vendredi 10 octobre 2014

[Archive 20 décembre 2008] Le syndrome de l'oisillon

Nous autres auteurs sommes victimes de toutes sortes de syndromes. Peur de diffuser ses écrits, difficulté à les porter au-devant du public, c'est à dire à les promouvoir (nous ne sommes clairement pas les mieux placés pour cela), repli sur soi... Le syndrome de l'oisillon, finalement, n'est peut-être que l'une des innombrables variantes du même problème.

C'est de notoriété publique, entre la multiplication du nombre d'auteurs et la raréfaction des éditeurs ayant accès aux grands réseaux de distribution, il est de plus en plus difficile pour un inconnu de se faire publier de manière satisfaisante. J'ai naturellement tendance à regarder les choses du point de vue de l'auteur, mais il peut être intéressant d'examiner les conséquences qu'une telle situation peut avoir pour un éditeur. En particulier un petit éditeur, puisque finalement, un inconnu comme moi aura le plus de chances de se faire éditer via un petit éditeur. La difficulté de la recherche étant ce qu'elle est, le risque est de croire, en tant qu'auteurs, que si nous trouvons un éditeur à compte d'éditeur, quelle que soit sa taille, nous aurons décroché le gros lot. Et donc, de se dire que c'est gagné et de nous reposer entièrement sur cet éditeur pour tout ce qui est promotion,  diffusion, valorisation de l'oeuvre, en plus des aspects traditionnels de relecture/correction et choix d'une illustration de couverture. C'est ce que j'appelle le syndrome de l'oisillon, qui veut que les auteurs attendent, le bec ouvert, que les choses leur arrivent toutes cuites une fois édités. Voilà ce que c'est de considérer avoir accompli l'essentiel du travail une fois le livre écrit et l'éditeur trouvé... Ce syndrome va générer à l'évidence un surcroît de travail pour l'éditeur, non seulement de par le défaut d'engagement de ses auteurs, mais aussi de par la multiplication du nombre d'auteurs en regard du nombre d'éditeurs à compte d'éditeur. Double impact, donc, et des petits éditeurs qui croulent sous le boulot dans une situation concurrentielle qui leur est forcément défavorable à cause du système des offices des plus grands éditeurs.

On peut en fait diagnostiquer une triple mauvaise répartition : mauvaise répartition du nombre d'auteurs parvenant à trouver un éditeur, trop nombreux étant ceux à rester sur le carreau, mauvaise répartition du travail d'édition, trop de choses reposant sur les épaules d'un seul éditeur, et enfin, mauvaise répartition du revenu d'auteur, puisque de 8 à 10%, c'est trop faible pour un auteur, particulièrement si ce dernier accepte de mettre la main à la pâte pour tout ce qui est promotion/diffusion/recherche d'un imprimeur concurrentiel, etc.

En ce sens, je crois que la "sélection naturelle" du marché devrait amener les auteurs, de plus en plus, à mener un travail proche de celui d'éditeur. On se rend compte que c'est déjà ce que font pas mal d'auteurs édités par de petites maisons (ne serait-ce que le fait de publier un blog fait partie de l'arsenal promotionnel).

C'est mon avis, mais peut-être qu'il y a cinquante ans, on tenait déjà le même discours...

jeudi 9 octobre 2014

[Archives 14/10/2009] Le dépôt-vente en librairie

La diffusion est, comme les acteurs concernés par le marché du livre le savent bien, le secteur-clé. Le problème auxquels sont confrontés les auteurs comme les petits et moyens éditeurs est de parvenir, non seulement à diffuser leurs ouvrages, mais à y intéresser suffisamment les libraires pour qu'ils puissent en parler et les proposer à leurs clients qui seraient susceptibles d'en faire l'acquisition. Or, la proposition que font dans 99% des cas les libraires aux auteurs et petits éditeurs qui font de la négociation directe, sans diffuseur, c'est le dépôt-vente. Et ce fameux dépôt-vente, qu'est-ce que c'est exactement ? Explications.

