Affichage des articles dont le libellé est prix unique du livre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est prix unique du livre. Afficher tous les articles

mercredi 17 décembre 2014

[Archive 18 juin 2013] Réactionnaire, l'exception culturelle française ?

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a récemment qualifié la France de "réactionnaire" eu égard à sa position à propos de ce qu'il est convenu d'appeler "exception culturelle." De nombreux artistes français, particulièrement dans le cinéma, se sont positionnés pour défendre cette exception. C'est leur droit. Mais cette question fondamentale, il faut le savoir, touche également l'édition, puisque l'exception culturelle française est régulièrement invoquée pour préserver le prix unique des livres, et notamment des livres numériques.

En préambule, on pourrait citer l'écrivain Mario Vargas Llosa : 

« La chose la plus importante que j’ai apprise est que les cultures n’ont pas besoin d’être protégées par les bureaucrates et les forces de police, ou placées derrière des barreaux, ou isolées du reste du monde par des barrières douanières pour survivre et rester vigoureuses. Elles doivent vivre à l’air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d’autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, leur permettant de se développer et de s’adapter au flot constant de la vie. La menace qui pèse sur Flaubert et Debussy ne vient pas des dinosaures de Jurassic Park mais de la bande de petits démagogues et chauvinistes qui parlent de la culture française comme s’il s’agissait d’une momie qui ne peut être retirée de sa chambre parce que l’exposition à l’air frais la ferait se désintégrer. »

Que le système français d'aides et de subventions permette à de nombreux films et festivals d'exister, soit. Au départ, le principe est généreux. Mais comme tout système politique, il est aisément détournable par les grands groupes et leurs lobbies. Rien ne dit que l'exception culturelle française ne permette pas à des producteurs de tourner des émissions de télé-réalité, par exemple.

Rien ne dit que ce système ne permette pas de favoriser certains médias audiovisuels, qui à leur tour aideront les gouvernements en place, de droite ou de gauche.

Là où il devient flagrant que l'exception culturelle conforte la situation de prédominance des grands groupes aux dépens des artistes, c'est bien dans l'édition. Non seulement en France, mais en Allemagne, où le prix unique du livre existe aussi depuis un certain temps, la révolution ebook ne s'est pas réellement produite pour le moment.

Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, en revanche, c'est une toute autre histoire : de nombreux auteurs indépendants vivent à présent de leur plume. Ils sont bien plus nombreux qu'en France à pouvoir en vivre, ou à être en mesure d'opposer un refus aux conditions terriblement injustes - on est dans la servitude moderne - que proposent les grands éditeurs. Certains best-sellers indépendants réussissent même à négocier des conditions décentes, à l'instar de Hugh Howey.

Je suis auteur indépendant. La meilleure aide que pourrait m'apporter le gouvernement serait de ne pas subventionner des grands groupes qui louent des espaces en librairie à l'année. Ce serait de ne pas épauler des grands groupes qui exploitent outrageusement mes pairs. De ne pas favoriser des grands groupes qui prennent les consommateurs pour des vaches à lait, en maintenant des prix de vente outrageusement hauts, notamment en numérique.


Ce serait de favoriser la diversité et la concurrence, y compris dans le milieu culturel.

La culture s'en porterait mieux à mon avis. Quand les aides sont détournées au point de ne favoriser qu'une toute petite minorité de créateurs, elles se mettent à jouer contre la création en général.

lundi 15 septembre 2014

[Archive 3/06/2012] Une réponse à Hadrien Gardeur

Le billet d'Hadrien Gardeur sur le site Bibliobs intitulé "Numérique ou non, le livre ne doit pas être un produit d'appel", n'a pas été une surprise pour moi. Selon Hadrien Gardeur, la décision du Department of justice américain (Doj) de sanctionner la collusion d'éditeurs américains avec Apple sur les prix des ebooks "défie le bon sens". J'ai déjà expliqué dans mes billets "pour en savoir plus sur la plainte contre Apple et les éditeurs", et "Quand le site Actualitté s'en prend à Amazon" ce que je pensais sur le sujet, je vais donc essayer de ne pas me répéter.

