lundi 6 juillet 2015

Jouer avec le feu

Amazon a changé les règles du jeu de Kindle Unlimited, permettant aux auteurs de romans longs publiés en exclusivité sur Amazon une rémunération plus intéressante à la page. Selon l'auteur Hugh Howey, le nouveau système va dans le bon sens et est plus équitable pour les auteurs. Je reste, pour ma part, résolument hostile à la notion d'exclusivité de distribution pour quelque chose d'aussi universel que les livres, fussent-ils électroniques. Une position de principe, mais pas que...

"Derrière chaque grande fortune, il y a un crime", disait Honoré de Balzac. Cette seule formule résume mon rapport assez compliqué avec l'argent. 

Ainsi par exemple, quand je clique sur le lien KDP Select de mon tableau de bord Kindle Direct Publishing et que je vois: "Fonds mondial de KDP Select juillet 2015 10 millions d'euros", une part de moi se demande: "mais bordel, qui a-t-on bousillé pour rassembler une telle somme?"

De la même manière, si un gros éditeur me proposait une forte somme d'argent en échange de ma signature sur un contrat à compte d'éditeur, je me poserais la même question. 

Et la réponse serait, dans les deux cas, j'en ai peur: "beaucoup de monde".

Mon côté idéaliste est tellement enraciné en moi qu'il m'arrive de me demander si, à l'instar de Paula Myo, l'héroïne de l'auteur de SF Peter Hamilton, mon profil génétique n'aurait pas été modifié avant ma naissance. 

Il ne s'agit pas pour moi d'instruire un dossier à charge contre Amazon. Si l'on devait peser dans une balance le bien et le mal, on devrait de toute façon constater qu'Amazon est l'acteur qui a su donner un coup d'électrochoc salutaire à une industrie de l'édition complètement sclérosée, et cela, dans la plupart des cas, pour le plus grand bien des auteurs indépendants. 

La recherche et le développement, le lancement du Kindle, les modèles de distribution disruptifs,  tout cela a été un immense bol d'air frais dans un milieu particulièrement vicié.

Les lecteurs ont aussi grandement profité de la pression sur les prix vers le bas d'Amazon, et là encore, on ne peut qu'applaudir. 

Mais la plupart des entreprises, il faut le savoir, et particulièrement dans la nouvelle économie, réalisent leurs bénéfices dans les zones grises où l'on n'a pas encore légiféré. 

En ce sens, on peut dire qu'elles jouent plus ou moins avec le feu, surtout dans la mesure où une décision politique peut tout à coup réduire à néant une marge de manœuvre. 

C'est à mon avis le cas avec Kindle Unlimited. Et je ne parle pas seulement du modèle de lecture en streaming avec offre illimitée qui est en discussion au gouvernement, mais bien du modèle d'exclusivité qui est celui de Kindle Select et Kindle Unlimited. Modèle qui impose aux auteurs optant volontairement pour Kindle Unlimited une exclusivité de trois mois renouvelables sur Amazon des titres concernés.

Faisons un petit parallèle avec l'agroalimentaire et la distribution: si Leclerc offrait un pont d'or à tous les agriculteurs à condition qu'ils ne vendent leurs pommes de terre que chez Leclerc. Si demain, le consommateur désirant acheter des pommes de terre ne pouvait le faire que chez Leclerc. 

Est-ce que ça passerait comme une lettre à la poste? Est-ce qu'il n'y aurait pas des freins légaux à ce type de tentative? Je ne suis pas juriste, mais je serais curieux de le savoir.

Dans le domaine de l'édition, les éditeurs traditionnels contrebalancent pour le moment l'offre des auteurs indépendants. Mais il faut savoir que cette industrie de l'ombre de l'autoédition, ou édition indépendante, s'est taillée en quelques années seulement des parts de marché impressionnantes.

Et il faut savoir aussi, en particulier aux Etats-Unis, qu'un nombre écrasant d'auteurs indépendants pratique l'exclusivité de distribution chez Amazon. Un million de titres sur Kindle Unlimited en juillet! Excusez du peu. 

A titre de comparaison, le marché français, c'est environ 175 000 titres en format ebook. Tout compris, édition traditionnelle incluse.

Ce million de titres ne figure pas sur les plates-formes concurrentes que sont Kobo, Apple, Google Play, Barnes & Noble et les autres. 

C'est ce que j'appelle, pour Amazon aussi bien que pour les auteurs indépendants concernés, jouer avec le feu.

