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vendredi 23 septembre 2022

Gouvernement mondial

Beau discours de Mitterrand en 1992, à l'occasion du traité de Maastricht. J'apprécie tout particulièrement le passage ci-dessous. Mais en même temps, je trouve qu'il faut aller plus loin, tout en reconnaissant que les obstacles sont immenses.   

« Allons-nous fabriquer, construire une Europe pour la guerre, au bénéfice du futur vainqueur (mais lequel?), ou pour la paix? Il arrive un moment où l’on se lasse des guerres, où l’on se lasse aussi des paroles toutes faites. D’une génération à l’autre, nous avons appris que la France avait des ennemis héréditaires; mais ce n’étaient pas les mêmes! La France a compté comme ennemis héréditaires à peu près tout le monde en Europe. Le temps de l’Angleterre est bien connu, mais celui de l’Espagne pas si lointain; et l’Empire austro-hongrois, la Prusse, l’Union Soviétique et l’Allemagne, disons le Reich, cela fait beaucoup d’ennemis héréditaires, et même un peu trop si l’on veut pouvoir s’y reconnaître. Je me souviens d’avoir fait le compte: en vérité, il n’y a qu’un seul pays en Europe avec lequel nous n’ayons jamais fait la guerre. Le seul pays avec lequel nous n’avons jamais été en guerre – c’est l’occasion de le rappeler, et on ne va pas la faire –, c’est le Danemark!

Bref, la France a été la plupart du temps un voisin incommode. On ne devrait pas le dire, eh bien moi, je m’autorise à le dire: un voisin incommode. Mais les autres aussi. »

Tiré de cet article du site Il faut sauver l'Europe, où vous pouvez retrouver l'intégralité du discours.

Dans ce discours, il apparaît en filigrane que l'Europe de Maastricht, bâtie pour la paix, reste une Europe conflictuelle en matière économique: c'est un rassemblement d'Etats dans le but de peser économiquement, de pouvoir résister aux grands blocs de l'Est, de l'Asie et des Amériques. C'est une communauté d'intérêts économiques.

On voit malheureusement de nos jours avec le conflit avec la Russie que l'économie n'est pas une île. L'économie ne peut être tout à fait dissociée des notions politiques, des notions de démocratie et de dictature ni même des notions militaires.

Le rapprochement des pays d'Europe au sein d'une même entité répond en premier lieu à des données d'emplacement géographique: des pays proches les uns des autres. Ensuite vient l'idée de ne plus se faire la guerre, corrélée aux intérêts économiques de compétitivité par rapport au reste du monde. Puis vient la culture et la religion. La condition de tout cela est que ce rapprochement d'un grand bloc qu'on appelle l'Europe se fasse sous un régime démocratique limitant la corruption.

C'est cette condition à laquelle ne répond pas la Russie post-soviétique ni vraisemblablement la Hongrie, malgré l'incongruité de sa présence dans l'Europe.

Ces grands blocs économiques sont souvent critiqués pour leur aspect technocratique, et ont quelque chose d'artificiel. Ce qui n'a rien d'artificiel, en revanche, c'est la différence entre pays démocratiques et autocratiques. 

Comme on le voit avec la faiblesse de l'ONU, avec son conseil de sécurité qui ne sécurise pas grand-chose, les pays autocratiques sont aujourd'hui le principal obstacle à l'établissement d'un gouvernement mondial, où des notions finalement rétrogrades de domination économique, et de concurrence de grands blocs les uns par rapport aux autres, cèderaient la place à une plus grande coopération entre les peuples, sans pour autant étouffer les différentes cultures.

Le passé a aussi ses chaînes, dont il faut pouvoir se libérer. Cela prendra sans doute beaucoup de temps, malgré le facteur accélérant que peut constituer un outil comme Internet.

jeudi 13 septembre 2018

On a fait fausse route

Les dirigeants des grandes puissances connaissent le problème du réchauffement climatique depuis au moins 30 ans, et pourtant ils ont pris le mauvais chemin en choisissant, à la fin des années 80 et plusieurs fois par la suite, de ne rien changer. Pourquoi? Parce que les mesures à prendre auraient non seulement impacté notre mode de vie, mais aussi notre système économique et notre mode de pensée. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, mais aussi les autres maux liés à la pollution, il faut détrôner l'économie pour donner le pouvoir exécutif à l'écologie. C'est cela qui a été inacceptable, non seulement pour nos dirigeants et ceux qui tirent vraiment les ficelles, les grands lobbies commerciaux, mais hélas aussi, pour la majorité de la population. C'est pourquoi nous avons fait fausse route et que nous continuons dans cette impasse. 

