Il y a un an presque jour pour jour, ma femme et moi faisions l'acquisition et prenions livraison d'une Tesla Model 3 SR+. Nous ne sommes pas de gros rouleurs (un peu plus de 7500 km) et la pandémie n'a certainement pas aidé, mais cet article pourrait répondre à certaines de vos questions, notamment sur la consommation hivernale, pour une voiture qui "couche dehors".
Ecriture, édition, livres numériques, science-fiction, fantasy et fantastique (thrillers/polars) sous toutes leurs formes : autant de sujets qui me passionnent et qui font l'actualité de ce blog.
dimanche 14 mars 2021
Un an de Tesla, ça donne quoi ?
jeudi 11 mars 2021
Mon nouveau site d'auteur
S'adapter pour survivre, c'est ce que nous devons tous faire de temps à autre. L'adage s'applique aussi aux sites internet. Mon ancien site, http://emlguillot.free.fr/ est désormais obsolète. Il n'est plus accessible, car il utilise une technologie à base de Flash. Il était donc temps pour moi d'y remédier.
Le nouveau site est très facile à retrouver : www.alanspade.com. Il a conservé le titre, sur Internet, de mon ancien site exclusivement anglais, Alan Spade Words and Worlds accompagné d’une description en anglais, mais il s’agit bien de mon site actuel qui vous accueillera en français.
J’ai voulu qu’il rassemble l’essentiel du précédent. Les outils modernes permettent d’offrir quelque chose de léché sans pour autant avoir besoin d’investir des sommes faramineuses.
Si je devais définir le nouveau site, je dirais que c’est un mélange entre ce blog d’auteur et mon ancien site, avec notamment la partie « dernière minute » où j’indique ma prochaine séance de dédicace, avec aussi un lien vers l’intégralité des séances pour l’année en cours. Il y a une partie anglaise non négligeable, d’où la taille des drapeaux américains et britanniques. Mais la partie française vient en premier.
Je voulais également une présentation (biographie) aussi aboutie que celle de mon site précédent. Elle apparaît dans la colonne de droite.
Je donne comme d’habitude accès au dernier article de mon blog, et j’enchaîne sur l’inscription à la newsletter. Très important aussi pour moi, la partie « offres spéciales » pour les livres papier (ventes groupées).
Comme je ne vend pas directement mes ebooks et livres papier individuellement, la partie suivante se nomme « Retrouver mes livres et ebooks » et pointe vers différents sites de vente. Je n’ai pas inclu la Fnac volontairement, car la Fnac est en défaut de paiement sur mes livres papier depuis environ un an, et je ne leur conserve ma confiance que pour les ebooks. Mais comme Kobo vend aussi mes ebooks, c’est cette dernière boutique que j’ai privilégiée.
Enfin, je donne la possibilité de lire en ligne, de télécharger et d’imprimer des nouvelles ainsi que les cinq premiers chapitres des Nouveaux Gardiens en version bilingue. On retrouvera notamment Une brève histoire d’Ardalia, qui contient les cinq premiers chapitres du Souffle d’Aoles, premier tome de la trilogie Ardalia. J’ai voulu donner envie au visiteur de télécharger mes offres gratuites, et j’espère que ça marchera !
Le site tel qu’il est m’a demandé pas mal de travail, et la
chose importante qui manque encore est la revue de presse qui
figurait sur le précédent. A ce sujet, j’aurais aimé votre
avis : est-ce que vous lisez les articles de presse ou de blog
pour vous déterminer à lire un livre ? Ou bien préférez-vous
feuilleter les pages, ou lire le début, ou encore lire la quatrième
de couverture (verso du livre) ? Merci de me répondre en commentaire.
Mon prochain projet, un roman de Science-Fiction axé, paradoxalement, sur la mémoire, en est à son quinzième chapitre, et j’espère pouvoir le sortir cette année.
mercredi 24 février 2021
Amertume, reconnaissance et gratitude
Il y a parfois un fond de vérité dans les clichés, et celui du Français râleur qui ne voit que le verre à moitié vide s'oppose, dans mon esprit, à celui de l'Américain qui consacre une journée, Thanksgiving, à remercier l'univers pour ce qu'il a. Je trouve ces temps de pandémie propices à l'introspection, et je me rends compte que je suis partagé entre ces deux tendances. Je réalise aussi que des facteurs non négligeables dans mon adolescence et dans mes choix professionnels m'ont fait prendre un chemin dont la pente naturelle est celle de l'amertume.