Jouer avec le feu pour les auteurs indépendants, parce que si les autres plates-formes de vente sont étranglées, ils se retrouvent complètement à la merci du seul Amazon. 

Jouer avec le feu pour Amazon, parce que si leur pourcentage de domination du marché de l'ebook passe un certain seuil, il y a de fortes chances que l'autorité de régulation anti-trust intervienne aux Etats-Unis.

Je serais acteur de l'édition traditionnelle, cela dit, je ne compterais pas trop sur le gouvernement pour me tirer d'affaire. Trop aléatoire.

Pour les auteurs qui feraient reposer leur modèle de développement sur un seul acteur, je dirais simplement: danger. Les pires choix sont toujours effectués lorsqu'on a l'impression que l'on n'a pas le choix.

vendredi 19 juin 2015

Promo Flash

A l’occasion de la Fête des Pères (jusqu’au dimanche 21 juin compris), j'offre l’ebook du troisième et dernier tome du Cycle d’Ardalia, Les Flammes de l’Immolé, roman de Fantasy. Plus de 500 pages d’épopée épique à télécharger gratuitement sur Amazon, La Fnac/Kobo, Apple et Google Play. Faites vite, le temps est compté!


La grande traque avait commencé, et les hevelens étaient le gibier. Quand se conclurait-elle ? Et comment ? Impossible de le prédire.

L’armée de Malia vaincue, les forces de la Destruction font le siège de la Porte des Canyons et se répandent dans les Steppes Venteuses. Pour chaque enfant du vent ou de l’eau capturé et précipité dans la Grande Déchirure, c’est un nylev, un être de feu qui naît. Pelmen, Laneth, Lominan et Elisan-Finella doivent convaincre les krongos de se joindre à leur lutte désespérée. Mais les êtres de pierre ne sont qu’une poignée, et plus rien n’entrave Valshhyk, l’Immolé…
 
Le meilleur roman de fantasy autopublié de ces dernières années - Les Chroniques de l'Imaginaire, août 2013.

Les Flammes de l’Immolé est le troisième et dernier tome du cycle d’Ardalia, roman de science-fantasy. 





jeudi 18 juin 2015

Ebooks: le mythe du " grand méchant format propriétaire"

Un coup de chapeau au blog E-Reading and Ray Tracing, qui a en mars 2015 renvoyé dans les cordes ce que l'on pourrait appeler le mythe du "grand méchant format propriétaire" dans un article intitulé Interopérabilité du livre électronique. Où il apparaît qu'Amazon n'est pas le seul acteur vicelard et cupide de l'ebook, ô surprise, à vouloir fidéliser les lecteurs en les empêchant de changer de machine...

Il y a un reproche tout à fait fondé que l'on peut faire au format propriétaire: c'est de devoir, si l'on change de machine, convertir les centaines d'ebooks que l'on possédait sur sa liseuse d'ebooks via le logiciel Calibre vers, par exemple le format Amazon, si on migre dans le sens du format .epub vers le format propriétaire d'Amazon, le .mobi et ses déclinaisons. Si l'on est un grand lecteur, c'est clairement dissuasif.

Malheureusement, l'article Interopérabilité du livre électronique  démontre que les DRM (verrous numériques) que vous possédez sur vos ebooks légalement achetés chez Apple ou la Fnac, par exemple, rendront eux aussi inévitable l'utilisation du logiciel Calibre (qui permet, grâce à certains plugins dont la légalité est douteuse, d'enlever les DRM), si par exemple vous passez de la lecture sur iPad à la lecture sur Kobo (et vice-versa). 

Si vous n'achetez que sans DRM, c'est que vous êtes bien informé. Cela signifie aussi que vous évitez délibérément certains ebooks publiés chez de gros éditeurs. Ce n'est pas le cas du grand public.

Vous me direz, Amazon autorise aussi les éditeurs et auteurs indépendants à mettre des DRM sur les ebooks vendus sur son site. Il est toutefois possible de repérer facilement sur Amazon les ebooks avec ou sans DRM, comme on peut le voir dans cet article.

J'avais déjà signalé en 2012 le problème posé par les DRM.

Le débat qui concerne le "format propriétaire" d'Amazon et son "écosystème fermé" est à mon avis un faux débat. Les sites qui fournissent de l'ebook gratuit en toute légalité comme Projet Gutemberg ou Feedbooks proposent à chaque fois la version Amazon. Si vous achetez une Kindle, vous n'avez aucune crainte à avoir de ne pas trouver l'ebook dans le bon format, parce que même si c'était le cas, et même si le livre avait des DRM, il serait encore possible de le convertir à l'aide de Calibre.

