jeudi 27 novembre 2014

[Archive 29 janvier 2012] Entre hauts sommets et abysses...

...il doit y avoir un juste milieu. Le fait de recevoir un commentaire sur un blog ou un réseau social, ou de faire une vente, génère une petite dose de plaisir. Ces doses accumulées créent une addiction qui entretient le narcissisme, comme me le démontre mon expérience actuelle "sans Facebook pendant un mois". Donc, je crois que j'ai de la chance de ne pas avoir (ou presque) de commentaires sur ce blog, parce que j'y suis trop sensible. Après un tel constat, on serait presque tenté de se retirer totalement du monde. Sauf qu'à mon humble avis, il faut entretenir une relation avec le public. Ou du moins, se réserver une certaine disponibilité.
 
Alors, quelle conclusion ? En ne répondant plus à personne, un auteur peut facilement passer pour hautain et méprisant. Mais il peut aussi donner l'impression d'avoir "pris le melon" s'il parade sur les réseaux sociaux. Ma conclusion est qu'il ne faut pas rechercher le contact avec les autres auteurs ou le public, mais essayer de répondre aux questions dans la mesure du possible, si on le juge nécessaire. Il n'y a pas de règle fixe en la matière, c'est à l'appréciation de l'auteur. Cela dépend aussi de son état d'esprit.
 
Le plus important pour le lecteur, c'est de toute façon le prochain livre de l'auteur, s'il a apprécié son dernier. C'est là notre principale responsabilité, à nous autres auteurs. Avec deux enfants, une femme, un travail alimentaire et de gros efforts pour rendre visible mes livres au public, je sais ne pas pouvoir consacrer autant de temps que je le souhaiterais à l'écriture. Mais ce temps, je dois le prendre où je peux. C'est un combat de tous les jours. L'un des seuls qui vaille vraiment d'être mené, à la vérité.

[Archive 27 octobre 2011] Vampire, vous avez dit vampire?

Les vampires existent, je les ai rencontrés. Les vampires, c'est moi, c'est vous, c'est nous. A défaut de sucer le sang, nous nous gorgeons d'émotion. Dans les médias, dans les arts, dans les divertissements, dans la vraie vie et la virtuelle, les émotions et sentiments sont notre pâture, notre mets préféré. Je ne devrais pas dire ça, c'est sûr. On pourra me reprocher à juste raison de cracher dans la soupe. Les émotions, c'est une grande partie de mon travail, de mon gagne-pain, de mon business, appelez ça comme vous voudrez. C'est un truisme, bien sûr, mais il me serait impossible de toucher des lecteurs si mes ouvrages étaient aussi désincarnés que le bottin... Le problème, c'est que je ne suis pas le seul à faire ce travail de romancier. Les médias le font. Les hommes politiques s'entourent de conseillers pour leur bâtir un story telling bien poignant. Et finalement, tout le monde vampirise tout le monde. Pas étonnant qu'un livre (et un film) comme Twilight soient dans l'air du sang euh... du temps, pardon. Et avec lui, toute la littérature de type bit lit.


Il existe évidemment une infinité de registres et de gammes d'émotions, de celle, de type Mc Do, bien grasse et gouleyante que l'on va trouver dans les chiens écrasés à celles beaucoup plus subtiles et raffinées qui nichent dans les recoins de bibliothèques. Mais peut-être importe-t-il, de temps en temps, de s'arrêter et de se poser une ou deux questions. Où va nous mener cette boulimie ? J'ai conscience, en écrivant ces lignes, de la banalité de mon propos, mais je ne suis pas sûr que cela en diminue pour autant la pertinence. Toutes ces émotions factices que l'on se crée ne vont-elles pas, à terme, tuer toute vérité de sentiment en nous ? Réagissons-nous ainsi par défiance envers la montée des technologies, pour nous retrouver en terrain connu ? Et paradoxalement, cette surexposition ne nous transforme-t-elle pas en machine dans notre vie quotidienne, à force de nous blinder contre les images qui nous sont imposées ? Le jeu, faire battre un peu plus vite nos cœurs, en vaut-il toujours la chandelle ? Ceux qui alimentent cette grande machine des passions dans notre société des loisirs, et moi le premier, le savent : si l'effet recherché est celui produit, l'argent est à la clé.
 