Si nous étions des êtres rationnels, la gratitude devrait largement l'emporter sur l'envie de se plaindre au sujet du covid-19. En effet, le fait d'arriver à développer, autoriser et produire en un an au moins deux vaccins efficaces à plus de 90% contre le coronavirus, là où cela prend dix ans d'habitude, devrait nous conduire à éprouver de la gratitude tous les jours pendant au moins les dix prochaines années. Et pourtant, je reconnais que j'ai été le premier à dénoncer les lenteurs de l'Europe à produire et distribuer ces fameux vaccins.
J'avais l'impression qu'en temps de guerre, il était plus facile de produire des armes que des vaccins en temps de paix. Et c'est vrai que le fait de voir le nombre de décès s'accumuler, quand on a l'impression que c'est évitable, est difficile à supporter.
Notons toutefois que même les Américains, Joe Biden en tête, n'ont pas toujours été parfaitement satisfaits de la cadence de production des vaccins.
Faut-il, alors, adopter la fameuse "pensée positive" ou bien conserver tout notre esprit critique? Le fait d'être capable de voir ce qui ne va pas autour de nous peut permettre de dénoncer les choses pour ensuite aboutir à quelque chose de constructif.
En revanche, si l'aspect constructif n'est pas au rendez-vous, si on se laisse en quelque sorte déborder par le négatif comme l'intendant du Gondor qui, dans le Seigneur des Anneaux de Tolkien, n'était soumis par Sauron qu'à des images de défaite, alors, il est possible que dans sa vie, on devienne un "loser" au sens propre du terme.
C'est à dire qu'à force de s'attarder sur les pertes autour de nous, ou bien sur les pertes dans notre vie, on ne tiendra plus compte des gains, et on deviendra donc un perdant et non un gagnant, dans ce sens où ces pertes vont miner notre moral et nous empêcher d'agir de manière constructive.
J'avais déjà écrit un article de blog sur le sujet, intitulé Une promesse que je me suis faite. Et récemment, je me suis interrogé. En écrivant La Lettre à moi-même, n'ai-je pas dérogé à cette promesse de ne jamais sombrer dans l'amertume? La lettre s'attarde en effet sur des épisodes traumatiques de mon adolescence, puis de ma vie d'adulte. L'un de mes relecteurs principaux m'avait d'ailleurs formellement déconseillé de la publier sous peine de détruire ma relation avec ma mère et mon frère.
Et pourtant, j'estime que cette lettre, aussi courte soit-elle, m'a à elle seule permis de faire plus de chemin que je n'en avais accompli pendant de nombreuses années. C'est le danger, je crois, de la pensée positive: vouloir se concentrer tellement sur le positif que l'on va oblitérer tout le négatif dans sa vie, au risque de ne pas régler certains problèmes, et de se retrouver emporté par une lame de fond surgie du passé au moment où on s'y attend le moins.
Cette lettre m'a procuré une sorte de recul, de vue d'ensemble sur ma vie qui me faisait défaut. C'est ce qui me fait dire à quel point certaines choses dans mon passé, mais aussi certains de mes choix professionnels, me conditionnent en quelque sorte à l'amertume, si je n'y prends garde. Le journalisme, par exemple. J'ai gardé la fibre de ce métier que j'ai pratiqué entre 1996 et 2004. C'est une profession où il est presque obligatoire de voir le verre à moitié vide, le train qui n'arrive pas à l'heure... ou les bugs ou défauts dans un jeu vidéo.
Le métier d'auteur à temps plein, c'est encore un cran au-dessus dans le risque de sombrer dans l'amertume. L'investissement personnel est tel, et les retombées financières si légères que l'enrichissement est avant tout personnel. Et certainement, cet état de fait m'aurait fait basculer vers le côté amer de la Force, si je n'avais choisi l'autoédition, qui quant à elle, permet de se contenter de petites victoires, et de ne mesurer son succès qu'avec une aune faite maison, et non celle d'autrui. C'est fondamental au niveau du mental, comme dirait l'autre.
