lundi 17 août 2015

Vers un portail des auteurs indépendants ?

En me mettant à la place d'un site de ventes d'ebooks sur Internet, et en supposant que les responsables du site cherchent à élargir leur catalogue d'ebooks d'auteurs indépendants, je me suis demandé comment ce site s'y prendrait. De nombreux auteurs censés être indépendants ne le sont en effet plus vraiment, puisque ayant la totalité de leur catalogue en exclusivité sur Amazon. Les responsables du site de ventes d'ebooks pourraient certes aller consulter Smashwords ou Kobobooks, mais comment être sûr de ne pas être envoyé sur les roses dès le premier contact avec l'auteur? M'est alors venue l'idée d'un portail d'auteurs vraiment indépendants, qui rendrait ce contact plus facile.

On pourrait me reprocher de vouloir monter les auteurs les uns contre les autres avec cette idée d'auteurs "vraiment" indépendants.  Malheureusement, Amazon l'a déjà fait.

En truquant son système de classement pour rendre les ebooks exclusifs à Amazon plus visibles que les autres, le site de Jeff Bezos permet à ces auteurs exclusifs, qui sont déjà presque des auteurs maison, de passer devant sur les différentes listes de bestsellers. 

En effet, devenir exclusif à Amazon, c'est aussi enrôler son ebook dans Kindle Unlimited. Une fois l'ebook dans Kindle Unlimited, chaque téléchargement dans le cadre de cet abonnement de 9,99 € par mois compte dans les listes de bestsellers comme une vente, même si l'ebook n'est pas lu. 

D'où le regain de visibilité. Qui ne se fait pas en l'occurrence forcément parce que le livre est meilleur, mais parce que l'auteur a refusé de le rendre accessible aux autres sites. 

Evidemment, il n'y a rien d'automatique. On peut très bien être sur Kindle Unlimited et rester invisible, sans aucun téléchargement. Amazon joue sur le fait qu'une partie non négligeable d'auteurs développe des talents marketing et promotionnels, qui sont de toute façon indispensables dès lors que l'on veut s'autoéditer un peu sérieusement. 

On pourrait estimer que Kindle Unlimited est une stratégie marketing comme une autre pour les auteurs, mais à partir du moment où cette stratégie induit une distorsion de concurrence majeure (1 million d'ebooks exclusifs à Amazon, comme déjà évoqué dans mes autres posts, contre 400 000 pour Kobo au niveau mondial), il y a selon moi un très gros risque. 

Le risque que de plus en plus d'auteurs amènent leurs lecteurs sur Amazon, privant les autres sites de ces mêmes lecteurs, et le risque, donc, à terme, pour les auteurs, de ne plus être indépendants du tout, c'est à dire de dépendre d'une seule source pour leurs revenus ebook. Ce qui est évidemment très dangereux, comme nous l'a appris l'expérience de l'édition traditionnelle. 

N'oublions pas que Kindle Unlimited (KU) est un système de souscription artificiellement financé, qui subventionne pour l'instant les auteurs bien au-delà de la réalité économique de l'argent rapporté par les quelques 1,1 million de personnes inscrites dans KU au niveau mondial. 

Je suis en effet persuadé que le fonds mondial est bien plus important que les 10 millions d'euros annoncés, et il faut aussi tenir compte des frais de fonctionnement du système de souscriptions. 

Cela explique pourquoi Kobo n'a pas lancé son système de souscription, et pourquoi Scribd a connu des déboires: les auteurs devraient être payés beaucoup, beaucoup moins que 0,00529 € la page (le tarif actuel) pour que le système soit rentable, compte tenu du nombre d'inscrits et de pages lues chaque mois.

Mais revenons à nos moutons. En tant qu'auteur indépendant, j'ai déjà été contacté par des plates-formes de vente. Youboox, par exemple, justement un système de souscription. Chapitre.com.

Je n'ai pas donné suite pour Youboox parce que je ne suis pas intéressé par un site qui ne travaille qu'à l'abonnement. L'abonnement constitue une bonne affaire pour les lecteurs, et donne de la visibilité aux auteurs, mais seul un système permettant à la fois l'abonnement et la vente directe, comme le fait Amazon, peut permettre une rémunération décente pour l'auteur.

Je renvoie ici à mon article sur la lecture équitable

J'ai arrêté de travailler avec le portail ebook de Chapitre.com, parce que l'idée de devoir envoyer moi-même des factures à chaque vente d'ebook mensuelle me paraissait extravagante par rapport à ce que proposent les plates-formes Kindle, Kobo, Apple et Google. Donc tous les concurrents majeurs. 

