lundi 7 avril 2025

L'Essence des Sens : chapitre 41

A titre expérimental, j'ai décidé de faire paraître un nouveau chapitre de mon dernier roman, L'Essence des Sens (Science-Fiction), sur ce blog chaque semaine. Voici le quarante-et-unième.  

41. Le Cœur d’Argea 

Belganov et Balchak accueillirent Jaynak, Naldeia ainsi que Shaella et son commando sur le destroyer qui les avait recueillis, L’Ambré. C’était celui des deux qui était en meilleur état. Contrairement au Réfractaire et au second destroyer, ses capacités motrices avaient résisté aux combats et aux radiations d’Altanis. Bien que le rendez-vous avec la flotte ait été manqué, Belganov pourrait rejoindre celle-ci rapidement en orbite de Nadar. Le croiseur et les deux destroyers devraient subir des réparations extensives dans les chantiers spatiaux, afin de redevenir opérationnels le plus tôt possible. 

Belganov sourit en pénétrant dans la salle de détente où se trouvaient ses anciens compagnons. « Pas la moindre égratignure ! C’est un miracle, nous avions cru vous avoir perdus. 

– Nous pouvions dormir sur nos deux oreilles, répondit Shaella en lui rendant son sourire, parce que nos ennemis avaient pris soin de nous enfermer dans des champs de stase quasiment indestructibles. 

– Leur seul point faible était leur alimentation, compléta Naldeia. Et elle a été coupée juste au moment propice. 

– Très heureux de vous revoir en si bonne santé, fit Balchak. 

– Merci d’être allé chercher de l’aide, dit Shaella. Vous êtes arrivés à point nommé. » 

Balchak se contenta de hocher la tête. 

« Les Quantoriens sont toujours là quand on a besoin d’eux, commenta Belganov. Je savais que notre planète courait un danger mortel, mais sans Balchak pour nous aiguiller au bon endroit… Et puisqu’on en est aux remerciements, merci encore pour votre opération sur Nadar, Shaella McGinnis. Grâce à vous et votre équipe, nous avons découvert par quel moyen les Ektrims nous ont implanté leurs nanites. Figurez-vous qu’ils utilisaient de petits drones furtifs. 

– Notre alliance produit déjà d’appréciables résultats, dit Shaella. J’espère que votre peuple s’en réjouit. » 

Belganov prit une expression embarrassée. « Je l’avoue, certains de mes Guides ont été très surpris quand je leur ai annoncé que c’était des humains qu’ils devaient rechercher dans ce croiseur ektrim. Les choses sont allées si vite que même parmi les Réfractaires, tout le monde n’a pas encore assimilé cette nouvelle alliance avec la Confédération des Planètes Unies. Je n’en ai pas encore informé le peuple, mais la Ruche s’est fait un plaisir de donner l’information, mélangée à un tel déluge de fake news que nous avons dû couper nos semblables du réseau de l’Expansion. Les gens sont très désorientés. Heureusement que nous avons l’argelen pour les aider à retrouver leurs repères. Et cette découverte d’une usine secrète de drones furtifs devrait peser lourd pour les convaincre du bien-fondé de notre action. Surtout quand ils sauront que tous les nanites ektrim étaient piégés. Nous ne leur dirons qu’après les avoir enlevés, bien entendu. 

– Et quand vous leur apprendrez que la bien-aimée Expansion a essayé de détruire Nadar en surchauffant Altanis, dit Jaynak. 

– Sans oublier, enchaîna Shaella, les prochaines représailles que préparent déjà les Ektrims. Avec tout mon respect, Premier Coordonnateur, vous n’allez plus pouvoir garder le secret au sujet de notre alliance. Il vous faut préparer au plus vite votre peuple à la confrontation. L’ennemi a prouvé qu’il ne perdait pas de temps. Qui sait, le fait d’annoncer publiquement que vous êtes sous la protection de la Confédération des Planètes Unies le dissuadera peut-être de passer à l’acte. 

– Vous avez raison, bien sûr. Quoique, concernant l’aspect dissuasif de notre alliance, je n’ai guère d’espoir, connaissant le caractère vindicatif des Fengirs. 

– De notre côté, nous aurions besoin que vous mettiez à notre disposition un transporteur, dit Shaella. 

– Certainement, dit Belganov. Vous souhaiteriez une escorte ? 

– Je ne crois pas que nous aurons une autre mauvaise surprise. Balchak nous accompagnera de nouveau avec L’Eclat d’Alcor, n’est-ce pas ? 

– Avec plaisir, répondit l’intéressé. 

– Dans ce cas nous n’aurons rien à craindre. Assurez-vous simplement que le Relais vers Estregor nous livre le passage. 

– Ce sera fait. » 

Jaynak fit signe à Belganov, qui l’interrogea du regard. 

« Puis-je me joindre à eux ? demanda Jaynak. Avant de revoir mon frère et ma famille, je souhaiterais retrouver mon visage d’avant, vous comprenez. » Jaynak désigna sa figure, toujours modifiée par l’empreinte de la moussor. 

Naldeia lui pressa la main, ce que Belganov remarqua. Il se demanda si la requête n’était pas un prétexte pour passer un peu plus de temps avec la jeune femme avant leur séparation. Jaynak et sa nouvelle compagne avaient côtoyé la mort de si près… « Requête accordée, dit Belganov. Autre chose ? » 

Il n’y avait rien d’autre. Ils décidèrent de partager un ultime repas avant de se quitter. 

Dès son retour sur Nadar, Belganov convoqua le Coordonnateur de la flotte. Il fit à Telnov le compte-rendu des derniers événements. Tous deux convinrent de faire surveiller Altanis par quatre bâtiments de classe Protector munis de détecteurs de neutrinos, afin de repérer un éventuel vaisseau camouflé. Solution provisoire en attendant de renforcer la défense de l’étoile de manière permanente par la construction de nouvelles stations d’observation et de surveillance. Telnov n’accueillit pas avec enthousiasme le fait de devoir sacrifier une part aussi importante de sa flotte — en plus des quatre bâtiments sur place, huit autres devraient assurer le ravitaillement et la rotation des équipages. Néanmoins, ils n’avaient pas le choix et le Coordonnateur de la flotte le savait. 

Belganov demanda ensuite au Premier Guide Communiant d’Argea de préparer le peuple à un grand discours de sa part. Dès qu’il eut achevé de le mettre au point, à l’heure fixée par Halnev, Belganov prit la parole. Son allocution fut retransmise par les mêmes médias autrefois à la solde des Fengirs, à l’exception bien sûr de la Ruche, qui n’était plus opérationnelle. Belganov y annonça l’alliance avec la Confédération des Planètes Unies, et se donna un an pour stabiliser la situation avant d’organiser des élections libres. Il détailla toutes les mesures militaires et civiles mises en œuvre. L’extraction des nanites ektrim était l’une des priorités, mais Belganov ne cacha pas le péril mortel auquel venait d’échapper la planète. Pour appuyer sa démonstration, il retransmit le message de l’Exarque stellaire Than’Agh. 

Les films holo enregistrés par les vaisseaux qui avaient intercepté le croiseur ektrim et ses armes létales vinrent ensuite attester que les paroles de l’Exarque ektrim n’avaient pas été de vaines menaces. 

« Mon prédécesseur va devoir être jugé, annonça Belganov. Le nombre de procès qui l’attend est toutefois tellement important que cela va prendre du temps de réunir tous les éléments nécessaires. Une chose ne change malheureusement pas par rapport aux derniers mois — la flotte va avoir besoin de très nombreux bras. Chers enfants des strates, je vous engage à vous porter volontaire en masse si nous voulons offrir un avenir à notre planète. » 

Belganov surveilla avec anxiété les conséquences de son discours. Il craignait en particulier des émeutes incitées par les partisans de Grendchko. 

Il s’avéra que la plupart des gens étaient tellement soulagés de revoir leurs proches partis pour la guerre contre Oblan, mais aussi tellement déstabilisés par les dernières informations qu’ils se révélaient incapables de réagir contre le nouveau pouvoir. Quant aux anciens Fervents, la disparition des Fengirs de la surface de la planète les laissa désemparés. A l’instar de la grande majorité de la population, ils retrouvaient le chemin des Cavernes d’Ambre de chaque cité, désireux de se plonger dans l’argelen, à la recherche de repères. La perspective d’une guerre contre les alliés d’antan agissait pour sa part comme un vent puissant dissipant les brumes de l’incertitude afin de remobiliser les masses. 