Si le billet d'Hadrien Gardeur n'a pas été une surprise, c'est que le site Feedbooks, dont il est co-fondateur, ne permet aux auteurs autoédités comme moi que d'y mettre leurs oeuvres en téléchargement gratuit. Seuls les éditeurs traditionnels peuvent y mettre les oeuvres de leurs auteurs en téléchargement payant. De par cette politique, de par aussi son discours dans sa tribune de Bibliobs, Hadrien Gardeur défend une forme de statu quo. Je rappelle tout de même que non seulement Amazon, mais aussi Kobo et la Fnac, permettent à des auteurs autoédités de vendre leurs ebooks sur leurs sites respectifs.

Afin d'attirer des clients dans son écosystème, Amazon vendait systématiquement à perte les titres les plus recherchés. Ainsi, une nouveauté dont l'édition papier se vendait 28$, était vendue à 9.99$, Amazon perdant sciemment plus de 10$ par titre vendu.

Vrai. Amazon était contraint de faire des ristournes à perte pour les nouveautés d'auteurs bestsellers, afin d'attirer les gens sur le Kindle. Sans cela, les ebooks n'auraient pas décollé aux Etats-Unis, en tout cas pas si vite. Les grandes maisons d'édition ont des frais, c'est vrai. Mais dans le cas d'auteurs bestsellers, les frais sont déjà intégrés dans l'économie du livre papier. La conversion en ebook ne représente qu'une modique somme, Hadrien Gardeur est bien placé pour le savoir.

Dans le monde papier, ces prix fracassés ont permis à Amazon d'anéantir ses concurrents de façon systématique. Aujourd’hui, depuis la fermeture de Borders en 2011, il ne reste plus qu'une seule chaîne indépendante spécialisée dans la vente de livres aux USA; Barnes & Noble. Précisons que sa situation financière est catastrophique.

"Prix fracassés" : notez bien le vocabulaire. Où est la justification pour des ebooks d'être plus cher que des livres de poche ? Où est la justification de sortir les livres de poche un an après les livres grand format, si ce n'est de prendre les lecteurs pour des vaches à lait ? Je sais bien que cela coûte cher, d'entretenir des immeubles à Saint-Germain des Prés, dans le VIème arrondissement de Paris. Mais la société et les auteurs doivent-ils vraiment être prêts à tous les sacrifices pour cela ?

Concernant Borders, la chaîne était déjà en très grande difficulté dès 2009, avant l'explosion de l'ebook aux Etats-Unis. De nouvelles librairies indépendantes ont pu naître et prospérer en lieu et place de Borders. Le livre papier et l'ebook ne sont pas incompatibles.

Il serait faux, cependant, de dire que l'ebook ne concurrence pas les librairies. Quand les caractères imprimés ont pris leur essor en Europe, les moines copistes ont dû se sentir menacés, eux aussi. Beaucoup se sont retrouvés à la rue. Mais en contrepartie, il a été plus facile d'enseigner la lecture et l'écriture au plus grand nombre.

Plus récemment, quand Internet a fortement concurrencé les magazines, et notamment les magazines de critique de jeux vidéo, j'ai à titre personnel perdu mon emploi. Pour autant, je ne suis pas allé faire du lobbying pour que les fournisseurs d'accès à Internet augmentent leurs tarifs, afin de dissuader les gens d'aller lire les articles concurrents sur le net. Pourquoi ? Parce qu'Internet, malgré son côté destructeur d'emploi, apporte la connaissance au plus grand nombre.

Le livre numérique permet à Amazon de mettre en place une stratégie encore plus agressive. En vendant de nombreux livres dans un format propriétaire, bloqué pour ne fonctionner que dans son écosystème, il rend l’acheteur totalement captif.
Cette combinaison du bâton (captivité) et de la carotte (vente à perte) assure à terme une situation de monopole dans laquelle Amazon pourrait alors dicter toutes les règles du jeu.