Je souhaiterais, pour ma part, qu'Amazon rende ses liseuses compatibles avec l'epub. Mais ce n'est pas le cœur du combat pour l'instant.

Si les éditeurs voulaient mettre la pression à Amazon sur son format propriétaire, ils n'utiliseraient plus que le Watermarking (une technique de "tatouage numérique") et non plus les DRM. Comme le précise l'article d'E-Reading and Ray Tracing, certains éditeurs le font, mais c'est loin d'être le cas de tous. 

Si les constructeurs voulaient concurrencer Amazon, ils se créeraient une boutique commune à toutes les liseuses d'ebook, quelle que soit leur marque, et ils s'interdiraient de reformater du fichier epub. 

Surtout, ils permettraient sans discrimination aux auteurs indépendants de diffuser leurs ebooks sur leur plate-forme, ce qui est encore loin d'être le cas partout (Bookeen, Cultura, suivez mon regard). Même le site Feedbooks ne permet pas aux indépendants d'y vendre leurs œuvres.

Pour l'instant, les intérêts individuels, que ce soit des constructeurs, des revendeurs ou des éditeurs, font qu'il n'est absolument pas possible pour eux de présenter une ligne de front unie contre Amazon. Ils se contentent donc de brandir l'épouvantail du format propriétaire censé enchaîner le lecteur. 

Sauf que dès que l'on creuse un peu, on s'aperçoit que cet épouvantail n'a aucune substance... 

mardi 16 juin 2015

Auteurs : les interventions hors dédicace

Comment réagir lorsque, en tant qu'auteur, on vous sollicite pour des interventions extérieures? Certes, on s'intéresse à vous et cela peut sembler flatteur. L'auteur averti aura pourtant tout intérêt à mettre son égo de côté pour entrer dans des considérations bassement matérielles. En d'autres termes, si vous faites de l'écriture votre activité à plein temps, faites-vous rémunérer!

Lorsque j'étais tout jeune auteur, si un membre du corps enseignant m'avait abordé en me demandant d'intervenir dans sa classe pour parler de mes livres, j'aurais réagi en demandant à cette personne combien je devais la payer pour que cela arrive. 

A présent, lorsqu'un enseignant me pose la même question, ce qui m'arrive de temps en temps en tant qu'auteur jeunesse, je montre un intérêt poli, mais je ne donne jamais suite.

Une part de moi en éprouve de la culpabilité: je comprends qu'en communiquant la passion qui m'anime à de jeunes esprits, je peux donner un autre sens à leur vie, leur faire entrevoir la richesse de la langue française, l'épanouissement d'une activité créative, la sensualité de l'écriture, le souffle exotique de l'imagination, les vibrations incroyablement positives quand ce que vous couchez sur le papier (ou l'écran) entre en résonance avec un autre esprit... 

Une autre part de moi, celle de l'auteur capable de se glisser dans la peau d'un personnage, y compris dans la vraie vie, va se mettre à la place de ce professeur de collège qui s'approche de ma table de dédicace. 

"Cet auteur, là, il a l'air de s'ennuyer à mourir à sa table. Il n'y a personne autour de lui. Plutôt que de perdre son temps ici, il ferait mieux de venir dans ma classe. Il pourrait montrer l'intérêt d'apprendre la langue française. Qui sait, susciter des vocations. Et même si ce n'est pas le cas, il pourrait apporter un témoignage sur sa vie d'artiste. Etant donné que les jeunes n'ont pas de tabous dans leurs questions, ça pourrait être intéressant de savoir comment il fait pour sa sécurité sociale, sa mutuelle et sa retraite. Surtout s'il est à plein temps. Et puis ça me conforterait dans mes propres choix professionnels, moi qui ait toujours rêvé d'écrire un bouquin..."

Je caricature? Peut-être, mais quand vous pratiquez l'autoédition à temps plein dans votre vie et que vous commencez à prendre de la bouteille, vous envisagez d'abord le pire avant de penser au meilleur.

Les questions que l'on peut vous poser peuvent être gênantes, d'une part en vous donnant l'impression d'étaler votre misère, d'autre part en vous plaçant dans une position défensive, face à des interrogations d'ordre certes rationnel, liées à la vie quotidienne. 

Or, une passion, ça ne se justifie pas. Ça se vit. 

La société et son aspect rationnel ne vous pousseront jamais dans le sens de votre passion. Vous êtes auteur. Vous allez contre l'ordre établi et la pression sociale, ne l'oubliez pas. Vous aurez beau protester ne pas faire de politique, cela n'y changera rien.