Dernièrement, une prof qui réalise une thèse sur l'édition et l'autoédition me demandait si je souhaitais continuer à autopublier mes propres ouvrages, ou au contraire si je cherchais à être publié par un éditeur traditionnel. A quoi j'ai répondu: Plus que jamais, je continue l'autopublication. Toujours pour les mêmes raisons d'indépendance, et parce que l'autoédition vient de me prouver que même dans des circonstances dégradées, elle me permettait de survivre.
Mais il est vrai que mon passé et les connaissances acquises peu à peu me font approcher le secteur artistique de manière ultra précautionneuse, comme si je souhaitais n'y tremper qu'un orteil. C'est ainsi que dans ce blog, j'ai écrit pas mal d'articles de mise en garde sur ce secteur, et d'indices sur la manière de se protéger:
- Un rêve, cela peut coûter cher
- Un rêve, cela peut coûter cher: démonstration
- Succès, gloire... et amour ?
- Entre hauts sommets et abysses
- Mortelle célébrité (article central sur le sujet)
- Une promesse que je me suis faite
- Cinéma
Et le présent article, et d'autres encore, que je n'ai pas cités. Le sous-titre de ce blog pourrait presque être: "je suis artiste, et je me soigne!" Ou en tout cas, je tente de mettre en garde contre les aspects pervers de la profession, tout en sachant bien sûr que sans artiste, on s'ennuierait ferme, et que ça englobe des métiers magnifiques.
Si vous ne devez lire qu'un de ces billets, que ce soit Mortelle célébrité, mais tous témoignent en quelque sorte de ces tiraillements entre le besoin d'une certaine notoriété artistique qui permette de vendre plus facilement et la réalité du terrain, dont j'essaie de rendre compte à ma manière.
Il ne faut pas y voir, je crois, que du négatif. Si malgré tous ces dangers que je décris, je continue d'avancer dans ce secteur, c'est bien que les récompenses immatérielles font plus que compenser la faiblesse des récompenses matérielles.
A cet égard, j'éprouve une grande gratitude envers mes lecteurs, et toutes les personnes qui prennent sur leur temps pour lire mes livres, et me permettent de réaliser mon rêve.
Cependant, le fait que les gens nous apprécient et apprécient la culture et la lecture ne doit nous conduire en aucun cas, nous autres auteurs autoédités, à oublier la manière dont le secteur des loisirs en général, et celui de la littérature en particulier, est dévalué par rapport à tout le reste. Tous ces articles que j'ai écrits décrivent les pièges que nous nous tendons à nous-mêmes, ceux que nous tendent la société, mais le but est bien un développement sur les deux fronts: aussi bien dans la manière dont nous traite la société que dans la manière dont nous nous traitons nous-mêmes. Les deux aspects sont de toute façon profondément imbriqués, indissociables.
samedi 6 février 2021
Le Syndrome du Supertanker
De par ses origines et son évolution, l'être humain a à la fois des gènes de prédateur et de proie. Nous savons que nous avons la possibilité de traquer des proies, mais nous savons aussi que si nous traquons des proies trop grosses, trop puissantes, celles-ci ont la possibilité de se retourner contre nous et de nous dévorer. L'instinct grégaire nous permet de chasser en meute, mais quand ce n'est pas le cas, nous privilégions des tirs d'opportunité sur les cibles que nous jugeons les plus faibles. C'est ce que je nomme le syndrome du supertanker.
Quand on sait qu'un supertanker, l'un de ces grands navires qui transportent du pétrole, va polluer autant qu'au moins un million de voitures, est-ce que vous avez l'impression que les médias, le gouvernement, et même les gens, se déchaînent autant contre les supertankers ou les supercontainers que contre les voitures individuelles à essence ou diesel? Entendons-nous bien: je milite pour les voitures électriques, j'en possède d'ailleurs une à laquelle j'ai consacré ce long article. Mais j'ai beau savoir que chacun doit mettre la main à la pâte pour faire avancer les choses, je ne suis pas dupe. Les principales puissances, celles à qui l'on devrait mettre le plus de pression pour faire changer les choses et enrayer le réchauffement climatique, sont celles qui reçoivent le moins de pression. Au contraire, ce sont les industries pétrolières qui se constituent en lobbies puissants pour que rien ne change, et continuer à recevoir des subventions. En plus de l'argent, elles ont pour cela une arme dont elles usent et abusent, le chantage à l'emploi.