Certains libraires ont mis au point des contrats de dépôt-vente. Celui de la librairie Antiqvaria, par exemple, permet d'y voir plus clair. La commission que prend le libraire sur les livres en dépôt vente y est de de 35% du prix du livre entre 0 et 1500 € de vente, et de 30% de prix du livre au-delà de 1500 € de vente. Ce contrat est de 4 mois ferme renouvelable tacitement, mais l'article 4.4 stipule que :

A compter de la fin du contrat de dépôt-vente notifiée par écrit au déposant pour une cause autre que celle stipulée à l'article 4.1, la Librairie Antiqvaria conserve l'article pendant 15 jours. Si au-delà de ce délai, le déposant n'est pas venu retirer l'article invendu, la Librairie Antiqvaria peut à son choix : A. faire livrer l'article à l'adresse du déposant à ses frais  -  B. disposer de l'article comme il l'entend (vente, don, destruction) ; en cas de vente, le produit total de la vente est acquis à la Librairie Antiqvaria à titre d'indemnisation des frais de garde, de dossier, et d'assurance.

C'est à dire qu'avec le système de dépôt-vente, le libraire garde les livres un certain temps et c'est à l'auteur ou l'éditeur ou son représentant de venir rechercher les ouvrages si le libraire le lui signifie. Tout serait parfait dans un monde parfaitement équitable si tous les livres vendus par les libraires étaient soumis à ce système de dépôt-vente. Malheureusement, on s'aperçoit qu'il existe aussi la possibilité de contrats entre libraires et éditeurs, contrats qui  peuvent donner lieu à des achats de livres sur catalogue par les libraires (les offices).

Maintenant, mettez-vous à la place d'un libraire. Vous avez, d'un côté un livre pour lequel vous avez dépensé de l'argent. Si vous ne le vendez pas il va vous côuter des frais de retour, même si une partie est prise en charge par l'éditeur. De l'autre vous avez le livre que vous a gentiment déposé un auteur, qui ne vous a rien coûté sinon un peu d'espace de présentation dans votre librairie et va certes vous rapporter 30 ou 35%, mais qui ne génèrera aucun frais de retour si vous ne le vendez pas. Pour quel livre allez-vous vous battre ? Lequel allez-vous chercher à vendre en priorité à votre clientèle ?

On voit bien que l'auteur ou le petit éditeur, avec le dépôt-vente, se voit placé en situation évidente d'infériorité : non seulement il devra reverser une marge de 30% si par miracle, le livre en dépôt-vente se vend, mais il est assuré, sauf à connaître personnellement le libraire ou à venir le harceler tous les deux jours, qu'on ne fera rien pour vendre son ouvrage.

Je serais curieux de savoir s'il existe un observatoire du livre qui permette de savoir statistiquement quelles sont les ventes des livres en dépôt-vente en comparaison de celles des ouvrages achetés par les libraires ? Y a-t-il des exemples de succès littéraires qui ont commencé exclusivement par du dépôt-vente ? Si vous êtes un acteur de la chaîne du livre et que vous souhaitiez répondre à mes interrogations, je vous invite cordialement à me laisser un commentaire...

mercredi 8 octobre 2014

[Archives 17/06/2012] L'expérience numérique d'Edouard Brasey terminée ?

Un article du site ActuaLitté du vendredi 15 juin indique que l'écrivain Edouard Brasey a mis fin à son expérience numérique en autoédition avec La Prophétie de Pierre. L'écrivain a en effet signé avec les Editions Télémaque pour une publication papier de son roman La Prophétie de Pierre dès la rentrée de septembre, et l'ebook, encore sur la boutique Kindle aujourd'hui, en sera retiré dès demain lundi 18 juin. L'expérience numérique est-elle pour autant terminée ? A mon humble avis, non. A moins d'avoir signé une clause de non-concurrence, Edouard Brasey garde la possibilité d'autoéditer de futures oeuvres qui ne trouveraient pas leur éditeur.
 