Je ne suis pas sûr que cela puisse me dédouaner, mais en ce qui me concerne, quand j'écris, je ne cherche pas seulement à faire vivre des émotions et des sensations. Je recherche la justesse et le sens. Et, si possible, la justesse de sens. Je me suis demandé en écrivant ce billet si je ne devrais pas me tourner vers l'écriture de polars, qui privilégient les capacités de déduction et de réflexion. Il est possible que je le fasse un jour. Mais je crois malgré tout qu'il est possible d'aller vers la justesse quel que soit le genre littéraire que l'on privilégie - y compris la bit-lit. En conclusion, mon conseil sera des plus banals, mais plus que jamais d'actualité : faites fonctionner vos neurones et votre sens critique. Privilégiez la presse écrite, sur le net, le papier ou les liseuses, celle qui donne à penser plutôt qu'à voir. N'oubliez pas que les hommes politiques s'entourent de conseillers pour se construire une image, et qu'à partir du moment où il y a information, il y a mise en forme et manipulation. Et gardez votre coeur pour les moments propices.

mardi 25 novembre 2014

[Archive 5 août 2009] Droit de préférence : abusif dans le cadre de l'édition numérique

Si le droit de préférence, clause de priorité portant sur les prochains ouvrages d'un auteur, apparaît comme abusif dans le cadre de l'édition numérique, ou édition à petits tirages, c'est tout simplement qu'il n'a pas été conçu pour ce mode particulier d'édition que permettent les nouvelles technologies d'impression. Pourquoi les éditeurs ont-ils recours au droit de préférence? Pourquoi celui-ci est-il plus adapté à l'édition faisant appel à la technologie offset d'impression ? Explications.
Les éditeurs ont parfois recours au pacte de préférence, pour un à cinq ouvrages au maximum, entendant ainsi ne pas se faire ravir un auteur qui connaîtrait le succès par une maison d'édition rivale aux moyens plus puissants, susceptible de proposer un contrat ou des à-valoirs (avances sur les droits d'auteur) séduisants à cet écrivain ayant trouvé son public.  En effet, pour un petit éditeur ayant décidé de faire une mise en place des ouvrages de l'auteur conséquente en librairie, c'est à dire lui garantissant une véritable exploitation dans les points de vente, l'investissement va sans problème atteindre plusieurs milliers d'euros. "Mise en place conséquente ?" Une mise en place de combien d'ouvrages au fait ?

Eh bien en 2004, d'après le Centre national du livre, on recensait 2500 à 3000 points de vente qui avaient le livre pour activité principale. Même si le nombre de points de vente a diminué, il faudrait donc au bas mot une mise en place dans ces points de vente de 2000 exemplaires pour assurer une véritable exploitation au livre. Ce tirage très important requiert donc un investissement à la hauteur, et ce, d'autant plus si l'on prend en compte les frais annexes de stockage des livres, les frais de distribution et de retours de libraires, et les frais de promotion. On comprend mieux qu'avec de tels investissements, un éditeur soit en droit d'essayer de s'assurer une certaine continuité de  travail avec son auteur. Et d'inclure un pacte de préférence au contrat qu'il lui fait signer.


 
Une imprimerie offset


Avec l'"édition numérique", on change radicalement d'échelle, puisqu'il s'agit d'éditer des livres à petits tirages à l'aide de la technologie numérique, qui se rapproche de celle des photocopieuses en plus perfectionnée. Les tirages vont entre 1 et 1000 exemplaires. A partir de 1000 livres et plus, c'est l'impression en offset qui va être privilégiée.  Un éditeur utilisant la technologie numérique va le plus souvent opter pour des tirages réduits de 50, 100 ou 200 exemplaires, dans le but bien sûr de minimiser le risque financier.


