mardi 23 novembre 2021

Un outil contre le harcèlement

Comment lutter contre le harcèlement? Il faudrait littéralement aller au cœur des choses. L'une des réactions physiques en cas de harcèlement ou de violence est la hausse du rythme cardiaque. Il s'agirait donc de monitorer la vitesse des battements de cœur à l'aide de montres connectées afin, soit de déclencher une alerte en temps réel, soit, à minima, de pouvoir monter un dossier contre un harceleur. C'est évidemment plus facile à réaliser dans des conditions de travail de bureau plutôt que dans une cour d'école, où les causes de changements de fréquence cardiaque peuvent être multiples. 


Si, comme la grande majorité des Français, vous effectuez un travail de bureau, et que vous n'êtes donc pas en train de construire le sommet d'un gratte-ciel, il y a de fortes chances que votre rythme cardiaque soit stable en général. Le fait qu'il accélère d'un coup dans un travail de bureau peut être le signe que vous avez peur, et que vous êtes donc victime d'une agression verbale ou d'un harcèlement. 

On peut bien sûr imaginer que vous ayez un cœur d’artichaut et que vous tombiez amoureu(x)se souvent, même si le lieu de travail habituel n'est pas toujours l'endroit le plus indiqué.

Il existe aussi des affections médicales susceptibles de modifier votre rythme cardiaque. 

On se doit enfin d'imaginer le cas d'un employé qui chercherait à discréditer son employeur en faisant valider par huissier, lequel suivrait en temps réel sur un site internet la hausse de la fréquence cardiaque de l'employé au moment même de son rendez-vous proposé par email (avec horaire précis tenant lieu de preuve) par l'employeur. Cet employé tordu aurait au préalable ingéré un médicament susceptible de perturber son rythme cardiaque. 

Si l'enjeu est de "faire tomber" l'employeur, la motivation pourrait être suffisante pour avoir recours à ce genre de stratagème en dépit du danger pour la santé.

L'idée de la montre connectée a donc ses failles, et ne pourrait, à mon sens, que constituer l'un des éléments à charge dans un dossier contre un employeur. 

Comment fiabiliser la chose? Peut-être en étudiant de manière plus fine les situations de stress au bureau, pour arriver à déterminer, par exemple, quelle fréquence cardiaque serait du domaine de la peur, quelle autre relèverait de la simple angoisse acceptable, quelle fréquence correspondrait au fait d'être amoureux, ou d'éprouver du désir, etc. Les différents seuils.

Si on fait en sorte que tous les employés soient équipés d'une montre connectée, et que l'on fait des recoupements par rapport à des entretiens avec la direction ou un cadre, on pourrait établir s'il s'agit juste d'un employé qui a des rapports compliqués avec sa hiérarchie, quelle qu'elle soit. Ou bien s'il y a effectivement harcèlement systématique dans une entreprise, ou management par la peur.

D'autres indices existent bien évidemment, comme la multiplication d'arrêts de travail dans une entreprise, la réputation que peut avoir untel ou unetelle.

Si l'on analyse en tout cas ce que nous sommes, nous autres singes évolués, il y a de fortes chances que l'on aboutisse à la conclusion que nous sommes des mammifères passablement agressifs. 

Il serait donc logique, pour une société bienveillante, que nous déterminions dans quelles circonstances peuvent s'exercer les rapports de force les plus délétères, et que nous prenions les mesures adéquates pour faire de la prévention, ou même de la dissuasion. 

Bien entendu, le syndrome du Supertanker va rendre plus difficile l'application de mesures dirigées contre des personnes en position de pouvoir. Il est donc possible que le genre de mesures que je préconise ne soit pas près de voir le jour. 

Comme d'habitude, les choses se règleront donc à la fois par le rapport de force, par la jurisprudence, et peut-être aussi par le glissement progressif vers une société plus évoluée. 

Mais plutôt que de rester passives, je pense important que les personnes victimes de harcèlement prennent des mesures susceptibles de faire avancer les choses. Souvent, le problème est d'obtenir des preuves. Donc, obtenir une preuve concrète d'une hausse de fréquence cardiaque au moment précis d'une ou de plusieurs réunions ou entretiens avec la hiérarchie peut à mon avis (je ne suis pas juriste ni ne prétend l'être) être retenu par la justice, si cela s'ajoute à d'autres éléments suffisamment probants. 

Autres articles sur le même sujet : 

- Le syndrome du Supertanker

- Carriérisme

- Le Tort tue


dimanche 14 novembre 2021

Immigration : la crise vient de l'Est

La crise migratoire qui existe en ce moment entre la Pologne et la Biélorussie concerne entre 2000 et 4000 migrants, ce qui n'en fait bien évidemment pas une crise majeure pour un territoire aussi vaste que l'Europe. Mais les crispations migratoires sont maintenant bien ancrées dans la vieille Europe, qui a tendance à se recroqueviller naturellement sur elle-même à chaque nouvel afflux. Les médias ne manquent bien sûr pas une occasion de mettre leurs grains de sel sur la plaie. Surtout, un certain Vladimir Poutine et ses alliés comme Loukachenko, le président biélorusse, ont compris qu'à chaque crispation migratoire en Europe, l'extrême droite, alliée de la Russie dans chaque pays membre, en profite pour se renforcer. De là à dire que si votez Le Pen vous votez pour une immigration plus massive encore, il n'y a qu'un pas. 