Le lendemain de son discours qui fut ensuite connu sous le nom de Séisme de Belganov, le Premier Coordonnateur reçut en son Palais un prisonnier de marque. Grendchko était escorté de quatre soldats. Trois drones SR assurant sa protection personnelle, Belganov fit signe aux gardes de se reculer. Grendchko n’était pas entravé. Il semblait stupéfait de ce qu’il voyait. 

« Vous avez volé mon trône ! accusa-t-il bille en tête en le désignant du doigt. J’ai gagné les élections à la loyale ! Vous n’avez pas le droit d’essayer de me les voler. » Poussant un grondement, il se rua tête baissée sur Belganov. 

Son corps fut pris d’un tremblement. Activé par l’un des gardes, le dispositif fixé à sa taille venait de lui envoyer une décharge qui le priva du contrôle nerveux sur ses membres — il s’effondra sur le ventre. Belganov fit signe aux soldats de le retourner. Ensuite, il entreprit de marcher sur le torse de l’ennemi vaincu, magnétisant ses pieds afin de se maintenir en équilibre. L’éclat bleuté des yeux de Grendhcko ne perdait aucun de ces mouvements. Le Premier Coordonnateur déchu s’efforça de parler, sans y parvenir. 

« Sans les nanites ektrim qui conditionnaient nos semblables à voter pour le favori des Fengirs, vous n’auriez jamais pu être élu, dit Belganov en baissant les yeux. Remarquablement, nos analyses ont révélé que vous-même n’avez pas été parasité par l’un de ces nanites. Je soupçonne vos anciens alliés d’avoir été tellement satisfaits de découvrir quelqu’un d’aussi naturellement stupide et servile qu’ils ont décidé de ne rien changer. Vous étiez la marionnette idéale, celle dont on peut modéliser la moindre des réactions, tant vous êtes mu par vos pulsions primaires. » 

Belganov contempla un instant le plafond, comme pour se recueillir. « Vous restez néanmoins un Nadarien. A ce titre, et eu égard à votre rang, certes usurpé, d’ancien Premier Coordonnateur, vous allez être détenu, dans l’attente de votre jugement, dans notre lieu le plus sacré. Le Cœur d’Argea va vous accueillir. » 

Belganov ne manqua pas de relever la lueur d’effroi dans les yeux de Grendchko. Le Cœur d’Argea était une pièce profondément enfouie dans les Cavernes d’Ambre, où la gravité décuplée ne vous laissait faire le moindre mouvement qu’au prix de terribles efforts. L’endroit n’était pas mortel, mais donnait l’impression de réintégrer la roche, expérience mystique prisée de certains, qui en connaissaient toutefois les conséquences. Il était en effet impossible de sortir du sanctuaire sans aide extérieure, et s’y nourrir était une vraie épreuve. 

Belganov demeura immobile un instant, comme s’il attendait une réponse. Puis il hocha la tête d’un air satisfait et démagnétisa ses pieds pour se diriger avec nonchalance vers son trône.

Le résumé de ce chapitre, commenté par deux voix de l'IA en anglais.

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Retrouvez les cinq premiers chapitres en cliquant sur ce lien.

 

lundi 31 mars 2025

L'Essence des Sens : chapitre 40

A titre expérimental, j'ai décidé de faire paraître un nouveau chapitre de mon dernier roman, L'Essence des Sens (Science-Fiction), sur ce blog chaque semaine. Voici le quarantième. 

40. Le jeu des pyramides 

En reprenant connaissance, Shaella réalisa que son nanite était encore fonctionnel. Conçu pour résister à des décharges électriques, il avait donc passé l’épreuve avec brio. Elle sut qu’elle avait été droguée, de même que ses compagnons, eux aussi transportés sur les épaules de Zayborgs — ses membres refusaient de lui répondre. Décidée à masquer les rares atouts dont elle pouvait disposer aux yeux de l’ennemi, elle choisit de ne pas se servir de son augmentation pour essayer de reprendre le contrôle sur son corps. Son nanite lui apprit tout de même que Fal n’était pas dans leur groupe. 

Au moment où une porte glissait pour leur livrer le passage, Shaella redressa la tête et aperçut Jaynak et Naldeia. Eux aussi avaient repris conscience, mais ne paraissaient pas plus maîtres de leurs mouvements. Dans la salle spacieuse où ils venaient d’entrer, des icônes en langage ektrim flottaient au-dessus de consoles opérées par des individus longilignes, au crâne oblong, dont les doigts interminables s’agitaient comme au ralenti. Coincée sur l’épaule de son porteur, il était difficile à Shaella de se faire une idée de ses environs. Ce ne fut que lorsqu’on la plaça dans un champ de stase à l’avant de la pièce, en face de baies panoramiques donnant sur l’hyperespace, qu’elle réalisa être dans la salle de commande du vaisseau — aux premières loges. Ses compagnons furent installés sur des dispositifs similaires, six autres humains et deux Nadariens. Le champ permettait de tourner la tête, mais bras et jambes, soulevés en l’air, ne bénéficiaient que d’une mobilité limitée. Shaella connaissait le principe de ce type de technologie. Elle savait que toute tentative pour forcer le champ entraînerait une immobilisation totale. Pour couronner le tout, la moindre utilisation de son nanite serait aussitôt repérée. 

Les tachyons qui environnaient Shaella avaient de quoi donner le tournis. De toutes les couleurs du spectre lumineux, ils déferlaient sans répit comme s’ils avaient pour but de vous engloutir dans leur tourbillon chromatique. Ils disparurent d’un seul coup, remplacés par une lueur blanche qui aurait été aveuglante sans la polarisation automatique des parois de vitriglass. Celles-ci permettaient de distinguer des secteurs plus foncés. L’éclat ardent emplissait l’intégralité des baies devant Shaella. 

Shaella savait n’avoir été inconsciente que pendant une période relativement courte. Comme la plupart des bâtiments d’un gabarit similaire, le croiseur ektrim était capable de recourir à des sauts en hyperespace par lui-même, sans passer par un Relais d’Accélération. La portée de ces sauts était cependant plus limitée. 

Ce qu’elle avait sous les yeux ne pouvait donc être qu’Altanis. On pouvait presque deviner les réactions nucléaires se produisant sur l’étoile du secteur, tant elle était proche, à présent. La température de la pièce, pourtant, demeurait stable autant que Shaella put en juger. Elle percevait l’écho de conversations et des cliquetis. Les voix étaient celles d’Ektrims, à l’exception de feulements indiscutablement fengiriens. 

Les membres du commando de l’Angle M, quant à eux, restaient muets, respectant les consignes à observer dans ce cas de figure. Jaynak et Naldeia ne disaient mot eux non plus, apparemment écrasés par la situation. On ne pouvait le leur reprocher — la présence si proche de l’étoile du système des Nadariens était de mauvais augure. 

Un double bruit de pas se fit entendre, l’un mat et distinct, l’autre étouffé. Drapé dans une toge semi-transparente laissant apercevoir les courants électriques qui le traversaient, l’Ektrim avait de petits yeux emplis de malice enfoncés dans leurs orbites. La peau de son visage était lisse, cependant sa manière de se mouvoir, ainsi que l’expérience au fond de ses yeux auguraient le grand âge. Ce liseré rouge autour du col le désignait comme commandant du vaisseau. Shaella ne fit qu’entrevoir le Fengirien qui l’accompagnait, lequel restait en retrait. L’Ektrim passa devant chacun des champs de stase et dévisagea les prisonniers tour à tour. Nul indice extérieur n’indiquait le rang de Shaella, et pourtant, ce fut en la scrutant du regard qu’il prit la parole. 

« Heureux de voir que vous avez tous repris conscience », fit l’Ektrim. Sa voix avait la propriété perturbante d’être à la fois haut perchée et de s’insinuer dans les oreilles, comme si elle provoquait un écho, ou comme si elle provenait de plusieurs endroits en même temps. « La Confédération des Planètes Unies a eu tort d’aller fourrer son sale nez dans des affaires qui ne la concernent en rien. » L’individu se déplaça jusqu’à se mettre en face de Naldeia et Jaynak. « Quant aux Nadariens, ils n’ont, pour utiliser l’une de vos pittoresques formules humaines, rien compris au film. Ils n’ont pas saisi qu’ils n’existeraient déjà plus s’ils n’avaient pas intégré l’Expansion, jadis. Nos alliés les Fengirs voulaient les anéantir. Dans sa grande mansuétude, l’Assemblée galactique ektrim en a décidé autrement.

 – Afin de nous réduire en esclavage, lâcha Jaynak entre ses dents. 

