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dimanche 19 juin 2022

« Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? »

Lorsqu'un libraire me demande « Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? », ma réaction dans mon for intérieur est celle-ci : 😅😅😅😓😓. Parce que ce genre de question, bien sûr, va tout de suite me confronter à mes limites, et à celles de l'exercice de ma profession. C'est une question qui dépend bien sûr de ce que l'on met derrière l'expression "très connu", mais qui garde malgré tout, dans sa naïveté, une certaine légitimité.

« Vous êtes l'un des auteurs qui vendent le plus ici, et de très loin. Très peu vendent autant. Pourquoi vous n'êtes pas très connu ? » C'est à peu près en ces termes que l'un des employés du rayon librairie du centre commercial Auchan à Soisy m'a posé la question qui m'a fait suer intérieurement.

Je lui ai aussitôt répondu, bien sûr, par rapport à l'absence de mes romans en rayons, le manque d'exposition lié au fait que je refuse la politique de retours des libraires, c'est à dire de devoir rembourser des livres, au bout de plusieurs mois, qui n'auraient pas été vendus. Je lui ai aussi parlé de mon carnet d'adresse proche du zéro absolu, qui ne me permet pas de passer par exemple à La Grande librairie, l'émission télé. De mes tentatives de pub payantes sur Facebook et Amazon, qui n'ont rien donné. De la traduction en anglais de la trilogie Ardalia, en Fantasy, et des Nouveaux Gardiens, en Thriller, suivis de publicités payantes dans des newsletters à plusieurs centaines de milliers d'abonnés US, qui n'ont rien donné non plus. Du fait que j'étais plutôt doué pour vendre mes bouquins en live, mais pas du tout pour le marketing sur internet. 

J'aurais aussi pu lui répondre que j'étais juste un borgne parmi des aveugles. J'aurais pu lui dire que mon record de vente sur une journée était de 42 livres, alors que Brandon Sanderson a physiquement dédicacé 1000 livres papier en une seule journée (cycle de la Roue du Temps dont il a écrit les derniers opus).

J'aurais pu lui dire, aussi, que Brandon Sanderson, qui a vendu des millions de livres, est inconnu du grand public, qu'il n'est connu que des amateurs de Fantasy, qui peuvent retrouver ses romans dans les rayons appropriés. Lui faire comprendre que le terme "très connu" est vraiment très subjectif, et que même JK Rowling est toujours l'inconnue de quelqu'un d'autre.

J'aurais pu lui parler de quelque chose de plus intime, de ma méfiance par rapport à la célébrité et tous ses pièges, qui transparaît dans mon article Mortelle célébrité. 

Mais si je savais que sa question avait malgré tout une légitimité, si je savais pourquoi elle me mettait mal à l'aise, c'est qu'en mon for intérieur, d'une certaine manière, je pense en connaître la réponse. C'est que pour moi, un best-seller qui se vend à plus d'une centaine de milliers d'exemplaires est une anomalie. Et que mes romans ne sont pas des anomalies, ce sont des livres "normaux". 

Un roman qui suscite une réaction d'accroche immédiate et un bouche à oreille très important, ce qui signifie que des lecteurs sont prêts à dépenser leur énergie pour le faire connaître, un roman qui créé un effet boule de neige, d'augmentation exponentielle des ventes, ce roman-là, et je suis désolé pour tous les lecteurs qui ont lu et apprécié mes livres, je ne l'ai pas écrit, tout simplement. Pas encore écrit? Peut-être. Je n'en sais rien, à vrai dire. C'est quelque chose qui ne dépend de moi qu'en partie. 

A une seule occasion, il m'est arrivé de ressentir cette anomalie qui peut être le signe d'un best-seller. C'était pour ma nouvelle gratuite Les Explorateurs. En décembre 2014, cette nouvelle s'est retrouvée n°1 au classement des téléchargements d'ebooks gratuits d'Amazon. Un peu plus de 600 exemplaires ont été téléchargés sur le mois de décembre 2014. Et je n'avais rien fait pour cela. Quelqu'un a juste parlé de cette nouvelle sur un site. 