Je ne suis pas très favorable au format propriétaire. Néanmoins, il me faut bien reconnaître que dans le cas d'Apple, si ce géant américain n'avait pas poursuivi cette politique de format propriétaire pour son système d'exploitation, il aurait comme la plupart des concurrents de Microsoft disparu. A partir du moment où le format .azw ou mobi est légalement convertible en epub, ce n'est pas tant ce format qui rend les lecteurs captifs que les DRM. Or, sur Amazon, les éditeurs ont le choix d'appliquer ou non des DRM. Amazon se bat donc avec une arme qui a été utilisée par d'autres. Dans le monde du numérique, des géants peuvent très rapidement disparaître, s'ils ne font pas attention.

Concernant la vente à perte, celle-ci a été interdite par l'agrément du Doj avec les éditeurs qui ont accepté celui-ci (dont Hachette). Quant à la situation de monopole, elle aura d'autant moins de chance de survenir que des concurrents compétitifs apparaîtront.

Inquiets face à cette situation, les éditeurs américains ont profité de l'arrivée d'Apple sur le marché pour changer les règles du jeu, basculant sur un modèle où un même prix s'appliquerait à l'ensemble des revendeurs, permettant de conserver une diversité de canaux de distribution et donc davantage de compétitivité dans ce marché.

La compétition doit se faire au niveau de l'accessibilité, de la visibilité et du choix des oeuvres, et non de la fixation illégale de prix abusifs par entente mutuelle. Les concurrents d'Amazon doivent créer des sites compétitifs.

Une récente décision du Department of Justice (DoJ) remet cependant ce modèle en cause. Accusant les éditeurs d'entente illicite sur les prix, le DoJ s'apprête à imposer la fin de ce modèle auprès de cinq des plus grands éditeurs américains, créant ainsi toutes les conditions pour que Amazon reprenne son rôle de prédateur dominant.
Cette décision défiant le bon sens est le signe avant-coureur d'une tendance lourde que l'édition va devoir combattre: pour ces acteurs, le livre n'est qu'un produit d'appel. Pour Apple ce n'est qu'un moyen de vendre des tablettes, pour Google nos lectures sont un moyen comme un autre d'en savoir toujours plus sur nous et nos comportements de consommateur afin de nous inonder de publicités ciblées. Ces préoccupations sont bien éloignées des attentes des lecteurs comme des éditeurs, et si les autorités laissent le marché entièrement entre leurs mains, tout le monde sera rapidement perdant.

Le livre est un produit d'appel ? Dans ce cas, la musique est aussi un produit d'appel pour les lecteurs MP3. Et les films, pour tous les supports numériques qui en permettent la lecture. Je suis persuadé qu'Amazon fait le plus de bénéfice sur le contenu, et non sur la vente de Kindle. Amazon autorise la diversité de contenu et l'accessibilité de contenu, et permet à des auteurs indépendants comme moi d'être nettement plus visibles qu'ils ne l'étaient dans l'ancien système.  

Pour ce qui est de la publicité, celle-ci existe aussi avec Internet. Cela n'empêche pas les internautes d'avoir accès au contenu. Certains sites ou blogs, comme le mien [pas l'ancien, le nouveau], sont dépourvus de publicité. De même, si les acheteurs de lecteurs d'ebooks ne veulent pas de publicité, ils n'en auront pas. Si Amazon devait contrarier ses clients, il les perdrait rapidement. Dans le monde du numérique, les géants ont les pieds d'argile. Ils peuvent très rapidement vaciller. Inutile, donc, d'agiter l'épouvantail de la publicité.

Fixer le prix du livre numérique n'est pas suffisant en soit, mais c'est une condition préalable à un véritable marché. Un prix unique sur le livre numérique pourrait être perçu comme une opportunité par les éditeurs de ralentir l'adoption de la lecture numérique. Au lieu de cela, il doit absolument devenir un outil leur permettant de mieux comprendre le marché, que ce soit via des politiques de prix ciblés dynamisant leurs ventes, ou en lançant de nouvelles collections adaptées aux attentes des lecteurs numériques.

Fixer le prix du livre numérique retarde l'adoption de l'ebook en rendant plus faciles et efficaces les ententes illicites entre grands éditeurs. Ce n'est pas avec des formules comme "il doit absolument devenir un outil leur permettant de mieux comprendre le marché" que l'on va faire avancer les choses. Maintenant que les concurrents d'Amazon existent et que le risque d'un monopole est écarté, les prix des ebooks doivent baisser afin que les lecteurs soient plus nombreux à adopter le livre numérique.  