Une imprimerie numérique
 
Pour savoir si le droit de préférence est adapté à l'édition numérique, faisons un petit calcul. Si l'éditeur assume un tirage de 100 exemplaires, cela va lui revenir à 4 à 5 euros pour un ouvrage de 200 pages, et cela peut même monter à 7 euros l'exemplaire si l'ouvrage fait environ 400 pages. Donc un investissement, disons de 700 euros. A cela peuvent s'ajouter des frais annexes : frais de référencement du livre chez Dilicom, la base de données des libraires, par exemple, frais de promotion. Il sera rare, toutefois, que l'investissement de l'éditeur excède un SMIC mensuel. Maintenant, prenons l'auteur auquel on va demander de s'engager sur, par exemple, ses trois prochains exemplaires. Le travail sur ces trois exemplaires sera très rarement inférieur à un an, et cela peut demander beaucoup plus selon les auteurs. Donc en échange d'un investissement d'un SMIC mensuel, cet auteur garantirait à un éditeur le fruit de plus d'un an de travail  ?  Et n'oublions pas que les perspectives de vente seront évidemment limitées puisque le livre ne pourra être présent dans tous les points de vente.

En conséquence, l'application d'un droit de préférence pour l'édition numérique semble tout sauf équitable. On peut même parler d'une clause abusive du contrat, puisque c'est une clause empruntée à un mode d'édition se faisant sur une bien plus grande échelle.

La même chose peut être affirmée, et avec plus de force encore, concernant la cession des droits, qui ne devra jamais être dans l'édition numérique "tout le temps que durera la propriété littéraire de l'auteur", c'est à dire à vie plus 70 ans, mais de préférence pour une durée ne devant pas dépasser, à mon avis, 5 ans renouvelable tacitement.


Marc Autret, l'auteur de 150 questions sur l'édition, a une position claire à ce sujet : l'édition numérique est un univers où les parties devraient toujours se garantir mutuellement contre des contrats aliénants et longue durée. Il faudrait, bien au contraire, privilégier la flexibilité maximale. Cela n'empêche pas un contrat d'être précis et bien balisé.

J'ajouterais qu'à partir du moment où les enjeux financiers demeurent restreints, il paraît naturel que ce soient des liens de confiance réciproques qui animent les deux parties, beaucoup plus qu'un contrat. Si l'éditeur fait son travail de conception de l'objet-livre, direction littéraire, promotion et mise en valeur dans les salons, il n'y a pas de raisons que l'auteur ne lui accorde pas sa confiance pour un autre livre à l'avenir. Ce n'est qu'un avis personnel, bien sûr.

lundi 24 novembre 2014

[Archive 10 janvier 2014] Si je devais mourir demain

Il arrive parfois qu'à la mort d'un auteur, sa notoriété s'accroisse et que les ventes de ses livres s'envolent. Dans ces cas-là, on peut avoir l'impression que la seule chose qui empêchait à la société de faire du business autour de l’œuvre d'un auteur, c'était l'auteur lui-même.

Il faut parer à toute éventualité, même à la plus inconcevable ou irréaliste. Même au succès après sa mort. C'est pourquoi j'ai dit aujourd'hui à ma femme que si je devais mourir demain (ou en tout cas avant elle), elle toucherait bien sûr les droits sur la vente de mes ebooks et sur les exemplaires imprimés à la demande via Createspace, et nos descendants si le cas se présente, jusqu'aux 70 ans après ma mort, mais que je ne souhaitais aucun business auprès de l'édition traditionnelle.

Oui pour une adaptation auprès d'Hollywood si par extraordinaire il devait y avoir des propositions, mais non à la republication de mes ouvrages par une maison d'édition quelle qu'elle soit. Pas de livres de poche, pas de présence en librairie. Pas tant que les 70 ans après ma mort ne se soient écoulés. Après cette période, le business se fera s'il doit se faire, mais du moins, ce ne seront plus forcément les personnes qui auront vécu pendant que j'étais de ce monde qui tireront les marrons du feu. 

On va me dire, c'est égoïste. Certes. Mais c'est aussi pour moi le moyen de rétablir une certaine justice. Les lecteurs auront moyen d'accéder à mes livres après ma mort, mais uniquement sous le format ebook ou sous format papier grâce à Createspace ou un éventuel autre imprimeur à la demande que j'aurais choisi moi-même de mon vivant.