Plusieurs réflexions me viennent : les Editions Télémaque ont dû mettre sur la table une avance suffisante pour compenser, non seulement les gains déjà engrangés par Edouard Brasey sur La Prophétie de Pierre, mais également les futurs gains. Un ebook a en effet une durée de vie illimitée. Il ne disparaît pas des rayons comme les livres papier. Même s'il tombe un temps dans les profondeurs du classement, il peut se relever grâce à une nouvelle parution du même auteur, par exemple.
 
La conclusion si rapide de cet accord entre Edouard Brasey et un éditeur après l'article sur mon blog et l'interview d'Edouard Brasey dans la newsletter du Kindle est-elle un simple hasard, une coïncidence fortuite, auquel cas cette publication serait à mettre au seul crédit de l'auteur et de son roman ? Ou ne relève-t-elle pas d'un réflexe corporatiste du milieu de l'édition ? En publiant sur un délai aussi court Edouard Brasey, les Editions Télémaque n'entendraient-elles pas couper l'herbe sous le pied de ceux qui prétendent que l'autoédition peut s'avérer une solution viable ?
 
Autre réflexion : on a déjà vu aux Etats-Unis des auteurs autoédités en numérique obtenir des contrats avec des éditeurs suite à leurs très bonnes ventes. On pense évidemment à Amanda Hocking (plus d'un million d'ebooks vendus). Depuis qu'elle a trouvé un éditeur, l'un des six plus grands américains, St Martin Press, ses ventes stagnent, et la promotion aux Etats-Unis (ce serait mieux en Europe et en Australie) n'est pas à la hauteur. Le prix de ses ebooks a remonté.
 
Un exemple moins connu en France est celui de Boyd Morrison. Il a été l'un des premiers auteurs américains autoédités à obtenir un gros contrat avec Simon & Schuster, un autre des six plus grands éditeurs outre-Atlantique. Et que s'est-il passé ? Eh bien, Simon & Schuster l'a laissé tomber en cours de route. Ils avaient conclu un marché sur la publication de plusieurs romans, et ils ont refusé de publier l'un d'entre eux. Boyd Morrison a récupéré ses droits. Et devinez quoi ? Il autoédite de nouveau les mêmes romans.
 
Pour les anglophones, un article très éclairant à ce sujet, celui de l'auteur Kristine Rusch intitulé : the changing definition of publishing.
 
Je me permets de féliciter Edouard Brasey. Trouver un éditeur, et obtenir une bonne avance, avoir l'assurance que la version papier se trouvera en librairie, est très réconfortant pour un écrivain. Comme je le disais dans mon précédent article, se faire éditer peut toujours constituer un choix judicieux, même de nos jours, si le marché est équilibré entre l'auteur et l'éditeur. Et notamment, si l'on ne cède pas ses droits à vie. Stephen King ne cède pas ses droits à vie, par exemple. En outre, des rumeurs indiquent que le partage des droits se ferait à 50/50 entre lui et son éditeur.
 
Mais la communauté des auteurs autoédités n'a pas non plus à s'en faire. Un petit détour sur ce blog américain vous apprendra qu'il existe plus de 160 auteurs ayant vendu à au moins 50 000 exemplaires leurs ebooks autoédités.
 
Et, je le répète, l'expérience numérique d'Edouard Brasey n'est à mon avis pas terminée. Ne serait-ce que du fait qu'à partir de septembre 2012, date de la parution de la Prophétie de Pierre aux Editions Télémaque, il va pouvoir comparer qui fait le mieux sur son thriller, son éditeur ou lui-même avec ses ventes en trois mois en 2012 sur Kindle. Gardons-nous de tirer des conclusions hâtives. 

