jeudi 13 novembre 2014

[Archive 2 septembre 2012] Les chiffres du numérique et comment les interpréter

Le "mommy porn" Fifty Shades of Grey s'est vendu à trente millions d'exemplaires dont la moitié d'ebooks. Parallèlement, Hachette Book Group aux Etats-Unis annonce que le numérique représente 27 % de ses profits. Et à titre personnel, ma nouvelle gratuite Les Explorateurs a été téléchargée plus de 10 000 fois sur l'iTunes Store d'Apple. Qu'indiquent ces chiffres ? Que les choses bougent, bien sûr, mais on peut déjà faire certaines déductions plus fines sans risque de se tromper.
 
Mettons de côté le cas Fifty Shades of Grey, parce qu'on est dans l'érotique, que les livres électroniques permettent davantage de discrétion dans la lecture et que ce chiffre n'est sans doute pas tout à fait représentatif du marché. Celui qui me frappe le plus est celui d'Hachette Book Group: 27% des profits avec les ebooks !
 
Hachette a tendance à vendre ses ebooks plus cher qu'il ne devrait pour protéger ses ventes papier. Et on parle de profits. Cela signifie qu'en terme de nombres d'exemplaires, les ebooks représentent déjà au moins 30 ou 35 % du nombre d'exemplaires vendus par Hachette aux Etats-Unis. 
 
Imaginez maintenant, si Hachette Book Group divisait par deux le prix de ses ebooks. On peut imaginer qu'en termes de nombres d'exemplaires vendus, cela représenterait au moins 60 ou 70% du total. En termes de profit, on serait à au moins 50%.
 
Le chiffre total de vente d'ebooks aux Etats-Unis en 2012 représenterait environ 25% du total tous livres confondus. Mais ce sont les chiffres officiels. Ces chiffres prennent-ils vraiment en compte les autoéditeurs, qui vendent leurs ebooks moins cher ? J'ai un doute.
 
Je ne serais pas surpris qu'en termes de nombre d'exemplaires, on soit déjà à plus de 50% d'ebooks vendus aux Etats-Unis, tous livres confondus.
 
Pourquoi le nombre d'exemplaires est-il si important ? Parce que cela détermine le nombre de lecteurs que l'on touche. Tous les auteurs édités savent qu'ils touchent moins de lecteurs que s'ils autoéditaient le même ebook en fixant eux-mêmes son prix, parce que les éditeurs ont des frais, et augmentent donc le prix des ebooks. Plus vous touchez de lecteurs, plus vous avez de chances de vendre d'autres livres. C'est là que la logique de l'éditeur diverge profondément de celle de l'autoéditeur.
 
Après, bien sûr, il y a la question du "prestige de l'éditeur". Mais attention, parce que là, on entre dans le TRES subjectif.
 
Mais la France, dans tout ça ? Totalement à l'écart du phénomène ? Pas tant que cela. L'éditeur de l'imaginaire Voy'el explique dans une interview sur iDBOOX que ses chiffres de vente sur le numérique lui permettent de survivre. Les retours de livre papier lui coûtent en effet trop cher, et sans le numérique, Voy'el aurait sans doute déjà dû mettre un terme à son activité.
 
Ce n'est pas une surprise pour moi. Tous les libraires que je vois en séance de dédicaces me parlent du déclin de la vente des livres, et l'on sait par ailleurs que les éditeurs les plus prospères louent les meilleurs emplacements pour les ventes, au détriment des autres.
 
Cette année 2012 de l'ebook en France est en tout cas porteuse d'espoir. En ce qui me concerne, il faut une cinquantaine de téléchargements gratuits pour avoir une vente d'un exemplaire payant, soit du recueil complet Les Explorateurs, soit d'une autre des nouvelles payantes du même recueil (je dois être à 200 ebooks vendus de mes nouvelles de SF et du recueil pour l'année 2012).
 
L'intérêt, c'est aussi les notes et les commentaires, pour les ebooks gratuits. Les Explorateurs a été noté 81 fois sur iTunes. Il m'est arrivé à plusieurs reprises d'encourager des proches à me rédiger des commentaires en ligne, mais je ne le fais plus. J'ai décidé de laisser les choses se faire d'elles-mêmes pour ne pas truquer le système. Et si vous regardez le seul commentaire fait sur ma nouvelle Les Explorateurs sur iTunes, il y a un vrai parfum d'authentique, non ?
 
Le parfum que j'apprécie le plus, celui de la sincérité.

mercredi 12 novembre 2014

Vers plus de transparence dans l'édition : les chiffres de Lune Ecarlate Editions

Suite à la demande d'information du précédent billet, l'éditrice de la maison Lune Ecarlate, Nathy, dévoile en toute transparence ses chiffres. Une initiative que je ne peux que saluer, et qui mérite un coup de chapeau. En effet, bien qu'étant auteur autoédité, j'essaie d'être pragmatique et non dogmatique, et de donner au maximum des éléments permettant aux auteurs de faire leurs choix. Si d'autres maisons d'édition souhaitent faire de même ici, elles sont les bienvenues. 