On a fait fausse route en privilégiant la compétition économique sur la coopération entre Etats, indispensable pour générer des circuits de commerce courts et limiter les transports polluants sur mer et dans les airs, liés à l'import/export. 

On a fait fausse route en mettant un dogme, celui de la vertu des marchés financiers et du capitalisme, au-dessus du principe de réalité et du pragmatisme. 

On a fait fausse route en refusant d'écouter les scientifiques, qui nous disent que les ressources sont limitées, et qu'il faut les répartir équitablement. 

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas les économistes aux problèmes écologiques, en leur faisant par exemple réaliser des reportages sur la pollution et ses conséquences sur les frais de santé.

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas, ou insuffisamment, nos dirigeants à l'écologie.

On a fait fausse route en ne considérant pas le pétrole et autres hydrocarbures et dérivés comme le plastique comme des produits toxiques pour la nature et pour l'homme, et en ne les taxant pas suffisamment pour qu'ils ne soient plus compétitifs.

On a fait fausse route en ne développant pas des alternatives biodégradables aux produits dérivés du pétrole.

On a fait fausse route en faisant semblant de croire certains lobbies comme Coca-Cola quand ils nous ont dit que le recyclage du plastique, et le tri sélectif règleraient le problème de la pollution.

On a fait fausse route en considérant que la chimie pouvait résoudre tous les problèmes, alors qu'elle ne fait bien souvent que les exacerber. 

On a fait fausse route en mettant des nanoparticules dans les aliments. 

On a fait fausse route en autorisant des pesticides qui détruisent insectes et oiseaux, et causent des cancers chez l'être humain.

On a fait fausse route en manquant d'empathie avec les animaux, et en rompant le contrat tacite qui nous lie à la majorité des espèces, en les surexploitant.

On a fait fausse route en mangeant trop de viande, et notamment de bovins, ce qui accélère le réchauffement climatique et apauvrit les réserves d'eau.

On a fait fausse route en voulant combler nos lacunes spirituelles par du matérialisme, quête absurde et sans limites. 

On a fait fausse route en privilégiant l'agressivité envers la nature et nous-mêmes par rapport à l'harmonie avec l'environnement et entre les êtres.

On a fait fausse route en ne développant pas assez le solaire et les énergies renouvelables, et, en France, en privilégiant systématiquement le nucléaire.

On a fait fausse route en abandonnant les recherches sur les modèles de véhicules électriques, sous la pression des lobbies du pétrole. 

On a fait et on continue à faire fausse route en laissant les lobbies commerciaux nous dire quelle route prendre, parce que notre idéologie concorde avec la leur. 

On fait fausse route quand, dans les ménages, on choisit l'alimentation comme poste budgétaire à rogner, ce qui fait que l'on achète et privilégie la nourriture industrielle.

On fait fausse route en n'écoutant pas l'Organisation internationale du travail quand elle nous dit que lutter contre le changement climatique créerait plus d'emplois que cela n'en détruirait.

On fait fausse route en cherchant le profit et la rentabilité maximale immédiate aux dépens de notre planète, ce qui nous met au même niveau, sur le plan de l'écologie, que des termites. 

J'ai oublié beaucoup de choses, qu'on me le pardonne. Mais je l'ai dit et je le répète: on ne pourra pas changer les choses tant que l'on n'aura pas modifié notre système de valeurs et ajusté notre mentalité.