On voit donc que ce n'est pas parce que des auteurs seraient présents sur ce portail d'auteurs indépendants qu'ils seraient prêts à travailler avec des sites dans n'importe quelles conditions. Nos partenaires ont des critères de qualité sur les ebooks qu'ils souhaitent voir publiés sur leurs plates-formes? Nous avons des critères de qualité se rapportant aux conditions de publication, de rémunération, de transparence des ventes, et de facilité globale d'usage du site de publication.

Je pense que ce portail indépendant, s'il est mis un jour en place, devrait permettre aux auteurs de poster eux-même les informations sur leur livre, à l'instar de Smashwords. 

Il comporterait des informations propres à ce site:

- chez quels revendeurs est déjà proposé l'ebook (liens inclus)
- comment contacter l'auteur? (formulaire de contact présent dans le site)
- préférences de paiement: système automatisé ou envoi de factures par l'auteur
- DRM (verrou numérique)? Oui/non
- l'auteur accepte-t-il de travailler avec un distributeur numérique de type Immatériel? 
- l'auteur accepte-t-il de travailler avec un service d'abonnement de type Youboox?

Vous me direz, Smashwords remplit déjà pas mal de ces fonctions, puisqu'il référence de nombreux canaux de distribution, et joue le rôle de distributeur numérique. 

Mais justement, les auteurs indépendants n'ont pas forcément envie (et c'est d'ailleurs mon cas) de fonctionner avec un distributeur numérique. Nous préférons parfois le rapport direct avec chaque revendeur, pour des raisons de contrôle sur le contenu, de transparence des ventes et des délais de règlement. 

En plus de cela, Smashwords reste anglophone, et n'est pas forcément adapté ici en France.

Je suis persuadé qu'il faut un contrepoids, aussi modeste soit-il, à ces conditions d'exclusivité d'Amazon. En ce sens, un site permettant une visibilité aux auteurs réellement indépendants (avec au moins 90% de leur catalogue multi-plates-formes) me paraît indispensable. 

Evidemment, la question du nombre de ventes par plates-formes se pose aussi. Pourquoi faire la démarche de mettre son ebook sur une plate-forme, si celle-ci ne génère aucune vente?  Je reconnais par exemple avoir retiré mes ebooks de Youscribe parce que les ventes n'y étaient pas au rendez-vous.

Je n'ai évidemment ni l'expertise technique, ni le temps pour créer un tel portail d'auteurs indépendants. Je n'ai pas fait d'étude de marché pour savoir si un tel site pourrait réellement correspondre à un besoin de la part de sites de revendeurs d'ebooks, qui chercheraient à référencer des ebooks non exclusifs à Amazon. 

Le cherchent-ils vraiment, d'ailleurs?

Si un tel besoin devait se faire sentir, et si suffisamment d'auteurs voulaient se joindre à moi pour financer ce site, je serais prêt à mettre la main au porte-monnaie. Ou peut-être pourrait-on imaginer un partenariat avec un site d'auteurs tels qu'Iggybook.

Cela fait tout de même deux gros "si", mais l'idée est lancée.


N'hésitez pas pas à laisser vos idées en commentaire, ou encore à y référencer des sites d'auteurs indépendants que vous connaîtriez.

lundi 3 août 2015

Kindle Unlimited est-il viable par lui-même ?

La question de savoir si le service Kindle Unlimited (KU) d'Amazon est viable par lui-même pour Amazon pourrait sembler anecdotique pour nous autres auteurs. Après tout, du moment que des auteurs indépendants peuvent en tirer profit, ils n'ont pas forcément envie de se poser la question. Et pourtant... Si KU ne rapporte pas assez par le produit de ses abonnements, c'est qu'Amazon doit y injecter de l'argent. Ce qui signifie que tous les auteurs KU deviennent de facto des auteurs subventionnés. Or, un robinet à subvention, cela peut se fermer à tout moment. On peut le faire de manière brutale, en coupant le service, ou plus subtile, en modifiant les règles. Et s'il y a une chose dont on peut être sûr, c'est que les règles de Kindle Unlimited changeront de nouveau. 

L'abonnement à Kindle Unlimited revient à 9,99€ (ou $, selon les pays) par mois. Or, Amazon a annoncé pour juillet 2015 un fond mondial de 10 millions d'euros. Est-ce que cela signifie qu'il existe dans le monde 1 million de personnes ayant souscrit à KU? J'en doute. 

Mais même si c'était le cas. Combien en moyenne une personne inscrite à KU télécharge-t-elle d'ebooks en un mois? Combien lit-elle de pages? Deux questions fondamentales, pour lesquelles nous n'aurons pas les réponses, Amazon étant très secret sur ses chiffres. 

Ce que nous connaissons, c'est la tarification de Kindle Unlimited. Une lecture rapide des tarifications en suivant ce lien amène à penser que pour un livre de 200 pages emprunté et lu dans sa totalité par une personne, l'auteur touche 20€. Presque trop beau pour être vrai, sauf qu'évidemment, rares sont les livres à être lus en totalité.