Le bon vieux paradigme de l'édition, c'est qu'une maison d'édition n'a pas à faire de publicité, sur le net ou ailleurs, pour attirer des auteurs. Les auteurs sont ceux qui doivent être motivés pour se faire publier, c'est à eux de s'informer sur les salons, auprès des professionnels, d'autres auteurs, etc. Une maison d'édition ayant à faire de la publicité est une maison d'édition qui n'a pas "fait ses preuves", d'après cette théorie.

On peut se demander à quel point les petites ou moyennes maisons d'édition ne sont pas victimes de ce paradigme: elles proposent la plupart du temps de meilleurs chiffres de droits d'auteur que les grosses maisons, elles permettent parfois une plus grande souplesse avec une cession de droits d'auteur limitée dans le temps, sans bénéficier véritablement de cet avantage concurrentiel par manque de communication. 

Oui, je parle de concurrence, parce qu'il est évident qu'avec l'essor de l'autoédition et des plates formes comme KDP Publishing ou Kobo Writing Life, où l'auteur ne donne que 30% de marge sur le prix de ses ebooks sans concéder ses droits, cette concurrence existe de fait pour les éditeurs.

Lune Ecarlate n'est pas le premier éditeur à faire preuve de transparence, je sais que d'autres le font lorsqu'on les interroge, et s'ils veulent me communiquer leurs chiffres, je les publierai également sur ce blog.

Le but est évidemment d'aider les auteurs à faire leur choix en toute impartialité, chiffres à l'appui.

Lune Ecarlate est, il faut le savoir, une maison d'édition qui travaille essentiellement en numérique. Les livres papier sont imprimés à la demande, sur le site de Lune Ecarlate ou sur Amazon via Createspace. La maison d'édition dispose bien sûr d'un comité de lecture. 

Les chiffres de Lune Ecarlate : 

Tirages : impression à la demande
Avances: aucune
Imprimé : 10%
Numérique : 30%
Rémunération sur la couverture pour l'illustrateur : 5%

Paiments des droits :  à l'année en avril de l'année suivante 
Cession de droits :  trois ans renouvelables par tacite reconduction de trois ans.

Le pourcentage correspond au prix HT total des livres ou ebooks. Il faut toujours se méfier avec les pourcentages, parce qu'un éditeur communiquant sur 25% net signifie en réalité: "25% sur ce que nous rapportent les ebooks". A savoir, un éditeur recevant 70% du prix de l'ebook sur Amazon va reverser 25% sur ces 70%, c'est à dire en réalité, 17,5% du prix de l'ebook.

Concernant les livres papier, l'éditrice précise qu'un auteur Lune Ecarlate désirant vendre lui-même ses livres dans un salon se verra accorder la remise libraire de 35% sur les livres qu'il acquerra auprès de Lune Ecarlate. 

Pour Lune Ecarlate, il s'agit bien, en numérique, de 30% sur le prix total hors taxe des ebooks (100% du prix), donc près de deux fois ce que propose un gros éditeur. 

Si je juge important de donner les chiffres, c'est parce qu'il est essentiel dans le projet de vie d'un auteur de savoir si son activité d'auteur pourra être partielle, en complément d'une autre activité ou à plein temps. En d'autres termes, va-t-il pouvoir en vivre? Ne nous le cachons pas, en France, 99% du temps la réponse sera négative.

Après, d'autres paramètres, qui ne sont pas discutés ici, sont à prendre en compte, comme la réputation de la maison d'édition, le travail sur les textes, etc. En général, il est bien sûr recommandé d'acheter des ouvrages de cette maison pour savoir si le travail éditorial vous plaît en tant qu'auteur. 

Si vous êtes auteur, je ne me prononcerai bien sûr pas à votre place sur votre choix : je reste un auteur autoédité "pur jus", mais cela ne m'empêche pas d'admirer l'abnégation de certaines petites structures.

[Archive 21 février 2014] D'utilité publique : les chiffres des droits d'auteur et d'avances

Si un blogueur en France informe sur les droits d'auteur et avances des éditeurs français, je serais heureux de reproduire ici son billet, avec un lien vers son blog. Voici en tout cas les droits d'auteur et avances aux Etats-Unis tels qu'on peut les retrouver sur le blog de Brenda Hiatt. Et notamment ceux d'Harlequin, Hachette, Pocket... Je ne pense pas qu'une traduction soit utile, les chiffres parlant d'eux-mêmes...

Le premier chiffre en haut à droite est le nombre de titres inclus dans l'étude.
Avon/HarperCollins………………………………………………………………………61
Average advance (first book): $17,400  Median: $8000
Average advance (subsequent books): $28,300  Median: $12,500
Advance range: $5000 – $180,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: $18,000  Median: $13,500  Range: $9,000 – $35,000

Baker/Revell……………………………………………………………………………….12
Average advance: $8800  Median: $9250
Advance range: $6700 – $10,000
Standard print royalty: 8-17% (net) Electronic: 25-50% (net)
Average earn-out: n/a

Ballantine………………………………………………………………………………….21
Average advance (first book): $40,000  Median: $40,000
Average advance (subsequent books): $172,000  Median: $175,000
Advance range: $40,000 – $275,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Bantam/Dell……………………………………………………………………………….15
Average advance: $17,000  Median: $20,000
Advance range: $7500 – $25,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Barbour & Co. (Novellas) …………………………………………………………………12
Average advance: $1000  Median: $1000
Standard print royalty: 2.5%
Average earn-out: n/a