La nouvelle Les Explorateurs est d'ailleurs la plus téléchargée de mon catalogue: 16700 téléchargements chez Apple, 4400 chez Amazon. Mais c'est du gratuit. Et pour les Explorateurs, j'avais fait l'effort d'inciter des proches à noter le livre sur Apple, parce qu'à partir de 10 notes, la nouvelle se retrouve davantage montrée aux lecteurs de l'application iBooks. Donc sur Apple, j'avais une sorte de levier pour le faire connaître. Je trouvais pénible de faire cet effort envers mes proches pour les autres livres, donc je ne l'ai pas reproduit, même si j'incite toujours mes lecteurs à mettre des notes et commentaires sur mes livres. 

De nos jours, il faut le savoir, le simple fait de mettre des étoiles à propos d'un livre sur un site de vente ou une application demande un effort gigantesque aux lecteurs. En tout cas à la plupart des lecteurs, pas à vous, bien sûr, cher lecteur, qui avez lu, noté, et même commenté au moins l'un de mes livres.

Donc, voilà, tout ça pour dire que je suis un auteur normal qui vend des livres normaux.  


vendredi 29 avril 2016

Mortelle célébrité

Les statistiques sont formelles, si vous êtes artiste et que vous connaissiez la célébrité, entre le moment où vous devenez célèbre et la 25ème année après ce moment, vous aurez 1,7 fois plus de chance de mourir que le restant de la population. Même si votre gloire est éphémère. Tout en se gardant de brosser un tableau trop noir, il serait peut-être temps de se demander ce que l'on veut vraiment... 

Célébrité, ça veut dire quoi? Dans mon esprit, vous êtes célèbre si l'on vous reconnaît dans la rue, ou si des paparazzi s'efforcent de vous arracher au travers de leurs objectifs quelques bribes de votre intimité - et de votre identité - pour les étaler dans la presse people. Bref, cela va plus loin que la simple notoriété. 

Devenir riche et célèbre est rarement un plan de carrière, mais il n'empêche que c'est un rêve partagé par une grande partie de la population. C'est aussi un idéal mis en avant par notre société de consommation.

Je m'en rends compte avec l'âge, même pour un auteur comme moi, qui a très rapidement pris ces distances avec cette part de rêve, en insistant sur l'aspect artisanal de sa vocation, il est impossible de balayer d'un simple revers de main la notion de célébrité.

Pourquoi? Parce que le rêve de gloire et de richesse est un rêve narcissique. Il nous renvoie à une période, où dans le ventre de nos mères, nous vivions dans un état d'extase permanente. Où le moindre de nos désirs était comblé. 

Le monde autour de nous était entièrement à notre service. Tout le monde a vécu cela, ce qui explique l'universalité de cette part de rêve. On pourrait même aller jusqu'à dire que ce "rétro-rêve" est sans doute à l'origine de tous les désirs humains. 

Mais cet idéal de vie est profondément régressif.  Car, en contrepartie, nous étions aussi dans un état de dépendance total.

De même, la star servie par une suite de 150 personnes, qui finit par considérer, dans son narcissisme, chacune de ses personnes comme une extension de soi, ne supporte pas que l'un de ses membres puisse lui faire soudainement défaut. Il faut alors s'attendre à un caprice ou à une colère. 

La frustration ayant été éliminée, si elle réapparaît, elle est vécue comme une attaque, et déclenche l'agressivité. 

Tous les désirs étant comblés immédiatement dans une sorte de gavage systématique, la notion de plaisir, quant à elle, disparaît pour faire place à une forme de nausée. 

Il n'empêche que le désir de devenir cette personne comblée jusqu'à la nausée est très largement partagé. 

Les personnes dont le désir est le plus fort de se rapprocher, tel Icare, du soleil de la célébrité, sont des hommes et des femmes qui ont subi des blessures narcissiques. 

Le fait d'être orphelin de naissance, par exemple. Ou bien d'avoir perdu un proche qui comptait dans l'enfance. Tout cela sont des blessures qui touchent à l'identité de chacun.

En tant qu'être humain, on se construit au travers des interactions avec d'autres. L'identité n'est jamais quelque chose de fixe et définitif, elle se modifie tout au long de la vie. Néanmoins, les racines comptent plus que le reste.

Dans l'enfance, l'identification avec un père ou une mère est partie intégrante du processus d'identité. Vous savez qui vous êtes parce que vous savez qui vous a fait. 

Dans l'adolescence, les parents peuvent aussi servir de repoussoir: vous allez construire votre identité autrement, parce que le modèle parental ne vous convient pas. Le "non", le refus, est tout aussi crucial dans la création d'une identité propre que l'absorption.

Le "non" intervient d'ailleurs beaucoup plus tôt qu'à l'adolescence, mais disons que la rébellion est une sorte de marque de fabrique de cette période si particulière.