Donc, admettons qu'il y ait 1 million d'inscrits sur Kindle Unlimited dans le monde et que ces personnes, plutôt que de télécharger des ebooks de manière illimitée comme le prévoit le service, se consacrent à la lecture de votre ebook de 200 pages. 

Bravo, vous venez de gagner 20 millions d'euros! Avec un seul ebook! Sauf que le fond mondial est de... euh, 10 millions d'euros. 

On voit bien que mathématiquement, il y a quelque chose qui cloche. Le site de tarification évoque, pour un livre de 200 pages emprunté et lu dans sa totalité 100 fois, la formule suivante: "10 millions € multipliés par 20 000 pages attribuées à cet auteur, le tout divisé par les 100 000 000 pages au total". 

Il faut donc qu'il y ait eu 100 millions de pages lues au total sur Kindle en un mois pour obtenir ce tarif. Pas davantage. Cependant, les spécialistes s'accordent à penser que le chiffre total de pages lues en un mois sur Kindle serait plutôt de 1 milliard 666 millions. 

Là, il faut refaire le calcul, et cela revient à 0,006 € la page, soit 1,20 € le livre de 200 pages. A vérifier avec les paiements à venir.

On s'aperçoit donc qu'il y a une forme de partage fait avec ce pot commun de 10 millions d'euros. 

On peut aisément conjecturer, si KU connaît du succès (ce qui est le cas) et qu'Amazon souhaite continuer à payer suffisamment les auteurs pour chaque ebook emprunté, de manière à ce que les auteurs ne quittent pas ce service, qu'Amazon mette davantage d'argent sur la table.

Parce que plus le nombre de pages lues augmentera, plus la paie pour les auteurs diminuera.

Mais cet argent sera-t-il couvert par le produit des inscriptions au service? L'est-il, d'ores et déjà? On peut fortement en douter, surtout lorsque l'on sait que la plate-forme concurrente, Scribd, a dû bannir 200 000 ebooks de son catalogue, car les lecteurs de ces ebooks, de la romance, avaient tendance à trop télécharger, ce qui remettait en cause son modèle économique. 

J'évalue personnellement à 99% de chances le fait que Kindle Unlimited, en lui-même, soit déficitaire, et qu'Amazon y injecte de l'argent venu d'autres bénéfices. 

Pourquoi Amazon irait-il injecter de l'argent dans un service déficitaire? Tout simplement parce que les ebooks peuvent être un moyen d'attirer sur le site des clients qui y achèteront autre chose que des ebooks. C'est aussi très bon pour l'image et la réputation de générosité du site auprès de ses clients. 

Cela donne de surcroît un avantage de compétitivité énorme à Amazon par rapport à ses concurrents sur l'ebook, et ce d'autant plus que les ebooks Kindle Unlimited, sauf rares exceptions comme la série des Harry Potter (oui, Harry Potter est dans KU), sont exclusifs à Amazon, en raison des règles propres à KDP Select (KDP Select permettant à un ebook d'auteur indépendant d'être enrôlé dans Kindle Unlimited). 

Un million d'ebooks exclusifs à Amazon! Sacré avantage de compétitivité, tout de même...  

Certains auteurs, sur la planète Internet, se demandent de manière romantique si à l'instar de Robin des Bois, Amazon ne reverserait pas dans Kindle Unlimited sa marge de 30% sur les ebooks vendus par les gros éditeurs. L'ironie de la chose aurait de quoi faire sourire n'importe quel auteur indépendant.

Il n'empêche que cet argent reversé s'assimile à de la subvention. Quand un pays européen subventionne certains secteurs de son économie, les autres pays européens sont en droit de protester qu'il y a une distorsion de concurrence, et qu'ils ne peuvent plus lutter à armes égales. 

Dans le domaine de l'ebook, Amazon règne aux Etats-Unis de manière si écrasante sur le marché que l'on peut commencer à parler de monopole. En subventionnant massivement les auteurs indépendants qui rejoignent Kindle Unlimited, il me paraît évident qu'il va mettre très rapidement en danger, ou sous l'éteignoir, les concurrents que sont Kobo, Apple et Google. 

Regardons les choses en face: Kobo, avec ses 400 000 ebooks en tout (contre un million d'exclusifs à Amazon, et trois millions en tout, rappelons-le), n'a pas les moyens de lutter contre Amazon. Apple et Google ont les moyens financiers, mais ils sont trop en retard. 

Apple s'intéresse avant tout à la musique (pour rappel, Steve Jobs ne croyait pas en l'avenir de la lecture) et Google n'a pas forcément envie d'investir un milliard de dollars pour concevoir sa propre liseuse numérique (ce qui me paraît indispensable pour lutter contre Amazon) liée à un site qui tienne vraiment le choc. 

