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mardi 9 décembre 2025

Stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d'Amérique - novembre 2025

Bon, je me suis fadé les 29 pages de la Stratégie Nationale de Sécurité des Etats-Unis d'Amérique, de novembre 2025.
Je ne vais pas tout analyser ici, uniquement ce qui me saute aux yeux.
  
 
Déjà, on peut se demander si le fait même d'afficher en toute transparence la stratégie de sécurité nationale de son pays relève de l'arrogance ou du désespoir. Arrogance parce qu'il sera plus facile aux adversaires ou ennemis des Etats-Unis de contrer leur stratégie, connaissant les différents axes. Désespoir parce que ce type de document peut quelque part être interprété comme un appel à l'aide des USA à ses alliés, pour mettre en place cette stratégie. 
 
Ce qui m'a frappé dans ce document, c'est la non reconnaissance de la position historique de première superpuissance mondiale des Etats-Unis par l'administration Trump. Partant de là, il y a une incapacité de cette même administration à reconnaître que c'est la politique post seconde guerre mondiale, et notamment la politique vis-à-vis de l'Europe, qui a permis aux USA de s'assurer cette place de première superpuissance mondiale. 
 
A aucun moment, l'existence de la CIA ni des services de renseignements n'est mentionnée dans ce document. Or, on sait que l'administration Trump est en désaccord profond avec la CIA.
Le texte va même jusqu'à encourager les USA à ne pas s'occuper du reste du monde, par exemple du continent africain, et de n'avoir une politique que réactive et non préventive envers le terrorisme. 
 
C'est à dire, en gros, de devenir aveugle par rapport à l'étranger, ou en tout cas une bonne partie du monde.
 
Une telle politique est évidemment catastrophique, et ne peut que mener à de futurs 11 septembre 2001 (au fait, c'était un président démocrate qui était à la maison blanche le 11 septembre 2001? Je n'en ai pas l'impression). 
 
Evidemment, il y a toute la politique d'extrême-droite de la maison blanche qui ressort, et la politique anti-Europe dont les médias ont parlé. 
 
Etonnamment, le texte s'enorgueillit du soft power des USA, alors même que Trump est celui qui aura le plus contribué à détruire ce soft power, avec notamment l'abolition de USAID. Cela fait partie de ce que l'on pourrait appeler "les mots creux" du texte. Il y en a beaucoup, et notamment par rapport à l'OTAN. Le texte n'évoque pas le désengagement des USA de l'OTAN, se contentant de réasséner l'objectif de 5% de budget des Etats-membres.
 
Là où l'on perçoit le désengagement des USA vis-à-vis de l'OTAN, et de l'Europe, c'est lorsque le texte se réclame de la doctrine Monroe. Une doctrine condamnant toute intervention européenne dans les affaires « des Amériques » (Nord et Sud), tout comme celle des États-Unis dans les affaires européennes. Le texte parle même de "corollaire Trump", de la même manière qu'il existait le "corollaire Roosevelt" à cette doctrine Monroe. C'est à dire que l'administration Trump ne veut pas se désengager totalement des affaires internationales. Elle ne veut y être impliquée que dans la limite où ça sert ses intérêts et son business. Une attitude, bien sûr, de la plus totale irresponsabilité. 
 
Le document démontre ainsi une totale méconnaissance du mécanisme des guerres en Europe et du rôle stabilisateur des USA, en prônant le nationalisme pour toutes les différentes nations. C'est la porte ouverte à la guerre, ce texte. 
 
La plus grande trahison au monde que commet ce texte reste bien entendu le fait de nier les changements climatiques et les régulations qui s'imposent. L'écologie n'est donc mentionnée qu'en passant, pour la dénigrer, alors que ce devrait être l'un des premiers objectifs du texte. Parce qu'en protégeant la nature et le monde, on protège les USA.
 
En résumé, ce texte, en méconnaissant tout ce qui a fait la grandeur des Etats-Unis, ne peut qu'en accélérer le déclin.

jeudi 13 mars 2025

Les leçons du covid

Quelques réflexions rapides sur l'état du monde. Vous en ferez ce que vous voudrez. 

