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vendredi 15 novembre 2024

Comment Elon Musk est passé du côté obscur

L'expression "passer du côté obscur", ou "basculer du côté obscur de la Force" est l'une des plus galvaudées et stéréotypée que l'on puisse utiliser de nos jours. Et pourtant, elle va comme un gant à Elon Musk.


Dans l'Empire contre-attaque de George Lucas, réalisé par Irvin Kershner, Dark Vador (Darth Vader) révèle à Luke Skywalker qu'il est son père et s'efforce de l'attirer du côté obscur de la Force.
Imaginons que Dark Vador ait réussi dans son entreprise.
 

Eh bien, dans la vraie vie, c'est ce qui s'est produit avec Elon Musk. J'irais même plus loin: à l'instar de Luke qui combat Dark Vador dans la grotte de Dagobah, Elon Musk est devenu son père. 

Oui, vous avez compris. Il m'est impossible de parler du passage du côté obscur d'Elon Musk sans parler de l'intime et du familial à son sujet. Voire de l'aspect psychanalytique. C'est la seule manière, à mon sens, d'aborder le pourquoi et le comment, en allant un peu plus loin qu'une simple discussion de comptoir. 

Cela étant, si vous êtes un ancien employé d'Elon Musk, vous allez peut-être déclarer : "il a toujours été du côté obscur". Et quelque part, ça se tient. Musk a toujours eu des méthodes brutales de management à l'égard de ses employés. Je veux dire, relisez juste mon article sur la biographie d'Elon Musk par Ashlee Vance, et la manière dont Elon a traité une certaine Marie Beth Brown.

Il est tout à fait possible d'envisager l'idée que Musk, en bon manipulateur, n'ait voté Obama et Biden que pour mieux masquer son jeu. Qu'il ne se soit marié avec une romancière de Fantasy progressiste, Justine Wilson, en l'an 2000, que pour donner le change. Même si à ce stade, reconnaissez que ça paraît un peu tiré par les cheveux. 

On peut aussi estimer que l'engagement climatique de Musk n'est pas réel. Qu'il n'a décidé de remettre en jeu sa fortune d'une centaine de millions de dollars dans les voitures électriques (en 2008) et dans Space X que parce qu'il percevait là, en excellent entrepreneur, des opportunités futures de marché, et non pour réaliser ses rêves d'enfance. Qu'il ne s'est servi des aspirations et rêves des gens progressistes autour de lui que pour mieux les piéger. Parce que son but à lui, depuis le début, ce n'était que le pouvoir. Pouvoir de l'argent et de la célébrité.

Bref, il est sans doute possible de brosser un tableau d'Elon Musk encore plus noir qu'il ne l'est réellement.

Mais cela signifierait oublier un élément crucial nommé Errol Musk. Le père d'Elon. Errol Musk est lui-même un entrepreneur et un ingénieur. Un grand partisan de Donald Trump. 

Ce qui devrait vous mettre la puce à l'oreille, cela dit, c'est qu'Errol Musk dit que celui de ses fils qui a vraiment réussi dans la vie est Kimbal et non Elon. 

Elon n'était pas le fils préféré, et c'est sans doute un euphémisme. On sait qu'il est parti de manière précoce du nid familial en Afrique du Sud pour migrer au Canada, puis aux Etats-Unis. Le fils a donc mis un océan entre lui et son père.

Dans les interviews de Musk où il relate son enfance et adolescence, on comprend qu'il détestait son père et a cherché à s'en éloigner. Ce qui me fait dire qu'Elon Musk n'a pas toujours été du côté obscur, et que ses élans progressistes n'étaient pas seulement des façades, c'est qu'il a été capable de reconnaître le côté malsain de son père et de le combattre, dans une certaine mesure.

Mais, à l'instar de Luke Skywalker dans sa grotte, tout en combattant son père, comme il en adoptait toutes les méthodes, Elon est devenu son père.

Le fait, par exemple, qu'il ait choisi le même métier qu'Errol et qu'il ait été attiré par le management montre l'aspect ambivalent du jeune Elon. Pour son métier, il a choisi de marcher dans les pas de son père. Tout en faisant preuve de résilience dans son jeune âge en s'éloignant de ce père peu aimant, il en a repris les méthodes de management et les valeurs... ou l'absence de valeurs, puisqu'il ne faut pas oublier qu'une société comme Tesla a eu à faire face à un procès pour racisme, que l'entreprise a perdu. 

Elon Musk s'est mis à répéter le schéma familial, avec le même attrait pour le pouvoir et la richesse que son père. 

Et c'est allé plus loin que ces méthodes de management ultra brutales. C'est allé plus loin que l'hyper agressivité que je décrivais déjà dans cet article de 2019, et qui est l'un des moteurs d'Elon Musk. 

Le moment où le manager aux multiples casquettes a commencé à basculer "officiellement" du côté obscur a sans doute correspondu à la pandémie de covid 19 en 2020. La maladie a déboussolé pas mal de monde, dont Elon. Mais l'esprit analytique de Musk a par la suite perçu qu'il y avait de véritables bénéfices politiques à retirer de cette perte soudaine de repères des gens. Les gens devenaient d'un seul coup beaucoup plus vulnérables aux fake news.

Le bond technologique auquel participe pleinement Musk, avec l'accélération folle de l'informatique et des sciences, est secondé de modifications profondes au niveau sociologique. Une bien plus grande importance accordée aux femmes dans la société. La reconnaissance des minorités sexuelles aussi bien qu'ethniques, qui a pris le nom de wokisme aux Etats-Unis, a elle-même été propulsée par le phénomène metoo.

Le wokisme, pour moi, c'est le droit du plus faible. Un descendant des droits de l'homme d'essentiel pour la société. Le fait que ce terme n'ait été forgé qu'au XXème siècle par Martin Luther King en dit long sur l'espèce humaine. Mais le wokisme existe depuis toujours, et n'est propre ni aux Etats-Unis ni au communautarisme. Il fallait juste mettre un nom sur le concept.

La lutte des minorités est bien sûr une lutte des pouvoirs. Elle peut entraîner des excès, des travers, et notamment une manière absolument détestable de vouloir policer le langage, et d'instruire une sorte de police de la pensée, de "politiquement correct" permanent. 

Ces excès ont donné une teinte très négative au wokisme chez la plupart des Américains. C'est une partie de ce qui a porté en germe la défaite de Kamala Harris contre Donald Trump en cette année 2024. Mais entendons-nous bien, seulement une partie. Pour moi, les gens qui ont voté Trump l'ont d'abord fait de manière égoïste, pour que l'on baisse leurs taxes et impôts. Ils l'ont ensuite fait pour rejeter l'immigration de masse. Troisièmement, ils l'ont fait par dégagisme du précédent gouvernement, et seulement à un quatrième niveau par rejet du wokisme et des évolutions sociétales. 

La perte de repères généralisée, aussi bien sociologique que technologique, a bien sûr favorisé un élan conservateur.

Il est donc très fortement ironique que l'un des plus grands propagateurs du changement, Elon Musk lui-même, après le rachat de Twitter en 2022, le transforme en X l'année suivante avant, en 2024, d'en faire un instrument de propagande au service de son nouveau maître, l'empereur du conservatisme Trump. Musk a posté des centaines de tweets par jour en faveur de Trump pour sa campagne, et a donné 100 millions de dollars.

Celui que nombre de ses employés surnomment sans doute Dark Vador, Musk, est allé jusqu'à faire modifier les algorithmes de l'ex Twitter pour favoriser les discours pro-Trump. Le PDG a sans doute conçu une jubilation malsaine à transformer Twitter, un instrument anciennement progressiste et modéré, en un gros virus informatique disséminateur de fake news et de propagande. Souvenez-vous : la même jubilation de sociopathe qu'il éprouvait en se baladant dans les locaux de Twitter en transportant un évier.

Pour prendre une autre métaphore, si Trump est le joueur de flûte maléfique qui entraîne son peuple dans l'abîme, la flûte, c'est X.