En plus de cela, le streaming, dans les domaines de la télévision (Netflix) ou de la musique, a le vent en poupe, avec des résultats en nette hausse. Les services de souscription (streaming) Spotify et Pandora ont ainsi connu une hausse de 46% en 2014, contrairement aux ventes de MP3 chez Apple, en baisse de 13%.

Cela fait proclamer à des auteurs comme Joe Konrath que la lecture en streaming est l'avenir de l'ebook. 

Et Amazon, bien sûr, de surfer sur la vague dont ses concurrents ne peuvent profiter, par manque de moyens financier. 

En réalité, le modèle de souscription est désastreux pour les auteurs. Je l'avais classé juste un degré au-dessus du piratage dans mon article sur la lecture équitable

Je pourrais malgré cela l'utiliser ponctuellement s'il n'y avait pas de condition d'exclusivité: en effet, en tant qu'auteur indépendant, je n'hésite pas à mettre des ebooks entiers gratuits de manière permanente afin d'améliorer la visibilité de mes livres. 

La visibilité se paie.

Sans exclusivité, un système de souscription pourrait être un système de remplacement idéal pour les ebooks en permafree (gratuité permanente), mais je ne l'utiliserais que pour la visibilité: en aucune façon, je ne compterais faire de l'argent avec des ebooks en souscription. C'est d'ailleurs ce que font les artistes de la musique avec Deezer et autres. Ils l'utilisent pour être mieux connus et remplir les salles au moment des concerts. 

Le fait que pour l'instant, KU soit en fait souvent rentable pour les auteurs qui y sont, et permette une meilleure visibilité (à chaque emprunt, votre ebook monte en classement, même s'il n'est pas lu) n'est à mon avis que provisoire et fortement artificiel. 

En tant qu'auteur indépendant, je n'ai pas envie de baser mon modèle économique sur un effet d'aubaine. Je n'ai pas envie d'être subventionné pour mon travail. A bâtir sur des sables mouvants, ce n'est pas le ciel, mais mon propre toit qui me retomberait sur la tête.

[EDIT 16 août 2015] : Le prix de la page Kindle Unlimited est de 0,00529 euros. Cela signifie qu'un roman de 200 pages rapporte à l'auteur KU 1,05 euros, et un roman de 400 pages, 2,11 euros. Mais ce n'est pas gravé dans le marbre, et je fais le pari que la rémunération sera à la baisse dans les mois à venir. 

lundi 6 juillet 2015

Jouer avec le feu

Amazon a changé les règles du jeu de Kindle Unlimited, permettant aux auteurs de romans longs publiés en exclusivité sur Amazon une rémunération plus intéressante à la page. Selon l'auteur Hugh Howey, le nouveau système va dans le bon sens et est plus équitable pour les auteurs. Je reste, pour ma part, résolument hostile à la notion d'exclusivité de distribution pour quelque chose d'aussi universel que les livres, fussent-ils électroniques. Une position de principe, mais pas que...

"Derrière chaque grande fortune, il y a un crime", disait Honoré de Balzac. Cette seule formule résume mon rapport assez compliqué avec l'argent. 

Ainsi par exemple, quand je clique sur le lien KDP Select de mon tableau de bord Kindle Direct Publishing et que je vois: "Fonds mondial de KDP Select juillet 2015 10 millions d'euros", une part de moi se demande: "mais bordel, qui a-t-on bousillé pour rassembler une telle somme?"

De la même manière, si un gros éditeur me proposait une forte somme d'argent en échange de ma signature sur un contrat à compte d'éditeur, je me poserais la même question. 

Et la réponse serait, dans les deux cas, j'en ai peur: "beaucoup de monde".

Mon côté idéaliste est tellement enraciné en moi qu'il m'arrive de me demander si, à l'instar de Paula Myo, l'héroïne de l'auteur de SF Peter Hamilton, mon profil génétique n'aurait pas été modifié avant ma naissance. 

Il ne s'agit pas pour moi d'instruire un dossier à charge contre Amazon. Si l'on devait peser dans une balance le bien et le mal, on devrait de toute façon constater qu'Amazon est l'acteur qui a su donner un coup d'électrochoc salutaire à une industrie de l'édition complètement sclérosée, et cela, dans la plupart des cas, pour le plus grand bien des auteurs indépendants. 

La recherche et le développement, le lancement du Kindle, les modèles de distribution disruptifs,  tout cela a été un immense bol d'air frais dans un milieu particulièrement vicié.

Les lecteurs ont aussi grandement profité de la pression sur les prix vers le bas d'Amazon, et là encore, on ne peut qu'applaudir. 

Mais la plupart des entreprises, il faut le savoir, et particulièrement dans la nouvelle économie, réalisent leurs bénéfices dans les zones grises où l'on n'a pas encore légiféré. 