[EDIT 08/10/2014] Plus de deux ans après, qu'en est-il de la Prophétie de Pierre? Eh bien, si l'ouvrage en format papier est toujours édité par les Editions Télémaque, en format numérique, il a été réédité par Edouard Brasey en autoédition et se nomme maintenant Le dernier pape et la prophétie de Pierre. A l'heure où j'écris ces lignes, sur Amazon il est n°1 au classement des polars historiques, n°5 en ebook Fantasy et n°102 dans la boutique Kindle. Quand je vous disais que l'expérience numérique d'Edouard Brasey n'était pas terminée. Ma conclusion? Quand on a goûté à l'autoédition, il est difficile de faire complètement une croix dessus (et à titre personnel, je serais curieux d'avoir un comparatif entre les ventes aux Editions Télémaque et en autoédition (ebook) sur La prophétie de Pierre).

mardi 7 octobre 2014

[Archive 11 juin 2012] L'écrivain Edouard Brasey montre la voie

L'écrivain Edouard Brasey, auteur de 70 ouvrages, édité notamment chez Belfond et Calmann-Lévy, a choisi l'autoédition pour son thriller La Prophétie de Pierre. Bien lui en a pris, puisque moins de trois mois après sa parution (le 21 mars 2012) sur le seul Kindle Store d'Amazon, Edouard a atteint le cap des 2700 ventes ! A 4,99 euros l'ebook et environ 60% d'euros net de revenus d'auteur après déduction des taxes, il est aisé de calculer le bénéfice... Tout le monde n'a pas la carrière et le lectorat d'Edouard Brasey, mais il est certain que celui-ci montre la voie à de nombreux auteurs, qu'ils aient déjà été édités ou non. Vous pouvez consulter ses statistiques officielles pour son livre et le site de l'écrivain.





Aucun succès n'est reproductible tel quel en édition. A moins d'un coup de chance, obtenir un succès auprès des lecteurs prend la plupart du temps des années. Et cela continuera avec l'ebook. Le métier d'auteur, qu'il soit édité ou autoédité, restera très difficile, et demandera beaucoup de courage et de persévérance, sans parler bien sûr du talent et de la chance.
 
L'objet de ce court billet est néanmoins de provoquer une prise de conscience parmi les auteurs. Sachez que d'autres voies sont possibles que l'édition traditionnelle. Des voies qui permettent à l'auteur de voir la concrétisation de son travail parvenir beaucoup plus rapidement au lecteur, tout en étant rémunéré de manière beaucoup plus juste et rapide. Des voies qui vous permettent aussi, de travailler vous-même en collaboration directe avec un artiste (ou de réaliser vous-même votre couverture, si vous êtes doué) tout en le rémunérant, et d'être satisfait du résultat final.
 
La qualité de l'écriture et de l'édition restera un défi, car les auteurs autoédités doivent prouver qu'ils peuvent constituer une alternative viable à l'édition, s'ils veulent pouvoir en vivre.
 
Se faire éditer peut toujours s'avérer un choix judicieux, si l'avance est conséquente, et surtout, si l'on ne sacrifie pas ses droits à vie, mais pour une période déterminée. Réfléchissez par vous-même, faites vos calculs et au moment de prendre votre décision, procédez en toute connaissance de cause.

lundi 6 octobre 2014

[Archive 24/01/2014] Une industrie de sommet de pyramide

Oligarchique, la grande édition en France ? Remplacez le terme "argent" par "notoriété", et l'on peut en effet y voir une forme d'oligarchie. La caution de la grande édition, "je vends des livres populaires/des noms connus pour entraîner dans ce sillage des ouvrages plus intéressants" se résume de plus en plus à cela, une simple caution morale.

Imaginez une industrie qui mettrait toutes ses ressources au service de gagnants au loto. Qui se concentrerait uniquement sur la gestion de la notoriété d'auteurs ayant eu la chance de sortir un ou plusieurs best-sellers, ou de noms déjà connus (stars du show-business, grands sportifs, personnalités publiques...).