– Les esclaves connaissent leur statut. Nous vous avons offert bien mieux. Nous vous avons offert l’illusion de la liberté. Mieux encore — nous vous avons offert la possibilité de donner votre vie pour une cause qui vous dépasse largement, celle de l’Expansion. » L’Ektrim pivota pour s’avancer à grands pas vers Shaella. Le Fengir à la fourrure rousse observait son manège les bras croisés, imperturbable. « Et quant à vous, reprit l’Ektrim, la pitoyable tentative de votre minable organisation n’aura servi qu’à faire troquer aux Nadariens une illusion contre une autre. Vous les avez plongés dans la chimère de la rébellion. Quand bien même aucune rébellion n’était possible. Comme vous allez en avoir l’éclatante démonstration, les Ektrims ont toujours le dernier mot. » Le commandant de vaisseau désignait l’extérieur de l’une de ses serres. Le ricanement qui s’échappa des minces lèvres, presque translucides, était si aigu qu’il vrillait le cerveau — une série d’électrochocs aurait eu un effet similaire. 

Shaella ne cilla pas. 

« Regardez cela ! fit l’Ektrim. Et ceci ! » Successivement, il pointa l’un de ses longs doigts crochus en direction des baies à bâbord et tribord, vers ce qui pouvait figurer une paire de pyramides d’obsidienne en position horizontale. Soudain, l’individu dégingandé se figea et prit une inspiration. Ses pupilles atteignirent la fixité de celui qui regarde vers l’intérieur. Les pyramides se détachèrent alors du vaisseau et s’éloignèrent l’une de l’autre, s’orientant sur Altanis. Shaella devinait que l’Ektrim venait d’en donner l’ordre en passant par une augmentation cérébrale. « Un seul double tir de ces fabuleuses pointes d’antimatière, expliqua le commandant, suffirait à ravager la moitié de Nadar. Ce n’est pourtant pas ce qu’elles vont faire. » Il y avait indiscutablement une lueur de folie dans le regard qu’il jeta à Shaella. « Les explosions que ces pointes vont provoquer à la surface d’Altanis ne permettront bien sûr pas de détruire l’étoile. En revanche, les réactions en chaîne vont créer une tâche stellaire de nature à augmenter la température de l’atmosphère de Nadar de 20 degrés. Dans les cinquante prochaines années, l’évaporation va générer un effet de serre qui recouvrira Nadar comme une cloche. Le prodigieux effet d’emballement augmentera cette fois la température de surface de 100 degrés. L’effet est irréversible. Nul de vos nouveaux petits alliés ne pourra y survivre, humaine. Une mort soudaine aurait été bien trop douce, vous comprenez. On ne quitte pas l’Expansion sans conséquence. » 

Un nouveau ricanement monstrueux s’éleva dans la salle de commande du croiseur. 

*** 

Belganov savait avoir pris un vrai risque en sautant aussi près de l’étoile de Nadar. Mais que pouvait-il faire d’autre ? Le récit de Balchak l’avait convaincu que l’avenir de son peuple était en jeu. Le croiseur possédait plusieurs heures d’avance, que l’on ne pouvait regagner qu’en faisant un pari avec le destin. Le Coordonnateur des Nadariens disposait cependant d’un atout — son croiseur comme les deux destroyers venaient d’être construits et étaient tous trois équipés de la dernière génération de réacteurs antigrav et d’impulsion. En contrepartie, les vaisseaux n’avaient pas encore fait leurs preuves au combat. 

Dès la sortie de l’hyperespace, les signaux d’alarme de la salle des machines retentirent dans Le Réfractaire — le patronyme du croiseur, récemment renommé. Le voyant orange du système de survie se mit lui aussi à clignoter, alertant sur une prochaine défaillance possible. L’intolérable chaleur en provenance de l’étoile Altanis saturait les dispositifs de captation d’énergie et de retransmission au vaisseau, et les boucliers déflecteurs étaient sursollicités. Belganov fut néanmoins soulagé de constater que les deux destroyers en avaient également réchappé. L’Adepte-technicien de la salle des machines vint prévenir que tous les systèmes étaient au maximum de leur capacité, mais ne pourraient sans doute pas tenir bien longtemps. Belganov se concentra sur les signaux des stations de protection. 

« Par les démons des strates ! marmonna-t-il. » 

Balchak, qui avait eu le temps de le rejoindre, lui lança un regard inquiet. 

Belganov effleura une icône de sa console, et les hologrammes de deux pyramides autopropulsées, se détachant sur la blancheur aveuglante d’Altanis, apparurent. « D’après les données en provenance des stations de protection, corroborées par l’Intelligence Synthétique du vaisseau, nous avons là deux projecteurs d’antimatière. Il y a 99 % de chance que ce soit le moyen par lequel les Ektrims entendent éradiquer notre civilisation. 

– Ces espèces de pyramides seraient suffisantes pour détruire votre étoile ? » Balchak ne masquait pas son scepticisme. 

– Non, bien sûr. Mais l’explosion d’antimatière serait assez puissante pour l’agacer et déclencher sa colère. Il en résulterait une hausse de température dans tout le système, qui nous serait fatale sur le moyen terme. » Belganov avait les yeux dans le vague, et Balchak ne douta pas qu’il avait eu recours à son augmentation pour effectuer ses calculs et formuler sa prédiction. Belganov secoua la tête. « Nous sommes mal placés pour intercepter ces projecteurs. Et les stations de protection ne peuvent pas intervenir, en raison du saut en hyperespace de l’Ektrim, qui l’a mis hors de portée. 

– Voilà qui semble très mal engagé. 

– En revanche, poursuivit Belganov sans relever la remarque, nos destroyers sont chacun en situation de pouvoir intercepter l’un de ces projecteurs. Et Le Réfractaire est bien placé pour s’occuper du croiseur ennemi. » 

Belganov donna ses ordres. Les deux destroyers se détachèrent pour se diriger chacun vers l’une des pyramides. La salle des machines reçut pour instruction de mettre les réacteurs antigrav en surrégime. Lentement au début, puis avec une vitesse croissante, le croiseur s’arracha à l’effarante gravité d’Altanis. 

« Nous serons à portée de tir du croiseur ennemi dans trois minutes », annonça l’Adepte en charge des systèmes de combat. 

Le voyant orange des systèmes de survie repassa au vert, signe qu’ils s’étaient suffisamment éloignés de la couronne d’Altanis. La lueur bleutée dans les yeux de Belganov s’agrandit. Une nuée de Zarins, chasseurs pilotés par les Zayborgs, venait de surgir des entrailles du croiseur. « Comment pourront-ils échapper à l’attraction d’Altanis ? s’interrogea-t-il. 

– Ils ne pourront pas, dit Balchak. Aussi près de la couronne de l’étoile, des vaisseaux de cette taille ne sont pas équipés pour. Le seul moyen pour eux de survivre serait que le croiseur ektrim accélère pour se positionner sur leur trajectoire et les récupérer. Mais il ne le fera pas. Ces Zarins ne sont qu’une distraction, visant à donner l’occasion à ce satané croiseur de s’enfuir. Je suggère de modifier légèrement votre trajectoire d’interception afin de les éviter, mais de garder vos propres chasseurs bien à l’abri. » 

L’Adepte de la sécurité devait posséder un traducteur simultané, car il se mit à protester auprès de Belganov. Celui-ci savait que nulle hésitation n’était permise à ce stade. Il décida de se fier à son intuition. 

« Calcul d’une nouvelle trajectoire d’interception, dit Belganov. Préparez les systèmes défensifs et offensifs. » Son augmentation lui suggérait différentes possibilités d’attaque contre ce type de croiseur. Il choisit d’alterner lancement de missiles et de torpilles tout en ciblant l’ennemi à l’aide des canons lasers et à protons. L’attaque devrait être dévastatrice, la plus brève possible. 

Les Zarins s’efforcèrent de corriger leur trajectoire pour intercepter le croiseur. Trop forte, la gravité de l’étoile du système ne l’autorisa pas. Leurs tirs de torpilles et leurs lasers manquèrent Le Réfractaire ou s’écrasèrent sur ses boucliers. Comme l’avait prédit Balchak, les chasseurs légers continuèrent leur course en direction d’Altanis, sans parvenir à faire demi-tour. 

Le croiseur ennemi, en revanche, fit feu de toutes ses pièces. Belganov fut contraint de modifier son champ de déflexion, lequel ne protégea plus aussi bien le vaisseau contre le rayonnement d’Altanis. Le Réfractaire fut très vite secoué, et l’on signala des dégâts au niveau de la poupe. Le croiseur ektrim, quant à lui, avait survécu aux différents projectiles. Son propre bouclier luisait sous les tirs, mais tenait bon. Il lâcha soudain un éclair bleuté, qui illumina la salle de commande, mais ne parvint pas à franchir les défenses du Réfractaire. 