La Russie est-elle attirée par les extrêmes, quels qu'ils soient? Dans la mesure où les extrêmes, quels qu'ils soient sont un danger pour la démocratie, et que la Russie est une dictature, ça n'aurait rien d'étonnant. 

On se souvient tous des liens du Parti communiste français avec l'URSS. Avec l'effondrement de l'URSS, l'extrême gauche en France a cessé de représenter une force susceptible de s'emparer du pouvoir. 

En parallèle, nous avons depuis les années 80 la montée du Front national, désormais Rassemblement national. Nous avons le cas Zemmour qui semble se profiler pour les élections de mai 2022 en France. Nous avons une haine du migrant qui se cache de moins en moins dans sa volonté d'expulser tout ce qui n'est pas blanc, d'ériger des murs, d'en finir avec le droit d'asile et donc, de s'en prendre aux droits de l'homme. Nous savons aussi que les partis extrêmes, de droite ou de gauche, ont beaucoup moins de respect que les autres pour la démocratie. 

Qui se ressemble s'assemble, tout cela explique donc les liens tissés par une certaine Marine le Pen avec le pouvoir central russe.  

Les Français qui votent le Pen se demandent-ils un seul instant d'où viennent les migrants qui se pressent aux frontières de la Pologne? Ou bien ne réagissent-ils que de manière épidermique ou mécanique, comme un corps biologique qui refuserait toute cellule en provenance de l'extérieur? Dans ce dernier cas, on peut parier que ces Français voteront pour ceux qui prétendront soigner les symptômes, et n'iront pas jusqu'à s'intéresser à la racine du problème. 

Or, que constate-t-on quand on regarde l'origine de ces migrants à l'est de la Pologne? 

Qu'ils viennent en fait du Proche Orient. Quel a été le rôle du principal allié de la Biélorussie, la Russie au Proche Orient? 

Créer ou favoriser le chaos. Maintenir au pouvoir un dictateur, Bashar el Assad, renié par son peuple, ce qui a provoqué l'exode de ce peuple et l'afflux migratoire de milliers de Syriens. 

Les prochaines crises majeures vont concerner l'énergie et le climat. Il va y avoir de plus en plus d'immigration "climatique". Pensez-vous que la Russie voit se profiler d'un bon œil la montée en puissance des énergies renouvelables en Europe, sachant que demain, celles-ci pourront remplacer le gaz naturel? Alors que la Russie est un grand exportateur de gaz naturel vers l'Europe?

Bien sûr que non. 

De la même manière, plus l'Europe montre la voie en matière de démocratie et de droits de l'homme, plus son modèle devient attrayant pour des peuples comme le peuple biélorusse ou le peuple ukrainien. Croyez-vous que la Russie de Poutine accueille cette perspective à bras ouverts? 

Non. Le dictateur russe fera tout pour éviter cela. Sa meilleure stratégie pour y parvenir est de faire basculer l'Europe dans la dictature. Ses intérêts à réussir dans cette stratégie sont, on le voit, multiples.

Si une le Pen était élue, il y a fort à parier que l'immigration, y compris en provenance de l'Est ne ralentirait pas, mais serait maintenue, artificiellement s'il le faut, afin de créer une tension permettant de jouer sur la peur pour que l'extrême droite se maintienne au pouvoir. 

En d'autres termes, si vous laissez la peur de l'immigrant dominer votre vote, attendez-vous à être gouvernés par la peur les années suivantes. 

De nombreux Français le savent très bien. C'est déjà ce qu'ils ont eu avec Macron, qui est d'ailleurs loin d'être un modèle pour tout ce qui relève des droits de l'homme.

lundi 11 octobre 2021

Elon Musk sans langue de bois

Je viens de terminer la formidable biographie d'Elon Musk d'Ashlee Vance, et je ne peux que recommander chaudement cet ouvrage. Un travail d'investigation de grande qualité, qui explique Elon Musk sans parti pris ni langue de bois. De mon côté, je ne peux prétendre à la même impartialité qu'Ashlee Vance parce que, même si ça peut paraître ridicule dit comme ça, je me sens trop proche du patron de Space X et Tesla. C'est pourquoi cette biographie a été pour moi une grande désillusion et une vraie douleur. Oui, Elon Musk, en contrepartie de susciter de grandes aspirations chez ses collaborateurs, pratique le management par la peur. Oui, il a broyé dans son sillon, non pas ses ennemis, mais certains de ses plus proches alliés et employés. Des personnes qui s'efforçaient de sacrifier autant leur vie à leur travail qu'il le fait lui-même. La pilule est amère. 