L'anti-wokisme d'Elon n'est pas seulement politique. Au contraire, il est fortement rattaché à sa famille. A la détestation du lycée dans lequel a évolué son fils Xavier, où il aurait contracté "le virus woke". Pour moi, le jour où Elon a signé du sang familial son passage du côté obscur a été celui où il a dit que le virus woke avait tué son fils Xavier, en 2022. Le jour où il a rejeté son propre fils en raison de sa transition vers le sexe féminin. Le jour où il a rejeté définitivement Vivian Jenna Wilson. 

C'est à ce moment-là qu'Elon Musk a fusionné avec son père Errol.

Et Vivian Jenna Wilson a réagi, en 2024, de la même manière que son géniteur à l'époque où il avait quitté le nid familial pour migrer vers un autre pays. A la suite de l'élection de Donald Trump, Vivian a en effet annoncé sa décision de quitter les Etats-Unis. 

Vous commencez à me croire, quand je parle de schémas familiaux? 

Il faut savoir que les personnes qui effectuent en toute bonne foi des transitions vers le sexe opposé, et vont au bout, physiquement, de la démarche, sont souvent des personnes autistes. 

Elon Musk est lui-même autiste Asperger. Il y a fort à parier que Vivian Jenna Wilson soit aussi dans le spectre du trouble autistique. Ce qui signifie que Musk a peut-être rejeté celui des membres de sa famille qui était le plus proche de lui. Par ignorance. Par folie.

Et voilà qu'en 2024, Elon Musk et son père Errol s'unissent pour chanter les louanges d'un homme, Donald Trump. Donald Trump, qui va bénéficier des bons conseils d'Elon, puisqu'il se lance dans le business des cryptomonnaies. Un business d'autant plus juteux quand on devient président des Etats-Unis. Non, non, pas de conflit d'intérêt bien sûr... 

Trump n'est pas, bien sûr, qu'un père de substitution pour Musk. Le fait de se rallier à lui va lui permettre de bénéficier d'exemption de taxes à partir de 2025. Son ralliement, c'est avant tout du business, comme l'a montré le bond des entreprises muskiennes à la bourse une fois "Dumpy Trumpy" élu.

J'avais évoqué Donald Trump dans mon article sur les maladies mentales, au sujet des sociopathes. Mais j'y parlais aussi des mères fusionnelles possessives et des mères peu aimantes. 

En examinant le cas de la famille d'Elon Musk, je pense pouvoir dire qu'il y a un aspect fusionnel de type "père peu aimant", aussi bien dans la relation d'Errol avec son fils, que dans la relation d'Elon avec Vivian Jenna Wilson. 

Mon hypothèse est que le gène de la schizophrénie a des dérivés parmi lesquels l'autisme, et notamment l'autisme de type Asperger. L'autisme et la schizophrénie paranoïde sont évidemment des affections très différentes. Mais à mon sens, ce qui les relie, c'est l'aspect fusionnel. Dans ce cas, le passage du côté obscur d'Elon Musk signifierait une régression sur le plan mental dans laquelle l'individualité psychique d'Elon se confondrait avec celle de son père. 

Le père d'Elon, Errol, a 81 ans. Le moyen de vérifier ma théorie serait d'examiner dans quel état se retrouve Elon à la mort de son père. S'il se retrouve entièrement dévasté, dans un état de dépression profonde, ce sera le signe que mon hypothèse est correcte. 

Je n'ai bien sûr aucune compétence de psy, mais de par mon passé familial, je m'intéresse à des affections comme la schizophrénie et à ses gènes dérivés (je précise, je n'ai moi-même jamais été atteint de schizophrénie. Mais interrogez les auteurs autour de vous, et je suis sûr que vous retrouverez des cas de schizophrénie dans leur famille). 

Alors, maintenant, me direz-vous, que faut-il penser de Space X et de Tesla? Faut-il boycotter les entreprises de Musk comme on boycotterait Elon lui-même?

Ma réponse est non. Si j'avais à choisir aujourd'hui un nouveau véhicule en 2024, et non en 2020 comme je l'ai fait, il est probable que je ne voudrais pas mettre de l'argent dans la poche d'Elon Musk en achetant l'une de ses voitures. Je me tournerai sans doute vers la concurrence, vers une autre voiture électrique. Mais ce serait une réponse avant tout émotionnelle, parce que le meilleur réseau de recharge reste celui de Tesla. 

Et il faut bien le reconnaître, ma Tesla reste une voiture fantastique à mes yeux, même si les entreprises de Musk portent sa signature de manière indélébile, et même si mon opinion sur l'individu a fortement évolué. Comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant les articles ci-dessous. 

Les employés de Tesla et de Space X restent à mon avis en grande majorité des progressistes. Ils veulent faire évoluer l'humanité dans le bon sens et non dans celui de la dictature trumpiste, dont on ne sait si les Etats-Unis se relèveront. 

Au sujet de Space X, le fait de vouloir industrialiser l'espace me semble toujours indispensable à la conquête de Mars. Mais il y aura des retombées écologiques qui peuvent être très lourdes au niveau de la couche d'ozone, et qu'il faut surveiller de très près. 

Le fait que les organismes de surveillance comme la FAA ou la FDA soient soumis, sous l'administration Trump à partir de 2025, au contrôle d'Elon Musk lui-même fait froid dans le dos. En revanche, le comité théodule décrété par Trump que coprésidera Elon Musk ressemble fort, d'ores et déjà, à une pantalonnade. Un comité chargé de tailler dans les dépenses publiques qui va rémunérer non pas un mais deux directeurs, cela ne me semble ni porter en son sein des valeurs de bonne gestion économique ni des valeurs d'efficacité.

Voilà donc pour mon très modeste éclairage sur les dernières évolutions du nouveau résident de Mar-a-Lago, Elon Musk. En espérant que vous en retirerez un peu plus de profit que d'une simple discussion de comptoir. 

[EDIT 02/12/2024] : cet article de la nouvelle tribune rend compte à quel point le fait qu'Elon Musk se soit "éloigné de la rive" déteint sur l'une de ses entreprises phares, Tesla, qui se rend coupable d'abus écologiques, trahissant ainsi l'une de ses missions. 

Autres articles sur le même sujet: 

- Elon Musk sans langue de bois

- Elon Musk et l'hyper agressivité

- Elon groks the fullness? 

dimanche 1 octobre 2023

L'auteur de SF précurseur de la bombe atomique

L'un des premiers hommes à avoir l'idée d'une réaction en chaîne au niveau atomique, réaction qui sera utilisée de manière modifiée pour produire une bombe atomique n'est autre que le père de la Science-Fiction, j'ai nommé John W. Campbell. Nul autre que celui qui a dirigé le magazine Astounding Stories et donné leur chance à des auteurs aussi célèbres qu'Isaac Asimov ou Robert Heinlein, entre autres. Nul autre que l'un des créateurs du genre de la Science-Fiction. Attention, cet article contient des spoilers du recueil The Space Beyond, de Campbell, et notamment de Marooned et The Space Beyond.


Vous aimez le type de héros à la MacGyver, capable de se tirer de n'importe quelle situation à l'aide d'une invention rapidement mise au point, mais souhaiteriez voir ce que cela donne en Science-Fiction ? Non, je ne vais pas vous parler de la série StarGate, mais bien des romans de John W. Campbell.

En tant qu'auteur notamment de Science-Fiction, quand j'écris mes romans, j'ai souvent l'impression d'avoir mon frère aîné Tristan Guillot qui regarde par-dessus mon épaule de son œil féroce. Non pas que je fasse appel à lui pour mes romans, non. C'est juste une impression qui me vient sans doute de mon enfance et de mon adolescence et du rôle qu'il a joué dans celles-ci.

Pour vous donner une anecdote, le premier film que je sois allé voir au cinéma, à Manosque à l'époque, était l'Empire contre Attaque, de George Lucas, réalisé par Irvin Kershner. J'étais allé le voir avec mon frère. Le film m'avait complètement retourné. Une révélation. Je le trouvais génial, incroyable. Pour moi, même maintenant, ça reste le meilleur de la trilogie. 