La vérité est tyrannique. Elle ne peut pas plaire à tout moment à tout le monde. C'est absolument impossible. La vérité peut déranger. Et parfois de manière très intime.

Quant à la démocratie, elle a été inventée avant les réseaux sociaux et consiste à gérer les interactions entre êtres humains afin de léser le moins grand nombre, ou si l'on préfère, de satisfaire le plus grand nombre autour d'un projet commun.

Et de préférence, sans heurts.

La démocratie n'a rien à voir avec la démarche de recherche de vérité. Le populisme encore moins.

Qu'est-ce que l'on constate de nos jours? Que les réseaux sociaux sont bien plus puissants que l'éducation, qu'elle soit parentale ou scolaire.

Que la tendance des réseaux sociaux, c'est le vote permanent sous forme de "j'aime" et autres interactions, un vote articulé autour des opinions.
Mais la vérité n'a rien à voir avec le plus grand nombre, qui est une autre forme de rapport de force.

Avec le covid, les gens se sont découverts la possibilité, par le nombre, de nier les conclusions scientifiques qui les dérangeaient. Les immenses enjeux financiers liés aux vaccins contre le covid ont été un formidable tremplin pour cette remise en question.


Cinq ans après le début du covid, on a, et notamment aux Etats-Unis, une prolongation de cette tendance avec le déni non seulement du réchauffement climatique, mais de la science en général.


Et c'est vrai que quand on nie la réalité, on peut en retirer un enivrant sentiment de liberté. Il devient alors tentant d'invoquer la liberté d'expression pour nier de plus en plus la démarche scientifique, et lui substituer l'opinion du plus grand nombre. 

C'est la porte ouverte vers la régression vers les Ages Sombres. 

En tant qu'auteur de SF, il m'est facile d'imaginer, en réaction à un tel phénomène, une dictature de type scientifique.

Je constate d'ailleurs que beaucoup de scientifiques fuient comme la peste les réseaux sociaux.

Mais j'espère qu'on n'en arrivera pas là. J'espère que les gens comprendront qu'à un certain moment, on a besoin de gardes-fous, et de normes. La critique de telle ou telle découverte scientifique est bien sûr parfaitement légitime, et les scientifiques sont les premiers à s'y adonner. Mais faut-il encore savoir argumenter en s'appuyant sur la science et non en la dénigrant. Et croyez-moi, sur Internet, ce n'est pas donné à tout le monde.

En conclusion, il faut aussi signaler que les réseaux sociaux, même de type Facebook où l'on n'est pas limité par le nombre de mots, ne se prêtent absolument pas à la recherche de la vérité. Ils sont trop volatils, trop éphémères pour cela. Ils donnent la part trop belle au spectaculaire. 

jeudi 6 mars 2025

L'Europe doit déclarer la guerre à la Russie

Le désengagement des Etats-Unis en Europe conjugué à la course effrénée aux armements en Russie ne nous laisse pas le choix. Dans les deux prochaines années, en 2026 ou au plus tard en 2027, l'Europe doit déclarer la guerre à la Russie. Dans cette guerre, l'Europe devra être l'agresseur. Les colonnes de blindés européennes devront franchir les frontières de la Russie, les forces aériennes violer l'espace aérien russe. Il ne s'agit pas d'envahir la Russie, bien sûr. Nous devrons juste détruire l'armée de terre, l'armée de l'air et la marine russe. Et surtout, surtout, pulvériser l'appareil militaro-industriel russe. Les moyens? Uniquement conventionnels. Le but de cette opération, que l'on pourrait baptiser Strike and Return? Empêcher la Russie de s'en prendre à ses voisins pour les 20 prochaines années. L'Europe devra agir seule, sans le soutien des Etats-Unis, et se préparer à une riposte nucléaire. L'hypothèse d'un conflit nucléaire n'est en effet pas à écarter, mais nous devons en prendre le risque. Sinon, c'est inéluctable, la Russie va s'attaquer aux pays baltes, et à ses autres voisins proches, voire moins proches, dans les cinq prochaines années.

L'histoire de la Russie comme de l'Europe ne trompent pas. Une course aux armements telle que la met en œuvre la Russie, avec la mise en chantier de 7000 chars d'assaut pour 2030, ne peut signifier que de prochaines guerres menées par la Russie.
L'Europe doit donc attaquer en premier. Profiter de l'affaiblissement actuel de la Russie pour frapper, et frapper fort.
 

