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mercredi 7 juillet 2021

Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne

Coup de tonnerre dans le petit milieu de l'édition française: mis en cause dans l'affaire de harcèlement sexuel révélé par Médiapart (voir l'article de ce blog du 26 avril), Stéphane Marsan démissionne de la présidence de Bragelonne, ainsi que de son poste d'administrateur. Le communiqué de presse a été publié notamment sur le compte Facebook de Bragelonne le 6 juillet 2021. Une annonce qui a un goût de revanche pour les personnes qui ont eu à subir ce harcèlement, et qui a dû être accueillie par l'incrédulité des gens qui pensaient Marsan indéboulonnable (parfois les mêmes personnes, d'ailleurs). 

Oui, cela vaut la peine de se battre ! Non, les affaires de type #metoo ne servent pas qu'à brasser du vent ! Nul, dans le milieu de l'édition, ne peut se prétendre tout puissant. C'est un peu la leçon qu'il y a à retenir de toute cette affaire. 

Il faut savoir qu'aucune plainte n'avait été déposée contre Stéphane Marsan. Le sentiment étant, dans le milieu de la Fantasy, que quel que soit le nombre de témoignages, cela ne suffirait pas à "faire tomber" Marsan. Des décennies de femmes victimes de violences verbales ou physiques impunies, et ce en dépit de plaintes légalement déposées mais qui ont abouti à des non lieu, ont forgé la conviction que les prédateurs s'en tiraient toujours. 

L'affaire Weinstein n'a pas encore suffi à changer les mentalités, en France. 

En plus de cela, les enjeux pour les autrices qui ne souhaitaient pas se griller dans le milieu étaient très forts: l'écriture est à la fois une passion et un art de vivre. Dans cette sphère de l'édition traditionnelle, on a l'impression qu'un simple pas de travers sera irrémédiablement sanctionné. Rien ne fait plus peur à un auteur ou une autrice traditionnelle que l'idée de figurer sur une liste noire des éditeurs. 

C'est pourquoi on ne peut que rendre un vibrant hommage aux huit autrices qui avaient décidé de ne plus travailler avec Bragelonne tant qu'une enquête interne ne serait pas menée, et qui, ce faisant, ont fait bouger les lignes. Enfin! Voici l'article d'Actualitté à ce sujet.  

On peut penser que Marsan a vécu et est mort (symboliquement) sur cette idée de liste noire. Il devait user de cette épée de Damoclès pour remporter les rapports de force l'opposant aux autrices (principalement) et auteurs. Mais par ses abus répétés, il s'est mis de lui-même sur cette liste noire. 

Même si vous êtes président d'une maison d'édition, si plus personne ne veut travailler avec vous dans un milieu professionnel, il y a de fortes chances que vous finissiez par être débarqué. 

Au Moyen-Age, le seigneur local qui abusait du droit de cuissage pouvait finir avec sa tête au bout d'une pique. Toutes proportions gardées, c'est un peu ce à quoi on a assisté avec Bragelonne: l'équivalent d'une révolte paysanne. La justice ne semblait pas avoir les armes pour gérer des cas comme celui de Marsan. Peut-être parce qu'il faut croire un minimum en la justice pour qu'elle devienne un outil efficace.

Pour autant, est-ce que tout est réglé? Que nenni! Dans le communiqué de presse de Bragelonne, la maison d'édition évoque son "engagement en faveur de la lutte contre toute forme de discrimination en entreprise", et parle d'évaluation "des risques psychosociaux dans l'entreprise". A aucun moment ne sont mentionnées celles qui ont rendu tout cela possible: les autrices. 

On a l'impression que le problème est uniquement interne, alors qu'il provenait essentiellement des rapports entre le président d'une maison d'édition et des autrices. Il est vrai qu'il est difficile de trouver une qualification administrative aux autrices et auteurs: personnes en CDD renouvelables, prestataires ponctuels, intermittents du spectacle? 

Il n'empêche qu'une maison d'édition n'est rien sans ses autrices et auteurs. Mais comme les unes et les autres n'ont pas d'appellation administrative précise, le résultat c'est que sur le papier, elles et ils cessent d'exister. Ce qui est plutôt ironique, étant donné notre profession.

