dimanche 1 octobre 2023

L'auteur de SF précurseur de la bombe atomique

L'un des premiers hommes à avoir l'idée d'une réaction en chaîne au niveau atomique, réaction qui sera utilisée de manière modifiée pour produire une bombe atomique n'est autre que le père de la Science-Fiction, j'ai nommé John W. Campbell. Nul autre que celui qui a dirigé le magazine Astounding Stories et donné leur chance à des auteurs aussi célèbres qu'Isaac Asimov ou Robert Heinlein, entre autres. Nul autre que l'un des créateurs du genre de la Science-Fiction. Attention, cet article contient des spoilers du recueil The Space Beyond, de Campbell, et notamment de Marooned et The Space Beyond.


Vous aimez le type de héros à la MacGyver, capable de se tirer de n'importe quelle situation à l'aide d'une invention rapidement mise au point, mais souhaiteriez voir ce que cela donne en Science-Fiction ? Non, je ne vais pas vous parler de la série StarGate, mais bien des romans de John W. Campbell.

En tant qu'auteur notamment de Science-Fiction, quand j'écris mes romans, j'ai souvent l'impression d'avoir mon frère aîné Tristan Guillot qui regarde par-dessus mon épaule de son œil féroce. Non pas que je fasse appel à lui pour mes romans, non. C'est juste une impression qui me vient sans doute de mon enfance et de mon adolescence et du rôle qu'il a joué dans celles-ci.

Pour vous donner une anecdote, le premier film que je sois allé voir au cinéma, à Manosque à l'époque, était l'Empire contre Attaque, de George Lucas, réalisé par Irvin Kershner. J'étais allé le voir avec mon frère. Le film m'avait complètement retourné. Une révélation. Je le trouvais génial, incroyable. Pour moi, même maintenant, ça reste le meilleur de la trilogie. 

Quelle surprise, en partageant mon enthousiasme à mon frère, quelle douche froide de lui voir à peine attribuer la mention "pas mal" au film! Quel coup de poing dans l'estomac! Plus tard, en tant que conseiller emploi à Pôle enploi spectacle, j'ai eu le plaisir de voir que le scénario de l'Empire contre Attaque de Leigh Brackett et Lawrence Kasdan, d'après une histoire de George Lucas, était cité en exemple dans au moins un guide professionnel destiné aux scénaristes. Et à juste titre, selon moi.

Tristan est devenu depuis chercheur astrophysicien au CNRS, spécialisé dans l'étude des couches internes de Jupiter. Alors quand j'ai lu Marooned (Naufragé), issu du recueil The Space Beyond, de John Campbell, il m'a été difficile de ne pas être pris de fou rire. 

The Space Beyond est un recueil paru en 1976, mais Marooned a été écrit entre 1934 et 1935. Dans l'époque futuriste (2133) qu'évoque la novella, un métal révolutionnaire, le synthium, a été inventé. Le synthium est d'une résistance quasiment infinie et ne subit aucune altération, quelle que soit la pression. Il faut savoir que les héros scientifiques de John Campbell sont des sortes de mâles alpha scientifiques et ingénieurs. On est sur du velu, très velu. 

Ni une ni deux, l'un des scientifiques millionnaires, Bar Corliss, décide de mettre sa fortune sur deux vaisseaux spatiaux dont la carlingue serait de synthium, afin de brûler la politesse à tout le monde pour explorer Jupiter. Ces vaisseaux sont pourvus d'ailes rétractables qui elles ne sont pas en synthium. Je vous le donne en mille, le vaisseau de Bar Corliss voit ses ailes arrachées par l'énorme pression des couches internes de Jupiter. 

Et là, Corliss de s'exclamer: "nous avons voulu faire trop vite! Nous aurions dû étudier la structure interne de Jupiter avant de lancer l'expédition." Ah ben oui, c'est ballot. Je n'ai pas pu m'empêcher de m'imaginer la tête de mon frère s'il avait lu ce passage. 

A noter quand même que dès cette époque des années 30, Campbell avait pronostiqué l'existence d'une atmosphère sur Ganymède, l'une des lunes de Jupiter. Hypothèse qui ne sera confirmée que dans les années 70. J'ai beau me moquer gentiment de lui, le bonhomme avait de l'intuition. Une sacrée intuition, même. Nous y reviendrons.

Le vaisseau à la dérive de Corliss parvient sur l'un des pôles de Jupiter, endroit où il y a beaucoup moins d'interférences, ce qui permet à Corliss d'entrer en contact avec le second vaisseau et de lui donner l'ordre de ne pas chercher à lui venir en aide, sous peine d'avoir à son tour les ailes arrachées. 

Et comment réagit le commandant du second vaisseau? Il se dit que Corliss est devenu fou et continue sa descente. A son tour, il a les ailes arrachées. Les explorateurs ont l'air fin... 

Les personnages de Campbell sont des MacGyver, mais à la puissance 100 : c'est à dire qu'ils sont aussi brillants théoriciens qu'ingénieurs. Et là, Corliss, en bon Géo trouve-tout, va inventer un générateur qui, en se servant d'une simple petite batterie, génère une puissance infinie. Avec Campbell, c'est toujours quand la pression est extrême que l'on travaille le mieux. 

Comme l'équipage n'a pas le droit de sortir du vaisseau en raison de l'atmosphère mortelle à l'extérieur, Corliss va aussi concevoir des sphères qu'il va gonfler de l'intérieur, et grâce à la puissance infinie de son générateur, va rejoindre l'autre vaisseau auquel il aura donné les indications pour réaliser les mêmes inventions. C'est normal qu'ils se retrouvent si facilement malgré les perturbations et l'impossibilité de guider la trajectoire des vaisseaux, Jupiter étant une toute petite planète, c'est bien connu. Et ensemble, ils vont s'en sortir. Ben voyons.

Dans une autre histoire, The Space Beyond, un premier équipage met au point une nouvelle technologie, une Flamme aux effets complètement inattendus. Le vaisseau spatial change de dimension pour rejoindre le centre de l'univers, bien au-delà de notre galaxie. Le point de rencontre de toutes les galaxies, le point central. Le vaisseau se retrouve environné de soleils géants. Un second scientifique comprend ce qu'il s'est passé est met au point une expédition pour aller chercher le premier. 

Mais devinez quoi? Le scientifique est tellement velu et mâle alpha qu'il ne pense même pas au moyen de revenir sur Terre! Heureusement qu'un autre de ses collègues participant à l'expédition avait prévu le coup..

Vous trouvez que je suis irrespectueux de ce grand mâître qu'était John W. Campbell? Voici ce que nous dit Isaac Asimov, en VO puis en VF, de la science de John Campbell. 

A great deal of Campbell's science is sheer gobbledigook that you must not take seriously. You have to read it as a foreign language that the characters understand and for which the action and the astronomical background serve as a translation. In some places, Campbell is deliberately and bullheadedly wrong and one can never be sure whether he actually believes the nonsense, or whether he is doing it just to irritate and provoke readers into thinking hard. 

J'adore, chers amis lecteurs de ce blog, ce mot de "gobbledigook". Passons à la traduction.

Une grande partie de la science de Campbell est du pur charabia qu'il ne faut pas prendre au sérieux. Il faut la lire comme une langue étrangère que les personnages comprennent et pour laquelle l'action et le contexte astronomique servent de traduction. À certains endroits, Campbell se trompe délibérément et de façon éhontée, et on ne sait jamais s'il croit réellement à ces absurdités ou s'il le fait simplement pour irriter et inciter les lecteurs à réfléchir sérieusement.