« Les boucliers ne sont plus qu’à 30 %, signala l’Adepte chargé des systèmes défensifs. Nous ne pourrons plus résister bien longtemps à ce rythme. 

– C’est pourtant ce que nous devons faire, dit Belganov. 

– L’Eclat d’Alcor pourrait vous venir en aide, suggéra Balchak. 

– Ce serait du suicide. Ce qui est valable pour les Zarins l’est aussi pour vous, mon cher. » 

Belganov décida de poursuivre les attaques sans relâche. Il savait être désavantagé en raison de sa proximité plus grande avec Altanis, laquelle avait affaibli ses boucliers. Néanmoins, il devait se raccrocher à l’idée de finir par trouver une faille dans la cuirasse. Les explosions retentissaient de manière de plus en plus violente dans le croiseur. 

« Nous avons perdu tous les canons à protons à tribord, et tous les lasers sauf un », annonça un Adepte. 

– Boucliers à 10 %. » 

La projection holo du croiseur ennemi, dont les boucliers s’étaient affaiblis sérieusement, révélait que ces derniers ne recevaient presque plus d’impacts. Belganov se dit qu’au prochain tir adverse, leur propre vaisseau ne pourrait plus résister à l’éclat d’Altanis. La partie était jouée, et ils avaient perdu. Il serra les dents, attendant l’impact fatal. 

De violents éclats de lumière entourèrent le croiseur ektrim. Ses boucliers devinrent rouge cramoisi, puis une explosion se forma sur la partie sphérique de sa superstructure. Les courants bleutés qui parcouraient le croiseur n’étaient presque plus visibles. L’un des Adeptes signala que l’ennemi avait perdu ses boucliers, son système de distorsion et la majeure partie de sa puissance en impulsion. Belganov consulta ses détecteurs, et s’aperçut que les deux croiseurs l’avaient finalement rejoint. C’étaient eux qui concentraient leur tir sur l’ennemi, désormais privé de boucliers. 

« Cessez le feu ! ordonna-t-il. Abordage simultané en ventral et en dorsal. Commandants de destroyers au rapport. 

– Cible détruite, fit l’un. 

– Cible détruite », fit l’autre. 

Un irrépressible tremblement saisit Belganov, qui se serait écroulé si Balchak n’avait eu le réflexe de le soutenir. La tension nerveuse avait été terrifiante. Belganov ne réalisa pleinement la portée de l’exploit qu’en recevant une double transmission qui montrait les explosions de plasma englober les sombres pyramides. Selon ses commandants, aucun des deux projecteurs d’antimatière n’avait eu le temps de tirer sur l’étoile. 

Shaella prit conscience que l’éclat des boucliers déflecteurs avait viré au rouge grenat. C’était la fin des haricots pour le croiseur ektrim, mais aussi pour tous ses occupants. Une vague d’énergie succéda à cette constatation, déferlant dans la salle, et Shaella sut que les systèmes gravimétriques avaient connu une défaillance en voyant voler plusieurs ektrims, qui allèrent se fracasser contre les parois. Elle se demanda pourquoi elle et ses compagnons n’avaient pas subi le même sort. Différentes alertes stridentes retentissaient au moment où le champ de stase, qui leur avait sauvé la vie, n’étant plus alimenté, libéra l’équipage du Croc de Shaenor. Hébétés, les compagnons s’entreregardèrent. Ils semblaient tous aller bien, y compris Jaynak et Naldeia, qui tombèrent dans les bras l’un de l’autre. 

La salle de commandement était sens dessus dessous. Le sang bleu sombre d’Ektrims maculait les parois, on retrouvait ça et là des membres ou autres composants de droïdes ou d’appareils divers. Un grognement masqua un instant le bruit des sirènes. Une fourrure rousse se détacha de l’une des baies de vitriglass où la silhouette laissa des traces écarlates mêlées à des poils. L’un des yeux du Fengir avait éclaté dans son orbite, tandis que le second était fixé sur Shaella. Le leader fengirien ne réussit pas à sortir toutes les griffes de ses quatre mains, mais il trouva suffisamment d’équilibre pour se mettre en position et bondir. 

Shaella activa aussitôt le mode combat de son augmentation neuronale. Les derniers restes de drogue qui n’avaient pas été balayés par l’afflux d’adrénaline le furent sous l’effet des courants issus de ses neurones, reliés à ses modifications sur chaque membre. Elle évita avec une vivacité surhumaine les griffes ennemies, se déporta de côté et enchaîna avec un violent coup de pied dirigé sur la carotide de son adversaire. Le Fengir se rejeta en arrière, sonné. L’afflux sanguin n’avait été interrompu que brièvement cependant, et l’ennemi devait bénéficier de ses propres améliorations. 

Un bras nadarien s’enroula autour du cou recouvert de fourrure. Une main se plaqua sur la pommette. Il y eut un craquement quand Jaynak, d’une torsion soudaine, brisa les cervicales du Fengir. Le colossal corps roux retomba au sol. Il y tressauta quelques instants comme s’il essayait de ramper, avant de s’immobiliser définitivement. 

Shaella n’eut pas le temps de remercier ou de féliciter Jaynak. Un premier choc retentit, qui projeta tout le monde au sol. Puis un second, qui souleva humains comme Nadariens. 

« On dirait bien que le croiseur vient d’être abordé », dit-elle. 

Elle se dirigea vers ce qu’elle devinait être la console de commandement principal. Le modèle fut heureusement reconnu par ses bases de données, et elle commença aussitôt à le pirater. Il était temps — l’IS du vaisseau ayant détecté la mort de l’Ektrim qui commandait le croiseur, cherchait à déclencher l’autodestruction. Seuls les dégâts subis l’avaient empêché jusqu’à présent d’entamer la réaction finale. Une partie du vaisseau avait été exposé au vide stellaire, mais les systèmes automatiques avaient procédé avec succès au confinement d’urgence. L’explosion qui avait provoqué cela était selon toute évidence responsable de la défaillance des systèmes gravimétriques, tout comme de la vague d’énergie à laquelle ils devaient la mort de leurs ravisseurs. 

Shaella s’efforça de couper les entrées à l’IS menant au réseau énergétique. Elle téléchargea ensuite un plan du vaisseau, avec l’endroit où Fal était gardé prisonnier. 

Le temps que son équipage et elle se mettent à parcourir les coursives, des combats s’étaient déclenchés. Les drones et droïdes nadariens s’avéraient cependant plus nombreux et en meilleur état que leurs adversaires. Rares étaient quant à eux les Zayborgs et Fengirs à avoir survécu. Quand un commando nadarien intercepta Shaella et ses hommes, elle communiqua au Guide les données concernant Fal. Le Nadarien chercha à la convaincre d’évacuer aussitôt, mais céda devant sa détermination. 

Les droïdes qui se trouvaient dans la même pièce que Fal avaient tous été vaincus au combat. L’androïde n’en était cependant pas responsable puisqu’il portait toujours son verrou de contention. Ils transportèrent Fal en attendant de pouvoir s’attaquer à cette technologie exotique. 

Des dispositifs antigrav les soulevèrent jusqu’à l’un des destroyers qui avaient pris le croiseur en sandwich. Le Réfractaire était le plus endommagé des bâtiments alliés. Il parvint malgré tout à accompagner les deux destroyers, et d’un commun effort, les trois vaisseaux s’arrachèrent une nouvelle fois à la gravitation d’Altanis. 

Derrière eux, une explosion finale engloutit le croiseur ektrim.

Et pour la première fois, le résumé de ce chapitre, commenté par deux voix de l'IA en anglais : absolument BLUFFANT! 


ebook 3,99 €

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Retrouvez les cinq premiers chapitres en cliquant sur ce lien.

 

mercredi 26 mars 2025

My Audiobooks in English

The virtual narration implemented by Amazon's Audible, with the help of AI, now enables me to offer you my English-language books in audio version. The quality of the narration is quite astonishing, without which I wouldn't have taken this step. 

Fantasy : 

The Ardalia Trilogy

 

The Breath of Aoles (Ardalia, volume 1)


Turquoise Water (Ardalia volume 2) 

The Flames of the Immolated (Ardalia, volume 3)

A brief history of Ardalia

 

Thriller : 

The New Guardians


My thoughts about AI: In this particular case, you can't blame the AI for stealing the work from English-speaking actors, because I don't have the money to hire them for these conversions. In other words, without AI, there simply wouldn't have been an audio version.
It's a different story, of course, when it comes to the cover design of my books, where I always give priority to the human touch.

And what about the people who could afford to hire actors, and who are now going to opt for AI?

