jeudi 9 octobre 2014

[Archives 14/10/2009] Le dépôt-vente en librairie

La diffusion est, comme les acteurs concernés par le marché du livre le savent bien, le secteur-clé. Le problème auxquels sont confrontés les auteurs comme les petits et moyens éditeurs est de parvenir, non seulement à diffuser leurs ouvrages, mais à y intéresser suffisamment les libraires pour qu'ils puissent en parler et les proposer à leurs clients qui seraient susceptibles d'en faire l'acquisition. Or, la proposition que font dans 99% des cas les libraires aux auteurs et petits éditeurs qui font de la négociation directe, sans diffuseur, c'est le dépôt-vente. Et ce fameux dépôt-vente, qu'est-ce que c'est exactement ? Explications.

Certains libraires ont mis au point des contrats de dépôt-vente. Celui de la librairie Antiqvaria, par exemple, permet d'y voir plus clair. La commission que prend le libraire sur les livres en dépôt vente y est de de 35% du prix du livre entre 0 et 1500 € de vente, et de 30% de prix du livre au-delà de 1500 € de vente. Ce contrat est de 4 mois ferme renouvelable tacitement, mais l'article 4.4 stipule que :

A compter de la fin du contrat de dépôt-vente notifiée par écrit au déposant pour une cause autre que celle stipulée à l'article 4.1, la Librairie Antiqvaria conserve l'article pendant 15 jours. Si au-delà de ce délai, le déposant n'est pas venu retirer l'article invendu, la Librairie Antiqvaria peut à son choix : A. faire livrer l'article à l'adresse du déposant à ses frais  -  B. disposer de l'article comme il l'entend (vente, don, destruction) ; en cas de vente, le produit total de la vente est acquis à la Librairie Antiqvaria à titre d'indemnisation des frais de garde, de dossier, et d'assurance.

C'est à dire qu'avec le système de dépôt-vente, le libraire garde les livres un certain temps et c'est à l'auteur ou l'éditeur ou son représentant de venir rechercher les ouvrages si le libraire le lui signifie. Tout serait parfait dans un monde parfaitement équitable si tous les livres vendus par les libraires étaient soumis à ce système de dépôt-vente. Malheureusement, on s'aperçoit qu'il existe aussi la possibilité de contrats entre libraires et éditeurs, contrats qui  peuvent donner lieu à des achats de livres sur catalogue par les libraires (les offices).

Maintenant, mettez-vous à la place d'un libraire. Vous avez, d'un côté un livre pour lequel vous avez dépensé de l'argent. Si vous ne le vendez pas il va vous côuter des frais de retour, même si une partie est prise en charge par l'éditeur. De l'autre vous avez le livre que vous a gentiment déposé un auteur, qui ne vous a rien coûté sinon un peu d'espace de présentation dans votre librairie et va certes vous rapporter 30 ou 35%, mais qui ne génèrera aucun frais de retour si vous ne le vendez pas. Pour quel livre allez-vous vous battre ? Lequel allez-vous chercher à vendre en priorité à votre clientèle ?

On voit bien que l'auteur ou le petit éditeur, avec le dépôt-vente, se voit placé en situation évidente d'infériorité : non seulement il devra reverser une marge de 30% si par miracle, le livre en dépôt-vente se vend, mais il est assuré, sauf à connaître personnellement le libraire ou à venir le harceler tous les deux jours, qu'on ne fera rien pour vendre son ouvrage.

Je serais curieux de savoir s'il existe un observatoire du livre qui permette de savoir statistiquement quelles sont les ventes des livres en dépôt-vente en comparaison de celles des ouvrages achetés par les libraires ? Y a-t-il des exemples de succès littéraires qui ont commencé exclusivement par du dépôt-vente ? Si vous êtes un acteur de la chaîne du livre et que vous souhaitiez répondre à mes interrogations, je vous invite cordialement à me laisser un commentaire...