Ce que nous dit aussi Asimov, c'est que « les hommes balaises de Campbell construisent des armes balaises en quelques jours. Des armes qui n'ont aucun défaut sérieux, ou en tout cas, aucun défaut qui ne puissent être corrigés de la manière suivante: "Hmm... il y a quelque chose qui ne va pas - oh! je vois- bien sûr." Puis, en deux heures, quelque chose serait construit à la va-vite pour réparer la technologie conçue à la va-vite. »

Difficile, donc, de prendre quelqu'un comme cela au sérieux. Et pourtant, Campbell, avec son extraordinaire imagination, a grandement influencé les auteurs majeurs de Science-Fiction, y compris un auteur comme Asimov comme il le reconnaît lui-même dans la préface de The Space Beyond. Y compris, avec la novella "All", quelqu'un comme Robert Heinlein et son Stranger in a Strange land, Etranger en terre inconnue. Asimov parle aussi d'une autre novella de Heinlein appelée "Sixième colonne", très proche de "All."

Je dirais que la grande différence entre Campbell et moi, c'est qu'il ne semblait pas avoir de grand frère qui se penche au-dessus de son épaule. Il n'avait pas, en d'autres termes, un risque aussi fort de s'autocensurer. Ce qui pouvait, chez Campbell, mener au meilleur aussi bien qu'au pire. 

Dans sa préface, Isaac Asimov évoque la manière dont Campbell dans The Space Beyond, écrit au milieu des années trente, va préfigurer la technologie de la bombe atomique. Rien de moins.

Dans The Space Beyond, Campbell mentionne que le lithium bombardé par des protons produit des particules alpha et que le béryllium bombardé par des particules alpha produit des protons, et que les deux mélangés peuvent s'entretenir mutuellement dans une "explosion atomique auto-entretenue".
 

En réalité, ce n'est pas le cas. Il faut un proton de haute énergie pour déclencher la réaction du lithium et le béryllium libère des protons de faible énergie ; en tout cas, des protons de trop faible énergie pour décomposer le lithium. Il en va de même, en sens inverse, pour les particules alpha.

Néanmoins, la suggestion est remarquable. Elle a été faite au milieu des années trente et il est certain que peu de gens pensaient alors à la possibilité d'une réaction nucléaire en chaîne, ce que Campbell suggérait. Finalement, peu d'années après la rédaction de The space beyond, une réaction nucléaire en chaîne pratique a été découverte, celle de la fission de l'uranium. Elle était pratique précisément parce qu'elle fonctionnait sous l'impulsion de neutrons de faible énergie. 


La clarté avec laquelle Campbell a perçu l'importance de la réaction nucléaire en chaîne pourrait bien expliquer la plus remarquable de ses visions prédictives : pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'a cessé d'insister sur le fait que l'énergie nucléaire serait développée avant la fin de la guerre. Après avoir entendu parler de la découverte de la fission de l'uranium, sa compréhension des réactions nucléaires en chaîne lui a permis de considérer la bombe atomique comme une conséquence naturelle. 

J'avais déjà évoqué, dans l'article Elon groks the fullness? l'importance d'un auteur de science-fiction nommé Robert Heinlein dans la chute de l'Union soviétique. Vous pourrez d'autant mieux concevoir qu'un auteur comme Campbell se soit montré inspirant pour la bombe atomique en sachant que l'armée française avait il n'y a pas si longtemps lancé un appel à texte d'auteurs SF avec pour sujet les technologies d'armement du futur. 

Y a-t-il de quoi tirer de la fierté de l'importance des auteurs de Science-Fiction quant à la conception de nouvelles armes plus destructrices ? Sans doute que non. Néanmoins, si vous réfléchissez à la manière dont des auteurs de SF ont pu influer sur des événements historiques et sur l'évolution de l'humanité, vous devrez sans doute reconnaître que la rétribution financière desdits auteurs n'est pas réellement proportionnée à leur apport dans la société. Loin s'en faut, me semble-t-il. D'autant qu'il n'y a pas que la technologie. La SF, par exemple celle d'Ursula Le Guin, peut aussi évoquer des évolutions sociétales ou de mœurs. Les sujets de recherche ne se résument pas à la technologie.

mardi 8 août 2023

Limiteur de vitesse Tesla : aïe aïe aïe !

En voyage en Italie dans ma Tesla Model 3 SR+, j'ai pu tester le régulateur de vitesse de manière plus extensive que je ne l'avais fait jusqu'à présent. J'ai compris pourquoi j'utilisais si peu ce régulateur, avec notamment une très mauvaise surprise en Italie. 

Je reviendrai en fin d'article sur le voyage en Italie en lui-même, mais j'ai pris conscience que le simple régulateur de vitesse dynamique, sans même parler de l'autopilot et des fameux "freinages fantôme" posait des problèmes de sécurité suffisamment graves pour faire l'objet du corps de l'article. 

Le très gros problème, à mon sens, du régulateur de vitesse Tesla est qu'il ne régule pas seulement la vitesse, mais a également l'ambition de réguler la distance de sécurité avec la voiture qui précède... mais pas avec la voiture qui vous suit! On a là un morceau de code que l'on sent détaché de l'ensemble du code informatique de conduite autonome. Un morceau de code qui a l'ambition de prendre des décisions quasiment de vie et de mort, en étant détaché de son programme principal. La conduite autonome, de toute façon, en Europe, n'est pas mise en place au niveau législatif, et la plupart des gens, comme moi, font le choix logique de ne pas se l'offrir. 

J'ai demandé à mon frère, qui a une Prius, s'il avait le régulateur de vitesse simple, sans distance de sécurité, et il m'a répondu par l'affirmative. L'heureux homme! Si un régulateur tout bête, sans distance de sécurité, existait sur les Tesla, je l'utiliserais nettement plus souvent sur les trajets longs et fatigants pour le pied. Ce serait tellement plus simple...

Il est en principe possible de régler la distance de sécurité, pour autoriser plus de mansuétude, moins de rigidité du système. Mais à ce sujet, le manuel de la Tesla Model 3 a évolué. Voici le manuel qui date de 2020, année d'achat de mon véhicule: 


D'après ce manuel, on peut, en naviguant dans les menus, modifier la distance de sécurité. Fort bien. Sauf qu'avec les mises à jour, ce n'est plus possible de cette manière. On ne peut y parvenir qu'en direct, en conduisant, comme l'atteste le dernier manuel de 2023.



Et vous noterez que la fonction de régulateur dynamique de vitesse a changé de chapitre, se retrouvant dans "fonctionnalités de l'autopilot" dans le dernier manuel. Ce qui prouve bien que ce morceau de code-là est très lié au code général de l'autopilot, et sans doute de la conduite autonome. 

Changer la distance de sécurité en direct, j'avoue que je ne l'ai pas fait sur ce trajet. Je l'ai fait dans le cadre de cet article, et je me suis aperçu qu'il était réglé sur son réglage par défaut pendant le voyage, à savoir 3. Je ne pense donc pas que ça aurait changé grand-chose à mon expérience, la distance de sécurité minimale étant de 2.

En Italie, les camions ne suivent pas toujours les lignes sur autoroute. Il suffit qu'un véhicule morde d'un chouïa sur votre ligne pour que le régulateur de vitesse estime que le véhicule empiète entièrement sur votre ligne, et que c'est à vous de réagir en conséquence, en freinant de manière à remettre de l'écart avec ce véhicule qui n'est pourtant pas, en grande majorité, sur votre ligne. Donc, le régulateur le fait à votre place, et freine. C'est hyper emmerdant, disons-le, même si on peut contrecarrer la chose en réaccélérant. On se rend bien compte que le régulateur de vitesse/contrôleur de distance de sécurité n'en a rien à faire de la distance de sécurité avec le véhicule qui se trouve derrière vous. 