On peut aussi se poser une ou deux questions sur l'avenir de Bragelonne. Bernard Chaussegros, le nouveau président, n'a pas toujours laissé de bons souvenirs là où il est passé. Expert comptable, économiste, homme de l'audiovisuel, il a fait de la politique et c'est avant tout un homme de pouvoir, de réseau et d'influence. Est-ce le cursus indispensable pour être président d'un groupe éditorial? On a l'impression qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des compétences propres au milieu de l'édition. Comme s'il suffisait juste d'être un nabab pour occuper un poste de nabab, en quelque sorte. Et de préférence, d'être un homme.

Pour le moment bien sûr, là n'est pas l'essentiel pour nombre d'autrices, qui doivent pousser un gros soupir de soulagement.  

Autres articles sur le même sujet :

- Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

- Carriérisme

- Le tort tue 

mercredi 5 mai 2021

L'épisode Bragelonne

Comment j'interprète l'épisode Bragelonne dans ma carrière. Cela remonte à 2003-2004 et à l'époque, j'avais dans l'idée de me faire publier traditionnellement. J'ignorais le concept d'autoédition. L'épisode a été très douloureux, mais j'ai su rebondir.


1) Une stagiaire lit mon manuscrit initial et le défend auprès de Stéphane Marsan
 
2) Après les 6 mois d'attente de départ, je vais au stand Bragelonne au salon du livre de Paris, et je demande des nouvelles de mon manuscrit. Coup de bol, c'est la même stagiaire qui tient le stand à ce moment, et qui se souvient de mon manuscrit
 
3) La stagiaire défend de nouveau mon manuscrit auprès de Marsan. Celui-ci n'a aucune intention de me publier, mais, reconnaissant peut-être un certain potentiel, décide de me commander un nouveau roman, au cas où
 
4) La stagiaire me fait venir dans les locaux de Montreuil (à l'époque) et m'explique que mon manuscrit n'est pas retenu, mais qu'on m'en commande un autre. Elle ne parle d'aucun contrat, et je commets l'erreur de ne pas aborder le sujet. En revanche, elle me propose de travailler directement avec Marsan
 
5) Ayant effectué ma période d'attente de 6 mois pour le premier manuscrit, j'estime que les choses doivent s'accélérer pour le second, et le fait de travailler avec Marsan, le directeur de collection (à l'époque) me paraît être une opportunité unique. C'est d'autant plus important pour moi que les choses se fassent rapidement que ma femme est enceinte et que je suis au RMI. Bref, dans la mouise
 
5) Marsan n'a toujours aucune intention de me publier, ce que j'ignore bien sûr. Mais il me fait venir à plusieurs reprises pour évoquer l'univers et le scénario du nouveau roman "pour voir ce que ça donne"
 
6) Il faudra que j'attende 6 nouveaux mois pour obtenir mon nouveau refus, après avoir envoyé les trois premiers chapitres. L'éditeur connaissait pourtant l'urgence de ma situation personnelle.

A aucun moment, Marsan n'a eu l'intention de me publier.

Evidemment, comme j'étais tout nouveau dans le milieu à l'époque, j'ignorais mon potentiel en tant qu'autoédité. Mais je suis persuadé que mon histoire n'est pas unique, et que c'est pareil chez tous les gros éditeurs.

Si je n'avais pas autant douté de moi-même à l'époque, j'aurais refusé d'aller plus loin sans la signature d'un contrat préalable, avec une avance conséquente. Mais la vérité, c'est qu'il est tellement difficile de travailler étroitement avec un éditeur que de nombreux auteurs seraient prêts à payer pour le faire.

Le véritable piège, c'est qu'on vous fait miroiter que les choses vont aller très vite, puisque vous travaillez avec le directeur de collection. Mais non, en fait. S'il y a bien une caractéristique de l'édition traditionnelle, c'est son extrême lenteur.

Avec le recul, je peux dire avec certitude que cette expérience directe ne vaut vraiment pas le coup, et ce quel que soit l'éditeur.

Ce que font payer les éditeurs aux auteurs, c'est leur manque de confiance en eux. Et ils le leur font payer très, très cher.
 
Et comment ça s'est passé pour ma femme et moi, me demanderez-vous? A l'époque, j'étais dans une phase de transition, puisqu'en 2003, Internet concurrençait énormément les revues de jeux vidéo avec l'arrivée du haut débit. Ma date de péremption approchait, je ne pouvais plus travailler dans la critique de jeux vidéo pendant encore très longtemps. J'avais ma carte de journaliste, mais le secteur me paraissait sérieusement bouché, et j'étais vraiment fatigué de "réseauter" pour trouver du boulot.
 