A combien de morts faut-il s'attendre ? On ne peut pas savoir, et d'autant moins qu'on ne peut pas prévoir si cette guerre ne va pas basculer dans le nucléaire. Mais en admettant que ce soit uniquement sur le plan conventionnel, les Européens doivent s'attendre à un million de morts dans leurs rangs. Donc oui, il faut se mettre à construire de nouveaux cimetières, et à agrandir ceux qui existent. 

Néanmoins, ce million de morts européens permettra de sauver la vie de nombreux millions d'autres Européens. Elle empêchera une bonne partie de l'Europe de tomber sous le joug d'une nouvelle dictature néo staliniste. Il nous faudra sans doute occuper provisoirement certaines villes stratégiques russes, le temps de s'assurer de la destruction de l'appareil militaro-industriel. 

Nous pourrons en profiter pour exhorter le peuple russe à se débarrasser du FSB et des divers réseaux de renseignement, qui sont le fléau de ce pays. 

Et le régime de Poutine? Ma foi, si l'intégralité de son armée est détruite, je ne sais pas si ce régime tiendra. Si je m'en réfère à la Seconde Guerre Mondiale, les occidentaux n'ont pas eu besoin de s'en prendre à la tête du régime directement, et les tentatives d'assassinat de Hitler se sont toutes soldées par des échecs. 

C'est pourquoi je suis persuadé qu'il faudra en venir à la guerre. Le but de ce billet n'est d'ailleurs pas de chercher à intimider ou à menacer. Ce sont les dictateurs qui pratiquent la menace et le chantage. Les démocraties, elles, se préparent tranquillement et font ce qu'il y a à faire le moment venu. C'est ce qu'on appelle la force tranquille. De la détermination, mais sans gesticulations ni rodomontades.

lundi 20 janvier 2025

Trump, TikTok et Taïwan

L'étonnant épisode de TikTok, l'application que Trump voulait bannir, de nouveau autorisée par le même Trump, suivie de la présence du PDG de TikTok à l'intronisation, le 20 janvier 2025, du nouveau président des Etats-Unis, n'est pas si étonnant si l'on creuse un peu. Si vous vous souvenez, Trump a rarement autant dansé au cours de ses meetings de campagne qu'en 2024. Or, sa popularité a grimpé en flèche sur TikTok, l'application de musique et de danse, contribuant ainsi grandement à sa réélection à la présidence des Etats-Unis. Les algorithmes de TikTok étant gérés au plus haut niveau par le gouvernement de Xi Jinping, le dictateur chinois n'aurait pas accepté de favoriser Trump à ce point s'il n'avait pas passé un accord secret avec lui. Le deal? Que les Etats-Unis ne bougent pas lorsque la marine et l'armée chinoise envahiront Taïwan. 


"Allô Donald? C'est Vladimir. 

- Bonjour Vladimir.

- Bonjour bonjour. J'ai trouvé le moyen de garantir ta réélection. 

- Tu as toute mon attention. 

- Il va juste falloir que tu danses encore beaucoup plus pendant tes meetings. 

- Comment ça?

- Je sors d'une conversation avec Xi. Il accepte de soutenir à fond ta candidature sur TikTok, à une seule condition. Tu devras le laisser s'occuper de Taïwan. Aucune intervention américaine. 

- TikTok, ça vaut le coup? 

- Demande à ton ami Elon. Il te dira. 

[Pause de deux minutes pendant laquelle Trump appelle Elon Musk, qui lui confirme les dires de Vladimir Poutine concernant le potentiel d'audience de TikTok, notamment auprès de la jeunesse américaine.]

- D'accord. Admettons que j'accepte. Et comment je fais passer cet accord auprès de mon opinion publique, moi? 

- C'est simple. L'accord reste secret. Officiellement, tu restes le pire ennemi de la Chine. Tu fais ce que tu fais de mieux. Tu agites tes menaces de taxes contre la Chine. Tu dois être le prestidigitateur qui attire l'attention de la foule et des médias ailleurs. Ça ne peut marcher que comme ça. 