Imaginez Pepper Potts qui va voir Tony Stark. "Tony, ça fait des années que je bosse comme une folle à tes côtés. Tu t'es mis à me faire confiance, à tel point que je suis comme devenue un prolongement de toi-même. J'ai eu à prendre des décisions qui allaient très au-delà de ma fiche de poste d'assistante, j'ai bossé sans compter mes heures et la grande majorité de tes collaborateurs s'adressent à moi quand ils veulent te parler. Je pense que je mérite un meilleur salaire. Je crois que mon niveau de salaire devrait être équivalent à celui d'un cadre de ton entreprise."
Tony Stark lui répond: "Je vais examiner ta demande, mais j'ai besoin de temps. Ecoute, tu vas prendre deux semaines de vacances, et pendant ce temps, je vais assumer tes fonctions en plus des miennes, ce qui me permettra d'évaluer plus finement ta charge de travail. Je ne pourrais décider d'une éventuelle augmentation de salaire qu'après ça."
Pepper Potts accepte donc de partir en vacances pendant deux semaines. Pendant son absence, Tony Stark confie son travail à une autre assistante. A son retour, Tony Stark tient le discours suivant à Pepper Potts: "Ton travail peut être accompli par n'importe qui. J'ai donc décidé de te reconduire dans ton poste d'assistante, au même salaire, mais cette fois tu travailleras en tant qu'assistante de notre Directeur des Ressources Humaines."

Se sentant humiliée et trahie, Pepper Potts ne se présente jamais à son nouveau poste d'assistante et finit par être purement et simplement renvoyée. Tony Stark ne lui a plus reparlé depuis. 

Voilà à quelques détails près ce qui s'est passé avec Mary Beth Brown, fidèle assistante des premières heures d'Elon Musk ayant travaillé à Space X. Et voilà comment de nombreux patrons peuvent prétendre ne jamais vous avoir viré, parce qu'ils vous ont placé dans une situation totalement inacceptable pour vous, et que vous avez été contraint à la démission ou à la faute lourde. 

J'ai trouvé, cela dit, Ashlee Vance très bienveillant à l'égard d'Elon Musk. Il a compris toute la portée des changements que Musk cherche à impulser dans notre société. Il a saisi la force de travail et le génie admirable, non seulement de l'ingénieur, mais du stratège visionnaire qui a pour modèle Alexandre le Grand, au point de nommer son premier fils (hélas décédé de la mort subite du nourrisson) Alexander. 

Inventeur, mais aussi recruteur de génie, créateur prolixe et forçat de travail, releveur d'inimaginables défis, Musk mérite l'admiration de Vance, celle que l'on voit poindre à toutes les pages. 

Vance se décrit lui-même comme quelqu'un de cynique, et c'est peut-être ce cynisme qui lui permet de garder sa lucidité la plupart du temps. Il a interrogé les proches de Musk, ses collaborateurs, Musk lui-même. Et il nous dit bien qu'Elon Musk "travaille ses employés jusqu'à l'os". Pour réussir chez Space X? Travailler 16 heures par jour tous les jours pendant des années, comme l'un de ses cadres.

Soit vous résistez, soit vous faites un burn-out, auquel cas vous êtes viré comme un malpropre. Combien de vies brisées dans le sillage de ce géant? Des centaines, des milliers? Il est devenu évident pour moi au fil des pages que pour se sortir du milieu ultraconcurrentiel de la Silicon Valley, de la jungle XXL des start-ups californiennes, celui qui s'est décrit lui-même auprès de sa première épouse comme "le mâle alpha" de la relation s'est comporté à moult reprises en fils de pute. 

Cela a causé chez moi chagrin et dégoût. Celui que je voyais comme un modèle m'a prouvé, de par son parcours, qu'on ne peut réussir à haut niveau qu'en se comportant en mâle alpha, c'est à dire, littéralement, en tueur parmi les tueurs. Mes rêves d'une société plus empathique, plus compréhensive, plus chaleureuse et bienveillante, se sont retrouvés piétinés. Et pourtant j'estime, même maintenant, qu'il y a bien pire qu'Elon Musk dans le petit cercle des patrons multimilliardaires. Musk est resté fidèle à ses nobles objectifs et il a toujours guidé par l'exemple en montrant que les sacrifices qu'il réclamait, il était le premier à les consentir, et plus encore. 

Si ce livre m'a autant touché, c'est qu'à sa lecture, je me suis senti de plus en plus proche de Musk. Au fil des pages, il est devenu un frère. Une âme-sœur. Cela peut faire rire ou sourire, mais il y a des raisons à cela. Musk est:

- un geek, je suis un geek

- né en juin 1971, je suis d'octobre 1971

- petit-fils de très grands aventuriers, qui ont notamment rallié l'Australie en coucou à partir de l'Afrique du Sud, il est né en Afrique du Sud. Mes parents se sont rencontrés au Rwanda. Je suis né à Quito en Equateur, à 3000 mètres d'altitude, et j'ai vécu 4 ans en Côte d'Ivoire, à Abidjan. Mes parents n'étaient pas d'aussi grands aventuriers que les grands-parents de Musk, mais je pense qu'on peut dire qu'ils avaient l'âme aventureuse, ou en tout cas ne correspondaient pas à un profil typique

- Asperger, comme il l'a reconnu lui-même (l'une des erreurs, d'ailleurs, du livre de Vance, qui estimait que Musk ne souffrait pas d'autisme), ce qui fait donc de lui un autiste dont l'empathie est diminuée, avec une très grande force de concentration, une grande créativité et une tendance à être "dans la lune" préjudiciable aux échanges sociaux. Je suis moi-même créatif et ai souvent été dans la lune dans mon enfance. Je ne suis pas autiste à proprement parler, mais je pense partager avec lui certains gènes de l'autisme ou de la schizophrénie, une partie de ma famille proche ayant des antécédents très lourds côté schizophrénie