Quelle surprise, en partageant mon enthousiasme à mon frère, quelle douche froide de lui voir à peine attribuer la mention "pas mal" au film! Quel coup de poing dans l'estomac! Plus tard, en tant que conseiller emploi à Pôle enploi spectacle, j'ai eu le plaisir de voir que le scénario de l'Empire contre Attaque de Leigh Brackett et Lawrence Kasdan, d'après une histoire de George Lucas, était cité en exemple dans au moins un guide professionnel destiné aux scénaristes. Et à juste titre, selon moi.

Tristan est devenu depuis chercheur astrophysicien au CNRS, spécialisé dans l'étude des couches internes de Jupiter. Alors quand j'ai lu Marooned (Naufragé), issu du recueil The Space Beyond, de John Campbell, il m'a été difficile de ne pas être pris de fou rire. 

The Space Beyond est un recueil paru en 1976, mais Marooned a été écrit entre 1934 et 1935. Dans l'époque futuriste (2133) qu'évoque la novella, un métal révolutionnaire, le synthium, a été inventé. Le synthium est d'une résistance quasiment infinie et ne subit aucune altération, quelle que soit la pression. Il faut savoir que les héros scientifiques de John Campbell sont des sortes de mâles alpha scientifiques et ingénieurs. On est sur du velu, très velu. 

Ni une ni deux, l'un des scientifiques millionnaires, Bar Corliss, décide de mettre sa fortune sur deux vaisseaux spatiaux dont la carlingue serait de synthium, afin de brûler la politesse à tout le monde pour explorer Jupiter. Ces vaisseaux sont pourvus d'ailes rétractables qui elles ne sont pas en synthium. Je vous le donne en mille, le vaisseau de Bar Corliss voit ses ailes arrachées par l'énorme pression des couches internes de Jupiter. 

Et là, Corliss de s'exclamer: "nous avons voulu faire trop vite! Nous aurions dû étudier la structure interne de Jupiter avant de lancer l'expédition." Ah ben oui, c'est ballot. Je n'ai pas pu m'empêcher de m'imaginer la tête de mon frère s'il avait lu ce passage. 

A noter quand même que dès cette époque des années 30, Campbell avait pronostiqué l'existence d'une atmosphère sur Ganymède, l'une des lunes de Jupiter. Hypothèse qui ne sera confirmée que dans les années 70. J'ai beau me moquer gentiment de lui, le bonhomme avait de l'intuition. Une sacrée intuition, même. Nous y reviendrons.

Le vaisseau à la dérive de Corliss parvient sur l'un des pôles de Jupiter, endroit où il y a beaucoup moins d'interférences, ce qui permet à Corliss d'entrer en contact avec le second vaisseau et de lui donner l'ordre de ne pas chercher à lui venir en aide, sous peine d'avoir à son tour les ailes arrachées. 

Et comment réagit le commandant du second vaisseau? Il se dit que Corliss est devenu fou et continue sa descente. A son tour, il a les ailes arrachées. Les explorateurs ont l'air fin... 

Les personnages de Campbell sont des MacGyver, mais à la puissance 100 : c'est à dire qu'ils sont aussi brillants théoriciens qu'ingénieurs. Et là, Corliss, en bon Géo trouve-tout, va inventer un générateur qui, en se servant d'une simple petite batterie, génère une puissance infinie. Avec Campbell, c'est toujours quand la pression est extrême que l'on travaille le mieux. 

Comme l'équipage n'a pas le droit de sortir du vaisseau en raison de l'atmosphère mortelle à l'extérieur, Corliss va aussi concevoir des sphères qu'il va gonfler de l'intérieur, et grâce à la puissance infinie de son générateur, va rejoindre l'autre vaisseau auquel il aura donné les indications pour réaliser les mêmes inventions. C'est normal qu'ils se retrouvent si facilement malgré les perturbations et l'impossibilité de guider la trajectoire des vaisseaux, Jupiter étant une toute petite planète, c'est bien connu. Et ensemble, ils vont s'en sortir. Ben voyons.

Dans une autre histoire, The Space Beyond, un premier équipage met au point une nouvelle technologie, une Flamme aux effets complètement inattendus. Le vaisseau spatial change de dimension pour rejoindre le centre de l'univers, bien au-delà de notre galaxie. Le point de rencontre de toutes les galaxies, le point central. Le vaisseau se retrouve environné de soleils géants. Un second scientifique comprend ce qu'il s'est passé est met au point une expédition pour aller chercher le premier. 

Mais devinez quoi? Le scientifique est tellement velu et mâle alpha qu'il ne pense même pas au moyen de revenir sur Terre! Heureusement qu'un autre de ses collègues participant à l'expédition avait prévu le coup..

Vous trouvez que je suis irrespectueux de ce grand mâître qu'était John W. Campbell? Voici ce que nous dit Isaac Asimov, en VO puis en VF, de la science de John Campbell. 

A great deal of Campbell's science is sheer gobbledigook that you must not take seriously. You have to read it as a foreign language that the characters understand and for which the action and the astronomical background serve as a translation. In some places, Campbell is deliberately and bullheadedly wrong and one can never be sure whether he actually believes the nonsense, or whether he is doing it just to irritate and provoke readers into thinking hard. 

J'adore, chers amis lecteurs de ce blog, ce mot de "gobbledigook". Passons à la traduction.

Une grande partie de la science de Campbell est du pur charabia qu'il ne faut pas prendre au sérieux. Il faut la lire comme une langue étrangère que les personnages comprennent et pour laquelle l'action et le contexte astronomique servent de traduction. À certains endroits, Campbell se trompe délibérément et de façon éhontée, et on ne sait jamais s'il croit réellement à ces absurdités ou s'il le fait simplement pour irriter et inciter les lecteurs à réfléchir sérieusement.

Ce que nous dit aussi Asimov, c'est que « les hommes balaises de Campbell construisent des armes balaises en quelques jours. Des armes qui n'ont aucun défaut sérieux, ou en tout cas, aucun défaut qui ne puissent être corrigés de la manière suivante: "Hmm... il y a quelque chose qui ne va pas - oh! je vois- bien sûr." Puis, en deux heures, quelque chose serait construit à la va-vite pour réparer la technologie conçue à la va-vite. »

Difficile, donc, de prendre quelqu'un comme cela au sérieux. Et pourtant, Campbell, avec son extraordinaire imagination, a grandement influencé les auteurs majeurs de Science-Fiction, y compris un auteur comme Asimov comme il le reconnaît lui-même dans la préface de The Space Beyond. Y compris, avec la novella "All", quelqu'un comme Robert Heinlein et son Stranger in a Strange land, Etranger en terre inconnue. Asimov parle aussi d'une autre novella de Heinlein appelée "Sixième colonne", très proche de "All."

Je dirais que la grande différence entre Campbell et moi, c'est qu'il ne semblait pas avoir de grand frère qui se penche au-dessus de son épaule. Il n'avait pas, en d'autres termes, un risque aussi fort de s'autocensurer. Ce qui pouvait, chez Campbell, mener au meilleur aussi bien qu'au pire. 

Dans sa préface, Isaac Asimov évoque la manière dont Campbell dans The Space Beyond, écrit au milieu des années trente, va préfigurer la technologie de la bombe atomique. Rien de moins.

Dans The Space Beyond, Campbell mentionne que le lithium bombardé par des protons produit des particules alpha et que le béryllium bombardé par des particules alpha produit des protons, et que les deux mélangés peuvent s'entretenir mutuellement dans une "explosion atomique auto-entretenue".
 

En réalité, ce n'est pas le cas. Il faut un proton de haute énergie pour déclencher la réaction du lithium et le béryllium libère des protons de faible énergie ; en tout cas, des protons de trop faible énergie pour décomposer le lithium. Il en va de même, en sens inverse, pour les particules alpha.

Néanmoins, la suggestion est remarquable. Elle a été faite au milieu des années trente et il est certain que peu de gens pensaient alors à la possibilité d'une réaction nucléaire en chaîne, ce que Campbell suggérait. Finalement, peu d'années après la rédaction de The space beyond, une réaction nucléaire en chaîne pratique a été découverte, celle de la fission de l'uranium. Elle était pratique précisément parce qu'elle fonctionnait sous l'impulsion de neutrons de faible énergie. 