Et pourtant de nos jours, le solaire et l'éolien coûtent de moins en moins cher, à tel point que le nucléaire lui-même n'est plus rentable. On se rend compte que les chocs pétroliers n'ont plus lieu d'être, et qu'ils devraient en toute logique être épargnés à nos enfants, si les bonnes mesures sont prises. Mine de rien, c'est assez rassurant pour l'avenir.
Le mécanisme pervers hérité de nos gènes qui veut que l'on n'ose pas s'en prendre au pouvoir, qu'il s'agisse du gouvernement, de la hiérarchie ou de grandes entreprises, mais que l'on privilégie les plus faibles comme proies potentielles est transposable à de nombreux niveaux dans la société. Vous connaissez le dicton "on ne prête qu'aux riches"? Ce n'est que l'une des illustrations de ce syndrome du supertanker.
Le chômage, par exemple. La connotation péjorative qui s'est attachée au mot "chômage" en fait presque un terme issu de la novlangue. C'est à dire un mot qui n'est pas neutre. Un mot qui culpabilise, qui vous pousse à faire des choix qui ne sont pas toujours en votre faveur. On sait aujourd'hui que les revenus du capital, mais aussi la production issue de machines, rapportent beaucoup plus que ce que coûte le chômage à la société. Mais là encore, l'être humain va identifier les proies les plus faibles. Il ne va pas s'en prendre aux trillions de taxes que ne paient pas les milliardaires, il va préférer qualifier de parasites les gens qui sont au chômage, au RSA, ou même les SDF dans la rue.
Ce syndrome du supertanker, les gens qui sont devenus les plus grands prédateurs dans la société le connaissent bien, et le mettent à profit. Dans les cours d'école, ils ont fait en sorte d'être les caïds qui terrorisent tous les autres, ou les amis de ces caïds. Dans leur vie professionnelle, ils ont le profil de sociopathes manipulateurs et incompétents. Ils sont incapables de prendre les bonnes décisions parce que tout tourne autour d'eux. Comment réussissent-ils? En s'entourant de gens qui ont une vraie conscience professionnelle. Ce sont ces personnes compétentes et consciencieuses qui vont avoir en main, très souvent, le destin de leurs entreprises. Les manipulateurs ont quant à eux un pouvoir de façade basé soit sur l'intimidation, soit sur l'intrigue et le fait de monter les gens les uns contre les autres. Ou les deux.
Ils intimident, parce qu'ils ont compris que pour être inamovibles, ils devaient être le supertanker. On ne s'en prendra pas à eux s'ils sont identifiés comme de gros prédateurs. Ce sont souvent, en réalité, des lâches et des faibles, qui pratiquent soit le harcèlement, soit la manipulation. Leur incapacité à éprouver de l'empathie fait qu'ils génèrent burnouts et arrêts de travail autour d'eux.
Le chantage à l'emploi des gens puissants que j'évoquais en début d'article va faire de ces manipulateurs des bourreaux, et va favoriser la création du fameux triangle de Karpman qui fait des personnes en entreprise soit des bourreaux, soit des victimes, soit des sauveurs. Un triangle qui génère évidemment énormément de stress, de névroses et de situations malsaines. D'autant plus qu'en France, les gens ont souvent l'impression d'être très limités au niveau de la mobilité professionnelle, ce qui a tendance à faire exploser l'usage de psychotropes tels les antidépresseurs et antianxiolytiques.
Si vous-même pensez être victime d'un manipulateur, vous aurez tout intérêt à dresser le profil psychologique de la personne en question, afin de mieux vous en prémunir. A cette fin, je ne saurais trop vous recommander de vous procurer au moins deux ouvrages, et de les lire: Les manipulateurs sont parmi nous, d'Isabelle Nazare-Aga, et Sortir de l'emprise et se reconstruire, de Julie Arcoulin. Attention, ces livres sont traditionnellement édités, c'est à dire qu'en version ebook, ils sont vendus avec des verrous numériques.