- un ex-adolescent dont la vie a été mise en danger par des abrutis psychopathes qui ne supportaient pas sa différence, qui l'ont fait chuter d'un escalier et l'ont battu. Au collège, les autres élèves me reconnaissaient aussi comme différent, et j'ai moi aussi failli mourir puisqu'en me faisant poursuivre dans un couloir, je suis tombé la tête la première sur un radiateur. Celui qui me poursuivait le faisait plus par jeu qu'autre chose, mais il est clair que je n'étais pas l'élève le plus populaire. Dans mon quartier, je me faisais casser la figure par des voyous

- fils d'un père abusif. De mon côté, j'adorais mon père, mais tout n'a pas été rose avec ma mère, comme je le décris dans la Lettre à moi-même

- très grand lecteur et notamment d'auteurs comme Asimov et de son cycle de Fondation, sa première épouse était une romancière de Fantasy. J'ai beaucoup lu quoique moins qu'Elon, et je suis entre autre auteur de Fantasy

- attiré par l'espace, il veut coloniser Mars. Je rêve aussi du jour où l'homme mettra les pieds sur Mars, et je trouve les objectifs de Musk très inspirants

- créateur de véhicules électriques. Je suis l'heureux possesseur d'une Tesla Model 3   

Alors oui, il y a aussi d'importantes différences. Je ne suis ni ingénieur, ni matheux, ni programmeur. C'est mon frère le chercheur en astrophysique médaillé de bronze du CNRS. Je suis néanmoins aussi auteur de Science-Fiction et amateur de technologies nouvelles. 

Je ne suis pas du tout un bourreau de travail contrairement à Musk. En revanche, j'ai en quelque sorte monté ma petite entreprise informelle, puisque je suis auteur autoédité. Je pense sincèrement que les quelques gènes autistes que j'ai en moi m'aident à supporter les séances de dédicace de 10h à 19h dans des centres commerciaux comme les Auchan, séances du week-end que j'organise depuis plus de 10 ans, et qui m'ont permis de vendre plus de 10 000 livres papier. Je ne pense pas que mon travail, sur la durée, soit à la portée de tous.

Ce qu'il faut voir avec Musk, c'est que le manque d'empathie envers les autres, Musk l'a aussi envers lui-même. S'il avait plus d'empathie envers lui-même, il ne serait pas capable de s'imposer les terribles sacrifices qui sont les siens. 

Il ne faut pas croire en lisant cet article que j'en veux à Elon. C'est juste que j'espérais contre tout espoir, au fond de moi-même, que la noblesse des objectifs de Musk aurait rejailli sur la manière dont il gère ses employés. Qu'on aurait enfin des entreprises plus humaines et qui ne favoriseraient pas la prédation. Je ne pense pas qu'il prenne autant de plaisir à virer des gens qu'un Trump, par exemple, mais Musk garde tout de même quelque chose d'humain: il sait quand il fait du mal et il sait aussi jouir de son pouvoir, et notamment du fait que les gens autour de lui aient peur de perdre leur poste. 

Il se décrit lui-même comme simple ingénieur mais il a tout fait pour être PDG de ses boîtes, et ne pas en être détrôné comme ça avait été le cas de X.com/Paypal. J'espère qu'il le restera en dépit de tous ses défauts, parce que c'est le seul moyen d'atteindre des objectifs comme celui d'aller sur Mars, qui sont vraiment précieux et qu'il semble seul à même d'accomplir. 

Il n'empêche, je pense aux collaborateurs de Musk, à tous ces gens qui se sacrifient. Des gens comme Mary Beth Brown. C'est l'un des grands mérites d'Ashlee Vance d'avoir cité leur nom et de leur avoir ainsi rendu un hommage vibrant. 

Est-ce que les choses doivent vraiment se passer comme ça pour réussir au plus haut niveau? Est-ce qu'il est par définition impossible de se sortir de notre condition de prédateurs? J'espère que ce billet suscitera un peu de réflexion sur la manière dont notre société fonctionne et la façon dont elle récompense le mérite, et non un simple balayage du revers de la manche du style, "on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs". 

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- Comment Elon Musk est passé du côté obscur

- Elon Musk et l'hyper agressivité

- Elon groks the fullness? 

dimanche 19 septembre 2021

Vaccination covid-19: le témoignage d'une infirmière

Je peux comprendre que tout le monde n'aie pas comme critère premier de décision la science ni les avancées médicales. Je peux accepter que des personnes aux Antilles ou dans les DOM-TOM préfèrent se soigner avec des thés plutôt que de faire de la prévention avec la vaccination, parce que la tradition est le premier critère pour ces personnes. Mais je me demandais comment les infirmières pouvaient être en France en nombre si important à refuser la vaccination au virus du covid-19, étant donné leur formation. J'ai posé la question à ma mère, qui a été sage-femme, et elle n'a pas su répondre. Puis, j'ai eu au téléphone une amie d'enfance qui est infirmière, et qui m'a expliqué pourquoi elle refusait cette vaccination. Elle sait que je tiens un blog, et a accepté que je relate notre conversation, sous le couvert de l'anonymat. Je ne l'ai pas enregistrée, mais voici ce que j'en ai retenu, et mes réactions au fur et à mesure. 

