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jeudi 6 avril 2023

Démocrature

Gestion de la crise des gilets jaunes, de l'hôpital, de la réforme des retraites, usage démesuré du 49.3, affaire McKinsey, droits de l'homme en France, nombre de membres des gouvernements Macron traduits en justice, recul de la France dans le classement des pays les moins corrompus, montée dramatique, historique de l'extrême droite, les signes sont nombreux à montrer que la France est entrée en démocrature. De deux choses l'une, ou bien il s'agit d'une démocratie qui bascule dans la dictature, ou bien d'une dictature qui se donne des airs de démocratie. Le fait que Macron soit le dirigeant européen qui ait le plus longtemps cherché à appeler Poutine au téléphone, même après les horreurs de Boutcha, n'est pas là pour rassurer. Jusqu'à son voyage pour la Chine où il prend pour prétexte la résolution de la guerre en Ukraine, en amenant avec lui Ursula Von der Leyen comme caution morale, mais aussi et surtout un aéropage de soixante chefs d'entreprises.

Entre dictateurs, on se connaît: Macron sait très bien qu'il n'obtiendra pas de la Chine qu'elle arrête de commander des millions de tonnes de pétrole à la Russie pour alimenter son effort de guerre. Il sait aussi que même s'il obtient de Xi Jinping qu'il passe un appel téléphonique à Volodymyr Zelensky, ce sera uniquement de l'affichage et ça ne servira rigoureusement à rien. Il sait que la Chine, l'ami indéfectible de la Russie, ne peut être un négociateur dans la guerre en Ukraine.

Alors oui, il est possible que la Chine n'arme pas directement la Russie, Pékin cherchant à se montrer en force stabilisatrice et non en pays fauteur de guerre. Mais le fait est que la Chine est en train de surarmer la plus puissante dictature au monde, la nouvelle surpuissance à émerger sur Terre: la Chine.

C'est à dire que l'Empire du milieu tire parti du commerce international, en particulier avec l'Europe et les Etats-Unis pour s'armer de manière disproportionnée. Dans les années 90, il pouvait y avoir encore une comparaison entre le budget de l'armée française et celui de la Chine. De nos jours c'est fini, la France est larguée. 

S'il y a bien une leçon que l'on doit tirer de la guerre en Ukraine, c'est celle-ci: si vous commercez avec des dictatures, si vous leur fournissez des milliards de dollars, vous alimentez votre prochaine guerre. L'Allemagne le sait bien. L'Europe aussi. 

Plutôt que d'amener des chefs d'entreprise en Chine, notre traître national, Macron, devrait faire le contraire. Les dissuader de commercer avec l'Empire du milieu. Leur faire comprendre que la Chine n'a bafoué les droits de l'homme que depuis trop longtemps. Qu'on ne peut plus cautionner un tel modèle. Que l'on ignore tout des horreurs commises en Chine à cause de la chape de plomb sur l'information. Mais bien sûr, on sait tous où Macron se met les droits de l'homme...

Il est impératif que l'Europe toute entière réorganise son modèle économique de fond en comble. Avant la guerre, on pensait impossible de se passer du gaz et du pétrole russe. La réalité prouve que nous avons su nous en passer. Evidemment que ce sera extrêmement dur. Mais ce sera toujours mieux qu'une guerre. Il est où le temps où l'on disait que les imprimantes 3D pouvaient remplacer l'ouvrier chinois? 

Il n'y a pas que les Chinois qui produisent des puces pour les smartphones: il y a Taïwan, la Corée du Sud, Singapour... Et ce ne devrait pas être impossible de faire nos propres smartphones en Europe, non? Les gens vous répondront qu'on est dans le domaine du Yakafokon. Jusqu'à ce qu'il y ait une guerre. Alors, on s'aperçoit que ce que l'on croyait impossible devient tout à coup envisageable. 

L'Europe doit se préparer à une guerre avec la Chine. Une guerre qui engloberait grosso modo La Russie, la Chine, la Corée du Nord, l'Iran, l'Arabie Saoudite et peut-être l'Inde contre le bloc occidental et peut-être certains pays d'Asie qui nous rejoindraient. Xi Jinping veut la guerre. Il est en train d'armer la Chine comme quelqu'un qui a décidé qu'il y aurait la guerre. Le seul moyen d'espérer le faire fléchir dans sa résolution, c'est de lui retirer les barreaux de l'échelle qui lui permettent de se hisser en tant que superpuissance. Il ne tient qu'à nous.

lundi 24 février 2020

Séparatisme

Le président Macron parlait récemment de "séparatisme" au sujet notamment des personnes ou mouvements ayant une conception intégriste de la religion. Sans doute, on ne peut entièrement lui donner tort, mais on peut surtout se demander si ce qu'il fait ne revient pas à agiter une nouvelle fois le chiffon rouge du fondamentalisme devant les Français. Si le réel séparatisme, celui qui nous empêche véritablement de "vivre ensemble", n'est pas celui de l'argent. Et si Macron, avec sa politique économique si favorable aux riches, n'est pas le principal exécutant et propagateur de ce séparatisme par l'argent. 