[EDIT 20/08/2022] : ""Ce serait une erreur d'imaginer que les gens demandent qu'on protège leur vie et leur environnement, et qu'ils témoigneraient de la reconnaissance à un idéaliste qui mènerait le combat dans ce sens. Les gens ne pensent qu'à leur confort personnel. Nous en avons eu la preuve lorsqu'au XXe siècle la question de l'environnement s'est posée de façon aiguë. Quand il fut démontré que la cigarette augmentait le risque de contracter le cancer du poumon, la solution la plus évidente aurait consisté à cesser de fumer. Au lieu de cela les gens réclamèrent des cigarettes ne présentant pas ce grave inconvénient. Quand il fut prouvé que les moteurs à combustion interne polluaient dangereusement l'atmosphère, le plus simple aurait été de renoncer à de tels moteurs, mais les gens se contentèrent de réclamer des moteurs similaires n'offrant pas cet inconvénient." --Isaac Asimov, Les dieux eux-mêmes, 1972.

mardi 14 août 2018

Compétition ou coopération ?

Le glyphosate est aux agriculteurs ce que les produits dopants sont aux coureurs cyclistes. Cet herbicide si efficace est un véritable symbole : celui d'une société pour laquelle la notion de compétition mondiale est si importante qu'elle préfère s'autodétruire plutôt que de revenir sur son modèle économique. A ce titre, il n'est pas étonnant que l'Europe, qui s'est bâtie autour de la notion de compétition économique mondiale, soit l'un des défenseurs les plus ardents du glyphosate. 

Je discutais cet été avec l'un de mes cousins de la fin de ma nouvelle de Science-fiction Marinopolis. Sans trop spoiler, je peux dévoiler ici que le héros se demande si la civilisation humaine n'est pas l'équivalent des termites, exploitant une planète jusqu'au trognon pour ensuite passer à la suivante. 

Une vision négative, je vous l'accorde, alors que mes propres goûts littéraires me portent vers une SF plus optimiste, celle d'Asimov par exemple. Une autre nouvelle de mon recueil Les Explorateurs, Entre deux feux, propose d'ailleurs un modèle beaucoup plus en harmonie avec la nature. 

Eh bien, mon cousin Philippe m'a révélé que les tribus aborigènes d'Australie surnommaient justement "termite" l'homme occidental. Bien avant d'avoir lu ma nouvelle! ;)

Quand on voit les ravages que cause le glyphosate chez les insectes comme les abeilles, mais aussi les oiseaux, et les cancers qu'il occasionne chez les agriculteurs qui ne s'habillent pas dans une combinaison digne d'un spationaute, la comparaison avec cet insecte destructeur qu'est le termite s'impose en effet. 

Fait ironique, en faisant des recherches sur les Aborigènes, je suis tombé sur cet extrait du livre d'Adolphe Peter Elkin, Les Aborigènes australiens : 

De notre point de vue, l'Australien est un parasite de la nature; jamais il ne laboure, ne fertilise ni ne sème: il se contente de récolter. Pour se nourrir, il a donc besoin que tout sur la terre continue à se dérouler selon le processus normal, et l'expérience prouve qu'abandonnée à elle-même, la nature se montre capricieuse dans ses effets. Ce sont tantôt périodes de sécheresse, tantôt pluies diluviennes et maladies. Si l'homme veut subsister, il doit parer à de telles calamités ou en raccourcir la durée. En d'autres termes, il lui faut sortir de son inertie, agir, cesser de se comporter en parasite.

On le voit, la notion de "parasite" par rapport à l'homme est liée à la culture, et varie énormément de l'une à l'autre. 

Mais la culture n'est pas non plus inamovible, et se transforme, notamment sous l'effet des courants écologiques, courants qui s'inspirent parfois de modes de pensée autres qu'occidentales, comme justement celui des Aborigènes... Notons qu'Elkin est décédé en 1979, il n'a donc pas vraiment été influencé par les courants écologiques actuels.

Pourquoi utilise-t-on un produit aussi nocif que le glyphosate (et le Roundup) ? Parce qu'il faut produire toujours plus, en raison de la compétition mondiale.

Comme certains pays produisent à très bas coût, le système économique pousse les agriculteurs à se mettre à leur niveau, en recherchant une productivité toujours plus importante, même si la rentabilité reste très discutable. 

Mais la France ne se contente pas de produire pour son marché intérieur. Elle exporte.

Pour exporter ces céréales, notamment, à très bas coût, on va utiliser des porte-conteneurs géants. Comme le révèle cet article de France Inter, "les 15 plus gros navires présents sur les mers du globe répandent, à eux seuls, plus de soufre que toutes les voitures en circulation, et cela sans aucun système de filtration. Ces émissions seraient responsables du décès prématuré de 60 000 personnes en Europe chaque année."

