément de stress, de névroses et de situations malsaines. D'autant plus qu'en France, les gens ont souvent l'impression d'être très limités au niveau de la mobilité professionnelle, ce qui a tendance à faire exploser l'usage de psychotropes tels les antidépresseurs et antianxiolytiques. 

Si vous-même pensez être victime d'un manipulateur, vous aurez tout intérêt à dresser le profil psychologique de la personne en question, afin de mieux vous en prémunir. A cette fin, je ne saurais trop vous recommander de vous procurer au moins deux ouvrages, et de les lire: Les manipulateurs sont parmi nous, d'Isabelle Nazare-Aga, et Sortir de l'emprise et se reconstruire, de Julie Arcoulin. Attention, ces livres sont traditionnellement édités, c'est à dire qu'en version ebook, ils sont vendus avec des verrous numériques.

Autre article sur le même sujet: maladies mentales

mercredi 11 mai 2016

Votons avec nos porte-monnaie

Il y a des moments où l'on a l'impression que la démocratie est confisquée. Par exemple, quand le 49.3 est utilisé. A d'autres moments, on se dit que quel que soit son vote, ce sera toujours la même politique qui sera mise en œuvre, celle inspirée par le lobby des entreprises les plus puissantes du CAC 40. On a l'impression de se voir retirer le peu de bribe de pouvoir qui était nôtre. Et pourtant, nous avons un autre pouvoir, beaucoup plus efficace et que nous pouvons appliquer beaucoup plus souvent qu'une fois tous les cinq ans: celui de nos porte-monnaie. 

Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.

C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.

Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister. 

Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides. 

Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.

J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins. 

Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.

Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.

Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.

Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier. 

Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques. 

Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.

Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions. 

Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.

Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.

Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.

On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser. 

Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.

Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres. 

On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.

Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.

Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.

Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?

C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.


Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs. 

Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir. 

Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant. 

Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.

On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.