Quant aux libraires, dans un monde où les catalogues n'ont plus de limites, leur rôle sera plus que jamais nécessaire pour guider le lecteur dans ses choix. Mais être libraire numérique, c'est aussi repenser la médiation et la manière dont le lecteur navigue dans un catalogue, et c'est seulement en mettant son expérience au service de nouvelles expériences que la librairie trouvera sa place. Plutôt que d'un portail de la librairie, c'est de standards, et d'outils  leur permettant de se différencier dont les indépendants ont besoin.
Créons ensemble les conditions favorisant la diversité des acteurs et des expériences, le livre mérite mieux que d'être un simple produit d'appel.

D'accord avec les grands principes édictés par Hadrien Gardeur. Je peux comprendre que le livre soit une oeuvre artistique et non un produit. Seulement, il faudrait aussi le dire aux éditeurs qui ont vendu 437,8 millions d'exemplaires papier hors fascicules en France en 2009 (chiffres du Centre National du Livre). Ce qui signifie sans doute au moins 400 millions de livres pilonnés, c'est à dire détruits, puisque l'on estime qu'il faut un livre pilonné pour un livre vendu dans le système actuel. Le livre n'est pas un produit d'appel si nous ne sommes pas dans une industrie du livre. Le livre, en France, est une industrie. 

Je rappelle aussi qu'il y a une centaine d'auteurs de fiction qui arrivent à vivre de leur plume en France. Pour plus de 400 millions de livres vendus en 2009. Il n'y aurait pas un problème ? Le livre numérique peut permettre à davantage d'auteurs de vivre et de prospérer. C'est déjà le cas aux Etats-Unis. Il serait peut-être temps de récompenser les créateurs.


Par ailleurs, si Hadrien Gardeur souhaite comme il le dit favoriser la diversité des acteurs et des expériences, pourquoi ne pas permettre aux auteurs autoédités de vendre sur Feedbooks ? 

Enfin, si Bibliobs souhaite publier ma réponse sur son site dans les mêmes conditions de visibilité que le billet d'Hadrien Gardeur, ses lecteurs l'en remercieront peut-être. En général, les lecteurs ont tout intérêt à examiner les points de vue divergents, afin de se forger une opinion. C'est aussi cela, le travail de journaliste.

vendredi 12 septembre 2014

[Archive 16/05/2012] Pour en savoir plus sur la plainte contre Apple et les éditeurs

Un article très synthétique sur l'affaire de collusion sur les prix des ebooks entre Apple et les éditeurs m'a été signalé sur le site Macgeneration. Cet article, contrairement à ceux d'ActuaLitté, reste factuel et ne prend pas parti. Néanmoins, il suffit de le lire pour ne plus guère avoir de doute sur la collusion en question.

Voici les réflexions que j'en tire :

- Historiquement, cette collusion autour de l'accord d'agence est favorable au développement de l'ebook, car elle a contraint tous les grands éditeurs à s'y mettre. Néanmoins, on voit bien de quel côté est l'avidité : les éditeurs gagnent énormément sur la vente d'ebooks.
- Comme le dit Steve Jobs, cet accord aura contribué, très certainement, à un bien meilleur dynamisme des concurrents d'Amazon comme Barnes & Noble avec son Nook, et comme Kobo : en ayant la possibilité de vendre les ebooks des grands éditeurs, même à prix (trop) élevé, ils ont pu attirer des lecteurs et lancer leur business dans de bonnes conditions. 

- Cet accord aura été aussi favorable aux autoédités, en contraignant Amazon à se tourner vers eux pour contrecarrer les éditeurs en s'appuyant sur les prix très attractifs des autoédités. Cela confirme mon hypothèse selon laquelle c'est grâce à Apple que les auteurs indépendants et les éditeurs bénéficient d'une remise de 70% (auparavant, on était à 30% chez Amazon, aux Etats-Unis).
- On parle beaucoup de la vente à perte d'Amazon : elle semble bien avoir eu lieu en effet, mais uniquement pour des best-sellers. Amazon aurait perdu trop d'argent s'ils l'avaient fait pour tous les livres des éditeurs concernés. Par ailleurs, le nouvel agrément du Département américain de la Justice interdit la vente à perte.