La clarté avec laquelle Campbell a perçu l'importance de la réaction nucléaire en chaîne pourrait bien expliquer la plus remarquable de ses visions prédictives : pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'a cessé d'insister sur le fait que l'énergie nucléaire serait développée avant la fin de la guerre. Après avoir entendu parler de la découverte de la fission de l'uranium, sa compréhension des réactions nucléaires en chaîne lui a permis de considérer la bombe atomique comme une conséquence naturelle. 

J'avais déjà évoqué, dans l'article Elon groks the fullness? l'importance d'un auteur de science-fiction nommé Robert Heinlein dans la chute de l'Union soviétique. Vous pourrez d'autant mieux concevoir qu'un auteur comme Campbell se soit montré inspirant pour la bombe atomique en sachant que l'armée française avait il n'y a pas si longtemps lancé un appel à texte d'auteurs SF avec pour sujet les technologies d'armement du futur. 

Y a-t-il de quoi tirer de la fierté de l'importance des auteurs de Science-Fiction quant à la conception de nouvelles armes plus destructrices ? Sans doute que non. Néanmoins, si vous réfléchissez à la manière dont des auteurs de SF ont pu influer sur des événements historiques et sur l'évolution de l'humanité, vous devrez sans doute reconnaître que la rétribution financière desdits auteurs n'est pas réellement proportionnée à leur apport dans la société. Loin s'en faut, me semble-t-il. D'autant qu'il n'y a pas que la technologie. La SF, par exemple celle d'Ursula Le Guin, peut aussi évoquer des évolutions sociétales ou de mœurs. Les sujets de recherche ne se résument pas à la technologie.

lundi 3 juillet 2023

Elon groks the fullness?

Même ses détracteurs doivent le reconnaître, le multi-milliardaire Elon Musk, avec notamment ses entreprises Tesla et Space X (et anciennement Paypal) a un véritable impact sur ses contemporains. Mais qu'est-ce qui a un impact sur Elon? Ou plutôt, qu'est ce qui a eu un fort impact sur lui? Eh bien, un simple roman. Et pas n'importe lequel. Un roman de Science-Fiction de Robert Heinlein publié en 1961, Etranger en terre inconnue (Stranger in a strange land). Robert Heinlein, nul autre que l'écrivain qui, dans les années 1980, a été l'un des piliers du « Conseil citoyen sur la politique spatiale» à l'origine de l’Initiative de défense stratégique du président Ronald Reagan. L'un des hommes, décédé en 1989, qui a mis au point le concept de guerre des étoiles, lequel a entraîné la chute de l'URSS. Rien que ça. Chute qui a encore des répercussions sur tout un chacun aujourd'hui, notamment avec la guerre en Ukraine. Comme on le voit, l'influence d'un auteur de science-fiction comme Heinlein, l'impact qu'il a sur chacun de nous, se fait à plusieurs niveaux, et lui survit largement.

Elon se décrit lui-même souvent comme un alien venu de la planète Mars, et cherchant à y retourner. Stranger in a strange land, de Robert Heinlein, Etranger en terre inconnu retrace l'histoire de l'homme né sur Mars, un individu humain ayant fait son apprentissage auprès des Martiens. Cet homme aux pouvoirs extraordinaires se retrouve dépêché sur Terre en tant qu'espion par les "Grands Anciens" de Mars. Le roman sorti en 1961 d'Heinlein, que je vous recommande très chaudement si vous ne l'avez pas déjà lu, a été comme par hasard l'un des favoris d'Elon Musk dans sa jeunesse en Afrique du Sud.

Je vais ici vous présenter, en français et en anglais, quelques extraits qui tendent à prouver l'influence qu'a eu ce roman sur ce milliardaire qui veut envoyer l'homme sur Mars. A vous de décider si cet impact est uniquement une idée fumeuse de ma part, où si cette hypothèse repose sur des bases concrètes. Attention aux spoilers bien sûr!

En plus de sa longueur épuisante, le trajet était très hasardeux. Ce n'est qu'en se réapprovisionnant à une station spatiale, puis en virant de bord presque dans l'atmosphère terrestre, que ce cercueil volant primitif, l'Envoyé, pouvait espérer faire le voyage. Une fois sur Mars, il pouvait être capable de revenir - s'il ne se crashait pas à l'atterrissage, si l'on pouvait trouver de l'eau sur Mars pour remplir ses réservoirs de réaction massique, si une espèce de nourriture pouvait être trouvée sur Mars, si un millier d'autres choses ne partaient pas en sucette.

Besides its wearing length, the trip was very chancy.  Only by refueling at a space station, then tacking back almost into Earth's atmosphere, could this primitive flying coffin, the Envoy, make the trip at all. Once at Mars she might be able to return-if she did not crash in landing, if water could be found on Mars to fill her reaction-mass tanks, if some sort of food could be found on Mars, if a thousand other things did not go wrong. 

On voit ici une description très détaillée du voyage sur Mars avec réapprovisionnement en route du vaisseau, ce qui est exactement le projet de Space X pour son Starship. 

"Cette idée qu'un seul homme possède une planète... c'est fantastique !
- Ne prononcez pas ce mot devant un avocat, il ne vous comprendrait pas. Se frotter à des moucherons et avaler des couleuvres est un passage obligé dans toutes les facultés de droit. D'ailleurs, il y a un cas d'école. Au quinzième siècle, le pape a cédé tout l'hémisphère occidental à l'Espagne et au Portugal et personne n'a prêté la moindre attention au fait que le terrain était déjà occupé par plusieurs millions d'Indiens avec leurs propres lois, coutumes et notions de droit de propriété. Son acte de concession a aussi été sacrément efficace."

"(...) This notion of a single man owning a planet... it's fantastic!

- Don't use that word to a lawyer; he won't understand you. Straining at gnats and swallowing camels is a required course in all law schools. Besides, there is a case in point. In the fifteenth century the Pope deeded the entire western hemisphere to Spain and Portugal and nobody paid the slightest attetion to the fact that the real estate was already occupied by several million Indians with their own laws, customs, and notions of property rights. His grant deed was pretty effective, too."

Dans le roman, l'homme venu de Mars est extraordinairement riche, et il pourrait même juridiquement posséder la planète Mars dans sa globalité. Elon Musk est un homme de pouvoir. L'idée de posséder une planète entière n'a pu, selon moi, qu'être très séduisante pour lui.

Le Royaume d'Afrique du Sud, membre associé de la Fédération, a de nouveau été assigné devant la Haute Cour pour persécution de sa minorité blanche.

The Kingdom of South Africa, Federation associate member, had again been cited before the High Court for persecution of its white minority.

Un passage d'une ironie mordante puisque écrit en 1960 ou 1961, à l'époque de l'apartheid. En tant que lecteur, Elon Musk, qui percevait les changements en cours dans son pays, avec la lutte de Nelson Mandela pour la fin de la ségrégation, a dû là encore être séduit par ce moment du roman se référant au pays où il vivait à l'époque. A noter aussi que Robert Heinlein a correctement anticipé la transition du pouvoir en Afrique du Sud. 

"(...)Capitaine, vous ne savez manifestement pas ce qu'est l'extrême richesse d'un vieil homme de la mer. Ce n'est pas une bourse bien garnie et du temps pour la dépenser. Son propriétaire est assailli de toutes parts, à toute heure, où qu'il aille, par des solliciteurs persistants, comme des mendiants à Bombay, chacun exigeant qu'il investisse ou donne une partie de sa fortune. Il se méfie des amitiés honnêtes, qui lui sont d'ailleurs rarement offertes ; ceux qui auraient pu être ses amis sont trop délicats pour se laisser bousculer par des mendiants, trop fiers pour risquer d'être pris pour eux. Pire encore, sa vie et la vie de sa famille sont tout le temps en danger. Capitaine, vos filles ont-elles déjà été menacées d'enlèvement ?
- Quoi ? Mon Dieu, j'espère que non !"
- Si vous possédiez la richesse de Mike, vous feriez garder vos filles nuit et jour - et même là, vous ne vous reposeriez pas, car vous ne seriez jamais sûr que ces mêmes gardes du corps ne soient pas tentés. Regardez les archives de la dernière centaine d'enlèvements dans ce pays et notez combien d'entre eux impliquaient un employé de confiance... et notez aussi combien peu de victimes s'en sont sorties vivantes. Demandez-vous alors s'il existe un luxe que la richesse puisse acheter et qui vaille la peine que le joli cou de vos filles soit en permanence enserré dans un nœud coulant."