Encore et toujours la théorie du "plus c'est gros, plus ça passe", qui malheureusement se vérifie. Les crimes les plus immenses restent impunis, parce qu'il faut protéger le sacro-saint modèle économique de compétition mondiale. 

Il sera terriblement difficile d'imposer à l'Europe des circuits courts, délivrés des pesticides, privilégiant les cultures bio, parce que cela veut dire que les pays du monde doivent coopérer et non plus se concurrencer. 

Privilégier la coopération plutôt que la compétition. C'est un changement radical de mentalité qui doit s'opérer à l'échelle de l'humanité si nous voulons survivre. 

Sur le plan idéologique, cela signifierait que ce ne seraient plus les économistes qui dirigeraient le monde, en tout cas, plus les économistes du développement à court terme, du profit immédiat.

Et ne croyez pas que les écrivains et auteurs, en tant qu'éminents sages, n'est-ce pas, ne seraient pas affectés (infectés?) par cette mentalité de compétition à tout crin. L'auteur Lee Child, qui est intervenu à plusieurs reprises dans les commentaires du blog de l'auteur Joe Konrath, à l'époque où ce blog était très actif, comparait les auteurs traditionnellement édités et qui vendent à plusieurs millions d'exemplaires, à des joueurs de foot américain de l'élite, alors que les auteurs autoédités n'auraient selon lui appartenu qu'aux divisions inférieures...

EDIT 17/08/2018 : cet article sur l'île de Nauru nous relate l'histoire d'une utopie se fracassant sur la réalité. Là encore, l'aspect "termite" de la société occidentale sans filtre, sans culture, sans valeurs, ressort clairement.

lundi 6 août 2018

Free State of Jones

Vu hier en DVD: Free State of Jones, magnifique fresque historique que je recommande chaudement. Contrairement à de nombreux films sur l'esclavage dans le contexte de la guerre de Sécession, celui-ci s'étend plus loin que la fin de la guerre. C'est ce qui le rend intéressant à mes yeux : comment l'incroyable vent de liberté qui souffle à la fin de la guerre trouve, ou pas, son prolongement dans une réalité plus ou moins apaisée. D'autant que certaines des répliques du film ont une forte résonnance par rapport à la situation actuelle. 



L'une des répliques de Free State of Jones dont j'ai envie de me souvenir est à peu près celle-ci: "nous sommes tous, à un moment ou à un autre, l'esclave de quelqu'un d'autre". Le film a beau être historique, quand je pense au harcèlement au travail et au harcèlement sexuel, et quand je pense aussi à tous ces gens coincés dans leur boulot par la menace (le chantage?) du chômage, je me dis que cette réflexion sur la liberté et l'esclavage tombe particulièrement bien. 

Ce vent de liberté qui souffle si fort dans Free State of Jones, peut sembler paradoxal, quand le pays qui produit et réalise le film est celui qui présente l'un des taux d'incarcération de ses propres habitants les plus élevés au monde, avec un américain sur cinq en âge d'être incarcéré qui se retrouve en prison.

On peut même se demander si on a vraiment progressé depuis l'époque que décrit le film, puisqu'il y a autant de Noirs américains en prison à l'heure actuelle qu'il n'y avait d'esclaves noirs vers l'année 1862, au début du film. D'une terrible tristesse.

Mais d'un autre côté, l'ombre n'est-elle pas la plus sombre là où la lumière est la plus vive? 

Ce que montre très bien le film, c'est comment de nouvelles règles brutalement plaquées sur un système existant ont conduit à des tentatives de détournement: je veux parler de la loi des Etats du Sud sur l'apprentissage, qui n'était qu'une forme de prolongement de l'esclavage. 

Même une fois cette loi abrogée, il y a eu la ségrégation, et il a fallu de nouvelles luttes, qui se poursuivent jusqu'à aujourd'hui.

La domination économique a été, pour les Noirs qui refusaient de s'exiler vers le nord, un autre prolongement: il fallait travailler dans les champs pour ne pas connaître le chômage.