Au moment où ma femme était enceinte, juste après l'épisode Bragelonne, j'ai réussi à lui trouver du travail en CDI dans une association pour laquelle elle travaille encore à ce jour. Elle y est même devenue cadre. Je cherchais pour moi-même mais je me suis aperçu, comme on me faisait la description du poste, qu'il conviendrait mieux à mon épouse. 
 
L'aînée de ma famille, ma fille, est née en avril 2005. 
 
J'ai refais des piges, uniquement pour un magazine, PC Fun à l'époque, mais ça s'est terminé par un procès aux Prud'hommes en référé parce que la société mère a voulu virer tous les pigistes qui faisaient le magazine sans même délivrer de feuille jaune (Assédic) pour le chômage.
 
J'ai opéré une reconversion en cherchant un travail qui me permettrait de bosser à temps partiel, afin de continuer à écrire. Le Souffle d'Aoles, le fameux second manuscrit proposé à Bragelonne, était en chantier à l'époque. En 2006, j'ai trouvé du travail à l'ANPE, devenu très vite Pôle Emploi. 
 
J'ai quitté ce travail en 2014 pour écrire à temps plein. Le Souffle d'Aoles s'est depuis vendu à plus de 4000 exemplaires papier.

Après avoir financé la traduction du premier tome de la trilogie, j'ai embauché une correctrice professionnelle de langue anglaise et traduit les deux autres en anglais. 
 

lundi 26 avril 2021

Stéphane Marsan, de Bragelonne, mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel

Les sites Médiapart, ActuaLitté, Actu SF, Livres Hebdo et Elbakin ont tous répercuté l'info: Stéphane Marsan, le patron de Bragelonne a été mis en cause dans une affaire de harcèlement sexuel. Médiapart a recueilli le témoignage et les documents d'une vingtaine de femmes, autrices, éditrices, étudiantes ou stagiaires, la plupart du temps sous le couvert de l'anonymat. Stéphane Marsan a réagi avec un droit de réponse sur Médiapart, mais aussi en homme de pouvoir, en menaçant ceux ou celles qui voudraient le dénoncer d'un possible procès en diffamation. 

Aux dernières nouvelles, le Syndicat des Ecrivains de langue française vient (le lundi 26 avril 2021) de réagir de la sorte:

Le 21 avril dernier, Mediapart a publié un article au sujet de Stéphane Marsan, éditeur chez Bragelonne. Une longue enquête, au cours de laquelle les journalistes ont rassemblé de nombreux documents et témoignages, a montré que monsieur Marsan serait coutumier d’actes s’apparentant à du harcèlement sexuel et/ou moral, le plus souvent sur des jeunes femmes.

Ce n’est pas une surprise. Des adhérentes du SELF avaient déjà évoqué en privé des faits similaires qu’elles avaient subis de sa part, et nous les avions alors assurées de notre soutien.

Nous répétons aujourd’hui cette affirmation publiquement : le SELF soutient toutes les personnes qui ont eu le courage de témoigner, mais aussi celles qui n’osent pas le faire.

– SELF

L'article d'où tout est parti, de France Info, librement accessible.

L'article original de Médiapart du 21 avril, réservé aux abonnés. 

L'article sur AcutaLitté, avec les dernières mises à jour.

Le droit de réponse de Stéphane Marsan sur ActuaLitté, librement accessible.

L'article sur Actu SF. 

L'article sur Livres Hebdo. 

L'article sur Elbakin. 

Mon article Carriérisme, où j'évoquais ce mois-ci, le 13 avril précisément, le cas d'une romancière française victime de harcèlement. Je peux maintenant vous dire que la maison en question était bien Bragelonne, et le personnage Stéphane Marsan. En revanche, je ne révélerai le nom de la romancière que si elle m'y autorise. Bien qu'étant auteur autoédité et non traditionnellement publié, je m'associe donc au communiqué du SELF.

En toute transparence, étant moi-même auteur de Fantasy, je ne suis bien sûr pas impartial. Et d'autant moins que Bragelonne est un éditeur qui a refusé l'un de mes manuscrits au bout de 6 mois de demande, alors même que j'avais été en contact direct avec Marsan (nous nous sommes rencontrés plusieurs fois), à une époque où mon épouse était enceinte. 

J'ai sur les derniers mois de ma relation avec Bragelonne été traité avec un irrespect total. Il va sans dire que je n'ai jamais plus acheté un roman des éditions Bragelonne après cela. C'est bien sûr un choix personnel.

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- Carriérisme

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