La mort d'un membre aussi proche qu'un père ou une mère est donc invalidante. Elle créé un manque que l'on va s'efforcer de combler tout au long de sa vie. 

Ceux dont l'identité est trop faible peuvent être tentés de harceler, voire dans le pire des cas, de s'approprier l'identité de stars en mettant fin à la vie de leur modèle. C'est l'aspect cannibale du fan, qui n'intervient au plus haut degré heureusement que très rarement. 

De manière un peu plus fréquente, il existe des fans qui deviennent des sosies sans pour autant faire preuve de cannibalisme, et qui peuvent développer une carrière de sosie.

Dans d'autres cas, la personne victime d'une blessure va tenter de se construire une nouvelle identité en se contentant de s'inspirer de modèles: modèle dans l'écriture, dans le cinéma, la musique.

Il ne s'agit plus comme pour le fan de réplication, mais bien d'inspiration, avec des choix propres à chaque artiste, des choix qui deviennent plus personnels avec l'expérience. 

Il y a donc acte de création, mais avec une volonté plus ou moins forte selon l'intensité des blessures et les personnalités de panser ses blessures narcissiques à l'aide de l'amour du public. Il faut combler le vide affectif. 

Le problème est que cette personne proche qui vous manque, ce membre du couple qui a divorcé et s'est irrémédiablement éloigné, ne vous apportait pas seulement de l'affection. Il ou elle vous aidait aussi à vous construire, à affermir votre identité. 

Ce ne sera jamais le cas du public. En outre, l'amour du public est volage, inconstant. 

Toute personne qui essaye donc de se construire au travers du regard du public commet une douloureuse erreur, et s'en mordra les doigts. 

Le succès est tout aussi volatil. Les professionnels qui entourent un chanteur ou un groupe savent qu'il faut "faire marcher la planche à billet" dès que la sauce a pris. Multiplier les dates. Les interviews, les concerts, les événements.

Pour tenir, à l'instar du cadre supérieur qui ne sait pas déléguer, on va prendre des "uppers": se shooter aux amphétamines, cocaïne et autres acides. On va en prendre d'autant plus si le trac de se retrouver devant des milliers de personnes nous terrifie.

Cela arrive à certains artistes, et apparemment, Prince était du nombre.

Si le succès se maintient plusieurs mois, pendant lesquels l'on ne cesse de voyager, l'identité, qui a besoin du repérage temps/espace, se retrouve bien vite attaquée de toute part. On ne sait plus où on est. On a du mal à dire qui on est. 

En même temps, on n'a plus de limites, et tous les besoins, y compris sexuels, sont comblés. On se retrouve dans cet état régressif proche de la béatitude pré-natale. 

Des dépendances se créent. Dépendance avec le succès, mais aussi, dépendance avec d'autres éléments beaucoup plus stables et rassurants dans leur manière de vous replonger dans les paradis artificiels: la boisson et les drogues.

Comme on a désappris le sommeil à force d'hyperactivité, on a aussi besoin d'autres drogues, les "downers", les barbituriques, pour s'endormir. Parfois davantage que de simples cachets, comme ce fut le cas de Michael Jackson.

L'hyperactivité ne signifie en rien que vous entretenez de véritables rapports interpersonnels. Comme l'identité se construit au cours de rencontres suivies et que vous n'entretenez que des rapports simplistes avec le public, votre identité se délite. Vous devenez superficiel.

Si vous avez choisi le cinéma, il y a de fortes chances que vous passiez par des méthodes dérivées de l'Actors Studio. Or cette méthode, qui décrète qu'il ne faut pas seulement jouer, mais aussi "être", attaque l'identité, et est pointée du doigt par des psychologues. 

Certains acteurs et actrices ont révélé que les personnages joués leur paraissaient plus réels que leur propre vie privée. 

C'est un immense paradoxe de notre société. Adolescents, on tombe amoureux de stars en raison de l'image forte qu'elles projettent. Mais si l'on réalisait un rêve un peu fou de se marier avec l'une de ces stars (et j'avoue qu'en ce qui me concerne, j'étais attiré par Sharon Stone), il y aurait fort à parier que l'on réaliserait, d'une part, qu'on ne connaît pas du tout la personne derrière l'actrice, et d'autre part, que sa personnalité est trop évasive, trop indéfinissable, trop atrophiée peut-être pour parvenir réellement à s'y attacher. 