- Ça me paraît jouable. Je vais voir ce que je peux faire."

[Trump raccroche et compose un numéro sur son téléphone. Celui de Xi Jinping.]

Voilà comment les choses ont pu se passer entre Donald Trump et Vladimir Poutine, selon moi. Il est aussi possible que la stratégie TikTok n'ait pas été du fait de Poutine, mais vienne d'Elon Musk. Je ne prétends pas tout connaître. Certains détails peuvent différer dans la vraie vie, par rapport à ce scénario.

Vous allez me dire: pourquoi parler de pacte secret entre Trump et Xi Jinping? Est-ce que tu ne cherches pas juste à faire le buzz, Alan? Les dictateurs s'entendent naturellement entre eux. C'est juste que Xi Jinping déteste la démocratie, et préfère Trump au pouvoir. 

Et là, je répondrais par la négative. L'obsession de Xi Jinping, c'est d'envahir Taïwan. Et l'obsession de Trump, c'était de revenir au pouvoir. Mais Xi Jinping n'aurait pas décidé d'aider activement Trump sans passer d'accord. Pour lui, l'occasion était trop belle d'avoir enfin l'opportunité d'attaquer Taïwan. 

Cela explique la présence du PDG de TikTok pour la cérémonie d'investiture de Trump, alors même que Tiktok va être revendu, au moins à 50%, à une entreprise américaine... qui pourrait bien être le X d'Elon Musk, favorable à la dictature. Eh oui, cela donne le tournis. Mais tout se tient.

Ma prédiction pour le mandat de Trump (dont on ignore la véritable date de fin) est donc la suivante: pendant le cours du mandat, la Chine va attaquer militairement Taïwan. Le régime de Xi Jinping ne supporte pas d'avoir une démocratie à ses portes. Et encore moins une démocratie de Chinois qui parlent Chinois. 

Trump va également s'efforcer de diminuer l'étau de sanctions qui pèsent sur la Russie. En particulier les sanctions contre les entreprises chinoises. Et en particulier dans les six mois qu'il s'est donné pour soi-disant obtenir la paix en Ukraine. En fait, il est fort probable que sous Trump, la Chine sera à même d'aider la Russie dans sa guerre comme jamais auparavant. 

Trump est une putain sans honneur. Oui, vous m'avez bien lu. En 2016, il s'est servi de Facebook pour se faire élire et a vendu l'Amérique à Poutine. En 2024, il s'est servi de TikTok pour se faire élire, et a vendu l'Amérique à Xi Jinping. Quant au parti républicain, dans les deux cas, il a fait le choix conscient de la tyrannie afin de se maintenir au pouvoir. 


jeudi 26 décembre 2024

Quand les méchants emportent le morceau

Trump, Musk et, par ricochet, Poutine et Kim Jung-un, mais aussi, Nétanyahou : 2024 restera dans mon esprit comme l'année où les méchants ont gagné. Dans ces ténèbres de plus en plus épaisses, l'éclat de lumière de la chute du régime le plus terrible au monde, celui de Bashar el Assad, n'en a été que plus aveuglant. Même si Bashar lui-même vit maintenant comme un roi en Russie, ce qui est d'une ironie pour le moins cruelle.