"(...)Captain, you obviously don't know what an Old Man of the Sea great wealth is. It is not a fat purse and time to spend it. Its owner finds himself beset on every side, at every hour, wherever he goes, by persistent pleaders like beggars in bombay, each demanding that he invest or give away part of his wealth. He becomes suspicious of honest friendship-indeed honest frindship is rarely offered him; those who could have been his friends are too fastidious to be jostled by beggars, too proud to risk being mistaken for one. Worse yet, his life and the lives of his family are always in danger. Captain, have your daughters ever been threatened with kidnapping? 
-What? Good Lord, I should hope not!
- If you possessed the wealth Mike had thrust on him, you would have those girls guarded night and day -and even then you would not rest, because you would never be sure that those very guards were not tempted. Look at the records of the last hundred or so kidnappings in this country and note how many of them involved a trusted employee... an note, too, how few victims escaped alive. The ask yourself: is there any luxury wealth can buy which is worth having your daughters' pretty necks always in a noose?"

Un passage démontrant les dangers de la richesse extrême, qui n'a en rien empêché Musk de devenir extrêmement riche. Là, on est dans le cas où la mise en garde contre la richesse extrême produit l'effet inverse de celui désiré, en en renforçant l'attrait. Selon Justine Musk, ex épouse d'Elon, celui-ci court après la célébrité. Elle a raison, bien sûr, mais pas seulement. D'après moi, Elon Musk court au moins en partie après le pouvoir, et le pouvoir passe par l'argent. On ne peut pas vouloir avoir un impact sur notre monde sans courir après le pouvoir. C'est impossible. Et c'est valable aussi pour moi en tant qu'auteur, j'en ai conscience. 
 
Jubal dit lentement : "Si je me souviens bien, Prométhée a payé un lourd tribut pour avoir apporté le feu à l'humanité.
- Et ne pensez pas que Mike ne paie pas le sien ! Il paie en travaillant vingt-quatre heures par jour, sept jours sur sept, en essayant d'enseigner à quelques-uns d'entre nous comment jouer avec des allumettes sans se brûler."

Jubal said slowly, "As I recall, Prometheus paid a high price for bringing fire to mankind.
- And don't think that Mike doesn't! He pays with twenty-four hours of work every day, seven days a week, trying to teach a few of us how to play with matches without getting burned.

Chacun sait qu'Elon Musk a une capacité de travail délirante, supérieure à celle du commun des mortels. C'est pourquoi, d'ailleurs, le nombre de burnouts dans ses entreprises est si important: ses cadres et employés ne peuvent pas suivre. C'est pourquoi aussi le taux de renouvellement du personnel de Tesla et de Space X est si important. C'est aussi pourquoi les ex employés de Tesla ou Space X viennent alimenter la concurrence. Ce passage montre en tout cas qu'Elon Musk s'est vraiment identifié à cet homme venu de Mars. L'aspect asocial de l'homme, ses immenses difficultés d'acclimatation à l'environnement social plus encore qu'à l'environnement tout court n'ont pu qu'exercer un puissant attrait sur Musk, car il s'est reconnu dans le personnage. Il s'y est aussi reconnu pour son aspect Prométhéen, pour ces idéaux qui sont forts en Musk. Quand tout concorde, c'est naturel de s'identifier. 
 
Il faut juste espérer que les sinistres paroles de Jubal au sujet de Prométhée ne se vérifient pas pour Elon Musk. Je ne le lui souhaite en aucun cas!

Après avoir lu Stranger in a strange land, je suis au final persuadé que le roman a eu un effet sur le destin d'Elon Musk. Que le futur de Musk n'aurait pas été le même s'il n'avait pas lu le roman. Je peux me tromper, bien sûr. 
 
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dimanche 11 septembre 2022

Un boulet nommé Boeing

« Pour 2,2 milliards de dollars, t'as plus rien! » C'est ce que pourraient s'exclamer les pontes de la NASA, qui évaluent à cette somme le simple lancement du Space Launch System, la fameuse fusée SLS devant donner le coup d'envoi de la mission Artémis sur la Lune. La fusée, dont le premier étage et les moteurs sont construits par Boeing, ne cesse de subir retard sur retard, augmentant sans cesse les coûts. En faisant le choix de l'hydrogène liquide comme carburant, Boeing a pris une option de nature à faire exploser les coûts, et à ne préparer en aucun cas l'avenir. Là où son concurrent Space X, en choisissant le méthane comme carburant pour son futur Starship, mise au contraire sur la fiabilité, la réduction des coûts et l'avenir. 

Je n'ai abordé véritablement les défis du spatial, en consacrant l'article à Space X qu'une seule fois sur ce blog, en 2016. Et encore, à l'époque, j'avais privilégié l'angle de la médiatisation, qualifiant le mensonge par omission que constitue Space X dans les médias de Plus grand scandale médiatique de ces dernières années. 

Ah 2016! Que de choses se sont passées depuis! Ou, en termes plus familiers, bordel, qu'est-ce que le monde a changé en 6 ans! Nostalgie... Space X s'est mis à envoyer des astronautes sur la station spatiale internationale et à les faire revenir sur Terre. La constellation Starlink, qui n'était qu'à l'état de projet au mieux en 2016, compte maintenant plus de 3000 satellites, tous envoyés par des fusées Falcon 9 dont le premier étage s'est quasiment systématiquement reposé sur la terre ferme, ou le plus souvent sur des barges automatisées dans l'océan. Le coût de l'abonnement Starlink a été divisé par deux en France, à 50 € par mois, et il est maintenant possible de se connecter de n'importe où sur l'hexagone si l'on dispose de l'abonnement et de l'équipement approprié.

A noter que les fusées Falcon, avec leurs réacteurs Merlin, ces modèles de fiabilité, utilisent du kérosène et non de l'hydrogène liquide comme carburant. (Je ne parlerai pas ici de comburant pour limiter la complexité de l'article.)

Depuis 2016, le projet Starship a grandement avancé. Les scientifiques ont cru qu'Elon Musk était tombé sur la tête quand il a dit qu'il comptait récupérer le Starship à l'aide de bras articulés, ce qui ne s'est jamais fait dans l'histoire de la conquête spatiale. Mais en même temps, ces mêmes scientifiques spécialisés dans les technologies spatiales ont cru la même chose quand le même Musk avait parlé de faire atterrir des étages de fusées... Voire, avec Starship, une fusée entière. 

 

La leçon à en tirer? C'est peut-être en réussissant des paris impossibles qu'on fait le plus progresser la technologie. A condition toutefois que ces paris ne soient pas juste un tour de force du moment, mais qu'ils ouvrent la voie à quelque chose d'industrialisable, et donc, de nature à faire baisser drastiquement les coûts. Disruption, quand tu nous tiens...

La plupart des auteurs autoédités comme moi connaissent certains modes de pensée assez courants chez les auteurs traditionnellement édités. Le fait par exemple que parler de l'argent, c'est vulgaire, ça ne se fait pas. C'est limite salissant. Eh bien on peut se demander si chez les scientifiques spécialisés dans le spatial, on n'a pas la même dérive, en fait. 

Après tout, le spatial étant financé par la manne de l'argent public, il n'y a pas à se préoccuper d'argent, n'est-ce pas? Le rêve avant tout. Dépensons sans compter l'argent du contribuable!

Sauf que le Congrès américain, en son temps, n'a pas hésité à couper les vivres à la navette spatiale, non seulement pour des raisons de fiabilité, mais surtout pour des raisons de coût. Ce qui a entraîné la dépendance envers la technologie russe, à une certaine période, pour l'accès à la Station spatiale internationale. Eh oui, les reality checks, des fois, ça fait mal...