- Je ne pense pas qu'Amazon aurait réussi à contraindre les grands éditeurs à vendre à plus bas prix comme le disait Steve Jobs dans l'article de Macgeneration : "vous restez sur les 9,99$ d'Amazon. Vous gagnerez un peu plus d'argent sur le court terme, mais à moyen terme, Amazon vous dira qu'ils vont vous payer 70% de 9,99$ (sous-entendu, encore moins que le prix de vente - à perte - pratiqué par la firme de Jeff Bezos, ndr). Eux aussi ont des actionnaires." A mon avis, les grands éditeurs auraient retiré leurs best-sellers du Kindle Store dans ce cas.
- L'article confirme bien qu'il y a eu collusion entre les grands éditeurs et Apple, avec pour effet de monter les prix des ebooks aux dépens des lecteurs.

- Je suis d'accord pour dire qu'Amazon n'est pas un blanc mouton et qu'il poursuit des buts hégémoniques, mais ni plus ni moins que ses concurrents. Et c'est apparemment le seul acteur dont le modèle économique est vraiment favorable aux lecteurs, avec cette volonté de faire baisser les prix. D'où le fait qu'il ait été favorisé par le Département américain de la justice (DoJ).

- Apple, Macmillan et Penguin ont eu tort de ne pas accepter l'accord proposé par le DoJ : ils vont maintenant avoir affaire aux avocats anti-trust du gouvernement américain. Le dernier grand acteur à avoir eu affaire à eux est Microsoft, pour son procès d'abus de position dominante. Les analystes estiment que Crosoft a perdu sa position dominante au profit d'Apple suite à ce procès. Apple sera peut-être moins touché, mais si jamais les avocats anittrust du gouvernement fourrent leur nez dans les comptes des éditeurs Penguin et Macmillan (et ils le feront certainement), ils vont très certainement découvrir des pratiques d'un autre âge, notamment dans les rapports avec les agents et les auteurs et dans les droits d'auteur versés à ces derniers.

- En général, les gouvernements laissent les grands éditeurs commettre tranquillement leurs petits crimes en famille. S'ils se sont d'un seul coup retrouvé dans le collimateur du DoJ, c'est tout simplement parce que celui-ci a le regard rivé sur les grands groupes comme Apple, Microsoft et Google.

A voir aussi, l'info sur le blog Aldus. Mon avis diverge totalement par rapport à la conclusion de l'article d'Aldus : C'est Amazon qui doit se frotter les mains et nous français de bénir notre loi sur le prix unique qui nous met à l'abri de la prédation par les prix. Quelle serait la situation en France à l'heure où je vous parle...

Le prix unique des ebooks fait perdre chaque jour beaucoup d'argent aux personnes qui achètent des ebooks. Il protège sans contrepartie les grands éditeurs, qui exploitent sans vergogne les auteurs et les lecteurs. Ce prix unique, en garantissant des prix hauts pour les ebooks (du moins tant qu'en France, une enquête n'aura pas mis en évidence la collusion des grands éditeurs sur ces prix hauts visant à protéger le livre de poche), nuit également à l'attractivité des lecteurs d'ebooks, et à tous les acteurs comme Kobo, Sony, Bookeen ou Amazon qui en bénéficient. Et bien sûr, par ricochet, aux petits éditeurs et auteurs indépendants.

jeudi 11 septembre 2014

[Archive 15/04/2012] Quand le site ActuaLitté s'en prend à Amazon

Ce qu'il y a d'intéressant avec la guerre éditoriale qui fait rage à l'heure actuelle, c'est que certains acteurs prennent résolument parti, et montrent ainsi dans quel camp ils se trouvent. Pour résumer, cette guerre oppose cinq grands éditeurs américains, alliés de circonstance à Apple, à Amazon. Le Département de la justice américain a en effet assigné lesdits éditeurs et Apple en justice pour entente illicite sur le prix des livres numériques (ebooks). On s'aperçoit que le site ActuaLitté, pourtant un site d'information, n'hésite pas à se ranger résolument du côté d'Apple et des cinq éditeurs en cause en parlant de "monopole d'Amazon sur les ebooks", du "lavage de cerveau façon Jeff Bezos", et du "miroir aux alouettes de la politique tarifaire du Kindle". Bonjour l'objectivité...
 