Pourquoi ? Parce que ce sont les deux seuls formats, qui de mon vivant, ont été justes avec moi. Le système traditionnel est tellement inique, tellement déséquilibré contre la très grande majorité des auteurs, que seul un méga succès peut permettre à un auteur de rétablir l'équilibre et d'obtenir des droits corrects.

Anti-système ? En tout cas oui, j'ai toujours trouvé injuste ce qui était arrivé à Van Gogh. L'aveuglement de la société qui consiste à dire "il doit en baver pour être un grand artiste" doit cesser. Est-ce que l'art de Michel-Ange aurait été plus abouti s'il n'avait bénéficié du mécénat d'un prince, et s'il avait dû se serrer la ceinture toute sa vie? Je ne le crois pas.

Le format numérique a donné à tous les auteurs l'espoir d'un vrai changement, changement qui n'a pas pris une ampleur souhaitable pour les artistes en France pour le moment. Les décisions politiques y sont pour beaucoup.

Mais que se passera-t-il si les sociétés technologiques aujourd'hui généreuses en terme de droits d'auteur deviennent les grands prédateurs de demain, me direz-vous? Après tout, elle sont déjà ressenties comme telles.
On ne peut pas tout contrôler. Je fais confiance à ma femme pour s'informer et prendre les décisions que j'aurais prises moi-même.

samedi 22 novembre 2014

[Archive 2 juillet 2012] Le tournant de ma carrière

On peut à bon droit se demander s'il n'est pas trop tôt pour parler, en ce qui me concerne, de carrière d'auteur. Je retiens deux critères pour me situer dans mon cheminement professionnel. Celui de Joe Konrath qui estime qu'un auteur peut être considéré comme pro à partir de 5000 exemplaires vendus. J'en suis à plus de 2500 en comptant les différentes auto-éditions d'Espace et Spasmes devenu Les Explorateurs, et en englobant les ventes d'ebooks. Et celui de Dean Wesley Smith selon lequel on devient pro à partir d'un million de mots écrits. J'en suis à plus de 500 000 depuis 2001 (je parle bien évidemment uniquement de textes de fiction, pas de mes articles en tant que journaliste ni de mes billets sur ce blog). Les deux critères me classent en tant que semi-pro, ce qui signifie qu'il y a au moins embryon de carrière. Même si ces chiffres peuvent prêter à sourire si on les compare à ceux d'auteurs renommés, il y a eu un moment dans mon parcours où je suis passé de "presque rien" en termes de ventes à "quelque chose". Cette expérience peut servir à d'autres, c'est pourquoi je juge utile d'en parler ici.
 
Dans un parcours de vie, il y a des événements, positifs ou négatifs, qui en déterminent d'autres. Parfois, le négatif peut déboucher sur du positif, à condition de réagir. De 2001 à 2008, si j'ai vendu 150 livres, et principalement à des proches, c'est le bout du monde. Quel a donc été le tournant ?
 
On pourrait parler de la sortie du Souffle d'Aoles en 2010. Ou au contraire revenir beaucoup plus tôt en 2000-2001, et se souvenir de l'éclatement de la bulle Internet qui m'a amené à perdre mon précédent emploi de journaliste titulaire, puis peu à peu mon activité en tant que pigiste, et à développer mon projet d'écriture.
 
Ou bien sûr l'expliquer par la rencontre avec ma femme en l'an 2000, puisque sans son soutien, je n'en serais sans doute pas là aujourd'hui.
 
Ou encore, revenir sur les déconvenues avec les éditeurs : les manuscrits rejetés, le désastre de ma relation avec Bragelonne ou l'expérience peu probante (ou probante à contrario) avec les éditions Lokomodo. Tout cela, bien sûr, m'a conduit à privilégier l'autoédition, un choix déterminant.
 
Ou enfin, évoquer cette période en 2006 où j'ai été amené à me reconvertir pour trouver un boulot alimentaire stable. Etape très importante, parce que j'avais besoin d'une certaine tranquilité d'esprit pour écrire, et parce que c'est ce travail qui nous a permis de déménager en banlieue parisienne et de nous loger de manière plus confortable.
 