Barbour & Co. (Trade Fiction) ……………………………………………………………4
Average advance: $8750  Median: $8750
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Belle/Bell Bridge Books……………………………………………………………………..7
Average advance: $330  Median: $250
Standard print royalty: 8% Electronic: 40% (net)
Average earn-out: $13,000  Median: $10,600

Berkley/Jove………………………………………………………………………………78
Average advance (first book): $8100  Median: $7000
Average advance (subsequent books): $12,200  Median: $8000
Advance range: $4000 – $40,000
Standard print royalty: 6% – 8% Electronic: 15% (cover) – 25% (net)
Average earn-out: $15,700  Median: $10,000  Range: $5000 – $50,000

Berkley (novellas) ………………………………………………………………………………4
Average advance: $6900  Median: $6300
Standard print royalty: 2-3.75%
Average earn-out: n/a

Breathless Press …………………………………………………………………………………8
Average advance: none
Standard electronic royalty: 40%
Average earn-out: $200  Median: $150

Cerridwen/Blush (EC)……………………………………………………………………………9
Average advance: none
Standard print royalty: 7.5% Electronic 37.5% onsite 37.5% (net) elsewhere
Average earn-out: $400  Median: $100

Dutton/Signet/NAL……………………………………………………………………………..35
Average advance (first book): $9400  Median: $10,000
Average advance (subsequent books): $21,000  Median: $12,500
Advance range: $6000 – $85,000
Standard print royalty: 7.5 – 8%
Average earn-out: n/a

Ellora’s Cave……………………………………………………………………………………..138
Average advance: none
Standard print royalty: 7.5% Electronic 40% onsite 40% (net) elsewhere
Average earn-out: $3100  Median: $2300  Range: $250 – $14,000

Ellora’s Cave (anthologies/novellas) ………………………………………………….38
Average advance: none
Standard electronic royalty: varies by number of authors
Average earn-out: $2250  Median: $2100  Range: $430 – $7100

Entangled…………………………………………………………………………………11……….11
Average advance: none
Standard print royalty: 9% Electronic 40% onsite 40% (net) elsewhere
Average earn-out: $89,000  Median: $32,600  Range: $500 – $500,000

Five Star/Thorndike (hardcover) ………………………………………………………….8
Average advance: $1150  Median: $1000
Advance range: $750 – $2000
Standard print royalty: 10%
Average earn-out: $1850  Median: $850  Range: $750 – $4000

Grand Central Publishing (Warner/Hachette) ……………………………………….61
Average advance (first book): $7000  Median: $6000
Average advance (subsequent books): $16,500  Median: $10,000
Advance range: $5000 – $75,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: $38,500  Median: $31,500  Range: $8300 – $100,000

Harlequin American…………………………………………………………………………..23
Average advance (first book): $4400  Median: $4500
Average advance (subsequent books): $5000  Median: $5000
Advance range: $4000 – $8500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $7100  Median: $7600 Range: $4500 – $10,100

Harlequin Blaze………………………………………………………………………………..31
Average advance (first book): $4350  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5500  Median: $5300
Advance range: $4000 – $10,500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $12,500  Median: $12,300  Range: $10,500 – $15,000

Harlequin Desire ……………………………………………………………………………..42
Average advance (first book): $4400  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5600  Median: $5000
Advance range: $4000 – $8,000
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $17,200  Median: $17,000  Range: $11,000 – $26,000

Harlequin Historical …………………………………………………………………………33
Average advance (first book): $3400  Median: $2500
Average advance (subsequent books): $5400  Median: $5500
Advance range: $2500 – $8,000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $9100  Median: $8650  Range: $6700 – $13,000

Harlequin Intrigue……………………………………………………………………………..23
Average advance (first book): $3900  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $4700  Median: $4500
Advance range: $3500 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $12,000  Median: $12,000  Range: $8,000 – $17,500

Harlequin Mills & Boon (Incl. Medical) ……………………………………………….24
Average advance (first book): $3600  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $3900  Median: $4000
Advance range: $2000 – $5000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6% (20%net)
Average earn-out: n/a

Harlequin Nocturne……………………………………………………………………………..10
Average advance: $6300  Median: $62500
Advance range: $6000 – $8000
Standard print royalty: 6%  Electronic 20% (net)
Average earn-out: n/a

Harlequin Nocturne (Bites)…………………………………………………………………..5
Average advance: $1000  Median: $1000
Standard print royalty: 6%  Electronic 20%
Average earn-out: $1000  Median: $1000

Harlequin Romance……………………………………………………………………………..16
Average advance (first book): $2400  Median: $2400
Average advance (subsequent books): $3200  Median: $2400
Advance range: $2400 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out:  $10,100  Median: $10,000  Range: $7400 – $12,800

Harlequin Romantic Suspense ……………………………………………………………..13
Average advance (first book): n/a
Average advance (subsequent books): $5600  Median: $5500
Advance range: $4000 – $7500
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $11,000  Median: $11,000 Range: $9500 – $13,500