Revenons donc à cette histoire de carburant. L'hydrogène liquide est l'un des éléments de l'univers qu'il est le plus difficile d'isoler et de maîtriser, il ne faut donc pas s'étonner que d'énormes quantités d'hydrogène liquide utilisés comme carburant par Boeing dans la fusée SLS provoquent des fuites à répétition... ces mêmes fuites qui, si elles atteignent un certain seuil, vont provoquer des explosions. L'hydrogène liquide, qui semble à la base avoir des coûts raisonnables, dans le cadre du spatial, induit donc des coûts cachés qui sont redoutables. Et d'autant plus pour des fusées très puissantes, qui doivent se mettre en orbite autour de la lune, et qui vont donc en utiliser beaucoup plus que pour le simple envoi de satellites. Plus vous en utilisez, moins c'est maîtrisable.

Le méthane ne garantit pas l'absence d'explosion, comme on l'a vu avec l'un des essais sur le starship, mais s'avère beaucoup plus stable. Et dans le cadre de la conquête future de mars, le méthane est bien évidemment la solution à privilégier, puisqu'il sera possible d'en produire directement sur la planète rouge. L'atmosphère y étant principalement composée de CO2, grâce à l'installation de centrales solaires sur mars, il serait possible de mettre en œuvre le processus Sabatier en provoquant l'électrolyse du carbone mélangé à de l'eau glacée trouvée sur la planète. Ce qui produirait du méthane, sur place. 

Il existe même des méthodes expérimentales pour se passer d'hydrogène et convertir directement le CO2 de mars en méthane, grâce au zinc. 

L'autre alternative, l'envoi des quantités nécessaires de carburant sur place pour permettre à une fusée de redécoller s'avère prohibitif en coût, en énergie et en complexité.

Là où Space X va progressivement réduire le coût d'envoi et de réutilisation de ses Starships, à la condition bien sûr que la société parvienne à récupérer les fusées sans que l'atterrissage n'occasionne de dégâts sur les fusées Raptor, grâce aux bras articulés, là où la compagnie a fait le choix de la fiabilité du carburant, on voit donc que Boeing nous propose une technologie nettement plus aléatoire, et qui ne permettra de toute façon pas de faire redécoller les fusées sur mars. Qui prépare le mieux l'avenir, à votre avis? Alors même que la mission Artémis est censée préparer mars...

Oui, je sais Space X ne pourra pas directement accueillir ses Starships sur mars à l'aide de bras articulés, il y aura certainement des modèles intermédiaires de starships qui proposeront des pieds pour atterrir, ou amarsir, de manière classique. Mais qui peut le plus peut le moins. Si la technologie de rattrapage marche sur Terre, elle devrait aussi fonctionner à terme sur mars. 

Et les fusées Ariane, dans tout ça? Elles n'utilisent pas de méthane, mais du propergol solide, et je vous le donne en mille, de l'hydrogène liquide comme carburant. La fusée Ariane 6, qui sortira si tout va bien en 2023, bien que moins coûteuse en carburant, ne sera toujours pas réutilisable. Il en va de même, bien sûr, pour le Space Launch System.   

Pour reparler de Boeing, il nous reste tous à espérer que la Nasa ait blindé son contrat avec eux. En cas d'échecs répétés du SLS, la Nasa devrait être capable de réattribuer le contrat à un autre opérateur qui permettra de gagner du temps et de l'argent. 

Alors, bien sûr, le Starship n'est pas encore prêt. Starship qui présente à priori une triple évolution par rapport au Falcon 9: 

- il n'y a que deux étages

- les deux étages seront réutilisables

- le mécanisme de type Mechazilla, ou "chopsticks", ou bras articulés, permettra de récupérer le booster principal (premier étage)

Néanmoins, Space X a beaucoup progressé. Dans sa volonté de réduire drastiquement les coûts, l'entreprise n'est bien sûr pas non plus exempte d'erreur, comme en a témoigné un tir statique récent des six raptors de l'étage supérieur. Comme Space X avait rogné sur le déluge d'eau pour noyer les réacteurs, et comme la société n'avait pas été autorisée à débroussailler les environs en totalité, des broussailles ont pris feu, cela s'est propagé, et les pompiers ont dû s'employer à éteindre l'incendie. 

De quoi entraîner de nouveaux retards, mais Space X apprend de ses échecs et va vers toujours plus d'efficience au niveau de l'ingénierie. Et donc, il est très possible, presque prévisible en fait, si le SLS prend du retard sur plusieurs mois, que le Starship finisse par le rattraper et devienne, de loin, la meilleure option. En attendant, c'est avec un certain scepticisme que je vais assister à la prochaine tentative de lancement de la mission Artemis et du SLS le 23 (ou le 27) septembre. 

[EDIT 20/09/2022] : L'article de Numérama sur le sujet, qui ne m'a pas convaincu. C'est en effet dans les mois à venir que l'on saura si Space X a eu raison ou non de s'engager dans la voie du méthane. Et mon petit doigt me dit qu'ils sont sur la bonne voie...

lundi 11 octobre 2021

Elon Musk sans langue de bois

Je viens de terminer la formidable biographie d'Elon Musk d'Ashlee Vance, et je ne peux que recommander chaudement cet ouvrage. Un travail d'investigation de grande qualité, qui explique Elon Musk sans parti pris ni langue de bois. De mon côté, je ne peux prétendre à la même impartialité qu'Ashlee Vance parce que, même si ça peut paraître ridicule dit comme ça, je me sens trop proche du patron de Space X et Tesla. C'est pourquoi cette biographie a été pour moi une grande désillusion et une vraie douleur. Oui, Elon Musk, en contrepartie de susciter de grandes aspirations chez ses collaborateurs, pratique le management par la peur. Oui, il a broyé dans son sillon, non pas ses ennemis, mais certains de ses plus proches alliés et employés. Des personnes qui s'efforçaient de sacrifier autant leur vie à leur travail qu'il le fait lui-même. La pilule est amère. 

Imaginez Pepper Potts qui va voir Tony Stark. "Tony, ça fait des années que je bosse comme une folle à tes côtés. Tu t'es mis à me faire confiance, à tel point que je suis comme devenue un prolongement de toi-même. J'ai eu à prendre des décisions qui allaient très au-delà de ma fiche de poste d'assistante, j'ai bossé sans compter mes heures et la grande majorité de tes collaborateurs s'adressent à moi quand ils veulent te parler. Je pense que je mérite un meilleur salaire. Je crois que mon niveau de salaire devrait être équivalent à celui d'un cadre de ton entreprise."
Tony Stark lui répond: "Je vais examiner ta demande, mais j'ai besoin de temps. Ecoute, tu vas prendre deux semaines de vacances, et pendant ce temps, je vais assumer tes fonctions en plus des miennes, ce qui me permettra d'évaluer plus finement ta charge de travail. Je ne pourrais décider d'une éventuelle augmentation de salaire qu'après ça."
Pepper Potts accepte donc de partir en vacances pendant deux semaines. Pendant son absence, Tony Stark confie son travail à une autre assistante. A son retour, Tony Stark tient le discours suivant à Pepper Potts: "Ton travail peut être accompli par n'importe qui. J'ai donc décidé de te reconduire dans ton poste d'assistante, au même salaire, mais cette fois tu travailleras en tant qu'assistante de notre Directeur des Ressources Humaines."

Se sentant humiliée et trahie, Pepper Potts ne se présente jamais à son nouveau poste d'assistante et finit par être purement et simplement renvoyée. Tony Stark ne lui a plus reparlé depuis. 

Voilà à quelques détails près ce qui s'est passé avec Mary Beth Brown, fidèle assistante des premières heures d'Elon Musk ayant travaillé à Space X. Et voilà comment de nombreux patrons peuvent prétendre ne jamais vous avoir viré, parce qu'ils vous ont placé dans une situation totalement inacceptable pour vous, et que vous avez été contraint à la démission ou à la faute lourde. 

J'ai trouvé, cela dit, Ashlee Vance très bienveillant à l'égard d'Elon Musk. Il a compris toute la portée des changements que Musk cherche à impulser dans notre société. Il a saisi la force de travail et le génie admirable, non seulement de l'ingénieur, mais du stratège visionnaire qui a pour modèle Alexandre le Grand, au point de nommer son premier fils (hélas décédé de la mort subite du nourrisson) Alexander. 

