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jeudi 13 septembre 2018

On a fait fausse route

Les dirigeants des grandes puissances connaissent le problème du réchauffement climatique depuis au moins 30 ans, et pourtant ils ont pris le mauvais chemin en choisissant, à la fin des années 80 et plusieurs fois par la suite, de ne rien changer. Pourquoi? Parce que les mesures à prendre auraient non seulement impacté notre mode de vie, mais aussi notre système économique et notre mode de pensée. Pour lutter efficacement contre le changement climatique, mais aussi les autres maux liés à la pollution, il faut détrôner l'économie pour donner le pouvoir exécutif à l'écologie. C'est cela qui a été inacceptable, non seulement pour nos dirigeants et ceux qui tirent vraiment les ficelles, les grands lobbies commerciaux, mais hélas aussi, pour la majorité de la population. C'est pourquoi nous avons fait fausse route et que nous continuons dans cette impasse. 

On a fait fausse route en privilégiant la compétition économique sur la coopération entre Etats, indispensable pour générer des circuits de commerce courts et limiter les transports polluants sur mer et dans les airs, liés à l'import/export. 

On a fait fausse route en mettant un dogme, celui de la vertu des marchés financiers et du capitalisme, au-dessus du principe de réalité et du pragmatisme. 

On a fait fausse route en refusant d'écouter les scientifiques, qui nous disent que les ressources sont limitées, et qu'il faut les répartir équitablement. 

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas les économistes aux problèmes écologiques, en leur faisant par exemple réaliser des reportages sur la pollution et ses conséquences sur les frais de santé.

On a fait fausse route en ne sensibilisant pas, ou insuffisamment, nos dirigeants à l'écologie.

On a fait fausse route en ne considérant pas le pétrole et autres hydrocarbures et dérivés comme le plastique comme des produits toxiques pour la nature et pour l'homme, et en ne les taxant pas suffisamment pour qu'ils ne soient plus compétitifs.

On a fait fausse route en ne développant pas des alternatives biodégradables aux produits dérivés du pétrole.

On a fait fausse route en faisant semblant de croire certains lobbies comme Coca-Cola quand ils nous ont dit que le recyclage du plastique, et le tri sélectif règleraient le problème de la pollution.

On a fait fausse route en considérant que la chimie pouvait résoudre tous les problèmes, alors qu'elle ne fait bien souvent que les exacerber. 

On a fait fausse route en mettant des nanoparticules dans les aliments

On a fait fausse route en autorisant des pesticides qui détruisent insectes et oiseaux, et causent des cancers chez l'être humain.

On a fait fausse route en manquant d'empathie avec les animaux, et en rompant le contrat tacite qui nous lie à la majorité des espèces, en les surexploitant.

On a fait fausse route en mangeant trop de viande, et notamment de bovins, ce qui accélère le réchauffement climatique et apauvrit les réserves d'eau.

On a fait fausse route en voulant combler nos lacunes spirituelles par du matérialisme, quête absurde et sans limites. 

On a fait fausse route en privilégiant l'agressivité envers la nature et nous-mêmes par rapport à l'harmonie avec l'environnement et entre les êtres.

On a fait fausse route en ne développant pas assez le solaire et les énergies renouvelables, et, en France, en privilégiant systématiquement le nucléaire.

On a fait fausse route en abandonnant les recherches sur les modèles de véhicules électriques, sous la pression des lobbies du pétrole. 

On a fait et on continue à faire fausse route en laissant les lobbies commerciaux nous dire quelle route prendre, parce que notre idéologie concorde avec la leur. 

On fait fausse route quand, dans les ménages, on choisit l'alimentation comme poste budgétaire à rogner, ce qui fait que l'on achète et privilégie la nourriture industrielle.

On fait fausse route en n'écoutant pas l'Organisation internationale du travail quand elle nous dit que lutter contre le changement climatique créerait plus d'emplois que cela n'en détruirait.

On fait fausse route en cherchant le profit et la rentabilité maximale immédiate aux dépens de notre planète, ce qui nous met au même niveau, sur le plan de l'écologie, que des termites

J'ai oublié beaucoup de choses, qu'on me le pardonne. Mais je l'ai dit et je le répète: on ne pourra pas changer les choses tant que l'on n'aura pas modifié notre système de valeurs et ajusté notre mentalité.