 
Par égoïsme, par calcul à court terme, mais aussi par haine notamment de l'islam, par détestation du changement dans les mœurs et par anti-wokisme, les occidentaux semblent de plus en plus nombreux à vouloir rejeter les idées de démocratie et de droit de l'homme pour se jeter dans les bras de futurs dictateurs en votant pour eux. Parmi les gens qui votent rassemblement national, on trouve aussi bien le villageois qui n'a pas un seul musulman ni une seule personne issue de l'immigration dans son village, que le musulman, citadin d'une grande ville qui cherche à garder son pré carré et ne veut surtout pas que d'autres personnes de couleur émigrent en France.
Peur, haine, égoïsme s'allient au rejet des valeurs issues de la seconde guerre mondiale pour nous plonger dans un monde de plus en plus violent et poutinien, pourrait-on dire. Les démocraties, déjà moins nombreuses et apparemment plus fragiles que les dictatures dans le monde, rejettent les idées de coopération et d'entente qui les ont menées au progrès économique et à la prospérité pour aller vers quelque chose de beaucoup plus négatif.
A l'image de l'emblématique Bolloré, certaines personnalités à la tête de grands groupes font la promotion d'un nouveau fascisme décomplexé. D'une part, ils espèrent situer le combat sur le terrain politique pour détourner l'attention de leurs propres pratiques économiques déjà dictatoriales, d'autre part, étant dictateurs de leurs propres entreprises, ils se disent que des systèmes autoritaires sont plus efficaces pour s'enrichir de manière immense. L'exemple de Bashar el Assad, là encore, vient à l'esprit, prêt à fabriquer du captagon pour s'enrichir en dehors de toute contrainte et de toute morale.
2025 s'ouvre donc avec des peuples occidentaux qui semblent prêts à se rallier à l'exemple suprémaciste de Trump. Quelles que soient apparemment les exactions de Trump, comme l'idée de faire main basse sur le Canada. Mais Trump n'étant que le pion de Poutine, on sait dans ce cas quelle personne diffuse les idées qui semblent à présent prévalentes dans le monde. Réseaux sociaux et mensonges jouent bien sûr un rôle essentiel là-dedans, à l'image du X de Musk.
La guerre en Ukraine, en 2025, va rester le pivot qui fera pencher le monde dans un sens ou dans l'autre. Saurons-nous garder un soupçon de dignité humaine en continuant à soutenir l'Ukraine, ou bien l'égoïsme va-t-il encore l'emporter en 2025 ? La question va se poser avec de plus en plus de force.

vendredi 24 mai 2019

Déni de démocratie

La notion de "vote utile" dans le sens: "votez pour moi parce que de cette manière, votre voix comptera, parce que j'ai le plus de chances de gagner" est un déni de démocratie. Cette notion introduit le droit du plus fort en politique: "votez pour le plus fort." Or, dans une démocratie digne de ce nom, on ne vote pas pour le plus fort, mais pour des idées. Quelle est la solution? Pour moi, elle est radicale: supprimer entièrement les sondages dès lors qu'il y a vote du public pour élire des représentants nationaux ou européens. Les interdire, car ce sont les sondages qui introduisent la notion de rapport de force et de compétition en politique. 

La dérive de chaque élection vers une sorte de compétition de type show télévisé ou sportif ne pourrait exister à ce point sans les sondages. Imaginez des journalistes qui n'auraient plus accès à aucun sondage: ils seraient forcés d'analyser les idées et les programmes des candidats, sans pouvoir sensationnaliser chaque élection à la manière d'une course hippique. 

"Mais Alan, les sondages existeront toujours: si on les interdit en France, on aura des sondages en provenance de Suisse ou de Belgique, parce que les gens veulent savoir à l'avance."

Pour moi, c'est une question d'éducation: si chaque personne qui reçoit un appel d'un institut de sondage est suffisamment éduquée et informée pour répondre qu'elle ne souhaite pas dire pour qui elle va voter afin de ne pas influencer le vote, et ce faisant ne pas privilégier une forme de droit du plus fort pour privilégier le débat d'idées, alors, on aura fait un vrai pas vers une société plus avancée démocratiquement. Les instituts de sondage politiques seront forcés de déposer le bilan.

Cela signifie que chaque petit candidat aura sa chance. 

"Oui, mais Alan, comment on fait pour le financement des partis? On sait qu'il faut atteindre un certain seuil pour être remboursé."

Oui, dans le système actuel, il faut atteindre un certain seuil de votes. De votes, et non d'intentions de vote. C'est à dire que les sondages n'ont rien à voir là-dedans. 

Je pense que chaque élection devrait être organisée sur le principe du crowdfunding, avec interdiction pour les entreprises, nations étrangères ou les groupes d'influence de financer les candidats. Chaque candidat devrait monter sa propre campagne sur internet pour se faire financer. 

"Est-ce que ça ne va pas favoriser les personnalités les plus en vue ou les artistes?"

C'est une possibilité. Néanmoins, les gens font-ils confiance aux artistes pour leurs idées? Je crois qu'ils savent faire le distingo entre les idées constructives pour la société et la simple notion de popularité.

Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais je suis sûr d'une chose: les sondages favorisent l'aspect compétition, l'aspect rapport de force, et cela n'a pas lieu d'être pour une société qui cherche à élire les gens qui ont les meilleures idées pour l'ensemble de la société. 

Seule la notion de "vote utile, parce que ce vote sera utile à la société" doit être retenue. La prochaine fois qu'un homme politique vous dira de voter utile, si c'est dans le sens de voter pour le plus fort, sachez qu'il vous demande en fait de voter comme des moutons de Panurge, qui se rangent derrière l'avis du plus grand nombre. 

Demandez-vous si cela vous grandira d'agir ainsi. 

lundi 8 mai 2017

Les cadres encadrent

Vous n'encadrez pas les cadres? Vous en avez assez d'être recadré? Pas de chance, l'influence des cadres dans notre société est peut-être plus importante que vous ne le croyez...

Cadre dans le privé, on connaît: une activité mieux rémunérée que les simples employés, mais aussi souvent plus exposée, avec un risque de burnout, ou effondrement professionnel en bon français, plus prononcé. 

Mais j'ai été surpris, en me rendant sur le site officiel de l'Assemblée Nationale, d'apprendre que, sur les 577 députés qui siègent à l'Assemblée Nationale, 390 sont des cadres, anciens cadres ou chefs d'entreprise. 

La répartition est la suivante: 

- 61 anciens cadres et professions intermédiaires
- 126 cadres d'entreprise
- 176 cadres de la fonction publique, professions intellectuelles et artistiques
- 27 chefs d'entreprise de dix salariés ou plus

Par comparaison, on va trouver un seul artisan (bravo à l'heureuse élue, Fanny Dombre Costes!), un ouvrier agricole, Jean Lassalle, 15 agriculteurs exploitants, un employé de la fonction publique, 6 commerçants... La liste complète est ici.

On peut dès lors se demander, il me semble, si le peuple français est bien représenté. Par exemple, si je suis auteur, lequel de ces députés va pouvoir me concocter un statut d'auteur indépendant digne de ce nom, et aura-t-il seulement le poids politique pour faire voter ce nouveau statut?

Pourquoi autant de cadres, me direz-vous? On peut au moins trouver un point commun entre les cadres du privé et ceux de l'Assemblée Nationale: une bonne rémunération. Député, c'est plus de 6700 €/mois + 6100 de remboursement de frais + 8500 pour embaucher un ou plusieurs collaborateurs.


N'importe qui peut devenir député à condition d'être Français âgé d'au moins 18 ans, de jouir de ses droits civils et politiques et de n’être dans aucun cas d’incapacité prévu par la loi. Il ne faut pas non plus être dans un cas d'inéligibilité prévu par le code électoral.

Et bien sûr, à condition d'arriver à se faire élire! 

C'est sans doute là que le bât blesse: pour se faire élire, il faut pouvoir financer une campagne à cet effet, mais aussi, je pense, être soutenu par l'un des partis en place. 

On peut penser que les cadres, qui ont vocation à exercer des responsabilités, sont naturellement attirés vers ces postes de pouvoir. Ils ont aussi un réseau souvent plus développé qu'un simple employé. 

Je reviens sur le problème de la représentativité: il y a plus de trois millions de chômeurs en France, et de nombreux chômeurs longue durée, ne devrait-on pas avoir au moins une personne pour les représenter? Voire peut-être davantage?

Est-ce qu'en faisant en sorte qu'on ne puisse devenir député que sur la base du volontariat, on ne favorise pas la domination des cadres?

Autre problème: les députés sont élus pour 5 ans, mais peuvent être réélus et faire carrière. Est-ce une bonne chose pour la société d'envisager le poste de député comme une profession?


Je veux dire, quand on occupe un emploi, on se doit d'être productif, non? Mais si on se met en tête de produire des lois, est-ce qu'on ne va pas se retrouver avec un maquis de lois inapplicables, car trop complexes? 

Ah bon, c'est déjà le cas? 