En ce sens, on peut dire qu'elles jouent plus ou moins avec le feu, surtout dans la mesure où une décision politique peut tout à coup réduire à néant une marge de manœuvre. 

C'est à mon avis le cas avec Kindle Unlimited. Et je ne parle pas seulement du modèle de lecture en streaming avec offre illimitée qui est en discussion au gouvernement, mais bien du modèle d'exclusivité qui est celui de Kindle Select et Kindle Unlimited. Modèle qui impose aux auteurs optant volontairement pour Kindle Unlimited une exclusivité de trois mois renouvelables sur Amazon des titres concernés.

Faisons un petit parallèle avec l'agroalimentaire et la distribution: si Leclerc offrait un pont d'or à tous les agriculteurs à condition qu'ils ne vendent leurs pommes de terre que chez Leclerc. Si demain, le consommateur désirant acheter des pommes de terre ne pouvait le faire que chez Leclerc. 

Est-ce que ça passerait comme une lettre à la poste? Est-ce qu'il n'y aurait pas des freins légaux à ce type de tentative? Je ne suis pas juriste, mais je serais curieux de le savoir.

Dans le domaine de l'édition, les éditeurs traditionnels contrebalancent pour le moment l'offre des auteurs indépendants. Mais il faut savoir que cette industrie de l'ombre de l'autoédition, ou édition indépendante, s'est taillée en quelques années seulement des parts de marché impressionnantes.

Et il faut savoir aussi, en particulier aux Etats-Unis, qu'un nombre écrasant d'auteurs indépendants pratique l'exclusivité de distribution chez Amazon. Un million de titres sur Kindle Unlimited en juillet! Excusez du peu. 

A titre de comparaison, le marché français, c'est environ 175 000 titres en format ebook. Tout compris, édition traditionnelle incluse.

Ce million de titres ne figure pas sur les plates-formes concurrentes que sont Kobo, Apple, Google Play, Barnes & Noble et les autres. 

C'est ce que j'appelle, pour Amazon aussi bien que pour les auteurs indépendants concernés, jouer avec le feu.

Jouer avec le feu pour les auteurs indépendants, parce que si les autres plates-formes de vente sont étranglées, ils se retrouvent complètement à la merci du seul Amazon. 

Jouer avec le feu pour Amazon, parce que si leur pourcentage de domination du marché de l'ebook passe un certain seuil, il y a de fortes chances que l'autorité de régulation anti-trust intervienne aux Etats-Unis.

Je serais acteur de l'édition traditionnelle, cela dit, je ne compterais pas trop sur le gouvernement pour me tirer d'affaire. Trop aléatoire.

Pour les auteurs qui feraient reposer leur modèle de développement sur un seul acteur, je dirais simplement: danger. Les pires choix sont toujours effectués lorsqu'on a l'impression que l'on n'a pas le choix.

vendredi 19 juin 2015

Promo Flash

A l’occasion de la Fête des Pères (jusqu’au dimanche 21 juin compris), j'offre l’ebook du troisième et dernier tome du Cycle d’Ardalia, Les Flammes de l’Immolé, roman de Fantasy. Plus de 500 pages d’épopée épique à télécharger gratuitement sur Amazon, La Fnac/Kobo, Apple et Google Play. Faites vite, le temps est compté!


La grande traque avait commencé, et les hevelens étaient le gibier. Quand se conclurait-elle ? Et comment ? Impossible de le prédire.

L’armée de Malia vaincue, les forces de la Destruction font le siège de la Porte des Canyons et se répandent dans les Steppes Venteuses. Pour chaque enfant du vent ou de l’eau capturé et précipité dans la Grande Déchirure, c’est un nylev, un être de feu qui naît. Pelmen, Laneth, Lominan et Elisan-Finella doivent convaincre les krongos de se joindre à leur lutte désespérée. Mais les êtres de pierre ne sont qu’une poignée, et plus rien n’entrave Valshhyk, l’Immolé…
 
Le meilleur roman de fantasy autopublié de ces dernières années - Les Chroniques de l'Imaginaire, août 2013.

Les Flammes de l’Immolé est le troisième et dernier tome du cycle d’Ardalia, roman de science-fantasy. 





jeudi 18 juin 2015

Ebooks: le mythe du " grand méchant format propriétaire"

Un coup de chapeau au blog E-Reading and Ray Tracing, qui a en mars 2015 renvoyé dans les cordes ce que l'on pourrait appeler le mythe du "grand méchant format propriétaire" dans un article intitulé Interopérabilité du livre électronique. Où il apparaît qu'Amazon n'est pas le seul acteur vicelard et cupide de l'ebook, ô surprise, à vouloir fidéliser les lecteurs en les empêchant de changer de machine...

