Il y a dix ans, j'ai fait partie des premières personnes en France à s'extasier sur le niveau technologique de Space X, considérant même que de ne pas en parler constituait le plus grand scandale médiatique de ces dernières années. Aujourd'hui, alors que jamais, l'environnement n'a été autant attaqué, avec autant d'incendies absolument ravageurs en Europe et en France, je considère que la trajectoire techno-industrielle de Space X va devenir de plus en plus dangereuse pour la nature, et nous mène dans l'impasse. J'irai jusqu'à dire, en tant qu'auteur de Science-Fiction, que le type de technologie développé par Space X n'est pas une technologie d'avenir, dans la mesure où elle ne s'inscrit pas dans un développement durable.
Comme tant d'autres choses aujourd'hui, de la guerre de la Russie contre l'Ukraine à celle des Etats-Unis contre l'Iran, ou à la politique écologique d'Emmanuel Macron en France (et sa politique tout court), la stratégie de Space X a tout d'une fuite en avant. Un article d'aujourd'hui vendredi 24 juillet de Presse Citron décrit de manière précise, si ce n'est exhaustive (il aurait fallu beaucoup plus d'un simple article pour cela) la catastrophe à venir. Comment, non seulement la saturation de l'orbite basse par les dizaines de milliers de satellites Starlink, plus des millions (oui, millions!) de data centers orbitaux d'Elon Musk vont nuire à la science en empêchant les observations partout dans le monde. Et bien sûr, dégrader l'environnement suite à la destruction progressive dans l'atmosphère de tous ces satellites, une fois arrivés en fin de vie.
Par ailleurs, la technologie du Starship est tellement incroyablement coûteuse en ergols, c'est à dire le carburant spatial, que Space X a besoin désespérément d'espace sur Terre. L'entreprise de Musk cherche actuellement à s'étendre et à s'implanter un peu partout dans les niches non habitées, c'est à dire les niches de biodiversité dans le monde. Avec, bien sûr, un impact cataclysmique à prévoir sur l'environnement.
Et quand vous détruisez l'environnement, vous détruisez toute la science qui va avec.
Ce que l'on n'a pas réussi à faire complètement avec la bétonisation et l'urbanisation, Musk promet de l'achever avec ses fusées. C'est rien moins que la promesse d'achever l'environnement, partout où il le pourra.
Le tableau est trop noir? Trop dramatique? En cet été 2026 où les forêts européennes flambent comme jamais en raison du réchauffement climatique, où xAI, autre entreprise de Musk, opère illégalement des centrales à gaz pour ses datas centers, même des personnes autant attachées au progrès technologique que votre serviteur tirent la sonnette d'alarme.
Oui, pour reprendre une citation célèbre, je fais partie des gens qui pensent que la Terre est le berceau de l'humanité, et que l'on n'est pas fait pour rester dans son berceau toute sa vie. Je pense que tout le sens de l'évolution du cerveau humain au travers des générations, pour atteindre le niveau d'ingénieur, d'astronome, d'expert en génétique, d'astrophysicien, de chirurgien cardiaque, toute cette évolution ne nous prédestine pas à redevenir de simples chasseurs-cueilleurs. Je pense que notre destin est dans les étoiles et pas seulement sur Terre. Oui, je suis en faveur d'une base sur la Lune (à condition toutefois de prévoir des solutions de repli et d'urgence pour les premiers astronautes, ce qui n'est pas le cas actuellement) et sur Mars, voire ailleurs dans le système solaire.
En revanche, je m'inscris en faux contre le concept de croissance perpétuelle, de production et d'enrichissement en constante augmentation. Je pense même que l'idée des sphères de Dyson pour amasser toujours plus d'énergie et modifier ainsi le niveau de la civilisation humaine, ou d'une civilisation extraterrestre, cette idée est fort probablement erronée, car trop simpliste. Dyson se basait pour sa prédiction sur la démographie exponentielle d'une civilisation. La vérité, c'est que même les Chinois n'ont plus une croissance exponentielle de leur démographie.
On n'arrête pas le progrès, dit-on. Et ne plus progresser, c'est régresser. Encore faudrait-il savoir de quel progrès, de quelle technologie on parle. En voulant industrialiser l'espace avec son Starship, Musk va probablement réussir, à coût d'économies d'échelle, à rendre la mise en orbite encore beaucoup moins coûteuse. Plus l'homme sera présent dans l'espace, plus les découvertes, et donc les progrès liés à un environnement aussi contraint seront importants.
A condition toutefois de préserver l'essentiel. A condition de préserver notre bonne vieille planète. Or, une technologie aussi ravageuse pour l'environnement que celle qui nous permet à l'heure actuelle de nous affranchir de la gravité ne saurait être une technologie d'avenir.
En d'autres termes, il est urgent d'inventer d'autres modes de propulsion que le Starship. Des modes beaucoup plus propres. Je ne sais pas s'il s'agira de catapultes magnétiques ou d'autres systèmes, mais comme je le disais, la course technologique actuelle de Space X, mais aussi des autres sociétés et agences spatiales dans le monde, nous conduit dans le mur. Le fait de pouvoir reposer sur Terre dans leur totalité les fusées lancées, pour les réutiliser avec le minimum de maintenance, ne suffira pas à compenser les destructions environnementales qu'elles occasionnent.
Le problème de saturation de l'orbite basse ne trouvera sans doute sa vraie solution qu'avec un gouvernement mondial pour réguler tout ça, et bien sûr, bloquer les entreprises absurdes, nuisant à la science.
La course à l'IA va devoir elle aussi être modérée, en raison de la participation au réchauffement climatique de l'IA, là où ça devrait être l'inverse. Et ce, alors même que les Etats majors de tous les pays vont pousser pour accélérer dans ce domaine, l'IA étant intégrée de plus en plus aux armées.
La vie n'est pas une fuite en avant. La vie c'est la vie, tout court.
L'humanité, on le sent tous, je pense, est entrée dans une période critique où il nous faut faire les bons choix pour l'avenir. Il faut arriver à concilier une meilleure exploitation de l'espace et de ses ressources, indispensable au progrès technologique, avec une modération des technologies non durables. Rendre l'espace moins coûteux, oui, mais pas au prix de la vie sur Terre, et en premier lieu de la biodiversité. Un sacré challenge.
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