"Votre compte a été définitivement désactivé". Le message en provenance de Meta Support arrivé sur ma boîte email, et datant du 25 juillet, est clair et sans ambigüité. Six mois après la procédure d'appel, lancée le 26 janvier, et sans que cet appel ait pu être examiné suite à la lenteur excessive de Facebook, la sentence de désactivation automatique au bout de 180 jours est donc tombée. Après avoir vu mon compte Twitter désactivé suite à mes critiques répétées à l'encontre d'Elon Musk, mon compte Facebook est donc à son tour supprimé suite à un post viral au sujet de Trump. Ai-je l'impression d'être l'un de ces canaris (ou cobayes) de la liberté d'expression sur les réseaux sociaux? La réponse est oui. Et le test de liberté d'expression est négatif avec Facebook, comme il l'a été avec Twitter devenu X sous l'impulsion de Musk. Comme je vais le démontrer dans cet article, Facebook pratique le flicage de la pensée. J'irai même plus loin: à l'instar de son fondateur Mark Zuckerberg, Facebook est devenu MAGA... ce qui ne va pas manquer de poser d'énormes problèmes aux démocraties occidentales.
C'est donc bien sur Bluesky que vous pouvez désormais retrouver mon profil, puisque Bluesky autorise la liberté d'expression. Le message de Facebook fait référence aux Standards de la communauté pour expliquer la suppression de mon compte. Ceux-ci se déclinent en quatre axe, l'Authenticité, la Confidentialité, la Sécurité et la Dignité.
Au sujet de la Dignité, Facebook stipule "Nous attendons de chaque personne qu'elle respecte la dignité d'autrui, et qu'elle ne harcèle pas ni ne rabaisse pas les autres."
Au premier abord, cette politique peut sembler noble, puisque de nature à éviter le cyber harcèlement, qui provoque des drames si cruels. Mais bien sûr, tout est dans l'esprit et la lettre. Imaginez: si chaque personne qui s'estime avoir été rabaissée un tant soit peu par une autre faisait un signalement Facebook. Par exemple : "cette personne n'est pas d'accord avec moi, donc j'estime que cette personne m'a rabaissé, par son opinion divergente". Si Facebook suspendait automatiquement tous les comptes faisant l'objet d'un signalement.
Il n'y aurait plus aucun véritable débat, plus aucune recherche de vérité par la confrontation des arguments. Très vite, le nombre d'utilisateurs de la plate-forme serait en chute libre. De la même manière, les revenus publicitaires de Facebook s'effondreraient, et l'avenir de la plate-forme serait rapidement menacé.
Donc, il n'y a vraisemblablement pas de suspension automatique des comptes. Il doit y avoir intervention humaine, pour discerner les fausses allégations des plus sérieuses.
Maintenant, si vous vous en prenez à un homme ou une femme politique. Si vous déclarez que tel homme ou femme politique ment, par exemple. Au moment de l'intervention humaine des modérateurs, Facebook va pouvoir décréter, ou non selon les consignes de la hiérarchie, que vous avez porté atteinte à la dignité de cet homme ou de cette femme. Facebook va pouvoir suspendre votre compte.
Et si vous ne portez aucun jugement sur l'homme ou la femme politique? S'il s'agit, par exemple, du président des Etats-Unis, et que vous vous contentiez de faire un petit bilan, dans un post, des rumeurs sur son état physique et mental? Même si vous déclarez au début de votre post qu'il s'agit de spéculations, les modérateurs Facebook peuvent considérer que vous avez porté atteinte à la dignité de cette personne.
Cela signifie que, juste en appliquant les consignes générales des standards de la communauté, les modérateurs Facebook s'octroient le droit de suspendre n'importe quel compte faisant l'objet d'un questionnement ou d'une réflexion politique un tant soit peu critique.
Cela signifie aussi qu'en intervenant de manière aussi rigoureuse, les équipes Facebook pratiquent un flicage de la pensée, ce qui va bien sûr encourager l'autocensure et le conformisme le plus abêtissant sur leur plate-forme.
A présent, quelle décision prendre, pour un artiste un tant soit peu engagé comme moi, quant à sa présence sur Facebook? Dois-je me créer un autre compte? Au risque de le voir de nouveau supprimé au premier signalement?
Je l'ai déjà écrit dans un article datant de février 2026, j'estime que Facebook invisibilise les artistes en limitant beaucoup trop la portée organique des sujets. Pour moi, Facebook doit être scindé en plusieurs entités du fait de sa position dominante. Certains artistes, cela dit, font de l'argent grâce aux pubs Facebook. A ceux-là, je conseille d'y rester, et de se créer un autre compte Facebook si les équipes de Meta suppriment le compte habituel.
Après tout, l'argent n'a pas d'odeur. Même s'il est prouvé que Mark Zuckerberg s'est mis à faire le jeu de Trump, même si des exemples comme le mien prouvent que Facebook est devenu MAGA, si cette plate-forme est pour vous un outil de revenu irremplaçable, continuez à en profiter.
J'ai déjà expliqué que Facebook ne me rapportait rien, si ce n'est peut-être un peu de notoriété, puisque mon profil comptait plus de 3000 abonnés. Le fait de ne plus revenir du tout sur Facebook n'est donc une perte pour moi que dans la mesure où j'y avais développé des relations humaines. Ainsi, Facebook me permettait de me tenir au courant de l'évolution de mes amis et contacts. J'y pratiquais aussi une forme de journalisme qui est devenue, avec l'évolution politique de la plate-forme, la cause même de mon exclusion.
Je ne me revois pas revenir sur Facebook, en tout cas pas tant que la plate-forme conservera son identité actuelle. Je trouve anormal, d'ailleurs, qu'une sanction sur un profil s'étende sur l'aspect artistique, non seulement de type groupe Facebook et page artistique, mais aussi sur le voisin Instagram, où je ne pratiquais pas de politique. S'il y a un élément qui atteste de la tournure fascisante de Facebook et de Meta, c'est bien celui-là. Heureusement, tout n'est pas perdu, puisque je suis sur Bluesky.