Trouver un emploi stable a été un virage très important. Mais en ce qui regarde l'activité de ventes de livres, la quête de lecteurs qui est l'une de mes motivations essentielles dans l'écriture (je dois écrire pour les autres), le véritable tournant de ma carrière a été le fait de quitter Paris début 2007, où je résidais depuis 1996 - d'abord dans le XIIème arrondissement, puis à trois avec ma femme et ma fille dans un 50 m2 à côté de la Porte de Saint Cloud.
 
Lorsque j'étais à Paris, j'avais déjà une activité d'autoédition. Mes couvertures faisaient nettement plus amateur, et je ne suis pas, pendant cette période, parvenu à obtenir une seule séance de dédicace en librairie. J'en ai été réduit à dédicacer dans une salle de jeux en réseau (oui, c'est en lien avec mon expérience précédente de journaliste critique dans les jeux vidéo). L'expérience s'est soldée par un désastre.
 
J'avais déjà un véhicule à Paris, mais qui m'encombrait davantage qu'autre chose. En arrivant à Pontoise en 2007, nous avons été amené à changer de voiture, en prendre une suffisamment spacieuse pour contenir une famille, mais aussi des cartons de livres.
 
D'un seul coup, les possibilités se sont ouvertes. Je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment. Mes échecs précédents m'avaient quasiment persuadés qu'il me serait impossible de vendre en dédicace. A cet égard, mon expérience avec Lokomodo en 2009 a prouvé le contraire. J'ai regagné de la confiance en moi, et bien sûr, je me suis rendu compte que malgré les ventes, mes revenus d'auteur s'avéraient très insuffisants en étant édité.
 
Entre 2001 et 2008, j'ignorais que 25% de la population intra-muros de Paris est liée à une activité autour de l'intermittence du spectacle. Je n'avais pas mesuré à quel point Paris était la capitale du spectacle et du tourisme. Je veux dire, quand vous embarquez dans votre frêle esquif avec votre canne à pêche, vous n'allez pas pêcher dans des eaux infestées de requins, ça ne risque pas de mordre. C'est vous qui risquez de vous faire mordre.
 
J'ai compris que les conseils de ceux qui prétendaient que s'éloigner de Paris revenait à "s'enterrer en banlieue" et se couper d'opportunités de travail avec de grands éditeurs, ces conseils-là étaient préjudiciables. En tout cas pour moi. C'est en banlieue parisienne qu'il y a le plus de monde. C'est là que les libraires des grands centres culturels sont le plus ouverts à des auteurs ayant une démarche professionnelle. Pas tous, mais il y en a.
 
Pour l'anecdote, en décembre 2010, j'ai enfin réussi à obtenir une séance dans une librairie au coeur de Paris (derrière le BHV). Il y a eu beaucoup d'affluence dans cette librairie. Et je n'ai fait que six ventes.
 
J'ai beaucoup pensé à une certaine pub du journal Le Parisien ce jour-là. J'ai vraiment pu comparer avec mes séances en banlieue et dans l'Oise. Et je réalise à présent que toutes mes dédicaces dans Paris se sont soldées par des échecs. Toutes sans exception. Cela dit, Paris est une ville merveilleuse... pour y faire du tourisme ou pour sortir.

[EDIT 22/11/2014] Les fameuses pub du Parisien

 

vendredi 21 novembre 2014

[Archive 13 mai 2012] Agents littéraires : un mythe s'effondre

Aux Etats-Unis (on va finir par croire que je suis correspondant permanent aux Etats-Unis, moi, lol), l'association des représentants d'auteurs (AAR) vient de rejoindre la Guilde des Auteurs en envoyant au Département américain de la justice une lettre protestant contre l'abolition du mandat d'agence, ou prix d'agence (agency model). Or, c'est précisément ce mandat d'agence, un arrangement entre cinq grandes maisons d'édition et Apple, qui a permis aux grands éditeurs de garder les ebooks à un niveau de prix élevé. En agissant ainsi, l'association des agents d'auteurs et la Guilde des Auteurs se sont rangés du côté des grands éditeurs et des tenants traditionnels du marché du livre... Tout en se mettant en porte-à-faux contre les auteurs indépendants et les lecteurs qui réclament une baisse du prix des ebooks.
 