Parce que, par exemple, cette star vit des relations bidimensionnelles avec le public, mais n'a pas le temps de s'investir réellement dans une relation plus complexe d'ordre privée, qui par ailleurs, nécessiterait qu'elle se "mette au clair" avec elle-même. 

De nombreuses célébrités, cela dit, ont recours à la psychanalyse, qui peut vraiment aider lorsque pratiquée par de vrais spécialistes, de manière professionnelle. Mais l'incroyable attirance exercée par les stars peut même faire perdre le nord à des professionnels, comme ce fut le cas du psychanalyste de Marylin Monroe. 

L'auteur va comme les autres effectuer sa recherche d'amour narcissique dans le regard du public. Et comme le musicien ou l'acteur, il va connaître des périodes de transe dans sa créativité. 

Ces périodes de transe qui nous permettent de sortir de notre corps pour nous incorporer dans quelque chose de beaucoup plus grand que nous, sans forcément avoir recours à des produits, se rapprochent d'un état d'extase pré-natal. 

Ces périodes sont malheureusement souvent suivies, et je peux en attester, de terribles périodes de doute. On a ainsi l'impression de naviguer entre hauts sommets et abysses, au sein même de sa créativité, comme cela peut être le cas pour ce qui concerne le succès public ou même la simple popularité sur les réseaux sociaux, ou ce que l'on en ressent. 

En cela, nous autres auteurs nous rapprochons beaucoup de personnes victimes de troubles bipolaires.

C'est un obstacle, cela dit, qui n'est pas insurmontable, mais il faut savoir que cela existe. 

Si j'ai choisi de décrire dans cet article la part sombre de l'activité artistique, ce n'est ni pour décourager ni pour me plaindre.

Je tiens simplement à prendre mes distances par rapport aux idéaux de gloire et de richesse qui relèvent, non seulement de la société, mais bien de notre nature profonde, en tant qu'être humains.

Je le reconnais: j'ai un rapport fascination/attirance/méfiance/aversion envers la richesse et la célébrité.

Certaines stars arrivent cependant à mettre de côté l'aspect narcissique pour s'occuper de nobles causes. Ou bien de leurs enfants. 

Le fait de connaître la décadence et une mort prématurée n'est donc en rien une fatalité pour un artiste. Nous pourrons d'autant mieux nous mobiliser que nous sommes conscients des dangers.  

Peut-être certaines personnes attirées par la vocation artistique réaliseront-elles à temps, en lisant cet article, qu'en se privant d'une trop grande part de leur identité propre, en ne sachant plus, au niveau relationnel, que recevoir et non plus donner, si un jour elles devaient procréer, elles ne mettraient au monde que des "fils de", qui auraient d'autant plus de mal à se fabriquer une identité que leur géniteur et génitrice, trop souvent absents, en sont dépourvus... 

Se connaître soi-même pour mieux cultiver son jardin intérieur et ce, tout au long de sa vie, voilà qui est toujours d'actualité.

Je ne saurais trop en tout cas recommander la lecture de Succès damné, le passionnant et brillant ouvrage de référence d'Eric Corbobesse et Laurent Muldworf, paru chez Fayard.

https://store.kobobooks.com/fr-fr/ebook/succes-damne


Cet article est en effet très largement inspiré de cet ouvrage, qui est, dans son ton, toujours bienveillant envers les artistes. 

La statistique que je cite au début concernant la mortalité plus importante des artistes devenus célèbres provient d'une étude citée dans ce livre.

Pour que moi, auteur autoédité militant, aille conseiller la lecture d'un ouvrage traditionnellement édité, qui plus est vendu à 12,99€ dans sa version ebook, vous vous doutez qu'il faut qu'il m'ait convaincu!  

Je terminerai par le début de Succès damné, cette citation d'Albert Camus: Tout artiste qui se mêle de vouloir être célèbre dans notre société doit savoir que ce n'est pas lui qui le sera, mais quelqu'un d'autre sous son nom, qui finira par lui échapper et, peut-être, un jour, par tuer en lui le véritable artiste.