Autre article sur le même sujet: maladies mentales
mercredi 3 février 2021
Cinéma
Le cinéma est-il l'un des milieux les plus pourris qui soient? Ou bien est-ce au contraire le plus vibrant d'humanité? Est-ce le secteur le plus exclusif? Ou au contraire le plus inclusif? Le Bien et le Mal sont les deux faces d'une même pièce, mais une chose est sûre: entre l'émergence de nouveaux acteurs très puissants dans l'industrie du spectacle comme Netflix et Youtube et l'impact du coronavirus, le cinéma est en train de subir une vraie mutation.
S'il y a une chose que le cinéma sait faire ressortir, c'est l'humanité de ses personnages. Et dans certains cas, dans des films comme Intouchables, d'Olivier Nakache et Éric Toledano (film inspiré d'un roman intitulé Le Second Souffle de Philippe Pozzo Di Borgo) on peut même parler d'humanisme. Le cinéma nous fait vibrer et nous insuffle de puissantes émotions. Il peut être militant, aussi, et changer la société à coups de films comme Erin Brockovich, La liste de Schindler ou Pentagon Papers. Il peut nous faire rêver à un avenir porteur d'espoir malgré d'immenses difficultés, comme dans Interstellar.
On peut être tenté de reprocher au cinéma ses choix jeunistes, et de privilégier, de manière quasi eugéniste, les personnages possédant les plus forts charismes: plus belle gueule, voix la plus marquante, personnalité la plus magnétique, physique le plus séduisant. Ce refus de la vieillesse au point d'aller jusqu'à mutiler les visages et les corps (d'actrices, le plus souvent), à coups de chirurgie soi-disant esthétique.
Mais si l'on fait entrer dans l'équation les figurants, alors le cinéma devient la forme d'art la plus inclusive et populaire: les directeurs de casting ne vont-ils pas parfois démarcher les gens dans la rue pour les recruter pour un film? Quel autre art ne demande aucun CV pour participer à un tournage qui coûte des millions?
Le point commun, malgré tout, que je vois entre le cinéma mainstream et le monde de l'édition traditionnelle, c'est le goulot d'étranglement. Pour le cinéma dans sa forme la plus traditionnelle, celui-ci est dix fois, cent fois plus resserré que dans le monde de l'édition: c'est le nombre de salles en France dans lesquelles le film sera diffusé. Pour l'édition traditionnelle, ce sont les librairies et points de vente de livres.
Ces goulots d'étranglement, par leur nature même, ne peuvent que générer des contraintes et des injustices monstrueuses. Avec en plus, la notion, pour le cinéma, de budget de tournage, qui rend la contrainte temporelle encore beaucoup plus importante que dans l'édition. Chaque minute de tournage coûte beaucoup d'argent.
Ma théorie, c'est que ces entonnoirs ont en quelque sorte canalisé le pouvoir de ceux qui décident qui sera à l'écran et qui sera en librairie. Ils font d'eux, en quelque sorte, des rois et des reines. Des despotes. Ils les invitent à former des systèmes féodaux, des mafias, en instituant de grandes familles du cinéma et de l'édition, des familles où l'on pratiquera l'omerta, la loi du silence sur ce qui se passe derrière le décor. Népotisme, entre-soi, droit de cuissage et consanguinité, c'est un miracle permanent de voir la compétence d'artistes survivre à tout cela. Certains prétendront avec cynisme que le talent des artistes en est justement sublimé. Comme s'il fallait détruire pour créer...
"Dis-moi qui te dirige, et je te dirai qui tu es." Harvey Weinstein était l'un des producteurs les plus puissants aux Etats-Unis avant l'affaire #metoo. En France, on a de grandes figures qui n'ont certes pas été à l'origine de scandales aussi retentissants: notre caïd national, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Luc Besson... Depardieu est le pote de Poutine le dictateur-empoisonneur, Deneuve s'est élevée vent debout contre le mouvement me too. Luc Besson, quant à lui, est quelque peu retombé de son piédestal depuis quelques années, rattrapé par sa réputation. J'avais d'ailleurs écrit cet article à son sujet.