J'en ai eu l'illustration de manière bien plus criante encore dans un petit village d'Italie où j'avais régulé la vitesse en raison de la présence d'un radar. Cette fois, le conducteur d'une Fiat arrivait en sens inverse quand il a débordé légèrement sur ma voie, alors qu'il y avait une ligne infranchissable. La Tesla a réagi de manière hystérique, en déclenchant le freinage automatique d'urgence. Ce qui, bien sûr, a manqué de causer un accident avec le véhicule qui me suivait, qui m'a copieusement klaxonné, et à juste raison. Là encore, le régulateur de vitesse/contrôleur de distance de sécurité n'a pas tenu compte de l'écart avec la voiture qui me suivait. Il a suivi son programme, qui signalait une collision inévitable à l'avant. Il a donc tenté de réduire les dégâts en m'immobilisant. 

Sauf qu'en fait, il y avait largement la place de s'éviter, ce qui a été fait. 

Quand on analyse ce que Tesla a fait, on s'aperçoit que la compagnie a donné à un bout de code le pouvoir de prendre des décisions drastiques, que seul un humain devrait pouvoir prendre, et en ayant une conscience bien trop limitée de la situation, puisque l'intégralité du code de la conduite autonome n'est pas en place sur mon véhicule. 

Vous saisissez le problème? On a là Tesla, une société typique de la Silicon Valley, qui va typiquement considérer que la puissance de calcul du processeur installé allié à la fiabilité de son logiciel va supplanter les capacités humaines... y compris quand le code est incomplet! Et ça, à mon humble avis, ça cause beaucoup plus de problèmes que ça n'en résout. 

Donc, Tesla, merci de nous offrir lors d'une prochaine mise à jour un régulateur de vitesse simple, sans contrôle de la distance de sécurité. Ce contrôle est un paramètre bien trop complexe pour être confié à la simple version de l'autopilot (puisque, rappelons-le, la partie sur le régulateur de vitesse se trouve dans le chapitre autopilot). 

Et ce voyage en Italie? Il a débuté par une très désagréable surprise. Le règlement par carte bancaire automatique en Superchargeur ne marche pas avec toutes les cartes bancaires et dans tous les pays, même si votre carte est une carte visa avec paiement autorisé dans le pays en question, comme j'en ai eu confirmation en interrogeant à ce sujet le groupe Facebook dédié à la Model 3 et Y. Il faut donc privilégier à tout prix le règlement SEPA (par Iban) si vous voyagez à l'étranger.

Au premier superchargeur suisse, celui de Krienz, après la recharge je reçois le message sur écran comme quoi la supercharge est bloquée pour cause de non paiement. J'accède alors au message sur mon compte en passant par l'application Tesla et je paye directement en passant par l'appli par CB. Le message d'avertissement s'enlève de l'écran
.
Au deuxième superchargeur suisse, celui de Beckenried, rebelote, même message comme quoi je n'ai pas payé après la recharge, même solution en passant par l'appli. Le message d'avertissement concernant la supercharge disparaît de l'écran de la voiture après paiement. 
 
Au troisième superchargeur suisse, celui de Melide, de nouveau le message s'affiche, de nouveau je passe par l'appli pour payer. Mais cette fois, non seulement le message d'avertissement concernant la supercharge ne disparaît pas de l'écran de la voiture, mais je perds la connexion entre l'appli et ma voiture. 
 
Arrivé au superchargeur de Modène en Italie, impossible de supercharger. Le message est toujours affiché sur l'écran. Je ne peux pas non plus passer par l'onglet entretien, ayant perdu la connexion avec la voiture sur l'appli. J'essaie de contacter Tesla, sans succès. 
 
Je me replie en catastrophe sur une borne Enel, je prends une formule d'abonnement, et je finis par bénéficier d'une recharge à 50 kw. Résultat, trois heures de trajet de perdus, avec le stress lié au fait que mon hôte Air BNB m'attendait bien avant. 
 
Le lendemain, je finis pas arriver à joindre Tesla France. Ils me remettent ma connexion sur l'appli, et il apparaît que la troisième fois, j'avais bien payé la charge: ce n'était donc pas une erreur de ma banque ou autre, mais bien un problème 100% Tesla. Je leur envoie la facture acquitée, et le problème sur l'écran est réglé.
Tesla a refusé de faire un geste commercial à la suite de cette méga galère.  
 
Par la suite, j'ai pu recharger sans problème sur un Superchargeur en Italie, même sans avoir fait le changement lié au prélèvement (c'est à dire que le paiement automatique par carte est passé sans problème).  

Au niveau du temps d'attente dans les superchargeurs, ça a été très satisfaisant malgré la période estivale plus chargée: j'ai attendu une seule fois environ trois minutes, au tout début. J'ai aussi pu supercharger à légèrement plus de 170 kw, qui est la limite absolue sur ce modèle, ce qui ne m'était jamais arrivé avant.

En dehors des problèmes de régulateur de vitesse, j'ai été toujours aussi satisfait de la consommation de la voiture et de son comportement routier. Toujours autant de plaisir à la conduite.

J'ai pu recharger dans mon logement Air bnb sans problème (je m'en étais bien sûr assuré auparavant). 


Et la Toscane est bien sûr une région magique à visiter, que je recommande. 























  On pourrait intituler ce tableau "naissance de la Fantasy"


Ce ne devait pas être un bon été pour Tesla chez moi, car en revenant chez moi, mon Wall Connector Tesla (borne de recharge) m'a lâché. Heureusement, il était sous garantie et va être remplacé. 

Au final, et malgré les problèmes de jeunesse de Tesla, je reste un client satisfait. La satisfaction n'empêche pas l'esprit critique, et c'est l'esprit critique, et constructif, qui peut faire naître de futures améliorations pour tous les utilisateurs. 

P-S : je parle dans le titre de "limiteur de vitesse Tesla" qui n'est pas le terme techniquement correct. Ce dont il est question dans l'article est bien le régulateur adaptatif, ou dynamique de Tesla. J'ai utilisé le terme de "limiteur de vitesse" car il m'a semblé plus accrocheur dans le titre. Pour moi, la solution que doit mettre en place Tesla serait un simple régulateur, non adaptatif, non dynamique.

Il existe bien un limiteur au sens strict du terme chez Tesla, que l'on peut régler à condition de mettre le véhicule en mode "Park" (frein à main), puis d'entrer un code pin, ce qui est bien sûr très contraignant.


Autres articles sur le même sujet : 

- Un an de Tesla, ça donne quoi ? 

- Ma Tesla et moi

lundi 3 juillet 2023

Elon groks the fullness?

Même ses détracteurs doivent le reconnaître, le multi-milliardaire Elon Musk, avec notamment ses entreprises Tesla et Space X (et anciennement Paypal) a un véritable impact sur ses contemporains. Mais qu'est-ce qui a un impact sur Elon? Ou plutôt, qu'est ce qui a eu un fort impact sur lui? Eh bien, un simple roman. Et pas n'importe lequel. Un roman de Science-Fiction de Robert Heinlein publié en 1961, Etranger en terre inconnue (Stranger in a strange land). Robert Heinlein, nul autre que l'écrivain qui, dans les années 1980, a été l'un des piliers du « Conseil citoyen sur la politique spatiale» à l'origine de l’Initiative de défense stratégique du président Ronald Reagan. L'un des hommes, décédé en 1989, qui a mis au point le concept de guerre des étoiles, lequel a entraîné la chute de l'URSS. Rien que ça. Chute qui a encore des répercussions sur tout un chacun aujourd'hui, notamment avec la guerre en Ukraine. Comme on le voit, l'influence d'un auteur de science-fiction comme Heinlein, l'impact qu'il a sur chacun de nous, se fait à plusieurs niveaux, et lui survit largement.