Bien que je n'adhère pas du tout à l'idée de ne pas voter, et que je trouve qu'il serait extrêmement complexe de revenir vers une démocratie directe, la vidéo ci-dessous (45 minutes) pose très bien le problème, il me semble:
 

C'est pourquoi j'étais heureux d'avoir deux candidats à l'élection de cette année, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qui proposaient d'écrire une nouvelle constitution plus adaptée.

Les propositions de Jean-Luc Mélenchon pour rendre du pouvoir au peuple, quoique manquant encore de précision, me semblent intéressantes, et de nature à alimenter le débat.

En revanche, l'idée de ne pas aller voter pour montrer que le système est pourri et le saper me paraît mauvaise et dangereuse. Le vote blanc (4 millions lors de l'élection de Macron, ce qui est considérable) me semble plus pertinent, mais personnellement, je ne le garderais que comme une mesure de dernier recours: pas question pour moi d'y avoir recours si l'un des deux candidats dans la dernière ligne droite a des positions trop extrêmes. 

Essayons de nous montrer un peu logique. Nous avions deux candidats qui se proposaient de changer de constitution cette année. Malgré cela, au premier tour, l'abstention s'est établie à 22,23%.

Ces gens qui se sont abstenus au premier tour, l'ont-ils fait par simple paresse, parce qu'ils n'en ont rien à faire de la politique, par militantisme anti-système, parce qu'ils avaient d'autres obligations ou une impossibilité physique? Sans doute un peu de tout cela, et davantage.

S'ils avaient voulu un changement des règles démocratiques, ils seraient allé voter Mélenchon ou Hamon. Ce n'est donc pas le cas. Ou s'ils veulent du changement, ils ne souhaitent pas que celui-ci se produise dans le cadre d'un processus démocratique.

On peut donc penser, l'abstention ayant été en hausse au second tour, à 25,38%, que ceux qui, à cette occasion, ont refusé de voter dans le but de lutter contre le système se sont retrouvés noyés dans la masse de tous les autres.

Chacun agit, ou s'abstient, bien entendu, selon ses convictions. Mais faire s'effondrer le système, selon moi, donnera naissance à une période de chaos qui ne permettra pas forcément de le remplacer par quelque chose de meilleur.

Prenez la Révolution culturelle de Mao. Les élites ont été détruites, certes, mais au final on se retrouve avec quoi? Avec une nouvelle élite et de nouveaux riches oppressant le peuple. Eh oui.

Je pense qu'il faut être un peu plus subtil que cela. Je suis convaincu qu'il faut réformer notre démocratie, et sans doute aller vers une VIème République. Encore faut-il se donner les moyens de le faire dans les meilleures conditions.

mercredi 11 mai 2016

Votons avec nos porte-monnaie

Il y a des moments où l'on a l'impression que la démocratie est confisquée. Par exemple, quand le 49.3 est utilisé. A d'autres moments, on se dit que quel que soit son vote, ce sera toujours la même politique qui sera mise en œuvre, celle inspirée par le lobby des entreprises les plus puissantes du CAC 40. On a l'impression de se voir retirer le peu de bribe de pouvoir qui était nôtre. Et pourtant, nous avons un autre pouvoir, beaucoup plus efficace et que nous pouvons appliquer beaucoup plus souvent qu'une fois tous les cinq ans: celui de nos porte-monnaie. 

Il est tentant, presque facile de basculer vers l'amertume, voire le désespoir, mais l'expérience prouve que cela n'a rien de bon.

C'est lorsqu'on croit qu'on n'a pas de choix que l'on fait les mauvais choix.

Le pouvoir économique de la classe moyenne française est certes en voie d'érosion. Mais il a le mérite d'exister. 

Je n'aime pas jouer les prêcheurs. J'invite chacun à faire preuve de discernement, et même à rejeter mes conseils si vous estimez qu'ils ne sont pas fondés, ou que vos arguments vous semblent plus solides. 

Pour prendre mon exemple personnel, j'ai fait le choix, dans mon alimentation de tous les jours, d'aller vers le bio. Je vote avec mon porte-monnaie, et je vote bio.

J'ai fait ce choix militant, car j'estime que c'est un choix à la fois urgent et à la croisée des chemins. 

Tous les jours, des milliers d'espèces animales et d'insectes sont menacées par les pesticides.