Si vous deviez expliquer toutes les galères que vous avez vécues avant d'arriver à vivre de votre passion, il y a de fortes chances que votre discours devienne dissuasif, et que vous vous mettiez donc à aller dans le sens de la pression sociale. Il est fort possible que vous vous mettiez à recommander de trouver un boulot alimentaire à côté, alors que vous savez toute la frustration que cela peut engendrer quand on a vraiment le feu sacré.

Mais d'un autre côté, vous êtes quelqu'un d'honnête et vous ne désirez pas embellir votre activité de manière artificielle, serait-ce par omission. 

Bref, vous vous retrouvez dans une situation impossible.

Si vous êtes à temps plein sur l'écriture sans être un auteur best-seller et que vous n'ayez pas de fortune personnelle, il y a de fortes chances que votre période d'activité soit une période "à risque" pour vous: une période où, contrairement à l'enseignant qui vous fait cette demande, vous ne générez pas de revenus additionnels pour la retraite, vous ne cotisez pas pour une mutuelle et autres "menus détails".

Ce que je veux dire, c'est que même si vous passez votre temps le nez en l'air à rêver à vos personnages, votre temps est précieux. La situation étant bien sûr différente si vous avez du travail à temps partiel (là, tout dépend de votre motivation à vivre ou non de l'écriture).

Si l'on vous demande d'intervenir dans un milieu professionnel ou scolaire, à vous de savoir négocier. Pour moi, étant donné l'interruption que peut causer ce genre d'intervention, je ne demanderais pas moins de 300 € par demi-journée, sachant que toute demi-journée entamée est due (en gros, même si je ne reste qu'une heure c'est 300 €). Hors défraiement. Le chèque doit vous arriver avant intervention, systématiquement.

C'est bien sûr juste une indication. Si vous avez 3000 € de loyer par mois à payer, vous demanderez sans doute davantage. 

Le cas est évidemment différent si vous êtes jeune auteur et prêt à tout pour vous faire connaître. La passion, encore et toujours. Ce qui me permet de boucler la boucle...

[EDIT Charte des auteurs et illustrateurs]: Selon la Charte des auteurs et illustrateurs, le tarif pour une intervention est de 413 € brut pour la journée de rencontres, 249 € brut pour la demi journée.

mardi 2 juin 2015

"Point de bascule" officiellement atteint aux Etats-Unis

Dans un article d'IDBoox au premier abord négatif par rapport aux ventes d'ebooks, puisque intitulé "Baisse des ventes d'ebooks aux USA en 2014" figure en réalité l'information cruciale pour les auteurs autoédités écrivant dans le domaine de la romance, du thriller, de la fantasy et des polars (et à mon avis aussi de la Science-Fiction). Selon cette information officielle du non moins officiel institut de statistiques Nielsen, le point de bascule a été atteint aux Etats-Unis en 2014 pour les œuvres relevant des genres que je viens de citer. 


C'est sans doute le cas depuis plusieurs années, et je l'avais d'ailleurs déjà annoncé sur ce blog. C'est maintenant officiel, d'après Nielsen: En 2014, le genre des livres numériques pour adultes sont ceux qui se vendent le plus et particulièrement la romance, la fantasy, les thrillers et les polars. Ces catégories représentent 50% des ventes (citation de l'article d'IDBoox).

Les statistiques officielles mettent toujours un certain temps à rattraper la réalité. Alors pourquoi ce terme de point de bascule?

Parce que les auteurs bien informés, notamment par le site Author Earnings, savent, chiffres à l'appui que les auteurs autoédités vendent plus d'ebooks, ou livres numériques, que les cinq plus gros éditeurs des Etats-Unis réunis. 

Ils savent aussi que leurs statistiques de vente ne sont pour l'instant pas prises en compte par les organismes officiels, mais le sont par un site comme Author Earnings, mis en place par des autoédités. 

Ils savent donc, qu'à partir du moment où en tant qu'auteurs autoédités pris collectivement, ils vendent plus d'ebooks que les plus gros éditeurs, et qu'à partir du moment où de manière générale, dans les genres où ils écrivent (romance, thriller, fantasy, polar, excusez du peu!) il y a plus d'ebooks qui se vendent que de livres papier, l'avenir est clairement dans le camp de l'autoédition et non de l'édition traditionnelle.