Autre article sur le même sujet : 

Succès, gloire... et amour ?

vendredi 13 novembre 2015

Retour sur une promo réussie

Au moment où j'écris ces lignes, la trilogie Ardalia, roman de Fantasy, est n°6 sur le site de la Fnac après avoir été n°4 mardi 10 novembre, et n°1 en Fantasy sur le site de Kobo, suite à une promotion exceptionnelle la semaine dernière. Attention si vous êtes lecteur, vous allez avoir la même impression en lisant la suite que lorsqu'un illusionniste vous explique ses trucs, ou lorsque vous regardez des vidéos expliquant les effets spéciaux d'un film. Si vous êtes auteur ou responsable de la promotion sur les sites de la Fnac, Kobo, Google ou Apple, ceci pourrait toutefois vous intéresser...




Numéro 4 sur l'ensemble des ventes ebook Fnac, 
un moment historique pour moi 
(Cliquez pour agrandir)


Tout d'abord, il faut rendre à César ce qui est à César. Les deux facteurs primordiaux responsables du succès de cette promotion ont été la chance - une promo qui arrive au bon moment pour les lecteurs - et la collaboration active de Kobo et la Fnac en la personne de Camille Modifi (à présent remplacée par Laurie Baum, mais pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le présent article), responsable des relations avec les auteurs et éditeurs sur ces plates-formes. 

J'ai pendant longtemps rêvé de "faire mon trou" tout seul, par mes propres moyens, mais il faut bien reconnaître que la puissance promotionnelle d'un gros site de vente ne doit pas être prise à la légère... surtout puisque l'on parle en fait de deux sites, Kobobooks et la Fnac.  

Même chose pour Amazon: lorsque les algorithmes du site ont "repéré" que vous grimpez régulièrement, toute une machine promotionnelle se met en marche, qui n'a rien à voir avec ce dont bénéficie un auteur qui vendrait un ou deux ebooks par jour. 

C'est Azel Bury dans le podcast de Cyril Godefroy qui m'a fait prendre conscience que, dans ma volonté farouche de défendre les auteurs indépendants sur ce blog, j'avais peut-être tendance à me renfermer un chouïa sur moi-même - ce qui, j'en conviens, est assez paradoxal pour un auteur qui part chaque week-end à la rencontre de ses lecteurs, à l'occasion de séances de dédicaces sur la région parisienne. 

En écoutant Azel dans ce podcast si romantiquement intitulé De l'Amour et des Livres, j'ai compris qu'il était dans mon intérêt de me mettre ponctuellement en contact avec la ou les plates-formes de ventes à l'occasion d'opération promotionnelles.

Je l'ai d'autant mieux compris que l'auteur Philippe Saimbert m'avait laissé entendre à plusieurs reprises que Kobo s'ouvrait aux auteurs indépendants. 

J'avais aussi besoin de démontrer aux auteurs persuadés que les auteurs indépendants sont forcément des auteurs Amazon qu'il existe une autre voie possible.

Les lecteurs de ce blog savent que je ne suis pas en faveur de la politique actuelle d'Amazon, en particulier de sa politique d'exclusivité des œuvres des auteurs indépendants sur KDP Select.

Non pas que je déteste Amazon, bien au contraire: je leur ai même donné des conseils susceptibles de me redonner confiance, et de faire de cette plate-forme, non plus l'ennemi public n°1 de toutes les autres, mais quelque chose qui s'intègre un peu plus harmonieusement dans le paysage éditorial. 

J'ai donc contacté Camille, de Kobo/Fnac, en lui proposant carrément la promotion la plus importante que j'ai jamais faite sur ma trilogie Ardalia: 0,99 € sur une semaine, du 2 au 9 novembre, pour une trilogie de plus de 1200 pages en format ebook. 

J'ai mis en avant le fait que cette trilogie, reliée en un volume, n'est pas en vente sur Amazon (seuls les romans individuels le sont). J'ai aussi indiqué que je prévoyais un budget de 200 € de pub Facebook pour cette promo. 

Là encore, un budget jamais atteint pour aucune de mes modestes tentatives de pub sur Facebook. 

Quel autre géant, en effet, opposer à l'efficacité de Jeff Bezos et d'Amazon, si ce n'est quelqu'un de presque aussi riche que Jeff, Mark Zuckerberg? 

Camille a accepté, et contre toute attente, même après que je lui ai envoyé les éléments sur la pub que je comptais lancer, loin d'annuler la promo, elle m'a indiqué les dates du 2 au 9 novembre. 

Les trente personnes qui me suivent sur Facebook seront peut-être étonnées de l'apprendre, puisque je n'ai annoncé officiellement cette promo qu'à partir de mon billet du vendredi 6 novembre.

Cela faisait partie de ma stratégie de montée en puissance.