Inventeur, mais aussi recruteur de génie, créateur prolixe et forçat de travail, releveur d'inimaginables défis, Musk mérite l'admiration de Vance, celle que l'on voit poindre à toutes les pages. 

Vance se décrit lui-même comme quelqu'un de cynique, et c'est peut-être ce cynisme qui lui permet de garder sa lucidité la plupart du temps. Il a interrogé les proches de Musk, ses collaborateurs, Musk lui-même. Et il nous dit bien qu'Elon Musk "travaille ses employés jusqu'à l'os". Pour réussir chez Space X? Travailler 16 heures par jour tous les jours pendant des années, comme l'un de ses cadres.

Soit vous résistez, soit vous faites un burn-out, auquel cas vous êtes viré comme un malpropre. Combien de vies brisées dans le sillage de ce géant? Des centaines, des milliers? Il est devenu évident pour moi au fil des pages que pour se sortir du milieu ultraconcurrentiel de la Silicon Valley, de la jungle XXL des start-ups californiennes, celui qui s'est décrit lui-même auprès de sa première épouse comme "le mâle alpha" de la relation s'est comporté à moult reprises en fils de pute. 

Cela a causé chez moi chagrin et dégoût. Celui que je voyais comme un modèle m'a prouvé, de par son parcours, qu'on ne peut réussir à haut niveau qu'en se comportant en mâle alpha, c'est à dire, littéralement, en tueur parmi les tueurs. Mes rêves d'une société plus empathique, plus compréhensive, plus chaleureuse et bienveillante, se sont retrouvés piétinés. Et pourtant j'estime, même maintenant, qu'il y a bien pire qu'Elon Musk dans le petit cercle des patrons multimilliardaires. Musk est resté fidèle à ses nobles objectifs et il a toujours guidé par l'exemple en montrant que les sacrifices qu'il réclamait, il était le premier à les consentir, et plus encore. 

Si ce livre m'a autant touché, c'est qu'à sa lecture, je me suis senti de plus en plus proche de Musk. Au fil des pages, il est devenu un frère. Une âme-sœur. Cela peut faire rire ou sourire, mais il y a des raisons à cela. Musk est:

- un geek, je suis un geek

- né en juin 1971, je suis d'octobre 1971

- petit-fils de très grands aventuriers, qui ont notamment rallié l'Australie en coucou à partir de l'Afrique du Sud, il est né en Afrique du Sud. Mes parents se sont rencontrés au Rwanda. Je suis né à Quito en Equateur, à 3000 mètres d'altitude, et j'ai vécu 4 ans en Côte d'Ivoire, à Abidjan. Mes parents n'étaient pas d'aussi grands aventuriers que les grands-parents de Musk, mais je pense qu'on peut dire qu'ils avaient l'âme aventureuse, ou en tout cas ne correspondaient pas à un profil typique

- Asperger, comme il l'a reconnu lui-même (l'une des erreurs, d'ailleurs, du livre de Vance, qui estimait que Musk ne souffrait pas d'autisme), ce qui fait donc de lui un autiste dont l'empathie est diminuée, avec une très grande force de concentration, une grande créativité et une tendance à être "dans la lune" préjudiciable aux échanges sociaux. Je suis moi-même créatif et ai souvent été dans la lune dans mon enfance. Je ne suis pas autiste à proprement parler, mais je pense partager avec lui certains gènes de l'autisme ou de la schizophrénie, une partie de ma famille proche ayant des antécédents très lourds côté schizophrénie

- un ex-adolescent dont la vie a été mise en danger par des abrutis psychopathes qui ne supportaient pas sa différence, qui l'ont fait chuter d'un escalier et l'ont battu. Au collège, les autres élèves me reconnaissaient aussi comme différent, et j'ai moi aussi failli mourir puisqu'en me faisant poursuivre dans un couloir, je suis tombé la tête la première sur un radiateur. Celui qui me poursuivait le faisait plus par jeu qu'autre chose, mais il est clair que je n'étais pas l'élève le plus populaire. Dans mon quartier, je me faisais casser la figure par des voyous

- fils d'un père abusif. De mon côté, j'adorais mon père, mais tout n'a pas été rose avec ma mère, comme je le décris dans la Lettre à moi-même

- très grand lecteur et notamment d'auteurs comme Asimov et de son cycle de Fondation, sa première épouse était une romancière de Fantasy. J'ai beaucoup lu quoique moins qu'Elon, et je suis entre autre auteur de Fantasy

- attiré par l'espace, il veut coloniser Mars. Je rêve aussi du jour où l'homme mettra les pieds sur Mars, et je trouve les objectifs de Musk très inspirants

- créateur de véhicules électriques. Je suis l'heureux possesseur d'une Tesla Model 3   

Alors oui, il y a aussi d'importantes différences. Je ne suis ni ingénieur, ni matheux, ni programmeur. C'est mon frère le chercheur en astrophysique médaillé de bronze du CNRS. Je suis néanmoins aussi auteur de Science-Fiction et amateur de technologies nouvelles. 

Je ne suis pas du tout un bourreau de travail contrairement à Musk. En revanche, j'ai en quelque sorte monté ma petite entreprise informelle, puisque je suis auteur autoédité. Je pense sincèrement que les quelques gènes autistes que j'ai en moi m'aident à supporter les séances de dédicace de 10h à 19h dans des centres commerciaux comme les Auchan, séances du week-end que j'organise depuis plus de 10 ans, et qui m'ont permis de vendre plus de 10 000 livres papier. Je ne pense pas que mon travail, sur la durée, soit à la portée de tous.

Ce qu'il faut voir avec Musk, c'est que le manque d'empathie envers les autres, Musk l'a aussi envers lui-même. S'il avait plus d'empathie envers lui-même, il ne serait pas capable de s'imposer les terribles sacrifices qui sont les siens. 

Il ne faut pas croire en lisant cet article que j'en veux à Elon. C'est juste que j'espérais contre tout espoir, au fond de moi-même, que la noblesse des objectifs de Musk aurait rejailli sur la manière dont il gère ses employés. Qu'on aurait enfin des entreprises plus humaines et qui ne favoriseraient pas la prédation. Je ne pense pas qu'il prenne autant de plaisir à virer des gens qu'un Trump, par exemple, mais Musk garde tout de même quelque chose d'humain: il sait quand il fait du mal et il sait aussi jouir de son pouvoir, et notamment du fait que les gens autour de lui aient peur de perdre leur poste. 

Il se décrit lui-même comme simple ingénieur mais il a tout fait pour être PDG de ses boîtes, et ne pas en être détrôné comme ça avait été le cas de X.com/Paypal. J'espère qu'il le restera en dépit de tous ses défauts, parce que c'est le seul moyen d'atteindre des objectifs comme celui d'aller sur Mars, qui sont vraiment précieux et qu'il semble seul à même d'accomplir. 

Il n'empêche, je pense aux collaborateurs de Musk, à tous ces gens qui se sacrifient. Des gens comme Mary Beth Brown. C'est l'un des grands mérites d'Ashlee Vance d'avoir cité leur nom et de leur avoir ainsi rendu un hommage vibrant. 

Est-ce que les choses doivent vraiment se passer comme ça pour réussir au plus haut niveau? Est-ce qu'il est par définition impossible de se sortir de notre condition de prédateurs? J'espère que ce billet suscitera un peu de réflexion sur la manière dont notre société fonctionne et la façon dont elle récompense le mérite, et non un simple balayage du revers de la manche du style, "on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs". 

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mercredi 21 août 2019

Elon Musk et l'hyper agressivité

C'est sûr, les chefs d'entreprises ne sont pas des enfants de chœur. L'un des plus fascinants pour moi est Elon Musk, que je suis sur Twitter. Je me base sur ses actes plus que sur ses paroles pour évaluer certains traits de personnalité. J'étais parti dans l'idée de quelqu'un qui cherche à sauver l'humanité en construisant des voitures électriques (Tesla) et en colonisant Mars (Space X), c'est pourquoi j'ai été surpris de découvrir que l'un de ses traits de caractère était son hyper agressivité. 