Elon se décrit lui-même souvent comme un alien venu de la planète Mars, et cherchant à y retourner. Stranger in a strange land, de Robert Heinlein, Etranger en terre inconnu retrace l'histoire de l'homme né sur Mars, un individu humain ayant fait son apprentissage auprès des Martiens. Cet homme aux pouvoirs extraordinaires se retrouve dépêché sur Terre en tant qu'espion par les "Grands Anciens" de Mars. Le roman sorti en 1961 d'Heinlein, que je vous recommande très chaudement si vous ne l'avez pas déjà lu, a été comme par hasard l'un des favoris d'Elon Musk dans sa jeunesse en Afrique du Sud.

Je vais ici vous présenter, en français et en anglais, quelques extraits qui tendent à prouver l'influence qu'a eu ce roman sur ce milliardaire qui veut envoyer l'homme sur Mars. A vous de décider si cet impact est uniquement une idée fumeuse de ma part, où si cette hypothèse repose sur des bases concrètes. Attention aux spoilers bien sûr!

En plus de sa longueur épuisante, le trajet était très hasardeux. Ce n'est qu'en se réapprovisionnant à une station spatiale, puis en virant de bord presque dans l'atmosphère terrestre, que ce cercueil volant primitif, l'Envoyé, pouvait espérer faire le voyage. Une fois sur Mars, il pouvait être capable de revenir - s'il ne se crashait pas à l'atterrissage, si l'on pouvait trouver de l'eau sur Mars pour remplir ses réservoirs de réaction massique, si une espèce de nourriture pouvait être trouvée sur Mars, si un millier d'autres choses ne partaient pas en sucette.

Besides its wearing length, the trip was very chancy.  Only by refueling at a space station, then tacking back almost into Earth's atmosphere, could this primitive flying coffin, the Envoy, make the trip at all. Once at Mars she might be able to return-if she did not crash in landing, if water could be found on Mars to fill her reaction-mass tanks, if some sort of food could be found on Mars, if a thousand other things did not go wrong. 

On voit ici une description très détaillée du voyage sur Mars avec réapprovisionnement en route du vaisseau, ce qui est exactement le projet de Space X pour son Starship. 

"Cette idée qu'un seul homme possède une planète... c'est fantastique !
- Ne prononcez pas ce mot devant un avocat, il ne vous comprendrait pas. Se frotter à des moucherons et avaler des couleuvres est un passage obligé dans toutes les facultés de droit. D'ailleurs, il y a un cas d'école. Au quinzième siècle, le pape a cédé tout l'hémisphère occidental à l'Espagne et au Portugal et personne n'a prêté la moindre attention au fait que le terrain était déjà occupé par plusieurs millions d'Indiens avec leurs propres lois, coutumes et notions de droit de propriété. Son acte de concession a aussi été sacrément efficace."

"(...) This notion of a single man owning a planet... it's fantastic!

- Don't use that word to a lawyer; he won't understand you. Straining at gnats and swallowing camels is a required course in all law schools. Besides, there is a case in point. In the fifteenth century the Pope deeded the entire western hemisphere to Spain and Portugal and nobody paid the slightest attetion to the fact that the real estate was already occupied by several million Indians with their own laws, customs, and notions of property rights. His grant deed was pretty effective, too."

Dans le roman, l'homme venu de Mars est extraordinairement riche, et il pourrait même juridiquement posséder la planète Mars dans sa globalité. Elon Musk est un homme de pouvoir. L'idée de posséder une planète entière n'a pu, selon moi, qu'être très séduisante pour lui.

Le Royaume d'Afrique du Sud, membre associé de la Fédération, a de nouveau été assigné devant la Haute Cour pour persécution de sa minorité blanche.

The Kingdom of South Africa, Federation associate member, had again been cited before the High Court for persecution of its white minority.

Un passage d'une ironie mordante puisque écrit en 1960 ou 1961, à l'époque de l'apartheid. En tant que lecteur, Elon Musk, qui percevait les changements en cours dans son pays, avec la lutte de Nelson Mandela pour la fin de la ségrégation, a dû là encore être séduit par ce moment du roman se référant au pays où il vivait à l'époque. A noter aussi que Robert Heinlein a correctement anticipé la transition du pouvoir en Afrique du Sud. 

"(...)Capitaine, vous ne savez manifestement pas ce qu'est l'extrême richesse d'un vieil homme de la mer. Ce n'est pas une bourse bien garnie et du temps pour la dépenser. Son propriétaire est assailli de toutes parts, à toute heure, où qu'il aille, par des solliciteurs persistants, comme des mendiants à Bombay, chacun exigeant qu'il investisse ou donne une partie de sa fortune. Il se méfie des amitiés honnêtes, qui lui sont d'ailleurs rarement offertes ; ceux qui auraient pu être ses amis sont trop délicats pour se laisser bousculer par des mendiants, trop fiers pour risquer d'être pris pour eux. Pire encore, sa vie et la vie de sa famille sont tout le temps en danger. Capitaine, vos filles ont-elles déjà été menacées d'enlèvement ?
- Quoi ? Mon Dieu, j'espère que non !"
- Si vous possédiez la richesse de Mike, vous feriez garder vos filles nuit et jour - et même là, vous ne vous reposeriez pas, car vous ne seriez jamais sûr que ces mêmes gardes du corps ne soient pas tentés. Regardez les archives de la dernière centaine d'enlèvements dans ce pays et notez combien d'entre eux impliquaient un employé de confiance... et notez aussi combien peu de victimes s'en sont sorties vivantes. Demandez-vous alors s'il existe un luxe que la richesse puisse acheter et qui vaille la peine que le joli cou de vos filles soit en permanence enserré dans un nœud coulant."

"(...)Captain, you obviously don't know what an Old Man of the Sea great wealth is. It is not a fat purse and time to spend it. Its owner finds himself beset on every side, at every hour, wherever he goes, by persistent pleaders like beggars in bombay, each demanding that he invest or give away part of his wealth. He becomes suspicious of honest friendship-indeed honest frindship is rarely offered him; those who could have been his friends are too fastidious to be jostled by beggars, too proud to risk being mistaken for one. Worse yet, his life and the lives of his family are always in danger. Captain, have your daughters ever been threatened with kidnapping? 
-What? Good Lord, I should hope not!
- If you possessed the wealth Mike had thrust on him, you would have those girls guarded night and day -and even then you would not rest, because you would never be sure that those very guards were not tempted. Look at the records of the last hundred or so kidnappings in this country and note how many of them involved a trusted employee... an note, too, how few victims escaped alive. The ask yourself: is there any luxury wealth can buy which is worth having your daughters' pretty necks always in a noose?"

Un passage démontrant les dangers de la richesse extrême, qui n'a en rien empêché Musk de devenir extrêmement riche. Là, on est dans le cas où la mise en garde contre la richesse extrême produit l'effet inverse de celui désiré, en en renforçant l'attrait. Selon Justine Musk, ex épouse d'Elon, celui-ci court après la célébrité. Elle a raison, bien sûr, mais pas seulement. D'après moi, Elon Musk court au moins en partie après le pouvoir, et le pouvoir passe par l'argent. On ne peut pas vouloir avoir un impact sur notre monde sans courir après le pouvoir. C'est impossible. Et c'est valable aussi pour moi en tant qu'auteur, j'en ai conscience. 
 