Harlequin Special Edition ……………………………………………………………………29
Average advance (first book): $4100  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $7300  Median: $8000
Advance range: $4000 – $13,000
Standard print royalty: 6%  Electronic 6%
Average earn-out: $17,500  Median: $17,000  Range: $12,000 – $23,000

Harlequin Superromance……………………………………………………………………..73
Average advance (first book): $5000  Median: $5000
Average advance (subsequent books): $5500  Median: $5500
Advance range: $4000 – $7000
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $15,000  Median: $15,000  Range: $8,000 – $28,000

HQN………………………………………………………………………………………14
Average advance: $18,000  Median: $19,000
Advance range: $8500 – $55,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Harper Teen………………………………………………………………………………………..8
Average advance: $51,000  Median: $40,000
Advance range: $20,000 – $80,000
Standard print royalty: 6% trade 10% hc Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Kensington/Zebra………………………………………………………………………149
Average advance (first book): $3500  Median: $3000
Average advance (subsequent books): $7100  Median: $3700
Advance range: $1750 – $60,000
Standard print royalty: 6 – 8%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: $6200  Median: $3800  Range: $2500 – $17,800

Kensington (novellas) ……………………………………………………………………………29
Average advance:  $2750  Median: $1500
Advance range: $750 – $9000
Standard print royalty: 2 – 3.75%
Average earn-out:  n/a

Liquid Silver………………………………………………………………………………………14
Average advance: none
Standard electronic royalty: 40%
Average earn-out: $900  Median: $230  Range: $70 – $3400

Loose Id…………………………………………………………………………………………..25
Average advance: none
Standard print royalty: 7%  Electronic: 35%
Average earn-out: $2200  Median: $1450  Range: $200 – $9000

Love Inspired ………………………………………………………………………………………….71
Average advance (first book): $4200  Median: $4000
Average advance (subsequent books): $5750  Median: $5500
Advance range: $3500 – $9500
Standard print royalty: 6%  Electronic: 6%
Average earn-out: $11,400  Median: $10,900  Range: $6500 – $18,000

Medallion Press………………………………………………………………………………………..6
Average advance: $1200  Median: $1000
Advance range: $1000 – $2000
Standard print royalty: 10%
Average earn-out: n/a

MIRA………………………………………………………………………………………8
Average advance: $80,000  Median: $17,500
Advance range: $15,000 – $450,000
Standard print royalty: 8%  Electronic: 8%
Average earn-out: n/a

Pocket……………………………………………………………………………………..30
Average advance (first book): $10,400  Median: $5000
Average advance (subsequent books):  $16,700  Median: $12,500
Advance range: $5000 – $50,000
Standard print royalty: 8 – 10%  Electronic: 25% (net)
Average earn-out: n/a

Random House/Delacorte (YA)…………………………………………………………………….7
Average advance (first book): $28,000  Median: $18,000
Average advance (subsequent books):  $90,000  Median: $92,500
Advance range: $15,000 – $125,000
Standard print royalty: 6 – 10%
Average earn-out: $110,000  Median:  $128,000

Red Sage (novellas) …………………………………………………………………………………11
Average advance:  $550  Median: $750
Advance range:  $50 – $1000
Standard print royalty: 1.5 – 6% (varies by # of authors)
Average earn-out: $2300  Median: $2250  Range: $1000 – $3600

St. Martin’s Press…………………………………………………………………………………….35
Average advance (first book): $18,000  Median: $7500
Average advance (subsequent books): $37,000  Median: $18,000
Advance range: $4500 – $200,000
Standard print royalty: 7.5-10% Electronic: 25% (net)
Average earn-out:  n/a

Samhain………………………………………………………………………………….28
Average advance: $60  Median: $100
Advance range: $0 – $100
Standard print royalty: 8 – 10%  Electronic: 40% onsite 30% elsewhere
Average earn-out: $3500  Median: $1750  Range: $300 – $15,000

Simon & Schuster Pulse/McElderry/UK (YA)……………………………………………..7
Average advance: $17,000  Median: $22,000
Advance range: $10,000 – $25,000
Standard print royalty: 6%mm 7% t 10%hc
Average earn-out: n/a

Siren Bookstrand………………………………………………………………………………26
Average advance: none
Standard print royalty: 6%  Electronic: 40% onsite 50%(net) elsewhere
Average earn-out: $5500  Median: $1700  Range: $100 – $24,000

Sourcebooks………………………………………………………………………………43
Average advance (first book): $2000  Median: $1600
Average advance (subsequent books): $4200  Median: $1700
Advance range: $1000 – $17,500
Standard print royalty: 6-8%  Electronic: 8-25% (net)
Average earn-out: n/a

Tor/Forge…………………………………………………………………………………22
Average advance (first book): $11,000  Median: $10,000
Average advance (subsequent books): $14,000  Median: $14,000
Advance range: $7500 – $20,000
Standard print royalty: 8%
Average earn-out: n/a

Wild Rose Press………………………………………………………………………………………21
Average advance: none
Standard print royalty: 7%  Electronic: 35% onsite 35% (net) elsewhere
Average earn-out: $3500  Median: $230  Range: $50 – 65,000

© 2001 – 2013 by Brenda Hiatt  (last update: 7/13)

vendredi 7 novembre 2014

[Archive 20 février 2014] Nouveau rapport sur 54 000 ebooks sur Amazon.com

Hugh Howey et son informaticien anonyme, Data Guy, révèlent à présent sur le site authorearnings.com, un rapport qui concerne les 54 000 ebooks les mieux vendus sur Amazon.com, tous genres confondus. De quoi commencer à répondre aux critiques sur l'aspect trop partiel de la première étude (7000 titres). Les tendances se confirment, avec de bien meilleurs revenus pour les auteurs indépendants, et un nombre de ventes qui fait des auteurs indépendants sur amazon.com le premier éditeur d'ebooks américain, si ce n'est mondial.