Une industrie qui bénéficierait de l'appui des médias et des grands groupes de presse, car incorporée à des multinationales qui contrôlent ces grands groupes de presse.

Eh bien, vous avez à peu près le sommet de la pyramide de l'édition traditionnelle.

Le système de la distribution physique, mettant en péril les petites structures n'ayant pas les reins assez solides pour supporter les retours de librairies, est à peu près verrouillé par les grands groupes, et contribue fortement à l'assise de la "grande" édition.

Est-ce que cela veut dire pour autant qu'un auteur best-seller sera choyé par l'industrie traditionnelle? Eh bien en apparence seulement, si cet auteur n'est pas prudent.

Imaginons par exemple un auteur best-seller qui ait le snobisme (ou la fortune personnelle) de dire qu'il ou elle ne fait pas cela pour l'argent. Il y a fort à parier que si cet auteur ne prend pas en effet les précautions nécessaires, ne s'entoure pas de négociateurs avisés, il ou elle se fasse exploiter sans vergogne. S'il n'y a pas à un certain moment un rapport de force, si l'auteur ne comprend pas qu'il ou elle est son propre business, la grande majorité des ressources sera canalisée par le plus fort.

Prenons maintenant un pays où les choses sont vraiment en train de changer. Les Etats-Unis - et sans doute aussi l'Angleterre. La grande édition a en effet vu son verrou sur la distribution sauter en grande partie.

Comment ce verrou a-t-il pu sauter? Grâce à une décision politique, celle du Département de Justice américain de poursuivre en justice un cartel de cinq grands éditeurs et Apple pour entente illégale sur les prix. Cette décision a permis à Amazon de faire baisser le prix des ebooks en encourageant les auteurs à s'autopublier, grâce à une forte redevance d'auteur (et en pratiquant sans doute aussi, il est vrai, une forme de dumping sur des best-sellers de l'édition traditionnelle), ce qui a grandement contribué à populariser les ebooks aux Etats-Unis, et donc, à permettre une distribution numérique et non plus uniquement physique des livres. Distribution numérique bien plus accessible aux auteurs, et qui ne comporte aucun retour, donc aucun péril financier.

Vous avez bien lu. Une décision politique. Même au niveau culturel, la politique peut avoir un impact immédiat et direct, extrêmement sensible.

En France, nous avons fait le choix de privilégier le réseau de libraires et le sommet de l'édition traditionnelle aux dépens des créateurs. C'est un choix.

A présent, sur les forums et blogs aux Etats-Unis, nous avons de nombreux auteurs qui s'expriment. L'un des sujets les plus "chauds" en ce moment, c'est la clause de non-compétition. Une clause qui force l'auteur édité à compte d'éditeur à ne sortir aucun livre du même genre littéraire en auto-édition, ou à ne jamais faire jouer la concurrence des autres éditeurs en leur proposant un autre livre du même genre.

Cela supprime de facto la compétion, privilégiant l'éditeur. Si j'étais juge et que je devais statuer sur ce genre de cas, j'aurais tendance à considérer que l'éditeur empêchant l'auteur de faire jouer la concurrence, l'éditeur devient le patron de l'auteur. En clair, le contrat de l'auteur devient un Contrat à durée indéterminée, et en plus du revenu des ventes, l'éditeur est astreint à verser un salaire à l'auteur, de même nature que celui qu'il verse à ses employés, et à faire bénéficier l'auteur de tous les avantages dont il fait bénéficier ses employés.

Là, il y aurait une justice.

Un autre sujet fait débat en ce moment, un sondage de Digital Book World, selon lequel la majorité des auteurs aux US gagnent moins de 1000$ par an. Selon ce sondage, "Seulement 10% des auteurs édités traditionnellement gagnent plus de 20 000$ par an et 5% des auteurs autoédités".