Jubal dit lentement : "Si je me souviens bien, Prométhée a payé un lourd tribut pour avoir apporté le feu à l'humanité.
- Et ne pensez pas que Mike ne paie pas le sien ! Il paie en travaillant vingt-quatre heures par jour, sept jours sur sept, en essayant d'enseigner à quelques-uns d'entre nous comment jouer avec des allumettes sans se brûler."

Jubal said slowly, "As I recall, Prometheus paid a high price for bringing fire to mankind.
- And don't think that Mike doesn't! He pays with twenty-four hours of work every day, seven days a week, trying to teach a few of us how to play with matches without getting burned.

Chacun sait qu'Elon Musk a une capacité de travail délirante, supérieure à celle du commun des mortels. C'est pourquoi, d'ailleurs, le nombre de burnouts dans ses entreprises est si important: ses cadres et employés ne peuvent pas suivre. C'est pourquoi aussi le taux de renouvellement du personnel de Tesla et de Space X est si important. C'est aussi pourquoi les ex employés de Tesla ou Space X viennent alimenter la concurrence. Ce passage montre en tout cas qu'Elon Musk s'est vraiment identifié à cet homme venu de Mars. L'aspect asocial de l'homme, ses immenses difficultés d'acclimatation à l'environnement social plus encore qu'à l'environnement tout court n'ont pu qu'exercer un puissant attrait sur Musk, car il s'est reconnu dans le personnage. Il s'y est aussi reconnu pour son aspect Prométhéen, pour ces idéaux qui sont forts en Musk. Quand tout concorde, c'est naturel de s'identifier. 
 
Il faut juste espérer que les sinistres paroles de Jubal au sujet de Prométhée ne se vérifient pas pour Elon Musk. Je ne le lui souhaite en aucun cas!

Après avoir lu Stranger in a strange land, je suis au final persuadé que le roman a eu un effet sur le destin d'Elon Musk. Que le futur de Musk n'aurait pas été le même s'il n'avait pas lu le roman. Je peux me tromper, bien sûr. 
 
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mercredi 3 mai 2023

La richesse et ce qu'on en fait

Sur Quora, des questions parfois très médiocres peuvent entraîner des réponses géniales. La question de savoir qui est la personne la plus égoïste et pourquoi, de Mark Zuckerberg ou d'Elon Musk, ne me paraissait pas d'un intérêt fou. Mais si la réponse d'un dénommé Sean Chou a généré plus d'un million de vues, c'est qu'elle va bien au-delà de la question, et s'intéresse au concept même de philanthropie. J'ai utilisé (et amendé quelque peu) DeepL Traduction afin de vous faire connaître le sujet en français. 

Une petite chose avant de commencer, puisqu'il est question notamment de Mark Zuckerberg. Si vous vous intéressez à Facebook, cet article d'avril 2023 est pour moi un article référence. Il s'agit certes d'un article à charge contre Mark Zuckerberg et Facebook, dogmatique dans ce sens où il vise à prouver une théorie qui est en gros dans le titre, "Mark Zuckerberg, l'homme qui assassina l'amitié". Mais son caractère excessivement bien documenté est ce qui le sauve, et contribue pour moi à en faire l'un des articles références sur la montée en puissance de Zuckerberg et de Facebook. A lire avec un œil critique, en résumé.

Extrait: Comme l’expliquera Sean Parker en 2017 : « Lorsque nous avons développé Facebook, le principe de base était le suivant : comment pouvons-nous consommer le plus possible de votre temps et de votre attention ? Cela signifie que nous devons à chaque fois fournir un peu de dopamine parce que quelqu’un récompense d’un « like » ou d’un commentaire l’un de vos posts ou l’une de vos photos. Après quoi, vous écrirez plus de posts et posterez plus de photos et recevrez plus de « like » et de commentaires. C’est une boucle de rétroaction de validation sociale. Nous exploitons une vulnérabilité dans la psychologie humaine. Les inventeurs, les créateurs – c’est-à-dire moi, Mark Zuckerberg, Kevin Systrom, toutes ces personnes – nous avons compris cela de manière consciente. Et nous l’avons fait quand même.»
 
Voici donc la réponse de Sean Chou, consultant en intelligence économique, à la question de savoir lequel des deux personnages est le plus égoïste, de Mark Zuckerberg ou d'Elon Musk. Il faut garder à l'esprit que cette réponse date de 2017, bien avant le rachat de Twitter par Elon Musk, et donc, bien avant que l'étoile Musk ne ternisse notablement... La seconde partie de la réponse concerne la philanthropie, elle est selon moi la plus intéressante, et de loin. Vers la fin de cet article de blog, donc. 

Mark Zuckerberg est sans aucun doute plus égoïste.

La devise professionnelle de Zuckerberg a toujours été de "connecter le monde" par l'intermédiaire de Facebook, ce qui, comme toute personne qui se respecte peut le voir, sert ses propres objectifs. Facebook compte aujourd'hui parmi ses utilisateurs la moitié ou presque de la population mondiale, et sa croissance se poursuit. Il n'y a pas si longtemps, Zuckerberg a voulu être le visage du colonialisme moderne en "offrant" à de grandes parties de l'Inde un accès gratuit à l'internet par wifi, à la condition que celui-ci soit rattaché en permanence à sa propre plateforme Facebook. L'Inde a refusé sans surprise, et Zuckerberg a plaisanté en disant que l'Inde ne voulait pas "faire un pas dans le futur". Néanmoins, il n'a pas pour autant  continué à chercher à procurer à l'Inde un accès gratuit à l'internet sans enfoncer Facebook au fond de sa gorge dans le même temps.
 
Autre exemple : Zuckerberg s'est engagé, avec tant d'autres milliardaires, à céder la majeure partie de leur fortune, mais dans 99 % des cas, tous les milliardaires conservent le contrôle total des investissements qu'ils "donnent" à leur propre trust ou à des organismes de bienfaisance. Pourquoi les dix hommes les plus riches occupent-ils toujours la même place alors que près de la moitié d'entre eux se sont engagés à céder la totalité de leur fortune ? C'est déroutant, n'est-ce pas ? [voir la seconde partie de l'article pour la réponse à cette question].

Et si vous ne le saviez pas déjà, Zuckerberg tient beaucoup à sa vie privée. À tel point qu'il a racheté toutes les résidences autour de son domicile de Palo Alto et les a louées gratuitement aux propriétaires d'origine. De cette manière, il peut mieux contrôler ce que lui-même peut ou ne pas faire dans son quartier... comme construire des clôtures plus hautes et disposer d'une sécurité privée plus importante, entre autres choses.

En bref, Zuckerberg met en avant ses propres visions, qui, à ce jour, semblent correspondre aux stratégies de croissance de Facebook. Il veut plus d'utilisateurs - et il sait que la valeur moyenne d'un utilisateur moyen de Facebook issu d'un pays en voie de développement vaut largement le maigre coût de son acquisition.

Elon Musk, quant à lui, correspond davantage à la définition sociale de l'homme de la renaissance, un Robin des Bois pionnier qui vole l'avenir au profit de ceux qui vivent aujourd'hui, au prix de sa propre vie. Musk est un fan inconditionnel de science-fiction et, depuis qu'il a lu Stranger in a Strange Land de Robert A. Heinlein lorsqu'il était enfant, il a utilisé le processus par étapes de manière très efficace pour atteindre son objectif abracadabrant de coloniser Mars.

Musk est un ingénieur dans l'âme, et cela se voit dans son éthique de travail et sa façon d'aborder les problèmes. Il aime travailler sur des problèmes uniques et utilise les connaissances et l'expérience acquises au cours d'une étape pour progresser vers la suivante.