On the contrary, they may tend to do so even more, in order to differentiate themselves from those who use AI voices that recur too often.  

What's really important, I think, is that works that would never have existed in audio will be able to exist, thanks to AI. 

As for the quality check, do not hesitate to make use of the virtual voice sample below the images of the amazon links.

lundi 24 mars 2025

L'Essence des Sens : chapitre 39

A titre expérimental, j'ai décidé de faire paraître un nouveau chapitre de mon dernier roman, L'Essence des Sens (Science-Fiction), sur ce blog chaque semaine. Voici le trente-neuvième.

39. Le proverbial grain de sable 

La communication hyperluminique avait été rassurante — Merek allait bien. Installé dans son siège gravifique du Croc de Shaenor, Jaynak poussa un soupir de contentement. Son frère, comme les autres pilotes dont les nanites ektrim venaient d’être neutralisés, se trouvait surveillé par des drones SR dans une salle commune du Strator. Tant qu’ils ne seraient pas revenus sur Nadar pour communier avec l’argelen, et aussi longtemps que leurs réactions aux informations concernant le passé n’auraient pas été évaluées, ils demeureraient suspects. Jaynak fit un vœu pour que son frère accepte au plus vite la nouvelle réalité des choses. L’Expansion ne voudrait à aucun prix laisser la situation en l’état, et bien vite, Nadar allait devoir présenter un front uni contre ses anciens alliés. Des pilotes comme Merek seraient alors d’un intérêt vital pour la défense de leur civilisation. 

Jaynak activa la vue arrière sur la console attachée au dossier devant lui. Le Croc de Shaenor s’éloignait de l’un des grands chantiers spatiaux en orbite autour de la verte Nadar. L’on y distinguait deux imposants destroyers dans leur dernière phase d’achèvement. Ils n’avaient pas pu participer à l’invasion d’Oblan, mais sauf très mauvaise surprise, seraient fin prêts pour repousser toute menace en provenance de l’Expansion. Jaynak se tourna vers Naldeia et posa sa main dans la sienne. Elle lui sourit. 

Soudain, le visage aux veines saillantes de Balchak apparut au-dessus de la console de communication du poste de pilotage. 

« Je viens d’acquérir votre signal, dit le Quantorien. Je vous suis en mode occulté. 

– Bien compris, fit Shaella. Silence radio jusqu’à nouvel ordre. » 

Un signal lumineux lui répondit. 

A l’instar des humains et de sa compagne, Jaynak prit le parti de se détendre. Il leur restait plusieurs heures avant de rallier le point de rendez-vous au milieu du système, où ils feraient leur jonction avec la flotte de retour d’Ixion. C’est là que lui et Naldeia se sépareraient. Jaynak avait pour mission de donner des conférences aux anciens Fervents pour leur expliquer son parcours et les convaincre de faire cause commune avec les Réfractaires. Naldeia, quant à elle, rejoindrait en compagnie de Shaella et de Balchak le Rapier dans le système Estregor. Là, elle jouerait le rôle d’intermédiaire entre le commandement suprême de la Confédération des Planètes Unies, le commandant Telnov, qui venait d’être promu Coordonnateur de la flotte nadarienne, et le professeur Belganov. Sa tâche serait à n’en pas douter écrasante. La savoir entre les mains de Shaella McGinnis était tout de même rassurant. La commandante humaine avait prouvé son niveau de compétence depuis qu’ils l’avaient rencontrée. Shaella n’agissait bien sûr pas de manière désintéressée, mais si elle avait partagé la mentalité des Fengirs, des Ektrims ou des Zayborgs, elle ne se serait pas préoccupée du sort des Nadariens après les avoir retournés contre leurs anciens alliés. 

Elle lui faisait penser à une chirurgienne qui aurait retiré le caillot empêchant la libre circulation du sang — grâce à elle Nadar avait une chance de retrouver sa vitalité. 

La planète verte n’était plus qu’un point brillant derrière eux depuis quelque temps déjà quand Fal annonça la désoccultation. L’utilisation du dispositif de furtivité était gourmande en ressources. Il fallait le préserver en vue du passage du Relais d’Accélération, après le rendez-vous avec la flotte. 

Jaynak demanda à sa console l’accès en tant qu’observateur aux détecteurs courte portée. Balchak était toujours occulté, sans doute parce qu’il avait eu tout loisir d’amasser des réserves d’énergie pendant son orbite autour de Nadar. Un nouveau point se matérialisa subitement, étonnamment proche. 

 « Holoproj », ordonna Shaella. 

Le bâtiment qui venait de surgir était de classe croiseur. Formé d’une impressionnante demi-sphère parcourue de courants bleutés partant de la poupe pour se rétrécir et s’étirer à partir du milieu, il était doté d’une double proue pyramidale à laquelle il fallait ajouter la baie de commandement central. Le vaisseau portait sans aucun doute la signature des Ektrims. On ne devinait la présence des pyramides en proue que parce qu’elles se détachaient sur fond de nébuleuse. 

« Il est à double générateur d’antimatière, dit Shaella sans s’adresser à quiconque. Un modèle très rare. » La tension dans sa voix, bien que perceptible, était maîtrisée. 

« Il est positionné sur un vecteur d’interception, annonça Fal. 

– Il devait s’être occulté pour s’être autant approché sans apparaître sur les détecteurs, commenta Naldeia. 

– Je prends les commandes en mode synaptique, dit Shaella. Tenez-vous bien, ça va secouer. Contactez la flotte Nadarienne. 

– Impossible, lui répondit l’officier en charge de la communication. L’ennemi brouille nos signaux. » 

Le Croc de Shaenor se mit à zigzaguer follement. Jaynak, qui surveillait les détecteurs, n’aperçut pas la signature de L’Eclat d’Alcor, de Balchak. Le Quantorien patientait peut-être dans l’ombre, attendant le moment décisif pour frapper. Quoiqu’il en fût, tandis que Shaella multipliait les manœuvres évasives, le respect que Jaynak nourrissait à l’égard des humains s’accrut. Même lui, dont le corps était habitué à gérer des gravités différentes, avait le tournis. 

Le transporteur s’était rapproché autant qu’il le pouvait du croiseur ektrim. Shaella commanda simultanément le largage des deux missiles et de la paire de torpilles qui constituaient les seules armes du vaisseau. 

Quatre éclairs jaillirent en courte succession du croiseur. Missiles et torpilles explosèrent dans le silence de l’espace avant d’avoir atteint leur objectif. Le Croc de Shaenor subit une série de secousses. Jaynak sentit la main de Naldeia se refermer sur la sienne et la serrer. Pour la première fois, il réalisa la gravité de la situation. 

Un éclair puissant frappa tout à coup le vaisseau. Le bouclier du simple transporteur fengirien s’avéra bien trop frêle pour y résister — humains comme Nadariens furent plongés dans l’inconscience. Fal, quant à lui, se mit en semi-veille afin de limiter les dégâts. 


Balchak R’stog ne pouvait se départir d’une certaine admiration pour la commandante McGinnis. Son vaisseau, le Diligent, était une merveille de technologie. Pourtant, elle n’avait pas hésité à le délaisser pour emprunter un transporteur fengirien, certes trafiqué et amélioré, mais beaucoup moins performant. Il aurait adoré partager avec elle les risques insensés de sa mission sur Nadar. Il y avait là de quoi réveiller les sensations du phar’thal, le rituel de protection qu’il avait subi à l’adolescence, et qui resterait à jamais associé pour lui à la notion de danger mortel. S’adapter à une planète inconnue, s’infiltrer dans ses bases les plus névralgiques, agir de manière à déstabiliser tout un régime sans pourtant laisser la moindre trace. Etre, en somme, le proverbial grain de sable qui fait dérailler toute la machine… le rêve de tout espion porté sur l’action. 

Shaella ne lui faisait pas assez confiance pour l’inclure dans l’équipe, et il se voyait relégué à une simple mission d’escorte. Autant dire qu’il faisait de la figuration. Il pouvait la comprendre, bien sûr. Ils étaient de deux bords différents sur l’échiquier galactique. Elle ne connaissait rien à ses talents et ne se fiait à lui que dans la mesure où elle avait dû deviner qu’il ne ferait rien pour désappointer Lucinda. Lui permettre d’opérer à partir de L’Eclat d’Alcor était déjà, du point de vue de Shaella, un signe positif. 

