lundi 22 septembre 2014

[Archive 4 août 2013] La bourde cosmique d'Amazon.fr

Que cela soit clair, je me range plutôt parmi les admirateurs d'Amazon que de ses détracteurs. Mais il m'est impossible, en tant qu'auteur indépendant, de faire deux poids deux mesures, et d'un côté de dénoncer le fait, pour de grandes maisons d'édition, de s'acheter une place sur la liste des best-sellers, pour ensuite taire le fait que des auteurs auto-édités agissent de même grâce à un nouveau service. Surtout quand Amazon.fr semble cautionner cela. Et même si, comme le spécifie l'article d'ActuaLitté, le service en question est aussi bien utilisé par certains éditeurs que par des auteurs indépendants.

Quelle est donc cette bourde si énorme commise par Amazon.fr, qui puisse laisser penser qu'Amazon cautionne le recours pour des auteurs et éditeurs à une entreprise tierce afin de générer artificiellement des ventes sur sa plate-forme Kindle, permettant à des auteurs d'entrer dans le top 20 si convoité? Eh bien tout simplement d'avoir permis à l'auteur du mois de la lettre d'information Kindle, une newsletter qui touche tous les auteurs et éditeurs indépendants publiés sur le Kindle Store, de mentionner ledit service.

Résumons donc : en payant 178 euros, l'auteur fait appel à une société qui profite d'une faille d'Amazon, et fait appel à un "club de lecteurs" pour acheter à environ une centaine d'exemplaires en quelques heures votre ebook.

L'auteur de la newsletter, bien que ses ebooks n'aient pas été lus, profite de ces achats simultanés pour entrer dans le top 20.

Amazon.fr récompense l'auteur dont les ebooks vendus, en très grande majorité, n'ont pas été lus au moment de son entrée dans le top 20, en lui permettant de parler dans sa newsletter, et de toucher en grande majorité d'autres auteurs et éditeurs.

Dans un élan sincère de générosité (et il n'y a pas d'ironie de ma part ici), afin de faire profiter les autres d'un "bon plan", l'auteur parle de ce service qui lui a permis d'accéder au top 20 sans être lue.

Vous commencez à saisir ? Amazon.fr, en laissant passer l'info, ne se tire pas une balle dans le pied. Elle se l'explose avec une grenade.

Un top 20 est censé récompenser les meilleurs livres ou en tout cas les plus populaires, pas être une tête de gondole virtuelle comme celles que, dans le monde réel, les gros éditeurs louent en librairie pour donner plus de visibilité à leurs ouvrages.

En faisant indirectement, et sans doute involontairement, la promotion d'un système basé sur l'achat massif d'ebooks en un temps donné, Amazon.fr nuit à son image et décrédibilise la valeur d'une partie des ebooks du top 20.

Ceux qui payent les pots cassés sont les auteurs autoédités et éditeurs qui ont joué le jeu et sont parvenus à entrer dans le top 20 en se faisant graduellement connaître pour la qualité de leur travail. Par effet d'assimilation, eux aussi passent pour des traders faisant de la spéculation, ou des magouilleurs.

Car il ne faut pas mettre les autoédités dans un même sac, la grande majorité cherche loyalement à augmenter son lectorat. Mes propres ebooks, par exemple, ne sont jamais rentrés dans le top 100. Je ne veux pas d'une victoire remportée grâce à un tour de passe-passe. Si l'argent avait été mon seul objectif, j'aurais pu vendre de la bière ou n'importe quoi d'autre.

Que des gros éditeurs truquent les cartes ne saurait être un argument pour en faire autant.

Il y a deux mois, l'un des lecteurs appartenant au "club de lecture" est venu mettre une publicité concernant le "service" que je dénonce ici, dans les commentaires de ce blog.

Voici ce que je lui répondais alors : Ce que propose [ce service] équivaut à s'acheter des ventes, ce qui selon moi s'apparente à de la fraude. Je dénonçais déjà ce type de système avec les éditeurs traditionnels, je ne vais pas le préconiser pour des auteurs indépendants. C'est tromper le lecteur.

Voir cet article : http://emmanuelguillot.over-blog.com/article-s-acheter-une-place-sur-la-liste-des-best-sellers-115636300.html


Un système que je pourrais accepter, en revanche, serait des newsletters envoyées à des lecteurs qui se seraient volontairement abonnés, une par genre de prédilection, avec des livres d'auteurs indépendants dans la newsletter, livres critiqués par l'équipe de la newsletter sous réserve d'acceptation des candidatures des auteurs.

Et là, effectivement, on pourrait envisager un paiement par les auteurs de ce service, du moment que leur candidature aurait été avalisée. A condition bien sûr de s'adresser à un nombre de lecteurs suffisant dans ces newsletters.

Et puis :

même en admettant que ce ne soit pas une arnaque pour les auteurs, c'en est une pour les lecteurs, qui achètent des ebooks en se fiant à un classement artificiellement boosté. Cela tend à dénaturer le système mis en place par Amazon.

Le plus gros reproche que j'ai à faire à ce service est qu'il trompe le lecteur et ne cherche qu'à faire vendre, sans aucune appréciation qualitative.

A l'inverse, un service comme Babelio aurait tendance à s'adresser aux lecteurs, avec de vraies critiques selon leurs goûts. Sauf que le système de Masse Critique, où des livres sont envoyés à des lecteurs en échange de critiques, ne s'adresse qu'à des éditeurs. En outre, on peut toujours se poser la question de l'impartialité de commentaires de lecteurs qui ont reçu gratuitement des livres.

Le défi pour les auteurs indépendants consiste à informer les lecteurs consentants sans les spammer. En ce qui me concerne, je les invite pour cela à s'inscrire à ma newsletter, mais je n'utilise pas de bots inscrivant automatiquement comme cela se fait de plus en plus.

Aux Etats-Unis, il existe un site appelé Bookbub : il s'adresse vraiment aux lecteurs en leur envoyant une newsletter selon leur goût. C'est aux lecteurs de s'inscrire sur le site, c'est une démarche volontaire de leur part.

L'auteur va envoyer son ebook au service Bookbub, qui va l'évaluer. En cas d'avis positif, qui est loin d'être automatique, l'auteur va pouvoir débourser 400 dollars pour toucher les lecteurs abonnés à cette newsletter, à condition de mettre son ebook gratuit ou à 0,99 $ au moment où Bookbub va en parler.

Il y a évidemment une forme de manipulation là-dedans, mais cela me semble beaucoup plus correct comme service, puisqu'il y a d'une part un filtre préalable des ebooks, et d'autre part une volonté réelle de lecteurs de lire ces ebooks sélectionnés selon leur genre de prédilection.

Pour conclure, je dirais que je ne m'estime pas meilleur qu'un autre. Dans la volonté d'accroître son lectorat, son influence et son prestige, tout n'est pas blanc pour un auteur. Mais nous avons tout de même un point de repère, et c'est le respect du lecteur. Le service dont Amazon.fr a fait indirectement la promotion est selon moi à cet égard, et dans son état actuel, une duperie.

Je pense qu'il ne faut pas se cacher la tête dans le sable, mais évoquer tout cela pour faire avancer les choses en positif. Et je crois avoir essayé de le faire de manière constructive dans cet article.

[EDIT 09/09/2013] : MyKindex aurait cessé son activité depuis peu. Voir à ce sujet le blog de Romain Godest.

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