Dans mon roman vendu à présent à plus de 3900 exemplaires papier, Le Souffle d'Aoles, l'action se situe avant l'âge du fer, parmi le peuple des Hevelens vivant dans des canyons. Le héros fait partie de la caste des Déshérités, les plus pauvres et les plus misérables, ceux que l'on évite de croiser ou de toucher. Les autres castes sont les Sobres et les Opulents. Les Sobres, qui représentent la classe moyenne, ne sont d'ailleurs mentionnés à aucun moment dans le roman, qui évoque surtout l'immense différence entre les Déshérités et les Opulents, les plus riches.

https://livre.fnac.com/a2867685/Le-cycle-d-Ardalia-Tome-1-Le-souffle-d-Aoles-Alan-Spade?NUMERICAL=Y#FORMAT=ePub

L'idée d'écrire sur les milieux les plus défavorisés n'est pas nouvelle. Relisez Les Misérables de Victor Hugo.

Mais le fait de penser plus spécifiquement la société en termes de castes peut faire écho à la théorie de la lutte des classes de Marx. En plus barbare. L'idée fait aussi, bien sûr, référence à la caste des Intouchables en Inde. Mon roman n'a aucune prétention historique, il s'agit de Fantasy qui mélange plusieurs influences. 

Cette fantasy, et j'en avais conscience en l'écrivant, est bel et bien, par certains aspects, le reflet de notre réalité actuelle. De notre vie de tous les jours.

Car les castes, hélas, existent en France. De manière voilée, mais elles ont une influence énorme sur la vie de tous les jours. 

Alors quand j'entends notre président Macron parler de séparatisme au sujet du fondamentalisme religieux, je me dis que le vrai problème n'est pas là.

Le vrai séparatisme, ce sont ces exilés fiscaux (sujet d'ailleurs abordé sous la forme d'une scène d'action dans mon dernier Thriller, Les Nouveaux Gardiens) qui préfèrent se domicilier ailleurs pour échapper à l'impôt.

Le vrai séparatisme, ce sont ces ultra-riches dans leurs villas ou dans leurs yachts, séparés du commun des mortel.

Le vrai séparatisme, ce sont les sans domicile fixe qui dorment dans la rue.

Le vrai séparatisme, ce sont des fonds d'investissement comme Blackrock, qui possèdent plus d'un trillion de dollars, et sont plus riches que des nations développées.

Le vrai séparatisme, c'est d'inventer un revenu minimum d'activité, qui va catégoriser les plus pauvres, les identifier dans la caste des non possédants, ceux qu'il faut absolument rediriger vers les valeurs du travail pour les rendre productifs -- disons les mots, pour les rendre taillables et corvéables.

Le vrai séparatisme, ce sont ces gens qui détectent une anomalie dans leur corps, et auxquels il faudra un mois ou plus pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. Un mois crucial, celui où le cancer dans leur corps aurait pu être stoppé pour de bon, pour l'empêcher de se développer. Là où les plus riches n'ont qu'à décrocher leur téléphone pour obtenir un rendez-vous immédiat dans une clinique privée. 

Le vrai séparatisme, c'est de vouloir renforcer les contrôles aux frontières (aux Etats-Unis, on va même jusqu'à construire un mur à la frontière du Mexique).

Le vrai séparatisme, ce sont les contrôles d'identité au faciès.

Le vrai séparatisme, c'est l'urbanisation en forme de ghettos pour les immigrés.
 
Le vrai séparatisme, c'est la taxe à valeur ajoutée pour les produits de base, qui représente infiniment plus pour les plus pauvres que pour les plus riches. 

Le vrai séparatisme, c'est de refuser l'instauration d'un revenu universel inconditionnel, le même pour tous, ce qui éviterait de catégoriser les plus pauvres avec un système bâtard tel que le RSA. Ou de faire dire aux plus riches que les socialistes sont très forts pour reverser l'argent qui ne leur appartient pas. Parce qu'à partir du moment où ce revenu est universel, à partir du moment où même ceux qui travaillent le touchent, ce genre d'arguments ne tient plus. A partir du moment où un revenu universel existe, les gens ne sont plus prêts à tuer père et mère, ou à dévaster l'environnement pour devenir plus riches.