Balchak était déterminé à ne pas se contenter de faire le boulot, mais à accomplir sa tâche de manière aussi scrupuleuse qu’il le pouvait. Il était certain de n’avoir été repéré par personne depuis leur incursion dans le système d’Altanis. Contrairement au Croc de Shaenor, il pourrait sans doute se maintenir en mode occulté jusqu’à la rencontre avec la flotte de Nadar. Il n’aurait ensuite qu’à laisser son dispositif d’occultation se recharger jusqu’au moment d’atteindre le Relais d’Accélération vers Estregor. 

Le point qui apparut tout à coup sur ses détecteurs courte portée fit frémir les poils de sa barbe, comme à chaque fois qu’il était confronté à l’inattendu. En la matière, il était servi, songea-t-il en prenant connaissance aussitôt, par le biais de son augmentation cérébrale, des caractéristiques du nouveau venu — un croiseur Ektrim non répertorié sur sa base de données, rien de moins ! Balchak eut l’idée de se placer dans les six heures du vaisseau ennemi pour l’attaquer par-derrière dans l’espoir de désactiver ses boucliers et même de toucher son système de distorsion. 

« Pure folie », grommela-t-il. Le croiseur menait une attaque-surprise et avait donc tous ses boucliers levés — Balchak n’avait aucune chance. Formé à prendre des décisions rapides, il eut un dernier regard pour le frêle transporteur de Shaella qui s’était désespérément lancé dans une série de virages serrés et, mâchoire crispée, fit demi-tour. Impossible d’où il était d’essayer de rallier la flotte, le croiseur lui barrant le passage. Le mieux était encore de revenir vers Nadar à vitesse maximale d’impulsion et de se rappeler au bon souvenir du professeur Belganov. Heureusement, la commandante Shaella lui avait fourni les coordonnées hypraluminiques qui lui permettraient de le joindre — dès qu’il serait suffisamment éloigné du croiseur ektrim, bien entendu. 

Balchak poussa un soupir de soulagement en s’apercevant que le vaisseau ennemi ne l’avait pas pris en chasse. Obnubilé par sa proie, il n’avait pas songé qu’un autre appareil occulté pouvait se trouver sur place. 

Nadar avait grossi sur l’écran de visualisation, et plusieurs heures s’étaient écoulées quand Balchak estima pouvoir courir le risque de contacter Belganov. L’Eclat d’Alcor naviguait depuis peu en toute visibilité, ayant épuisé ses réserves. A la surprise de Balchak, le visage du professeur apparut dans son cockpit avant même qu’il ne cherche à le joindre. Dans la même fraction de seconde, l’augmentation de Balchak lui signala la présence de deux destroyers et d’un croiseur se dirigeant droit sur lui. 

« Balchak R’stog, fit le professeur de sa voix grave, que fait L’Eclat d’Alcor dans les parages ? 

– J’étais chargé d’escorter le vaisseau du commandant McGinnis, dit Balchak, jusqu’au moment où un croiseur ektrim est apparu. » 

L’éclat bleuté émanant des yeux du professeur se fit plus ardent. « Ma prémonition s’est donc révélée exacte. La menace qu’a fait peser l’ennemi si tôt après le départ de Naldeia et Jaynak m’a incité à penser qu’ils couraient un danger. Et ils ne sont pas les seuls, j’en ai peur. Qu’est-il arrivé au Croc de Shaenor ? 

– Désolé, mais je l’ignore. J’ai préféré désactiver mes détecteurs pour éviter qu’ils ne trahissent ma présence. Je vous envoie les coordonnées de la rencontre. » 

Belganov mit fin à la communication dès qu’il eut l’information. Balchak se rapprocha du croiseur, jusqu’à évoluer dans son sillage. Il était sur le point de rappeler le professeur quand celui-ci le devança une nouvelle fois. 

« J’ai interrogé les stations de protection d’Altanis », dit Belganov. Balchak hocha la tête. Les soleils de chaque système pouvant constituer des points de vulnérabilité aussi bien que les planètes elles-mêmes, des stations de protection étaient parfois disposées afin de contrer une éventuelle menace. 

« Deux d’entre elles m’ont signalé des fluctuations de neutrinos qui pourraient correspondre à un croiseur occulté. Les données de navigation de ce supposé croiseur sont cohérentes avec le temps qu’il lui aurait fallu pour rejoindre l’endroit à partir de la zone où vous-même l’avez rencontré. Malheureusement, la trajectoire que suit ce croiseur va le mettre hors de portée de nos stations. 

– Ce qui signifie ? 

– Notre croiseur et nos destroyers ont des capacités de distorsion limitées sans avoir recours à un quelconque Relais d’Accélération. Si vous êtes volontaire pour une mission à haut risque, vous avez trois minutes pour vous arrimer dans notre hangar. Nous allons effectuer un saut au plus près de notre étoile. » 

*** 

Le rayon tracteur attira le Croc de Shaenor au travers de l’un des sas du croiseur ektrim. Pendant qu’il se maintenait dans son état de demi-veille, Fal lançait des simulations. Ignorant les effectifs réels de l’ennemi, il se basait sur des chiffres standards pour des bâtiments du tonnage du croiseur. Ses chances de fuir ou de perturber les systèmes adverses s’avérant infimes, il décida de demeurer dans le même état jusqu’à nouvel ordre. Il était capable de sonder les lieux de manière très discrète afin de ne pas donner l’éveil — cela devrait lui suffire pour l’instant. 

Les systèmes de survie du vaisseau fonctionnaient encore. Ils étaient les mieux protégés, si bien que l’atmosphère restait propice aux occupants humains et nadariens, qui avaient survécu. Les compagnons de Fal, en revanche, ne feignaient pas leur inconscience. 

Le son d’un découpeur à plasma se fit entendre. La paroi ciblée tomba au sol. Un drone vint tout d’abord inspecter les lieux. Peu après, les Zayborgs apparurent. Ils portaient des combinaisons dont les lueurs bleutées les distinguaient en tant que garde prétorienne de l’Ektrim commandant le vaisseau. Leur crâne était aussi allongé que celui d’un Ektrim, mais plus lisse. Des éclats rougeoyants émanaient d’un œil sur deux, et leur queue pourvue d’une boule hérissée de pointes se balançait rythmiquement tandis qu’ils avançaient. Ils s’emparèrent des humains qu’ils prirent sans cérémonie sur leurs épaules. Fal, quant à lui, eut droit à un harnais de contention, lequel emprisonna ses drones et son torse. 

L’androïde ne fit pas un mouvement et se laissa transporter à son tour. Un Fengir commandait le détachement de Zayborgs. Les coursives du croiseur se succédaient. Fal fut séparé des humains, mais s’aperçut qu’on les conduisait dans une salle médicalisée. Lui-même échoua dans une pièce où figuraient une demi-douzaine de droïdes de sinistre allure — des gardes à la livrée noire, dont la taille amincie et les larges épaules donnaient l’impression d’une grande puissance physique. 

Fal fouilla ses archives, à la recherche d’une situation aussi compromise pour Shaella et son équipe. Il n’en trouva pas. 

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mercredi 19 mars 2025

Le plan complètement DINGUE d'Elon Musk

Chacun sait à présent que Donald Trump a abusé de son père Fred Trump, dans les années 90, au moment où son géniteur était victime d'un Alzheimer, pour lui soutirer sa fortune aux dépens des autres héritiers. Si vous ne me croyez pas, lisez à ce sujet Mary L. Trump, l'une des héritières spoliées. C'est en tenant compte de ce passé et en observant certains signes de sénilité précoce de Donald Trump qu'Elon Musk a conçu son plan diabolique. 

Interrogé au sujet de la maladie d'Alzheimer, Chat GPT nous apprend que certains gènes, comme APP, PSEN1 et PSEN2, sont impliqués dans des formes familiales précoces d'Alzheimer. Si l'un de vos proches a été victime d'Alzheimer avant 65 ans, alors le gène est sans doute présent dans votre famille, et vous-même avez une chance sur deux de développer la maladie. 

Fred Trump, né en 1905, n'a été diagnostiqué qu'en 1991, soit à l'âge de 86 ans. Son Alzheimer n'est donc pas génétique. 

Chat GPT nous dit en effet qu'il n'est pas nécessaire d'avoir les gènes pour en être victime. Au-delà de 80 ans, 1 personne sur 4 est concernée par la maladie, et après 85 ans, c'est plus d'1 personne sur 3. 

Il est possible qu'Elon Musk n'ait pas connu toutes les nuances liées à la maladie d'Alzheimer. Ou bien, il a tout simplement décidé, considérant les signes précoces de sénilité chez Donald Trump, qu'une chance sur trois ou quatre serait suffisante pour lui. 