"Il faut savoir que lors de la première vague du covid, alors que pas mal de collègues avaient la fièvre et étaient à 40°, les responsables de l'hôpital leur demandaient de venir travailler. Oui, quand même. Au début, nous les infirmières n'avions pas droit aux masques FFP2. Seuls les chirurgiens et médecins y avaient droit. On n'avait pas l'impression d'être toujours très bien protégées, loin de là."

Je demande à mon amie d'enfance si les massages cardiaques sur les patients covid étaient autorisés. J'avais vu dans une série, Chicago Med, qu'ils ne l'étaient pas. En France, ou en tout cas dans son hôpital, cette interdiction n'existait pas.

"On a même eu un infirmier qui a donné un coup de poing dans la côte d'un patient qui faisait un arrêt. Il lui a cassé la côte, mais son geste a permis à son cœur de redémarrer à temps. C'est un geste interdit, mais si on avait attendu de le brancher sur une machine, ça aurait été trop tard et le patient serait devenu un légume. Mais du coup, le patient l'a attaqué en justice. Alors que l'infirmier lui a sauvé la vie. C'est comme ça que ça se passe la médecine de nos jours."

Et sa vie quotidienne, au boulot, avec le pass sanitaire, tout ça? Quelle est l'ambiance? 

"Là je suis en arrêt maladie. Mais l'ambiance n'est pas bonne, ça se tire dans les pattes entre vaccinés et non vaccinés. A côté du tableau des prochaines gardes, il y en a un autre avec le nom du personnel vacciné et non vacciné. C'est contraire à la loi."

Après notre conversation, j'ai évoqué cela avec ma femme, et elle m'a dit que le mieux était de prendre une photo de cet affichage et de faire un signalement auprès de la CNIL. C'est en effet une pratique illégale, en entreprise comme à l'hôpital. 

 "Les gens qui ne veulent pas se faire vacciner sont qualifiés de meurtriers. Le gouvernement a créé une nouvelle instance officielle pour chapeauter l'ordre des médecins, et faire pression. Du coup, les médecins qui ferment leur cabinet ne le font pas par choix, mais parce qu'ils y sont poussés. Alors que je connais des médecins qui sont des gens intègres, des gens bien. Ce ne sont pas des métiers comme les autres. C'est le même niveau d'intensité et d'implication que des pompiers, par exemple. Les professionnels de la santé qui ne veulent pas se faire vacciner ont parfois donné énormément d'eux-mêmes pour sauver les autres, pendant leur carrière. Et ils se retrouvent d'un seul coup, comme ça, au banc des accusés."

A ce stade de notre conversation, j'étais hésitant. Ma première intuition était que mon amie ne voulait pas se faire vacciner. Cette intuition était confirmée par son discours, hormis le fait qu'elle parlait de "ceux qui ne veulent pas se faire vacciner" comme si elle n'en faisait pas partie. Comme je ne voulais pas lui demander directement si elle l'avait été, ce qui aurait sonné trop accusateur à mes propres oreilles, je lui ai demandé si elle avait eu des effets secondaires indésirables. C'est là qu'elle m'a dit ne pas vouloir se faire vacciner. 

"Mes parents sont vaccinés, et j'ai fait vacciner ma fille. Elle a fait une forte fièvre, et de la tachycardie, et elle a été malade pendant deux jours."

Comme elle me disait avoir eu de nombreux discours l'accusant d'irresponsabilité, surtout dans sa situation de soignante, je n'ai pas voulu en rajouter une couche. Elle est consciente que de nombreux collègues refusant de se faire vacciner se retrouvent suspendus, mais ce n'est pas un souci immédiat car elle-même s'est mise en arrêt de travail, suite à un problème physique lié à son travail épuisant. 

L'impression que m'a laissé son discours est celle d'une personne victime de nombreux abus professionnels. Manque de reconnaissance, horaires délirants, exigences inhumaines de la hiérarchie, salaire misérable... De manière générale, j'ai le sentiment que quand vous pratiquez un métier de passion, à moins d'être au top et complètement irremplaçable, ce qui arrive rarement, la société vous le fait payer en vous exploitant jusqu'au trognon. Surtout dans le public.

J'ai bien conscience que la hiérarchie n'est pas la seule à être mise en cause, étant elle-même victime du manque de moyens affecté à l'hôpital public.

J'ai été longtemps dans l'écoute de mon amie, mais nous avons quand même eu un débat concernant le pass sanitaire. Elle pense qu'il viole tout à la fois le droit à disposer de son corps et les droits de l'homme, et que ce sont les seuls paramètres à prendre en compte. 

Mon avis, c'est que nous sommes dans une situation où le gouvernement est forcé de se comporter de manière machiavélique -- dans le sens de Machiavel. C'est à dire qu'il faut parfois sacrifier dix hommes pour en sauver cent. Les arbitrages impossibles du pouvoir.

Plus précisément, dès le discours de Macron début juillet, d'une part j'ai trouvé ça extrêmement brutal, et d'autre part, j'ai réalisé qu'il s'agissait d'un énorme coup de bluff, puisque début juillet, le gouvernement n'avait pas les doses pour que les Français soient vaccinés à 80%. On vient seulement d'avoir les doses nécessaires au moment où j'écris cet article, à la mi-septembre 2021. 

C'était comme si Macron demandait à tous les Français, ou au moins 80%, d'être vaccinés dès la fin juillet alors que l'Europe n'avait de toute façon pas donné suffisamment de doses à cette période pour que les choses se fassent si vite. 