4 commentaires:

Nathalie Bagadey a dit…

Je pense que tu ne considère que l'aspect "rentabilité" de l'opération alors qu'il y a tellement d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte.
Mettre son livre en dépôt-vente c'est :
1) permettre à des gens n'aimant pas Internet (ou Amazon) de se procurer le livre, tout en faisant vivre les petits libraires.
2) créer du lien notamment en investissant des lieux où peuvent potentiellement se tenir des séances de dédicaces / conversations autour du livre.
3) vendre des livres à des lecteurs qui n'en auraient pas pris connaissance sinon.

Pour ma part, j'ai trois libraires auprès de qui j'ai mis mes livres en dépôt-vente. Il s'agit de personnes en qui j'ai confiance, dans de petites librairies à taille humaine et je sais qu'elles ont à coeur de faire découvrir mon histoire (et non de gagner principalement de l'argent en ne conseillant que des livres issus de grande maison d'édition : beaucoup de libraires adorent passionnément leur métier de conseiller, ils ne le feraient pas s'il s'agissait uniquement d'engranger de gros chèques...)

Et avec le prix du livre via CreateSpace je gagne malgré tout de l'argent sur mon livre, mais avec la commission à 30%. :)

Alan Spade a dit…

Disons que c'est l'aspect "rentabilité en cohérence avec l'organisation" que je pointe dans cet article.

Nous avons intérêt, en tant que petites entreprises, à aller vers ce qui fonctionne pour nous.

Trois librairies en dépôt-vente, c'est encore gérable. Mais tu entres dans le cadre auquel je faisais allusion dans l'article des personnes qui ont su créer du lien avec leur libraire.

C'est ce lien qui peut rétablir l'équilibre par rapport à la volonté que va démontrer le libraire à faire connaître le livre.

Joe Konrath disait que certains libraires lui avaient vendus plus de 1000 de ces ouvrages. Mais il avait aussi su créer du lien avec eux. L'idéal étant bien sûr que le libraire lise le livre.

Et la grosse différence avec nous, bien sûr, c'est que Konrath était traditionnellement édité au moment où il travaillait avec les libraires, donc il n'avait pas à gérer les endroits où ces livres, d'ailleurs soumis aux conditions de retour classiques, étaient présents.

J'ai appris à un moment par un contact Facebook qu'un libraire de livres usés (donc, qui ne me rapporte aucune redevance d'auteur) faisait une grosse pub auprès de ses clients à propos de ma trilogie.

Sans même l'avoir rencontré, je lui ai envoyé le coffret complet de la trilogie en version papier. Sans lui demander aucune contrepartie, juste à titre de remerciement.

Mais je reconnais que je ne vais pas chercher à créer spontanément du lien avec un libraire.

Je suis bien sûr heureux de travailler avec la trentaine de libraires qui m'accueillent en grande surface ou centre culturel en séance de dédicace dans la région parisienne, sous condition de dépôt-vente avec reprise des invendus le jour même.

Mais je sais aussi que le système des retours est ce qui a tué de très nombreux petits éditeurs, et je sais que le dépôt-vente en dehors des séances de dédicace n'est pas une solution viable pour moi.

Si un libraire a lu mes livres et connaît suffisamment sa clientèle pour savoir qu'il peut me prendre les livres en compte ferme sans risque pour lui, qu'il le fasse.

Mais la gestion des séances de dédicace me prend suffisamment de temps sans que j'aille ensuite gérer du dépôt-vente.

Nathalie Bagadey a dit…

Oui, je vois ce que tu veux dire, 30 ce serait ingérable pour moi ! ;)
Et cela disperse le livre un peu partout, il faut savoir sacrément bien gérer son stock pour s'en sortir.
Mais les dédicaces, tu les fais où ? Uniquement dans les salons ?

Alan Spade a dit…

Non, je ne vais plus en salons, où la concurrence est exacerbée (même s'il y a de la bonne humeur et si ça fait plaisir de retrouver des consœurs et confrères). Pour avoir un aperçu représentatif, regarde la colonne de droite de ce blog, mes dédicaces y sont indiquées. :)