Quant à la vie quotidienne des acteurs, c'est le darwinisme de la course aux cachets, où il faut jouer des coudes, de débrouillardise et de son réseau au moins autant que de son talent pour s'en sortir. Par rapport au côté humain d'un film comme Intouchables, il y a une vraie dissonance cognitive. En fait, si l'on veut un film qui se rapproche du quotidien des acteurs, il faudra plutôt aller chercher du côté de Revenant. Les comédiens et acteurs devront faire preuve d'à peu près autant de pugnacité et de résilience que le personnage joué par Di Caprio dans Revenant pour s'en sortir. Et d'autant plus s'ils connaissent le succès. Il y a un vrai enjeu à se remettre de son succès, à renaître de ses cendres à la manière de Mickey Rourke dans The Wrestler.
Et les sacrifices ne sont pas que personnels dans ce métier. J'ai déjà évoqué l'amoindrissement de l'espérance de vie des artistes dans mon article Mortelle célébrité. Mais si vous avez la mauvaise fortune d'être enfant de couple d'acteurs, il y a fort à parier que vous serez le premier à trinquer. Pensez Drew Barrymore, pensez Michael Douglas. Les addictions à la drogue, à l'alcool... Les parents acteurs n'ont pas le temps de donner beaucoup d'amour. Si les enfants n'ont pas de parents de substitution, il y a fort à parier qu'ils vont chercher à combler leurs manques de manière chimique dès qu'ils en auront la possibilité. Sans compter que les actrices qui veulent concevoir vont souvent attendre d'avoir au moins 40 ans pour le faire, afin de préserver l'éclat de leur beauté nécessaire (indispensable?) à leur carrière. Une grande différence d'âge avec son enfant n'est pas toujours synonyme de complicité.
Mais les choses bougent. En tant qu'industrie de loisir, le cinéma a été supplanté par le jeu vidéo depuis un bon moment. Et les sociétés technologiques comme Netflix et Google, qui possède Youtube, rebattent les cartes. Ce n'est sans doute pas plus mal. Cela amène beaucoup plus de diversité dans le milieu du cinéma, une dilution du pouvoir, de la même manière qu'Amazon, autre GAFA, a quelque peu démocratisé l'édition en faisant exploser la visibilité d'auteurs inconnus du public.
Il était temps, ça commençait à sentir sérieusement le moisi.
On va me dire, les GAFA concentrent elles-mêmes beaucoup de pouvoir. C'est vrai, et il est possible que comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, ces nouveaux acteurs finissent par exploser. Mais les technologies et cet espèce d'immense brassage numérique qui est leur apanage sont là pour rester.
On a beaucoup décrié la surabondance des CGI dans le cinéma, les images générées par ordinateur qui sont l'équivalent en moins statique de Photoshop. Mais si un jour, cela permet à des actrices âgées de continuer à travailler sans passer par le charcutier du coin, ce sera peut-être pas plus mal, non? Le progrès aidant, elles pourraient même envisager de tourner en étant enceinte sans que ça se voie.
C'est sûr, rien ne sera plus comme avant, et peut-être, peut-être est-il permis d'espérer que les belles valeurs de l'humanisme puissent un jour se rencontrer aussi derrière le décor.
vendredi 25 décembre 2020
Ces gens-là
Paroles de Jacques Brel.