Non seulement le pass sanitaire était plus que limite sur les droits de l'homme, mais là pour le coup, c'était très injuste. 

Le gouvernement a rétropédalé sur le pass sanitaire des adolescents 24h plus tard, heureusement. Sa méthode très brutale a néanmoins provoqué un électrochoc dans la population, et, alors que les courbes de vaccination auraient dû s'affaisser pendant l'été, elles se sont maintenues, et la France est devenu l'un des pays les mieux vaccinés en Europe. 

En y réfléchissant, j'en ai conclu que les Français avaient besoin d'un coup de pied aux fesses, peut-être pas tous, mais beaucoup d'entre eux. Ils avaient besoin d'un chef, ce que personnellement je trouve assez déplorable dans la mesure où cela signifie que le peuple, dans son intégralité, n'a pas la maturité suffisante pour prendre les bonnes décisions, et ce malgré les nombreuses sources d'information scientifiques. 

A la place de Macron, j'aurais agi avec honnêteté intellectuelle, en attendant d'avoir les doses pour mettre en place le pass sanitaire, en n'essayant pas de me venger d'avoir été laminé aux régionales en faisant cette annonce de manière brutale, alors même que les Français avaient déjà pris leurs dispositions pour les vacances d'été. Je serais beaucoup plus allé dans la diplomatie. 

Mais j'ai beau ne pas porter ce gouvernement dans mon cœur, je ne suis pas sûr du tout que ma méthode aurait été aussi efficace pour entraîner les gens vers la vaccination. Et l'efficacité, dans une situation digne de Machiavel comme celle-ci, est primordiale. Deux mois de gagnés, ce sont des centaines, peut-être des milliers de personnes de sauvées.

Ce que j'ai dit à mon amie, c'est : "tu peux maîtriser ton discours sur la liberté et les droits de l'homme, mais tu ne maîtrises pas la biologie de ton corps". Ce qui revenait à dire en gros que la nature n'en a rien à faire des droits de l'homme. Et qu'on était dans une situation où il fallait se caler sur la nature, pas sur les droits de l'homme. En gros, il faut choisir ces combats, et ce combat-là n'était pas le bon pour faire avancer les droits de l'homme. 

Mon amie n'était pas d'accord, bien sûr. 

Malgré ses révélations, mon opinion sur elle n'a pas changé. Je la considère toujours comme une amie. Je ne suis pas là pour la juger. 

En revanche, j'ai mon opinion sur son profil psychologique. Je pense que c'est une dure à cuire qui a un grand cœur. Elle a été victime de choses super dures sur le plan professionnel. Elle a été abusée par sa hiérarchie. Mais elle a tenu, parce qu'elle avait un idéal, mais aussi sans doute, parce que c'est un métier où l'on est porté par l'adrénaline, et que mon amie est une femme d'action. 

Son discours était parfois paradoxal, parce qu'à un moment, elle me dit que sa hiérarchie la mettait en danger avec le covid, et ensuite, elle me révèle qu'à l'hôpital, pendant la deuxième vague, ils n'ont eu que deux patients covid. A ce moment de son discours elle semble vraiment remettre en cause la dangerosité du virus.

Et pourtant, et pourtant elle me dit qu'à l'heure actuelle, elle n'essaie pas d'obtenir le pass sanitaire en se faisant tester, elle préfère rester confinée, ne pas sortir et ne mettre en danger personne. Nouvelle contradiction. 

En fait, elle se met en situation d'être inattaquable puisqu'elle prend sur elle pour ne faire prendre aucun risque à la population. 

Quand elle me dit ça, quand elle m'indique que les gens se font peut-être vacciner par peur, parce qu'ils ont peur du covid, je me dis que si la population devait suivre son exemple, il faudrait tous que nous fassions comme elle et que nous attendions dix ans pour voir si ce vaccin n'aurait pas vraiment des effets très indésirables. 

Or, ce n'est évidemment pas jouable sur un plan sociétal. Sur le plan économique, ce serait la catastrophe. Sur le plan psychologique, toute la société n'est pas composée d'individus qui sont des durs à cuir comme mon amie. 

Je n'oublie pas non plus qu'elle a fait vacciner sa fille, bien sûr, ce qui indique que mon amie n'est pas une antivax. 

En réalité, je crois que sur le plan psychologique, nous sommes à la fois dans l'affirmation de soi et dans la rétribution. 

L'affirmation de soi parce qu'on s'affirme en disant "non". Et quel meilleur moment pour dire "non" que celui ou tout le monde doit se faire vacciner sous peine d'être marginalisé? Vous devez me prendre en compte, prendre en compte ma différence, voilà le discours sous-jacent. 

Et là, de la part d'une infirmière, bien sûr, on est aussi dans la rétribution. Nous avons été abusés par la société, et donc, la société va cesser de nous oublier car nous allons refuser de jouer le jeu. 

J'ai d'ailleurs terminé la conversation avec mon amie en lui disant: "résiste, prouve que tu existes".

Cela pour lui montrer que je comprenais son état d'esprit. Moi, j'ai la possibilité de dire que je choisis mes combats, et que le combat contre la vaccination est un mauvais combat, que je n'aurais jamais choisi. Mais il est envisageable que sa personnalité et son vécu aient irrésistiblement poussé mon amie vers cette décision.