Pour les auteurs français, bien qu'il s'agisse d'une étude exclusivement américaine, les graphiques les plus intéressants sont à mon sens ceux des auteurs de fiction littéraire (étude portant sur 900 ebooks): ce sont les genres les mieux vus en France, ceux qui donnent souvent lieu aux prix Goncourt, par exemple. On s'aperçoit que les auteurs littéraires, même aux Etats-Unis, sont formidablement "captés" par l'édition traditionnelle, même si en ce qui concerne les revenus ebooks, ils gagnent moins que s'ils s'étaient autoédités.

D'après Hugh Howey et Data Guy, les auteurs indépendants gagnent en effet 5,6 fois plus sur les ventes d'ebooks par rapport aux auteurs traditionellement édités. Ces derniers ont donc intérêt à se rattraper fortement sur les ventes de livres papier.

On comprend mieux, en tout cas, pourquoi dans un pays comme la France, qui donne autant la prééminence aux auteurs de littérature blanche (en dehors, donc, du polar, de la SF, de la Fantasy ou de la littérature sentimentale et érotique), les grands éditeurs ont encore le vent en poupe, et les ventes d'ebooks ne représentent officiellement que 4% des ventes totales.

Je parle bien de prééminence sur un plan dogmatique, liée à la culture et à l'éducation. Je serais curieux de connaître les chiffres réels en France, avec le nombre de ventes en genres littéraires comparés avec les ventes de littérature dite "blanche". Aux Etats-Unis, dans cette étude sur Amazon.com, sur 50000 ebooks les auteurs de fiction littéraire ne représentent que 5% du nombre de ventes quotidiennes, et 6% du revenu total des ventes. 

[EDIT 07/11/2014] Tous les rapports author earnings


 

jeudi 6 novembre 2014

[Archive 12 février 2014] Les chiffres de vente étourdissants d'Amazon.com

L'auteur Hugh Howey, aidé par un programmeur/statisticien, révèle sur son site authorearnings.com des chiffres de vente étonnants sur une journée sur le site Amazon.com, dans les catégories Polar/thriller, SF/Fantasy, Romance/érotique, que ce soit des cinq plus gros éditeurs (les Big Five), des petits éditeurs, ou bien sûr des auteurs indépendants (autopubliés). Des statistiques à prendre avec des pincettes, puisqu'il ne s'agit que d'une journée de vente en janvier 2014 sur le seul Amazon.com, et que seuls ont été pris en compte le top 7000, top 2500 et le top 100. Néanmoins, les révélations sont tonitruantes.

Quelle méthodologie pour ces stats étonnantes ? Eh bien, l'étude s'appuie sur des relevés de ventes d'auteurs. Rappelons que chaque livre vendu sur Amazon est classé, et que le classement est clairement indiqué sur le site, et modifié heure par heure. En recoupant suffisamment de ventes sur Amazon.com et de témoignages d'auteur, qui peuvent consulter en temps réel leur nombre de ventes sur leur interface dédiée KDP Publishing, on peut ainsi déterminer des fourchettes de ventes correspondant à des rangs. Il existe même un logiciel amazon.com qui permet à présent de le faire. Ce logiciel est adapté aux rangs Amazon.com, pas aux rangs Amazon.fr. Inutile de s'en servir sur ce dernier site.

J'aime ce genre d'études, car Amazon s'est toujours montré très secret sur les ventes. En même temps qu'une source d'information vitale pour les auteurs, c'est aussi un joli pied de nez à la compagnie américaine.

Il faut garder à l'esprit que les statistiques seront forcément plus favorables aux ventes d'ebooks, puisqu'Amazon pousse à fond les ventes d'ebooks, et puisque les domaines étudiés (genres littéraires) sont très "perméables" à l'ebook aux Etats-Unis. Les stats seront aussi plus favorables aux autoédités, qui se débrouillent beaucoup mieux dans les genres de fiction étudiés que dans les genres purement littéraires, ou historiques, ou religieux, entre autres.

Les stats ne comprennent pas la longue traîne, c'est à dire les livres au-delà de la 7000ème place sur le jour donné. Mais avec les 7000 mieux classés, on a déjà des tendances stratégiquement très importantes qui se dégagent.

Cela ne concerne aussi que les seuls Etats-Unis. En France, je suis persuadé que de nombreux autoédités ont investi le top 100 sur Kindle. Néanmoins, à cause de la politique sur le prix des ebooks et d'une industrie qui se met quasiment exclusivement au service du sommet de la pyramide, le nombre de ventes en ebook n'est absolument pas comparable.