C'est une énorme victoire pour les auteurs autoédités: pour 10% d'auteurs édités traditionnellement, combien d'auteur
s qui ont envoyé leur manuscrit restent sur le carreau? Le pourcentage des auteurs ayant tenté la voie de l'édition traditionnelle n'est donc pas en réalité de 10%, mais plutôt de l'ordre de 0,1%, ou de 0,01%. Cela prouve que le choix de l'autoédition, lorsque l'on veut devenir auteur et vivre de sa plume, est bien plus viable que celui de l'édition traditionnelle.

Autre remarque, selon ce sondage, "87,2% des auteurs édités traditionnellement ne veulent pas passer en autoédité." Malheureusement, le panel d'auteurs interrogé pour ce sondage n'est pas neutre: Digital Book World aurait interrogé les auteurs abonnés au Writer Digest, une publication fortement favorable à l'édition traditionnelle.

Quand je vous parlais du pouvoir des médias et de leurs liens avec l'édition traditionnelle...


Je suis le premier à déplorer que le vent de fraîcheur ne nous vienne que des Etats-Unis et que la France, patrie des droits de l'Homme, soit celle qui bafoue le plus, par ses décisions politiques, de gauche comme de droite, les droits des créateurs. Mais c'est ainsi. Il y a peut-être une logique, à ce que le vent du changement vienne du pays d'où émanent le plus grand nombre de multinationales. Juste retour des choses, en quelque sorte.

[EDIT 26/01/2014] : sur Facebook, l'un de mes contacts, Alexandre Girardot, a qualifié le système de la grande édition de "pyramide de Ponzi", aussi connu sous le nom de "système de Ponzi". J'y trouve en effet des similitudes. Pas étonnant, après cela, que l'on parle si souvent de "mafia de l'édition"...

[EDIT 2 27/01/2014] : si vous cherchez des exemples de ce nouveau vent qui souffle aux Etats-Unis en faveur des auteurs indépendants, allez faire un tour du côté du blog de Hugh Howey (en anglais). L'une des phrases de ce formidable article: "Speaking of operating with fear as a guid…" ("en parlant d'agir avec la peur pour guide") revient aussi dans mon propre discours, les changements en cours ayant tendance à provoquer la peur et le réflexe de l'autruche.

vendredi 3 octobre 2014

[Archive 7/10/2012] Les trois sacrifices de l'auteur

Une fois son livre écrit, il existe trois sacrifices possibles pour un auteur. Le premier est celui de 90% de ses droits d'auteur s'il passe par un éditeur. Si au contraire il a choisi l'autoédition au format ebook, il se trouvera rapidement confronté au choix stratégique suivant : sacrifier des ventes en baissant dramatiquement les prix au cours d'opérations promotionnelles, ou bien même en offrant son livre en échange d'un regain de visibilité, et d'un espoir de ventes ultérieures. C'est le deuxième sacrifice. Lors de sa dernière opération de gratuité, l'auteur Joe Konrath a ainsi laissé partir 70 000 ebooks. Le troisième sacrifice est celui du "temps promotionnel" de l'auteur. Celui que je passe par exemple en ce moment à écrire ce billet, ou le temps passé sur les réseaux sociaux. Le problème, c'est que les deux derniers sacrifices ne sont plus l'apanage des autoédités. Ils sont aussi initiés ou encouragés par les éditeurs eux-mêmes.
 
L'exemple qui vient évidemment tout de suite à l'esprit est celui de l'éditeur Bragelonne, qui, à l'occasion de son 200 000 ème ebook vendu, a baissé, pour une période limitée, le prix de 200 de ses ebooks à 0,99 €. Pour les auteurs des livres en question, à moins qu'un système de compensation n'ait été mis en place, ce dont on me permettra de douter, le sacrifice est donc double: le premier sur les droits d'auteur, le deuxième sur les droits d'auteur liés à ces ouvrages promotionnels.
 