Tout le monde sait qu'Amazon est loin d'être un gentil nounours. On sait par exemple qu'avant l'arrivée de l'ipad, Amazon ne donnait que 35% aux auteurs et éditeurs sur le prix des livres numériques. L'arrivée d'Apple sur le marché des ebooks, à cet égard, a fait un bien fou, permettant aux auteurs et éditeurs de bénéficier de 70%. Mais Amazon a aussi compris, en faisant passer la marge des auteurs à 70%, qu'il pourrait concurrencer très sérieusement les éditeurs traditionnels. En effet, les auteurs autoédités, n'ayant pas à subir les frais de fonctionnement des grandes maisons d'édition, peuvent concurrencer celles-ci efficacement.
 
Or, on sait que les éditeurs traditionnels disposent d'une main-mise sur le marché de la distribution de livres physiques. Il ne s'agit pas, en France, d'un monopole, mais d'un duopole, avec la domination du groupe Lagardère (Hachette) et de Publicis. C'est pourquoi il convient de remettre en perspective les articles d'ActuaLitté. Le site ne cesse de pointer du doigt le monopole supposé d'Amazon, sans jamais remettre en cause le duopole de Lagardère et Publicis. Pourquoi le fait-il ? Pour protéger la sacro-sainte "chaîne du livre".
 
Cette chaîne du livre, en acceptant de rester sous le joug d'un duopole, est tout de même responsable, d'une part de prix trop élevés, d'autre part d'un choix plus restreint d'ouvrages (en fonction de l'avis de quelques directeurs littéraires), et enfin de l'exploitation sans merci d'un très grand nombre d'auteurs. 
 
ActuaLitté n'hésite pas à citer Scott Turow, le très décrié président de la guilde des Auteurs aux Etats-Unis, selon lequel Amazon va de nouveau pouvoir vendre des titres à perte, ce qui mettra en danger toutes les librairies qui veulent se lancer dans le livre numérique. Le modèle de prix d'agence, en instituant un prix unique des livres numériques, favoriserait les libraires.
 
Admettons ce dernier point. Les libraires sont en effet protégés par le prix unique. Mais pas les lecteurs. Les lecteurs, quant à eux, doivent continuer à payer le prix fort pour les ebooks. En tant qu'auteur, je pourrais me réjouir de ce fait : mes ebooks sont beaucoup moins cher que ceux des grands éditeurs, et je peux donc les concurrencer à loisir. Mais je suis aussi lecteur, et je trouve cela révoltant.
 
Ce modèle de prix unique du livre est un modèle artificiel. La protection de l'emploi ne doit pas figer les choses, elle doit au contraire favoriser l'innovation et l'esprit d'entreprise. Pourquoi Amazon, avant l'arrivée de ce "prix d'agence" (entente sur les prix des ebooks), possédait-il 90% du marché de l'ebook ? Parce que son site est meilleur, tout simplement. Plus efficace. Plus juste pour les auteurs, comme pour les lecteurs.
 
Je ne dis pas qu'Amazon est une oie blanche. J'ai déjà dit ici à quel point j'étais contre la formule KDP Select. Il est tout à fait possible que la société ne se soit pas acquittée de ses taxes en Grande Bretagne comme on l'en accuse. Mais pour moi, le vrai problème ne vient pas d'Amazon. Il vient de l'absence d'une concurrence à la hauteur. Ce n'est pas par le biais d'ententes entre éditeurs que les grandes maisons devraient lutter contre Amazon, mais en favorisant la recherche, en développant des sites plus efficaces et qui donnent le sentiment de liberté aux lecteurs, en s'interdisant l'usage des DRM (verrous numériques). En permettant à un maximum d'acteurs de fournir une grande diversité de contenus aisément accessible aux lecteurs.
 
L'abus de position dominante est un problème permanent, d'où qu'il provienne. Quand mes livres sont virés des rayons d'un grand libraire en n'y étant restés que trois jours parce qu'un grand éditeur arrive avec ses livres, je suis victime d'une position dominante. 
 