A titre d'information, les parts se rapportant à "uncategorized single author publisher" sont des ventes dont on n'est pas parvenu à déterminer si elles étaient du fait d'autoédités ou de petits éditeurs.

Je vous livre en fin d'article les diagrammes. Voici brut de pomme mes observations:

- Dans le top 7000, les commentaires sur les livres (1er tableau) obtiennent en moyenne des notes plus élevées pour les autoédités que pour les gros éditeurs (Big Five), ce qui suit d'ailleurs la courbe des prix: plus les prix des ebooks sont élevés, moins les commentaires deviennent favorables, l'expérience de lecture s'avérant moins satisfaisante à prix trop élevé. 



- les auteurs autoédités publient davantage de livres dans les genres concernés (2ème tableau) que les cinq plus gros éditeurs, mais pas beaucoup plus: 35% pour les indépendants contre 28% pour les gros éditeurs. Qu'est-ce que j'en déduis? Que tous ceux qui disent que les auteurs indépendants envahissent le marché avec des torrents d'ebooks feraient mieux de balayer devant leur porte. La surproduction est d'abord le fait des gros éditeurs. Si on ajoute les petits et moyens éditeurs et les gros éditeurs, les autoédités sont derrière. Oui, vous avez bien lu, les autoédités publient moins d'ebooks que les éditeurs.



- l'une des plus grosses révélations, c'est que parmi les bestsellers par genre, en nombre de ventes sur une journée (là encore, il nous faudrait des données annuelles pour les fiabiliser, parce qu'il y a des périodes beaucoup plus propice aux gros éditeurs), les autoédités sont à 39% et les cinq plus gros éditeurs à 34%. C'est énorme pour les autoédités. Nous sommes vraiment une force sur laquelle il faut compter en termes de volume. 



- les deux stats les plus époustouflantes pour moi ont été le rapport entre ebooks vendus et livres papier sur le top 100 et sur le top 2500: 92% des ventes du top 100 sont des ebooks kindle, et sur le top 2500, le chiffre reste à 86%. Les 14% restants se partagent entre livres audio (4%), livres reliés, à couverture souple et livres de poche, qui à eux trois ne représentent que 10%! C'est à dire que lorsque vous avez 10 livres vendus sur Amazon aux Etats-Unis, vous en avez en gros 9 qui sont des ebooks, et seulement un qui est un livre papier! Wow!



- le tableau suivant montre pourquoi les Big 5 sont encore là: ce sont eux qui ont les plus gros revenus (52% des revenus, alors qu'ils n'ont que 28% des titres). Pas étonnant, ils mettent les ebooks trop cher. Les ebooks sont pour eux très profitables, mais cette profitabilité se fait essentiellement sur le dos des auteurs, comme le montre le graphique suivant. 


- en comparaison des autres auteurs, les auteurs autoédités représentent 47% du revenu journalier. Pourquoi un chiffre aussi important? Parce qu'Amazon se montre généreux sur sa redevance d'auteur aux autoédités. Amazon est d'ailleurs tout aussi généreux avec les auteurs publiés par ses maisons d'édition internes.  Les auteurs des cinq plus grosses maisons d'édition ne récupèrent que 32% du revenu journalier, alors même que leurs maisons d'édition captent 52% des profits! Ils se font clairement avoir. La vraie question est pour eux de savoir si les ventes papier compensent ces sacrifices. Pour les best-sellers, sans doute, mais pas sur Amazon.com, en tout cas, étant donné le faible nombre de livres papier désormais vendus sur Amazon.com (en tout cas sur cette période de l'année, n'oublions pas les précautions d'usage). 

  
- le graph suivant est encore plus précis et "meurtrier" pour les gros éditeurs, qui se taillent la part du lion des revenus sur les ventes d'ebooks du top 7000. Les autoédités s'en tirent incomparablement mieux que les auteurs des petites maisons d'édition, et très nettement mieux que les auteurs des grosses maisons d'édition.

  
- le graph suivant est frappant en ce qu'il montre que l'autoédition est clairement le chemin vers les ventes le plus viable pour les autoédités, si l'on ne prend que les ventes d'ebook. Evidemment, il faut aussi prendre en compte le papier, ce qui n'est fait que sur Amazon avec cette étude, c'est à dire de manière très imparfaite. 


- le dernier graphique montre que les auteurs autoédités qui vendent le plus doivent produire davantage de livres. Mais plus on s'éloigne des bestsellers ayant gagné 1 million de dollars sur un an, plus on se rend compte que les auteurs traditionnels doivent publier davantage de livres pour obtenir une somme équivalente aux auteurs autoédités. Là encore, c'est un mythe qui s'effondre: la surproduction vient bien des éditeurs.


Alors, bien sûr, il faut tenir compte des livres papier. Mais Amazon est le plus gros vendeur de livres au monde. Ses statistiques écrasantes en faveur de l'ebook ne peuvent que peser sur le marché mondial. Etant donné la manière dont les gros éditeurs écrasent le revenu des auteurs sous leur panse bien grasse, il faudra vraiment que les auteurs traditionnellement édités qui n'ont pas pu, comme Stephen King, négocier 50% sur les bénéfices du livre papier, en vendent beaucoup pour compenser les pertes de revenus liées à l'ebook.