[EDIT 20/08/2022] : ""Ce serait une erreur d'imaginer que les gens demandent qu'on protège leur vie et leur environnement, et qu'ils témoigneraient de la reconnaissance à un idéaliste qui mènerait le combat dans ce sens. Les gens ne pensent qu'à leur confort personnel. Nous en avons eu la preuve lorsqu'au XXe siècle la question de l'environnement s'est posée de façon aiguë. Quand il fut démontré que la cigarette augmentait le risque de contracter le cancer du poumon, la solution la plus évidente aurait consisté à cesser de fumer. Au lieu de cela les gens réclamèrent des cigarettes ne présentant pas ce grave inconvénient. Quand il fut prouvé que les moteurs à combustion interne polluaient dangereusement l'atmosphère, le plus simple aurait été de renoncer à de tels moteurs, mais les gens se contentèrent de réclamer des moteurs similaires n'offrant pas cet inconvénient." --Isaac Asimov, Les dieux eux-mêmes, 1972.

vendredi 31 octobre 2014

[Archive 28/04/2010] MédiasTox, un outil pour évaluer la toxicité des médias

De la même manière qu'il existe des organismes de mesure de la pollution de l'air, comme Airparif en Ile-de-France, on pourrait inventer MédiasTox, un organisme chargé de mesurer la toxicité des médias. Les médias les plus invasifs que sont la télévision et la radio seraient bien sûr les premiers "mesurés". Les présentateurs télé ont  d'ailleurs déjà commencé une démarche d'auto-évaluation, puisqu'ils informent souvent ainsi : "attention, les images suivantes peuvent heurter la sensibilité des jeunes téléspectateurs". Mais il s'agirait d'aller plus loin, en mesurant l'impact des informations sur le moral des personnes qui y sont soumises. Une démarche d'utilité publique, donc, qui pourrait permettre de faire diminuer la consommation d'antidépresseurs, de produits addictifs tels que l'alcool et le tabac, voire, de manière plus générale, la surconsommation induite par l'état de stress...
  




A titre personnel, je n'aime pas trop les messages un peu hypocrites du style : "fumer tue", ou "évitez de grignoter entre les repas". Mais, s'ils sont une manière d'évacuer les problèmes et de dire en quelque sorte, "je m'en lave les mains", ils peuvent peut-être chez certains provoquer une prise de conscience. De la même manière, avant les flashs infos, on pourrait peut-être passer des messages du style : "l'abus d'informations anxiogènes peut  provoquer des états de stress ou une aggravation d'états dépressifs, chez l'enfant comme chez l'adulte". Cela permettrait peut-être de faire baisser le trou de la Sécu.
 
Par ailleurs, un site qui évaluerait l'anxiété générée par les informations sur une échelle de 1 à 10 permettrait à chacun de regarder des flashs infos ou d'écouter la radio en toute connaissance de cause, en sachant ce qui l'attend et donc, en renforçant plus ou moins ses propres défenses.
 
Et la liberté de la presse, dans tout ça ?
 
Il s'agit effectivement du point le plus délicat. MédiasTox serait un instrument, rappelons-le, de mesure et non de contrôle de la toxicité de l'information, à savoir que l'organisme n'aurait aucun droit de préconisation d'aucune sorte pouvant porter atteinte à la liberté de la presse. La toxicité serait évaluée à posteriori de chaque journal, afin que l'organisme ne puisse s'arroger des droits sur l'information supérieurs à ceux du citoyen.
 
Mais, même ainsi, les médias eux-mêmes, en découvrant la toxicité des informations qu'ils délivrent, pourraient être tentés de s'autocensurer. Là n'est pas le but recherché, il ne s'agit pas non plus de fermer les yeux sur les drames du monde ni de faire l'autruche. Les journalistes devront s'en tenir à ce qu'ils faisaient avant, ni plus ni moins. 
 
Pour ce qui est de la mesure de la toxicité de l'info sur Internet, cela semble beaucoup moins praticable, mais Internet est aussi un média qui peut s'autoréguler, des sites comme Hoaxbuster le prouvent.
 
Après, vous me direz, comment déterminer ce qui est toxique de ce qui ne l'est pas ? De par les informations traitées, bien sûr, mais aussi de par la manière dont on les traite. Des termes comme "alarmant", "anormal", "préoccupant", "inquiétant", "crise", "choquant", sont des termes anxiogènes. Il ne s'agirait pas de les interdire, bien au contraire, mais que l'organisme les repère pour les faire entrer dans le champ de son évaluation. L'organisme pourrait tenir un compte de ces termes, mais uniquement à titre justificatif, pour qu'il puisse expliquer pourquoi il a évalué la toxicité de tel journal à 9 sur 10 par exemple.
 
Je sais déjà que l'on va malgré tout me reprocher de vouloir porter atteinte à la liberté de la presse, à laquelle je suis profondément attaché, je sais que l'on va me dire que les dons pour les réfugiés d'Haïti n'auraient pas été si importants si les journaux n'avaient fait une telle audience, que vouloir afficher des informations susceptibles de dissuader les gens d'avoir recours aux médias, c'est faire acte d'anti-citoyenneté, que les journalistes sont les premiers défenseurs des droits de l'homme et qu'ils le payent souvent de leur vie à l'étranger... Je sais tout cela. Il n'empêche, l'information n'est pas neutre, et son impact dans notre vie quotidienne est bien réel. Il importe de mesurer au mieux cet impact pour pouvoir protéger ne serait-ce que les personnes les plus fragiles.