D’abord, d’abord, y a l’aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qu´y boit
Tellement qu´il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts
Mais lui qui n´en peut plus
Lui qui est complètement cuit
Et qui s´prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits
Avec du mauvais vin
Mais qu´on retrouve matin
Dans l´église qui roupille
Raide comme une saillie
Blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie
Et qui a l´œil qui divague
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas, Monsieur
On ne pense pas, on prie
Et puis, y a l´autre
Des carottes dans les cheveux
Qu´a jamais vu un peigne
Qu´est méchant comme une teigne
Même qu´il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise
Une fille de la ville
Enfin d´une autre ville
Et que c´est pas fini
Qui fait ses p´tites affaires
Avec son p´tit chapeau
Avec son p´tit manteau
Avec sa p´tite auto
Qu´aimerait bien avoir l´air
Mais qui a pas l´air du tout
Faut pas jouer les riches
Quand on n´a pas le sou
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n´vit pas, Monsieur
On n´vit pas, on triche
Et puis, il y a les autres
La mère qui ne dit rien
Ou bien n´importe quoi
Et du soir au matin
Sous sa belle gueule d´apôtre
Et dans son cadre en bois
Y a la moustache du père
Qui est mort d´une glissade
Et qui r´garde son troupeau
Bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands slurp
Et ça fait des grands slurp
Et puis y a la toute vieille
Qu´en finit pas d´vibrer
Et qu´on attend qu´elle crève
Vu qu´c´est elle qu´a l´oseille
Et qu´on n´écoute même pas
C´que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire, Monsieur
Que chez ces gens-là
On n´cause pas, Monsieur
On n´cause pas, on compte
Et puis et puis
Et puis il y a Frida
Qui est belle comme un soleil
Et qui m´aime pareil
Que moi j´aime Frida
Même qu´on se dit souvent
Qu´on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu´on vivra dedans
Et qu´il fera bon y être
Et que si c´est pas sûr
C´est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça
Qu´elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon
A égorger les chats
J´ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j´ai oublié
Ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas
Parfois quand on se voit
Semblant que c´est pas exprès
Avec ses yeux mouillants
Elle dit qu´elle partira
Elle dit qu´elle me suivra
Alors pour un instant
Pour un instant seulement
Alors moi je la crois, Monsieur
Pour un instant
Pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là
Monsieur, on ne s´en va pas
On ne s´en va pas, Monsieur
On ne s´en va pas
Mais il est tard, Monsieur
Il faut que je rentre chez moi
Autre article sur le même sujet : Maladies mentales
vendredi 11 décembre 2020
Jean Castex reconnaît l'échec du reconfinement
Jean Castex n'a pas dû lire mon article de blog du 29 octobre 2020. Dans son allocution du 10 décembre, il a omis de dire: "l'auteur Alan Spade avait raison sur son blog. Le reconfinement tel que nous l'avons mis en place était voué à l'échec". Il s'est contenté de reconnaître son échec à demi-mot, en disant: "la partie est loin d'être gagnée", et en confessant que le nombre de contaminations ne baissera pas à moins de 5000 par jour d'ici le 15 décembre. Il devrait lire mon blog, car je l'avais prédit.
Je ne suis pas Nostradamus. Même avec des variables aussi fluctuantes que celles du covid-19, il était aisé de faire cette prédiction en étant presque sûr de la pertinence de celle-ci. Les principales variables qui fluctuent sont:
- le comportement du virus, plus agressif l'hiver car il y a beaucoup moins d'évaporation des gouttelettes, qui restent donc actives dans l'air et contaminantes
- le comportement des Français, qui s'est avéré plus adapté à la situation que je ne l'aurais cru
- les avancées médicales, qui permettent de vider les hôpitaux sur un rythme plus rapide qu'ils ne se remplissent, et en particulier pour les services de réanimation, avec une efficacité, là encore supérieure à mes prévisions
Les deux derniers facteurs, quoique positifs, n'ont pas été suffisants pour faire baisser le nombre de contaminations en dessous de 5000 par jour, en raison de l'ouverture des frontières, de l'ouverture maintenue des collèges, lycées et écoles, d'une activité en télétravail limitée, occasionnant de nombreuses personnes dans les transports en commun, et enfin, du fait que tous les Français n'appliquent pas les gestes barrières, nombreux étant ceux qui se contentent de faire semblant de porter le masque.
Jean Castex s'appuie donc sur la baisse assez modérée des hospitalisations et du nombre de personnes en réanimation pour transformer ce confinement en couvre-feu après 20h00. J'avais prédit que le gouvernement serait forcé de maintenir le confinement, je me suis donc trompé. Mais disons-le tout net, c'est surtout parce que j'ai sous-estimé le cynisme de ce gouvernement, qui préfère maintenir l'économie en faisant courir un risque mortel aux plus âgés et aux plus fragiles.
Rappelons les chiffres les plus importants, ceux que Jean Castex et Olivier Véran n'ont finalement que peu mentionné le 10 décembre: un peu plus de 36 000 morts du covid-19 le 30 octobre 2020, jour du reconfinement, près de 57 000 morts le 10 décembre, jour de l'allocution. Près de 21 000 morts pendant tout le mois du confinement et les dix jours qui ont suivi, c'est beaucoup trop. C'est le chiffre le plus important. La stratégie du gouvernement est inefficace.