Ces statistiques sont propres aux Etats-Unis, et à Amazon.com. Mais en édition comme ailleurs, les Etats-Unis montrent souvent la voie...

[EDIT 06/11/2014] Le site authorearnings.com continue de sortir des rapports tous les 3-4 mois. Ils restent toujours aussi intéressants pour les auteurs qui se demandent quel est le meilleur choix de publication. Ils ne sont pas encore tout à fait extrapolables pour la France, puisque le marché du numérique reste inférieur à celui du papier, mais il faut garder à l'esprit que les éditeurs en Europe font tout ce qui est en leur pouvoir, y compris politiquement, pour que le rapport de force avec les auteurs leur reste favorable. Je dirais que le tableau qu'il faut regarder en priorité en France, le plus pertinent, est le n°7, "Daily Revenue to Author, Publisher and Amazon", qui démontre qu'en étant édité par un éditeur, un auteur perdra beaucoup d'argent sur l'ebook, qui représente l'avenir, même en France. Dernier rapport d'authorearnings  Tous les rapports

mardi 4 novembre 2014

[Archive 22/07/2012] Harlequin attaqué en justice aux Etats-Unis

Harlequin, maison d'édition spécialisée dans les histoires d'amour à l'eau de rose, n'en vit plus une de toute évidence avec trois de ses auteurs. On pourrait même parler de cas de divorce, puisque les auteurs américains en question l'attaquent en justice. En cause, des droits d'auteur faméliques sur les ventes d'ebooks. Au motif de contourner les taxes, Harlequin a en effet utilisé une société écran basée en Suisse, société qui ne donne à ses auteurs qu'entre 24 et 32 centimes par ebook vendu 8 dollars. Cette affaire est symptomatique des changements très nets en cours dans l'édition aux Etats-Unis. (Sources : le blog de Joe Konrath, The Passive Voice).
 
Utiliser une société-écran basé en Suisse pour échapper à l'impôt, les multinationales savent faire. Mais qu'une maison d'édition en profite pour obliger ses auteurs à licensier leurs ebooks à cette société en question,  en leur offrant seulement 3% de droits d'auteur sur leurs ebooks, c'est relativement nouveau.
 
En fait, pas tant que ça pour les connaisseurs, d'ailleurs. La plainte concerne en effet une période s'étalant de 1990 à 2004. (Apparemment, Harlequin use aussi de la même stratégie pour les droits dérivés concernant les traductions d'oeuvres). Je ne vais pas m'étendre sur les mécanismes de l'arnaque, vous pouvez consulter ce lien pour un résumé de la plainte.
 
Ce procès aurait-il pu avoir lieu en l'an 2000 ? Pourquoi les auteurs lésés n'ont-ils fait appel à un avocat qu'en 2011 (ils se sont efforcés d'obtenir un accord à l'amiable depuis octobre 2011, mais cela n'a pas été possible) ?
 
Mon interprétation personnelle : parce qu'ils avaient peur de "se faire griller" dans le milieu de l'édition. D'être mis sur liste noire. Il leur fallait réunir les preuves, bien sûr, mais je suis certain que c'est la peur de ne plus être publié nulle part qui explique, de manière générale, que les auteurs soient aussi peu nombreux à intenter un procès à leur éditeur. Alors, qu'est-ce qui a changé ? Pourquoi certains osent-ils, à présent ?
 
Eh bien, parce qu'il y a une alternative. En 2010, les ventes d'ebooks représentaient 5% du total du marché du livre aux Etats-Unis. En 2011, c'était 15%. Et pour les trois premiers mois de 2012, on en est à 25%.
 
Attention, on parle de 25% du marché total du livre. C'est à dire que pour ce qui est de la littérature sentimentale, où les lecteurs (surtout des lectrices) recherchent des livres pratiques et pas cher, on a à mon avis dépassé les 50%.
 
Et des auteurs comme Ann Voss Peterson, une ancienne d'Harlequin, ont compris qu'elles pouvaient gagner beaucoup, beaucoup plus en s'autoéditant sur Amazon, Kobo, Apple et autres, et en recevant 70% du prix de chaque ebook vendu. Cela veut dire une chose : l'attrait du livre papier en librairie n'est plus suffisant pour de nombreux auteurs. Je le redis une autre fois parce que c'est une révolution, l'attrait du livre papier en librairie n'est plus suffisant pour de nombreux auteurs.
 
Cela ne vaut plus le coup, ni le coût, de sacrifier 90 à 97% de ses droits d'auteurs (dans le cas d'Harlequin, et 90 à 82,5% dans la plupart des autres cas) pour avoir ses livres en librairie, puisqu'il se vend plus de livres du genre concerné sous le format ebook.
 
Je n'ai malheureusement pas les chiffres genre par genre, je dois me contenter d'un instrument assez imprécis nommé pifomètre. Mais je suis à peu près certain que pour la SF, la Fantasy, le thriller et le roman d'amour, on est au-dessus de 50% des ventes totales de livre en numérique par genre concerné aux Etats-Unis.
 