Alors oui, il y a eu un moment où toutes les conditions étaient réunies pour que de nouvelles règles soient établies, et en particulier la victoire des Etats du Nord sur ceux du Sud dans la guerre de Sécession. Mais les mentalités, elles, ont mis bien plus longtemps à progresser. On pourrait même dire que le combat pour la liberté reste plus que jamais d'actualité aux Etats-Unis. 

Les conditions idéologiques étaient réunies, mais de nombreuses mentalités étaient encore fermement ancrées dans le passé.
Cet etat de fait me fait penser à la situation économique en France. On se rend bien compte que les conditions ont changé. Certes, nous sommes sous le dogme d'une société capitaliste, et si le capitalisme est devenu un dogme, c'est parce qu'on s'efforce de l'appliquer même pour des domaines qui devraient relever du public: la santé, l'éducation, l'énergie (même les usines hydrauliques, pourtant profitables en France, sont revendues par l'Etat au privé). 

Mais la manière dont on produit les richesses est différente, les machines jouent un rôle beaucoup plus important, la finance accélère la richesse ou l'endettement, la notion même de travail s'est modifiée. Cette modification de conditions a permis l'arrivée de la notion de Revenu universel, débattue aux présidentielles. 

Cette idée du revenu universel a été rejetée, notamment par des gens qui promettaient une véritable révolution comme Mélenchon, affirmant qu'il ne fallait surtout pas ouvrir la boîte de Pandore du revenu universel. Même pour des gens qui promettent la révolution, on le voit, les mentalités restent ancrées dans le passé. 

Je pense, avec le recul, que toutes les conditions ne sont pas réunies pour l'arrivée de ce Revenu universel: il faudrait notamment arriver à autonomiser davantage chacun au niveau énergétique, et à faire en sorte que ce revenu soit plus global, tienne compte du facteur logement et énergie. J'ai lancé une piste à ce sujet dans mon précédent article. Mais on s'y achemine progressivement, cela me semble quasiment ineluctable.

Le changement de conditions climatiques dont il est question en ce moment, et la décroissance nécessaire, montrent aussi qu'il est impératif de modifier complètement les mentalités pour modifier les règles: la croissance ne peut être nécessaire et utile que si c'est une croissance verte, des emplois qui s'inscrivent dans le développement durable. Vouloir réduire le chômage pour réduire le chômage, vouloir faire baisser la dette pour des raisons uniquement économiques n'a aucun sens si le monde n'est plus viable. Les économistes se contrefoutent de l'écologie, ils vivent dans un monde de chiffres qui n'est pas le monde réel. 

Nous devons cesser de produire plus, ou de consommer plus que ce qui peut être renouvelé annuellement par la planète (le seuil annuel est dépassé depuis juin de cette année je crois). Le député de la France insoumise Eric Coquerel vient de parler sur France Info de planification écologique. Le terme peut sembler drastique. Je pense pour ma part qu'il faudra se garder de la marge de manœuvre, mais que celle-ci devient de plus en plus étroite. 

Quel est le rapport, allez- vous me demander, avec les notions de liberté et d'esclavage dans Free State of Jones ? Tout simplement que nous serons incapables de faire les bons choix tant que nous serons prisonniers d'un dogme, esclaves d'une mentalité rétrograde.

Le monde a été impacté par l'homme. A présent, le monde réagit en impactant l'homme. A nous d'en tirer les conséquences. 

mercredi 11 mai 2016

Votons avec nos porte-monnaie

Il y a des moments où l'on a l'impression que la démocratie est confisquée. Par exemple, quand le 49.3 est utilisé. A d'autres moments, on se dit que quel que soit son vote, ce sera toujours la même politique qui sera mise en œuvre, celle inspirée par le lobby des entreprises les plus puissantes du CAC 40. On a l'impression de se voir retirer le peu de bribe de pouvoir qui était nôtre. Et pourtant, nous avons un autre pouvoir, beaucoup plus efficace et que nous pouvons appliquer beaucoup plus souvent qu'une fois tous les cinq ans: celui de nos porte-monnaie. 

Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.

C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.

Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister. 

Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides. 

Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.

J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins. 

Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.

Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.

Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.

Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier. 

Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques. 

Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.

Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions. 

Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.

Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.

Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.

On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser. 

Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.

Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres. 

On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.

Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.

Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.

Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?

C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.


Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs. 

Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir. 

Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant. 

Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.

On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.