Musk est une bénédiction qui n'arrive qu'une seule fois sur plusieurs générations pour notre société perturbée, au sens littéral du terme, comme Nikola Tesla l'a été pour l'électricité ou Sir Isaac Newton pour le concept de gravité. Musk s'efforce activement, à chaque minute de son existence, de nous propulser collectivement vers l'avenir le plus rapidement possible. Musk est un nerd, et il pense que les humains en tant qu'espèce font beaucoup trop de dégâts à notre planète et à nous-mêmes - et que nous devons élargir nos options si nous voulons survivre.

Qu'il s'agisse de transformer les services bancaires et les paiements en ligne, de normaliser les voitures électriques (et même de les rendre sexy), de fusées réutilisables, de tuiles solaires, de batteries plus efficaces ou du transport Hyperloop, le temps de Musk, comme toute personne qui se respecte peut le constater, est bénéfique à plus d'un titre pour la société dans laquelle nous vivons.

Seconde partie de la réponse: la philanthropie

En fait, je suis de relativement près les entreprises, les milliardaires, les investissements, la finance, etc.
A eux seuls, 8 des 10 hommes les plus riches pèsent autant financièrement que la moitié de la population mondiale. Et à eux seuls, 23 des plus grands milliardaires autodidactes détiennent 1 000 milliards de dollars, soit plus que la valeur nette totale d'Apple [en 2017]. Au total, les 2 300 milliardaires de la planète représentent 8 000 milliards de dollars, alors qu'il y a quatre ans à peine, il n'y avait que 1 400 milliardaires pour 5 000 milliards de dollars. Ces 2 300 personnes représentent la plus petite fraction d'un nano-poil par rapport aux plus de 7 milliards d'habitants de la planète, et pourtant leur richesse dépasse le PIB total de l'Allemagne et de la France réunies.


La façon dont un milliardaire fait don de sa richesse et la manière dont il choisit de vivre sa vie sont extrêmement révélatrices de sa véritable nature. Le fait que Gates et Buffet (qui a fondé le Giving Pledge il y a une dizaine d'années) soient restés largement dans la même position dans le classement des plus riches de Forbes est révélateur de la manière dont ils dosent judicieusement leurs dons. En échelonnant leurs dons et les montants versés, ces deux milliardaires font correspondre étroitement leurs dons aux performances de leur portefeuille sur le marché, ce qui leur permet de conserver la même valeur nette, ou presque. Il est également certain que ces dons caritatifs sont utilisés pour déduire le même montant de l'impôt fédéral d'une année sur l'autre, et ce n'est pas la seule façon pour eux d'éviter de payer des impôts.

Et oui, je sais que la majeure partie de leur patrimoine réside dans des outils d'investissement liés à des actions de leur propre entreprise ou d'autres sociétés. Et comme nous n'avons pas connu de récession depuis la crise du logement et des prêts hypothécaires à risque, le marché boursier américain a connu une incroyable remontée au cours des dix dernières années, même si je dirais que la quasi-totalité de ces gains positifs sont allés aux 1 %, permettant à des milliardaires comme Gates et Buffett de gagner 6 à 7 milliards de dollars au cours d'une seule année fiscale, alors que les salaires des travailleurs dans la plupart des secteurs sont restés largement stagnants.

Les milliardaires ne sont pas arrivés là où ils sont par hasard. Ils ont tous dû dominer impitoyablement des industries et des concurrents, tout en forçant de larges segments de la main-d'œuvre à quitter leur secteur. Ils doivent être égoïstes.

Les milliardaires convoitent le fait d'être milliardaires et le pouvoir que cela leur apporte. La plupart d'entre eux, en tout cas. Avec leur fortune, la célébrité suit de près. Qui ne veut pas être aimé et admiré ? Il est certainement aussi plus à la mode pour les riches de faire des dons à de grandes causes que de payer des impôts fédéraux. Et puis, au vu des montants qu'ils donnent, pourquoi ne pas simplement créer leur propre trust caritatif ? Pourquoi ? Parce que les milliardaires convoitent aussi le contrôle. Ainsi, les riches ont une fois de plus toutes les cartes en main, choisissant une position de flexibilité et de pouvoir, car les œuvres de bienfaisance peuvent leur être bénéfiques de nombreuses façons. Par leur intermédiaire, ils peuvent dicter dans les moindres détails comment leur argent est dépensé ou dilapidé.

Il serait également logique que ces riches soient fiers d'être entrés dans le club des 10 premiers - et de profiter des couvertures de magazines et des entretiens avec la presse qui vont avec. Et pour Buffett, qui est d'une frugalité abrutissante, la promesse de don sert à améliorer sa propre image de son vivant, MÊME s'il ne donne la plus grande partie de sa fortune qu'après sa mort. D'un point de vue rationnel, il s'agit d'un dispositif impossible à perdre. Buffett et Gates n'ont jamais eu l'intention de donner à leurs enfants près d'un milliard de dollars de toute façon - alors pourquoi ne pas rejoindre un club philanthropique cool dont seules 2 000 personnes environ peuvent devenir membres et s'attirer l'adoration du public ? Pourquoi ne pas créer le club et en être le visage ? Et c'est exactement ce qu'ils ont fait.

Lorsque vous prenez une décision qui n'a que des avantages pour vous, je pense que c'est de l'égoïsme.


Quant aux commentaires sur la difficulté de dépenser leurs milliards incalculables, je propose deux exemples : l'un historique et l'autre moderne.

Ces deux hommes n'ont pas suivi l'exemple d'autres pairs extrêmement riches - non ; ils ont quitté leurs entreprises tôt et ont passé le reste de leur temps à "donner tout en vivant" jusqu'à ce qu'ils aient tout dépensé, motivés uniquement par leur désir personnel d'aider la société.

Andrew Carnegie est le premier exemple.

Cet industriel légendaire a immigré d'Écosse et s'est rapidement attelé à l'expansion de l'industrie sidérurgique américaine, en faisant de nombreux paris intelligents pendant la guerre de Sécession. Il peut être considéré comme l'un des hommes qui ont littéralement fait l'Amérique moderne, de ses gratte-ciel à sa domination en tant que superpuissance industrielle et mondiale.

Carnegie a vendu sa Carnegie Steel Company à J.P. Morgan en 1901 pour 480 millions de dollars et a dépassé John D. Rockefeller en tant qu'Américain le plus riche pendant un court laps de temps (c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il commence à donner toute sa fortune). Carnegie publie "L'Évangile de la richesse" et appelle les autres riches Américains à faire le bien et à améliorer la société grâce à leur fortune. Il stimule ainsi une vague de philanthropie et lance la tendance des super riches à "rendre la pareille".

De 1901 à sa mort en 1919, Carnegie a donné 350 millions de dollars (80 milliards de dollars en pourcentage du PIB actuel), laissant les 30 derniers millions de dollars à plusieurs fondations et organisations caritatives. Au cours de cette période, il a créé à lui seul les systèmes de bibliothèques publiques aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni en construisant plus de 3 000 bibliothèques publiques afin que le public puisse accéder à une mine de connaissances et s'améliorer lui-même ainsi que le monde. Il a également fondé ou soutenu des dizaines d'universités et a été le bienfaiteur de nombreux scientifiques et chercheurs.