Si quelqu'un possède des statistiques précises là-dessus, qu'il ou elle n'hésite pas à me les donner en commentaire, avec un lien. Celles-ci sont vitales pour tous les auteurs français qui auraient pour projet de traduire leurs oeuvres en langue anglaise.
 
Il est en tout cas indéniable qu'il y a un basculement. Les auteurs ont moins peur. Ils se regrouperont pour avoir moins peur encore à l'avenir, et il y aura d'autres procès. Le modèle économique de la grande édition, celui de l'esclavage consenti, est en train d'être remis en question, et ce n'est pas près de s'arrêter. Pour le plus grand bonheur des premiers concernés, les créateurs.

[Edit 04/11/2014] Après avoir perdu le premier procès, les auteurs Harlequin ont fait appel. Le juge ayant en charge cet appel a reconnu leur démarche comme une Class Action (acte par lequel plusieurs plaignants se regroupent contre une société), ce qui signifie que l'appel va pouvoir poursuivre son cours. Source: The Passive Voice.

lundi 3 novembre 2014

[Archive 18 mars 2012] De la rareté à l'abondance

L'auteur Kristine Kathryn Rusch (oui, le blog est en anglais) explique dans un remarquable billet les modèles de rareté et d'abondance dans le monde de l'édition et de l'autoédition. Je résume ci-dessous son article tel que je l'ai compris en y entremêlant quelques réflexions personnelles au passage.
 
L'édition traditionnelle et tous ses acteurs, auteurs, libraires, éditeurs, agents, etc. a été habituée à penser les choses en termes de rareté et de dates de péremption, l'espace sur les rayons des libraires étant limité. Seuls quelques livres sont présentés de face et ont réellement des chances d'être choisis par les lecteurs. A l'exception des grands classiques et des locomotives, ils ne doivent pas rester trop longtemps dans les rayons, car on doit attirer les lecteurs avec des nouveautés.
 
Le nouveau modèle est celui de l'abondance : les livres électroniques restent accessibles en permanence et les moteurs de recherche et les algorithmes permettent de les trouver en effectuant des recherches avec différents mots clés. Parmi les nouveaux acteurs du livre électronique, ceux qui développent les meilleurs modèles de recherche sont ceux qui gagnent, et c'est pourquoi Amazon est en tête pour le moment.
 
Si l'on s'en tient au marché du livre papier en particulier, pour les autoéditeurs comme moi qui refusent de laisser la totalité de ce marché aux éditeurs, mais s'interdisent aussi de prendre le risque financier de passer par un distributeur,  le modèle traditionnel de la rareté devient un modèle de la super-rareté. Ainsi par exemple, si l'on ne veut pas commander mes livres brochés par correspondance sur mon site, sur Amazon ou la Fnac.fr, le meilleur moyen est encore de regarder dans la colonne de droite de ce blog où je serai en dédicace dans les jours ou semaines à venir. Oui, oui, j'en profite pour me faire de la pub. Honte à moi.
 
Les exemples de deal d'autoédités avec de grandes maisons d'édition où les premiers gardent leurs droits sur les livres papiers et ebooks, comme celui de John Locke sont rarissimes, et le resteront longtemps en France.
 
Pour tous les acteurs habitués à ce marché de la rareté (note personnelle : oui, je suis au courant que dans le marché traditionnel, 56 000 livres brochés sortent en France par an, néanmoins ce marché ne représente qu'un petit pourcentage de la totalité des livres écrits chaque année), le nouveau modèle de l'abondance promulgué par l'ebook entraîne une énorme peur : celle de ne pas être repéré, noyé dans la masse.
 
Comment va-t-on faire pour remarquer mon ebook parmi des centaines de milliers d'autres ? Kathryn Rusch explique très bien dans son billet que le modèle de la rareté était fondé sur l'instinct des éditeurs, mais également des lecteurs au moment de leur choix du livre ou de l'auteur. Le nouveau modèle devient mathématique : vous serez trouvé, forcément, mathématiquement, parce que vous ne vous contentez pas de publier un seul ebook et que vous essayez d'améliorer aussi bien la qualité d'écriture, de l'histoire, que la qualité visuelle des couvertures, ainsi que la qualité des quatrième de couverture (présentations).
 
Quelqu'un me disait hier en dédicace qu'il faut un don pour écrire. Je pense simplement que certains ont plus de facilités que d'autres. Tout le monde ne peut pas écrire et en vivre, c'est certain. Combien d'écrivains, d'ailleurs, vivent de leur plume en France et uniquement de leur plume (sans compter l'argent qui vient des ateliers d'écriture) ? Une centaine ? Il est important de donner ce chiffre, car même dans ce nouveau monde de l'ebook, les choses ne vont pas d'un seul coup devenir très faciles pour tout le monde. Même pour les pros (dont je ne fais pas partie), cela va rester dur. Quoi qu'il en soit, ce chiffre est amené à progresser fortement.
 
Evidemment, dans ce nouveau monde de l'abondance, les auteurs habitués à se reposer sur leur éditeur seront les plus démunis, du moins au début. Mais à partir du moment où le marché de l'ebook sera arrivé à maturité en France, ceux qui sauront s'adapter y trouveront leur compte.
 
Et bien davantage qu'avec l'édition traditionnelle.