L'un des derniers grands pans de l'édition traditionnelle vient de s'effondrer. Pendant des années, j'ai dit, sur mon site, sur ce blog et en interview, que ce qui nous manquait en France, à nous autres auteurs, c'étaient des agents pour représenter nos droits et les défendre auprès des éditeurs. Je suis persuadé que j'avais raison de le dire, parce qu'il est très difficile pour un auteur de négocier directement avec un éditeur, et que l'agent pouvait jouer le rôle de "pare-feu affectif" en représentant l'auteur sur les questions financières.
 
Je reste convaincu que J.K. Rowling, l'auteur des Harry Potter, doit son succès mondial, outre son propre talent, au fait d'avoir trouvé un agent américain. A titre d'anecdote, elle s'en est d'ailleurs séparé depuis. De même, les agents ont été de précieux alliés des auteurs dès lors qu'il s'agissait de défendre les droits sous forme d'adaptation audiovisuelle, les traductions en langue étrangère et droits dérivés.
 
L'arrivée de l'ebook, cependant, est venu chambouler la donne. Le fait d'avoir un nombre beaucoup plus important d'auteurs américains qui, à présent, peuvent gagner directement leur vie en appuyant simplement sur un bouton, sans avoir besoin d'agent, a remis bien des choses en perspective. Les auteurs peuvent désormais avoir l'impression que ceux d'entre eux qui parvenaient à trouver le bon agent avaient autant de chance que s'ils avaient gagné au loto.
 
Et ils peuvent se dire, comme je l'ai déjà fait en 2010 lorsque j'ai décidé de prendre à bras-le-corps mon activité d'autoédition, qu'ils ne veulent plus jouer au loto avec leur travail.
 
L'auteur Joe Konrath vient de démonter sur son blog l'argumentaire de Simon Lipskar, président de la Maison des Ecrivains (une agence littéraire). Simon Lipskar rejoignait l'association des représentants des auteurs (AAR) et la Guilde des Auteurs dans leur requête auprès du département de la justice de rétablir le mandat d'agence.
 
Le billet de Konrath fait suite à d'autres où il se chargeait de faire subir le même sort, arguments à l'appui, à l'action de l'AAR, de la Guilde des Auteurs et au mandat d'agence en lui-même.
 
En substance, les éditeurs accusent Amazon d'avoir vendu à perte en baissant les prix des ebooks des bestsellers, et de vouloir devenir un monopole. De son côté, Joe Konrath et de très nombreux auteurs indépendants accusent les grandes maisons d'édition de se comporter comme un cartel, notamment en s'accordant sur les très faibles droits consentis aux auteurs sur le prix des livres et des ebooks, mais aussi bien sûr en élevant induement le prix des ebooks.
 
Le jeu des agents d'auteurs et des grands éditeurs est de dire : "les ebooks doivent être chers, car les grands éditeurs ont des charges très importantes, et plus les ebooks seront chers, mieux les auteurs et les agents pourront être rémunérés. C'est aussi de cette seule manière que pourra survivre la chaîne du livre."
 
Le jeu des auteurs indépendants est de dire : "nous n'avons plus besoin de grands éditeurs ni d'agents, nous pouvons faire de la vente quasiment directe aux lecteurs. Nous voulons des ebooks moins cher pour nos lecteurs. Si les grands éditeurs veulent survivre, ils doivent s'adapter et améliorer grandement nos droits d'auteur, la transparence des comptes et de nombreux autres aspects du business".
 
Konrath a aussi mis en évidence que la chaîne de librairies américaine Borders était déjà au bord de la faillite en novembre 2009 c'est à dire avant l'explosion de l'ebook. De nombreux auteurs constatent que depuis la disparition de Borders, des librairies indépendantes ont ouvert en nombre plus important, et cohabitent très bien avec l'ebook. Les deux ne sont donc pas incompatibles.
 