Publicités Facebook : chiffres et stats

Mes ventes étant quasiment au point mort auparavant, je savais aussi que, en me contentant de la promo Kobo sans faire appel à Facebook, le livre resterait invisible au début et ne ferait sans doute aucune vente tant qu'il n'y aurait pas de vraie mise en avant sur l'un des sites, Kobo ou la Fnac. C'était à moi de susciter les premières ventes. Mais je ne voulais pas le faire en annonçant la promo sur les réseaux sociaux et mon blog, ceci afin de tester de manière plus fine l'efficacité de Facebook. 

J'avais décliné deux publicités, une à destination du Québec, une de la France. Les deux ciblant le jeune public, jusqu'à 44 ans. J'ai mis cinq euros dans chacune le premier jour. Pour les spécialistes, je n'ai pas créé de pixel de ventes, c'est à dire d'outil me permettant de mesurer précisément qui, parmi ceux qui cliquaient sur les pubs, achetaient.

Le deux novembre, la trilogie s'est vendue à deux exemplaires (à 0,99€). Huit clics sur la pub française à destination du site de la Fnac. Aucune vente au Québec, j'ai donc ramené le budget Québec à 2 €/jour. Le 3 novembre, je passe à dix euros par jour sur la pub française, avec un seul exemplaire vendu pour 18 clics. Déception, donc. 

Je constate en regardant mes stats de vente qu'il n'y a aucun clic à partir de la tranche 34-44 ans. Je supprime donc cette tranche pour les deux pubs: elles s'adresseront dorénavant aux 13-34 ans.

Le 4 novembre, un mercredi, je passe à 20 €/jour pour la pub française (la pub québecoise restera à 2€ par jour, sauf le samedi et le dimanche, où elle passe respectivement à 5 puis 10€). Là, 12 ventes, 42 clics. 

J'avoue que je ne sais pas à quel moment la trilogie est rentrée dans le bandeau du "top 50" sur Kobo, ce qui, je le sais, aide les ventes. Mais ce n'était certainement pas avant cette journée du mercredi 4. 

Le 5 novembre, je reste à 22 €/jour pour les deux pubs: 6 ventes, 26 clics sur la Fnac.

Le vendredi 6 novembre, l'après-midi je passe à 32 €/jour et j'annonce la promo sur mon blog: 16 ventes, 89 clics.

C'est là que j'ai dérapé. Être auteur indépendant, cela veut dire avoir la capacité d'expérimenter et de faire preuve d'audace. Trop, parfois.

Je suis passé à 50€/jour le samedi 7 novembre (juste avant de partir le même jour en dédicace), ce qui était une très bonne manœuvre, mais j'ai cliqué sur le bouton "Instagram", ce qui était, comme on dit dans le Sud, "une vraie caguade".  

Instagram, c'est un réseau social très fréquenté par les jeunes, donc ça rentrait dans le cadre de la pub. Sauf que l'outil Facebook, à partir du moment où on le lie à Instagram, n'est plus du tout, mais alors plus du tout au point. 

Le 6 novembre, à 32 €/jour j'étais à 89 clics pour 16 ventes, et le 7 novembre à 55 €/jour, Jour Noir d'Instagram, je passe à 446 clics... ouah! Fantastique! Sauf que non, pas du tout: 12 ventes seulement. Le fait d'avoir mis la pub sur Instagram fausse complètement mes stats, et a grandement réduit mes ventes. 

Je n'ai pas pu m'en apercevoir dans la journée, étant en dédicace à Fosses.

Si je n'ai pas mis le soir, en rentrant, le statut Facebook: "Qu'est-ce que j'ai merdé aujourd'hui !", c'est que la trilogie Ardalia pointait à la troisième place du classement Fantasy sur Kobo. Ça aurait paru un peu contradictoire, peut-être.

Mais ce n'est pas fini: le samedi 7 novembre au soir, je décoche le perfide bouton Instagram...qui se venge: je ne m'en rendrai compte que le lundi 9 novembre, mais, par une bizarre alchimie, les pubs Facebook et Instagram sont liées: en retirant la pub Instagram, la moitié la plus percutante de mon argumentaire de vente sur la pub Facebook a disparu! Top délire!

Pourquoi ne m'en suis-je rendu compte que le lundi 9 novembre? Parce que le dimanche 8 novembre, Kobo met la trilogie en avant sur sa plate-forme, faisant d'elle l'ebook du jour, une mise en avant vraiment exceptionnelle. 