Le vrai séparatisme, c'est aussi la chasse aux jeunes, le séparatisme inter-générationnel, le fait que les jeunes ne devraient pas être traités comme des moins que rien, des personnes incapables financièrement de se loger ou se nourrissant d'expédients. Là où ils devraient être accueillis dans la vie active avec un revenu universel inconditionnel. Parce qu'ils représentent l'avenir, et ne sont pas, ne devront jamais être une menace pour les plus âgés. Parce qu'ils ne doivent à aucun moment être acculés au suicide en raison de la conviction larvée de faire partie d'une caste inférieure. 

Macron veut prêcher le vivre ensemble? Il veut en finir avec les séparatismes de toutes sortes? Eh bien il sait ce qu'il a à faire, à présent.

Et il y a du boulot.

mardi 9 juillet 2019

Obsolescence institutionnelle programmée

On n'est pas encore tout à fait au 14 juillet, mais c'est un véritable feu d'artifice. C'en serait presque réjouissant si ce n'était aussi désastreux. Ecologie, santé, liberté de la presse, éducation, transports routiers, SNCF, aéroports, énergie, police, prestige de la France à l'étranger : où que l'on tourne le regard, le bilan du gouvernement Macron est désastreux. Désastreux comme je ne l'avais jamais constaté avec aucun autre gouvernement auparavant. Il faut dire que ce gouvernement récolte les fruits de la politique d'obsolescence institutionnelle programmée, mise au point et appliquée par ses prédécesseurs (Hollande, Sarkozy, et j'en passe). Mais il amplifie encore et accélère cette pratique qui vise à tuer le service public. Ce qu'il y a d'amusant, c'est que si ce gouvernement, qui pratique le dogme du privé au point d'en être allergique au service public, n'était pas employé par les grandes entreprises françaises et les oligarques, s'il était soumis aux règles des petites entreprises privées, il aurait déjà été viré à grands coups de pieds aux fesses depuis longtemps pour incompétence et fautes graves.

"Le service public n'a aucun avenir. Ce sont les losers qui y travaillent." Je m'en voudrais d'accuser mon chien d'avoir la rage, mais comment ne pas penser que cette déclaration par rapport au service public résume bien la pensée des patrons et cadres dirigeants des plus grandes entreprises en France?

Pour avoir travaillé moi-même dans un service public directement lié à la politique de l'emploi du gouvernement, Pôle emploi, dans une période qui a vu se succéder Sarkozy et Hollande, je peux vous dire mon ressenti. Il était clair qu'aux yeux des cadres dirigeants de Pôle emploi, nous autres conseillers étions les "petites mains". Des pions, si vous préférez. La politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux s'est poursuivie sous Hollande, et c'est cette même politique qui me donnait le sentiment, à chaque jour de la semaine, que notre service public, aux yeux du gouvernement, n'avait aucun avenir. J'avais l'impression de travailler dans une morgue.

Le fait d'être devenu auteur à temps plein m'a permis de prendre du recul par rapport aux différents métiers du service public: policier, enseignant, métiers de la santé, j'ai l'impression que c'est le même mépris à l'égard de tous les fonctionnaires, le même message qui leur est envoyé. Un message selon lequel les services publics n'ont pas d'avenir. 

Quand on en vient au point où les femmes sont obligées d'accoucher sur le bord de la route pour cause de raréfaction des maternités, on se demande non seulement dans quel monde on vit, mais à quel point l'humanité n'est pas en train de se tirer une balle dans le pied. D'hypothéquer son avenir en se focalisant, pour les personnes qui ont le pouvoir, uniquement sur le pouvoir et le profit. 

Dans l'histoire de l'humanité, ce sont souvent de grands personnages féminins ou masculins qui nous ont tirés vers telle ou telle direction: Newton, Jeanne d'Arc, Einstein, Hugo, Balzac, Marie Curie, Pasteur, Simone Veil... Quand on joue la carte de l'apauvrissement généralisé de la population, quand on se retrouve avec des mouvements de protestation aussi forts que les gilets jaunes et qu'on n'en tient pas compte, quand on tue les services publics pour aller vers plus de profits, on se prive sans doute de l'opportunité de faire éclore et de faire croître les prochains génies qui seront les locomotives de l'humanité. 

On se tire une balle dans le pied, alors que l'on sait très bien que le privé ne peut pas tout résoudre, et est, par définition, incapable de mener à bien des opérations de service public, c'est à dire bénéficiant à tous. Le privé ne sert que des intérêts privés. Ben oui, c'est bête, mais c'est son rôle. 

Il serait donc temps, une bonne fois pour toutes, de sortir de cette politique d'obsolescence programmée du service public. De l'idée que le service public soit "inférieur" aux intérêts privés. Prétendre cela, c'est prétendre qu'une pomme est inférieure à une orange. Je ne me fais pas d'illusion, je sais bien que c'est avant tout une question de rapport de force, et que ce genre de choses ne tient aucun compte de la logique ni des intérêts à court, moyen ou long terme de l'humanité. Mais un rapport de force, cela peut se modifier au cours du temps.