Pourquoi? Parce que les auteurs n'ont plus besoin de passer par des éditeurs pour diffuser leurs ebooks sur Amazon (KDP Publishing), Kobo/la Fnac (Kobo Writing Life) ou Apple (iTunes Producer, Smashwords). Ils peuvent le faire tout seul, de même qu'ils peuvent externaliser les corrections, voire corriger leurs ouvrages entre auteurs pour faire baisser les coûts, trouver eux-mêmes leurs couvertures, etc.

Et ils fixent leur prix eux-mêmes, et décident de leurs promotions et de leur stratégie.

Ce qui arrive aux Etats-Unis se répercute de manière très claire en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais aussi, de manière moins nette sans doute pour le moment, en France. 

En France, on parle de 5% de vente d'ebooks, mais on ne dispose pas des statistiques sur les différents genres. Si vous mettez les ventes d'ebooks sur le même registre que les ventes de livres scolaires, de non fiction, etc., c'est sûr qu'il y a moyen de biaiser fortement les stats qui intéressent directement les auteurs autoédités de fiction.

Si vous ne prenez que les chiffres des éditeurs (par exemple du SNE) sans tenir compte des ventes d'auteurs autoédités, vous biaisez encore plus les statistiques et les chiffres.

Alors, l'article parle d'une baisse des ventes des ebooks de 6% aux Etats-Unis. Rien d'étonnant à cela, puisque, à la suite des négociations entre Amazon et Hachette, Amazon a perdu le droit de pratiquer des rabais sur les ebooks des éditeurs traditionnels, qui du coup, vendent de facto plus cher, et donc, moins d'ebooks, afin de protéger leur marché sur les livres papier. 

Il est important de préciser que cette étude porte sur les 30 éditeurs les plus importants du pays. Eux voient leurs ventes d'ebooks baisser, et mécaniquement, on constate dans le dernier rapport d'Author Earnings portant sur les 50,000 ebooks les plus vendus sur le seul Amazon (Amazon représente 65% du marché sur les ventes d'ebooks aux Etats-Unis), que les auteurs indépendants sont passés devant en termes de vente d'ebooks, sans doute pas devant les 30 éditeurs les plus importants, mais du moins devant les 5 plus gros, ce qui est déjà considérable. 

Les auteurs indépendants ne sont pas concernés par la baisse des ventes de 6%, n'ayant pas augmenté les tarifs de leurs ebooks afin de leur faire atteindre le même niveau de prix que les ebooks des gros éditeurs maintenant affichés à leur prix réel, c'est à dire sans rabais de la part d'Amazon. 

Il n'est pas dit du tout que le volume total d'ebooks vendus aux Etats-Unis ait baissé en 2014. Selon moi, il est probable qu'il ait encore augmenté.

Il ne s'agit pas non plus de dire que le marché de l'ebook est ou sera une mine d'or pour les auteurs en France. Même pour l'édition traditionnelle, les ventes moyennes de livres en France se situent entre 100 et 600 exemplaires par roman (lire l'interview instructive en bas de cet article). On est très très loin d'un Eldorado. 

Ceux qui touchent pour l'instant le pactole à coup sûr sont les financiers à la tête des groupes d'édition, groupes issus de la fusion de nombreux éditeurs. Pour l'instant. Cela peut, cela doit changer.

Ce qui me réjouit, c'est que de plus en plus, l'information devient transparente sur les chiffres de vente, ainsi que sur les possibilités et perspectives: pourquoi aller alimenter une sorte de Veau d'Or, quand on sait qu'on a la possibilité de se forger un petit appoint, aussi modeste soit-il, en vendant soi-même directement ses écrits?

vendredi 29 mai 2015

La trilogie Ardalia a son coffret

Il fallait un écrin à la trilogie Ardalia. C'est désormais chose faite, et de jolie manière je pense, avec ce coffret gaufré que je présenterai dès demain (30 mai 2015) en dédicace à Achères (78). Un cadeau sympa pour la Fête des Mères... 

Je crois savoir qu'un ou deux auteurs indépendants suivent ce blog. Si vous êtes dans ce cas, sachez que j'ai fait pour ce coffret appel à la société Boutaux Packaging.

Je suis très satisfait, d'abord du rapport qualité prix, mais aussi du délai d'exécution et de livraison, et de l'aide que j'ai reçue au moment de maquetter le coffret. 

Il faut savoir qu'il est plus complexe de réaliser la maquette d'un coffret tel que celui-ci que celle d'un roman. Merci beaucoup, donc, au service PAO de Boutaux, qui m'a donné un sacré coup de main sur cette affaire. 