Et le sacrifice devient triple si l'éditeur a par exemple demandé aux auteurs concernés de répandre partout autour d'eux, sur les réseaux sociaux et autres, la nouvelle de cette promotion.
 
En 2012 et étant donné l'état du marché du livre en France, les auteurs sont peut-être encore gagnants malgré ce triple sacrifice. En effet, les ventes de livres papier des éditeurs dominants restent largement supérieures à celles de l'ebook (excepté dans des domaines comme la science-fiction et justement la fantasy où cette différence est moins affirmée).
 
Les auteurs de Bragelonne peuvent espérer que le regain de visibilité engendré par cette opération promotionnelle se répercute sur les ventes de livres papier. Ce serait pour eux, étant donné leurs droits d'auteur, le seul moyen de revenir sur leurs pertes.
 
A moins bien sûr que Bragelonne n'offre à ses auteurs 50% de droits pour les ventes sur le numérique, mais j'ai comme un doute.
 
Au moment du choix de s'autoéditer ou non, l'auteur averti réfléchira donc sérieusement aux implications que suppose le fait d'être édité, sachant bien sûr que le marché de l'ebook est en expansion en France (ce que confirment, non seulement les 200 000 ebooks vendus par Bragelonne, mais mes propres ventes, puisque j'en suis à 700 ebooks écoulés cette année contre 93 en 2011).
 
Il devra se souvenir que les éditeurs dominants contractualisent pour de très looooongues périodes. Il devra aussi se souvenir que les stratégies des autoédités sont aussi à présent de plus en plus celles des éditeurs.
 
Bien sûr, il devra aussi réfléchir aux investissements, financiers ou par son travail propre, dans les corrections et la couverture s'il s'autoédite.
 
Il pourra aussi envisager les avantages liés à l'autoédition : la liberté de choix sur la couverture et sur les corrections, l'opportunité de tester très vite la manière dont l'ouvrage va être reçu par le public, contre une attente souvent très longue et hypothétique s'il se contente d'envoyer son manuscrit, une nouvelle attente si son manuscrit devait être retenu (en fonction du planning de parution de l'éditeur), avec la perspective d'une présence éphémère dans les rayons (de l'ordre de deux à trois mois) pour des livres papier qui ne pourront que perdre de leur attractivité avec le temps.
 
Sans parler, bien sûr, de compte-rendus de ventes des éditeurs très longs  eux aussi à obtenir et souvent peu clairs,  à cause du sytème des retours de libraires, et de versements beaucoup moins fréquents que lorsqu'on s'autoédite.
 
Je noircis le tableau ? Discutez-en avec des auteurs édités.

jeudi 2 octobre 2014

[Archive 21/10/2010] Un rêve, cela peut coûter cher : démonstration

La triste démonstration de mon billet précédent est venue d'une discussion sur Facebook, où Yurani Andergan, lui aussi auteur, (voir ici son site) a pointé un lien vers le blog (La brosse Gherta) d'un troisième auteur, lequel a pour sa part eu le bonheur de voir son roman publié par les Editions Leo Scheer. Je vous soumets ici le bilan chiffré qu'il tire de son expérience. Il ne s'agit bien sûr pas ici d'avoir le moindre soupçon de condescendance pour l'intéressé, Nicolaï Lo Russo, qui a suivi ce qui ressemble d'après son billet au parcours classique du postulant à l'édition, simplement de montrer les limites d'un système, celui de l'édition traditionnelle, qui génère plus de pilon qu'il ne rapporte de ventes. Et de dénoncer au passage les revenus modiques eu égard à la somme d'efforts fournis. Qu'on se le dise, même dans l'écriture, tout travail mérite salaire ! Ma conclusion : l'édition traditionnelle est dans une très large mesure inadaptée au monde moderne. On s'en doutait un peu, bien sûr...