Je l'ai déjà dit sur ce blog, je voue une énorme admiration à Elon Musk et ses deux principaux accomplissements, Space X et Tesla. J'ai écrit un article, en 2016, dans lequel j'explique que l'un des plus gros scandales médiatiques de ces dernières années est le fait que les médias français ne parlent pas assez de Space X. Depuis cet article, il y a eu des reportages sur Elon Musk et ses compagnies dans les grands médias nationaux. 

J'ai des raisons plus personnelles de me sentir proche d'Elon Musk: 

- nous sommes tous les deux nés en 1971
- nous sommes nés et avons grandi dans des pays différents de notre pays actuel: il est né et a grandi en Afrique du Sud et vit en Californie, je suis né en Equateur et j'ai vécu quatre ans dans mon enfance en Côte d'Ivoire, avant que ma famille ne s'établisse en France
- nous avons tous les deux été les souffre-douleurs de petits caïds au collège
- je ne suis pas scientifique comme lui mais mon frère Tristan est un scientifique de haut niveau, et j'écris entre autres de la Science-Fiction, et suis fasciné par l'exploration spatiale

Bref, je suis un fanboy. Mais un fanboy qui garde quand même un peu d'esprit critique. 

C'est pourquoi quand Elon Musk a lancé, au travers de l'une de ses compagnies nommée humoristiquement The Boring Company un lance-flammes dont le nom est, pour des raisons légales, "This is not a flamethrower", j'ai imaginé ce dialogue avec lui:



A: Bonjour, Elon.
E: Bonjour, Alan. 
A: Ce lance-flammes, tu es sûr que c'est une bonne idée? 
E: C'est super fun de tout péter! Les gens adorent! En plus, je devais lever des fonds. 
A: Oui mais ce genre d'objet, un lance-flammes, ce n'est pas typiquement le genre d'objet que les petits caïds qui nous ont brutalisés voudraient s'offrir?
E: Justement! Ça me fait vraiment kiffer de leur prendre du pognon, tu peux pas savoir! 
A: Mais, les conséquences? Ce genre d'objet dans les mains d'un caïd. Ce n'est pas comme s'il n'y avait jamais d'incendie en Californie...
E: Les conséquences, c'est que j'atteins mes objectifs. Ça se vend, je suis arrivé à lever des fonds.
A: Va t'acheter une conscience, Elon!

Bon, je me suis un peu énervé sur la fin, ce qui prouve que j'ai sans doute aussi en commun avec Elon ce trop-plein d'agressivité. Je suis plutôt d'accord, d'ailleurs, avec son idée de dire que c'est fun de tout péter. Mais plutôt dans les jeux vidéo, si possible. 

Dernièrement, la notion d'amusement associée à celle de destruction, le tout associé à du marketing, a ressurgi en force chez Elon. Il a twitté: "Nuke Mars". Il a ensuite sorti une ligne de t-shirts Nuke Mars.


On le sait, une communication réussie passe par une bonne dose de provocation et de polémique pour assurer le buzz, et c'est exactement ce qu'il fallait à Musk pour lancer un produit. 

Communication agressive, donc. Extrêmement agressive, puisque "nuke", ça veut dire envoyer des missiles nucléaires. 

J'ai réagi en répondant au Tweet d'Elon:  "So the first thing we Humans would do as an interplanetary species would be to nuke another planet? Is this really the message you want to convey? I think there must be a better way to terraform Mars... if terraforming is possible at all."

"Donc, la première chose que nous autres Humains, en tant qu'espèce interplanétaire ferions serait de bombarder une autre planète avec l'arme nucléaire? Est-ce vraiment le message que tu veux envoyer? Je crois qu'il doit y avoir un meilleur moyen de terraformer Mars... si la terraformation est possible."

Le premier tweet d'explication d'Elon était sans doute l'un des pires tweets qu'il pouvait envoyer:  "The sun is an immense thermonuclear explosion fyi"
"Le soleil est une immense explosion thermonucléaire pour ton information". 

Sauf que le soleil, bien sûr, n'est pas Mars. Une étoile comme le soleil est une géante gazeuse qui a réussi, en quelque sorte. C'est à dire que c'est une géante gazeuse qui a attiré tellement de gaz que son niveau de masse critique génère cette explosion thermonucléaire permanente. Or il y a déjà un monde de différence entre une géante gazeuse et une planète rocheuse comme Mars, et encore un monde de différence entre une géante gazeuse et une étoile, donc imaginez à quelle point cette comparaison que nous a fait Elon est tirée par les cheveux. 

Plus récemment encore, Elon a livré une explication un poil plus raisonnable, même si ça reste une explication de science-fiction, c'est à dire qui n'a jamais été mise en pratique par l'homme: "Nuke Mars refers to a continuous stream of very low fallout nuclear fusion explosions above the atmosphere to create artificial suns. Much like our sun, this would not cause Mars to become radioactive."

"Le fait de bombarder Mars se réfère à un flot continu d'explosions à fusion nucléaire provoquant très peu de retombées au-dessus de l'atmosphère pour créer des soleils artificiels. De la même manière que pour notre soleil, cela ne rendrait pas Mars radioactive". 

Sauf que le soleil émet en fait des radiations mortelles, et que la seule chose qui nous en protège est notre atmosphère. Or, l'atmosphère de Mars est beaucoup plus fine que celle de la Terre. En plus, la fusion nucléaire, l'homme ne sait absolument pas faire à l'heure actuelle. 

Sa dernière explication me semble aller dans un sens plus réaliste: "Might make sense to have thousands of solar reflector satellites

🛰
to warm Mars vs artificial suns (tbd)"
"Cela pourrait être judicieux d'avoir des milliers de satellites réfléchissant le soleil pour réchauffer Mars plutôt que des soleils artificiels."

Bon, on s'éloigne enfin du "Nuke Mars" peut-être bien utile pour causer le buzz, mais que je trouve personnellement désastreux, et pas seulement parce que d'autres espèces intelligentes observent peut-être à distance notre développement. 

Ce qui me perturbe avec cette idée d'envoyer des ogives nucléaires sur Mars, c'est qu'elle correspond peut-être à des plans en cours pour Musk. Je m'explique. On sait que le Falcon Heavy, le plus gros lanceur de Space X, a surtout des contrats avec l'armée de l'air américaine. Avec quelqu'un comme Trump qui souhaite militariser l'espace, qui sait si Space X ne sera pas la première compagnie à livrer des missiles nucléaires sur la lune et sur Mars? 

Qui sait si la stratégie de Musk n'était pas de préparer les gens à cette livraison de missiles (missiles sans doute à visée dissuasive, comme sur la Terre), quitte à faire de la provocation? 

Et là, selon moi, on peut parler d'erreur stratégique majeure dans la communication de Musk. Parce que le projet de coloniser Mars, ça repose sur quoi, avant tout? 

Ça repose sur le rêve. Levez le doigt, si vous avez envie qu'on colonise Mars pour y entreposer des missiles nucléaires. Moi franchement, ça ne me fait pas rêver. Je dirais même que ça casse un tantinet le rêve. 

Musk a déjà prouvé qu'il était prêt à vendre des lance-flammes à des caïds pour atteindre ses objectifs financiers. Qui nous dit qu'il ne va pas travailler main dans la main avec l'armée pour militariser l'espace, dans le but de continuer à obtenir plus de fonds? Je vous le dit tout de suite, ce n'est pas une perspective qui me fait envie.

Je ne doute pas un seul instant que ce trait de caractère, cette hyper agressivité, soit un moteur pour lui permettre de travailler plus de 80 heures par semaine, pour trouver aussi des stratégies qui vont faire très mal à ses concurrents, et pour développer de bonnes idées. Je ne doute pas que sans cela, il n'aurait pas réussi l'impossible exploit de créer ces remarquables compagnies que sont Space X et Tesla. 

Je n'aime pas jouer les oiseaux de mauvais augure. Mais je souhaite juste que l'ultraviolence présente actuellement aux Etats-Unis ne soit pas colportée dans l'espace, et que Musk se prononce clairement sur la militarisation de l'espace. Je vais suivre tout ça attentivement. 

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