Or, je suis persuadé qu'il est beaucoup plus difficile de contrôler un marché numérique qu'un marché physique. Si Amazon devait abuser de sa situation dominante, les auteurs et éditeurs privilégieraient d'autres acteurs. Ces acteurs existent déjà : Apple (même si, pour moi, Apple n'est pas un "pure player" du livre numérique, puisqu'il n'existe aucun ebook Apple à base d'encre électronique) Bookeen, Kobo, le Nook de Barnes & Noble, Sony. Tout ce qu'il leur faut pour vraiment concurrencer Amazon, c'est un site de qualité, avec des algorythmes aussi performants que ceux d'Amazon.
 
Il y a un auteur américain dont l'avis me semble très pertinent. Il s'agit de Mickael A.Stackpole. Dans un billet, il explique pourquoi il est vital pour les auteurs de pouvoir faire de la vente directe, via leur site d'auteur. Dans un autre intitulé "l'opinion d'un profane", il tente de décrypter le procès en cours (il ne reste plus que Apple, Mc Millan et Penguin contre le Département de justice américain, Hachette, HarperCollins et Simon & Schuster ayant signé un arrangement).
 
Les auteurs et les lecteurs doivent plus que jamais garder les yeux grands ouverts, et l'esprit critique. Quand une guerre de l'ampleur de celle qui oppose les différents acteurs éclate, la désinformation est une arme.

vendredi 5 septembre 2014

[Archive 2/10/2012] Des ebooks à plus bas prix ?

Soumises à une enquête antitrust de la Commission européenne visant à déterminer s'il y a eu entente illégale, car anticoncurrentielle, sur les prix des ebooks dans le cadre d'un accord avec Apple, quatre grandes maisons d'édition, Simon & Schuster (CBS Corp, Etats-Unis), Harper Collins (News Corp, Etats-Unis), Hachette Livre (Lagardère Publishing, France) et Verlagsgruppe Georg von Holtzbrinck (qui détient notamment MacMillan, Allemagne) se sont engagées à réformer leurs pratiques. Une annonce qui fait suite à la condamnation aux Etats-Unis des mêmes éditeurs à reverser près de 80 millions de dollars aux personnes ayant acheté leurs livres numériques trop cher suite à ces pratiques. La Commission européenne se donne jusqu'au 19 octobre pour accepter ou non le règlement.

Grâce à cet accord, des distributeurs comme Amazon vont pouvoir pratiquer des rabais sur des best-sellers pour promouvoir davantage la lecture d'ebooks. Sauf en France. Car la politique du prix unique du livre numérique en France, qui a pour but de sauvegarder les intérêts des libraires (et donc des grands éditeurs maîtrisant les réseaux de distribution des livres physiques), va continuer de s'appliquer, selon le site Actualitté.

Pour comparer, c'est un peu comme si on avait demandé à Apple à l'époque des débuts du MP3, de respecter les prix uniques fixés par les labels pour préserver les disquaires.

Faudra-t-il à l'avenir aller acheter ses ebooks sur des plates-formes belges (wallonnes) où les distributeurs auraient la possibilité d'effectuer des rabais? Amazon aurait-il intérêt à créer un Amazon.be? La rigidité de cette loi absurde sur le prix unique du livre numérique en France devrait en tout cas favoriser le piratage déjà fermement implanté dans l'hexagone, et installer comme pratique "naturelle" le téléchargement illégal d'ebooks trop chers plutôt que de véritablement freiner le développement de la lecture numérique, qui quant à elle me semble inéluctable.

Quand on me dit que le prix unique du livre se justifie pour préserver l'exception culturelle du livre, c'est à se tordre de rire. Cherche-t-on à empêcher les promos sur les DVD à 9,99€, 6€ ou 3€? En quoi des films seraient-ils moins "culturels" que des livres? 

Evidemment que les consommateurs sont pris pour des vaches à lait. Evidemment que sous prétexte de maintenir l'emploi, on cherche à maintenir la mainmise d'Hachette et de Publicis et de leurs multiples filiales. Au détriment, bien sûr, des lecteurs et des auteurs.