Et nous devons prendre conscience que c'est seulement à présent que nous avons suffisamment de doses pour 80% de vaccinations complètes en France. Soyons tolérants envers les hésitants. Il est encore temps de changer d'avis. Surtout lorsque l'on constate l'efficacité de la vaccination en Europe et en France, par exemple, par rapport aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont encore eu près de 3400 morts en 24h le 16 septembre 2021. A la même date, la France a eu 65 morts en 24h, soit 52 fois moins. La France est entièrement vaccinée à 70%, les Etats-Unis à 53,75%. 

mercredi 15 septembre 2021

Sécurisation des règlements libraires

La disparition de mon distributeur Expresséditeur.com conjuguée à des tarifs postaux en hausse me conduit à établir des règles plus strictes pour les Editions Emmanuel Guillot. Désormais, tout livre commandé, y compris par de grandes enseignes comme la Fnac, Cultura ou Decitre, devra être réglé préalablement à chaque envoi. 

Je demandais déjà le règlement au préalable à l'envoi des livres pour les libraires indépendants qui n'utilisaient pas Expresséditeur.com. Suite à la disparition d'Expresséditeur, suite à une facture qui n'a été réglée qu'au bout d'un an par une grande enseigne, suite à de nombreux retards par rapport aux factures qui doivent être payées à réception des livres, j'ai donc décidé de ne plus envoyer de livres par correspondance si je ne suis pas payé au préalable. 

Il faut savoir que l'augmentation progressive des tarifs postaux génère des tensions par rapport au règlement des factures. C'est en tout cas mon interprétation des difficultés que je rencontre. 

Pour la facturation, les règles sont claires: pour toute commande d'un livre individuel, j'ajoute 3 € de frais de port à charge du libraire, qui a droit à sa marge de 35%. Pour toute commande entre 1 et 2 kg, les frais de port sont de 3,50 €, et pour toute commande au-delà de 2 kg, les frais de port à charge du libraire sont de 4 €. 

Même chose pour les particuliers qui m'adresseraient directement une commande. 

Afin de gagner du temps, j'envoie un RIB par email en même temps que la facture pro forma et je procède à la commande dès que la facture a été réglée. 

Voilà pour les règles. En France, le site Amazon est souvent très critiqué. Pour les livres papier, il est pourtant le seul site à permettre non seulement la création d'un ouvrage broché en ligne, via son site dédié KDP Publishing, mais aussi le référencement automatique sur Amazon et l'impression à la demande de cet ouvrage.

C'est à dire qu'il n'y a pas de gaspillage, chaque livre fabriqué par KDP Publishing est un livre qui a été commandé et sera envoyé dans des délais rapides grâce à un service de livraison dédié, indépendant de la Poste. 

De nombreux libraires sont des passionnés et c'est très bien. Mais s'ils veulent lutter à armes égales, il leur faudrait: 

- créer un site à destination des éditeurs et de tous les auteurs indépendants

- permettre la conception d'ouvrages sur ce site par ces mêmes éditeurs et auteurs

- imprimer les ouvrages à la demande en fonction de chaque commande

- expédier les ouvrages au moindre prix grâce à un service dédié 

- avoir un service de paiement automatique simplifié pour les auteurs et éditeurs sur ce site

- avoir un service de relevé de ventes quotidiennes et mensuelles pour les auteurs et éditeurs sur ce site

Ce site leur permettrait de pallier le principal défaut d'une librairie, qui est son manque de place: pour chaque livre référencé sur le site que le libraire ne possède pas, il le commande lui-même sur le site, le fait envoyer à l'adresse. 

L'autre défaut que règlerait ce site, ce serait les retards de paiement. Je n'ai jamais eu aucun retard de paiement ni avec Amazon ni avec son concurrent numérique, Kobo. Mais Kobo n'intègre pas les livres papier de la même manière que KDP Publishing.

Je suis réaliste. Il est possible que les ventes de livres papier d'auteurs autoédités soient trop faibles pour que les libraires se regroupent et fassent un tel effort. Je sais qu'il existe déjà des sites de libraires conçus exclusivement pour des éditeurs, à l'exclusion des auteurs autoédités. Mais ces sites ne pratiquent pas l'impression à la demande, à ma connaissance. 

Amazon a réussi en France parce qu'il maîtrise toute la chaîne, production, vente, distribution. Les frais de port existent chez Amazon mais sont compris dans sa marge libraire. Et l'impression à la demande est ce qu'il y a de plus écologique. On ferait bien de ne pas l'oublier.

lundi 16 août 2021

Pays charnière

La géographie d'un pays peut-elle le condamner à en faire un territoire conflictuel?

On connaît le cas d'Israël, sorte de greffon de l'Occident pressé entre l'Egypte, le Liban, la Syrie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite. 
 
L'Afghanistan se trouve être le point de convergence entre le Moyen-Orient à l'ouest (Iran), des pays de l'ex-URSS au nord (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan), et l'Asie à l'est et au sud, avec le Pakistan et la Chine. 
 
Les deux pays qui partagent les frontières les plus étendues avec l'Afghanistan sont l'Iran et le Pakistan. Deux pays plus puissants que les petits du nord avec l'effondrement de l'union soviétique.
Deux pays islamistes, de manière radicale. 
 