C'est inefficace, d'abord parce que Macron s'y est pris trop tard pour reconfiner, comme il l'a reconnu lui-même dans son discours de reconfinement. Il disait qu'il ne reconfinait qu'à plus de 20 000 contaminations par jour, alors que l'Allemagne prenait des mesures importantes à partir de 6000 contaminations par jour. Il affichait ainsi sa faiblesse de président, en cédant aux Français les plus râleurs.
Mais s'il cédait ainsi aux Français les plus râleurs, c'est qu'il n'avait pas mis de contrat en place avec eux: il n'avait su avoir suffisamment confiance en eux, et obtenir suffisamment de confiance de leur part, pour leur promettre de déconfiner le 15 décembre, et se préparer ainsi à la reprise du travail.
Et bien sûr, comme je le disais, les mesures étaient loin d'être suffisamment strictes. S'il avait mis en place des mesures suffisamment strictes, le secteur de la culture, notamment, aurait pu être déconfiné le 15 décembre.
La France, au cours de ce mois et demi de confinement, a connu une mortalité liée au covid similaire à celle des Etats-Unis de Trump, dont les chiffres sont catastrophiques. Les Etats-Unis ont cinq fois plus de population que la France. Donc, 57 000 morts multiplié par cinq, cela fait 285 000. Les Etats-Unis sont aujourd'hui à 292 000. Et ils ont eu Thanksgiving, eux. Nous sommes presque sur le même rythme de mortalité qu'eux, alors même que nous sommes encore en confinement jusqu'au 15 décembre.
Il n'y aurait pas un petit problème? Alors, oui, l'Italie et la Grande-Bretagne ne s'en sont pas mieux sortis que nous. L'Allemagne connaît elle-même un hiver très douloureux. Mais l'Espagne a fait assez nettement mieux que nous. Et l'on peut considérer que c'est la politique européenne dans son ensemble, de toute façon, qui est défaillante. La politique individuelle des Etats de l'Europe, plus précisément, ce qui prouve qu'un fédéralisme Européen suffisamment strict nous aurait été utile en la circonstance.
Avec la possibilité de sortir juste avant Noël, les gens vont se presser dans les magasins. Il n'y aura pas de couvre-feu à Noël, donc possibilité de se rassembler nombreux autour du sapin. Il y aura le couvre-feu pour le réveillon du Nouvel An, mais cela n'empêchera pas ceux qui le souhaitent de se rassembler à 30 dans un même logement pour y faire la fête, à condition de passer la nuit ensemble.
Un fort rebond des contaminations, des hospitalisations, des personnes en réanimation, et des morts me semble inéluctable.
Je vais être franc, même si le gouvernement Macron avait lu mon article de blog du 29 octobre et suivi mes recommandations, même s'il nous avait permis de faire largement redescendre le nombre de contaminations, il aurait dû mettre en place des règles drastiques pour le jour de Noël et celui du Nouvel An. Ce qui n'aurait pas empêché de déconfiner dès le 15 décembre, notez-le bien.
Et je reconnais aussi que ces règles pour ces moments festifs auraient été particulièrement ardues à respecter, et qu'il y aurait sans doute eu un rebond, malgré tout, de l'épidémie. Mais un rebond certainement moins douloureux que celui que nous nous apprêtons à vivre. Le discours à tenir aurait été celui-ci: "oui, le sacrifice que vous demande le gouvernement, celui de Noël et du Nouvel An, est considérable. Mais la lumière est au bout du tunnel. Les vaccins arrivent. Et il nous faut tenir jusqu'à l'arrivée des vaccins."
Et surtout, surtout, nous ne serions pas à près de 60 000 morts en France du covid.
A titre personnel, j'ai perdu une tante, un oncle par alliance (tous deux Belges, preuve de l'échec au niveau européen) et le père de ma belle-sœur, lequel avait déjà une affection respiratoire auparavant. Tous frappés par le covid.
[Autre article sur le même sujet :] Pourquoi le nouveau confinement est voué à l'échec.
Post scriptum: Le jour où a été écrit cet article, il y a eu 627 morts du coronavirus et 13406 nouveaux cas confirmés en France.