Si vous êtes lecteur, je vous invite à visiter mon site d'auteur, et notamment les présentations du Souffle d'Aoles, d'Eau Turquoise, et des Flammes de l'Immolé. Vous y trouverez des liens vers les différentes revues de presse des ouvrages.

Et maintenant quelques photos: 








Vous noterez sur cette dernière image le gaufrage sur le titre (cliquez pour agrandir). J'avais toujours rêvé d'avoir des lettres en relief sur au moins l'un de mes titres, c'est chose faite! 

Et la vidéo. Un exercice difficile pour moi en raison de ma grande timidité, j'implore donc votre indulgence (il sera peut-être nécessaire de monter le son): 


Pourquoi, me direz-vous, vendre le coffret uniquement en séance de dédicace alors que je propose justement sur mon site une offre spéciale avec les trois romans à prix réduit (les ebooks sont offerts dans le cadre de cette offre)?

Eh bien, pour des raisons de logistique et de prix: je ne me vois pas aller au bureau de poste envoyer les coffrets au coup par coup, et cela ne me permettrait plus d'offrir comme je le fais sur mon site les trois ouvrages à 42 euros, frais de port compris. Le prix augmenterait forcément avec le coffret.

J'ai demandé, cela dit, à mon imprimeur, Lightning Source, d'envisager la possibilité de réaliser ce type de coffret. Cela résoudrait pour moi le problème de la logistique et permettrait sans doute de baisser le prix actuel du coffret, qui est de 66 euros.  Dans cette hypothèse, les coffrets vendus sur site ne seraient évidemment pas dédicacés, puisque partant directement des locaux de l'imprimeur pour le domicile des lecteurs. C'est à l'étude. 

Donc, pour l'instant, vous ne trouverez le coffret qu'en dédicace. Si vous n'êtes pas sur la région parisienne, sachez qu'il n'est pas rentable pour moi de me déplacer en province. Je le regrette. Je ne peux que vous inciter à profiter de l'offre à 42 euros, ou à acquérir les ebooks. 

Heureusement que le numérique fait du monde un village, finalement !

Mes prochaines séances de dédicace :

- samedi 30 mai (demain), 10h00-19h00 : Leclerc Achères, 3, avenue W.A. Mozart, Achères (78)

- vendredi 5 juin, 10h00-19h00 : Cultura Sainte-Geneviève-des-Bois, 4 Rue des Petits Champs, Sainte-Geneviève-des-Bois (91)

- dimanche 7 juin, 10h00-19h00 : Cultura Gennevilliers, Avenue Charles de Gaulle, Gennevilliers (92)
- samedi 13 juin, 10h00-19h00 : Cultura Plaisir, 190 rue Henri Barbusse, Plaisir (78)
- samedi 20 juin, 10h00-19h00 : Auchan Taverny, ZAC du Bois de Boissy, Taverny (95)
- samedi 4 juillet, 10h00-19h00 : espace culturel Leclerc Fosses, ZI de Fosses, Fosses (95)
- vendredi 17 juillet, 10h00-19h00 : Auchan Vélizy 2 Avenue de l'Europe, Vélizy-Villacoublay (78)

- samedi 18 juillet, 10h00-19h00 : Cultura Carré Sénart, allée du Trait d'union, Lieusaint (77)
- vendredi 28 et samedi 29 août, 10h00-19h00 : Auchan Plaisir, 161 Chemin Départemental, Plaisir (78)

lundi 18 mai 2015

Traduction de romans: attention, terrain miné !

Quelle impression après plus d'un an de publication de The Breath of Aoles, traduction anglaise du Souffle d'Aoles, et presque deux mois après la sortie de Turquoise Water? Eh bien, celle, toutes proportions gardées d'avoir traversé un terrain miné. Et que ressent-on après avoir traversé un terrain miné? Du soulagement de s'en être sorti sans trop de dommages. De l'amertume pour la difficulté de la tâche. Mais aussi, et ce sont les sentiments que je préfère cultiver, la joie par rapport à différents accomplissements, et l'espoir en un avenir moins semé d'embûches. 

Si la tâche est si difficile, c'est que les ventes ne sont guère au rendez-vous: 170 pour The Breath of Aoles, dont la grande majorité à 0,99$, ventes la plupart du temps liées à des promotions payantes qui m'ont coûté bien plus qu'elles ne m'ont rapporté. Et juste deux pour Turquoise Water en version ebook (le titre n'a pour l'instant bénéficié d'aucune promotion sur des sites payants). Zéro pour les versions papier des deux livres traduits. 