Pourquoi n'avoir pas choisi Joe Biden, pourtant plus âgé? Parce que Musk a eu l'intuition que Trump serait plus crédule, plus facile à tromper. Par ailleurs, Musk était en désaccord frontal sur certains points avec Biden. Il lui aurait été infiniment plus difficile d'en devenir un proche.

Mais je brûle les étapes. Parlons tout d'abord de Neuralink, la société d'implants cérébraux de Musk. Cette compagnie s'est rendue célèbre en parvenant à faire jouer un tétraplégique à un jeu vidéo uniquement grâce à un dispositif relié aux synapses de son cerveau. 

Neuralink est la société qui a inspiré mon roman Memoria. Et, tant que vous y êtes, n'hésitez pas à vous plonger également dans la suite de Memoria, l'Essence des Sens. Fin de l'autopromo (il faut bien vivre).

Neuralink a notamment pour objectif futur de lutter contre les maladies neurodégénératives de type Alzheimer. En finançant sa campagne et en l'aidant très activement à se faire élire, Musk a pu se rapprocher physiquement de Donald Trump. On le voit d'ailleurs souvent à Mar-a-Lago. 

Musk est dans une position idéale d'observateur. Il sera ainsi à même de détecter les premiers signes d'Alzheimer chez Trump, lequel aura 80 ans en juin 2026. Dès que ce dernier sera diagnostiqué, fort de sa complicité avec Trump, Musk va lui proposer de se faire opérer et de se faire greffer une puce Neuralink, afin de vaincre Alzheimer. 

Imaginez le coup de pub : Neuralink guérit d'Alzheimer le président en exercice des Etats-Unis. Gigantesque. 

Musk agit comme l'entrepreneur qui va placer son argent dans une start-up prometteuse, en attendant qu'elle perce. Sa start-up, c'est Trump.

C'est pourquoi Musk va tout faire pour que Trump aille au-delà de son second mandat, au cas où Alzheimer se déclarerait plus tardivement chez son futur patient. 

Bien évidemment, Neuralink n'est pas du tout en mesure de lutter contre Alzheimer pour le moment. Il est tout à fait possible que ça n'arrive jamais du vivant de Musk. Mais l'optimisme de Musk est légendaire. C'est un optimisme qui va bien souvent très au-delà de la lucidité. Un optimisme délirant.

Vous voyez comment toutes les pièces du puzzle sont en place?

Je trouverais, pour ma part, d'une ironie assez incroyable que celui qui a abusé son père devienne le sujet expérimental, le Frankenstein du docteur Mabuse de ce siècle.

Autres articles sur le même sujet : 

- Elon Musk sans langue de bois

- Elon Musk et l'hyper agressivité

- Elon groks the fullness? 

- Comment Elon Musk est passé du côté obscur 



lundi 17 mars 2025

L'Essence des Sens : chapitre 38

A titre expérimental, j'ai décidé de faire paraître un nouveau chapitre de mon dernier roman, L'Essence des Sens (Science-Fiction), sur ce blog chaque semaine. Voici le trente-huitième.

38. En sous-sol

L’Ektrim possédait une cape dont le col à l’extrémité évasée lui encadrait le visage, qu’il avait osseux. Ses yeux étaient deux puits sans fond d’où pulsait une haine infinie. Les courants électriques parcourant sa peau nervurée se répandaient jusque sur la surface de sa cape aux motifs ondoyants. Là, ils gagnaient en intensité, comme un orage qui voyait soudain sa puissance décuplée et ne demandait qu’à laisser échapper l’un de ses éclairs dévastateurs. 

Belganov n’avait pris possession du Palais de la Première Strate que depuis une vingtaine d’heures, et la communication holographique était la première qu’il recevait en provenance d’un dirigeant étranger. 

« L’Exarque stellaire vous parle », dit l’Ektrim. Pénétrante, sa voix paraissait résonner dans plusieurs endroits de la pièce. Elle s’insinuait dans les oreilles comme un serpent vous entourant de ses anneaux pour faire de vous sa victime. « Je suis Than’Agh. En trahissant les Fengirs, vous vous êtes exclu de l’Expansion. Le traité qui nous liait est maintenant caduc. Votre peuple peut se réjouir d’avoir choisi le Coordonnateur qui va le mener à son anéantissement. Les jours de votre pitoyable civilisation sont comptés. » 

Belganov n’eut pas le temps de répondre — le dirigeant des Ektrims mit fin à la communication. L’Intelligence Synthétique au service du Premier Coordonnateur s’avéra impuissante à remonter à la source afin d’identifier l’origine de l’appel. Crypté au niveau quantique, celui-ci était intraçable. Une ombre passa sur le visage de Belganov, dont les traits ridés étaient plus creusés encore qu’à l’accoutumée. Ces derniers jours avaient été harassants. La nouvelle de la défaite de Grendchko et des Fengirs, et de la capture de la flotte entière de Nadar par les Réfractaires, avait bien sûr eu un formidable effet euphorisant. La succession de victoires sur Nadar rendait d’autant plus difficile de garder sa lucidité dans ces moments. Grâce à la prise du plus névralgique d’entre eux, les centres opérationnels des Fengirs étaient tombés les uns après les autres. La liesse le disputait parmi le peuple à un immense ébahissement. 

Tout cela était bien beau, mais depuis sa nomination en tant que Premier Coordonnateur par intérim, Belganov voyait les responsabilités s’entasser sur ses épaules comme autant de briques menaçant de l’enterrer pour de bon. Depuis qu’il était devenu le leader des Réfractaires, il s’était habitué à l’idée de devoir assumer des charges bien plus diverses que sa formation d’origine. Il s’était donc préparé de manière intensive, et son augmentation était une ressource précieuse — mais il y avait des limites. 

L’appel de l’Exarque venait le ramener à une réalité abrupte. Il eut une pensée inquiète pour Naldeia et Jaynak. Tous deux avaient embarqué dans le transporteur fengirien de la commandante Shaella McGinnis, de l’Angle M. Naldeia devait coordonner la flotte des Nadariens avec les forces de la Confédération des Planètes Unies, en prévision des représailles que l’Expansion ne manquerait pas d’exercer sur Nadar. Quant à Jaynak, inquiet pour son frère Merek, il comptait rallier au plus vite la flotte de retour du système d’Ixion. Belganov et Shaella avaient convenu de garder secret le rôle joué par l’Angle Mort dans les derniers événements — l’organisation tenait à sa clandestinité. 

En ce qui concernait la Confédération des Planètes Unies, une période de préparation du peuple était nécessaire pour annoncer l’alliance avec l’ennemi de naguère. 

Belganov se caressa le menton entre l’index et le pouce. Cet appel pouvait laisser entendre que les Ektrims surveillaient de beaucoup plus près Nadar qu’il ne l’avait cru, auquel cas… 

Une icône clignotante interrompit le cours de ses réflexions. Halnev, le Premier Guide Communiant, cherchait à le joindre. 

« Premier Coordonnateur, dit Halnev, dont l’hologramme se matérialisa devant Belganov, nous avons réussi à ouvrir l’accès aux sous-sols et à pénétrer dans un centre de contrôle indépendant du reste de la base. L’équipe spéciale d’intervention vient de le pirater. En ce moment même, notre IS récupère les secrets des entrailles de cette prétendue ambassade. 

– Très bien, j’arrive. » Belganov coupa la communication avant que Halnev ne puisse émettre d’objection. 

Dans le rapport qu’il avait envoyé, l’androïde Fal avait signalé l’existence de ces sous-sols. Il fallait cependant disposer d’une clé de décryptage ektrim pour y pénétrer, faute de quoi Fal avait indiqué une probabilité de 90 % pour que les sous-sols soient piégés et explosent. Avant de quitter la planète, Shaella et son équipe avaient fourni aux Réfractaires une série de clés ektrim connues de leurs services. Celles-ci devaient servir de base pour décrypter le verrou de l’ancienne ambassade fengirienne. Les principales Intelligences Synthétiques de Nadar avaient été mises à contribution pour résoudre le problème en douceur, et le succès était au rendez-vous. Aller sur place comprenait une part non négligeable de risque en cas de traquenard, néanmoins Belganov tenait absolument à découvrir l’endroit de ses propres yeux. Ce sous-sol allait peut-être devenir l’aboutissement de sa carrière — bien plus encore que son poste de Premier Coordonnateur par intérim. 

Il demanda à ce qu’on lui prépare son flotteur. Plusieurs drones l’accompagnèrent ainsi que deux gardes de sa sécurité personnelle. 

Après avoir vécu dans l’ombre pendant si longtemps, Belganov avait du mal à se faire au luxe de précautions dont il était entouré, davantage qu’à la majesté des lieux environnants. Il fallait par exemple que l’on vérifie systématiquement que ses moyens de locomotion n’aient pas été piégés, sans parler des encombrantes escortes permanentes, bien sûr. 