Les Talibans ne viennent pas de nulle part.
 
Donc oui, si on y ajoute l'histoire, je pense qu'on peut se faire une bonne idée des influences qui traversent un pays en observant sa géographie. 
 
Et il ne fait pas bon être un pays charnière, coincé entre trois blocs aussi importants.

mercredi 7 juillet 2021

Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne

Coup de tonnerre dans le petit milieu de l'édition française: mis en cause dans l'affaire de harcèlement sexuel révélé par Médiapart (voir l'article de ce blog du 26 avril), Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne, ainsi que de son poste d'administrateur. Le communiqué de presse a été publié notamment sur le compte Facebook de Bragelonne le 6 juillet 2021. Une annonce qui a un goût de revanche pour les personnes qui ont eu à subir ce harcèlement, et qui a dû être accueillie par l'incrédulité des gens qui pensaient Marsan indéboulonnable (parfois les mêmes personnes, d'ailleurs). 

Oui, cela vaut la peine de se battre ! Non, les affaires de type #metoo ne servent pas qu'à brasser du vent ! Nul, dans le milieu de l'édition, ne peut se prétendre tout puissant. C'est un peu la leçon qu'il y a à retenir de toute cette affaire. 

Il faut savoir qu'aucune plainte n'avait été déposée contre Stéphane Marsan. Le sentiment étant, dans le milieu de la Fantasy, que quel que soit le nombre de témoignages, cela ne suffirait pas à "faire tomber" Marsan. Des décennies de femmes victimes de violences verbales ou physiques impunies, et ce en dépit de plaintes légalement déposées mais qui ont abouti à des non lieu, ont forgé la conviction que les prédateurs s'en tiraient toujours. 

L'affaire Weinstein n'a pas encore suffi à changer les mentalités, en France. 

En plus de cela, les enjeux pour les autrices qui ne souhaitaient pas se griller dans le milieu étaient très forts: l'écriture est à la fois une passion et un art de vivre. Dans cette sphère de l'édition traditionnelle, on a l'impression qu'un simple pas de travers sera irrémédiablement sanctionné. Rien ne fait plus peur à un auteur ou une autrice traditionnelle que l'idée de figurer sur une liste noire des éditeurs. 

C'est pourquoi on ne peut que rendre un vibrant hommage aux huit autrices qui avaient décidé de ne plus travailler avec Bragelonne tant qu'une enquête interne ne serait pas menée, et qui, ce faisant, ont fait bouger les lignes. Enfin! Voici l'article d'Actualitté à ce sujet.  

On peut penser que Marsan a vécu et est mort (symboliquement) sur cette idée de liste noire. Il devait user de cette épée de Damoclès pour remporter les rapports de force l'opposant aux autrices (principalement) et auteurs. Mais par ses abus répétés, il s'est mis de lui-même sur cette liste noire. 

Même si vous êtes président d'une maison d'édition, si plus personne ne veut travailler avec vous dans un milieu professionnel, il y a de fortes chances que vous finissiez par être débarqué. 

Au Moyen-Age, le seigneur local qui abusait du droit de cuissage pouvait finir avec sa tête au bout d'une pique. Toutes proportions gardées, c'est un peu ce à quoi on a assisté avec Bragelonne: l'équivalent d'une révolte paysanne. La justice ne semblait pas avoir les armes pour gérer des cas comme celui de Marsan. Peut-être parce qu'il faut croire un minimum en la justice pour qu'elle devienne un outil efficace.

Pour autant, est-ce que tout est réglé? Que nenni! Dans le communiqué de presse de Bragelonne, la maison d'édition évoque son "engagement en faveur de la lutte contre toute forme de discrimination en entreprise", et parle d'évaluation "des risques psychosociaux dans l'entreprise". A aucun moment ne sont mentionnées celles qui ont rendu tout cela possible: les autrices. 

On a l'impression que le problème est uniquement interne, alors qu'il provenait essentiellement des rapports entre le président d'une maison d'édition et des autrices. Il est vrai qu'il est difficile de trouver une qualification administrative aux autrices et auteurs: personnes en CDD renouvelables, prestataires ponctuels, intermittents du spectacle? 

Il n'empêche qu'une maison d'édition n'est rien sans ses autrices et auteurs. Mais comme les unes et les autres n'ont pas d'appellation administrative précise, le résultat c'est que sur le papier, elles et ils cessent d'exister. Ce qui est plutôt ironique, étant donné notre profession.

On peut aussi se poser une ou deux questions sur l'avenir de Bragelonne. Bernard Chaussegros, le nouveau président, n'a pas toujours laissé de bons souvenirs là où il est passé. Expert comptable, économiste, homme de l'audiovisuel, il a fait de la politique et c'est avant tout un homme de pouvoir, de réseau et d'influence. Est-ce le cursus indispensable pour être président d'un groupe éditorial? On a l'impression qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des compétences propres au milieu de l'édition. Comme s'il suffisait juste d'être un nabab pour occuper un poste de nabab, en quelque sorte. Et de préférence, d'être un homme.

Pour le moment bien sûr, là n'est pas l'essentiel pour nombre d'autrices, qui doivent pousser un gros soupir de soulagement.  

Autres articles sur le même sujet :

- Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

- Carriérisme

- Le tort tue