Tous les jours, la santé des agriculteurs qui utilisent les pesticides est mise en péril.

Et tous les jours, ce que nous mangeons peut affecter notre santé, dans dix ou quinze ans, ou même avant.

Les produits bio ne sont pas encore assez répandus, c'est évident. Parfois, on est obligé de faire avec d'autres produits. Mais le signal que les Français envoient aux agriculteurs en achetant bio est un signal très fort, et qui doit encore s'amplifier. 

Ce même signal pourrait être interprété, à terme, par les politiques, comme une demande d'interdiction des pesticides, ou en tout cas des solutions non écologiques. 

Comme une volonté du peuple que les normes de l'agriculture bio soient parfaitement respectées, également.

Que font à votre avis les lobbies qui influencent les députés et membres du gouvernement? Eux-mêmes votent avec leur porte-monnaie, en jouant sur leur pouvoir économique pour influencer des décisions. 

Ce même pouvoir économique leur permet de jouer la prise d'otage: si tu ne fais pas ce que je dis, je supprime tant de milliers d'emplois.

Quand je dis que l'agriculture et le bio sont à la croisée des chemins, c'est qu'il s'agit non seulement de la nature, mais aussi bien évidemment d'une question de santé publique.

Or, quelle est l'entreprise n°1 du CAC 40? Sanofi, une entreprise pharmaceutique. Eux tirent les marrons du feu.

On peut aller plus loin, en visant aussi le secteur bancaire. En mettant par exemple son argent uniquement dans des banques qui n'utilisent pas les paradis fiscaux, et ne conseillent pas à leurs clients les plus fortunés de les utiliser. 

Parce qu'après tout, on peut se dire que davantage d'argent dans les caisses de l'Etat, c'est aussi plus d'argent pour les fonctionnaires, parmi lesquels, les professeurs qui éduquent nos enfants.

Là aussi, c'est voter avec nos porte-monnaie. Même si l'on aimerait que la manière dont sont utilisés nos impôts soit véritablement transparente aux yeux de tous, afin de traquer les innombrables gabegies et abus de biens publics. Et notamment à la tête de l'état, parmi les députés et ministres. 

On ne peut pas remettre en cause le secteur privé sans remettre en cause le public. Les deux vont de pair, selon moi. Les très grandes entreprises fonctionnent d'ailleurs comme des administrations.

Je ne dis pas qu'il faille uniquement voter avec son porte-monnaie. Il y a d'autres moyens de montrer son désaccord avec l'Etat - j'ai par exemple signé la pétition contre la loi El Khomri, ne serait-ce que pour la fonction d'expressivité de cette pétition.

Mais bien sûr, je crois beaucoup plus à l'efficacité du pouvoir économique.

Et je me méfie aussi des phénomènes de cristallisation. Vous avez remarqué, par exemple, comme des animateurs comme Arthur, Dechavanne ou Nagui cristallisent facilement l'irritation - entre autres réactions émotives?

C'est parce qu'ils sont saillants. C'est une qualité d'un animateur d'avoir un caractère saillant, pour susciter une réaction du public. Question d'audimat.


Eh bien, le pouvoir, mes amis, est comme le nez de Cyrano. C'est un pic, c'est un cap, c'est une péninsule! C'est saillant. Cela focalise en particulier les sentiments négatifs, et dans une moindre mesure, les positifs. 

Ce n'est pas que je défende Hollande, ou avant lui, Sarkozy. C'est une tendance naturelle, et humaine, de vouloir s'en prendre à un homme ou à une femme représentant le pouvoir. 

Le problème, c'est que ce coup d'épée ne porte pas, ou si rarement. Il va transpercer un fantôme. On n'adresse pas les vrais problèmes, ce faisant. 

Même si, on est d'accord, ça soulage, des fois, de pousser une gueulante contre quelqu'un dont on a l'impression qu'il a du pouvoir.

On ne changera pas la nature humaine, ni la tendance à la corruption, du jour au lendemain. Cela reste très important de dénoncer cette corruption, et de s'exprimer. Mais si nous voulons changer les choses au coup par coup, à notre niveau, votons avec notre porte-monnaie, et faisons-le en toute conscience.