Le but de ce blog n'est cependant ni de me plaindre ni de me faire plaindre, mais de continuer à examiner la réalité de mon activité d'un regard, je l'espère à peu près lucide, et sans détour. 

Le but n'est pas non plus de dissuader des confrères auteurs indépendants écrivant en langue française de se faire traduire, ou de se traduire par eux-mêmes. Ce succès qui m'échappe outre Atlantique, d'autres pourront l'obtenir, et sans avoir besoin de passer par un éditeur traditionnel ou par Amazon Crossing

Il suffirait pour cela de deux ingrédients: que leur livre rencontre un écho plus important, fasse davantage vibrer le public anglophone, et que leur plan marketing soit plus abouti que le mien. Les deux choses sont tout à fait possibles. 

Il faut tout de même savoir que la "ruée vers l'or" de l'ebook a surtout eu lieu en 2009-2010 aux Etats-Unis, et que cette ruée a surtout profité aux personnes faisant du marketing à destination des auteurs plus qu'aux auteurs eux-mêmes. Ne le faites donc pas pour cela, mais plutôt parce que vous croyez en votre livre, et que vous souhaitez vous donner une assise internationale.

Si les ventes ne sont pas au rendez-vous, quels sont ces accomplissements auxquels je me raccroche, me direz-vous? 

Les 31 commentaires qu'a obtenus The Breath sur Amazon ont été pour moi une source importante de motivation au moment de traduire moi-même le deuxième tome. J'ai besoin d'écrire pour quelqu'un , j'écrivais (et je traduisais) donc pour ceux qui ont commenté, même en sachant qu'ils recevraient l'ebook du deuxième tome gratuitement en échange d'un commentaire comme cela avait été le cas du premier. 

Les 5 commentaires de Turquoise Water (pour le moment) sur Amazon avec une moyenne de 4,4 étoiles sont évidemment une fierté puisque j'ai traduit moi-même ce roman, avec l'aide de deux correctrices une fois le travail achevé. Je recommande particulièrement la seconde d'entre elles, Dawn Lewis.

La satisfaction du travail accompli, et d'après ces commentaires, bien accompli est donc là.

Le principal accomplissement vient cependant pour moi de l'impression d'avoir ajouté une corde à mon arc, en acquérant à force de travail une nouvelle compétence. L'expérience que j'ai acquise est précieuse, de même que l'amorce de connaissance du marché anglo-saxon. 

Tout cela, cependant, a nécessité d'importants investissements, et pas seulement en temps de recherche et apprentissage sur Internet.

Pour le premier livre, The Breath, j'ai d'abord fait appel à un premier traducteur pour 2200€. Je pensais à l'époque qu'un livre ne pouvait être traduit correctement que par un traducteur dont la langue maternelle était la langue de destination, ou langue cible. 

Cette première traduction ne m'ayant pas satisfait, surtout après en avoir discuté avec une auteur américaine (boum, première mine), j'ai fait appel à un autre traducteur, américain celui-ci pour retravailler le texte. Coût: un peu plus de 2900€, plus éventuellement 2000€ de bonus si le livre devait rencontrer le succès dans les trois ans après sa parution. 

Cela faisait monter le total des frais de traduction à plus de 5000€. Eh oui. Il faut savoir que pour un roman de la taille du Souffle d'Aoles, le Syndicat national des traducteurs professionnels évalue le coût de traduction à environ 10,000€. C'est pourquoi, même pour un éditeur traditionnel (et particulièrement un petit éditeur), le terrain est miné dès le départ, parce que même un très fort succès dans un pays ne débouche pas systématiquement sur un succès dans la langue traduite, et l'investissement de départ est massif.

Malgré cette deuxième traduction, il est apparu d'après certains commentaires que le texte comportait des fautes (boum, deuxième mine). Là, j'ai fait appel à une éditrice pour un coût bien moindre, 230€, ce qui m'a permis de m'apercevoir que pour un deuxième tome, il serait plus rentable, ou plutôt moins dommageable, de le traduire moi-même, puis de passer par une correctrice. 

Je choisis donc de traduire le deuxième volume, Turquoise Water, moi-même, avec l'aide de cette première correctrice, revenant sur mon idée selon laquelle il fallait posséder soi-même la langue maternelle que l'on traduit. Pourquoi? Parce que, si la coopération est très importante entre l'auteur de la langue originale et la personne qui corrige dans la langue traduite, la fidélité à l’œuvre originale compense, selon moi, le fait de ne pas traduire directement à partir de sa langue maternelle. 