Un tripode le conduisit avec ses gardes à son flotteur, dont le cockpit était opaque de l’extérieur. Quatre autres engins identiques partirent en même temps que lui afin de déjouer un éventuel attentat sur sa personne. Le trajet fut bref. Depuis les airs, Belganov vit une foule de gens se presser à l’entrée du grand bâtiment rectangulaire. A présent que les Fengirs avaient été vaincus, la curiosité au sujet de l’ambassade si longtemps interdite était vive. Pour l’instant toutefois, Belganov faisait défendre les accès par des gardes assortis de droïdes de sécurité. Ce n’était pas la plus populaire des mesures, mais il y avait des moments où le respect de l’ordre et de la discipline devait prévaloir. Le peuple devait comprendre que la victoire des Réfractaires ne signifiait pas l’anarchie et le chaos. 

Les flotteurs du Premier Coordonnateur et de son escorte se posèrent sur une plate-forme rétractable de taille moyenne. D’autres gardes l’accueillirent à l’intérieur. Belganov gardait une apparence de sérénité en arpentant les couloirs, puis en empruntant une navette, bien qu’il ait rarement éprouvé autant d’impatience. Sur les murs, des traces noires et des pans de métal tordus racontaient leur histoire. Des équipes de droïdes s’affairaient à remettre les lieux en état. Bientôt, les derniers vestiges des combats disparaîtraient. Les holoprojecteurs simulant l’environnement des Fengirs étaient pour l’instant inactifs mais pourraient être rallumés en cas de visite touristique de l’endroit, à condition de s’avérer inoffensifs. 

Deux gardes étaient postés à l’entrée du sous-sol. Ils saluèrent respectueusement le Premier Coordonnateur par intérim, lui livrant le passage vers l’ouverture béante qui avait remplacé la trappe parfaitement camouflée. Un éclat bleuté révélait la fonction antigrav du conduit. Belganov percevait la nervosité des soldats autour de lui — sa vie comme celle des membres de son escorte allait dépendre d’une technologie fengirienne. Sans hésiter, il accomplit l’enjambée qui le positionna au centre du vide. Quatre des soldats s’empressèrent de le rejoindre. L’attente ne dura que deux secondes avant que les parois ne se mettent à défiler à la verticale. Ils atteignirent le sol avant même de l’avoir réalisé. 

Des robots multifonction servant de machines-outils étaient alignés, inertes. Sur les murs, des lignes couvant d’un feu orange encadraient des séries de casiers. Belganov s’approcha de l’un d’eux et essaya de l’ouvrir, sans y parvenir. 

« Nous n’avons pas réussi non plus, dit l’un des soldats. Cela s’opère sans doute à partir de la salle de contrôle. » 

Belganov fit signe de l’y conduire. En chemin, ils tombèrent sur Halnev qui arrivait en sens inverse. La nervosité visible sur le visage du Premier Guide Communiant devait égaler la sienne, songea Belganov. Halnev brandit une tablette. 

« Notre IS a interfacé les commandes de cette usine là-dessus. Ces robots fabriquent des drones », expliqua-t-il en désignant les rangées de structures entourées de multiples bras articulés. 

A son tour, il s’approcha de l’un des casiers. Il consulta sa tablette, fit défiler les icônes et effleura l’une d’elles. Des nombres apparurent sur les casiers. Halnev sélectionna sur sa tablette le nombre en face d’eux. 

Le casier correspondant glissa vers eux. A l’intérieur, il y avait un étrange mini-drone. Les protubérances qui le recouvraient faisaient penser à des nœuds, et sa coque s’avérait quasi transparente. Effilé sur le devant, il comportait une aiguille si fine à son extrémité que la pointe en devenait presque invisible. 

« Juste un instant, je vais en prendre le contrôle, dit Halnev. Voilà. » 

Le mini-drone fut tout à coup parcouru de courants bleutés le long de ses « nœuds ». Il s’éleva en l’air sans produire aucun bruit. Les soldats autour d’eux échangèrent des regards nerveux. L’aspect de la chose était indéniablement menaçant. 

« L’IS vient de me suggérer une fonction en la faisant clignoter. Essayons. » Halnev effleura une nouvelle icône. 

Le mini-drone disparut. Plusieurs exclamations étouffées retentirent. Belganov approcha sa main de l’endroit où s’était trouvé l’engin. Il en perçut les contours. « Ils ont donc la faculté d’occultation, et cette aiguille à l’extrémité… 

– L’IS me signale une icône d’analyse de contenu du drone, dit Halnev. 

– Allez-y », ordonna Belganov. 

Projeté par la tablette que tenait Halnev, l’hologramme qui apparut avait la forme d’une larve aux anneaux argentés, en tout point similaire à celle qui avait été révélée au Premier Coordonnateur à bord du Rapier. Un frisson de contentement intense parcourut Belganov. Les soldats écarquillaient les yeux en contemplant la morphologie étrange. Le silence était absolu. 

« C’est donc ainsi qu’ils procédaient, fit Belganov au bout de quelques instants. 

– Vous pouvez développer, professeur ? » demanda Halnev. Par réflexe, il était revenu à l’ancien titre de Belganov. 

Le Premier Coordonnateur hocha la tête avant de désigner de l’index un emplacement sur l’arrière de son crâne. « C’est ici que se trouve notre point faible. Un espace infime entre deux zones de notre cortex. Aucun nerf n’y est relié — si vous appliquiez une aiguille sur ce point précis, je ne sentirais rien. 

– Vous voulez dire que ce drone… 

– L’image que vous avez devant vous, cette larve, est le fameux nanite conçu par les ektrims. Les mini-drones occulteurs fabriqués ici en contiennent tous au moins un. Vraisemblablement beaucoup plus. Peut-être des millions. Si mes prévisions sont exactes, les mini-drones ne se contentaient pas de pénétrer subrepticement dans les Cavernes d’Ambre de notre planète pour nous injecter leur cargaison au moment suprême où notre conscience se trouvait dans la matrice. Leur aiguille devait leur permettre d’analyser notre sang, et de le comparer en quelques fractions de seconde à leur base de données afin de savoir si l’ADN correspondait à un individu déjà contaminé par un nanite. Ainsi, les mini-drones pouvaient passer à la cible suivante si c’était le cas. Dans le cas contraire, ils procédaient à l’injection. C’est la preuve formelle que nous recherchions. » 

Certains des soldats se mirent à contempler l’étendue des casiers alentour. Belganov songea qu’il y avait là de quoi infecter la planète entière. Les drones devaient être transportés dans les principales villes par les Fengirs eux-mêmes, qui les récupéraient une fois leur tâche effectuée. Grâce à cette usine secrète, chaque nouvelle génération de Nadarien se retrouvait contaminée, dès que les jeunes étaient en âge de communier avec l’argelen. 

« Nous avons maintenant le moyen de contrer les rumeurs complotistes qui se sont répandues depuis que nous avons annoncé l’existence de ces nanites, dit Belganov. Dès que la base sera remise en état, nous organiserons des visites guidées. Il y aura aussi une reconstitution holographique visitable par tous, à tout moment. Nous ferons en permanence la démonstration de l’existence de ces drones et de leur fonction d’occultation. Les nanites ne peuvent être observés à l’œil nu, mais le caractère exotique des icônes utilisées par les ektrims, ainsi que leur technologie, devrait convaincre le plus grand nombre. 

– Cette technologie ne risque-t-elle pas d’être subtilisée pour être employée de nouveau à des fins néfastes ? demanda Halnev. 

– C’est un risque, mais elle est si avancée qu’elle ne peut être répliquée facilement. Nous devrons établir une sécurité draconienne au moment des visites, qui seront de toute façon interdites aux aliens. Bien évidemment, le centre de contrôle ne sera accessible que par du personnel autorisé. Nous allons, je pense, devoir développer une industrie d’augmentations. A terme, ceux parmi nous qui le désirent pourront être équipés de nanites capables de détecter ces parasites ektrim. Cela devrait limiter la paranoïa des gens. 

– L’IS m’a également confirmé que ces parasites ont une fonction d’autodestruction. Si elle n’a pas été activée jusqu’à présent, c’est bien que ce centre était le seul habilité à envoyer cet ordre, et qu’il n’a pas reçu les alertes prévues à cet effet. Notre plan a donc parfaitement réussi. 

– C’est un immense soulagement, conclut Belganov. Nous allons enfin pouvoir procéder en toute sécurité au retrait parmi la population des nanites anti-ektrim en même temps que des parasites qu’ils ont capturés. »

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