Il y a un reproche tout à fait fondé que l'on peut faire au format propriétaire: c'est de devoir, si l'on change de machine, convertir les centaines d'ebooks que l'on possédait sur sa liseuse d'ebooks via le logiciel Calibre vers, par exemple le format Amazon, si on migre dans le sens du format .epub vers le format propriétaire d'Amazon, le .mobi et ses déclinaisons. Si l'on est un grand lecteur, c'est clairement dissuasif.

Malheureusement, l'article Interopérabilité du livre électronique  démontre que les DRM (verrous numériques) que vous possédez sur vos ebooks légalement achetés chez Apple ou la Fnac, par exemple, rendront eux aussi inévitable l'utilisation du logiciel Calibre (qui permet, grâce à certains plugins dont la légalité est douteuse, d'enlever les DRM), si par exemple vous passez de la lecture sur iPad à la lecture sur Kobo (et vice-versa). 

Si vous n'achetez que sans DRM, c'est que vous êtes bien informé. Cela signifie aussi que vous évitez délibérément certains ebooks publiés chez de gros éditeurs. Ce n'est pas le cas du grand public.

Vous me direz, Amazon autorise aussi les éditeurs et auteurs indépendants à mettre des DRM sur les ebooks vendus sur son site. Il est toutefois possible de repérer facilement sur Amazon les ebooks avec ou sans DRM, comme on peut le voir dans cet article.

J'avais déjà signalé en 2012 le problème posé par les DRM.

Le débat qui concerne le "format propriétaire" d'Amazon et son "écosystème fermé" est à mon avis un faux débat. Les sites qui fournissent de l'ebook gratuit en toute légalité comme Projet Gutemberg ou Feedbooks proposent à chaque fois la version Amazon. Si vous achetez une Kindle, vous n'avez aucune crainte à avoir de ne pas trouver l'ebook dans le bon format, parce que même si c'était le cas, et même si le livre avait des DRM, il serait encore possible de le convertir à l'aide de Calibre.

Je souhaiterais, pour ma part, qu'Amazon rende ses liseuses compatibles avec l'epub. Mais ce n'est pas le cœur du combat pour l'instant.

Si les éditeurs voulaient mettre la pression à Amazon sur son format propriétaire, ils n'utiliseraient plus que le Watermarking (une technique de "tatouage numérique") et non plus les DRM. Comme le précise l'article d'E-Reading and Ray Tracing, certains éditeurs le font, mais c'est loin d'être le cas de tous. 

Si les constructeurs voulaient concurrencer Amazon, ils se créeraient une boutique commune à toutes les liseuses d'ebook, quelle que soit leur marque, et ils s'interdiraient de reformater du fichier epub. 

Surtout, ils permettraient sans discrimination aux auteurs indépendants de diffuser leurs ebooks sur leur plate-forme, ce qui est encore loin d'être le cas partout (Bookeen, Cultura, suivez mon regard). Même le site Feedbooks ne permet pas aux indépendants d'y vendre leurs œuvres.

Pour l'instant, les intérêts individuels, que ce soit des constructeurs, des revendeurs ou des éditeurs, font qu'il n'est absolument pas possible pour eux de présenter une ligne de front unie contre Amazon. Ils se contentent donc de brandir l'épouvantail du format propriétaire censé enchaîner le lecteur. 

Sauf que dès que l'on creuse un peu, on s'aperçoit que cet épouvantail n'a aucune substance... 

mardi 16 juin 2015

Auteurs : les interventions hors dédicace

Comment réagir lorsque, en tant qu'auteur, on vous sollicite pour des interventions extérieures? Certes, on s'intéresse à vous et cela peut sembler flatteur. L'auteur averti aura pourtant tout intérêt à mettre son égo de côté pour entrer dans des considérations bassement matérielles. En d'autres termes, si vous faites de l'écriture votre activité à plein temps, faites-vous rémunérer!

Lorsque j'étais tout jeune auteur, si un membre du corps enseignant m'avait abordé en me demandant d'intervenir dans sa classe pour parler de mes livres, j'aurais réagi en demandant à cette personne combien je devais la payer pour que cela arrive. 

A présent, lorsqu'un enseignant me pose la même question, ce qui m'arrive de temps en temps en tant qu'auteur jeunesse, je montre un intérêt poli, mais je ne donne jamais suite.

Une part de moi en éprouve de la culpabilité: je comprends qu'en communiquant la passion qui m'anime à de jeunes esprits, je peux donner un autre sens à leur vie, leur faire entrevoir la richesse de la langue française, l'épanouissement d'une activité créative, la sensualité de l'écriture, le souffle exotique de l'imagination, les vibrations incroyablement positives quand ce que vous couchez sur le papier (ou l'écran) entre en résonance avec un autre esprit... 