Résultat, 63 ventes dans la journée. C'est grâce à ce chiffre que la trilogie a pu arriver à la quatrième place. Mais elle aurait pu faire mieux si j'avais mieux maîtrisé l'outil Facebook.  Nettement mieux.




Je n'ai jamais suivi les cours complet des auteurs Mark Dawson ni de Nick Stephenson sur les pubs Facebook, juste quelques vidéos gratuites. 

Je n'ai jamais prétendu être un pro du marketing. Je glane quelques notions ici et là sur le net, mais j'ai fait des études de journalisme, pas de marketing. 

Cela signifie bien sûr que n'importe qui peut arriver au même niveau de résultat que moi, à condition de ne pas avoir peur d'investir sur soi-même.

Le dimanche 8 novembre, dont, 34 clics seulement pour 60 € investis. Gulp. Les 63 ventes semblent bien n'être dues qu'à Kobo/la Fnac. 

Le lundi 9 novembre, les ventes retombent. Très sèchement. Pire, alors que j'ai mis un budget de 22€ pour la journée du 9, le taux de clics par rapport aux ventes est très mauvais. C'est alors que je m'aperçois du délire concocté par le bouton Instagram, et que je rectifie le tir en modifiant de nouveau l'argumentaire de la publicité (perdant au passage tous les like et partages pour cette pub).

J'ai tout de même un peu remonté la pente dans la soirée du lundi en faisant 6 ventes (pour 20 clics). Puis, la trilogie est revenue à son prix initial. 

Je ne suis pas encore revenu sur les 230 € dépensés en tout, comme on le voit sur l'image ci dessous, mais je pense que l'exposition en valait la dépense, et devrait m'aider pour les séances de dédicace.


Le message que je voudrais adresser aux autres plates-formes, telles Google et Apple, c'est de ne pas prendre les auteurs autoédités de trop haut.

Pendant la période promotionnelle, j'ai fait une vente sur Google de la trilogie et une sur Apple.

Faites comme Kobo et la Fnac: embauchez une personne responsable des relations avec les auteurs indépendants et les éditeurs. 

Je tiens aussi à souligner que je m'inscris dans un collectif: mes posts sur Facebook ont été partagés par plusieurs auteurs, c'est pourquoi le succès que j'ai pu obtenir est avant tout un succès collectif. 

Comparaison avec Amazon

Les auteurs ayant bénéficié de l'offre éclair ne seront sans doute pas impressionnés par ces chiffres. Suite à la promotion dont j'ai bénéficié, j'ai voulu remettre les pieds sur terre en menant une enquête auprès de collègues auteurs ayant bénéficié de l'offre éclair Amazon. 

Il en ressort que l'offre éclair "a rapporté" en un jour entre 500 et 1000 ventes à ces auteurs, qui souhaitent conserver l'anonymat. Je n'ai absolument aucun doute quant à ces chiffres.

[EDIT 23/11/2015] Après consultations d'autres auteurs, la fourchette de l'offre éclair sur Amazon serait plus importante: entre 200 et 1000 ventes. 

Pourquoi une telle différence avec Kobo/la Fnac? 

Je suis persuadé que l'efficacité de l'offre éclairs tient à la base de données utilisateurs d'Amazon, et notamment à leur newsletter s'adressant aux personnes désireuses de bénéficier de ces offres éclairs.

La newsletter Amazon est parfaitement mise en valeur sur leur site, il est facile de s'y inscrire. Elle apparaît en haut de l'écran, juste au niveau des yeux. On ne peut pas la louper. 

Les "indispensables alertes Fnac" ne semblent pas si indispensables que cela, puisqu'elles apparaissent tout en bas du site, dans un bandeau difficilement lisible sur fond jaune vif. 

Quant à la newsletter Kobo... je n'en ai pas trouvé. Il y a une newsletter à destination des auteurs, mais je n'en ai pas vu pour les lecteurs, et je n'en ai pas vu pour les offres du jour. 

Mon chiffre de vente du dimanche 8 novembre, entièrement dû à la mise en avant Kobo (puisque ma pub n'était plus efficace à ce moment), prouve qu'il y a un vrai public sur la Fnac et Kobo. 