Carnegie a créé de nombreux fonds et fondations pour faire avancer la recherche et les études scientifiques et a offert des bourses d'études au public. Il a créé des fonds de pension au profit de ses anciens employés et de ceux des professeurs d'université américains. Ce dernier fonds est devenu TIAA-CREF, qui est aujourd'hui le principal fournisseur de services financiers aux secteurs de l'enseignement, de la recherche, de la médecine et de l'administration. Elle gère aujourd'hui 1 milliard de dollars d'actifs et opère principalement en tant qu'organisation à but non lucratif. Il a également fait des dons aux arts, en construisant le Carnegie Hall ainsi que 7 000 orgues d'église. Il convient également de noter qu'il a été le bienfaiteur de l'Institut Tuskegee pour l'éducation des Afro-Américains. Il a également créé la National Negro Business League. Il a créé un fonds destiné à reconnaître les héros des nations occidentales et a acheté le terrain et construit le Palais de la Paix (et d'autres bâtiments) à La Haye, dont il a fait don aux Nations unies, qui y ont leur siège depuis lors.

Le second exemple est Charles "Chuck" Feeney.

L'exemple moderne est Charles Feeney, qui a fondé le Duty Free Shoppers Group, présent dans tous les aéroports du monde. À partir de là, il s'est développé dans d'autres magasins et dans l'immobilier, mais aucun d'entre eux n'a jamais porté son nom. En 1982, alors qu'il venait d'avoir 50 ans, Feeney a fondé The Atlantic Philanthropies et, en 1984, il a transféré la totalité de sa participation de 38,75 % dans Duty Free Shoppers à son groupe philanthropique. Ses partenaires commerciaux ne savaient même pas que "Chuck", comme il aime à se faire appeler, ne possédait plus aucune part de DFS. Pendant des années, Feeney a fait des dons par l'intermédiaire d'Atlantic dans le plus grand secret. Il a fait don de plus d'un milliard de dollars pour l'enseignement supérieur en Irlande, d'un milliard de dollars à l'université Cornell (son alma mater), et a réparti le reste de ses dons entre des initiatives dans les domaines de la santé, de la science et de l'éducation, aussi diverses que la santé publique au Viêt Nam ou la recherche de pointe en sciences de la santé à l'UCSF.

À la fin de l'année dernière (2016), Chuck Feeney avait finalement atteint son objectif de "donner tout en vivant" - qu'il avait commencé en privé 34 ans auparavant, et qu'il décrivait simplement : "Je ne peux pas penser à une utilisation plus gratifiante et plus appropriée de la richesse... que de se consacrer personnellement à des efforts significatifs pour améliorer la condition humaine." Il a donné au total plus de 8 milliards de dollars de sa fortune, ne se laissant que 2 millions de dollars pour vivre. Il loue actuellement (oui, il loue) à San Francisco - ce qui ne devrait pas surprendre quiconque l'a connu - il a toujours voyagé en classe économique, préféré les hamburgers à la gastronomie new-yorkaise et transporté ses affaires dans des sacs en plastique.

Quoi qu'il en soit, ce que j'espère faire comprendre, c'est que si les milliardaires sont généreux avec leurs dons caritatifs, ils sont souvent tout aussi avides. Parmi les personnes les plus riches de la planète, seule une petite poignée mérite le véritable titre désintéressé de philanthrope, que je définis comme la profession de "donner tout en vivant" - selon les propres termes de Feeney. Carnegie et Feeney ont tous deux vendu leurs entreprises ou leurs investissements et ont cessé toute recherche personnelle de richesse, consacrant le reste de leur attention à la manière dont ils pensaient pouvoir mieux influencer le monde.

En comparaison avec Feeney, qui avait commencé à faire des dons en secret, au plus fort de la croissance de son entreprise et à son âge (50 ans), quelque trois décennies et demie auparavant, la "promesse de don" de Buffett et Gates, annoncée à grand renfort de publicité en 2006, alors que les deux milliardaires figuraient depuis longtemps dans le top 10 du classement, semble insignifiante, et plutôt une réflexion a posteriori, si l'on peut dire. Si vous connaissez Warren Buffett, vous serez étonné de constater qu'il est le seul milliardaire du top 10 à être un investisseur, c'est-à-dire que Berkshire Hathaway, une société qu'il a achetée, n'a jamais fabriqué ses propres produits comme l'ont fait Microsoft ou Apple. Buffett est milliardaire grâce à son génie de l'investissement, et il s'est littéralement servi dans les poches d'autres riches propriétaires d'entreprises pour arriver là où il est aujourd'hui. Il voit le temps différemment et agit souvent bien avant les indications du marché, conservant souvent ses actions pendant des décennies, comme il l'a fait pour McDonald's, Coca-Cola et, jusqu'à tout récemment, Walmart. Je me demande donc pourquoi sa promesse de don a été lancée si tardivement dans sa vie.

Pour conclure, je voudrais également ajouter que Paul Newman, la célébrité, avait créé avant sa mort une entreprise agroalimentaire à but non lucratif qui est aujourd'hui très populaire, Newman's Own, qui utilise des produits cultivés dans ses propres fermes et dont les bénéfices sont directement reversés à des associations caritatives. L'approche de Newman en matière de charité est intelligente et, bien qu'il ait disparu depuis dix ans, Newman's Own continue de donner.

De nombreux milliardaires (peut-être même tous) créent des trusts qui permettent d'atteindre des objectifs similaires, mais comme j'espère avoir fait la distinction, les trusts conservent un contrôle total et réalisent les souhaits du fiduciant comme s'il était toujours là (contrôle de microgestion). La méthode de Newman est donc infiniment plus désintéressée.

Ces personnes sont la définition même de l'altruisme.
 

jeudi 13 avril 2023

Artiste-auteur et URSSAF : un exemple concret

Au mois d'avril, l'URSSAF demande aux artistes-auteurs dont c'est la première année d'activité de déclarer une estimation de revenus pour l'année en cours. Il est ainsi possible d'entrer plusieurs estimations pour se faire une idée. L'URSSAF envoie ensuite les sommes à payer en format PDF dans la messagerie. Il faut faire attention, car le premier versement aux URSSAF doit être vite effectué, avant le 14 avril. Pour cet article, j'ai donc pris un exemple précis parmi ces estimations. Cela me permet d'obtenir une réponse plus précise et officielle que celle de mon article précédent sur le sujet, basée sur un forfait de début d'activité. 

Pour cet essai, j'ai indiqué la somme de 9500 € de bénéfices net sur l'année entière. Aussi ma surprise a-t-elle été très grande quand le document URSSAF est arrivé. Celui-ci indique ainsi des revenus estimés en bnc (bénéfices non commerciaux) de 10 925 €, soit une forte majoration par rapport à ce que j'ai indiqué. J'en ignore la raison.

Selon le principe du versement à l'URSSAF des cotisations dès le premier euro gagné, la somme totale à verser en un an est de 1770 €.


Ce sont donc les fameuses cotisations vieillesse, maladie, contribution sociale généralisée, contribution au remboursement de la dette sociale et contribution à la formation professionnelle. 

Quand j'étais salarié, je me souviens, je n'étais pas soumis à l'impôt sur le revenu en travaillant pour Pôle emploi, car mes revenus étaient trop faibles, de l'ordre de 1300 € par mois. 

En me mettant à mon compte, si je touche environ 11 000 € dans l'année, je dois verser environ 1800 € de cotisations. Vous voyez la différence? 

"Mais Alan," me direz-vous, "Pôle Emploi reversait à l'URSSAF l'équivalent de ton salaire en cotisations! Toi, en tant qu'indépendant, tu es favorisé, tu dois reverser beaucoup moins!"

Une grande faveur en effet que celle-ci. Une grande fierté aussi pour certains, de participer eux-mêmes à cette grande et glorieuse machine française de l'assurance vieillesse, et en particulier de l'assurance vieillesse dédiée aux auteurs, j'ai nommé la magnifique Agessa, qui bien sûr n'a jamais fait l'objet du moindre scandale financier

A condition bien sûr que cet argent que l'on vous prend ne vous serve pas à vivre. A manger, à vous vêtir, à vous soigner, à vous transporter d'un lieu à l'autre... A condition de ne pas toucher au vital. 