Une autre part de moi, celle de l'auteur capable de se glisser dans la peau d'un personnage, y compris dans la vraie vie, va se mettre à la place de ce professeur de collège qui s'approche de ma table de dédicace. 

"Cet auteur, là, il a l'air de s'ennuyer à mourir à sa table. Il n'y a personne autour de lui. Plutôt que de perdre son temps ici, il ferait mieux de venir dans ma classe. Il pourrait montrer l'intérêt d'apprendre la langue française. Qui sait, susciter des vocations. Et même si ce n'est pas le cas, il pourrait apporter un témoignage sur sa vie d'artiste. Etant donné que les jeunes n'ont pas de tabous dans leurs questions, ça pourrait être intéressant de savoir comment il fait pour sa sécurité sociale, sa mutuelle et sa retraite. Surtout s'il est à plein temps. Et puis ça me conforterait dans mes propres choix professionnels, moi qui ait toujours rêvé d'écrire un bouquin..."

Je caricature? Peut-être, mais quand vous pratiquez l'autoédition à temps plein dans votre vie et que vous commencez à prendre de la bouteille, vous envisagez d'abord le pire avant de penser au meilleur.

Les questions que l'on peut vous poser peuvent être gênantes, d'une part en vous donnant l'impression d'étaler votre misère, d'autre part en vous plaçant dans une position défensive, face à des interrogations d'ordre certes rationnel, liées à la vie quotidienne. 

Or, une passion, ça ne se justifie pas. Ça se vit. 

La société et son aspect rationnel ne vous pousseront jamais dans le sens de votre passion. Vous êtes auteur. Vous allez contre l'ordre établi et la pression sociale, ne l'oubliez pas. Vous aurez beau protester ne pas faire de politique, cela n'y changera rien.

Si vous deviez expliquer toutes les galères que vous avez vécues avant d'arriver à vivre de votre passion, il y a de fortes chances que votre discours devienne dissuasif, et que vous vous mettiez donc à aller dans le sens de la pression sociale. Il est fort possible que vous vous mettiez à recommander de trouver un boulot alimentaire à côté, alors que vous savez toute la frustration que cela peut engendrer quand on a vraiment le feu sacré.

Mais d'un autre côté, vous êtes quelqu'un d'honnête et vous ne désirez pas embellir votre activité de manière artificielle, serait-ce par omission. 

Bref, vous vous retrouvez dans une situation impossible.

Si vous êtes à temps plein sur l'écriture sans être un auteur best-seller et que vous n'ayez pas de fortune personnelle, il y a de fortes chances que votre période d'activité soit une période "à risque" pour vous: une période où, contrairement à l'enseignant qui vous fait cette demande, vous ne générez pas de revenus additionnels pour la retraite, vous ne cotisez pas pour une mutuelle et autres "menus détails".

Ce que je veux dire, c'est que même si vous passez votre temps le nez en l'air à rêver à vos personnages, votre temps est précieux. La situation étant bien sûr différente si vous avez du travail à temps partiel (là, tout dépend de votre motivation à vivre ou non de l'écriture).

Si l'on vous demande d'intervenir dans un milieu professionnel ou scolaire, à vous de savoir négocier. Pour moi, étant donné l'interruption que peut causer ce genre d'intervention, je ne demanderais pas moins de 300 € par demi-journée, sachant que toute demi-journée entamée est due (en gros, même si je ne reste qu'une heure c'est 300 €). Hors défraiement. Le chèque doit vous arriver avant intervention, systématiquement.

C'est bien sûr juste une indication. Si vous avez 3000 € de loyer par mois à payer, vous demanderez sans doute davantage. 

Le cas est évidemment différent si vous êtes jeune auteur et prêt à tout pour vous faire connaître. La passion, encore et toujours. Ce qui me permet de boucler la boucle...

[EDIT Charte des auteurs et illustrateurs]: Selon la Charte des auteurs et illustrateurs, le tarif pour une intervention est de 413 € brut pour la journée de rencontres, 249 € brut pour la demi journée.

mardi 2 juin 2015

"Point de bascule" officiellement atteint aux Etats-Unis

Dans un article d'IDBoox au premier abord négatif par rapport aux ventes d'ebooks, puisque intitulé "Baisse des ventes d'ebooks aux USA en 2014" figure en réalité l'information cruciale pour les auteurs autoédités écrivant dans le domaine de la romance, du thriller, de la fantasy et des polars (et à mon avis aussi de la Science-Fiction). Selon cette information officielle du non moins officiel institut de statistiques Nielsen, le point de bascule a été atteint aux Etats-Unis en 2014 pour les œuvres relevant des genres que je viens de citer. 


C'est sans doute le cas depuis plusieurs années, et je l'avais d'ailleurs déjà annoncé sur ce blog. C'est maintenant officiel, d'après Nielsen: En 2014, le genre des livres numériques pour adultes sont ceux qui se vendent le plus et particulièrement la romance, la fantasy, les thrillers et les polars. Ces catégories représentent 50% des ventes (citation de l'article d'IDBoox).