On va peut-être me traiter d'auteur ingrat (ce qui est faux, j'éprouve une vraie gratitude envers le fait que Kobo se tourne vraiment vers les auteurs autoédités, et j'ai conscience que les grands moyens ont été mis au cours de cette promo-ci), me reprocher de faire des critiques, mais j'estime que Kobo et la Fnac gagneraient grandement à entretenir une relation avec les lecteurs via une vraie newsletter.

Et continuez à soutenir les auteurs indépendants. Ils vous le rendront. Ma pub à destination de la Fnac et Kobo a été vue sur Facebook et Instagram par 82 282 personnes en l'espace d'une semaine.



EDIT 28/05/2017: Pubs Facebook: attention aux "j'aime" frauduleux!

jeudi 11 décembre 2014

[Archive 31 octobre 2012] Succès, gloire... et amour ?

Rassurez-vous, ce blog ne s'est pas d'un seul coup transformé en extension de Voici ou Gala. Simplement, je suis tombé hier sur cette info : la moitié des footballeurs européens finissent ruinés. Par ailleurs, selon le même article, en NFL (football américain), 78% des joueurs ont tout perdu moins de deux ans après avoir raccroché, et 60% des joueurs de NBA n'ont plus rien dans les cinq ans qui suivent l'arrêt de leur carrière. Wow. C'est leur problème, me direz-vous. Mais ce serait oublier qu'ils relèvent d'un modèle, le star-système, qui impacte une majorité de la population.
 
Il est beaucoup plus difficile d'avoir ce genre de chiffres pour des artistes car pour eux, la fin de carrière signifie souvent la fin de vie. Mais je suis persuadé que le problème est à peu près identique.
 
L'article donne la raison principale, le manque d'éducation : Le train de vie dispendieux des athlètes (achats de maisons, voitures de luxes, bijoux) n’expliquerait pas tout. La faillite de certains serait plus souvent le fait de mauvais placements, d’investissements désastreux, de divorce coûteux et de la mauvaise influence d’agents et des conseillers peu scrupuleux.
 
L'argent facile peut conduire à vouloir afficher sa fortune, par ses possessions, son train de vie et ses fréquentations. Cela nous renvoie à un narcissisme qui remonte à l'adolescence, à l'époque où il fallait une paire de baskets ou un sac à main de marque pour afficher son rang.
 
Eh oui, notre société n'est pas seulement jeuniste, elle nous pousse à revenir au stade de l'adolescence. Est-ce parce que les "p'tits gars du marketing" ont calculé que c'est à cet âge qu'on dépense le plus par rapport à ce que l'on possède ?
 
Pour les artistes et les sportifs de haut niveau, évidemment, ce problème de narcissisme se trouve décuplé, parce qu'il y a le regard du public, que ce soit dans les stades de foot ou les salles de concert (qui sont parfois un seul et même lieu).
 
Quand un artiste tombe amoureux d'un fan, est-ce qu'il tombe amoureux de la personne ou bien de son propre succès qui lui est renvoyé comme dans un miroir ? L'artiste ou le/la sportif(ve) aura beau jeu de dire après le divorce que son mari ou sa femme l'a épousé pour son argent ou sa célébrité, les torts seront partagés, parce que lui ou elle aussi aura fait ce choix pour les mauvaises raisons.


Sans vouloir faire de morale, quand on n'est pas aimé pour soi-même, quand de soi-même, naturellement, on ne donne pas sans espoir de recevoir quelque chose en retour, il ne faut pas s'étonner que la relation s'interrompe brutalement (et douloureusement). En la matière, il ne faut pas se fier aux déclarations de l'autre, mais bien aux actes. Et aussi à ses propres actes.
 
Si les psychologues sont et resteront dans les années à venir une profession en vogue dans notre société-qui-marche-sur-la-tête, c'est parce qu'ils peuvent parfois aider à franchir des étapes initiatiques, des étapes qui permettent de passer à l'âge adulte et d'obtenir une meilleure estime de soi (notion très différente de l'image que l'on projette aux autres, qui renvoie au narcissisme).
 
Mieux vaut construire sur du réel et du solide.
 
Je n'irai pas jusqu'à dire que les footballeurs ont besoin de redevenir pauvres pour comprendre ce qu'est la vie, ce serait cynique et sans doute faux. Néanmoins, se mettre dans des conditions permettant de se trouver soi-même, voilà qui ne ferait pas de mal à des personnes n'ayant jamais connu que l'opulence - l'idée de "stage de pauvreté" n'est pas nouvelle, elle est déjà exploitée par des producteurs d'émissions de télé-réalité par ailleurs très contestables.