Mais je ne pourrais pas le faire dans une autre langue que l'anglais.

Malheureusement, une semaine avant la sortie de Turquoise Water, on me signale que le texte, qui m'a coûté un peu plus de 500€ de corrections, envoyé avant parution aux commentateurs du premier volume, comporte encore de très nombreuses fautes (boum, troisième mine). 

N'étant de toute façon pas très satisfait des choix de la première correctrice, je décide d'en choisir une nouvelle. Je m'aperçois que la personne qui m'avait fait les remarques sur Turquoise Water, Dawn Lewis, est elle-même correctrice professionnelle, et n'est pas une auteur. Elle apprécie mon univers, et connaît très bien mon style. 

L'alchimie fonctionne, à tel point que je lui confie les corrections sur le premier volume après qu'elle ait fini les corrections sur le second. Et là, dans le fichier The Breath qu'elle me renvoie, pas moins de 930 suggestions de corrections! Que j'approuve pour la plupart. 

Alors certes, de nombreuses corrections portaient sur la typographie: par exemple, comme je n'utilise pas le point-virgule, nous avons décidé, afin de coller avec mon style, de remplacer ceux ajoutés par les traducteurs, et il y en avait un nombre conséquent.

Il y avait aussi des problèmes de guillemet manquants. Néanmoins, les fautes étaient encore très nombreuses, et en raison du nombre très important de corrections, j'ai pris la décision de faire faire une dernière relecture par une autre personne (un auteur américain appartenant au site Awesome Indies, la cinquième personne autre que moi à travailler sur le texte), pour une somme heureusement modique. Ouf.

Avec le recul, je me rends compte que les 25 personnes qui avaient commenté la traduction anglaise du Souffle d'Aoles avant ces quelques 900 changements ont été bien indulgentes. 

Est-ce que les commentaires sur Internet ne veulent rien dire pour autant? Non, mais cette indulgence s'explique selon moi par le fait que les lecteurs s'attachent dans leur grande majorité à l'histoire racontée par le roman et non à la "perfection technique" d'un texte. 

Dans un article très intéressant de son blog, le couple Jacques Vandroux témoigne avoir rencontré le succès avec ses premiers ouvrages avant que ceux-ci ne bénéficient de plusieurs séries de corrections en plus des corrections initiales (avant publication), mais cela confirme bien selon moi la thèse selon laquelle, n'en déplaise aux puristes, les lecteurs s'attachent avant tout à l'histoire. 

Et c'est très bien ainsi. C'est aussi cela qui permet à de nombreux auteurs indépendants de décoller sans forcément tout maîtriser dès le départ, même si bien évidemment, je ne recommande pas de s'affranchir des règles orthographiques, grammaticales et syntaxiques en vigueur. 

D'autant qu'il y a des outils en français très utiles, des outils comme Antidote dont j'ai ô combien regretté de ne pouvoir bénéficier de la version anglaise ces deux dernières années.   

Même avec un tel outil en anglais, j'aurais malgré tout utilisé les services d'un correcteur professionnel humain de langue maternelle anglaise, à cause des tournures de phrases et des subtilités que seule une immersion permanente dans le pays et sa langue permettent de maîtriser. 

C'est vrai que ces deux dernières années, j'ai eu l'impression de devoir réapprendre énormément de choses dans une autre langue. Un travail difficile et moins plaisant que l'écriture en elle-même, mais que je poursuis avec la traduction du troisième tome. Obstinément.

Pourquoi? Peut-être à cause de mon nom de plume, Alan Spade. Peut-être parce que l'évolution dans la langue des seuls pays, les Etats-Unis et le Royaume Uni, où l'ebook a été une véritable révolution me permet de franchir certains caps (et pas des "caps lock", on l'espère ! ;) ). 

J'ai utilisé une nouvelle couverture pour le premier tome, Le Souffle d'Aoles, à cause de la version anglaise. J'ai des contacts professionnels en anglais intéressants pour moi. J'observe l'évolution des stratégies marketing presque de l'intérieur, et je n'ignore pas que la meilleure stratégie est toujours d'écrire le livre suivant. 

Mais surtout, surtout, passer par l'anglais fait sens dans ma trajectoire d'auteur. Le succès de vente ne sera sans doute pas au rendez-vous. Je devrais sans doute me contenter d'un modeste succès d'estime et de l'accomplissement d'avoir réussi ce défi, le plus difficile que je me suis lancé dans l'autoédition: simplement d'avoir la trilogie en anglais. Ce sera déjà beaucoup.