Les statistiques officielles mettent toujours un certain temps à rattraper la réalité. Alors pourquoi ce terme de point de bascule?

Parce que les auteurs bien informés, notamment par le site Author Earnings, savent, chiffres à l'appui que les auteurs autoédités vendent plus d'ebooks, ou livres numériques, que les cinq plus gros éditeurs des Etats-Unis réunis. 

Ils savent aussi que leurs statistiques de vente ne sont pour l'instant pas prises en compte par les organismes officiels, mais le sont par un site comme Author Earnings, mis en place par des autoédités. 

Ils savent donc, qu'à partir du moment où en tant qu'auteurs autoédités pris collectivement, ils vendent plus d'ebooks que les plus gros éditeurs, et qu'à partir du moment où de manière générale, dans les genres où ils écrivent (romance, thriller, fantasy, polar, excusez du peu!) il y a plus d'ebooks qui se vendent que de livres papier, l'avenir est clairement dans le camp de l'autoédition et non de l'édition traditionnelle.

Pourquoi? Parce que les auteurs n'ont plus besoin de passer par des éditeurs pour diffuser leurs ebooks sur Amazon (KDP Publishing), Kobo/la Fnac (Kobo Writing Life) ou Apple (iTunes Producer, Smashwords). Ils peuvent le faire tout seul, de même qu'ils peuvent externaliser les corrections, voire corriger leurs ouvrages entre auteurs pour faire baisser les coûts, trouver eux-mêmes leurs couvertures, etc.

Et ils fixent leur prix eux-mêmes, et décident de leurs promotions et de leur stratégie.

Ce qui arrive aux Etats-Unis se répercute de manière très claire en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais aussi, de manière moins nette sans doute pour le moment, en France. 

En France, on parle de 5% de vente d'ebooks, mais on ne dispose pas des statistiques sur les différents genres. Si vous mettez les ventes d'ebooks sur le même registre que les ventes de livres scolaires, de non fiction, etc., c'est sûr qu'il y a moyen de biaiser fortement les stats qui intéressent directement les auteurs autoédités de fiction.

Si vous ne prenez que les chiffres des éditeurs (par exemple du SNE) sans tenir compte des ventes d'auteurs autoédités, vous biaisez encore plus les statistiques et les chiffres.

Alors, l'article parle d'une baisse des ventes des ebooks de 6% aux Etats-Unis. Rien d'étonnant à cela, puisque, à la suite des négociations entre Amazon et Hachette, Amazon a perdu le droit de pratiquer des rabais sur les ebooks des éditeurs traditionnels, qui du coup, vendent de facto plus cher, et donc, moins d'ebooks, afin de protéger leur marché sur les livres papier. 

Il est important de préciser que cette étude porte sur les 30 éditeurs les plus importants du pays. Eux voient leurs ventes d'ebooks baisser, et mécaniquement, on constate dans le dernier rapport d'Author Earnings portant sur les 50,000 ebooks les plus vendus sur le seul Amazon (Amazon représente 65% du marché sur les ventes d'ebooks aux Etats-Unis), que les auteurs indépendants sont passés devant en termes de vente d'ebooks, sans doute pas devant les 30 éditeurs les plus importants, mais du moins devant les 5 plus gros, ce qui est déjà considérable. 

Les auteurs indépendants ne sont pas concernés par la baisse des ventes de 6%, n'ayant pas augmenté les tarifs de leurs ebooks afin de leur faire atteindre le même niveau de prix que les ebooks des gros éditeurs maintenant affichés à leur prix réel, c'est à dire sans rabais de la part d'Amazon. 

Il n'est pas dit du tout que le volume total d'ebooks vendus aux Etats-Unis ait baissé en 2014. Selon moi, il est probable qu'il ait encore augmenté.

Il ne s'agit pas non plus de dire que le marché de l'ebook est ou sera une mine d'or pour les auteurs en France. Même pour l'édition traditionnelle, les ventes moyennes de livres en France se situent entre 100 et 600 exemplaires par roman (lire l'interview instructive en bas de cet article). On est très très loin d'un Eldorado. 

Ceux qui touchent pour l'instant le pactole à coup sûr sont les financiers à la tête des groupes d'édition, groupes issus de la fusion de nombreux éditeurs. Pour l'instant. Cela peut, cela doit changer.

Ce qui me réjouit, c'est que de plus en plus, l'information devient transparente sur les chiffres de vente, ainsi que sur les possibilités et perspectives: pourquoi aller alimenter une sorte de Veau d'Or, quand on sait qu'on a la possibilité de se forger un petit appoint, aussi modeste soit-il, en vendant soi-même directement ses écrits?