Ce ralliement des agences littéraires au mandat d'agence, et aux intérêts des grands éditeurs, a mis en évidence une chose : ce sont les éditeurs qui payent en premier lieu les agents littéraires, puisque ceux-ci perçoivent une commission sur les avances faites aux auteurs. Bien que dans leurs statuts, la loyauté première des agents littéraires doive aller aux auteurs, dans la réalité, c'est bien aux grands éditeurs que va leur dévouement.
 
Résultat des courses ? De nombreux auteurs sont en train de laisser tomber leur agent. Konrath lui-même, qui a gardé son agent, est en désaccord frontal avec cette dernière concernant le mandat d'agence. Une auteur comme Kristine Rusch a parfaitement relaté comment, avec l'arrivée des ebooks et le resserrement des conditions de signature de contrat pour les auteurs chez de grands éditeurs, certains agents se sont mis à trahir leurs auteurs de milieu de liste pour favoriser les auteurs best-sellers, en faisant signer aux premiers de nouvelles clauses défavorables.
 
Vous pensez peut-être que tout cela n'arrivera pas en France ? C'est vrai, les agents littéraires sont pratiquement absents du marché français. Ce seront donc les autres aspects du modèle traditionnel, les aspects les plus étouffants pour les auteurs et les plus défavorables aux lecteurs qui seront mis à mal. Et on ne va pas s'en plaindre. Vive la révolution ! 

[EDIT 21/11/2014] Je suis tombé presque par hasard l'autre jour sur un document PDF étudiant les mérites comparés des différentes agences littéraires en France. 

jeudi 20 novembre 2014

[Archive 15 juillet 2010] Un site comparateur de contrats d'édition ?

Je diagnostiquais dans ma récente interview au blog Belisamart (je me cite)  : "L'absence d'agents artistiques qui effectueraient un vrai travail de prospection et d'intermédiation se révèle (...) très fortement préjudiciable à l'éclosion de nouveaux talents." Pour tenter de commencer à remédier à ce problème (restons modeste) propre à la France, afin aussi de permettre aux éditeurs de gagner du temps et de l'énergie dans le tri des manuscrits qui leur sont proposés, il serait peut-être bon de créer un site qui, sous forme de tableau, comparerait les différents contrats d'édition proposés aux nouveaux auteurs de manière simple et synthétique. L'annuaire Audace, de Roger Gaillard, publié par l'Oie plate en 2005 et réactualisé, le fait déjà, mais tout le monde ne peut se l'offrir. Si les éditeurs acceptaient de communiquer ces données (certains le font déjà) en autorisant leur publication sur ce site en projet, les auteurs enverraient leurs manuscrits en toute connaissance de cause, et chacun gagnerait du temps.
 
On pourrait noter sur ce tableau des éditeurs à compte d'éditeur le pourcentage de droits d'auteur pratiqué, le montant de l'à-valoir s'il y a lieu, la durée de la cession des droits, l'existence ou non d'une clause de préférence indiquant que l'auteur doit publier son ou ses prochains romans (et dans ce cas, leur nombre) chez ce même éditeur, la cession ou non des droits audiovisuels dans le cadre du contrat initial, le pourcentage de droits d'auteur sur les exemplaires numériques (ebooks), le nombre d'exemplaires papier destinés à l'auteur et à la presse, la périodicité du relevé de comptes et du versement des droits.
 
Autres données très importantes à rajouter, le tirage moyen pour un nouvel auteur, et le fait de mentionner si l'éditeur a déjà, par le passé, fait des traductions en langue étrangère ou négocié des adaptations audiovisuelles (avec citation des oeuvres concernées).
 
Faisons donc l'expérience, si vous êtes éditeur et que vous souhaitiez me communiquer ces données, je m'engage à les communiquer sur un site ou un blog (les blogs permettent plus facilement l'actualisation) créé pour l'occasion, de manière transparente, afin de venir en aide aux uns comme aux autres, auteurs et éditeurs. Merci d'avance...
 
 
P-S : si en lisant ce billet, vous souhaitez me suggérer d'autres données utiles, n'hésitez pas à le faire en commentaire.