En admettant que Pôle Emploi ne puisse plus payer les cotisations URSSAF. En admettant que ce soient aux salariés de les payer. Vous pensez qu'ils le feront? 

Non, bien sûr, parce qu'ils ne pourraient plus vivre. Ce serait ou bien la révolte, ou le suicide collectif. Qu'est-ce que cela signifie? Que les entreprises paient de grosses cotisations parce qu'elles le peuvent. Elles dégagent des chiffres suffisants pour le faire. C'est ce qu'on appelle se baser sur la réalité, et non sur une théorie ou un dogme.

Pourquoi y a-t-il un deux poids deux mesures par rapport aux gens qui n'ont pas à payer l'impôt sur le revenu en raison de revenus trop faibles, et les gens à leur compte qui doivent payer des charges contributives, quel que soit leur revenu? Parce que les gens à leur compte sont des indépendants? Trop indépendants? Et que l'indépendance, ça se paye?

Parce que là j'ai pris l'exemple de 9500 € en un an, mais imaginons une année où ça se passe plus mal que ça au niveau des ventes. Genre, une année covid. Imaginons une année où le bénéfice net sur l'année soit de 4750 €, soit moins qu'un RSA. Eh bien dans ce cas de figure, les cotisations seront aussi divisées par deux, avec 885 € à payer. 

Allez dire à quelqu'un au RSA de verser 885 € de cotisations à l'Etat sur une année, vous allez voir comment vous allez être reçu...

Nous sommes donc dans une formule dogmatique qui ne pourra évoquer aux médiévistes parmi nous qu'une époque: les temps féodaux. Des temps où le seigneur envoyait son percepteur vous prendre deux sacs de farine, même si vous n'aviez que douze sacs de farine pour tenir l'année entière. Même si, en cas de mauvaise récolte, vous n'en aviez que six... 

A croire qu'il y aurait pour les gens du gouvernement différentes catégories de personnes. Les actionnaires majoritaires qui appartiendraient à la grande bourgeoisie ou à la noblesse, les salariés qui appartiendraient à la classe moyenne, et le bas peuple des artisans et gens au RSA. 

Une catégorisation qui ne fait bien sûr que renforcer, dans mon esprit, l'impératif d'un revenu universel inconditionnel, tant les différences peuvent se creuser dans notre société de manière tout à fait dogmatique, par la perversion d'un système qui, à l'origine, se voulait généreux et solidaire.  

[EDIT 24 avril 2023] : si vous êtes dans le statut artiste-auteur, attention aux arnaques sur l'enregistrement de votre société. Celle-ci ne coûte rien, comme le stipule le site officiel, dans le cadre d'une micro-entreprise comme une entreprise d'autoédition. La requinerie étant ce qu'elle est, vous risquez de recevoir par courrier postal une demande annuelle de cotisations de 275 € d'une soi-disant société indépendante d'enregistrement qui vous permet de recevoir une newsletter trimestrielle.

Article précédent sur le même sujet : Combien ça coûte un n° de SIRET d'artiste-auteur?

 

jeudi 6 avril 2023

Démocrature

Gestion de la crise des gilets jaunes, de l'hôpital, de la réforme des retraites, usage démesuré du 49.3, affaire McKinsey, droits de l'homme en France, nombre de membres des gouvernements Macron traduits en justice, recul de la France dans le classement des pays les moins corrompus, montée dramatique, historique de l'extrême droite, les signes sont nombreux à montrer que la France est entrée en démocrature. De deux choses l'une, ou bien il s'agit d'une démocratie qui bascule dans la dictature, ou bien d'une dictature qui se donne des airs de démocratie. Le fait que Macron soit le dirigeant européen qui ait le plus longtemps cherché à appeler Poutine au téléphone, même après les horreurs de Boutcha, n'est pas là pour rassurer. Jusqu'à son voyage pour la Chine où il prend pour prétexte la résolution de la guerre en Ukraine, en amenant avec lui Ursula Von der Leyen comme caution morale, mais aussi et surtout un aéropage de soixante chefs d'entreprises.

Entre dictateurs, on se connaît: Macron sait très bien qu'il n'obtiendra pas de la Chine qu'elle arrête de commander des millions de tonnes de pétrole à la Russie pour alimenter son effort de guerre. Il sait aussi que même s'il obtient de Xi Jinping qu'il passe un appel téléphonique à Volodymyr Zelensky, ce sera uniquement de l'affichage et ça ne servira rigoureusement à rien. Il sait que la Chine, l'ami indéfectible de la Russie, ne peut être un négociateur dans la guerre en Ukraine.

Alors oui, il est possible que la Chine n'arme pas directement la Russie, Pékin cherchant à se montrer en force stabilisatrice et non en pays fauteur de guerre. Mais le fait est que la Chine est en train de surarmer la plus puissante dictature au monde, la nouvelle surpuissance à émerger sur Terre: la Chine.

C'est à dire que l'Empire du milieu tire parti du commerce international, en particulier avec l'Europe et les Etats-Unis pour s'armer de manière disproportionnée. Dans les années 90, il pouvait y avoir encore une comparaison entre le budget de l'armée française et celui de la Chine. De nos jours c'est fini, la France est larguée. 

S'il y a bien une leçon que l'on doit tirer de la guerre en Ukraine, c'est celle-ci: si vous commercez avec des dictatures, si vous leur fournissez des milliards de dollars, vous alimentez votre prochaine guerre. L'Allemagne le sait bien. L'Europe aussi. 

Plutôt que d'amener des chefs d'entreprise en Chine, notre traître national, Macron, devrait faire le contraire. Les dissuader de commercer avec l'Empire du milieu. Leur faire comprendre que la Chine n'a bafoué les droits de l'homme que depuis trop longtemps. Qu'on ne peut plus cautionner un tel modèle. Que l'on ignore tout des horreurs commises en Chine à cause de la chape de plomb sur l'information. Mais bien sûr, on sait tous où Macron se met les droits de l'homme...

Il est impératif que l'Europe toute entière réorganise son modèle économique de fond en comble. Avant la guerre, on pensait impossible de se passer du gaz et du pétrole russe. La réalité prouve que nous avons su nous en passer. Evidemment que ce sera extrêmement dur. Mais ce sera toujours mieux qu'une guerre. Il est où le temps où l'on disait que les imprimantes 3D pouvaient remplacer l'ouvrier chinois? 

Il n'y a pas que les Chinois qui produisent des puces pour les smartphones: il y a Taïwan, la Corée du Sud, Singapour... Et ce ne devrait pas être impossible de faire nos propres smartphones en Europe, non? Les gens vous répondront qu'on est dans le domaine du Yakafokon. Jusqu'à ce qu'il y ait une guerre. Alors, on s'aperçoit que ce que l'on croyait impossible devient tout à coup envisageable. 

L'Europe doit se préparer à une guerre avec la Chine. Une guerre qui engloberait grosso modo La Russie, la Chine, la Corée du Nord, l'Iran, l'Arabie Saoudite et peut-être l'Inde contre le bloc occidental et peut-être certains pays d'Asie qui nous rejoindraient. Xi Jinping veut la guerre. Il est en train d'armer la Chine comme quelqu'un qui a décidé qu'il y aurait la guerre. Le seul moyen d'espérer le faire fléchir dans sa résolution, c'est de lui retirer les barreaux de l'échelle qui lui permettent de se hisser en tant que superpuissance. Il ne tient qu'à nous.